‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 50 sur 97 · XVI. — De · texte numérisé non relu

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3 Art, 49.

à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 249

étaient baptisés, on les faisait confirmer le plus tôt qu'il se pouvait, et du moins dans les trois ans, À l'élévation de l'hostie après la consécration, les assistants, dit l’évêque, ne se contenteront pas de sincliner, mais ils se mettront à genoux, et en seront avertis par le son d’une clochette. On accorde treize jours d'indulgence à ceux qui accompagnent le Saint-Sacrement quand on le porte aux malades, On exhorte les fidèles à se confesser trois fois l’année, avant les fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, du moins au commencement du carême ; et ils se confesseront à leur propre prêtre, ou à un autre par sa permission, qui ne sera pas refusée ; sans cètte permission il ne pourrait les absoudre, si ce n’est par mandement du supérieur, nisi de mandato superioris 1, Fleury supprime ces dernières paroles, apparemment pour accréditer l'opinion erronée, que le Pape ne pourrait pas donner pouvoir d'absoudre, ni absoudre lui-même dans toute la catholicité, ni l'évêque dans toutes les paroisses de son diocèse, sans la permission du curé de chaque paroisse. Les réticences assez habituelles de Fleury en ces matières n’auront pas peu contribué à faire naitre cette erreur.

Dans les constitutions synodales d'Excester, il est dit encore : Le médecin appelé pour voir un malade l’exhortera, avant toutes choses, à appeler son confesseur. Il y avait encore des pénitents publics, dont le pénitencier recevait les confessions à l'entrée du carême, et il était défendu de commuer la pénitence publique ni de la faire racheter pour de l’argent. Ordonné de recevoir avec honneur et de défrayer raisonnablement les frères Précheurs et les frères Mineurs qui passeront dans le diocèse pour confesser, ‘attendu le grand fruit que leur prédication et leur sainte vie ont produit dans l'Église. Les curés auront soin de désabuser les ignorants qui craignent l'extrêmeonction, s’imaginant qu'après l'avoir reçue, il ne leur sera plus permis de marcher nu-pieds, de manger de la viande, ni d’user de leur mariage.

La célébration du mariage se faisait à la porte de l’église, On obli-

, 8eait les concubinaires à faire serment de s’épouser s'ils retournaient à leur mauvais commerce. Les ordinands examineront en leurs consciences le motif qui les fait aspirer aux ordres : si c’est de mieux servir Dieu et son Église, ou quelque intérêt temporel et le désir d'extorquer des bénéfices de ceux qui les auront ordonnés. Il paraît ici que les évêques craignaient d’être poursuivis par ceux qu’ils ordonnaient sans titre ecclésiastique, pour leur donner la subsistance, en exécution du troisième concile de Latran; c’est pourquoi ils

à Art, 5.

250 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI. — De 126

exigeaient un titre patrimonial réel et sans fraude, Quelques curés faisaient sonner l'office en leur absence, au grand scandale du peuple, qui, s'étant assemblé à l'église, n’y trouvait personne pour le célébrer. D'autres, s'étant fait ordonner prêtres dans l'an, pour satisfaire aux canons, différaient longtemps leur première messe, sous prétexte que les canons n’en parlaient point. On permettait encore à un prêtre de lire une seconde messe le même jour, à cause d’un enterrement. On fétait huit jours à Noël, quatre à Pâques et quatre à la Pentecôte.

Plusieurs de ces constitutions tendent à conserver la juridiction ecclésiastique dans l'étendue qu'elle avait alors, et à réprimer les violences des laïques contre le clergé. On apporte du tempérament aux excommunications, on défend au juge d'en user dans sa propre Cause, mais on déclare que le maintien de sa juridiction est une cause publique. On règle fort au long ce qui regarde les testaments, comme étant entièrement de la compétence du juge d’Église, On recommande le payement du droit nommé mortuaire, consistant en certaine quantité de bétail-ou d’autres meubles, que l’église pardissiale prenait däns la succession de chaque défunt pour s’indemniser des dimes ou autres droits qu'il avait négligé de payer; mais ce droit de mortuaire n’était pas établi partout. Enfin, l’on ordonne l'exaction rigoureuse des dimes, et les oblations au moins quatre fois l’annnée ; et en général ces constitutions tendent un peu plus à conserver les intérêts temporels du clergé qu’à lui attirer le respect et l'affection des peuples 1, ‘

De 1276 à 1390, la France eut également un grand nombre de conciles ou de synodes remarquables : conciles de Bourges et de Sauinur en 1276, de Compiègne en 1277, de Langeais et d’Aurillac en 1278, d'Auch, d'Angers, de Pont-Audemer, d'Avignon, de Béziers, de Conserans, et deux de Sens en 1279 ; synode de Poitiers et de Saintes, conciles de Béziers, de Bourges et de Noyon en 1980; concile de Paris en 1281 ; Conciles d'Avignon et de Tours, et synode de Saintes en 1282; concile de Paris, synode de Poitiers et livre Synodal de l’église de Nîmes en 1284; conciles de Rièz, de Mâcon et de Bourges en 1286 ; Concile de Reims en 1287 ; concile de l'Isle, dans la province d'Arles, en 1288 ; concile de Vienne en 1289 ; conciles de Nougarot d'Embrun, de Paris, de Nobiliac, au diocèse de Limoges, en 1290; conciles d’Aurillac et de Saumur en 4294 ; synode de Saintes en 1298 ; conciles de Rouen, de Béziers etd’Ansel’an 12992,

Le premier de ces conciles, celui de Bourges en 1276, fut tenu

1 Labbe, t, 11, p. 1263 et seqq. Mansi, t. 24, p. 183 et seqq. — ? Mansi, t, 24.

4 1300 de

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76, fut tenu

Mansi, t, 24.

par le cardinal Simon de Brie, ou plutt de Brion, depuis pape sous lenom de Martin IV. Il le tint à la sollicitation de quelques prélats, etprincipalement sur les connaissances qu’on lui donna, et qu'il prit par lui-même, des injures faites aux églises. Aussi les principaux des seize règlements regardent-ils la manutention de l’immunité et de la juridiction ecclésiastiques, dont les séculiers s'emparaient. Voici le premier article. :

Dans notre concile de Bourges, une nouvelle affreuse a frappé nos oreilles. Divers prélats et quantité d'ecclésiastiques ont assuré qu'en France, royaume où la liberté des églises et l'honneur qui leur est dû ont été singulièrement observés par le passé, tout récmment on a porté une atteinte violente à la liberté des élections, au point qu’en quelques lieux la multitude, ameutée par des enfants d'iniquité, arrête les électeurs et fait différer les élections, ou oblige de les faire ailleurs que dans le lieu accoutumé, comme il vient d’arriver à Lyon, à Bordeaux, à Chartres. Dans la cathédrale de Bordeaux, sur le point de faire l'élection, on a tué. un ecclésiastique constitué en dignité. Pour arrêter ces violences et ces conspirations, le concile n’épargne pas les censures les plus terribles.

Les second et troisième articles sont contre les juges délégués par les légats, lorsque, abusant de leur autorité, ils citaient, sous ce titre général, ceux que le porteur des présentes nommera, ou qu’ils exigeaient des amendes pour absoudre des censures. Le quatrième enjoint aux juges ordinaires de ne pas prêter aisément l'oreille aux plaintes des moines contre les abbés, surtout s'iks’agit de correction.

Les suivants défendent, sous les plus rigoureuses peines, aux hiques de troubler la juridiction ecclésiastique dans tout ce qui était alors de son ressort, selon l’ancien usage. Dans un article, ordre aux seigneurs séculiers de ne pas souffrir que les Juifs habitent ailleurs que dans les villes et les lieux remarquables qu'on leur a assignés, Dans un autre, défense aux exempts d’abuser de leurs priviléges, jusqu'à admettre les excommuniés. à l'office, à la participation des Sacrements et à la sépulture ecclésiastique. Ensuite il y a défense de maltraiter les appariteurs et autres qui portent les lettres des juges d'Église, Ces règlements furent envoyés à tous les évêques de France, à qui le cardinal-légat fit connaître l'étendue des pouvoirs qu’il avait reçus du pape saint Grégoire X, comme il paraît par sa lettre à l’archevêque de Tours.

Le siége de Bourges était alors occupé par Gui de Sulli, frère de Jean, son prédécesseur, d’une illustre famille, dont on compte plusieurs archevêques de Bourges. Celui-ci avait été Dominicain et prieur du couvent de Paris, d'où le pape Innocent V, du même

252 HISTOIRE UNIVERSELLE ÎLiv. EXXVI, — De 1276

ordre, l'éleva sur ce siége l'an 1276. Gui de Sulli a été loué par tous les auteurs qui ont entrepris de donner des notions sur les personnages renommés dans le treizième siècle. Sa modestie, sa douceur, son Courage et son zèle sont les traits les plus marqués de son éloge, Il ne gouverna que cinq ans l’église de Bourges, étant mort en 1981.

Le cardinal Simon, toujours occupé de la réforme des abus, exercça son zèle à cet égard dans l’université de Paris. Le déso:

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cents. Ils couraient la nuit en armes, ef troublaient Ja tranquillité publique par des clameurs

tumultueuses, Le jour se passait en danses, en festins, en jeux, au Point de jouer aux dés sur les autels mêmes, sans respect pour les temples du Seigneur, qu'ils profanaient par ces excès et par leurs blasphèmes. Le légat réprima ces abus si scandaleux et si indignes de l'ordre clérical, par une sentence d’excommunication encourue

par le seul fait contre ceux qui voudraient les renouveler. L'acte est du seizième de décembre 1276, à Paris!

Le Pape avait aussi été averti qu'il s la foi dans les écoles tant particulières que publiques; il en écrivit, le vingt-huit de janvier 1277, à l'évêque Étienne Tempier, qu'il chargea d’en faire la recherche et le rapport. L'évêque en informa, et publia la censure le sept de mars suivant. Il y dit qu'il a su que quelques étudiants aux arts, s’écartant des bornes de leur faculté, osent traiter des erreurs exécrables, ou plutôt des chimères extrava- &antes, comme des propositions disputables: de sorte qu’ils tombent d’un abime dans un autre, en disant que ces sentiments sont vrais selon Aristote, quoique faux selon la doctrine catholique, comme si les vérités étaient contradictoires. La seule inspection de ces nome l'évêque les caractérisait bien. Il yena nt, sur le libre arbitre, sur l’homme, sur sur le ciel et les étoiles , sur la nature des ou la fatalité des événements, sur les accie prétendue de la philosophie et des

nie, sur la foi, sur les vices et les vertus, sur la résurrection, sur la béatitude.

Le cardinal Simon de Brion termina une autre affaire, mais en faveur de l’université. Les écoliers et les maîtres allaient, les jours de congé, prendre leur divertissement hors la ville, dans Ze Pré-aux-

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4 Du Boulay, t, 3, p. 431.

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+ LXXVL — De 1279

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à 1300 àc l'ère chr.]

DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 253 Clercs, ainsi nommé à cause d’eux ; car le nom de clercs se donnait

| alors à tous les étudiants. Ce lieu touchait l'enclos de l’abbaye de

Saint-Germain-des-Prés, voisinage par conséquent fort incommode pour les religieux, qui étaient sûrs d'entendre beaucoup de bruit quand le beau temps et la vacance des classes ramenaient dans ce canton la jeunesse tumultueuse des colléges de Paris. Gérard de Moret, abbé de Saint-Germain, peut-être pour éloigner d'autant plus les écoliers et leur vacarme ordinaire de l’enceinte de sa communauté, fit tirer sur son terrain quelques toises de murailles, et construire quelques bâtiments, de sorte que le chemin qui conduisait dans le Pré-aux-Clercs se trouvait rétréci et gênait les écoliers dans leur passage. Ceux-ci le trouvèrent mauvais, et, sans demander jusice ailleurs , ils commencèrent à démolir les nouveaux édifices. L'abbé Gérard et les religieux, irrités de l’entreprise, firent sonner le tocsin pour appeler les domestiques et les vassaux de l’abbaye, qui étaient en grand nombre. Mais il n’était pas sûr d'attaquer cette troupe d'étudiants, si l'oi n’empêchait que ceux de la ville vinssent à leur secours. Gérard ordonna qu’on fermât les trois portes de la ville qui donnaient entrée dars le faubourg Saint-Germain, alors séparé de Paris par une enceinte de murailles. Ces portes dépendaient de l’abbé, comme seigneur de tout le canton.

L'abbé fut obéi, et, la communication ainsi rompue entre les écolier du dedans et ceux du dehors de la ville, il fut aisé aux gens de l'abbaye de battre les écoliers et de les faire repentir en une seule fois de tout le désordre qu’ils avaient causé en plusieurs autres. Les mauvais traitements furent portés à l'excès, il y eut beaucoup de sang de répandu du côté des étudiants, et deux de la troupe moururent peu de jours après des coups qu'ils avaient reçus. Le bruit de cette violence souleva toute l’université. On alla au cardinallégat Simon de Braine ou de Brion, pour lui demander justice de l'abbé et de. ses religieux, et l’on menaça de césser les leçons et les prédications si l'on n’ordonnait une réparation proportionnée à l'injure. Le cardinal condamna d’abord le prévôt de l’abbaye, qu’on disait être entré plus avant dans la querelle que les autres religieux, à quitter Saint-Germain et à passer cinq ans dans un petit monastère dépendant de Clugny. Mais le conseil du roi, auquel l'affaire fut portée, rendit ne sentence bien plus rigoureuse. Le roi prononÇa lui-même l'arrêt, qui enjoignait à l'abbé et aux religieux de payer six cents livres aux parents des deux écoliers morts, quatre cents à l’un et deux cents à l’autre : deux cents livres au recteur de l'université, pour être distribuées aux régents et aux pauvres écoliers ; deux cents autres livres pour les réparations et l'entretien

254 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 1216

d’une chapelle près les murs de l'abbaye, où avait été enterré un de ces étudiants morts de leurs blessures ; vingt livres de rente pour celte chapelle, et autant Pour une fondation dans l'église du Val des-Écoliers, où l'autre étudiant avait été inhumé, Ces deux rentes formaient deux bénéfices, dont le Patronage fut attribué à l’univer. sité, et la collation à l’abbaye de Saint-Germain. Enfin, le roi excluait dix des pius cou pablesd'entre les domestiques ou vassaux de l'abbaye. il ordonnait que les tourelles de la porte de Saint-Germain, du côté du Pré-aux-Clercs, seraient rasées ; et il déclarait que la possession du chemin qui conduisait au pré appartiendrait désormais à l’uni. versité. L'arrêt, rendu à Poiss » est du mois de juillet 1278, et il fut exécuté dans toutes ses parties. Ce qu'il y eut de remarquable, c'est que Matthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, était à la tête du

conseil du roi : circonstance qui ne procura aucune grâce à ses confrères de Saint-Germain-des-Prés.

Ajoutons à ce succès de l'université un établisse fut fait environ deux ans après l'aventure du Pré celui du collége d'Harcourt, qui fut toujours un de Paris. Jean d'Harcourt, d’une ancienne maiso chanoine de Notre-Dame, en fut l’auteur. Le collége de Sorbonne, qui croissait tous les jours en réputation, lui en fit naître la pensée, et, comme il avait possédé successivement des. dignités dans les églises de Rouen, de Bayeux, de Coutance et d'Évreux, il voulut que les pauvres écoliers de son collége fussent de ces quatre diocèses. Il acheta, pour l'établir, quelques maisons dans la rue de la Harpe ; mais la mort l'empêcha de perfectionner son ouvrage, Robert d'Harcourt, son frère, évêque de Coutance, et son exécuteur testamentaire, y mit la dernière main. Il y assigna vingt-buit bourses pour seize étudiants aux arts et douze théologiens, avec des revenus Pour un proviseur, un grand maître, un prieur, chef des théologiens, un principal surveillant des artistes, un prêtre-aumônier, un clerc

de chapelle et quelques autres moindres officiers. Plusieurs personnes, dans la suite, augmentèrent le nombre des bourses ; mais, par arrêt du parlement, en 1703, elles furent réduites à vingt-trois pour les arts, et à douze pour les théologiens 1,

IL s'élevait encore souvent en France des différends entre les chapitres et les évêques sur leurs droits réciproques. Pour y apporter un remède canonique, l'archevêque de Reims, Pierre Barbet, tint un Concile provincial à Compiègne, l'an 1277, avec huit de ses suffragants. Le décret du concile dit que les chapitres des cathédrales,

ment célèbre qui -aux-Clercs : c'est des plus fréquentés n de Normandie, et

1 Hist, de l'Église gallic., 1, 34.

à 1300 de

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LXXVI, — De 1916

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ntre les char y apporter Barbet, tint it de ses sufcathédrales,

s'attribuant un droit sur leurs supérieurs, usent de l'autorité spirituelle, de procédures affectées et de la cessation d'office; que, pour remédierà ce (lésrodre, els évêques sont convenus de s’entr’aider mutuellement en cas de démélés entre eux et leurs chapitres, pour pacifier les choses et soutenir leurs droits ; que tous contribueront aux frais de celui qui sera chargé de l'affaire, et qu'afin d'agir avec plus d'autorité, et ôter tout lieu de penser que ce soit par passion, ls évêques s'assembleront chaque année, dans la quinzaine de la Pentecôte, à Paris, où l’on délibérera ; de sorte qu’on ne fera rien con:re les chapitres sans une juste et légitime raison.

Ce règlement n’empêcha point que l'autorité du cardinal-légat n'intervint pour réconcilier l'archevêque de. Reims avec son chapitre. Il arriva même que l'accommodement fait par le cardinal fut entièrement favorable au chapitre de Reims, parce que Simon de Braine avait été lui-même chanoine de Tours ; ce qui fit appeler cet accord la simonie des chanoines. On remarquait en France que les légats, tirés le plus souvent des chapitres, étaient toujours portés à les défendre dans leurs sentences arbitrales 1,

A l'exception de ces petits démélés, l'église de France jouissait alors d’une paix que le roi Philippe le Hardi n'éprouvait pas. Outre sa querelle avec Alphonse, roi de Castille, que ni le légat ni les cardinaux envoyés par le pape Nicolas III ne purent accommoder, il venait de perdre, en 4276, son fils aîné Louis, qu'il avait eu de sa première femme Isabelle d'Aragon. Il courut un bruit fâcheux que ce prince, âgé de onze à douze ans, avait été empoisonné. On croit que Pierre de la Brosse, qui, de chirurgien de saint Louis, était devenu ministre et favori tout-puissant de Philippe, insinua à son maitre un soupçon sur la reine Marie de Brabant, qu'il avait épousée en secondes noces, comme si elle eût été l’auteur de cet attentat, et prête aussi à se défaire des deux autres princes du premier it, pour faire tomber la couronne à ses propres enfants. Quoi qu’il en soit de celte insinuation de la Brosse, il est vrai que le roi se prévint au point de faire consulter une Béguine de Nivelle, qui passait pour une personne à révélations, et qui était liée à deux autres illuminés : l'un, le vidame de Laon, et l'autre, ermite, hypocrite de profession, comme il ÿ en a eu de tout temps. On soupçonna que la Brosse s'était servi de ces personnages pour engager le roi à prendre des ombrages de l reine, Ce prince eut la faiblesse, à la persuasion de son favori, dit-on, d'envoyer à la Béguine Matthieu, abbé de Saint-Denis, et Pierre de Bénais, évêque de Bayeux, beau-frère et créature du mi-

à 1300 de l'ère chr.]

? Marlot, t, 2, p. 671.

256 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXXVI, — De 1976

nistre. Ils eussent pu mieux faire que de se charger de cette commission dangereuse, surtout l'abbé Matthieu, qui, ayant été régent du royaume, avait plus d'expérience que personne. L'évêque ayant pris les devants près de l'illuminée, on ignore ce qui fut dit de part et d'autre. Elle se contenta de dire ensuite à l’abbé Matthieu qu'elle avait répondu à l’évêque sur ses interrogations. Il sortit indigné de n'avoir pu rien tirer de plus. À leur retour, le roi demanda compte de la commission à l'abbé, qui raconta simplement le fait : puis à l'évêque, qui dit qu'ayant entendu en confession cette fille, il ne pouvait en rien dire, Ah ! reprit Philippe, ce n’était pas pour la confesser que je vous envoyais. Je saurai déméler la vérité. Cependant un inçonnu apporta au roi des lettres de la Brosse. Ce favori fut ar. rêté, enfermé, et pendu publiquement, sans que la cause de sa mor devint publique. Dès que l'évêque de Bayeux sut son emprisonnement, il quitta promptement 12 France et se retira à Rome. Du reste, la reine Marie fut pleinement justifiée. Voilà les simples faits, Après la mort du favori, la cour, la ville et le royaume s’animèrent contre sa mémoire, suivant l'usage, Sa famille, ses alliés, ses amis, ses créatures, tous ceux qu'il avait élevés et qui s'étaient attachés à sa grande fortune, tombèrent avec lui. La disgrâce fut générale, et enveloppa conséquemment l'évêque de Bayeux, frère de sa femme. Le roi le crut complice de la calomnie qui l'avait engagé luimême à donner à la reine des gardes durant ses préventions. Il poursuivit l'évêque à la cour romaine, et envoya au pape Nicolas III Arnolfe d'Oursemale, chevalier du Temple, pour le prier de faire Je procès à l’évêque, dont il saisit d'avance le temporel. Le Pape voulut des preuves du crime avant que de procéder juridiquement. Le chevalier n’en donna point, et déclara, en présence des cardinaux, qu'il ne prétendait en aucune sorte se rendre partie de l’évêque accusé, ni au nom du roi, ni au sien. Sur quoi le Pape écrivit au roi, que, n'ayant trouvé contre le prélat aucune des conditions préalablement requises pour fonder une recherche et beaucoup moins un jugement, il lui paraissait contraire au droit de le punir et de saisir les biens de son église, qui n’était pas coupable, quand même l'évêque le serait, Le Pape, en un mot, voyant que l'affaire restait en cet état, sans accusateur, sans preuves, sans conviction, crut devoir prendre la défense d’un évêque qui n’était apparemment coupable que d'avoir été malheureusement allié de celui dont la famille était proscrite. Il exhorta le roi et la reine même à l'oubli d’une calomnie dont l’un et l'autre étaient assez vengés par l'évidence et la notoriété publique, sans étendre leurs SGtuipçons et leur ressentiment jusqu’au danger de perdre l’innocent et de ruiner une égiise. Il en recommanda les inté-

à 1300 de

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à 1300 de l’ère chr.]

rêts au légat. Ses lettres sur ce sujet sont du mois de décembre 12784,

Philippe le Hardi avait hérité du roi saint Louis, son père, une extrême délicatesse de conscience dans la crainte de posséder le bien d'autrui. Il demanda au pape Nicolas qu'il trouvât bon que les aumônes qu'il faisait fussent faites dans cetté vue ; ce que le Pape approuva, à condition pourtant de restituer ce qu'il saurait être dans le cas de la.restitution due aux particuliers connus.

L'année suivante 1279, le même Pape, qui comptait sur lui pour l'expédition de la Terre-Sainte, se plaignit amèrement au cardinallégat des tournois que Philippe permit au sujet que nous allons dire, Charles, prince de Salerne, fils aîné du roi Charles d'Anjou, étant venu en France, fut reçu du roi, son cousin germain, et de tonte la noblesse, avec une pompe digne des deux cours. Philippe le Hardi, pour lui faire honneur, aussi bien qu'au prince Robert, comte de Clermont, son frère, qu'il avait armé chevalier peu auparavant, et sous prétexte d'exercer la noblesse à défendre la patrie et à conquérir la Terre-Sainte, permit les tournois qu'il avait défendus jusqu’à la croisade qui ne se fit point.

Le Pape, dans sa lettre très-vive au légat, et datée du 92 d'avril, 1279, l’accuse d’une négligence extrême » Pour avoir souffert qu’en sa présence ces funestes jeux eussent été permis , sans qu'il s'y fût opposé, comme il le devait par sa qualité de légat. Le roi n'est pas épargné , non plus que ses barons. Quelle horreur » it le Pape , de voir le fils d’un roi rempli de piété permettre ce que le roi, son père, avait si sagement défendu , et révoquer l’édit qu’il avait lui-même porté ! Quelle affliction pour le père commun, de voir que la noblesse française ait dégénéré de son ancienne piété au point de se couvrir de la honte attachée à un combat de deux mille d’entre eux, comme le rapporte la lettre du légat ! Et vous, dit-il au cardinal, ne deviezvous pas prendre feu dans un si grand péril des âmes » menacer, tonner et aggraver les censures ? Suffisait-il de ne pas prêter votre consentement à la permission que le roi a donnée » Comme vous le dites , de faire des tournois trois fois l'an ? N est-ce pas conniver au mal que ce faire ?

Le Pape réfute ensuite les prétextes d'approuver ces jeux, comme des exercices propres à former la noblesse aux armes, pour défendre 2 lÉtatetla religion. Il allègue les censures du troisième concile de Latran, qui prive les morts de la sépulture ecclésiastique, et les défenses des Papes, ses prédécesseurs. Enfin il lui ordonne de dénoncer excommuniés tous les nobles qui ont combattu dans les tournois ; de

! Raynald, an 1278, n. 33 et 34.

258 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI

les exhorter à se rendre avec humilité dignes de} la leur donner à condition de juver qu’ils ne retomberont plus dans ceïte faute. Véritablement ces fantômes de guerre devenaient quelquefois des guerres cruelles, des voiles pour les vengeances particu. lières, et des divertissements souvent funestes, malgré les plus sages précautions, Les auteurs en racontent de tristes exemples dans tous les temps, depuis leur établissement ; et les souverains les ont soyvent défendus pour cette seule raison 1, Le fils du. roi de Sicile, s'en retournant de la cour de France ct faisant quelque séjour en Provence, eut une curiosité qui mérite d'avoir ici sa place et d’être racontée particulièrement comme elle l’est par les historiens ecclésiastiques. H s’agit de la sainte Madeleine de Baume. Le prince Charles, sur la tradition que sainte Madeleine aVa. vécu longtemps pénitente dans ce lieu » Voulut éclaircir l &'oyance où l'or était que le corps de la sainte y avait été inhumé par saint Maximin , premier évêque d'Aix. Joinville parle de cette tradition, :t saint Louis, à son retour de Ja Terre-Sainte , passa par Sainte-Baume avec lui. C'était en 1254. Douze ou treize ans après, comme nous l'avons vu, le saint roi assista , avec le légat Simon de Braine, à la translation des reliques de sainte Madeleine, faite à Vézelai, où l’on croyait aussi les posséder.

Pour revenir au fait du prince Charles, qui se trouvait en Provence sur la fin de 1279, voici le récit de Richard de Clugni , auteur du temps, dont la relation est citée par tous les annalistes de l'Église: € Quand on ent ouvert les tombeaux des deux côtés de la chapelle, on trouva enfin le Corps de sainte Madeleine » non dans le tombeau d'albâtre où l'avait mis saint Maximin, évêque d'Aix, mais dans un autre de marbre , vis-à-vis et à main droite en entrant. Il en sortit une odeur très-suave, et il se fit quantité de miracles.» Il raconte ensuite qu’on trouva sous la langue, qui tenait encore au palais, une longue racine qui en sortait, avec une petite branche de fenouil, et que l'on partagea cette racine en parcelles , qui ontété conservées dans plüsieurs endroits comme des restes précieux. Il assure qu'il tient tout cela de témoins oculaires. Il ajoute qu’à côté du corps on trouva un écriteau d’une grande antiquité, gravé sur un bois incorruptible, et qu’il y a lu lui-même ces paroles : « L’an sept cent seize de la nativité du Seigneur , au mois de décembre, sous le règne d’Odoin, très-pieux roi des Francs » du temps des courses des Sarrasins, dans la crainte de cette perfide nation , le corps de la bienheureuse Marie-Madeleine fut transféré la nuit fort secrètement de

1 Raynald, 1279, n, 17 et seqq. Hist, de l'Église gallic., 1, 84.

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 259

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Richard continue en ces termes : « Le prince Charles, ayant trouvé tout cela, fit venir les archevêques de Narbonne , d'Arles et d’Aix, avec quantité d’évêques, d'abbés, de religieux, de noblesse, de clergé

et de peuple, qu’on assembla le cinq de mai 4280. On leva le corps,

et on le mit dans une châsse ornée d'or, d'argent et de pierreries; pour la tête, on la plaça dans une boîte d’or pur. On trouva encore une inscription sur du bois couvert de cire ; mais on eut de la peine à y lire ces mots : Ici repose le corps de la bienheu. euse Marie-Made leine. Charles, étant depuis devenu roi de Sicile, transféra de ce lieu, sous l'autorité de Boniface VIIL, en 1295, les religieux de Saint-Vicior de Marseille, pour rétablir en leur place les frères Prêcheurs. Enfin, il bâtit et enrichit leur église avec une magnificénce royale 2, » Tel est le récit de Richard de Clugni.

Bernard Guyon, de l’ordre des frères Prêcheurs, évêque de Lodève, dans sa chronique dédiée au pape Jean XXIL, fait le même récit mot pour mot, en sorte qu'il paraîtrait que l’un des deux l’a transcrit de l'autre. La différence est que Bernard met cette découverte le 9m de décembre, et nomme Odoïc le roi que Richard nomme Odoin. Ptolmée de Lucques, du même ordre des frères Prêcheurs, écrivant vers le même temps, fait aussi le même récit 3.

Or, dit à ce sujet Fleury, d’après Launoi, il est à observer qu’il n'yeut jamais de roi de France du nom d’Odoin ou Odoic, et que l'an 700 régnait Childebert IL, à qui succéda Dagobert jusqu’en 716. Mais celui qui fabriqua l'écriteau, ni ceux qui le découvrirent, n’en savaient pas tant #.

Mais, comme l'a remarqué un contemporain de Fleury même, qui souvent le cite, le docte Pagi, ce roi des Francs du nom d’Odoin ou d'Odoic, n’est autre que le fameux Eudes, duc d'Aquitaine, qu'on troie appelé quelquefois Odon, quelquefois Otton, Odoïc ou Odoin. Il etait de la première dynastie des rois des Francs, dans laquelle Ious avons vu que tous les princes portaient le titre de roi. D’ailleurs, c'est précisément de 700 à 716, pendant que les Francs de Neustrie et d’Austrasie se disputaient à qui serait le maître des rois fainéants, sous le titre de maire du palais, c’est précisément dans ct intervalle que le duc Eudes, Odon, Odoin ou Odoic, fut le seul défenseur, et par 1à même le seul roi de la France méridionale contre

* Bouquet. Scriptores rer. Franc.,t.3, p. 640, - Pagi, an 716, n. 11. — 2 Ray-

nald, 1279, n. 19, — 3 Ibid., 1219, n. 12, et Spond, 1279, n. 3. — * Fleury, 1.81, n, 35.

260 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 1914

les Sarrasins. Il est donc très-naturel que les malheureuses popula. tions du Midi, voyant en lui le seul homme véritablement royal de l’ancienne dynastie, l’aient reconnu pour roi et lui en aient donné Je titre. Lors donc qu'avec le millésime de 716, une inseription présente le nom si peu connu d'Odoin, avec une royauté moins connue en. core, ce n'est certainement pas le fait d’un imposteur, comme le suppose Fleury; l’imposteur le moins adroit eût été plus, habile, Nous croyons donc, avec le P. Pagi et dom Bouquet, que l'inscription découverte en 1279 est indubitablement authentique, et qu’ainsi, dès l'an 716, c'était la tradition constante de la Provence, qu'on avait à la Sainte-Baurne le corps de sainte Marie-Madeleine, sœur de Lazare et de Marthe 1.

Enfin, de nos jours, comme nous avons vu au livre 26 de cette his. toire, t. IV, un docte Sulpicien, l’abbé Faillon, a démontré, par une foule de monuments inédits où peu connus, que la tradition de la Provence repose sur la vérité ; notamment , que Marie-Madeleine, la femme pécheresse et la sœur de Lazare , est une seule et même per sonne, dont le corps à été retrouvé à la Sainte-Baume.

La même année 1279, le pape Nicolas III publia une bulle pour remédier aux longues vacances des siéges épiscopaux. Elle ordonne aux élus, dont l'élection doit être confirmée par le Saint-Siége, de se mettre en route pour cela un mois après la connaissance qu'ils en auront ; et, après le temps nécessaire au voyage, de se présenter Je plus tôt qu'ils pourront, de bonne foi, avec les actes et les pièces qui concernent leurs affaires. On leur donne vingt jours après le voyage pour comparaître. On y ajoute quinze autres jours, s’il y a un sujet légitime de délai. On veut même qu'il y ait aussi des électeurs pour rendre l'information comp'ète. Les conditions ne sont pas bien claires, non plus que l'explication même de cet acte; muis la peine n’est pas obscure. Elle condamne les délinquants à être privés de leurs droits?

Il est remarquable que, dans le même temps, on vit deux hommes si éloignés d'aspirer aux dignités, que l’un, c'était Jean, élu patriarche de Jérusalem, conjura le pape d'accepter sa renonciation : ce qu'il obtint. L'autre refusa l'évêché de Paris, dont le Pape disposa après la mort d'Étienne Tempier, arrivée le 3 de septembre de la même année 1279. Il est vrai que le chapitre de Paris avait choisi, pour lui succéder, un savant nommé Eudes de Saint-Denis ; mais, comre l'élection n'était pas unanime, il y eut des appelants au Saint-Siége. Eudes y alla poursuivre son élection. Sa vieillesse, trop marquée par un tremblement de mains, frappa le Pape, qui cassa

1 Pagi, 716, a, 13. - Bouquet, t, 3, P. 640, note, — ? Raynald, 1279, n. 46,

à 1300 de

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LXXVI, — De 1216

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DE L'ÉGLIS£ CATHOLIQUE. 261

à 1300 de l’ère chr.]

l'élection. Eudes prévint la publication et se désista. Nicolas prit cette occasion de pourvoir l'église de Paris, par le conseil des cardinaux. Il y nomma Jean l'Alleu, dit Jean d'Orléans, dont le mérite et la réputation faisaient le plus bel éloge. Il était chanoine et chancelier de Notre-Dame. Ce docteur ayant appris sa promotion de la part du Pape, prit le parti de se dérober aux honneurs en se jetant chez les Dominicains, pour vivre pauvre avec les pauvres de Jésus-Christ, Après qu’il eut pris l’habit la veille de Pâques, c’est-à-dire le 20 d'avril de Par 4280, il écrivit au Pape pour le supplier de ne plus songer au choix dont il l’avait honoré, puisqu'il était déterminé à vivre et à mourir dans l'ordre qu'il venait d’embrasser.

Le Pape se rendit à ses prières, et nomma à l'évêché de Paris Renoul d'Homblonière, docteur théologien, dont il fait l'éloge dans sa lettre au roi Philippe, à qui il le recommande très-particulièrement,

| après avoir raconté tout ce que nous venons de dire au sujet de cette | vacance de l’église de Paris. Nous apprenons par cette lettre que l'é-

vêque Renoul était de Normandie, qu'il avait géré la cure de Saint- Lervais, et qu’il était actuellement chanoine de l’église de Paris quand il fut promu à l'évêché. Pour Jean d'Orléans, il persévéra dans la profession religieuse, où il mena une vie exemplaire durant vingt-six ans, et mourut plein de science, de sainteté et d'années; le 4er jour d'octobre, l'an 1306. On l’enterra dans le chœur de l’églisé des Dominicains de Paris, auprès du frère Matthieu, comme un religieux digne de tenir sa place parmi les premiers Pères de l’ordre.

Un autre religieux, nommé évêque par Nicolas III, en pareil cas, ‘ut obligé d'accepter le bâton pastoral la même année 1279. Le siége de Poitiers vaquait depuis Hugue de Châteauroux, mort en 1271. Après deux élections disputées. la cause étant dévolue a: Pape, et les deux élus ayant renoncé à leurs droits entre ses mains, Nicolas III promut à cet évêché un frère M::.eur qu'il connaissait et considérait extrèmement. Il s'appelait Gauthier de Bruges, du nom de son pays. Ses grands talents pour le gouvernement, sa science et sa vertu l’avaient élevé dans son ordre à la charge de ministre provincial dans la province de Tours. Il se défendit, si vivement d'accepter l'épiscopat, qu’il fallut que le Pape réitérât son commandement jusqu’à trois fois, sans écouter les prières du général de l'ordre, qui secondait les refus de son religieux. Gauthier devint un excellent évéque, fort renommé dans l'Église de France par sa constance et par l'édification de ses mœurs!

L'évêque de Poitiors, dès Van 1289, sc distingua par un synôde

1 Hist, de V'Églisegallic., 34.

262 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXXVI, — De 1276

qu'il tint dans sa ville, Parmi ses douze règlements, il y en a qui nous apprennent certains usages de ce temps-là ; par exemple, la défense aux juges ordinaires de sceller les actes sans signature, ou des papiers en blanc. C'est que Pécriture était peu connue des laïques. Le sceau en tenait lieu : matière à beaucoup d’inconvénients pour le spirituel et le temporel : ce sont les termes du premier statut, Le choix des confesseurs est limité par le quatrième, Les prélats et supérieurs du diocèse, tant séculiers que réguliers, ne peuvent ge confesser qu'à l'évêque, ou à ses pénitenciers, ou à des confesseurs qu'il aura désignés. On défend d’en choisir d'autres, Ces supérieurs, qui ont charge d’âmes, n'ont point pour leurs sujets les cas réservés à l'évêque sans son agrément. Le cinquième corrige un abus singulier. Des diacres écoutaient les confessions, et se croyaient en droit d'absoudre comme les prêtres. Le onzième montre qu'on citait devant les juges ecclésiastiques ceux qu’on soupçonnait d’être lépreux, pour juger si le soupçon était fondé ou non. On borne !: liberté de faire ces citations déshonorantes. Il faut des lettres du chapitre, ou du doyen, ou de l'archiprêtre, pour assurer que le soupçon est notoire et mérite un examen. C'est que l'Église avait pris les lépreux sous sa protection, et l’on en abusait quelquefois pour rendre suspects de lèpre ceux qui ne l'étaient pas !,

L'an 1284, il y eut un concile à Paris, composé de quatre archevêques et de vingt évêques, au sujet des priviléges accordés aux religieux mendiants, et que les prélats croyaient contraires à leur autorité. Les religieux défendirent autant qu’ils purent leurs priviléges. Le résultat fut que le pape Martin IV les confirma par une bulle du 40 de janvier 1282, mais avec cette clause : Nous voulons que ceux qui se confesseront à ces frères soient tenus de se confesser aux prêtres des paroisses au moins une fois l'année, suivant l'ordonnance du concile général, et que les frères les y exhortent soi- &neusement et efficacement 2, |

Les deux ordres de saint Dominique et de saint François, établis depuis moins d'un siècle, répandaient un si grand éclat de sainteté et de doctrine, que les Papes épuisaient, pour: ainsi dire, en leur faveur toutes les grâces et tous les trésors de l'Église. Les Papes français s'étaient distingués en ce genre de libéralités.

Martin IV, auparavant cardinal Simon de Brion ou de Braine, était regardé en France comme l'auteur principal de ces grands priviléges qui marquaient tant de confiance et d'estime pour les religieux mendiants. Les évêques français ne laissaient pas d’être étonnés

1 Labbe, t. 11, p. 1137, — 2 Ibid., p. 1144.

1300 de

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LXXVI, — De 197

quand ils voyaient ces priviléges mis en usage. Ils craignaient que des concessions de cette espèce ne donnassent atteinte à leur autorité, ou ne dégénérassent en abus, s’il arrivait jamais que les successeurs de ces saints personnages à qui on les avait faites ne fussent que les héritiers de leur nom et de leur habit, non de leurs vertus et de leur sagesse. Dans la province de Reims, les prélats crurent devoir obvier aux inconvénients. Ce fut l’occasion d’un concile convoqué par l'archevêque Pierre Barbet, Ses suffragants se rendirent dans la ville métropolitaine, au nombre de sept, savoir : les évêques de Laon, de Térouanne, de Beauvais, d'Amiens, de Senlis, de Noyon et de Tournai. Ceux de Cambrai et de Soissons n’y assistèrent que: par leurs députés.

On y fit un décret qui disait en substance : Les frères Prêcheurs et les frères Mineurs prétendent user de certains priviléges accordés par Martin IV touchant les confessions et l'injonction des pénitences, et cela d'une manière qui est manifestement contraire au droit commun, aux décrets des conciles, aux constitutions des Papes et à l'intention même de celui qui a fait la concession de ces grâces. En conséquence, il s'est élevé des disputes et même des scandales ; le salut des Ames a été en danger. On a averti les religieux de ne pas envahir les fonctions épiscopales ; et comme on n’a pu les faire désister de leurs prétentions, il a fallu en venir à la convocation du concile de la province, dont le résultat est que l'affaire sera poursuivie en cour de Rome jusqu'à l'entière conclusion, et que, pour les frais indispensables d’une telle procédure, l’archevêque de Reims et

1300 de l'ère chr.]

chaque évêque de la province payeront le vingtième de leur revenu

de l'année présente, et les autres ecclésiastiques le centième. L'acte est du 1° d'octobre 1287.

Cette déclaration de la province de Reims contre les priviléges des religieux mendiants n’était que la suite de quelques mouvements qui avaient précédé sur la même matière dans la métropole de Rouen. En 1282, Guillaume de Flavacourt, qui en était archevéque, écrivit aux archevêques de Reims, de Sens et de Tours, pour les engager à ne pas souffrir l’usage de ces grâces accordées aux réguliers. La lettre est du mercredi d’après la fête de Saint-Pierre. Elle parle d’une assemblée de prélats faite peu de temps auparavant à Paris, où l'on avait conclu par provision de suspendre les priviléges des religieux mendiants, parce qu'ils les interprétaient d'une manière à laquelle vraisemblablement le Pape n'avait pas songé. On ignore la suite de cette affaire. Mais enfin, soit que la plainte eût été mai reçue à Rome, soit que les réguliers eussent corrigé les abus qu'on leur reprochait, le pape Nicolas IV, qui était de l’ordre de

264 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXvI.

saint François, accorda, l'an 1288, outre viléges, la confirmation d il les déclara exempts,

autre juridiction que de celle du Saint-Siége 1,

Il était naturel que ce Pape employat dans les affaires le zèle des religieux de son ordre, dont il connaissait Mieux que, personne Je mérite et les talents. En Provence, il se 8liscit des erreurs. Le Pontife ordonna au Provincial des frères Mineur; d'établir un inquisiteur dans ces Cantons, surtout dans le comté ven appartenant en propre à l'Église romaine, temps des inguisiteurs franciscains préposé

rétiques dans les provinces d'Arles, d'Aix et d'Embrun, Ils consul. tèrent le Pape sur plusieurs points d

répondit ainsi : Vous ordonnerez aux

— De 19

» de toute

Manquerez pas de les y forcer par la voie de des censures. Et s’il arrive que les magistrats fassent difficulté d’exécuter les sentences rendues contre les hérétiques ou leurs complices, Vous procéderez par les censures contre leurs personnes, et par l'interdit contre le lieu de leur domicile, À l'égard des ordonnances du pape Innocent IV touchant la destruction des maisons où l’on aura trouvé

des hérétiques, elles seront observées dans leur entier sans en excopter les tours qui feront Partie de ces

craindre la censure 23 de décembre 2, La métropole d'Arles mérita le titre de bienhe chanoine dans l'église d’ 1287. On ne sait Pourqu

Pour vous-mêmes. Tous ces règlements sont du

était gouvernée par Rostaing de Capre, qui ureux par son éminente piété. Du rang de Arles, il en devint archevêque le 23 de juillet oi le pape Honorius IV n'avait pas approuvé

” 1 Wadding, 1288, n. 43. Hist, de l'Église gallic., 1, 35, — + Ibid., 1288, n. 14 et seqq.

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