‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 54 sur 97 · XX · texte numérisé non relu

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306 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXVI. — De 121

Ces discours et plusieurs autres qu'il y ajouta émurent tellement le peuple qui les écoutait, qu'ils se jetèrent en furie sur Raymond, lui donnèrent des soufflets, l’insultèrent et le traînèrent au palais du roi. Ce prince le condamna à mort, et bn le mena hors de la ville où il fut lapidé lé jour de la Saint-Pierre, 29me de juin 1945, figé d'environ quatre-vingts ans. Des marchands chrétiens ayant (le mandé son corps, l'obtinrent et le portèrent avec honneur à un vai. seau qui devait partir la nuit suivante. Ils voulaient le mener à Gênes, dont ils étaient ; mais les vents contraires les poussèrent à Majorque, où tout le peuple vint au-devant de ce martyr, son compatriote, el enterra son corps dans un lieu élevé de l’église de Saint-François, dont Raymond avait embrassé le tiers-ordre. Depuis ce temps, il est honoré publiquement comme saint à Majorque, même dans l'église cathédrale ; et on a fait plusieurs informations pour parvenir à à canonisation trois cents ans après sa mort, c'est-à-dire depuis 160;

jusque 1617; mais l’Église n’a rien encore décidé sur ce sujet 1, L'ensemble des vues de Raymond Lulle pour la conversion du infidèles nous parait exceilente : apprendre d'abord leurs langues, surtout celle des Arabes, principal ennemi à gagner ; avoir une mc. thode générale, qui parte des vérités universelles dans tous les ordres, pour réfuter et détruire toutes les erreurs particulières, et mettre 1 leur place les vérités catholiques. Comme tous les ordres, et l'ordn matériel du monde visible, et l'ordre intellectuel des esprits créés, et l’ordre surnaturel de la grâce et de la gloire, viennent également d'un seul et même Dieu, dont ils doivent être le vestige, l'image et la ressemblance, ils ont naturellement entre eux une harmonie pro-

fonde, intime, inépuisable ; les vérités de l’un doivent réfléchir le À

vérités de l'autre, comme tous les corps terrestres réfléchissent les rayons du soleil, l’un sous une couleur, l’autre sous une autre. (n en voit de sublimes échantillons dans saint Bonaventure, en son Itinéraire de l'âme vers Dieu. Raymond Lulle aura voulu généralisæ cette méthode, compléter ce grand art de la vérité. Sans doute, il n'aura pas réussi complétement ; plusieurs de ses idées n’auront pas été assez nettes ôu assez justes ; son langage n'aura pas toujours été

assez clair ni correct. Mais, toujours, la seule conception d’une œuvre BR

pareille témoigne d'un immense génie, et la constance d’y travaille pour la gloire de Dieu jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans, et jusqu'au martyre, montre une foi plus grande que le génie même.

Nous souhaitons que Dieu suscite à son Église un homme qui

ni, l'iographie untv., t, 25. Fleury, 1, 88, n. 45; 1, 89, n, 39; 1, 99, n. 19.

!\oir deux Vies de Raymond Lulle, avec les commentaires, Acta SS., 80 ju-

à 1300 joigna navent œuvre, dans le élève c le salut À ce Meroc Quai homme de se r primer nérés Si pour hi Bohé time de encore | Tortose Hugues dait le j tose, an donc à près de plusieur ble à Tr poli, qu régent, fut enst mésintel un Accor fit que Cepen ennemi place qu corps de une bles, dix-sept les deux lan Saïfe cet inter avaient s Mais,

Liv, LXXVI, — De 191

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à 1300 de l'ère chr.] : DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 307

joignant la foi et la science divine de saint Thomas et de saint Bonaventure à l'infatigable constance de Raymond Lulle, reprenne son œuvre, profite de ses travaux, ainsi que des progrès qu’on a faits dans les connaissances matérielles, expérimentales ou mécaniques, élève cette œuvre immense à sa perfection, pour la gloire de Dieu et le salut des hommes,

A cette époque, il n’y avait qu'un évêque en Afrique. celui de W oc : c'était ordinairement un frère Mineur.

Quant au salut des Chrétiens de Syrie et de Palestine, un seul homme ÿ pensait sérieusemènt : c’était le Pontife romain. Au lieu de se réunir entre eux et avec les auxiliaires de l'Occident pour réprimer et abattre les puissances musulmanes, ces Chrétiens dégénérés se divisaient scandaleusement les uns contre les autres, comme pour hâter leur perte commune.

Bohémond VI, prince d’Antioche et comte de Tripoli, mourut le {me de mai 1275, laissant pour successeur son fils Bohémond VII, encore en bas âge, sous la conduite de sa mère et de l'évêque de Tortose. Or, la mère était Sibylle, fille d'Haïton, roi d'Arménie. Hugues IT, roi de Chypre, qui était parent, vint à Tripoli, où résidait le jeune prince, pour prendre la régence ; mais l’évêque de Torose, anpelé par la mère, l'avait prévenu; le roi de Chypre se retira donc à Ptolémaïs ou Saint-Jean-d’Acre. Le prince défunt avait auprès de lui des Romains qui gouvernaient son État et avaient offensé plusieurs nobles ; c'est pourquoi, après sa mort, il y eut grand trouble à Tripoli, et trois de ces Romains furent tués. L’évêque de Tripoli, qui était aussi Romain, les soutenait ; mais l'évêque de Tortose, régent, prenait le parti des nobles, et cette division entre les évêques fut ensuite la source de plusieurs maux, particulièrement de la mésintelligence entre le prince et les Templiers. Ceux-ci procurèrent un accord entre le seigneur de Gibelet et l'évêque de Tripoli ; ce qui lit que l’évêqué de Tortose rendit ce seigneur odieux au prince.

Cependant Bibars ou Bondocdar, sultan d'Egypte, le plus terrible ennemi des Chréticas, apprenant que les Tartares assiégeaient une place qu'il avait sur l’'Euphrate, marcha contre eux, et attaqua un corps de six mille hommes, qui battirent ses troupes ; lui-même reçut une blessure dont il mourut le 15me d'avril 1277, après avoir régné dix-sept ans. Il laissa deux fils qui régnèrent l’un après l’autre; mais les deux règnes ne durèrent que deux ans, et, en 1279, fut élu sultan Saïfeddin Kélaoun, surnommé Élalfi, qui régna onze ans. Dans cet intervalle, l’occasion était belle pour les Chrétiens du pays, s'ils avaient su en profiter.

Mais, l’animosité était telle entre eux, que le prince d’Antioche

308 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI. — De jy chassa l'évêque de Tripoli de son église, se saisit de ses biens «

maltraita ses vassaux ; et l'évêque s'étant retiré avec ses domestique 4 du dans la maison que les Templiers avaient à Tripoli, le prince vintl}àà agissait assiéger avec des troupes mêlées de Chrétiens et de Sarrasins, et fl tde l'org dresser des machines contre la maison ; puis, en ayant chassé l'év. Asordrés que, il la fit piller, ét il y laissa des Sarrasins pour la garder, L'év. one que de Tripoli excommunia le prince et ses complices, et mit la vil en préve en interdit. Nous apprenons ce détail par une lettre du pape \. te de Gt

colas [IT à ce prince, en date du 1er de juin 1279, où il lui fait d grands reproches de ces violences. Prenez-y garde, mon fils, Sont. ce là les œuvres d'un Chrétien? Sont-ce là les louables prémices de votre règne ? Comment pourrons-nous disposer les rois et les fidèle de l'Occident à venir à votre secours, tandis que la renommée vox signale comme un cruel persécuteur des Cbrétiens et de l'église d Tripoli? Prenez-y garde. De nos jours même, beaucoup de rois «li. de princes, pour avoir regimbé contre la Chaire apostolique, ont éti brisés. Prenez exemple sur vos ancêtres. Tant que les princes d'An. tioche ont été dociles à l'Église, leur principauté a subsisté : devenn indociles aux remontrances apostoliques, ils ont perdu Antioche, qu est devenue la proie des infidèles. Enfin il enjoint au prince d’envoyx dans huit mois des ambassadeurs pour réparer les torts faits à l'é glise de Tripoli : faute de quoi il menace d'employer contre lui ton les moyens ecclésiastiques et séculiers, et d'armer contre lui les che valiers du Temple, de l'Hôpital et de l'ordre Teutonique 1.

Le sultan d'Égypte, Kélaoun, remplit bien au delà les menaces di Pape. L'an 1288, après avoir pris plusieurs châteaux qui en défer. daient les avenues, il vint mettre le siége devant Tripoli. Bohé mond VIT venait de se montrer soumis aux ordres du Sultan, en li. vrant et en rasant une de ses propres forteresses ; mais ni cette so mission récente, ni la foi des traités ne purent retarder d’un momel la chute de cette place. Tel était l'esprit de division qui régnait alor parmi les Francs, que les Templiers, d'accord avec le seigneur de Gibelet, avaient, peu de temps auparavant, formé le dessein de s'emparer de la ville. Tout était prêt pour l'exécution du complot et l'entreprise n'échoua que ar une circonstance imprévue.

L'historien Michaud ajoute : Nous avons sous les yeux une déchration manuscrite, rédigée par un notaire de Tripoli et signée paru grand nombre de témoins, dans laquelle le sire de Gibelet raconte} toutes les circonstances de sa trahison. Après la découverte de complot, le même seigneur de Gibelet se mit, par ordre du gran

Toutefoi:

réparatifs ons. L'on Ptoléma

ntre la nc noit Zach our somme Gênes, n nc faux d cun prince ces réunie Dix-sept 4 inze cents ncer le feu

1 Reynald, 1979, n, 49-51.

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1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 309

aitre du Temple, à guerroyer les Pisans et à les piller. Il n'avait ucun démêlé avec eux, c’est lui-même qui avoua sa félonie ; mais lagissait ainsi parce que ledit maître lui avait demandé du froment tde l'orge pour sa maison et ses gens. Toutes ces violences, tous ces isordres mettaient sans cesse en péril les cités chrétiennes, et jesonne n'avait assez d’ascendant ou de patriotisme pour chercher en prévenir les effets. Poussé par le remords ou par la crainte, le ie de Gibelet voulut solliciter sa grâce auprès du comte de Tripoli, frant d'abandonner sa terre èt d'aller vivre ailleurs comme il pourit. Mais les Templiers refusèrent d'intercéder pour lui et de se ièler d'une affaire où ils l'avaient engagé. Ibn-Férat rapoorte que le ire de Gibelet fut tué par les ordres de Bohémond. Son fils, dépouillé de l'héritage paternel, ne songea plus qu’à venger la mort

Be son père, et implora l'assistance des Musulmans. La mort de Bo-

émond, qui suivit celle du seigneur de Gibelet, acheva de jeter le ouble et la discorde parmi les habitants de Tripoli. La sœur et la pire du prince se disputèrent son autorité ; tous ceux qui, jusquei, avaient médité des projets de trahison ou de révolte, se mirent à mouveler leurs complots 1,

Toutefois la nouvelle certaine que le sultan d'Égypte faisait des réparatifs formidables pour venir assiéger la ville, mit fin aux divibons, L'on implora le secours du roi de Chypre et de la chevalerie

Ptolémaïs. Le roi Henri de Chypre envoya quatre vaisseaux, avec ne troupe considérable à pied et à cheval, sous la conduite de son te ?; les Hospitaliers et les Templiers, ainsi que les chevaliers iques de Syrie, même les Pisans et les Vénitiens accoururent de

Folémais à Tripoli pour prendre part à la défense de cette ville

ntre la nombreuse armée du sultan d'Égypte ; et l'amiral génois, noit Zacharie, qui était venu depuis peu avec quelques navires our sommer Tripoli de remplir ses obligations envers la république e Uènes, ne refusa point son assistance à la ville menacée 3. Il est onc faux de dire, avec certains auteurs, qu'aucune ville chrétienne, cun prince de la Palestine ne vint au secours de Tripoli. Mais les res réunies des Chrétiens ne purent en empêcher la perte.

Dix-sept grandes machines furent dressées contre les murailles ; inze cents ouvriers ou soldats s’occupaient de miner la terre ou de

jrcer le feu grégeois. Après trente-cinq jours de siége, les Musul-

ans pénétrèrent dans la ville le fer et la flamme à la main. Suivant

Aauteur du temps, ils pénétrèrent par la trahison #, Les Chrétiens

‘Michaud, t, 5 des Croisades, p. 563. — ? Makrisi. Apud Reinaud. Extraits

Be historiens arabes relatifs aux guerres des croisades, — 3 Annales Genuens, 1100, — * Martene. Ampl.

Collect., t. 5, p. 159.

se

SRE REC ES

Fr ess

gr, RE

se défendirent vaillamment jusqu’à la neuvième heure du jour, et les chevaliers de l'Hôpital repoussèrent les Sarrasins du côté de la mer, où ilen périt beaucoup; mais enfin les infidèles, par trahison ou autrement, se rendirent maîtres de tous les remparts, et il ne restait plus d'autre salut aux Chrétiens que la fuite. Les vaisseaux génois et les autres bâtiments qui se trouvèrent dans le port reçurent tout ce qu'il leur fut possible d'hommes, de femmes et d'enfants, et les transportèrent en Chypre; néanmoins un grand nombre des mal. heureux habitants de Tripoli périrent sous le glaive des Sarrasins, Sept mille succombèrent en défendant avec courage la ville. Comme les Sarrasins perdirent eux-mêmes beaucoup de monde, leur ven.

geance n'eut point de bornes. Ils égorgèrent non-seulement les pré- À

tres et les moines, mais généralement tous les hommes, et emment. rent en esclavage les enfants et les femmes. Ils gagnèrent à la nage l’île de Saïnt-Nicolas, y égorgèrent les hommes qui s’y étaient réfugiés dans une église, et se partagèrent les femmes et les enfants. Aboulféda rapporte qu'étant allé lui-même dans cette île quelques jours après, il la trouva couverte de morts.

C'est ainsi que le 27 avril 1289, après un siége de vingt-neuf jours, la ville de Tripoli fut prise par les Sarrasins, après que les Chrétiens en eurent été les maîtres depuis le 10 juin 1109, pendant près de cent quatre-vingts ans. Kélaoun fit de Tripoli ce que Bibars avait fait d’Antioche ; il la ruina de fond en comble, et en bâtit une autre quelque distance 1.

Henri, roi de Chypre et de Jérusalem, qui se trouvait à Ptolémais, craignant, non sans raison, que le secours envoyé de Ptolémais à Tripoli ne füt une cause au sultan d'Égypte de regarder pour rompue la trêve existante, lui envoya des négociateurs pour la renouer. Le sultan la renouvela effectivement pour deux ans deux moi deux semaines et deux heures. Pendant les négociations, Henri envoya demander aussi du secours au Pape et aux princes de l'Occident. Il députa pour cet effet Jean de Grelli, avec quelques autres personnages. [ls demandaient en particulier vingt galères bien armées pour la garde de la Terre-Sainte, et fournies de toutes les munitions nécessaires pour servir un an. Le Pape, qui était Nicolas IV, accordi les vingt galères, prenant cette dépense sur le fonds des subsides qu'il avait reçus pour ce sujet. Il envoya ces galères de Venise, sous la conduite de l'évêque de Tripoli, qu’il avait chargé de précher la croi

1 Wilken. Hist. des Croisades (en allemand), t. 7, p. 102-705. Wilken, qui cit

ces auteurs, est bien plus sûr que Michaud, qui s'occupe un peu moins de l’exättitude des faits que de l'arrangement des phrases.

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a chrétien ienté, et 1

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v. LXXVI. — De 19:

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1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 311

ude en Esclavonie et Vénitie ; mais il ordonna que, quand elles sesent arrivées à Ptolémaïs ou Acre, le patriarche de Jérusalem et Jean de Grelli, capitaine du roi de France, en eussent le commandeent, ainsi que des troupes qu’elles portaient. C'est ce qui paraît ar la lettre du Pape au patriarche, du 13"° de septembre 1289 1, ks vingt galères furent donc armées à Venise; mais, quand elles d'enfants, et les Eirent arrivées à Ptolémaïs, les soldats et les croisés qu'elles avaient nombre des mal. EEnenés étant demeurés à terre, il se trouva à peine de quoi armer ive des Sarrasins. Dire galères, manque d'armes et principalement d’arbalètes; de ze la ville. Comme Euoi le Pape se plaignit vivement à l'évêque de Tripoli, qu'il cita monde, leur ven- Eourrendre con:pte de l'emploi des sommes qui lui avaient été coneulement les pré. Mes. D'un autre côté, le sultan n’ayant point attaqué Ptolémais, mes, et emmenè- Somme l'on croyait, en 4290, ces troupes ne firent rien de consignèrent à la nage Mirable 2.

qui s’y étaient ré. D Au commencement de la même année, le pape Nicolas IV publia es et les enfants, BRne bulle, où il déplore la prise et la ruine de Tripoli,-et le péril cette île quelques Ekirême où se trouve la Terre-Sainte, exhortant tous les fidèles à la wisade qu’il avait ordonné de prêcher, et promettant l’indulgence plénière et les autres grâces que l’on avait accoutumé d'accorder aux roisés, même l’absolution des censures qu'ils auraient encourues. elle bulle est du 5me de janvier 1290. Vers le même temps, il en dressa une à Nicolas, patriarche latin de Jérusalem et son légat en Drient, par laquelle il lui ordonne d’établir dans les terres de sa léation des inquisiteurs, par le conseil des provinciaux des frères Prêcheurs et des frères Mineurs. C’est qu’en Syrie, en Palestine, les lésordres de la guerre attiraient l’impunité aux hérétiques et aux garder pour rom- WBuifs 3, Nous verrons plus tard qu'il y avait un mal encore plus propour la renouer. Æünd et plus caché, et qui était la cause secrète de beaucoup d’autres. x ans deux moi M Pour avancer l'affaire de la croisade, le Pape envoya aux rois iations, Henri en- Angleterre et de France, mais sans résultat. Ces rois voulaient bien rinces de l'Occi- Mpercevoir les décimes pour le service de la Terre-Sainte, mais sans quelques autres MBüire ce service. Désormais nous ne verrons que le père commun de lères bien armées Du chrétienté s'intéresser loyalement au salut commun de la chréites les munitions ESienté, et la défendre contre la domination musulmane. icolas IV, accord D Ptolémaïs était alors la capitale des colonies chrétiennes et la des subsides qu'il Mille la plus considérable de la Syrie. La plupart des Francs chassés > Venise, sous la JStes autres villes de la Palestine s’y étaient réfugiés avec leurs richesle prêcher la croi EEK: c'étaient là qu’abordaient toutes les flottes qui venaient d’Occient; on y voyait les plus riches marchands de tous les pays du

> vingt-neuf jours, que les Chrétiens pendant près de 1e Bibars avait fait bâtit une autre à

uvait à Ptolémais, jé de Ptolémaïs à

06. Wilken, qui cite R peu moins de l’exat- tRaynald, 1289, n. 69. — ? Raynald, 1289, n. 8et 7. Wilken, t, 7, p. 106 et #eqq— 5 Ibid., n. 2, et Wadding, 1290, n. 2.

312 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 1276

monde. La ville n'avait pas moins recu d'accroissement en étendue qu’en population ; elle était construite en pierres de taille carrée; tous les murs des maisons s’élevaient à une hauteur égale ; une plate. forme ou terrasse couvrait la plupart des édifices ; des peintures or. naient l’intérieur des principales habitations, et ces habitations recevaient le jour par des fenêtres vitrées, ce qui était alors un luxe extraordinaire. Dans les places publiques, des tentures de soie ou d'une étoffe transparente garantissaient les habitants des ardeurs du soleil. Entre les deux remparts qui bornaient la ville à l'Orient, s'éle. vaient des châteaux et des palais habités par les princes et les grands: les artisans et les marchands habitaient l'intérieur de la cité.

Parmi les princes et les nobles qui avaient des habitations à Ptlémaïs, on remarquait le roi de Jérusalem, ses frères et sa famille, le roi de Chypre et les siens, les princes de Galilée et d’Antioche, le lieutenant du roi de France, le duc de Césarée, les comtes de Tripoli et de Jonpé, les seigneurs de Béryte, de Tyr, de Tibériade, de Sidon, d'Ibeln, d'Arsur, etc. On lit dans une vieille chronique que tous ces princes et seigneurs se promenaient sur les places publiques, portant des couronnes d’or comme des rois ; leur suite nombreuse avait des vêtements éclatants d'or et de pierreries. Les jours se passaient en fêtes, en spectacles, en tournois, tandis que le port voyait s'échapper les trésors de l'Asie et de l'Occident, et montrait à toute heure le tableau animé du commerce et de l’industrie.

L'histoire contemporaine déplore avec amertume la corruption des mœurs qui régnait à Ptolémais ; la foule des étrangers y apportait les vices de toutes les nations ; la mollesse et le luxe étaient répandus dans toutes les classes ; le clergé lui-même n'avait pu éviter la contagion ; parmi les peuples qui habitaient Ja Syrie, les plus efféminés, les plus dissolus étaient les habitants de Ptolémaïis.

Non-seulement Ptolémaïs était la plus riche des villes de Syrie, elle passait encore pour être la place la mieux fortifiée. Aucune puissance n'aurait pu la réduire, si elle avait eu pour habitants de véritables citoyens, et non des étrangers, des pèlerins, des marchands, toujours prêts à se transporter d’un lieu à un autre avec leurs richesses. Ceux qui représentaient le roi de Naples, les lieutenants du roi de Chypre, les Français, les Anglais, le légat du Pape, le patriarche de Jérusalem, le prince d’Antioche, les trois ordres militaires, les Vénitiens, les Génois, les Pisans, les Arméniens, les Tartares, avaient chacun leur quartier, leur juridiction, leurs tribunaux, leurs magistrats, tous indépendants les uns des autres, tous avec le droit de souveraineté. Ces quartiers étaient comme autant de cités diffé rentes qui n'avaient ni les mêmes coutumes, ni le même langage, ni

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11300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 313 | les mêmes intérêts. Il était impossible d'établir l'ordre dans une ville

où tant de souverains faisaient des lois, qui n’avait point d’administation uniforme, où souvent le crime se trouvait poursuivi d’un côté,

j protégé de l’autre. Ainsi toutes les passions étaient sans frein, et donnaient lieu souvent à des scènes sanglantes ; outre les querelles qui

naissaient dans le pays, il n’y avait pas une division en Europe, et surtout en Italie, qui ne se fit ressentir à Ptolémaïs. Les discordes des Guelfes et des Gibelins y agitaient les esprits, et les rivalités de Venise et de Gênes y avaient fait couler des torrents de sang. Chaque nation avait des fortifications dans le quartier qu’elle habitait, on y fortifiait jusqu'aux églises. A l'entrée de chaque place il y avait une forteresse, des portes et des chaînes de fer. Il était aisé de voir que tous ces moyens de défense avaient été employés moins pour arrêter l'ennemi que pour élever une barrière contre des voisins et des rivaux.

Les chefs de tous les quartiers, les principaux de la ville se rassemblaient quelquefois ; mais ils s’accordaient rarement et se défiaient toujours les uns des autres ; ces sortes d’assemblées n’avaient jamais aucun plan de conduite, aucune règle fixe, surtout aucune prévoyance. La cité tout à la fois demandait des secours à l'Occident, et sollicitait une trêve auprès des Musulmans. Lorsqu'on venait à conclure un traité, personne n’avait assez de puissance pouf le faire respecter ; chacun, au contraire, était maître de le violer et, d'attirer ainsi sur la ville tous les maux que cette violation pouvait entraîner.

Cependant le pape Nicolas IV faisait tout son possible pour procurer des secours à la Terre-Sainte et en conserver le peu qui restait

L aux Chrétiens. Il envoya des sommes considérables à Ptolémais, à

son légat le patriarche de Jérusalem, dans l’année 1290, en attendant la croisade générale, qui ne devait partir qu'à la Saint-Jean, sous la conduite du roi Édouard d'Angleterre. Ce qui donnait quelque espoir, c'est que le khan des Tartares, Argoun, promettait de seconder l’armée chrétienne contre les Sarrasins, dès qu’elle serait arrivée en Syrie.

Mais tandis que le souverain Pontife travaillait ainsi à la défense de la chrétienté contre les infidèles, deux rois chrétiens conspiraient avec ces mêmes infidèles contre la chrétienté. Ce mystère d'iniquité a été longtemps inconnu ; mais l’acte authentique en a été mis au grand jour de nos temps. Le roi d'Aragon, Alphonse III,

} et son frère Jacques de Sicile envoyèrent des ambassadeurs avec de

riches présents au sultan d'Égypte, lui remirent soixante-dix prisonniers musulmans, depuis longtemps en esclavage, et le prièrent d'accorder à leurs sujets les mêmes avantages dans ses États

ed emase

514 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 1976

que le sultan Malec-Kamel avait accordés aux sujets de l’empereur Frédéric IL; et, dans le temps même que le Pape faisait prêcher avec zèle la croisade pour la délivrance de la Terre-Sainte, ces deux rois conclurent,, le vingt-cinq avril 1290, avec le sultan Kélaoun, un traité commercial, par lequel ils s’obligeaient : 4° de détourner le Pape et les princes chrétiens, y compris les Génois, les Vénitiens, les Grecs, les Teinpliers et les Hospitaliers, de toutes hostilités contre le sultan et ses terres ; 2 d'attaquer même, par terre et par mer, ceux des Chrétiens qui entreprendraient la guerre contre le sultan ; 3° d’avertir de bonne heure le sultan de tous les plans qui pourraient se concerter en Occident à son préjudice ; 4° dans le cas que la trêve existante vint à être rompue ou dissoute, de n’accorder aux Chrétiens de Syrie aucun secours que ce soit, ni d'armes, ni d'argent, ni d'autre espèce, non plus qu'au Pape, aux rois chrétiens, aux Grecs et aux Tartares, s’il prenait envie à ces rois et à ces peuples de faire

la guerre au sultan à ce sujet. Pour toutes ces conditions déshono-

rantes, les rois d'Aragon et de Sicile n'obtinrent d'autre avantage, si-

non que le sultan promit que les pèlerins aragonais et siciliens, munis de lettres royales, pourraient visiter le Saint-Sépulcre et les autres sanctuaires chrétiens de son royaume, et que les vaisseaux aragonais et siciliens seraient reçus dans ses ports sur le même pied que ceux de ses sujets dans les ports de Sicile et d'Aragon 1,

Pour le fond, ce traité ressemble à celui que le traître Judas conclut avec les chefs du peuple déicide : Que voulez-vous me donner, et Je vous le livrerai ? Car, vendre le Christ ou In ‘chrétienté, trahir le Christ ou la chrétienté, c’est tout un. Honte et infamie aux Judas de tous les siècles et de toutes les nations !

Les historiens arabes nous apprennent que le sultan Kélaoun était résolu depuis longtemps à profiter du premier prétexte pour recommencer la guerre contre les Chrétiens de Syrie, et achever d'’anéantir leur domination, lorsque ce prétexte s’offrit en 1290. La trêve fut violée à Ptolémais. — Par qui ? — Les récits sont très-divers.

D'après un poëte allemand de l'époque, qui tenait ses renseignements des Templiers, c’est le légat du Pape qui viole la trêve et rallume la guerre ; c'est le légat du Pape qui fait insulter des marchands arabes, maltraiterles ambassadeurs du sultan envoyés pour demander réparation ; c’est le légat du Pape qui excommunie tous ceux

1 Vie de Kélaoun, publiée par Silvestre de Sacy. Magasin encyclopédique, Ville année, 1801, t. 1, p. 145 et suivantes, Notices et extraits des manuscrits de ia bibliothèque du roi, t. 11. Reinaud, Extraits des historiens arabes, p. 564.

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qui s'opposent à ses violences, et qui ensuite, avant le siége, s'enfuit à Rome, Et Michaud remarque en effet que, pendant le siége, il n'est plus question du légat, mais uniquement du patriarche de Jérusalem, homme sage et vénérable, Mais il est une circonstance curieuse qui nous montre quelle confiance mérite ce récit : c'est que ce légat emporté qui s'enfuit à Rome avant le siége est ce même patriarche, sage et vénérable, qui demeure pendant le siége, et que nous y verrons mourir par un excès de charité. Le légat et le patriarche était un seul et même homme.

D'après d'autres relations occidentales, ceux qui violèrent la trêve furent les troupes envoyées par le Pape, qui, malgré les chevaliers de Ptolémaïs, se mirent à piller et à tuer les Musulmans des environs. Mais les historiens arabes soutiennent unanimement que la violation de la trêve fut commise par les Francs de Syrie, et que c'était une excuse mal fondée, que la chevalerie de Ptolémaiïs s'efforça d’en faire tomber la faute sur des Chrétiens venus d'Occident depuis peu. Un auteur arabe du temps, d’après le récit d’un de ses coreligionnaires, qui était alors à Ptolémaïs, explique ainsi la rupture de la paix : Un Musulman, qui avait séduit l’épouse d’un riche citoyen de Ptolémaïs, se rendit avec son amante dans un jardin hors de la ville; soudain apparut le mari de la femme séduite, qui tue avec son poignard tant son épouse que le séducteur ; puis, comme un furieux, s'en revient à la ville le poignard à la main, et tue plusieurs Musulmans qu'il rencontre sur son passage !.

On voit ici une chose assez singulière. Les bruits répandus en Occident, particulièrement par les Templiers, accusent de tout le mal tantôt le légat du Pape, tantôt les soldats du Pape. Les historiens musulmans disent, au contraire, que c’est une mauvaise excuse, un mensonge, une calomnie; que la rupture ne vint pas des pèlerins d'Occident, mais des Francs de Syrie; ils en articulent même une cause précise, qui est accidentelle et commune aux deux partis, chrétiens et musulmans. D'où vient cette hostilité des relations occidentales envers les hommes du Pape? n’y aurait-il pas là-dessous quelque mystère d’iniquité ? Nous avons vu que, dans ce temps-là même, les rois Alphonse et Jacques d'Aragon vendaient et trahissaient la chrétienté : n’y avait-il pas encore d’autres traîtres parmi les Chrétiens! Les uns et les autres n’auront-ils pas été bien aises de faire retomber la perte de Ptolémaïs sur celui-là même qui avait fait le plus d'efforts pour la prévenir ?

Quant au sultan Kélaoun, il envoya demander à Ptolémaïs l’ex-

1 Vie du sultan Kélaoun. Reinaud, p. 567. - Wilken, t. 7, p. 720 et seqq.

316 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI. — De 1276

tradition des meurtriers, avec menace, en cas de refus, d’assiéger la ville au mois de mars de l’année suivante 1291. Après en avoir délibéré, on lui €nVOya une députation qui offrit seulement de punir les coupables de la prison et du bannissement. Le sultan n'accepta point ces offres, et déclara la guerre. Tel est le fond des relations occidentales. Les historiens arabes s'accordent à dire que le sultan était résolu depuis longtemps à profiter du premier prétexte pour recommencer la guerre contre les Chrétiens et anéantir leur domination ; apprenant donc que la trêve avait été violée par les Chrétiens, il assembla ses émirs et ses hommes de loi en conseil, où la guerre fut résolue, parce que le sultan la voulait 1.

Le sultan Kélaoun s'était déjà mis en marche du Caire, au milieu des préparatifs, lorsqu'il tomba malade et mourut, le onze novem- 2e 4290. Sa mort ne changea rien à l'état des affaires. Malek-al- Aschraf, son fils et son successeur, persévéra dans le plan de son père, d'assiéger Ptolémais avec toutes les forces de l'Égypte et de la Syrie, et repoussa la demande que lui firent plusieurs députations chrétiennes pour le rétablissement de la trêve. Tout étant prét, il partit de l'Égypte pour la Syrie, le sept mars 1294.

Dès le milieu du même mois, de nombreuses troupes de Sarrasins parurent dans les plaines de Ptolémais. Il y eut des escarmouches. Les Chrétiens se battirent avec bravoure. Ces combats journaliers durèrent jusqu’en avril, sans rien de décisif ni pour un parti ni pour l'autre. Mais alors le nouveau sultan étant arrivé avec quarante inille chevaux et deux cent mille hommes de pied, le siége de Ptolémaïs commença le cinq avril 4991 2.

Les environs de la ville furent ravagés par le fer et le feu, Ce spectacle ne fit point cesser la mésintelligence et la division qui régnaient dans la ville depuis le commencement. Les Pisans et les Vénitiens S’opposèrent aux ordres des religieux militaires; les Hospitaliers et les Templiers étaient si indisposés les uns contre les autres, qu’ils ne voulaient point combattre ensemble. Les chefs, n'étant pas d’accord, ne savaient maintenir la discipline parmi la milice inférieure, qui continuait, dit-on, à respirer plus la débauche que les combats. Dans ces circonstances, le maître du Temple, qui était très-ami et familier avec le sultan , alla lui demander un armistice : le sultan offrit même la paix, sous la condition que chaque habitant chrétien de Ptolémais lui payerait un denier de Venise. Le maître du Temple

ayant rendu compte de sa négociation au peuple de la ville, ras-

1 Wilken,t. 7, p. 123-796. — 2 Anonym. De excidio Aconis. Apud Martene, - Ampliss, collectio, t, 5, p. 769,

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