‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 52 sur 97 · LXXVI. — De · texte numérisé non relu

LXXVI. — De

dire autre chose hés du monde, ape, pour toute ls le nommaient s envoyés se re.

/0ÿa une apolorès le Massacre, Joqué la sainte que vous nous la vôtre, celui Cours un autre l'Aragon, avec avoir fait voile lace, en attenà Trapani, au >alerme 1, » Pour essayer issance du roi rdinal-évêque 2. Le légat se née pour atta- 2vant Messine.

s, ainsi qu’au é d'eux et de ; à la révolte, sagesse. Mais rebuta et les s à l'Église et : l'Église ro-

ine, pour les résenta une itait de perire vue, de nçait exeomet leur con- | ces condicontente de ious donne, es Proven-

à 1300 de l'ère chr.]

| aux. Le roi répondit fièrement : Nos sujets, qui ont mérité la mort, | demandent des conditions! Puisque le légat en est d'avis, je leur

pardonne ; mais à la charge qu’ils me donneront huit cents otages à mon choix, dont je ferai ce que je voudrai ; que je les ferai gouverner par qui il me plaira, et qu’ils me payeront ce qu'ils ont accoutumé. Le légat ayant fait savoir aux habitants de Messine cette réponse du roi, le désespoir les fit résoudre à se défendre. De quoi le légat, extrêmement irrité, les déclara excommuniés, ordonnant à tous les ecclésiastiques de sortir de la ville dans trois jours, et aux habitants d'envoyer dans six semaines un député pour comparaître devant le Pape et recevoir ses ordres. Après quoi il se retira de Messine, et le roi continua de l’assiéger 1,

Cependant Pierre , roi d'Aragon, étant arrivé à Trapani, le 10me d'août, alla par terre à Palerme, où il fut reconnu roi et couronné solennellement par l'évêque de Cefalou, petite ville de Sicile, parce que l'archevêque de Palerme s'était retiré auprès du Pape. Incontinent après, le roi Pierre envoya dun secours à Messine, dont le roi Charles fut obligé de lever le siége et de repasser en Italie. De lil écrivit au roi d'Aragon une iettre où il le traite de voleur et d’usurpateur, et le charge d’injures. Tu n’as pas considéré, ajoute-t-il, ôle plus méchant de tous les hommes ! la force insurmontable de l'Église, qui doit commander à toutes les nations. C’est elle que la terre, la mer et le ciel adorent, et à laquelle tous ceux qui sont sous le soleil doivent payer tribut. Il relève ensuite ses victoires sur Mainfroi et sur Conradin, ex conclut en commandant à Pierre, aussitôt sa lettre lue, de sortir du royaume de Sicile ; autrement, il menace de l'exterminer, lui, les siens et les traîtres siciliens.

La réponse du roi d'Aragon n’est pas moins fière. Il reproche à Charles la mort de Mainfroi, et encore plus celle du jeune Conradin, qu'il traite de crimes détestables, soutenant qu’il est inouï qu’un prince ait fait mourir un autre prince qu’il avait pris. Il lui reproche l'oppression des Siciliens, les exactions injustes et violentes, les calomnies pour dépauiller les innocents, les femmes déshonorées, le refus de faire justice. Il relève le droit de la reine son épouse, et finit per des menaces 2.

ant au pape Martin IV, le 18me de novembre 19289, il publia nv longue bulle contre Pierre, roi d'Aragon, où il “eprend l'affaire de Sicile, depuis la déposition de Frédéric par Innocent IV au concile de Lyon ; il rapporte la révolte de Sicile contre le roi Charles, la mo-

‘Raynald, 1282, n. 20. Malespin., c. 211, — ? Apud Petr. de Vin., L. 1, epist. 38 et 39,

270 HISTOIRE UNIVERSÉLLE [Liv. LXXVI, — De

nition publiée à Orviète le jour de l'Ascension, et la légation du car. dinal Gérard ; puis il vient à l'entrée du roi Pierre en Sicile, qu'i traite d’invasion injuste, parce que le droit qu'il y prétendait par sa femme, comme fille de Mainfroi, était nul, Mainfroi lui-même et son père, Frédéric, ayant été privés de ce royaume par l’Église rOMaine, Pour mettre d’autant plus le roi d'Aragon dans son tort, le pape Martin IV rapporte comment le roi Pierre II, son aïeul, vint à Rome se faire couronner, fit serment de fidélité au pape Innocent IE, oftri et soumit son royaume à l'Église romaine, et lui promit un tribut annuel à perpétuité. Le pape Martin en prend süjet d’accuser Pierre]]] de perfidie, aussi bien que pour avoir feint d'aller contre les infidèles, afin de tourner ses armes contre le roi Char battre, et cela sans l'avoir défié auparavant, c’est-à-dire sans lui avoir déclaré la guerre.

De là le Pape conclut que le roi Pierre et ses adhérents ont en- Couru les censures de la monition publiée le jour de l’Ascension, C'est pourquoi il les dénonce expressément exCommuniés, et leurs

terres soumises à l'interdit ; il défend au roi d’Arag

on de prendre Je titre de roi de Sicile ni d’en exercer aucune fonction. Il étend les censures sur l'empereur Mic

hel Paléologue, comme raisonnablement Suspect d’avoir aidé le roi Pierre dans l'invasion de la Sicile ; il dé- Clare nuls tous les traités faits au sujet de cette entreprise, et menace de procéder contre tous ceux qui y ont pris part, ecclésiastiques ou séculiers. Enfin, il dénonce au roi d'Aragon que, s’il ne se retire du plus éloignés, s’ils ne Se soumettent aux ordres de l'Église dans le premier avril pro-

i * il expose leurs persons'en saisir, les prive e l'Église, et absout délité, se réservant, après le terme échu, de priver Pierre du royaume d’Aragon et de procéder contre lui suivant la quaiité de ses crimes. C’est la substance de la bulle qui fut publiée à Montefiascone le 18me de novembre 1289 1,

Au commencement de l’année suivante, le pape Martin IV écrivit auprès du roi Charles, une lettre où il ce contre le roi d'Aragon est la cause de Dieu, puisque la perfidie de ses ennemis empêche le secours dela Terre-Sainte, que Dieu témoigne dans l'Écriture lui être la plus chère le royaume de Sicile, domaine particuson épouse, Que le Seigneur s'élève donc,

1 Raynald, 1289 Labbe, t, 11, D. 1187-1196.

les, croisé pour les com:

à 1300 de

continue

qu'il pro lui. Nou:

c'est pou torité de assistero les Sicilic cause da auront la telle qu'c de la Te en tous | est d'Orv

Le roi considére

D craignit ( D forces ; cc

il lui fit } de cent cl était le 4:

à leur égs vaincu où et privé d allait de en écrivit piége, lui pour emp Premiè objet un « du serme lui enjoir quence, & Benoît Ca plus amp son absen l'emporta trouver at Cepend publia un publiées |

1 Raynaïc

VF. LXXVI, — De 1216

la légation du car.

re en Sicile, qu'il prétendait Par sa lui-même et son l'Église rOMaine, son tort, le pape eul, vint à Rome nocent III, offrit promit un tribut accuser Pierre]]| itre les infidèles,

sé pour les com.

ire sans lui avoir

hérents ont ende l’Ascension.

nuniés; et leurs n de prendre Je on. Il étend les aisonnablement la Sicile ; il dérise, et menace lésiastiques ou ne se retire du s éloignés, s'ils nier Avril proleurs personaisir, les prive lise, et absout près le terme océder contre le la bulle qui

rtin [V écrivit ne lettre où il a est la cause

secours de la la plus chère aine particus'élève donc,

à 1300 de l’ère chr.]

continue-t-il, qu'il les prévienne par une prompte vengeance, et : qu'il protége par la puissance de son bras ceux qui combattent pour

lui. Nous avons donc résolu de leur donner des secours spiritue!s : c'est pourquoi, nous confiant en la miséricorde de Dieu et en l’autorité de ses saints apôtres, nous.accorderons à tous les fidèles qui assisteront l'Église et le roi de Sicile contre le roi Pierre d'Aragon, les Siciliens rebelles et leurs complices, et qui mourront pour cette cause dans quelque combat, l'indulgence de tous les péchés dont ils auront la contrition dans le cœur et qu’ils auront confessés de bouche, telle qu'on a coutume de l’accorder à ceux qui passent au secours de la Terre-Sainte; et nous vous ordonnons de publier ces lettres en tous les lieux de votre légation où vous jugerez à propos. La date

est d'Orviète, le 13me de janvier 1283 1.

Le roi de France, Philippe le Hardi, ayant envoyé un secours considérable en Apulie, au roi Charles, son oncle, le roi d'Aragon

} craignit de ne pouvoir soutenir sa conquête contre de si grandes N forces ; connaissant d’ailleurs la franchise et le courage du roi Charles,

il lui fit proposer de vider leur différend par un combat singulier de cent chevaliers de part et d'autre, les deux rois compris. Le jour était le 4er de juin 1283 ; le lieu, la plaine de Bordeaux, terre neutre à leur égard, comme appartenant au roi d'A ngleterre. Celui qui serait vaincu où qui manquerait au rendez-vous serait infâme à toujours, et privé du nom et de la dignité royale. Le roi Charles crut qu'il y allait de son honneur de ne pas refuser un tel défi; il l'accepta et en écrivit au Pape, qui, fort étonné de voir qu’il eût donné dans ce piége, lui en fit de grands reproches, et employa tous ses efforts pour empêcher l'exécution de sa promesse.

Premièrement, il la déclara nulle, comme illicite et ayant pour objet un duel défendu par les lois de l’Église. Il absout le roi Charles du serment par lequel ii avait confirmé cette promesse, l’exhorte et lui enjoint de se désister de tout ce qu'il pourrait faire en conséquence, avec menace d'excommunication, IL lui envoya le cardinal Benoît Cajetan, du titre de Saint-Nicolas, pour 5’expliquer avec lui plus amplement et lui exposer le danger que courrait son État par son absence. La lettre est du 6me de février, Mais le point d'honneur l'emporta dans l'esprit du roi Charles, et il vint en France pour se trouver au rendez-vous.

Cependant le Pape exécuta sa menace contre le roi Pierre, et publia une bulle où, après avoir fait mention des deux qu’il avait publiées l’année précédente, il ajoute : Pierre, roi d'Aragon, et les

1 Raynaïd, 1283, n. 2,

272 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI

Siciliens rebelles n'ont point eu d’égard à ce fenses, ni ces menaces, et ont poursuivi avec p treprise criminelle. Afin donc que nos menac objet de mépris, si elles demeuraient sans exé tence rendue de l'avis de nos frères les cardi même roi Pierre du 'oyaume d'Aragon, de se dignité royale, et nous exposons ses États à catholiques, suivant que le Saint-Siége en di

+ — De 12

es ne soient pas un cution, par cette sen.

naux, nous privons le s autres terres et de l être occupés par des

ÿ lui défendant

ce soit, ecclésiastiques ni de le reconnait

ucun devoir. Cette sentence fut prononcée à Orviète, dans la place de la grande église, le 21me de mars 1283 1,

Comme le combat de cent chevaliers, contre cent se devait donner sur les terres du roi d’Angleterre Édouard, le Pape écrivit à « prince le 5me d'avril, le priant et même lui ordonnant d'empêcher de tout son pouvoir une action si criminelle, avec menace d’excommunication. En cette lettre et en toutes les autres depuis la déposition du roi Pierre, il ne le nomme plus que : Ci-devant roi d'Aragon, Mais, nonobstant toutes les défenses et les remontrances du Pape, il ne tint ni au roi Charles ni au roi Édouard que le combat ne se donnât. Charles prit le chemin de Bordeaux, où se rendit aussi, à sa prière, le roi de France Philippe, son neveu, avec grand nombre de noblesse. Le jour marqué étant venu, Savoir, le 4er juin 1283, le roi Charles se préser.a au sénéchal du roi d'Angleterre, Préparé au combat, comme Pierre, roi d'Aragon, l'avait prescrit. Mais Pierre ne parut point ; seulement il fut dit que la nuit précédente il s'était présenté secrètement au sénéchal pour s'acquitter de sa parole, pré: tendant qu'il n’était Pas en sûreté, à cause de la grande compagnie qu'avait amenée le roi de France. Le Pape écrivit aussi au roi Édouard pour le détourner de l'alliance qu'il voulait contracter avec Je roi Pierre en mariant sa fille Éléonore avec Alphonse, fils aîné de ce prince. Le Pape lui représente qu'ils sont Parents au quatrième degré, et que, d’ailleurs, Pierre n’est plus roi, mais excommunié, déposé et ennemi de l’Église. La lettre est du 7me de juillet 1283 ?, Le roi Charles, venant en France pour se rendre à Bordeaux, amena de la cour de Rome le cardinal français Jean Chollet, prêtre du titre de Sainte-Cécile, que je Pape envoyait légat en France ji

1 Raynald, 1283, Labbe, t, 11, P+ 1197, — ? Raynald, 1283, n. 36.

s monitions, ces dé. | lus d’ardeur leur en. Æ

à 1300 de y arriva voir de !

le royau roi Pier:

| choisira

lui succé conférer

Leten jou

exprime être régl

| quielle c

dit que royaume Castille,

| l'Église s

ment pol France et pour la r le rouves lui prête:

| Saint-Pie

cette com Le roi son roya conseil er dinal Chc sa lettre d Le roi, français,

| à la conc

aux préla sût s'il é du royaut imposées

Les pré questions trois du n barons se veau les a salles séps

1 Raynald )

v. LXXVI, — De 1210

à 1300 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 273

y arriva le 41me de juillet. Le Pape lui donna ensuite un ample pou-

ronitions, ces dé. |

d’ardeur leur en. Le

ne soient pas un DD, par cette sen. » NOUS privons Je res terres et de } occupés par des ra. Déclarons se, té ; lui défendant udit royaume: et t, ecclésiastiques e le reconnaitre ette sentence fut glise, le 21me de

se devait donner pe écrivit à ce ant d'empêcher 1enace d’excomlepuis la déposint roi d'Aragon, ances du Pape, le combat ne se endit aussi, à sa rand nombre de uin 1983, le roi re, préparé au rit. Mais Pierre édente il s'était Sa parole, pré.

nde compagnie aù roi Édouard ter avec le roi fils aîné de œ au quatrième excommunié, juillet 1283?

> à Bordeaux, Chollet, prêtre en France ; il

voir de traiter avec le roi Philippe, et de lui donner pour un de ses fils le royaume d'Aragon et le comté de Barcelone, dont il avait privé le roi Pierre. Voici la substance du traité. Le roi de France Philippe

À choisira un de ses fils, tel qu'il lui plaira, autre que celui qui doit

lui succéder au royaume de France; et le légat, au nom du Pape, conférera au prince le royaume d'Aragon pour en prendre possession

| et en jouir pleinement, lui et ses descendants à perpétuité. La bulle

exprime ici fort en détail comment la succession du royaume devait être réglée entre les enfants du nouveau roi, mâles ou femelles, et à

| quielle devait passer, en cas que sa postérité vint à manquer. Il est

dit que le royaume d'Aragon ne sera jamais soumis à un autre royaume , ni uni en la même personne avec ceux de France, de Castille, de Léon ou d'Angleterre ; que les droits et les libertés de

| l'Église seront conservés dans le royaume d'Aragon, particulière-

ment pour les élections et les provisioi:: de bénéfices. Le roi de France et son fils, ni leurs successeurs, ne feront jamais aucun traité pour la restitution de l’Aragon sans le consentement du Pape. Fnfin le rouveau roi et ses successeurs se reconnaîtront vassaux du Pape, lui prêteront serment de fidélité , et lui payeront tous les ans, à la

| Saint-Pierre, cinq cents livres à titre de cens. La bulle qui contient

celte commission du légat est datée d’Orviète, le 27me d'août 1283 4,

Le roi Philippe le Hardi convoqua les seigneurs et les prélats de son royaume pour le 20 février 1284 , à Paris, afin de lui donner conseil en une affaire aussi importante. Voici le compte que le cardinal Chollet rendit de ces états généraux , au pape Martin IV, dans sa lettre du 4er mars.

Le roi, dit-il, fit lire à l'assemblée, en latin, et traduire ensuite en français, les bulles du Pape et les conditions diverses qu'il attachait

| à la concession de la couronne d’Aragon. Après quoi il demanda

aux prélats et aux barons de lui donner un conseil fidèle, pour qu'il sût s’il était expédient et décent pour lui de se charger de l'affaire du royaume d’Aragon et du comté de Barcelone, sous les conditions imposées par le Pape.

Les prélats et les barons répondirent qu’ils délibéreraient sur ces questions le vingt-un, et qu'ils donneraient leur réponse le vingttrois du même mois. Le vingt-un, de grand matin, les prélats et les barons se rassemblèrent au palais du roi, et, après avoir lu de nouveau les actes qui leur étaient soumis, ils se retirèrent dans deux salles séparées. Au commencement de leur délibération , dit le car-

274 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXXVE, 1

dinal, ils se partageaient entre devons pieusement: le croire, celui dont l'affaire se trattuit los opérations n'éprouvent ni tantour ni obstacle, ies a: à le même heure à peu près, ils se réunirent an mo séparés do lieu, ot les uns ignorant ce qui se faisait cloe lon autres : cet avis était que, toutes choses considérées, il était ut ‘> 0 roi et au royaume; et en même temps honorable au roi, de se charger de cette affaire ot de l'accepter, Los barons ayant fait connaître aux prélats leur détermination par le noble homme Simon de Nesle, chevalier, nous fimes dire au ro moi et. le notaire Apostolique, que, sans attendre le surlendemain, ; so rendit au palais pour entendre ln réponse et le conseil de ses pré. lats et de ses barons, Le roi Y Aÿant acquiescé, se rendit aussitôt au pulais avec ses doux fils, Philippe et Charles , et, ayant réuni les barons aux prélats, avec tout lo consoil du roi et une multitude nombreuse, l'archevêque de Bourges, par le mandat des prélats, répondit en leur nom, au roi, qu'ayant considéré l'honneur de Dieu et de ln sainte Église romaine , celui du roi et du royaume de France , et l'utilité de la foi catholique , ils trouvaient expédient et décent pour lo roi d'accepter cette affüire selon les modérations , déclarations et concessions exposées et ofertes par le notaire apostolique ; que tous et chaëun ilsien étaient d'accord, et qu'ils le Jui conseillaient, Après quoi le seigneur de Nesle, pour les barons, dé leur ordre et consentement exprès, déclara qu'ils s'étaient accordés au même avis, et qu'ils le lui conseillaient, Enfin le roi répondit aussitôt : Je vous rends grâces àtous de ce que vous m'avez donné un bon et fidèle conseil : et il ajouta : Pour l'honneur de Dieu et de la sainte mère Église, nous nous chargeons de la susdite affaire, et nous l'acceptons 1,

C'est ici un des monuments les plus curieux de l’histoire de France, et des plus importants Pour juger avec équité les hommes et les choses du moyen âge. On ÿ voit qu'à la fin du treizième siècle, le roi, le clergé et la noblesse de E rance, réunis en états généraux , en présence du peuple, reconnaissaient au Pape, comme chef de l'Église catholique, le pouvoir d'excommunier et de déposer les rois, et d'offrir leur couronne à un autre prince, C'est donc d'après ce principe qu'il faut examiner la conduite des Pontifes romains si l'on veut ètre juste. D'ailleurs , le dix-neuvième siècle est plus d'accord là-dessus qu’il ne pense avec le treizième ; car lui aussi reconnait un pouvoir spirituel pour déposer les rois et les dynasties : ce pouvoir, il l'appelle opinion publique, la reine du monde, Seulement les or-

ot dont tit inspirés, avis, quoique

{ Rymer, Acta regum Anglie, t, 2, p, 299,

des avis opposés ; mais , comme nous

à 1300 de

ganes de journalist fications Chacun 8 enfance.

Mais re quête la décim b contre Pi plusieurs et le comt encore le :

le Pape cc rite par | cardinal C de Majorc, Besançon, cèses de L Quand | concession les nobles liberté qu’ le Bon, de France, av que Charle fils, ou de Mais, quar conditions, déric et M contravent Siciliens; prince de $ méconient:

Le prince ceux qui 0] province d bonnes co mettant de ne voulant nal Gérard

1 Duchesne

LAXVI, |

is, comme ous traitait, ot dont S'AYant inspirés,

avis, quoique cheZ 108 autres; it 9 au roi et au Charger de cette

lermination par

nes dire au roi urlendemain, | seil de ses pré.

ndit aussitôt au ayant réuni Les multitude nomrélats, répondit le Dieu et de la de France , et et décent pour déclarations et ique ; que tous illaïent, Après dre et consennême avis , et : Je vous rends fidèle conseil :

mère Église, ptons 1, ire de France, ommes et les ème siècle, le généraux , en ref de l'Église r les rois, et près ce prinmains si l'on plus d'accord reconnait un : Ce pouvoir, ment les or-

à 1200 de le hr] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 276

ganes de ce pouvoir ne sont point. les Pontifes romains | mais les journalistes, c'est-à-dire bien souvent des écoliers faisant des amplifications sur la politique , et ayant pour exécuteurs des gamins. Chacun son goût, Le monde, à force de vieillir. peut retomber en enfance.

Mais revenons aux Français du treizième siècle, Pour faire la conquête le pape Martin IV donna au roi Philippe le Hardi la décune des revenus ecclésiastiques, et le légat précha la croisade contre Pierre d'Aragon, Le roi Philippe se croisa, et à son exemple plusieurs de ses sujets nobles et autres. Après le royaume d'Aragon et le comté de Barcelone, le roi, au nom de son fils Charles, accepta encore le royaume de Valence, par acte du 21me de février 1284, et le Pape contirma le tout par sa bulle du 5° de mai suivant, sousrite par huit cardinaux, En même temps il étendit la légation du cardinal Chollet aux royaumes de Navarre, d'Aragon, de Valence et de Major: ainsi qu'aux provinces ecclésiastiques de Lyon, de Besançon, de Vienne , de Tarentaise et d'Embrun ,; et dans les diocèses de Liége, de Metz, de Verdun et de Toul 1.

Quand le roi Charles d Anjou recut le royaume de Sicile par la concession du pape Clément IV, une des conditions du traité fut que les nobles et les autres habitants du royaume jouiraient de la même liberté qu’ils avaient eue du temps du roi Guillaume II » Surnommé le Bon, de la race des Normands; et le pape Martin , alors légat en France, avait été le négociateur de ce traité. Une autre clause portait que Charles révoquerait toutes les lois de Frédéric , de Conrad , son fils, ou de Mainfroi, qui étaient contraires à la liberté ecclésiastique. Mais, quand il fut en possession du royaume, il observa mal ces conditions, et ne traita pas mieux ses sujets que n'avaient fait Frédéric et Mainfroi. Charles reconnut, quoique trop tard , que cette contravention à son traité était la principale cause de la révolte des Siciliens; et, en partant pour la France » il chargea son fils Charles, p'ince de Salerne, qu'il laissait en Apulie , de chercher le remède au mécontentement des peuples,

Le prince , par son ordonnance du 30m de mars 1283, manda à ceux qui obéissaient encore au roi, son père, d'envoyer de chaque province des députés au pape Martin pour le prier de rétablir les bonnes coutumes qui avaient cours au temps de Guillaume II , promettant de s’en tenir à sa décision. Le Pape, ayant oui les députés, et ne voulant pas décider sans connaissance de cause, écrivit au cardital Gérard de Parme , son légat auprès du prince , de s'informer

! Duchesne, t, 8, P. 842, Raynald, 1284, n. 4 ct 5.

© Y © N RCA | Me Na os A4 € NX Le NY € <<° 4% ag # AS 2 = 133 1 4 se 2 5 . . . =] :

+ E 433333: = o Ê 2 E Cia 2] =ÿ sy LE Ein = = —— (eb) Z} ÉR 2 É © N | NN AT PA OS CL AN\ (Au IN RSA LAN Ca #

276 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI.

Sicile au temps du roi Guillaume. Mais, l'affaire n’alla pas plus loin sous ce pontificat 1,

En 1284, le Pape donna au même légat la commission de préche la éroisade contre Pierre d'Aragon. La lettre est du 9e jour de juin, et le Pontife s’y plaint que la révolution de Sicile avait donné occa. sion aux hérétiques de s'y réfugier ; qu'ils y trouvaient protection

contre les inquisiteurs , auxquels il n’était pas sûr d’entrer dans ke À

pays; que les hérétiques s’y multipliaient de jour en jour, et per. vertissaient les simples.

Le légat Gérard était alors auprès du prince Charles de Salerne, qui commandait en l'absence du roi, son père. Il était à Naplu quand Roger de Loria, amiral du roi d'Aragon, se présenta Je Üme jour de juin, avec une flotte de quarante-cinq, tant galères qu’autres bâtiments. L'amiral entra dans le port, les Français au combat, avec des paroles de mépris contre le roi Charles ; il faisait même tirer des flèches àterre, pour engager le prince au coinbat. Le prince ne put se contenir, père, lui eût envoyé un ordre exprès de ne point combattre jusqu'à son retour. Le légat fit pareillement son possible pour l’en détourner, et, n'étant pas écouté, il protesta par écrit, devant une personne publique, que cette action se faisait contre son avis. Le prince monta sur ses galères et s'engagea au combat ; il y fut pris et conduit à Messine ?,

Le roi Charles arriva effectivement deux jours après, avec cinquante-cinq galères qu’il amenait de Provence. Il ne s’arrêta que peu de jours, et en repartit pour assembler sa flotte et faire une descente en Sicile. Mais , malgré toute son activité , il ne put triompher des obstacles que lui opposèrent les éléments , la distance et l'exécution irrégulière de ses ordres. Quand une partie deses vaisseaux arrivaient au rendez-vous, les provisions de l’autre étaient déjà consommées. Il se vit contraint d’ajourner au printemps suivant l’embarquement de ses troupes. Mais il tomba malade, et mourut à Foggia en Apulie, le 7me de janvier 1285. Quand il reçut le saint viatique , il témoigna une grande contrition, et dit avec un grand respect : Sire Dieu! comme je crois vraiment que vous êtes mon Sauveur , ainsi je vous prie d’avoir pitié de mon âme, et, comme je fis l’entreprise du royaume de Sicile plus pour servir la sainte Église que pour mon profit, ainsi vous me pardonniez mes péchés ! Il avait vécu soixante-

3 Raynald, 1283, n. 41, 42, 86. — ? Ibid., 1284. Duchesne, t. 5, p. 548.

— Dei ‘soigneusement de la quantité des subventions qui se payaient en

après une première enquét:

du légat, le Pape lui manda de s’en informer plus amplement, «

criant et défiant À

quoique le roi, son à

Da 1300 de cinq an l'église :

plusieur Comn nier en royaum à funt roi lettres ] abus do:

liers, et, à de jours Or, en informei ponse, tr caces po tinuer ju de févrie Le roi l'absence vait aupi firma la Parme, « qu'ils re jusqu'à « E l'on püt L adressée Le pa] pour la $ 1285, et rent enc Dieu, po:

semble à la mort, Les pr continué, poque fix | dames de dulgence légat, l’a fils du rc

1 Joan.

É1 1300 de l'ère chr] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 277

aug ans, en avait régné dix-neuf, et fut enterré à Naples , dans l'église métropolitaine , par le légat Gérard de Parme, assisté.de plusieurs prélats du royaume !.

Comme Charles IF, son fils aîné et son successeur, était prison nier en Catalogne, le pape Martin prit soin de la conduite du royaume, et en écrivit ainsi au légat Gérard : Dès le temps que le dé- B funt roi Charles s’acheminait à Bordeaux, il nous remit > par ses

kttres patentes, la direction de son royaume, pour y réformer les

abus dont se plaignaient les églises, les communautés et les particu-

liers, et, en dernier lieu, pendant la maladie qui l’a enlevé en peu à de jours, il nous a confirmé ce pouvoir par d’autres lettres patentes. Or, en vertu des premières, nous vous avons chargé de vous informer exactement de l’état du royaume, et, ayant reçu votre réponse, nous avons commencé à chercher les moyens les plus efñcaces pour y rétablir la tranquillité, et nous nous proposons de continuer jusqu’à ce que nous en voyions l’effet. La lettre est du onzième de février 2.

Le roi Charles avait nommé pour régent du royaume, pendant D l'absence de son fils, son neveu Robert, comte d'Artois, qui se trou-

vait auprès de lui, toutefois sous le bon plaisir du Pape, qui lui con-

firma la régence, mais lui donnant pour adjoint le légat Gérard de

Parme, et ordonnant qu'ils exerceraient en commun leur autorité,

qu'ils reconnaîtraient la tenir de l’Église romaine, et qu’elle durerait

jusqu'à ce que le roi Charles IT fût mis en liberté. Il voulut aussi que E l'on pût appeler d'eux au Saint-Siége. C'est ce que porte la bulle | adressée à l’un et à l’autre, et datée du seizième de février 3,

Le pape Martin IV n'eut pas le temps d’exécuter ses bons desseins pour la Sicile; car il mourut le vingt-huit mars de la même année 1285, eteut pour successeur Honorius IV. La même année moururent encore le roi de France et le roi d'Aragon. Il semblait que

| Dieu, pour vider le procès de tant de rois, voulût les appeler tous-ensemble à son tribunal. Il leur envoya donc son terrible appariteur,

l mort, à qui le roi ne résiste pas plus que le berger. | Les préparatifs du roi de France pour envahir l'Aragon s'étaient

continués pendant toute l’année 1284. Le carême de 1285 était l’é-

poque fixée pour commencer l'expédition. La reine et les principales | dames de la cour voulurent accompagner le roi pour gagner les indulgences promises aux guerriers. Le cardinal Chollet suivait, comme légat, l’armée que ses prédications avaient rassemblée. Les deux fils du roi, Philippe et Charles de Valois, s’y trouvaient aussi ; ils

qui se payaient en e première enquête lus amplement, «

mission de préche lu 2e jour de juin, avait donné occa.

uvaient protection ùr d'entrer dans Je B ‘en jour, et per.

harles de Salerne,

Il était à Naples n, se présenta le inq, tant galères criant et défiant pris contre le roi pour engager ke uoïque le roi, son combattre jusqu'à ar l'en détourner, int une personne

avis. Le prince fut pris et con.

après, avec cins'arrêta que peu aire une descente it triompher des ce et l'exécution sseaux arrivaient jà consommées, l'embarquement )ggia en Apulie, que , il témoigna ct : Sire Dieu!

r, ainsi je vous l'entreprise du que pour mon t vécu soixante

t.5, p. 543. 1 Joan. Villani, 1. 7, 0, 95. — 2? Raynald, 1285, n. 8. — 3 Ibid, n. 6,

278 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI — De 1976

étaient entourés de la plus brillante noblesse de France, Phi. lippe III, autremént Philippe le Hardi, reçut l'oriflamme à Saint. Denis, et se mit en marche après la fête de Pâques, qui, cette année, tombhait au vingt- cinq de mars. Il fit, avant le dix-neuf trée à Toulouse, où il ava : donné rendez-vous à tous les soldats dy Languedoc et du midi de la France. Un auteur italien du temps porta son armée à vingt mille chevaux et quatre-vingt mille fantas. sins ; les villes de Gênes, de Marseille, d'Aigues-Mortes et de Nar. bonne-avaient équipé une flotie qui suivait Ja côte et qui fournissai des vivres à l’armée. Le roi de Majorque, Jayme où Jacques, frère de Pierre d'Aragon, se trouvait avec le roi de France et lui servait de guide. * , .

Philippe III entra le dix mai en Roussillon.

reçus dans presque toutes les forteresses de ce les Espagnols assurent qu'ils pillèrent Perpignan et commirent d’autres désordres. La forteresse d’Elna fut empértée d'assaut, Gironne s de résistance, Une eSCar mouche avait eu lieu, où: Jes Aragonais disent que le roi Pierre tua de sa maïn fe comte de Nevers ; mais Robert de: Béthune, qui était alors comte de Nevers, vécut encore trente-sept ans: ce qui

avril, son en.

Les Français furent

Maladies. Le roi Philippe en fut lui-même attaqué. Il devint si faible, que, ne pouvant plus se tenir à cheval, on le portait sur un lit. || arriva ainsi à Perpignan, où il mourut lé dimanche vingt-troisième de septembre, âgé de quarante ans, après en avoir régné quinze. Son fils aîné Philippe IV, surnommé le Bel, lui succéda à l'âge de dixsept ans, et en régna vingt-neuf,

Pierre d'Aragon ne survécut guère qu’un mois au roi de France, et mourut le onzième de novembre, jour de la Saint-Martin, âgé de Quarante-six ans, dont il en avait régné neuf, Il s’était moqué un temps de l'excommunication du Pape; mais quand il vit la mort de près, il se réconcilia à l'Église, et reçut tous ses sacrements par les mains de l'archevêque de Tarragone. Alphonse, son fils aîné, lui succéda aux royaumes d’Aragon et de Valence, et au comté de Barcelone, et Jacques, son second fils, au royaume de Sicile, suivant qu’il en avait disposé par testament.

Cependant le nouveau pape Honorius IV, achevant le travail commencé par son prédécesseur, publia une constitution pour retrancher les abus introduits dans le royaume de Sicile, qui avaient causé la révolte, et cela du Consentement du nouveau roi Charles IT, qui s'était entièrement soumis à ce que le Pape en ordonnerait. Cette

constiti et: SOUS gouver sance déclara tant qu la disp durerai Charles L'an nonça ( favorise sortir d s'était père, ke La cére et de t( commu une CO!

tous le évêque raître d couron de l’As ques n’ censure vembre Alph frère at des Fr en poss norius ambass surant année :

suspen lui. Le arrivés çut pas de Valo

1 Rayr

Av. LXXVI — De 1276

| de France, Phi.

oriflamme à Saint.

s, qui, cette année, -heuf avril, son en.

tous les soldats du ‘ italien du temps vingt mille fantas.

Mortes et de Naret qui fournissait où Jacques, frère ce et lui servait de

S Français furent AYS montagneux .

Commirent d’aud'assaüt, Gironne le résistance. Une que le roi Pierre de Béthune, qui sépt ans: ce qui i contre l’autre, it en proie à des I devint si faible,

ait sur un lit, |l

e vingt-troisième.

égné quinze. Son

à l’âge de dix-

u roi de France, -Martin, âgé de était moqué un il vit la mort de rements par les on fils aîné, lui 1 comté de Bar- > Sicile, suivant

le travail comn pour retranli avaient causé Charles IT, qui onnerait,. Cette

1 1300 de l'ère chr.]. DE L'ÉGLISE CATHOLIQUF. 279

constitution est datée de Tivoli, le vingt-septième de septembre 1285, et souscrite par quatorze crdinaux ; mais elle ne regarde quelle gouvernement temporel. Ensuite le Pape, voulant ramener à l’obéissance des Français les Siciliens qui reconnaissaient le roi d'Aragon, déclara qu'ils, seraient privés du bénéfice de cette constitution tant qu'ils lui demeureraient soumis, Enfin il réserva au Saint-Siége la disposition des évêchés du royaume de Sicile tant que la guerre durerait, de peur qu’on y mît des sujets malintentionnés pour le roi Charles 1,

L'année. suivante 19286, le : Jeudi:Saint, onzième d'avril, il dénonça excommuniés Jacques d’Aragon et sa mère Constance, comme favorisant et augmentant la révolte de la Sicile, et leur ordonna d'en sortir dans l’Ascension prochaine. Mais bientôt il apprit que Jacques s'était fait couronner roi de Sicile, en vertu du testament de son père, le jour de la Purification de la Vierge, deuxième de février. La cérémonie se fit à Palerme, dans l'assemblée de tous les grands et de tous les syndics des villes de Sicile. Le Pape renouvela l’excommunication, déclara nulle cette cérémonie, qu'il dit n’être pas une consécration, mais une exécration, et prononça interdit ‘contre tous les lieux où Jacques d'Aragon se trouverait. Il cita les deux évêques de Cefalou en Sicile, et de Nicastro en Calabre, à comparaitre devant lui dans la Toussaint, pour-avoir fait la cérémonie du couronnement. C’est ce que porte la bulle publiée à Rome:le jour de l’Ascension, troisième de mai. Et comme le roi ni les deux évêques n’obéirent point, le Pape confirma et renouvela contre eux les censures le jour de la dédicace de Saint-Pierre, dix-huitième de novembre ?.

Alphonse, nouveau roi d'Aragon, parut plus sensible que son frère aux censures du chef de l’Église, ou peut-être plutôt à la crainte des Français armés en faveur de Charles de Valois pour le mettre en possession du royaume d'Aragon. Alphonse écrivit au pape Honorius IV et aux- cardinaux, s’excusant de n’avoir pas envoyé des ambassadeurs à Rome après la mort du roi Pierre, son père, et assurant qu’il en envoyait alors, c’est-à-dire pendant le carême de cette année 1286. C’est pourquoi le Pape déclara, le Jeudi-Saint, qu'il suspendait jusqu’à l'Ascension les procédures commencées contre lui. Le Pepe prorogea ensuite ce terme, et, les ‘ambassadeurs étant arrivés, il leur donna sauf-conduit pour leur retour; mais il ne reçut pas les excuses d’Alphonse, et ne cessa pas de soutenir Charles de Valois; au contraire, il donna de nouveaux ordres au cardinal

1 Raynald, 1285, n. 29, —3 Ibid., 1286, n. 6-9,

280 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVE, = De 1276

Chollet, légat en France, de procéder Par censures et privation des revenus des bénéfices contre les ecclésiastiques qui favoriseraient A]. phonset,

La même année 1286, Honorius IV envoya deux archevêques en France, à la prière du roi d'Angleterre, Édouard, qui négociait une trêve entre le roi de France, Philippe le Bel, et Alphonçe, roi d'Ara. 80n, pour procurer la délivrance de Charles IL, roi de Sicile, et h paix entre tous ces princes. Pour cet effet, il pria le Pape de lui en.

Boniface de Ravenne et Pierre de Montréal en Sicile ; mais il ne jugea

pas à propos de leur donner de pleins Pouvoirs, attendu l'importance de l'affaire, où la plupart des princes chrétiens se trouvaient in. téressés. C'est ainsi qu’il s'explique au roi Édouard Par sa lettre du sixième de novembre 1286 2,

La négociation ne réussit Pas au gré du Pape. Le roi Édouard, qui en était le médiateur, fit convenir Charles II qu’il atandonnerait à Jacques d'Aragon la Sicile entière, avec le tribut du roi de Tunis, et en Italie l’archevéché de Reggio, et qu'il se chargerait d'obtenir du Pape la confirmation de ce traité, avec la révocation des procédures faites contre le roi Pierre d'Aragon, la reine Constance, sa femme, et leurs fils Alphonse et Jacques. Le roi Charles envoya au Pape le projet de ce traité; mais le Pape le rejeta comme désavantageux à Charles et injurieux à l'Église romaine, à laquelle Constance et ses deux fils n’avaient point eu recours, ni donné aucune marque de repentir ni de soumission: Cependant, pour consoler Charles, il lui permit, durant sa prison à Barcelone, de faire célébrer par ses chapelains, à voix basse, la messe et l’office divin pour lui et ses gens, nonobstant l’interdit de la Catelngne. Ces deux lettres sont du quatrième de mars 4287 3.

Le pape Honorius IV n’y survécut que deux mois. Nicolas IV, qui lui succéda l’année suivante, tourna ses: premiers soins vers Je royaume de Sicile. Dès le quinzième de mars 1288, il envoya une monition à Alphonse, roi d'Aragon, lui ordonnant de mettre en liberté Charles, roi de Sicile, lui défendant de donner aucun secours à Jacques d'Aragon, son frère, et le citant à comparaître dans six mois devant le Saint-Siége, sous peine de procéder contre lui spirituellement et temporellement. Ensuite » le vingt-cinquième de Mars, il publia à Rome, dans l'église de Latran, une bulle où il disait : Quoique le Saint-Siége ait fait jusqu'ici plusieurs procédures

1 Raynald, 1286, n. 10 et 11, — 2 Ibid., n. 13 et 14, — 3 Ibid., 1287, n. 4.

contre toutefo

| en lui

neston:

ment, !

porelle:

fut les roi Jacc

Vers Rome 1 dès le 4 sistoire ponsabl de ce ] priait q l'Église.

soit inn:

ses trou cent, et

| frère du

fois à éc

| ne savai | dansle

Comn dix mois qu'il ser Pape n’y une nou encore p proposa

Les de ces du c

| lerne. Ils | Charles | dans un

cette libe

| livrât ses

Provence sonne. (

| ans, une

1 Rayna

Iv. LXXVE, = De 197

es et privation des i favoriseraient AI.

ux archevêques en ‘qui négociait une )honse, roi d'Ara.

roi de Sicile, et la le Pape de lui en.

leUX, qui pussent leux'archevéques, 3 Mais il ne jugea attendu l'impor.

s se trouvaient in.

| par sa lettre du

Le roi Édouard, il abandonnerait du roi de Tunis, rgerait d'obtenir ation des procée Constance, sa arles envoya au omme désavanquelle Constance aucune marque soler Charles, il célébrer par ses pour lui et ses

lettres sont du

Nicolas IV, qui soins vers le il envoya une e mettre en liaucun secours raître dans six contre lui spicinquième de bulle où il dirs procédures

à 1300 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 281

contre Jacques, fils de Pierre, ci-devant roi d'Aragon, nous voulons toutefois, au commencement de notre pontificat, éprouver s’il reste

| en lui quelque étincelle de dévotion; c’est pourquoi nous l’admo-

nestons, lui et les Siciliens, de revenir à notre obéissance ; autrement, nous procéderons contre eux par les voies spirituelles et temporelles, selon que nous verrons être expédient. A la Pentecôte, qui fut le sixième de mai, le Pape publia encore une citation contre le roi Jacques et les Siciliens 1,

Vers la fête de Noël de la même année 1288, vinrent en cour de Rome les envoyés du roi Alphonse d'Aragon, que le Pape avait cité dès le 45me de mai à paraître dans six mois. Ils proposèrent en consistoire les excuses du roi, leur maître; disant qu'il n’était point responsable de la conduite de son père ; que longtemps avant la mort de ce prince, il était en possession du royaume ; c'est pourquoi il priait qu’on l'en laissât jouir en paix : enfin il s’offrait au service de l'Église. Le Pape répondit: Nous serions fort aises que votre maître soit innocent ; mais il montre le contraire, envoyant continuellement ses troupes en Sicile. IL 1..ient le prince de Salerne, qui est innoœnt, et il n’a aucun droit au royaume d'Aragon ; c'est à Charles,

| frère du roi-de France, qu'il appartient. Nous sommes prêts toute-

fois à écouter votre naître, s’il vient, et à lui rendre justice 2. Le Pape

| ne savait pas encore la délivrance du roi Charles, qui avait eu lieu | dans le mois précédent.

Comme d’Honorius IV à Nicolas IV, le Saint-Siége vaqua plus de dix mois, le roi d'Angleterre, Édouard, médiateur de la paix, crut qu'il serait plus facile de renouer les négociations pendant qu'aucun

| Pape n'y mettait obstacle, et que les Français étaient découragés par

une nouvelle défaite de la flotte napolitaine, où l'amiral sicilien sut encore pousser à bout et vaincre l'impatience française. Édouard proposa une conférence à Alphônse dans l’île d'Oléron.

Les deux rois s’y rencontrèrent le 25 juillet 4287, avec deux nonces du collége des cardinaux, et cinq commissaires du prince de Sa-

| lerne. Ils convinrent que, pour arriver à une bonne paix, il fallait que | Charles füt au préalable remis en liberté, afin de pouvoir s'engager | dans un traité comme roi de Naples, et le roi d'Aragon consentit à

cette liberté provisoire, sous condition que le prince de Salerne lui livrât ses trois fils aînés, soixante des premiers gentilshommes de Provence et cinquante mille marcs d'argent, comme gages de sa personne. Charles s’engageait à procurer, avant l'expiration de trois

| ans, une paix honorable entre Alphonse, roi d'Aragon, son frère

* Raynald, 1288, n, 10-19, — 2 Ibid., n. 18 et 14.

282 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVE — De 196

Jacques de Sicile d'une part, et les États de Naples, l'Église, le re

de France et Charles de Valois, son frère, de l'autre. Jusqu’alors là

trêve devait être prolongée entre ces divers souverains ; 6 si Charles ne pouvait avant le terme de trois ans obtenir une paix dont le roi

Alphonse ou ses héritiers se déclarassent contents, il s’engageait oui

lui céder la souveraineté de la Provence, ou à revenir lûi-même se

constituer dans la prison dont on lui permettait de sortir 1.

Pour l'exécution, il y eut une nouvelle conférence entre Alphonse

et Édouard à là fin d'octobre. Le roi d'Angleterre y réussit enfin à concilier les difficultés qui restaient encore. Les rincipales villes de l'Aragon se rendirent garantes pour leur roi ; Édouard fournit de l'argent au prince de Salerne, qui d’ailleurs était son nevêu, pour Payer un premier compté à l’Aragonais ; il se rendit caution du payement du reste et de l'exécution de tout le traité; il donna des otages 8&ascons en attendant que les otages provençaux promis par les Français pussent être livrés. Charlés de Salérne’avait été méhé lui-même à Campo-Franco, où se tenait la conférence. Dans une entrevue qu'il eut avec les rois d'Angleterre et d'Aragon, il prit connaissance du traité d'Olérôn signé l'année précédente ; il en fit changer quelques articles qui lui paraissaient d’une exécution trop diflicile; il accepta, ratifia et jura l'exécution de tous les autres ; après quoi ses fils, Louis, Robert et Raymond, avec les autres otages, furent livrés à Alphonse d'Aragon, et lui-même fut remis en liberté 2.

Charles IT avait pour épouse Marie, fille du roi de Hongrie, Étienne V, frère de sainte Élisabeth de Thuringe : elle était ainsi nièce d’une sainte. Lui-même était neveu d'un saint, savoir, saint Louis, roi de France. Dieu bénit leur mariage d’une nombreuse et illustre postérité, Ils eurent quatorze enfants, dont neuf princes et cinq princesses. L’aîné de tous, Charles Martel, ainsi que nous l'avons déjà vu, devint roi de Hongrie, et son fils Charobert y régna effectivement avec gloire. Clémence, l’aînée des princesses, épousa Charles de Valois, tige d’une branche royale de France ; Blanche, la seconde, épousa Jacques, roi d’Aragon ; Éléonore, la troisième, le roi Frédéric de Sicile, frère de Jacques : Marie, la quatrième, le roi de Majorque. Car ces rois que nous voyons en guerre les uns contre les autres s’uuiront enfin par des liens de famille.

Mais le plus illustre de tous ces enfants est le second, que nous verrons revêtir avec amour l’humble habit de saint François, et mourir évêque de Toulouse. Il naquit l'an 1274, à Brignolles en Provence.

1 Conditiones in Ry

mer., À. 2, p. 342 bis, — 2 Rymer, t. 2, p. 371. - Muntaner Chronic , 169

» P. 136. - Curita annal., 1. 4, c. 104.

Son p de Fr un au pour même ne s'y Corps näire plaisir matièr modes l’auteu cices d due au point | de son les pai et les c que l’h accom] voir s0 jour de par les purifie Don:

avons \ avec be et il av Comme si égal L'adve:

nous sc spérité respect ceux qu malheu même, Dieu, C sité pot Ainsi quand i mandé

v. LXXVE = Dei»

es, l'Église, le n.

tre. Jusqu'alors Ja ains ; 6% si Charles e paix dont le roi il s’engageait oui venir lui-même ge > sortir {,

ce entre Alphonse > y réussit enfin à

incipales villes de louard fournit de

t son neveu, por

t caution du paye.

donna des otages

mis par les Fran.

c meéhé lui-même

ine entrevue qu'il

| connaissance du

changer quelques

flicile; il accepta,

toi ses fils, Louis,

livrés à Alphonse

roi de Hongrie, : elle était ainsi int, savoir, saint ne nombreuse et t neuf princes et si que nous l'aarobert y régna incesses, épousa rance ; Blanche, e, la troisième, la quatrième, le ‘guerre les uns iille.

d, que nous vernçois, et mourir s en Provence.

p. 371. - Muntaner i

Son père et sa mère, pleins d'admiration pour les vertus du saint voi de France, leur oncle, le nommèrent Louis, de son nom. Et il fut un autre saint Louis. Il parut dès l’enfance n’avoir d'inclination que pour la vertu, et ne travailler que pour l'éternité. Ses récréations mêmes se rapportaient à Dieu ; il n’en choisissait que de sérieuses, et ne s'y livrait qu’autant qu'elles servaient à fournir de l'exercice à son corps et à conserver la vigueur de son esprit. Sa promenade ordi: naire consistait à visiter les églises et les monastères. II prenait un plaisir singulier à entendre les serviteurs de. Dieu discourir sur des matières de piété. On se sentait pénétré de dévotion en voyant: sa modestie et son recueillement à l’église, Sa-mère assura elle-même à l'auteur de sa vie qu’à l'âge de sept ans il pratiquait. déjà les exercices de lu pénitence, et que souvent il couchait sur une natte étendue auprès de son lit. Sa mèrel'y portait avec ardeur, et ne craignait point le reproche de sévérité dans la conduite qu'elle tenait à l'égard de son fils. Elle lui faisait pratiquer, par principe de religion, ce que les païens obligeaient leurs enfants de faire pour fortifier leurs corps et les disposer d'avance aux pénibles travaux de la guerre. Elle savait que l’habitude de maîtriser ses sens et ses affections était toujours accompagnée des vertus morales et chrétiennes. Elle eut la joie de voir son fils répondre parfaitement à ses vues. Louis faisait chaque jour de nouveaux progrès dans la vertu. Des afilictions imprévues, par lesquelles Dieu l'éprouva comme un autre Tobie, achevèrent de purifier son cœur, et le détachèrent entièrement du monde.

Donné en otage à la place de son père, l'an 1288, comme nous avons vu, Louis resta sept ans prisonnier à Barcelone, et il fut traité avec beaucoup de rigueur. Jamais il ne perdit rien de sa tranquillité, et il avait coutume d'encourager les compagnons de ses souffrances. Comme on lui demanda un jour comment il pouvait être si calmeet si égal à lui-même au milieu de tant de contrariétés, il répondit : L'adversité profite plus aux amis de Dieu que la prospérité. Alors nous sommes soumis à Dieu, quand l’adversité nous presse. La prospérité élève l'âme, et fait que vous ne pensez point à Dieu ni ne le respectez. La fortune, comme un ignorant médecin, rend aveugles œux qu'elle embrasse, et insensé qui elle favorise trop. Il est donc malheureux, celui qui n’éprouve aucune affliction ; inconnu à luimême, comme n'ayant jamais été mis à l'épreuve, ou bien rejeté de Dieu, comme trop lâche pour le combat. 11 faut donc quelque adversité pour éprouver l’homme.

Ainsi salutairement exercé dans cette arène, il profita si bien que, quand il eut été rendu à la liberté, il assura que jamais il n’avait demandé à Dieu d’être délivré de la prison, si ce n’est une seule fois, et

à 1300 de l’ère chr.]

281 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI, — De 1216

encore avec celle clause : Si cela est salutaire. Et, ce qui est encor plus merveilleux, jamais il n'aurait voulu échanger cette captivité contre toutes les richesses du monde ; il eût préféré, au contraire, d'y rentrer, tant elle lui avait été profitable, Il citait à cette fin ce mot du prophète : Nous avons été réjouis pour les jours où vous nous avez humiliés, pour les années où nous avons vu des maux. Car à peine devenons-nous sages, si ce n’est par le malheur,

Le saint ne se contentait point de souffrir les rigueurs de la captivité, il pratiquait encore des rigueurs extraordinaires ; il jeûnait plusieurs jours de la semaine, et s'interdisait tous les amusements vains ou dangereux. Il ne parlait aux femmes qu'en public, de peur de donner la moindre atteinte à la pureté de son âme. Pour conserver sans tache cette belle vertu, il veillait continuellement sur lui-même, avait fréquemment recours à la prière et à la méditation de ja loi sainte, gardait les règles de la plus exacte tempérance, et s'éloignait avec horreur de tout ce qui eût été capable d'allumer en lui des flammes impures.

Il tomba grièvement malade; les médecins crurent ses poumons attaqués : la véille de la Purification il parut sur le point d'expirer, Revenu à lui, il fit vœu à Dieu, à la sainte Vierge et à saint François, d'entrer dans l’ordre des frères Mineurs et d'y persévérer toute sa vie. Il recouvra la santé, et, le jour de la Pentecôte, il renouvela son vœu dans une chapelle de la Sainte-Vierge, qui se trouvait en la citadelle, Comme on lui avait permis, ainsi qu’à Robert, son frère, depuis roi de Naples, de se récréer par des exercices à cheval et aux armes, Louis montait à cheval par complaisance pour son frère, qui y prenait beaucoup de plaisir. Un jour, à la vue de tout le monde, le cheval de Louis, qui était grand et vigoureux, se renverse soudain sur lui et se roule trois fois avec lui par terre. Les assistants, épouvantés, s’attendaient à la mort du prince. Il se releva sans aucun mal, et secouant la poussière. Tout le monde en bénissait Dieu, Le pieux prince considéra plus attentivement que jamais, d’un côté la fragilité humaine, et de l’autre la clémence de Dieu qui nous protège; il méditait assidüment ces paroles de David, que ce n’est pas le cheval qui sauve l’homme, mais la confiance en la miséricorde divine. Résolu à quitter la milice du siècle pour se donner tout entier à Jé-

sus-Christ, il se décida sur l'heure même à ne plus monter à cheval, à ne plus porter d’armes : ce qu’il observa tout le reste de sa vie. Car, même étant évêque, il ne montait qu'une mule ordinaire,

A quoiil s’appliquait avec le plus d'affection, c'était à la prière. Chaque jour il récitait tout l'office divin, suivant l'usage de la sainte

glise romaine. Il lisait les psaumes avec une telle ferveur, que sa

vue 8e le cœ églises il joigt autres termin l'office bre; e Christ, Après bienhe Il avait l'enten baisait il l'arrc purifié nuit po humain s'efforc plus d' mettait couchai Louis 1 deux fr se levait Sa foi si grand afin del nier, É fêtes ; d saint sac parcelle brasser ] de pèler Son a tude. Pe les plus l'art de raisonne physique des devo Et il y fil

ce qui est encore er cette captivité au contraire, d'y ette fin ce mot du ù vous nous avez aux. Car à peine

eurs de la capti.

8 ; il jenait plu.

musements vains blic, de peur de Pour conserver it sur lui-même, litation de la loi ce, et s'éloignait r en lui des flam-

nt ses poumons point d'expirer, saint François, sévérer toute sa il renouvela son ouvait en la ciert, son frère, à cheval et aux son frère, qui out le monde, nverse soudain sistants, époueva sans aucun issait Dieu, Le is, d’un côté la nous protége; est pas le chericorde divine.

ut entier à Jéonter à cheval, este de sa vie.

‘dinaire, it à la prière. e de la sainte rveur, que sa

à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 285

vue seule ranimait les plus négligents ; suivant le proverbe : Oùiest le cœur, là sont les yeux. Aussi, pendant la prière, surtout dans les églises, avait-il les yeux fixés sur le Crucifix. Aux heures canoniales, il joignait les psaumes de la pénitence, avec les litanies, et plusieurs autres psaumes propres à enflammer la piété, et d'ordinaire il les terminait chacun par le Salve Regina. Chaque jour encore il récitait l'oflice de la Passion, avec un frère Mineur, enfermé dans sa chambre; et, pour mieux sentir en lui-même ce qu'avait ressenti Jésus- Christ, il récitait cet oflice debout, immobile et les bras en croix. Après complies, il disait encore plusieurs oraisons sur les joies de la bienheureuse vierge Marie, qu’il honorait avec la plus tendre piété. Il avait un respect si affectueux pour le nom de Jésus, que quand il l'entendait prononcer, il paraissait en jubilation, inclinait la tête et baisait la terre. La nuit, était-il retiré sur sa couche, comme David, il l'arrosait de ses larmes, persuadé qu'il y a plus d'avantage à être purifié par l’eau que par le feu. Comme David encore, il se levait la nuit pour offrir au Seigneur de longues prières. L'ennemi du genre humain ne pouvant supporter tant de ferveur dans un jeune prince, s'eflorçait de le détourner dans ses prières nocturnes, et l'attaqua plus d’une fois sous la figure d’un horrible chat noir ; mais Louis le mettait en fuite par le signe de la croix. Son frère Raymond, qui couchait dans la même chambre, ayant été témoin de cette lutte, Louis lui fit promettre de n'en rien dire avant sa mort. Plus tard, deux frères Mineurs couchaient dans les mêmes appartements, et il se levait avec eux chaque nuit pour prier en commun,

Sa foi et sa dévotion pour le mystère de la sainte Eucharistie étaient si grandes, qu’il se confessait tous les jours avant la sainte messe, afin de l'entendre plus dévotement, surtout quand il devait y communier. Étant encore laïque, il communiait à toutes les principales fêtes ; devenu prêtre et évêque, il ne manquait guère de célébrer le saint sacrifice, même dans les voyages. Il portait toujours sur lui une parcelle de la vraie croix et des reliques de saints. Enfin, avant d'embrasser l’ordre de saint François, il portait sur ses vêtements la croix de pèlerin de la Terre-Sainte.

Son application à la prière n'empêcha point son application à l'étude. Pendant sept ans de sa captivité à Barcelone, il étudia, sous les plus habiles maîtres d’entre les frères Mineurs, la grammaire ou l'art de parler et d'écrire correctement, la logique ou l’art de bien raisonner, la physique ou la science de la nature visible, la métaphysique ou la science des idées générales, la morale ou la science des devoirs, la théologie ou la science de Dieu et des choses divines. Et il y fit de tels progrès, qu'il fut capable d’en discuter savamment

286 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXVI. — De 12

avec les plus doctes, en public et en particulier, et de précher avec grand succès. Pour trouver le temps nécessaire à l'acquisition de toutes ces sciences, il évitait la société des hommes frivoles et leurs inutiles conversations, et cherchait les hommes distingués par leur savoir et leur piété, du nombre desquels fut Jacques d'Euse, depuis Pape sous le nom de Jean XXII, Quand il fut devenu prêtre, et pendant qu'il habita un château près de Naples, voici comme il sanctifiait la journée. Après avoir offert le saint sacrifice, il s'appliquait tout'entier à la lecture jusqu’au diner, Le repas fini, il s’entretenait, avec des hommes doctes et pieux, de choses sérieuses et utiles, apprenaitle chant ecclésiastique, prenait un court sommeil, se retirait ensuite pour lire la sainte Écriture, les monuments des Pères, principalement les méditations de saint Bernard, dont il portait sur lui le livre de la Considération, même en voyage, avec ses lettres et quel. qués-uns de ses opuscules. Fatigué de lire, il prenait quelque exer. cice corporel, cultivant le jardin, bêchant la terre arrachant les mauvaises herbes, en plantant de bonnes, et s'avertissant lui- même, par cette culture extérieure, de la culture intérieure qu'il faut donner à son âme. Toujours il faisait quelque chose de bon, toujours on le trouvait occupé. Ainsi, deux choses qui attiédissaient les autres, lui inspiraient une nouvelle ardeur, le loisir et la solitude : jamais moins seul ét moins oisif que quand il était seul et de loisir.

À l'étude et à la prédication assidue -il joignait.l'amour de Ja pauvreté évangélique. Quand il sortit de captivité, l'an 1294, il se trouvait l'héritier présomptif du royaume de Naples ; son frère aîné Charles Martel, roi de Hongrie, était mort, et son fils Charobert lui avait succédé. Mais Louis comptait pour rien une couronne terrestre. Son père l’engageait à prendre une épouse, promettant de lui céder dans peu le royaume. Le fils aspirait, au contraire, à être délivré de tous les biens temporels, afin de n’avoir d'autre partage que Dieu seul. Il céda le royaume à son frère puîné, Robert. Pour lui, admis à la tonsure cléricale, il prononça aux pieds des autels, avec effusion de joie et de larmes, ces paroles du prophète : Le Seigneur est la portion de mon héritage et de mon calice : c'est vous-même qui me rendrez mon héritage, à moi. Par un privilége spécial du saint pape Célestin V, le jeune prince reçut la tonsure des mains de son confesseur, suivant un bref daté de Sulmone, le 9 octobre 1294.

Outre la consécration cléricale, saint Louis aspirait à la pauvreté évangélique dans l’ordre des, frères Mineurs. Dans le monde, plusieurs parlaient mal de ce saint ordre ; mais c'était un motif de plus pour le prince d'y entrer. Dès sa prison de Barcelone, il cherchait Où il accomplirait son vœu. Si je le fais dans ma patrie, je ne pourrai

pratiq veuille dans € relave d’autr quait impos:

provin coin q ment, résolu imiter des au grand autres.

Étan Louis } vince « provin son pè vœu qu Franco vêque d sure, il tife. Ar archevé s'être a:

il fit pr d'Ara permit Mais cel prit-Sai corde,

| Saint-P

même é

Pauvre

Si Lo Tous le:

même d Le same rien plu

leudi-S:

IV, LXXVI, — De 1916

et de précher avec à l'acquisition de es frivoles et leurs istingués par leur es d'Euse, depuis nu prêtre, et peni comme il sancti.

ce, il s'appliquait ri, il s’entretenait, uses et utiles, apommeil, se retirait s des Pères, prin- Il portait sur lui le es lettres et quel.

ait quelque exerrrachant les maunt lui-même, par d'il faut donner à n, toujours on le ent les autres, lui de : jamais moins

amour de la pau- 1294, il se trou- ; son frère aîné ils Charobert lui uronne terrestre, tant de lui céder à être délivré de artage que Dieu Pour lui, admis ls, avec effusion Seigneur est la 1s-même qui me al du saint pape s de son confes-

it à la pauvreté le monde, plun motif de plus one, il cherchait

e, je ne pourrai

à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 287

pratiquer l'hur:::té à mon gré ; car je crains que mes frères ne veuillent m'honorer trop. Je pense donc me retirer en Allemagne ou dans quelque autre province lointaine, où, étant inconnu, je pourrai relaver les assiettes, faire la cuisine, balayer ia maison ct remplir d'autres humbles oflices. Le guide spirituel à qui Louis communiquait ainsi ses projets loua sa candeur ; Mais, ajouta-t-il, il et impossible que vous vous . cachiez de votre père. Le général et les provinciaux de l'ordre ont le nom de tous les frères ; dans quelque coin que vous vous cachiez, votre père le saura donc toujours aisément. D'ailleurs, si vous exécutez publiquement ce que vous avez résolu en secret, ce sera d’un mémorable exemple ; plus d’un vous imitera. Celui qui vit bien, mais en cachette, sans travailler à l'utilité des autres, c'est un charbon ; mais celui qui sert d'exemple à un grand nombre, c'est'une lampe ; il brûle pour soi, et lui pour les autres.

Étant done rendu à la liberté en 1294, en passant à Montpellier, Louis pria instamment le supérieur des frères Mineurs de cette province de le recevoir dans son ordre et de lui donner l'habit. Mais le provincial n’osa, non plus que ses religieux, crainte d’offenser lé roi, son père. Louis fit alors ce qu'il put ; il renouvela publiquement le vœu qu'il avait fait dans sa captivité, d'entrer dans l'ordre de saint François. La même année, le pape saint Célestin le désigna archevêque de Lyon ; mais comme alors il n'avait point encore la tonsure, il trouva moyen de faire échouer le projet du souverain Ponlife. Arrivé à Rome avec son père, le pape Boniface VIII le nomma archevêque de Toulouse, Louis résolut de n’y consentir qu'après s'étre acquitté de son vœu. Le Pape y ayant donné son assentiment, il fit profession de l’orde de saint François, à Rome, dans le couvent d'Ara Cæli, Toutefois, pour ne point offusquer son père, le Pape lui permit de mettre une robe cléricale par-dessus l'habit monastique. Mais cela ne dura guère; car quelque temps après, poussé par l’Esprit-Saint, il ne garda qu'une pauvre tunique, se ceignit d'une corde, et alla nu-pieds, à travers la boue, du Capitole au palais de

| Saint-Pierre. Tel fut désormais son costume tout le reste de sa vie,

même étant évêque : encore choisissait-il toujours la tunique la plus

Pauvre qu'il pût trouver.

Si Louis aimait tant la pauvreté, il n'aimait pas moins les pauvres. Tous les jours il en nourrissait vingt-cinq, auxquels il versait luimême de l’eau à laver les mains, et dont il coupait le pain à genoux. Le samedi, il lavait les pieds à trois des plus misérables. Il n'avait rien plus à cœur que cet office. Étant encore à Barcelone le jour du Jeudi-Saint, il invita vingt-cinq mendiants à son diner, les servit lui-

288 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXXVI, — Do 191, |

même, leur apportant à manger et à boire ; ceux que l'infirmité empêchait de prendre eux-mêmes la nourriture, il la leur mettait | lui-même dans la bouche, et puis leur lava les pieds à tous. Le jour suivant, Vendredi-Ssint, allant à une église, il vit un malheureux couvert d'une lèpre horrible, I! l’eût bien volontiers embrassé publi.

à 1300 de

ceux qu rivé à la Je vais | sion. Bi porter.

quement, s'il n'eût craint d'offenser Robert, son frère, depuis roi de M Il rec Naples; mais, considérant que Jésus-Christlui-même avait été frappé ER souvent et humilié comme un lépreux, il ne put qu'il ne fit venir cet infortuné BR vous bér le lendemain, et, ôtant son manteau, il l'embrassa et le baisa avec D le mond ferveur et amour, Robert, son frère, en fut étonné, mais si touché D vous sot en même temps, que ce même homme qui lui inspirait tant d’hor. Lil ne ces: reur, il l’embrassa lui-même avec tendresse, à l'exemple de son D tion ang saint frère. pondit :

Le prince Louis était dans sa vingt-unième année quand il sortit, BR s'endorn en 1294, do sa captivité de Barcelone. 11 fut ordonné prêtre et sacré D sompiior évêque de Toulouse, avec dispense d'âge. Il parut dans son diocèse D enterré c sous l'habit d’un pauvre religieux ; mais on le reçut à Toulouse ave D Il se fi le respect dù à un saint et avec la magnificence qui convenait à un | NH L'auteur prince. Sa mbdestie, sa douceur et sa piété inspiraient l'amour delà M quatorze vertu à tous ce:x qui le voyaient, Son premier soin fut de visiter les MN face VU hôpitaux et de pourvoir aux besoins des malheureux. S’étant faitre. DR le canoni présenter l'état de ses revenus, il en réservaune petite partie pourl’en. D un bref à tretien de sa maison, et destina le reste aux pauvres, Tout le royaume D renferma de son père éprouvait les effets de ses libéralités. Ii fit la visite de son M en préser diocèse, et laissa partout des monuments de sa charité, de son zèle ct M h reine dc sa sainteté, Quelque pénibles que fussent ses travaux apostoliques, D sa mort. il ne diminuait rien de ses austérités. N'étant encore que laïque, il D Le pà se ceignait les reins d’une corde à nœuds sûr la chair: il y joigrait À de prison des chaînes de fer la nuit, et souvent le jour. Il préchait fréquem- D versa la | ment. Ses discours convertirent un grand nombre de Juifs et de pape Nicc Paiens ; il baptisa lui-même les uns, et fut le parrain des autres. D mai. Ce jc Effrayé de la grandeur de ser obligations, il demanda à quitter son D Sicile. Ap évêché ; mais on n'eut point d'égard à ses représentations. Il dit à l'hommag Ceux qui s opposaient à sa retraite : Que le monde me condamne, je JB roi son pi serai satisfait, pourvu que je puisse être déchargé d’un fardeau trop ceptation pesant pour mes épaules. Ne vant.il pas mieux que je cherche à m'en À sieurs gr. délivrer que de risquer d'être accablé sous sa pesanteur ? Dieu lui RS recouvren accorda ce qu'il désirait. ILrevenait de Catalogne, où il était allé M juge supri voir sa sœur, alors reine d’Aragon. Il repassait par Tarascon, où re- À phonse d pose le corps de sainte Marthe, Il prêcha sur la bienheureuse hôtesse du Sauveur, De !à il se rendit au château de Brignolles, où il était 1 Voir la |

né ; il y fut pris de la fièvre, et connut que sa fin était proche, Il dità LE 19 august.

que l'infirmité em.

il la leur mettait | ds à tous. Le jour it un malheurex ‘8 embrassé publi.

re, depuis roi de ne avait été frappé venir cet infortuné a et le baisa avec , mais si touché pirait tant d’hor.

‘exemple de sn

> quand il sortit, é prêtre et sacré:

dans son diocèse à Toulouse avec ui convenait à un | ent l’amour dela | fut de visiter les K. S’étant fait re- : partie pour l’en- Tout le royaume t la visite de son té, de son zèle et Lux apostoliques, re que laïque, il ir : il y joigrait échait fréquemde Juifs et de des autres.

da à quitter son tations. il dit à 1e condamne, je un fardeau trop > cherche à m'en teur ? Dieu lui où il était allé arascon, où reeureuse hôtesse Iles, où il était proche. Il dit à

| en présence de sa mère, de Robert son frère,

| roi son père, comme il paraît par ses lettres du 19me de

| Phonse d'Aragon, déclarant Charles et Édouard, roi d'Angleterre,

à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 289

[œux qui l'eniouraient : Après un voyage dangereux, me voilà ar-

rivé à la vue du port, vers lequel j'ai longtemps soupiré avec ardeur. Je vais jouir de mon Dieu, dont le monde me dérobérait la possession. Bientôt je serai délivré de ce poids accablant, que je ne puis porter. -

Il reçut le saint viatique à genoux et fondant en larmes. Il faisait

| souvent cette prière : Nous vous adorons, Ô Jésus-Christ, et nous F vous bénissons, parce que, par votre sainte croix, vous avez racheté

le monde. Il répétait également ces paroles du psaumé : Seigneur, ne vous souvenez pas des péchés de ma jeunesse et de mes ignorances.

} IIne cessaiten même temps d'adresser à la sainte Vierge la saluta-

tion angélique. Interrogé pourquoi il la répétait si souvent, il répondit : C'est que je vais mourir, et la sainte Vierge m'aidera. Il sendormit ainsi du sommeil des justes, dans l’octave de l’As-

D sompiion, le 49 août 1297, à l’âge de vingt-trois ans et demi, et fut enterré chez les Franciscains de Marseille, comme il avait demandé.

Il se fit dès lors un grand nombre de miracles par son intercession.

E L'auteur de sa vie, qui avait vécu dans son intimité, signale jusqu’à | quatorze résurrections des morts. Jean XXII, successeur de Boni- D lice VUIT, et qui avait été un des amis et des contidents du saint, | le canonisa solennellement à Avignon, en 1317, et adressa à D un bref à la mère du saint, qui vivait encore. La même année, on

ce sujet

renferma les reliques de saint Louis dans une belle châsse d'argent

roi de Naples, et de h reine de France 1. L'Église honore sa mémoire le 19, jour de

È sa mort.

Le père de Louis, Charles Il, surnommé le Boiteux, étant sorti

de prison l’an 1988, prit. publiquement le titre de roi de Sicile, tra-

versa la France, se rendit en Italie et vint à Riéti, célébrer avec le pape Nicolas IV la fête de la Pentecôte, qui, en 1289, fut le 19me de

D mai. Ce jour, le souverain Pontife le couronna solennellement roi de

Sicile. Après son couronnement, le nouveau roi fit au Pape la foi et l'hommage de son royaume, aux mêmes conditions qu'avait fait le juin et l'ac-

teptation du Pape. Nicolas IV lui accorda dans le même temps plu-

} Sieurs grâces; il lui donna les décimes pendant trois ans, pour le

tecouvrement de l’ile de Sicile. Comme suzerain du roi et comme juge suprême des cas de conscience, il cassa le traité fait avec Al-

! Voir la Vie de saint Louis, avec les commentaires des Bollandistes, Acta SS.,

19 augusti,

XIXe 19

quittes des serments par lesquels ils l'avaient confirmé, ‘comme exigés par force et par crainte, .et contre les bonnes mœurs. Il excom. munia Alphonse et Jacques, son frère, qui était en possession de la Sicile ; enfin il renvoya le roi Charles avec de grands présents en joyaux et en argent comptant, et lui donna pour légat dans son royaume le cardinal Berard, évêque de Palestrine 1.

autres, donner:

{rois ca!

La même année, Charles eut quelques avantages militaires sur En cc Jacques de Sicile. Néanmoins, le 25 août, les deux princes concu. MR lever le rent une trêve de deux ans. Le 31 octobre suivant, Charles se pré. D Portuge senta sur la frontière d'Aragon, se déclarant prêt à rentrer. dans les D mai, il prisons d’Alphonse, comme il s’y était engagé. Il fit dresser un acte BR contrav noiarié, qu'il envoya au roi d'Angleterre, et qui nous a été conservé, M dans de dans lequel ses tabellions attestent qu'il s’est présenté à la frontière, M une sec: désarmé, avec un cortége peu nombreux, et que don Alphonse ne sy ms trou est point trouvé pour le recevoir et lui rendre ses enfants etses otages. D après qu Alphonse prétendit, de son côté, que, d’après une convention parti. 1 d'absou culière, il n'aurait dû se présenter que six mois plus tard 2. Nous M Ce qu verrons tous ces différends se terminer par une alliance de famille, BB épouse,

Dans le royaume de Castille, Alphonse le Sage ou le Savant sé DB roi d'A tait brouillé, l’an 12892, avec Sanche IV, son second fiis, qu’il avait AN l'empere institué son héritier, au préjudice de deux enfants de son fils ainé, D baptème Ferdinand. Le ressentiment du père se porta jusqu’à déshériter et 1 avait été maudire Sanche, Une guerre civile s’ensuivit. Le pape Martin LV fit BW cilia son d'inutiles efforts pour rétablir la paix. La mort fut plus puissante, À royaume Alphonse étant décédé le 4 avril 1284, après avoir pardonné à San. M ver sa | che, la guerre cessa par là même ?. & plus sub

En Portugal, le roi Denis succéda, l'an 1279, à son père, Al LB sx AR phonse III. Ce dernier, pour avoir violé les droits de l'Église, avait P 16FF6 attiré, de la part des évêques de Portugal et du pape saint Grégoire X, JB ‘à lille qu l'excommunication sur sa Personne et l’interdit sur le royaume. DB tinuellen L'an 1284, les prélats présentèrent au roi Denis les articles de leurs M douceur griefs, et, dans une cour générale ou assemblée d'états, on trait JR ses q d'accommodement. Le roi donna ses réponses aux articles, et les la inener prélats demandèrent au pape Martin IV la confirmation du concor- huit ans dat; mais il y trouva quelque chose à réformer. Enfin, l’an 1988, D alléguait le roi et les évêques envoyèrent, chacun de leur côté, des procu- BB ‘eur. Pa reurs à Rome, pour consommer le traité par l’autorité du Pape et À tous ceu le faire confirmer. Le pape Nicolas IV nomma trois cardinaux pour elle JOIgr examiner l'affaire, On lut les articles des plaintes du clergé jusqu'au Rate à

} d'en préx

1 Raynald, 1280 n, 1-18, Villuni, À 7,c. 129,

— 3 Rymer, t. 2, p. 455 et 450.

— ® Art de vérifier les dates. Raynald,

1 Raynal

confirmé, ‘comme s mœurs. Îl excom.

tait en possession

de grands présents

Jour légat dans son À, ges militaires sur ux princes conclu.

nt, Charles se pré.

à rentrer. dans les fit dresser un acte us a été conservé, nté à la frontière, on Alphonse ne s'y fants et ses otages.

Convention partiplus tard ?, Now | liance de famille, ou le Savant 56.

nd fiis, qu’il avait s de son fils ainé, qu’à déshériter et ape Martin LV fit L plus puissante, À pardonné à San-

à son père, Al.

de l'Église, avait saint Grégoire X, sur le royaume.

articles de leurs d'états, on traits IX articles, et les ation du concor- Enfin, l’an 1288, côté, des procurité du Pape et

cardinaux pour L clergé jusqu'au

t. 2, p. 455 et 450,

: cle joignait celle de la volonté, | prière,

| d'en prévenir les révoltes; par là elle vint à bout de se vaincre par-

nombre de trente et plus. Les envoyés du roi répondirent à chaque plainte. Sur la plupart, ils soutinrent que le roi n’avait jamais fait ce dont on l’accusait, et promirent qu'il ne le ferait jamais; sur les autres, ils promirent qu'il se conformerait au droit commun et donnerait satisfaction à l’Église. Ainsi, les parties étant d’accord, les trois cardinaux én firent dresser un acte du 12 février 1289.

En conséquence, le pape Nicolas donna pouvoir aux ordinaires de lever les censures jetées par saint Grégoire X sur le royaume de

à 1300 de l'ère chr.]

D Portugal. La bulle est du 23me de mars. Par une autre du 7me de | mai, il confirma le concordat, avec les peines suivantes, en cas de

contravention. Si le roi, admonesté par l'ordinaire, n’y remédie dans deux mois, sa chapelle sera interdite : après les deux mois et une seconde monition , l’interdit s’étendra à tous les lieux où le roi s trouvera; quatre mois après, il encourra l'excommunication ; après quoi on le menace d’interdit général sur tout le royaume, et d'absoudre ses sujets du serment de fidélité 1, :

Ce qui illustra le plus le règne du roi Denis, ce fut sa vertueuse épouse, sainte Élisabeth de Portugal. Etle eut.pour père Pierre III,

[roi d'Aragon, et pour mère Constance, fille de Mainfroi, fils de

l'empereur Frédéric IT. Elle naquit l'an 1271, et fut nommée au baptème Élisabeth, de sainte Élisabeth de Hongrie, sa tante, qui avait été canonisée par Grégoire IX, en 1233. Sa naissance réconcilia son grand-père et son père, dont les divisions troublaient le royaume. Le roi Jacques, son grand-père, se chargea du soin d'’éle-

| ver sa petite-fille, ct la laissa, en mourant, déjà toute pénétrée des & plus sublimes maximes de la piété, quoiqu’elle n’eût point encore | six ans accomplis.

Pierre IIT, étant monté sur le trône d'Aragon, re mit auprès de sa fille que des personnes vertueuses, dont les exemples pussent continuellement lui servir de leçons. La jeune princesse était d’une douceur admirable de caractère, et n’avait de goût que pour les

| closes qui portaient à Dieu. C’était lui faire un grand plaisir que de

la inener à l'église ou à quelque exercice de religion. Dès l’âge de huit ans, elle pratiquait déjà la mortification ; inutilement on lui

| alléguait qu’elle était trop jeune, pour l’engager à modérer sa fer L veur. Par une suite de cette ferveur, elle portait une sainte envie à

ous ceux qu’elle voyait faire le bien, A la mortification des sens et un amour extraordinaire de la afin d'obtenir la grâce de réprimer ses passions, et même

t Raynald, 1289, n. 26-32,

292 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 1%

faitement, et d'acquérir une humilité profonde, Comme la vertu lui paraissait le plus précieux de tous les avantages, elle avait en horreur tout ce qui eût été capable de la dissiper, et se montrait l'ennemie déclarée de tous les vains amusements du monde. Toy autre chant que celui des psaumes et des hymnes de l'Église lui lai insipide ; chaque jour elle récitait le bréviaire, et le faisait avec a. tant de soin que l’ecclésiastique le plus fervent. Les pauvres l'appe laient leur mère, à cause de la charité compatissante avec laquel} elle pourvoyait à leurs besoins.

Lorsqu'elle eut atteint sa douzième année, elle fut mariée à Denis, R

roi de Portugal. Ce prince avait moins considéré en elle la ver que l'éclat de la naissance et les belles qualités du corps et de le. prit ; il lui laissa cependant la liberté de vaquer à ses exercices, « il ne put refuser son admiration à la piété de son épouse. Semblab à Esther, la reine de Portugal ne fut point éblouie par l'appareil de grandeurs humaines ; elle fit une sage distribution de: son temps, pour allier les devoirs du christianisme avec ceux de son état, Jamais elle ne manquait à ses pratiques de dévotion, à moins qu’elle n'eit des raisons 'très-puissantes de: se départir du plan qu'elle s'était tracé. Tous les jours elle se levait de grand matin. Après une longue méditation, elle récitait matines, laudes et prime, ensuite elle enter. dait la messe, où elle communiait souvent. Elle disait aussi chaque

jour l'office de la Vierge et celui des morts. Elle se retirait fréquem- |

ment dans son oratoire pour y faire des lectures pieuses ; elle avait aussi des heures réglées pour ses affaires domestiques, ainsi que pour l’accomplissement de ses autres devoirs envers le prochain, Son travail consistait à faire des ornements pour les églises, ou des choses à l'usage des pauvres ::en quoi elle était aidée par ses dames d'honneur. Il ne lui restait aucuns moments pour lés conversations inutiles ou autres amusements. Tout son extérieur annonçait h simplicité. Elle était affable et pleine de bonté pour tout le monde; elle possédait éminemment l'esprit de componction, et souventi lui arrivait, dans la prière, de verser des larmes abondantes. Plws d’une fois on voulut lui persuader de modérer ses austérités : mai elle répondit toujours que la mortification n'est nulle pari plus nécessaire que sur le trône, où tout semble exciter et nourrir les passions. Les jeûnes prescrits par l'Église ne suflisaient point à sa ferveur, elle jeünait tout l'Avent, et depuis la Saint-Jean-Baptiste jusqu’à l’Assomption. Peu de temps après, elle recommencçait un nouveau carème, qui durait jusqu’à la fête de Saint-Michel,

La charité pour les pauvres était une des vertus qu’on admirait à

principalement dans sainte Élisabeth. Par ses soins, les étrangers

à 1300 de

soulagen eux. Tan voirs. El

Esupporta

Denis brave, hu

perdre; € merce crin Cœur port:

Bora le p

[Liv. LXXVI, — De 124

e. Comme la very tages, elle avait per, et se montra ts du monde, Toy s de l'Église Jui état t le faisait avec an.

Les pauvres l'appe.

ssante avec laquel

à 1300 de l’êre chr.} DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 293

étaient pourvus de logements et de tout ce qui leur était nécessaire. Elle faisait faire une exacte recherche des pauvres honteux, et leur fournissait secrètement de quoi subsister d’une manière conforme à leur état. Les pauvres filles, si souvent exposées au danger d'of= fenser Dieu, trouvaient dans ses libéralités une dot pour se marier huivant leur condition. Elle visitait les malades, les servait de ses propres mains, et pansait leurs plaies les plus dégoûtantes. Elle fit divers établissements dans toutes les parties du royaume ; elle onda entre autres, à Coïnbre, un hôpital près de son palais, et à Torres-Novas utie maison pour les femmes repenties, avec un hôpital pour les enfants trouvés. Indifférente à tout ce qui la regardait personellement, elle ne s’occupait que des moyens de procurer du soulagement aux malheureux, et paraissait vivre uniquement pour eux. Tant de soins ne l’empéchaient point de remplir ses autres devoirs. Elle aimait et respectait son mari ; elle lui était soumise et fsupportait ses défauts avec patience.

Denis avait d'excellentes qualités ; il aimait la justice ; il était brave, humain et compatissant ; ais il se conduisait d'après les maximes corrompues du monde, et il souilla la sainteté du lit nupial par des amours illégitimes. Élisabeth, moins touchée de l’injure qu'elle recevait que. de l’offense de Dieu et du scandale qui en résullait, priait assidèment, et faisait prier pour sa conversion. Elle lichait de gagner le cœur de son mari par les voies de la douceur; elle s'intéressait au sort des enfants qu'il avait eus de ses maîtresses, cl se chargeait elle-même au soin de les faire élever. Une telle conduite lui fit ouvrir les yeux. Il renonça à ses désordres, et garda toujours depuis la fidélité qu'il devait à sa vertueuse épouse. Ses vertus Irillèrent d’un nouvel éclat après sa conversion. Il devint la gloire et l'idole de ses sujets, qui lui donnèrent le surnom de Libéral et de Père de la patrie. IL institua l’ordre du Christ en 1318, fonda avec [ue magnificence vraiment royale l’université de Coïmbre, et orna j'on royaume d'édifices publics. Ce fut quelque temps avant sa parkite conversion qu’arriva ce qui suit.

| Élisabeth avait un page extrêmement vertueux, dont elle se ser= jait pour la distribution de ses aumônes secrètes. Un autre page, Haloux de la faveur dont il jouissait à cause de sa vertu, résolut de le perdre; et, pour y réussir, il persuada au roi qu’il avait un com- Merce criminel avec la 1-1:2. Le prince, que la corruption de son Cœur portait à mal penser des autres, ajouta foi à la calomnie, et Blorma le projet d'ôter la vie au prétendu coupable. Il dit à un maître de four à chaux qu’il lui enverrait un page pour lui demander s'i/ Rouait exécuté ses ordres, et que c'était 1à le signal auquel il le secon-

fut mariée à Denis ré en elle la vert lu corps et de l'es.

à ses exercices, « épouse. Semblabke 8 par l'appareil du on de son temps de son état, Jamais 1oins qu’elle n'eit lan qu'elle s'étai Après une longue ensuite elle enter.

lisait aussi chaque » retirait fréquem:. | Pieuses ; elle avait tiques, ainsi que vers Île prochain, es églises, ou des lée par.ses dames * lés conversations eur annonçait k r tout le monde; on, et souventil abondantes, Plus austérités : mais Ile pari plus név et nourrir les saient point à «1 int-Jean-Baptiste 'ecommençait un nt-Michel.

qu’on admirai à ns, les étrangers

naîtrait. Vous le prendrez, ajouta-t-il, et le qu'il y soit brûlé; il a mérité la mort pour avoir justement encoury mon indignation. Au jour marqué, .le page fut envoyé au four } chaux. Ayant passé devant une église, il y entra pour adorer Jésus. Christ. Il entendit une messe, indépendamment de celle qui était com. mencée quand il entra dans l'église. Cependant le roi, impatient de savoir ce qui s'était passé, envoya le délateur s'informer si l’on avai exécuté ses ordres. Le maître du four, prenant celui-ci pour le page dont le roï: lui avait parlé, le saisit et le jeta dans le feu, qui le con. suma dans un instant. Le page de la reine, après avoir satisfait sa dé. votion, continue sa route, gagne le four, et demande si l’ordre du roi est exécuté ; et, comme on lui répond affirmativement, il revient au palais rendre compte de sa commission. Le roi fut singulièrement étonne en le voyant de retour contre son attente; mais, lorsqu'il ent êté instruit des particularités de l'événement, il adora les jügemeits

de Dieu, rendit justice à l'innocence du page, et respecta toujours

depuis la vertu et la sainteté de la reine1. Nous verrons plus tard sainte Élisabeth de

au mileu des divisions et des guerres.

Un ordre religieux qui produisit plusieurs saints personnages vers la fin du treizième siècle, furent les ermites de Saint-Augustin, Voic comme l’on découvrit le principal d'entre eux.

Les frères du couvent de Rosia en Toscane avaient un procès en cour de Rome pour un certain bien qu'ils étaient près de perdre, et qui contribuait fort à la subsistance de la maison. Parmi eux était un frère lai, arrivé depuis peu, et nommé Augustin, qu’on occupait aux plus humbles offices, ne le croyant pas capable de mieux. Frère Augustin, voyant donc les autres troublés pour leur procès, et sachant qu’au fond on leur faisait grand tort, alla trouver leur pro- Cureur, et lui demanda en secret de quoi écrire. Le procureur s'en moquait, ne croyant pas même qu'il sût lire ; toutefois, comme il persévérait dans sa demande, il lui donna du papier, de l'encre et une plume. Frère Augustin écrivit un mémoire court et solide, qui ayant été Communiqué au procureur de la partie adverse, celui-ci dit : Celui qui a dressé ce mémoire esi ou un diable, ou un ange, ou le seigneur Matthieu de Termes, avec lequel j'ai étudié à Bologne, et qui est mort à la bataille du roi Mainfroi. 11 voulut voir l'auteur du mémoire, et, l'ayant reconnu, touché de son humilité, il l'embrassa tendrement, et ne put retenir ses larmes. Frère Augustin le priait de ne pas troubler son repos en le faisant connaître ; mais

1 Godescard, 8 juillet, Acta SS., & juilet,

[Liv. LXXVI. — De 126 jetterez dans le four, afin

Portugal comme ange de paix et de conciliation È

à 1300 il ne pi caché :

il mér cèrent contint L'hu | Termes naire d suite à etdep en Sici L alors,e ministr mœurs Ilaccor rit; etc en cette passer € Il y | mourir en sant guéri e de sain des frèr lui ame lait'à vi leur hal naissan:

celui d’.

allait à les plus nourriti Aprè Toscane lieu for!

de son & son ordi le mena nous av Le bi l'ordre « à Sienn

Liv. LXXVI, — De 19

ez dans le four, afin justement encour envoyé au four À pour adorer Jésus.

> celle qui était com.

le roï, impatient de former si l’on avait lui-ci pour le page s le feu, qui le con.

voir satisfait sa dé.

1ande si l’ordre du tivement, il revient fut singulièrement mais, lorsqu'il eut dora les jugements

respecta toujours verrons plus tard et de conciliation

S pérsonnages vers nt-Augustin. Voici

ient un procès en t près de perdre, aison. Parmi eux ustin, qu'on occuapable de mieux.

pour leur procès, trouver leur pro- Ææ procureur s'en tefois, comme il ier, de l'encre et urt et solide, qui adverse, celui-ci ble, ou un ange, j'ai étudié à Bovoulut voir l'auson humilité, il . Frère Augustin connaître ; mais

ine put s’y résoudre, ét dit aux Augustins : Vous avez là un trésor caché : c’est ici le plus excellent homme “a monde, traitez-le comme il mérite; et, au reste, vous avez gagné votre cause. Ils commencèrent donc à le respecter ; mais lui rejetait tous les honneurs , et continuait dans ses pratiques d’humilité.

L'humble frère Augustin était en effet le seigneur Matthieu de

à 1300 de l’ère chr.]

| Termes, né près de Palerme en Sicile, d’une famille noble, origi-

naire de Catalogne. On le fit étudier dès son énfance, et il alla ensuite à Bologne, où, en peu d’années, il parvint au degré de docteur et de professeur en droit civil et canonique. Après quoi il retourna en Sicile, où sa réputation le fit connaître à Mainfroi, qui y régnait

1 alors, en sorte qu’il le fit juge perpétuel de sa cour et son principal

ministre d’État. En cette élévation, il conserva une grande pureté de mœurs et une parfaite intégrité dans l’administration de la justice. Ilaccompagnait Mainfroi à la bataille de Bénévent, où ce prince périt; et comme Matthieu disparut dès lors, on crut qu'il avait été tué en cette occasion; mais la crainte de la mort V’avait fait fuir et repasser en Sicile. 5 H

Il'y fut attaqué d’une maladie si violente, qu’il se crut près de mourir ; et, craignant le jugerhent de Dieu, il promit, s'il revenait en santé, d'entrer aussitôt en religion pour y faire pénitence. Étant guéri et voulant accomplir son vœu , il résolut d’entrer dans l’ordre de saint Dominique, et envoya deux de ses valets pour lui amener des frères de cet ordre ; mais ils se méprirent jusqu’à trois fois, et lui amenèrent toujours des Augustins. Enfin il crut que Dieu l’appelaità vivre avec ces derniers ; il leur ‘découvrit son dessein et prit leur habit. Mais il ne leur fit point connaître qui il était ; il cacha sa naissance, sa science, ses grands emplois; il changea son nom en celui d'Augustin, et'se conduisit comme le moindre des frères. Il allait à la quête, lavait la vaisselle et rendait à la‘maison les services les plus bas ; il observait une exacte pauvreté, se contentait de la nourriture la plus grossière, et ne mangeait qu’une fois le jour.

Après avoir demeuré quelque temps en Sicile, il apprit qu’en Toscane et près de Sienne, il y avait un couvent de l’ordre dans un lieu fort solitaire, dédié à sainte Barbe. Il y passa, par la permission de son supérieur, et y vécut entièrement inconnu, et pratiquant à son ordinaire les exercices les plus humiliants. De là son supérieur le mena au couvent de Rosia, où il fut reconnu de la manière que NOUS avons vue.

Le bienheureux Clément d'Osimo, qui gouvernait à cette époque l'ordre des ermites de saint Augustin, étant venu p: u de temps après à Sienne, et, ayant appris qui était ce frère Augustin, le choisit pour

congrégation que le bienheureux Clément gouvernait avaient besoin d'être revues et mises dans un meilleur ordre ; il prit son nouvea CoMpagnon pour collaborateur dans ce travail important, Le pa

Nicolas IV occupait alors le Saint-Siége ; il demanda au général des Augustins un religieux capable d'entendre les confessions de la cour pontificale, Le bienheureux Clément lui amena au milieu du consis. toire frère Augustin ; les cardinaux » Voyant la pauvreté de son hab} et l’austérité de son visage, demandaient de quelle forêt on l'avait

amené, Il se trouva aux pieds du souverain Pontife: sans savoir de À

quoi il s'agissait ; mais, voyant que ce Pontife lui imposait les mains pour le faire son confesseur et lui donner l'emploi de pénitencier, il pleura si amèrement, qu'il arracha des larmes au Pape et aux cardinaux. À mesure qu'ils le connurent davantage, ils conçurent pour lui beaucoup d'affection et de respect. Il remplit pendant vingt-deux ans la charge de pénitencier, mais ayant toujours le cœur à sa chère solitude. Son zèle pour la justice l'engageait à user quelquefois envers le Papelet les cardinaux non-seulement de prière, mais de réprimandes ; et eux les écoutaient patiemment, tant ils avaient de vénération Pour lui; car ses conseils étaient reçus comme venant du ciel.

Le chapitre général des Augustins s'étant réuni l’an 1998 dans la ville de Milan, le saint religieux, quoique absent, fut choisi d'une voix unanime par ses frères Pour gouverner la congrégation. Il voulut en vain repousser le fardeau qui lui était imposé ; le pape Boniface VIII, qui régnait alors, lui ordonna de consentir à son élection. Augustin, devenu supérieur général, se montra digne du rang où on l'avait placé malgré lui; il gouverna l'ordre avec beaucoup d’humilité, de fermeté, de zèle et de charité ; mais le temps de sa supériorité ne fut pas long. Au bout de deux ans, ayant rassemblé le Chapitre à Naples, il se démit de sa charge, malgré toutes les in- Stances que les religieux firent près de lui pour qu'il restât plus longtemps à leur tête. Désormais plus libre de suivre son attrait pour la vie solitaire, il se retira, avec quelques-uns de ses confrères, dans l’ermitage de Saint-Léonard, près de la ville de Sienne, afin de s'y livrer uniquement à la Contemplation. Son séjour dans ce lieu fut une source de bénédictions pour les habitants de Sienne. Entin, après avoir passé dix ans dans l'ermitage de Saint-Léonard, le bienheureux Augustin fut averti que son pèlerinage sur la terre allait être bientôt terminé ; il tomba en effet gravement malade, et reçut avec une tendre piété les sacrements de l'Église, Il rendit son âme à Dieu

HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI, — De 1216

son Compagnon, le conduisit avec lui à Rome, et l'obligea, malgré sa résistance, à recevoir les ordres sacrés. Les constitutions de la

dans l furent :

gouver gardé c la règle Sa com elles de son avé cause d ment, 1 Orviète son cul le 8 avr Le b d'Italie.

nom de monde remarq grande exerCICE livrer à toute sa des bie:

Chaque le saint pour les 1307. L le 27 m Dans Antoine joignaie des plus

1 Godes 8 april, —

1v. LXXVI, — De 19

L l'obligea, Malgré onstitutions de } ait avaient besoin prit son nouve nportant. Le pape da au général des fessions de la cou milieu du consis.

vreté de son habit le forêt on l'avait e' sans savoir de mposait lès mains de pénitencier, il Pape et aux cars conçurent pour ndant vingt-deux e cœur à sa chère r quelquefois enère, mais de rént ils avaient de > Comme venant

’an 1298 dans la fut choisi d'une régation. Il vou- ; le pape Bonià son élection.

ne du rang où beaucoup d’huips de sa supént rassemblé le toutes les inestât plus longattrait pour la onfrères, dans ne, afin de s'y ins ce lieu fut Sienne, Enfin, onard, le bienterre allait être , €t reçut avec on âme à Dieu

à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 297

le 19 mai 1309. Plusieurs miracles opérés à son tombeau et par son intercession portèrent les fidèles à l’honorer comme saint. Le culte qu'on lui rendait de temps immémorial fut autorisé par le pape Clément XIE, le 11 juillet 1759 1,

Le bienheureux Clément de Saint-Elpide, surnommé d'Osimo, peut-être à cause de son long séjour dans cette ville, naquit dans le même siècle. Il se consacra dès sa jeunesse au service de Dieu, dans l’ordre des ermites de saint Augustin. Ses progrès dans la vertu furent si grands, sa douceur si remarquable, qu'il fut choisi pour gouverner son ordre en qualité de supérieur général. Il en est regardé comme le second fondateur, par le soin qu'il prit de refondre la règle de l’institut et de remettre en vigueur la discipline régulière. Sa compassion pour les âmes du purgatoire le porta à établir pour elles deux anniversaires solennels chaque année. Boniface VIE, avant son avénement au pontificat, l’avait choisi pour sôn confesseur, à cause de l'estime particulière qu’il avait pour ce saint religieux. Clément, revenant de visiter les couvents d'Allemagne, tomba malade à Urviète, et y mourut le 8 avril 4294. Le pape Clément XHI approuva son culte le 16 septembre 1761. Les Augustins célèbrent sa fête le 8 avril 2, ‘

Le bienheureux Philippe de Plaisance était né dans cette ville d'Italie. Sa famille, qui était distinguée par sa noblesse , portait le nom de Suzanni. Il se mit de bonne heure à l'abri des dangers du monde en embrassant l’état religieux. La vertu qui se faisait le plus remarquer en lui était une profonde humilité. Il y joignait une grande ardeur pour la prière, et apportait tant de ferveur à ce saint exercice, qu’il oubliait entièrement les choses de la terre pour se livrer à la contemplation des choses célestes. Sa conversation était toute sainte, elle n’avait pour but que d’exciter dans les âmes le désir des biens éternels, ou d’inspirer l'amour de Dieu et du prochain. Chaque jour, sans y manquer jamais, il célébrait la messe et offrait le saint sacrifice avec une grande abondance de larmes. Sa charité pour les malades était admirable, Il termina sa sainte vie en l’année 1307. Le pape Clément XIII le plaça au nombre des bienheureux le 27 mai 1766. On l’honore dans son ordre le 22 juin ?.

Dans ie treizième siècle encore, naquit à Sienne le bienheureux Antoine Patrizzi, et il fut élevé dans l'innocence par ses parents, qui joignaient la piété à la noblesse. Dès son jeune âge, il fut favorisé des plus précieuses faveurs de Dieu, et, pour les conserver avec plus

? Godescard, et Acta SS., 28 april. — ? Ibid., 28 avril, édition 1835 Acta SS., 8 april. — 3 Ibid., 28 avril.

298 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXXVI, — De 127

de soin, il embrassa l'état religieux. Envoyé par ses supérieurs au couvent de Monteciano, il y vécut si saintement, qu’on le regardait comme un modèle de la perfection chrétienne. Le bienheureux An. toine mourut l'an 1314. Le pape Pie VIT permit, le 4er mars 4804, de rendre ‘un culte public à ce saint religieux, dont la fête se célèbre le 28 mars 1, \ Le bienheureux Grégoire Celli, né à Veruchio, dans le diocèse de Rimini en Italie, de parents nobles ét pieux, fut, dès l’âge de trois ans, consacré à la sainte Vierge, à saint Augustin et à sainte Monique, par sa mère, qui perdit alors son époux. À quinze ans, il entra dans l’ordre des ermites de saint Augustin, et dota de ses biens patrimoniaux le couvent dans lequel il'prit l'habit, IL passa dix années dans sa ville natale, ct l’édifia tellement par ses vertus, qu’on le désignait ordinairement par le nom de Bienheureux. Ses supérieurs l'ayant ensuite employé à travailler au salut des âmes, il convertit un grand nombre de pécheurs, et combattit avec succès des ariens qui semaient leurs erreurs. à Bauco, petite ville des États ro. mains. En butte à la méchanceté de quelques mauvais religieux, Grégoire fut obligé de quitter le couvent qu'il habitait. Il se rendit à Rome, lorsque, passant par le diocèse de Rieti, il trouva des ermites qui servaient Dieu sur une montagne ; il se-joignit à eux, et y vécut dans la pratique de la perfection religieuse jusqu’à l'âge de cent dixhuit ans. Il mourut, comblé de mérités, en l’année 1343, Son culte fat approuvé par le pape Clément XIV) le 46 septembre 1769, et sa fête est fixée au 22 octobre 2.

Maisle saint le plus illustre que l'ordre des ermites de saint Augustin produisit dans le treizième siècle fut saint Nicolas de Tolentin, ainsinommé de la ville de Tolentino, où il passa la: plus grande partie de sa vie, et: dans laquelle il mourut, Il naquit vers l'an 1246, à Saint-Angelo. Ses parents étaient peu favorisés des biens de la fortune ; mais ils étaient riches en vertus. Ils regardèrent leur fils comme le fruit d’un pèlerinage qu'ils avaient fait à la châsse de saint Nicolas de Bari. Ils voulurent qu'il prit au baptéme le nom du saint à l’intercession duquel ils attribuaient sa naissance.

Nicolas, dès son enfance, parut un enfant de bénédiction. Il passait plusieurs heures de suite à prier, et le faisait avec une attention singulière. Il écoutait la parole de Dieu avec une sainte avidité, et montrait une modestie qui charmait tous ceux quille voyaient. Rempli d’une tendre charité pour les pauvres, il les conduisait à la maison paternelle, afin de partager avec eux ce qu'on lui donnait pour

1 Godescard. — ? Ibid., 28 avril,

sa sut contre jours joursfaisait et les livres exerci sition:

Cor etun mérite glise ç écoles ser qu prière après sans il Ay: tés du tion q donc « avait { préser viciat VŒUX, comm volont temen chércl doux mais € jeûines une cl discip De me:

couch lade, :

obéit :

obser:

vemer dans ç

V,LXXVI, — De 1976

ses supérieurs au qu’on le regardait bienheureux An.

1er mars 4804, de fête se célèbre le

“dans le diocèse ut, dès l’âge de gustin et à sainte À quinze ans, il dota de ses biens IL passa dix anes vertus, qu'on reux. Ses supéles âmes, il conavec succès des ille des États ro-

auvais religieux, it. Il se rendità Ju va des ermites eux, et y vécut âge de cent dix- 1343. Son culte ibre 1769, et sa

s de saint Aucolas de Tolenla plus grande vers l'an 1246, des biens de Ja dèrent leur fils à la châsse de ême le nom du

nce.

diction. Il pasc une attention inte avidité, et oyaient. Remisait à la maii donnait pour

à 1300 de l’ère chr.]

sa subsistance. Il se fit un devoir de pratiquer la mortification : il contracta, dans un âge encore tendre, l'habitude de jeûner trois jours par semaine, et il y en ajouta un quatrième dans la suite, Ces jours-là, il ne vivait que de pain et d’eau ; encore le seul repas qu’il faisait était-il fort léger. On ne remarqua jamais en lui les faiblesses et les passions de l'enfance. Son plus grand plaisir était de lire des livres de piété, de s’entretenir de choses spirituelles et de vaquer aux exercices de religion. Ses parents, charmés de ces heureuses dispositions, mirent tout en œuvre pour les cultiver et les perfectionner.

Comme il'joignait à la vivacité de l'esprit une excellente mémoire et un jugement solide, il fit de rapides progrès dans l'étude. Son mérite l’ayant fait connaître, il fut pourvu d’un canonicat dans l'église du Saint-Sauveur, à Tolentino, avant même qu'il fût sorti des écoles publiques. Il ne vit dans le genre de vie qu'il allait embrasser que la faculté qu'il y trouverait de se livrer à son attrait pour la prière. Son cœur n’était cependant point encore satisfait : il soupirait après le moment où il poutrait se consacrer à Dieu sans réserve et sans interruption aucune.

Ayant entendu un ermite de Saint-Augustin prêcher sur les vanités du monde, il se sentit plus fortement confirmé dans la résolution qu'il avait déjà prise de vivre dans une entière retraite. Il crut donc devoir embrasser l’ordre de ce prédicateur, dont le discours avait fait sur lui des impressions si profondes. Il alla sans délai se présenter au couvent de Tolentino, où il prit l’habit. Après son noviciat, qu'il fit avec une ferveur extraordinaire, il prononça ses vœux, n'ayant pas encore dix-huit ans acromplis. Il se regardait comme le dernier de la communauté, et tächait de faire en tout la volonté de chacun des frères, pour apprendre à mourir plus parfaitement à la sienne. Son amour pour les humiliations lui faisait rechercher les plus bas emplois de la maison. Il était d'un caractère si doux et d’une égalité d'âme si uniforme, qu'on ne remarquait jamais en lui la moindre impatience ni le moindre murmure. Ses jeûnes et ses autres mortifications montraient la haine qu’il portait à une chair corrompue. On voit encore aujourd’hui à Tolentino les disciplines et les autres instruments de pénitence dont il se servait. De mauvais pain et quelques racines faisaient toute sa nourriture ; il couchait sur la terre nue, et avait une pierre pour oreiller. Étant malade, son supérieur lui ordonna de manger un peu de viande; il obéit ; mais il demanda avec larmes la permission de continuer à observer l’abstinence, et elle lui fut accordée. On l’envoya successivement dans plusieurs couvents de son ordre ; il fut ordonné prêtre dans celui de Cingole.

Depuis ce temps-là, sa ferveur parut encore plus admirable qu'au- Paravant. Lorsqu'il était à l'autel, son visage s'enflammait d'amour, et des larmes abondantes coulaient de ses yeux, On s'empressait

d'assister à sa messe, dans la persuasion où l’on était de son émipente sainteté, Les Communications secrètes de

passa les iTolentino, où ses prédications Il préchait presque tous les jours, se Convertissaient, On ne pouvait nsinuante de ses discours. tant en t.à la prière et à la contemplation tout le temps que lui laissaient les fonctions du ministère, 1] fut faet opéra divers miracles, 1] mourut le » après avoir été éprouvé par une maladie longue

Canonisa l'an 4446, On l’enterra dans la chapelle où il avait coutume de dire la messe, et les fidèles y vont visiter son tombeau avec beaucoup de dévotion 1, Un Personnage fameux de cette époque était Raymond Lulle, II i 1235, de parents nobles, venus de Cata- » loi d'Aragon, qui conquit cette ile, Il avait trente ans quand il se convertit, étant sénéchal, c'est-à-dire Majorque, mais abandonné à des amours Îl aimait une dame mariée, belle de visage, mais dont le sein était rongé par un chancre hideux. Pour le guérir de sa passion, cette dame, qui était Chrétienne, lui fit connaître sa repoussante infirmité. Ce remède ne Suflit pas encore, Un soir, Raymond s'oceupait à composer une chanson amoureuse sur cette femme, quand, regardant à droite, il vit ou crut. voir Jésus-Christ en croix. Il eut Peur, et, laissant sa chanson, il se coucha. Le lendemain il recom- Mença, et eut encore la même vision ; et ainsi ; pendantune semaine, jusqu’à cinq fois, avec quelques jours d’intervalle. La dernière fois, s'étant Couché, il passa la nuit à son ser ce que pouvait signifier cette apparition ; et, après une apiialic 3-grande, il crut que Dieu demandait de lui et se donnât entièrcment à son service.

Ilcommença donc à penser quel service était le plus agréable à Dieu, et il jugea que c'était de donner sa vie pour lui en travaillant à la conversion des Sarrasins. Mais, réfléchissant sur lui-même, il °omprit qu’il ne savait rien de ce qui pouvait servir à l'exécution

Page 1