VI. — De
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que l’église schisme, et croyance ne principale.
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& à 1300 de l'ère chr.]
ses des prélats et du clergé portent qu'ils n’enseigneront rien en public
ni en particulier de contraire à leur profession de foi, et même que ceux qui exercent le ministère de la prédication expliqueront fidèlement au peuple ces vérités. Vous ajouterez toutefois à ces reconnaissances les autres précautions que vous: jugerez à propos, selon votre prudence et les circonstances particulières.
Au reste, pour l’exécution plus facile de ce qui a été dit, nous croyons: expédient de vous transporter en personne à-tous les lieux considérables du pays où vous aurez l'accès libre, pour recevoir ces professions de foi et ces serments ; et l’on en fera des actes publics, dont on délivrera plusieurs expéditions scellées de sceaux authen-
tiques, afin que vous puissiez en garder les unes par devers vous,
mettre les autres en dépôt, et en énvoyer d’autres au Saint-Siége, par divers courriers, pour être gardées en ses archives. Vous aurez
“encore soin que ces actes soient enregistrés dans les livres authen- | tiques des cathédrales, des autres églises notables et des monastères
des lieux.
En travaillant à ces reconnaissances, vous représenterez aux Grecs que l'Église romaine s'étonne qu’ils n'aient pas encore eu soin d’as-
à surer leur état pour le passé, c'est-à-dire de se faire absoudre des | P passe,
censures qu'ils ont encourues à cause de leur schisme, et que le patriarche et les autres prélats, après leur retour à l'Église romaine, n'aient pas demandé d’être confirmés dans leurs dignités. De là vous pourrez prendre occasion de conseiller à l’empereur et aux autres de demander un cardinal-légat, comme nous avons intention d’en envoyer un, pour y établir toutes choses avec plus de solidité. Vous aurez donc soin d’insinuer discrètement, dans vos conférences, que
| la présence d’un cardinal-légat, muni d’une pleine autorité, serait | très-utile en ces quartiers-là ; et, après avoir traité des autres affaires,
quand vous serez près de la conclusion, vous proposerez à l’empe-
} reur de demander un légat de lui-même. :
Mais, soit que vous puissiez le lui persuader ou non, vous:vous informerez avec soin et précaution comment un légat pourrait entrer sûrement dans le pays et y demeurer. Pour vous en instruire, peutêtre vaudra-t-il mieux d’abord interroger qu'aflirmer, et leur deman-
2 der, s'ils n’ont point de mémoire par écrit ou autrement, comment à les légats du Saint-Siége y ont été reçus et défrayés ; quels honneurs
et quelle obéissance on leur a rendus, quelle juridiction ils ont exer-
6 cée, quelles étaient leur famille et leur suite. Si la réponse de l’em-
pereur est conforme à l’état d’un cardinal-légat, il faut faire en sorte de l'avoir par écrit; sinon, vous luiexpliquerez ce qui s’observe chez les Latins à l'égard des cardinaux-légats, tant par le droit que par
118 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 197
la coutume. Or, il ne faut pas tout dire à la fois, en sorte qu'un légat paraisse être à charge, mais modestement et avec mesure, pour atti. rer plutôt que de rebuter. Vous pouvez joindre quelques raisons : que le légat représente la personne du Pape; qu'il peut remédier à beaucoup de maux, tant au spirituel qu'au temporel, et que, s'il était envoyé à la prière de l'empereur, ce serait un signe plus évi. dent de la sincérité de l'union.
Vous devez aussi prendre garde que, par une lettre que nous vous adressons, nous vous donnons pouvoir d'excommunier tous ceux qui, dans ces quartiers-là, troubleront l'affaire de l'union, de quelque dignité qu'ils soient ; de mettre leurs terres en interdit, et de procéder contre eux spirituellement et temporellement, comme vous jugerez à propos. Or, le Saint-Siége ayant donné le même pouvor aux deux évêques de Férentine et de Turin, envoyés depuis peu pour la même affaire, Paléologue les pressa fortement d'employer les censures contre quelques seigneurs grecs qui avaient fait alliance avec l’empereur latin de Constantinople et le roi de Sicile, comme perturbateurs de, l'union. Mais les évêques, après s’être inforrués du fait, ne procédèrent point contre les Grecs, sachant que nos prédé. cesseurs, Grégoire et Innocent, ne voulurent point écouter la même prière de Paléologue contre tous ceux qui se retiraient de son obéissance, comme il se voit par leurs lettres que vous avez. C'est pour. quoi, si l'on vous demandait la même chose, vous devez bien vous garder de procéder contre ces Grecs comme alliés à l’empereur Philippe et au roi Charles, ennemis de Paléologue, mais seulement s'ils empêchent directement l’union.
Au reste, quoiqu’en exécutant votre commission vous deviez éviter de donner quelque occasion de rupture, nous voulons toutefois que vous ne traitiez pas l'affaire superficiellement, comme quelques-uns ont fait jusqu’à présent, mais en sorte que vous pénétriez à fond les intentions des Grecs, et que sur chaque article vous tiriez une réponse affirmative ou négative, ou un refus exprès de répondre, afin qu'à votre retour le Saint-Siége puisse être informé clairement de ce qui reste à faire !. Telle est l'instruction du pape Nicolas III à ses légats.
Dès qu'il fut élevé sur le Saint-Siége, il en donna part à l’empereur Michel Paléologue et au patriarche Jean de Veccus, comme aux autres prélats. Nous avons la réponse de l’un et de l’autre, pleine de louanges et de compliments. Dans celle de l'empereur, on remarque ces paroles : Je vous renvoie les porteurs de votre lettre, à qui j'a
c. 15, p. 730 et seqq. Raynald, 1278.
à 1300 de l’ère |
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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 149
confié plusieurs choses touchant nos affaires les plus secrètes, pour vous en faire le rapport, ainsi que de ce qu'ils ont vu de leurs yeux et oui de leurs oreilles. Or, nous apprenons quelles étaient ces affaires secrètes par une lettre d’Oger, premier secrétaire de l’empereur et son interprète de la langue latine, écrite à ces envoyés du Pape. On y apprend confidentiellement au souverain Pontife que l'empereur ne pouvait plus terminer ses affaires comme auparavant. Ses parents et ses sujets, voyant qu'il avait juré obéissance au Pontife romain, se sont retirés de la soumission qu’ils lui doivent : les uns par ignorance, ne comprenant pas l’importance de la réunion des églises ; les autres par malice et par infidélité. Viennent ensuite les détails que nous avons vus sur les chefs de cette défection, dont le principal était le bâtard de Patras.
En Natolie est la ville de Trébisonde, où un capitaine nommé Alexis Comnène s'établit quand les Latins prirent Constantinople. Les rebelles ont écrit à son arrière-petit-fils et son successeur : L'empereur est devenu hérétique en se soumettant au Pape; et, si vous prenez le titre d’empereur, nous nous attacherons à vous, et nous ferons tout ce que nous voudrons. Il a suivi ce conseil, il s’est fait couronner, s’est revêtu des habits impériaux et a créé des officiers. Or, avec ceux que les rebelles envoyèrent à ce prince, il y avait des La-
| lins qui concouraient au même dessein. Plusieurs femmes nobles et
proches parentes de l'empereur ont pris part à la révolte : une de ses sœurs, deux nièces, sa belle-sœur, veuve du despote son frère, et la
| mère de celle-ci. C’est pourquoi elles ont été mises en prison, leurs
biens confisqués, comme ceux des seigneurs emprisonnés pour la même cause. Or, ces prisonniers sont parents et alliés de presque
à tous les officiers du palais ; en sorte que si l'empereur voulait en-
voyer des troupes contre ses ennemis, il a sujet de craindre que ceux
} à qui il en donnerait le commandement ne fussent d'intelligence avec à les mécontents : ce qui l’oblige d’user de grandes circonspections } dans la conduite de ses affaires ; car ceux qui lui restent fidèles et } dont il peut s'assurer lui sont nécessaires pour la conservation de } ses villes et de ses places. Tels étaient les principaux faits consignés : dans la lettre confidentielle de l'interprète Oger 1.
La sœur de l’empereur Michel, dont il a été parlé, était Eulogie,
© qui, ayant épousé un Cantacuzène, en eut plusieurs filles, entre
| autres Marie, qui épousa en secondes noces le porcher Lachanas,
| devenu roi des Bulgares. Eulogie était attachée au schisme, et, non : contente de se séparer de la communion des catholiques, elle atti-
1 Raynald, 1276, n. 13 et seqq.
150 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 1216
rait plusieurs personnes au parti schismatique, et les y entretenait par ses caresses, Marie, mécontente par elle-même de l'empereur, son oncle, était bien informée du chagrin que sa mère avait contre lui ; car il y avait grand nombre de moines qui allaient.et venaient tous les jours entre ces deux princesses pour les échauffer dans l'affection au schisme.. Marie donc, pour se venger, elle et sa mère, de l'empereur, envoya en Palestine Joseph, surnommé Cathare, avec quelques autres, chargés d'instruire le patriarche de Jérusalem de ç qui s'était passé, et exciter le sultan d'Égypte à attaquer l'empereur, tandis qu'il l'était d’ailleurs par les Bulgares. C’est ainsi que les Grecs schismatiques, en haine de l’union avec l'Église romaine, appelèrent les Musulmans à s'emparer de l'empire et de la ville de Constant: nople. Pour les punir, Dieu exaucera un jour leurs vœux impies el parricides. -
Le sultan d'Égypte fut surpris de cette ambassade, n'en ayant jamais reçu de pareille, et d’ailleurs ne connaissant point les Bulgares ni leur puissance ; l'ambassade lui parut suspecte, et il l'enVOYA sans réponse les envoyés de Marie, (ul
Quant au patriarche grec de Jérusalem, il n’eut pas tant de scrupule. Il ajouta foi aux envoyés de la reine bulgare, sachant d’ailleus ce qui était arrivé ; et, pour autoriser davantage la nouvelle, il le tint pour vrais ambassadeurs, sans trop examiner de quelle part il venaient, Il crut même que Théodose, patriarche d'Alexandrie, et Euthymius d’Antioche feraient ce qu’il aurait fait tout seul, c’est-àdire s’opposeraient à l'union. Le patriarche d'Antioche s'était déjà réfugié à Constantinople, se sauvant des mains du roi d'Arménie. Quant au patriarche d'Alexandrie, ilavait été mis sur ce siége depuis l'union des églises ; et, ne pouvant la rompre, il se tenait en repos, d'autant plus qu’il n'y avait pas été appelé, qu’il était éloigné et au milieu des infidèles, et ne voulait pas s’exclure de la protection de l'empereur en cas de besoin 1.
Euthymius, patriarche grec d’Antioche, mourut à Constantinopk: et plusieurs évêques d'Orient, se trouvant sur les lieux, voulurent lui élire un successeur; car, pendant sa maladie, Théodoret, évtque d’Anazarbe, lui avait conseillé de mander les plus considérables, outre ceux qui y étaient déjà, afin que l'élection fût plus authertique. Tous s’accordèrent à élire le prince, c’est-à-dire le moi Théodose de Villehardouin, qui avait déjà été proposé pour Cor Stantinople. Mais, avant qu’il fût ordonné patriarche d’Antioche, l'empereur voulut s'assurer qu’il soutiendrait l'union avec l’Église ro-
1 Pachym., 1. 6, c 1,
41300 de l'ère c
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1Pachym., 1.
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11300 de l'ère chr.]
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Cependant l'empereur Michel étant allé faire la guerre en Natolie, et se trouvant campé près du lieu où le patriarche Joseph était relégué, ce prélat le pria de le transférer ailleurs, attendu la rigueur du froid qu'il avait éprouvé l'hiver précédent, et auquel il craignait de ne pouvoir plus résister. On était au mois de juin 1278. L'empereur fit venir Joseph, et le retint auprès de lui dans son camp, le voyant plusieurs fois le jour, le caressant, l’écoutant volontiers, et accordant des grâces à plusieurs personnes par sa médiation. Enfin il lui assigna pour demeure le monastère de Cosmidion à Constantinople.
| Ayant ainsi regagné l'affection du vieillard, il le caressait, et disait | qu'il voulait le rétablir dans le siége patriarcal. Joséph, de son côté,
disait qu’il était prêt à y rentrer, pourvu qu'on révoquât ce qu'on avait fait, c’est-à-dire l'union avec les Latins. Ce qui était impossible,
| principalement depuis la promotion du nouveau pape Nicolas ILE, à
qui l'empereur était près d'envoyer des ecclésiastiques pour affermir l'union.
L'empereur Michel, brouillé avec plusieurs de ses parents, n'était pas bien d'accord avec lui-même. Le patriarche Veccus lui déplaisait par son trop de zèle à solliciter pour es malheureux ; il aurait bien voulu l’éloigner de sa personne, mais il manquait de prétexte. La malignité de quelques ecclésiastiques lui en fournit un qu'il saisit avec empressement. Ils lui présentèrent un écrit dans lequel ils chargeaisnt Veccus de plusieurs faits très-graves. Ils l’accusaient de déréglement dans ses mœurs, d’avoir volé les choses saintes, et enfin d'avoir prononcé en public des imprécations contre l'empereur. L'innocence de Veccus triomphait aisément de ces imputations ; mais
ses ennemis confandus n’en devenaient que plus acharnés. Chaque | jour ils imaginaient contre lui de nouvelles accusations, dont la plu- » part se réfutaient elles-mêmes par leur absurdité.
C'était la coutume à Constantinople de célébrer avec beaucoup de solennité la fête de la Présentation, "tout depuis que l'empereur avait été réconcilié, à pareil jour, avec l'Église, par le ministère du patriarche Joseph. Pendant la célébration des saints mystères, on offrait à l'autel du blé rôti pour être béni ; on en présentait. ensuite une partie au dessert de l’empereur. Dans le nombre des plats qui, cette année 1279, avaient servi à cette cérémonie, il s’en trouvait un qui, par sa richesse, par l'élégance de sa forme et par la perfection dutravail, avait attiré tous les regards. Le patriarche le destina pour
1Pachym., 1. 6, n, 56,c. 22,
la table du prince. Quelques-curieux, en le considérant de près, y aperçurent le nom de Mahomet, tracé en caractères arabes. Aussit( les ennemis de Veccus crièrent à l’impiété, et allèrent dire à l’empereur que le patriarche avait choisi ce plat pour profaner l'offrande par l’abomination de ce nom exécrable, au lieu de la sanctifier par les bénédictions de l’Église. A cette nouvelle, l’empereur feignit d'être Saisi d’horreut. Pour constater la vérité de ce prétendu sacrilége, il chargea Basile, son chambellan, qui se piquait de savoir la langue arabe, d'aller examiner le plat. Le rapport de cet expert fut conforme à la dénonciation. Alors l'empereur ordonna qu'on joignit « nouveau chef d'accusation contre Veccus à tous les autres ; ce chef fut même regardé comme le plus grand de tous les crimes dont on voulait que le patriarche se fût rendu coupable. L'instruction de ce procès ridicule occupa pendant deux mois entiers le conseil de l'empereur, sans cependant qu’il osât, malgré les sollicitations des enne. mis de Veccus et les vœux du prince, prononcer contre l’accusé au. cune espèce de condamnation.
Pendant tout le cours de cette affaire, Michel, usant de sa dissi. mulation ordinaire, avait joué deux personnages opposés. Tantôt il prenait hautement la défense de Veccus, et souvent il lui donnait des marques d’une fausse compassion ; tantôt il soutenait ouverte ment ses accusateurs. Il ÿ était excité par les instigations d'Isaac, évêque d'Éphèse, son confesseur. Cet intrigant abusait de l’ascendant qu'il avait sur l'esprit et la conscience de Michel pour satisfaire ses animosités particulières et pour avancer sa fortune. Il ya toute apparence que son intention secrète était de monter sur le siége patriarcal de Constantinople, si Veccus était obligé d’en descendre, Il &vait l'exemple récent de Joseph, qui était passé de la place de confesseur de l’empereur à cette grande dignité. S'il ne put réussir complétement dans ce projet ambitieux, au moins eut-il l'espiérance de profiter d’une partie des dépouilles de Veccus, en vertu d'une ordonnance impériale dont il avait été le promoteur. Michei ressentait un secret dépit d’avoir échoué dans une conspiration que limême avait fait naître contre un de ses sujets : n’ayant pu le con: vaiucre d'aucun crime, il voulut le punir de son innocence. Il fit publier un édit par lequel il ordonnait que tous les lieux, soit monastères ou autres, qui anciennement avaient été détachés de chaque évêché pour en former un diocèse au patriarche, retourneraient à leur évêque diocésain. Par cette opération, l’autorité du patriarche se trouvait resserrée dans des bornes très-étroites, et sa juridiction ne devait pas s'étendre au delà de l'enceinte de Constantinople ; de sorte que celui qui portait le titre de patriarche œcuménique, d’évé-
à 1300 de l'ère €
que de la ville que le plus pet Ce dernier c vaincre que l’e serait inutile di sant, et, en con éviter un plus g che chargea P:
détails, de dres senter cet acte mais enfin il le monastère de I sant la dissimi le consoler et 1 Alors arrivè Mineurs, dont contrèrent con nonces venaiet l'égard du pa soupçonner de stances présen à cet inconvén mense des ch:
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VE, — De 1%
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à 1300 de l’ère chr.]
ue de la ville impériale, n'aurait pas eu un territoire aussi étendu que le plus petit évêque de l'empire !.
Ce dernier coup fut très-sensihle à Veceus, et acheva de le convaincre que l’empereur lui en voulait personnellement. 11 crut qu'il serait inutile de lutter plus longtemps contre un adversaire si puissant, et, en conséquence, il résolut, pour sa propre tranquillité et pour éviter un plus grand scandale, d’abdiquer volontairement. Le patriarche chargea Pachymère, celui-là même qui nous instruit de tous ces détails, de dresser l’acte de sa démission. Veceus alla lui-même présenter cet acte à l’empereur. Paléologue refusa d'abord de l’accepter, mais enfin il le prit et ne le rendit pas. Le patriarche se retira au monastère de Panachrante ou de l’Immaculée, où l'empereur, poussant la dissimulation jusqu’au bout, envoya son fils Andronic pour le consoler et même pour l’engager à revenir.
Alors arrivèrent les nonces du pape Nicolas IE, les quatre frères Mineurs, dont l’un était évêque en Toscane. Paléologue, qu'ils rencontrèrent comme il revenait d'Andrinople, sentit bien que, si ces nonces venaient à être instruits de la conduite qu'il avait tenue à l'égard du patriarche, si zélé pour l'union, ils pourraient bien le soupçonner de ne pas agir avec franchise : ce qui, dans les circonstances présentes, pouvait avoir des suites désagréables. Pour parer à cet inconvénient, il leur dit que Veccus, écrasé sous le poids immense des charges de sa place, s'était retiré dans la solitude pour raison de santé, et que, cependant, il ne tarderait pas à se rendre dans un monastère de Constantinople, afin d'y conférer avec eux. Aussitôt Paléologue dépêche à Veccus des personnes de confiance, pour le conjurer d'oublier les traitements que le malheur des temps et l'importunité de ses ennemis, plutôt qu'aucune mauvaise intention desa part, l’avzient mis dans la fâcheuse nécessité de lui faire souffrir. Ces députés f’engagèrent encore, de la part de l’empereur, à venir sans différer au monastère de Manganes, pour y recevoir les ambassadeurs du Pape, et ils lui recommandèrent surtout de ne point leur parler de sa démission. Veccus promit tout ce qu'on voulut, et tint parole.
Or, l’empereur, sachant ou se doutant quelle était la commission des légats, vit bien qu’elle alarmerait les Grecs, même ceux qui étaient alors paisibles, s’ils l’apprenaient tout d’un coup. C'est pourquoi il assembla les évêques et le clergé, sans permettre aux laïques d'assister à cette assemblée, et leur parla en ces termes :
Personne de vous n’ignore quelles peines il a fallu se donner et
1 Hist, du Bas-Empire, 1. 101. Fleury, 1.87. Pachym., 1. 6,c. 10-13.
154 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI, — De 1%
quels obstacles il a fallu vaincre pour parvenir à nous accorder ave les Latins. Que de chagrins cuisants il en a coûté à mon cœur, et quels sacrifices amers j'ai été obligé de faire ! Je me suis vu dans h triste nécessité d'abandonner les intérêts du patriarche Joseph, que j'aime aussi tendrement et même plus tendrement que mon père: car si j'ai reçu de l’un la vié du corps, l'autre m'a rendu. la vie de l'âme, en me réconciliant avec Dieu et en me faisant rentrer dans le sein de l'Église, Je sais que j'ai attenté à la liberté d'un grand nombre de mes sujets, et que j'ai exercé contre les meilleurs de mes amis, et contre plusieurs membres respectables de votre corps, des violences odieuses. Les prisons, remplies d'une multitude de ci. toyens qui n’ont pas voulu consentir à l'accommodement avec les Latins, sont des témoins qui ne déposent que trop contre moi, sans parler de toutes les autres preuves que je vous ai données de ms colère.
Je croyais cette affaire consommée, et je ne m’imaginais pas qu'a près tant. de complaisance de,ma part pour les Italiens, ils seraient assez déraisonnables pour en demander davantage. Je vous avai promis que ces étrangers ne porteraient pas plus loin leurs préten. tions, etje m'en étais rendu garant par des lettres scellées de la bulle d’or. Mais quelques-uns des nôtres, qui ne cherchent qu’à rompre l'unité de l’Église, mettent tout en œuvre pour troubler la paix et pour jeter de l'inquiétude dans les esprits. Ils disent aux moines avec lesquels ils confèrent à Péra que la paix qui a été conclue avec les Latins n’est qu'illusion et que tromperie ; que, dans une pareille affaire, il faut prendre un parti plus décidé ; enfin, que, lorsque les intérêts de la religion se trouvent en. concurrence avec d’autres inlérêts, il n’y a pas de composition à faire.
Tous ces propos hors de saison ont donné lieu aux Latins d'exiger plus qu’ils n'avaient demandé d’abord. J'ai voulu vous prévenir sur l'objet de leur ambassade, afin que, lorsque vous entendrez les ministres du Pape, vous ne soyez pas exposés à concevoir de fâcheux Soupçons contre moi. Je prends Dieu à témoin que je suis dans h ferme résolution de ne pas souffrir qu’il soit changé un seul iota à notre foi, et d'entreprendre la guerre non-seulement contre les Latins, mais contre tous les peuples de l'univers, plutôt que de permettre que la sainte doctrine de nos pères éprouve la moindre altération. Si je suis forcé d’user de quelque artifice pour contenter les ambassadeurs du Pape, ne vous en formalisez pas ; il n'en résultera aucun tort pou’ vous: mon intention est de les recevoir avec beaucoup
d’égard et de civilité. Vous savez que, quand on veut faire une chasse ls
heureuse, il ne faut pas, comme on dit, effaroucher les bêtes. Il est
à 1300 de l'ère ©
d'autant plus actuel, que le tait Grégoire.
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que, voyant quelques per donner occa:
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1 Lebeau, 1