‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 47 sur 97 · De · texte numérisé non relu

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‘d'anathème. Le roi libertin s'emporta jusqu'à le menacer de mort, et

le chassa du royaume. Mais les principaux de la nation, animés d’un juste zèle , arrétèrent le roi lui-même ,. chassèrent toutes ses concubines, et l’enfermèrent dans une forteresse avec la reine, pour qu'il s'accoutumAt aux lois du mariage et donnât un légitime héritier à la Hongrie ?, C'était l'an 1281.

L'année suivante, comme le roi semblait revenu à de meilleurs sentiments, le pape Martin IV lui écrit pour l'y affermir. Il lui représente les bienfaits de Dieu à son égard. Tout récemment il avait failli

être privé de son royaume : Dieu le lui avait conservé d’une manière

inattendue. Îl devait se rappeler de quels pieux ancêtres il était issu. Il n'avait qu’à se bien conduire, et rien ne serait diminué de la dignité de sa couronne , malgré les fausses lettres de ses ministres. Ladislas profita pour le moment des remcntrances du Pontife ; car, la même année 1289, il remporta une victoire en quelque sorte miraculeuse sur Oldamir, chef des Comans , qui croyait s'emparer de la Hongrie, à raison de la mauvaise conduite de son roi ?. Mais cette conversion de Ladislas ne dura guère ; aussi les Comans revinrent en 1285, avec une multitude de Tartares, qui ravagèrent la Hongrie, dont le voi n’osait tenir la campagne. Les Barbares furent châtiés à leur tour par la peste #.

Au lieu de se corriger, Ladislas devint toujours pire. Il relégua dans une prison la reine, sa femme, fille de Charles ler, roi de Sicile,, et se livra plus que jamais aux Comans, aux Sarrasins et aux Tartares, dont il embrassa les mœurs, et, peu s’en fallut, la religion. Le pape Honorius IV lui écrivit, en 1287, une lettre pressante pour le ramener de ses égarements, lui faire reprendre son épouse, se séparer des infidèles, et mener une vie digne de ses saints et glorieux ancêtres; sinon, l’archevêque de Strigonie aurait ordre de prêcher la guerre sainte, tant contre lui que contre lee priens, auxquels il s'était associé 5, L'année suivante, Nicolas [V fit effectivement annoncer la croisade contre Ladislas et les infidèles, et il en écrivit dans ce sens aux magnats de Hongrie, de Pologne , d’Esclavonie , au duc d’Autriche, à Wenceslas de Bohême et à Rodolphe, roi des Romains 6. L'an 1290, Ladislas mit le comble à ses crimes en faisant tuer par trahison son propre frère André. Ce fut la dernière année de sa triste

1 Raynald, 1280, n. 8-10. — ? Ibid., 1281, n, 30. — 8 Ibid., 1282, n. 36-38. — “bid., 1285, n. 18. —- 5 Jbid., 1287, n. 1-8. — 6 Ibid., 1288, n. 24.

vie; car, le dix-neuf juillet, il fut assassiné par ces mêmes Comans

auxquels il s'était livré 1,

Comme il ne laissait point d'enfants, il se trouva trois prétendants au royaume de Hongrie : Charles Martel, fils de sa sœur Marie et de Charles IF, roi de Sicile ; Rodolphe, roi des Romains, qui prétendai que la Hongrie était un fief de l'empire ; André le Vénitien, qui était fils d’Étienne, fils posthume d'André If, surnommé le Hiérosolymitain, mort en 1235, et de la fille du marquis d'Este. Étienne s'établit à Venise, où il épousa la fille d'un Morosini, et il y. mourut, laissant son fils André, qui, par les secours de:ses oncles, riches Vénitiens, vint s'établir en Hongrie du vivant de Ladislas, et en fut couronné roi incontinent après sa mort, et, partie de gré, partie de force, se rendit maître de la plus grande partie du royaume.

Le pape Nicolas IV avait destiné pour légat en Hongrie, du vivant de Ladislas, Bienvenu, évêque d'Eugubio, et lui avait fait expédier ses lettres ; mais, ayant appris la mort de ce prince, il en ajouta une pour le roi des Romains, Rodolphe, où il témoigne la crainte qu'il a que ce royaume ne soit troublé par les Tartares, les Sarrasins, les païens et les hérétiques dont il est rempli, au grand préjudice de la religion. C’est pourquoi il prie Rodolphe d'accorder sa protection au légat. La lettre est du 9% de septembre 1290 2.

Au commencement de l’année suivante , 11 y envoya Jean, évêque d'Iési, pour s'informer des circonstances de la mort du roi Ladislas, savoir : s’il s'était repenti de ses crimes et s’il était mort en vrai chrétien. De plus, il avait ordre de déclarer au roi Rodolphe et à son fils Albert, duc d'Autriche, que le royaume de Hongrie relevait du Pape et de l'Église romaine » avec protestation que personne, de quelque dignité ou condition qu'il fût, n'entreprit de s’y attribuer aucun droit ou d'y causer aucun dommage. La lettre est du 2me de janvier 1291. C’est que Rodolphe avait investi son fils Albert de ce royaume, comme d’un fief dévolu à l'empire.

Le troisième concurrent, ainsi que nous avons vu, était le prince Charles Martel, âgé de dix-huit ans. Son père , Charles IF, roi de Sicile, le fi couronner solennellement à Naples par le légat du Pape, en présence d'un grand nombre de prélats, le jour de la Nativité de Notre-Dame, 8me de septembre 1290, comme héritier par sa mère du royaume de Hongrie. L'année suivante 1291 , Charles Martel épousa Clémence, fille de Rodolphe, roi des Romains ; ce qui réunit les deux concurrences pour le trône de Hongrie. Cependant Charles Martel n’en prit point possession, et mourut à Naples l'an 1295, à

1 Raynald, 1290, n. 38-41, — + Ibid., n. 45 et seqq.

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l'âge de vingt-trois ans, laissant un fils en bas. âge, nommé Cbarles- Robert, ou, par abréviation, Charobert, qui devint, lan 4300, roi effectif de Hongrie, et eut un règne très-florissant 1.

Vers le milieu du treizième siècle, les païens de la Prusse se soulevèrent une dernière fois et ravagèrent les terres de ceux qui étaient déjà Chrétiens ; mais les chevaliers Teutoniques de Sainte-Marie les soumirent d'uné manière définitive. Cet ordre religieux et militaire avait reçu en donation du duc Conrad de Mazovie le:pays de Culm ; les Papes et les empereurs lui avaient concédé généralement tous.les pays dont il ferait la conquête en défendant la chrétienté contre les infidèles. La soumission définitive des païens de la Prusse fut un bonheur pour eux sous plus d'un rapport, Divisés en peuplades isolées les unes des autres, jamais ils ne seraient devenus un peuple indépendant et subsistant par lui-même ; ils eussent été une proie facile pour les Tartares et les Russes ; plongés dans une idolâtrie sombre et cruelle, qui demandait des victimes humaines, jamais ils ne seraient devenus une nation civilisée. Soumis. aux chevaliers Teutoniques, ceux qui se convertissaient au christianisme récupéraient leurs biens et leur liberté, se voyaient naturalisés dans, la grande famille des Chrétiens, avaient dès lors les mêmes églises, les mêmes prêtres, les mêmes évêques, le même Pape que leurs maîtres, les chevaliers de Sainte-Marie. Ceux-ci d’ailleurs leur rendirent des services qu'ils n'auraient pu se rendre eux-mêmes, Un modèle en ce genre est frère Meinhard, chevalier-maître de la Prusse.

Le pays traversé par la Vistule et la Nogat avant de se jeter.à Je mer, était envahi par des marais et des fondrières qui le rendaient stérile et malsain. Ces marécages étaient entretenus par les débordements irréguliers et impétueux des deux rivières. Frère Meinhard entreprit d'y porter remède. Pour cela il fallait, sur une longueur de plusieurs lieues, souvent à travers des marais sans fond, encaisser les deux rivières dans des digues infranchissables et éternelles. C'était une œuvre gigantesque. Frère Meinhard l’entreprit en 1288. Chaque jour , six années durant, des milliers d'hommes et des milliers de chariots y travaillaient sans relâche, jusqu’à ce qu'’enfin, l'an 1294, cette immense entreprise se vit heureusement terminée. Et.les digues de frère Meinhard subsistent encore. Pour peupler et cultiver cette terre conquise sur les eaux, il promit une exemption complète de tous services et de toutes redevances pendant cinq ans à tous ceux qui viendraient s’y établir. Les Allemands y vinrent en foule, et, par leur industrie, transformèrent ces marécages en un nouveau

| Art de vérifier les dates.

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paradis terrestre, Et aujourd’hui encore la Prusse doit la plus belle et la plus fertile de ses contrées à un moine catholique du treizième siècle, frère Meinhard de l'hôpital Sainte-Marie, qui était en même temps un habile et intrépide guerrier 1.

Les évêques déployaient le même zèle pour la prospérité du pays,

particulièrement pour le cultiver et repeupler les parties qui avaient été ravagées et demeuraient désertes. Parmi eux se distinguait Henri II, évêque d'Ermeland où Warmie, dont le diocèse avait in croyablement souffert par les incursions des païens et des néophytes de Prusse pendant leurs rechutes ; à tel point que, dans plus d'un canton, sur une étendue de plusieurs lieues, on n’apercevait aucune trace de la main de l’homme. L'évêque appela donc de nouveaux habitants, les favorisa de toutes manières par des concessions de terrains, des exemptions et des priviléges ?. Les évêques fondèrent de plus des églises, des chapitres de chanoines dans leurs cathédrales, qui furent les premières écoles de la Prusse. . Non content de pourvoir à la culture et à la prospérité du pays ‘au dédans, frère Meinhard pourvut encore à sa sûreté au dehors Pour cet effet, il bâtit des forteresses sur les frontières, entre autres Tilsitt, contre les incursions des Samaïtes et des païens de Lithuanie, qui continueront encore longtémps à infester les Chrétiens du voisinage, particulièrement la Pologne. En 1294, frère Louis de Libenzell soumit les Samaïtes, après avoir, par un hardi coup de main, surpris et ruiné le grand temple de leurs idoles, qui était en même temps leur principale forteresse. Les ayant abattus par sa valeur, il sut les gagner par sa vie exemplaire et la sagesse de son administration %. Quant aux païens de Lithuanie, les frères Teutoniques eurent encore longtemps à repousser leurs incursions.

En Suède, le roi Waldemar er, de mœurs peu chastes, conçut de la jalousie contre ses trois frères, particulièrement contre Magnus, qui était l'aîné. La guerre ayant éclaté entre eux, Magnus battit plusieurs fois Waldemar, et enfin le fit prisonnier. Waldemar lui demanda la vie. Magnus lui accorda de plus le royaume de Gothland, ne se réservant que la Suède, dont il fut couronné roi par Folcon, archevêque d’Upsal, le jour de la Pentecôte 1277 *.

L'an 1281, le roi Magnus demanda au pape Martin IV, qui le lui accorda, de pouvoir cho..ir un confesseur avec pouvoir d’absoudre de tous les péchés et de commuer tous les vœux, excepté celui de la continence et du pèlerinage de Jérusalem 5, L'an 1284, le même

1 Voigt. Hist. de Prusse, t, 4, p. 33 et seqq.= ? Ibid., p. 36. — 3 Ibid, p. %. —" * Joan. Magnus. Hist, goth., 1. 19, e. 22; 1. 20, c. 1,— 5 Raynald, 1281, n. 24.

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