‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 57 sur 97 · LXXVI, — De · texte numérisé non relu

LXXVI, — De

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DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 331 malfaisante engendrait de dangereuses maladies, «et d'aplanir même

à 1300 de l’ère chr.] .

deux montagnes pour prévenir les brouillards, étendre davantage :

l'horizon, et donner à l’air plus de dégagement.

Mais sa première et principale pensée était de réaliser le plan sublime formé par son prédécesseur et son parent Léon X, le plan des décorations magnifiques qui devaient revêtir à l'extérieur de sculptures en marbre blanc les humbles murailles de la sainte maison. Il appelle pour ce grand travail les plus illustres artistes, pour rivaliser de talent et de génie dans l’accomplissement d'un si noble ouvrage. Il établit comme architecte en chef, pour l’église comme pour le portique, le fameux Nérucci. Déjà les marbres avaient été taillés, déjà les ornements étaient prêts à être mis en place. Nérucci fait abattre h muraille antique, qui se trouva, comme il a été dit, écartée des murs fragiles de la chambre miraculeuse. Durant plusieurs jours, elle demeura exposée dans toute sa simplicité aux regards empressés de la dévotion et de la curiosité populaires. Chacun put s'assurer qu'elle, était posée sans fondements sur le sol nu. On voyait au-des-

sous une terre poudreuse et broyée, semblable à celle d’une voie

lréquentée et passagère ; on y remarquait même une ronce qui s'é- :

tait trouvée prise sous le saint fardeau déposé par les anges ; tout annonçait une route publique, conformément au témoignage constant de la tradition. Cependant il fallut commencer les excavations nécessaires à la construction des bases qui devaient soutenir les marbres précieux ; et alors il fut facile de se convaincre sans aucun doute que

les saintes murailles étaient posées comme en suspens sur un terrain : inégal et poudreux. Jérôme Angélita, dans son rapport officiel au :

même pape Clément VII, fait une mention particulière de tous ces laits prodigieux, que l’on ne saurait révoquer en doute.

Les fondements sortaient déjà de terre, mais le plan arrêté par Léon X, et approuvé par Clément VIE, exigeait que l'unique porte de la sax.e maison fût murée, et que l’on en ouvrit trois autres à la

place, pour éviter les accidents qui arrivaient tous les jours par suite :

de l'encombrement des pieux pèlerins dans un espace si étroit. À cette nouvelle, le peuple fut dans la consternation ; une rumeur subite S'éleva de toutes parts. Qui oserait violer par les coups d’un audacieux marteau ces murailles que les siècles eux-mêmes ont respectées ? Cependant l’ordre du Pape était pressant ; le bien commun en demandait l'exécution ; la beauté du travail l’exigeait impérieusement. L'architecte Nérucci s'arme de courage, il lève la main, frappe un premier coup; à l’instant il pâlit, il tremble, il sent défaillir ses forces, il tombe sans connaissance ; on l'emporte dans sa maison ; le danger est imminent, sa vie elle-même paraît compromise. Sa

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332 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 1276

pieuse épouse, le voyant dans cet état funeste, se prosterne aux pieds de Marie, elle invoque l’auguste patronne de Lorette ; Ses VŒUX sont exaucés, la mortelle léthargie se dissipe bientôt, et l’imprudent architecte est heureusement rendu à sa famille et à ses travaux. Cependant on se hâte de faire part au Pontife de ce merveilleux événement, et de lui demander sa décision dans un cas si difficile, Il répond en ces termes : « Ne craignez pas de percer les murs du sanctuaire auguste et d'ouvrir les portes : ainsi l’ordonne Clément VIL » Un commandement si formel et toute l'autorité du Siége apostolique ne purent déterminer l'architecte Nérucci à déposer sa crainte et à obéir. En vain on l'excite, en vain on s'efforce de le persuader ; toutes les tentatives sont inutiles. D’un côté l'ordre du Pape pressait le travail, de l’autre la stupeur publique en arrétait l'exécution. Tout à Coup, contre toute attente, un homme se présente pour une œuvre qui paraissait si dangereuse ; il était clerc et attaché au chœur du sanctuaire, son nom était Ventura Périni. Il prend d’abord trois jours pour se préparer à cette entreprise par de ferventes prières et un jeûne rigoureux ; le dernier jour, vers le soir, il s’avance vers le saint lieu, environné d’une foule innombrable de peuple; il fléchit les genoux, il baise et rebaise mille fois les saintes murailles, il prend le marteau ; mais avant de frapper, le bras suspendu en l'air, il s'adresse à Marie, et Ini dit avec confiance : Pardonnez, 6 sainte maison de la plus pure des vierges ! ce n’est pas moi qui vous perce, c’est Clément, vicaire de J ésus-Christ, dans l’ardeur qui l’anime pour votre embellissement, Permettez-le, 6 Marie ! et satisfaites le bon désir de son Cœur. À ces mots, il frappe un premier coup, suivi de plusieurs autres, sans en ressentir aucun dommage ; les autres ouvriers reprennent courage, limitent dans son travail comme dans sa dévotion; les portes s'ouvrent, les pierres recueillies avec respect sont employées à refermer la seule ouverture qui auparavant donnait entrée dans le précieux sanctuaire; la poutre qui servait d’architrave est conservée dans la bâtisse comme un monument et un souvenir de l’ancienne disposition de ce lieu, et le nouveau plan avec ses magnifiques sculptures reçoit son exécution 1,

Sixte V, devenu Pape en 1585, considérant, dit-il, que la ville de Lorette est célèbre par toute la terre, et qu’elle renferme dans son enceinte une insigne église collégiale sous l’invocation de la bienheureuse vierge Marie; considérant combien est vénérable cette église, au milieu de laquelle s'élève l'auguste maison consacrée par les divins mystères, où cette Vierge pure est née, a été saluée par

1 Caillau, Histoire de Notre-Dame de Lorette, c, 6. Murri, c, 5, n, 23.

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que la ville de rme dans son on de la bienénérable cette consacrée par été saluée par

l'ange et a conçu du Saint-Esprit le Sauveur du monde; considérant que cette maison a été transportée dans ce lieu par le ministère des anges, que des miracles s’y opèrent tous les jours par l’intercession et les mérites de cette puissante patronne, et que les fidèles serviteurs de Jésus-Christ y accourent de toutes les parties du monde pour y satisfaire leur dévotion par de pieux pèlerinages, Sixte V éleva la ville de Lorette au rang de cité, donna à son église le titre de cathédrale et y établit un évêché 1,

Clément VII, devenu Pape en 1592, fit en personne le pèlerinage de Lorette, et défendit de chanter d’autres litanies que celles dont l'Église fait maintenant usage, et qu’on appelle vulgairement les litanies de Lorette, parce que c’est dans cette église qu’elles furent chantées pour la première fois, d’après la rédaction du cardinal Savelli, à qui on les attribue communément, sur la foi d’une lame d'argent où elles furent gravées, l'an 1483, avec cette inscription qu’on lit au bas : Paul Savelli, prince d’Albano et député impérial 2.

Clément IX, Pape en 1667, prescrit, après un sévère examen de la congrégation des rites, par un décret solennel, de consigner dans le Martyrologe romain, au 10 décembre, l’histoire du grand prodige de Lorette par ces mots remarquables : A Lorette, dans le territoire d'Ancône, translation de la sainte maison de Marie, mère de Dieu, dans laquelle le Verbe s’est fait chair. Innocent XII, en 1691, assigna un oflice et une messe particulière pour cette grande solennité, et fit ajouter dans le bréviaire romain, à la fin de la sixième leçon, l’histoire de ce prodige.

Défenseur aussi docte que zélé de la sainte maison, Benoît XIV, avant son exaltation sur le Saint-Siége, avait établi victorieusement son identité avec la demeure humble et modeste de Nazareth contre les critiques du protestant Casaubon et des autres adversaires de la vérité. Aussi n’avons-nous pas lieu de nous étonner qu’il ait conservé toutes les exemptions et les priviléges de ses prédécesseurs, et travaillé à l’embellissement de l’auguste sanctuaire par l'érection de la masse imposante du grand clocher et par l’achèvement de la belle terrasse du palais apostolique.

Mais le règne de ce grand Pontife n'offre rien de plus remarquable, par rapport à Lorette, que la restauration du pavé de la sainte chapellé et les conséquences qui résultent de l'examen fait à cette époque. C'était en l’année 1751 ; Jean-Baptiste Stella, Bolonais, gouvernait la cité ; sur le point de mettre les ouvriers au travail, il crut avec raison devoir s'entourer des témoins les plus resnectables, Il

1 Bull. Sixt. V. Murri, c. 5, n. 45, — ? Jbid, n. 49.

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231 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 19 pria monseigneur Alexandre Borgia de venir l'assister dans cette oc-

casion importante, et il appela en même temps quatre autres prélats, les évêques de Iési, d’Ascoli, de Macérala et de Lorette. Il manda d'office un architecte et quatre maîtres maçons, auxquels se joigni. rent par circonstance trois architectes étrangers, venus dans Ia ville pour vénérer la sainte maison. Tous étant présents, on commence ‘les fouilles ; on arrive bientôt à la fin des saintes murailles, enfoncées moins d’un pied au-dessous du pavé; les architectes et les maîtres maçons, descendus les premiers dans l'ouverture, en tirent une terre superficielle et desséchée, mélangée de petits cailloux à demi écrasés, semblables à ceux que l'on trouve dans les sentiers battus et dansles voies publiques. L’archevêque et les prélats assistants s’approchent tous, pour s'assurer de ce fait merveilleux. Ils regardent, ils examinent, ils voient avec étonnement que les murs bénits penchaient un peu vers l'Occident, et, passant eux-mêmes les mains par-dessous, ils remarquent la même inégalité de terrain, observée déjà sous Clément VII, et déjà certifiée par l'antique tradition, L'évêque de Lo. rette amena avec une poignée de terre une coquille de limaçon et une noix entière, mais desséchée, témoins sacrés, qu’il voulut garder dans son palais, comme souvenir et preuve de la réalité de l’auguste sanctuaire, :

Cependant un des plus habiles architectes s'attache fortement au dessein de creuser plus bas, pour voir à quelle profondeur se trou- . Vait la terre vierge, sur laquelle on a coutume d'établir les fonde. ments pour assurer leur solidité, Déjà il s’est tellement enfoncé sous l'un des côtés, qu’il disparaît entièrement dans l'excavation. Le gardien Xavier Monti commence à trembler ; le mur de la sainte maison est si mince ! ne tombera-t-il pas en ruine ? ne se fendra-t-il pas:en quelques endroits ? En vain il exprime ses craintes ; le curieux artiste continue ses recherches. Les terrassiers étaient déjà arrivés à la profondeur de huit à neuf pieds, lorsqu'un cri s'élève : La terre vierge ! la terre vierge ! Il en ramasse une poignée, et, sortant tout joyeux, il la montre à tous les assistants, qui se retirent en bénissant Dieu, dont la main soutient, contre toutes les lois de l'architecture, depuis tant de siècles et malgré les secousses des tremblements de terre, la simple et humble demeure de sainte Marie 1.

La sainte maison n'est Pas construite, comme quelques-uns l'ont pensé, en bri es cuites au feu, mais elle est composée de pierres vives et travaillées, légères, rougeâtres, poreuses et imprégnées d’une certaine odeur d'antiquité. Finalement, conclut l’estimable auteur

1 Murri, c. 5, n. 21 et 22. Cailleau, c, 6.

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 335

ui a consciencieusement traité toute cette histoire, la sainte maison de Lorette est bâtie avec des matériaux inconnus en Italie et communs à Nazareth ; tous les objets qu'elle renferme ont un caractère évident d’antiquité et d’orientalisme qui ne permet pas d'en fixer l'origine en Occident ; les dimensions de son étendue se rapportent avec une entière exactitude aux fondements restés à Nazareth; elle subsiste d’une manière miraculeuse, en demeurant debout au milieu des ruines des constructions les: plus solides, quoique posée sans fondement et sans aplomb sur la terre nue ; toujours elle a conservé une entière inviolabilité, sans que jamais on ait pu impunément en ir la moindre partie; donc la maison de Lorette n’est pas un bâtiment ordinaire ; donc elle est une enceinte protégée par la main

L toute-puissante de Dieu; donc elle ne s’est pas primitivement élevée

sur les terres d'Italie, mais y a été transportée d’au delà des mers; donc elle est vraiment la chambre dont les bases sont restées comme témoins dans la Galilée, c'est-à-dire la chambre de Marie, la chambre où s'est accompli le plus auguste de nos mystères 1,

L'Orient, en perdant le sanctuaire de la vierge Marie, parut devenir de plus en plus stérile en sainteté ; on n’y trouve plus ni saints personnages, ni saintes entreprises. Tandis qu'en Occident, malgré toutes les misères humaines et toutes les révolutions politiques, toujours il ‘y produit des personnes et des œuvres saintes. Nous en avons déjà vu plusieurs de la fin du treizième siècle, mais il en reste encore plusieurs, entre autres saint Yves, que les avocats honorent comme leur patron.

Yves Hélori, issu d’une famille également illustre :et: vertueuse, naquit en 1253, près de Tréguier en Basse-Bretagne. Il étudia la grammaire dans son pays, et ses succès répondirent à son application. À l’âge de quatorze ans, il fut envoyé à Paris pour y faire son cours de philosophie et de théologie, et de droit, tant civil que canonique. I se rendit à Orléans, où il étudia les décrétales sous le télèbre Guillaume de Blaye, qui devint évêque d'Angoulême, et les institutes sous Pierre de la Chapelle, depuis évêque de Toulouse et cardinal.

Dans les instructions que lui donnait sa mère, elle lui répétait souent qu’il devait vivre de façon qu'il püût devenir un saint. C’est bien le but où je tends, répondit-il alors. De tels sentiments se fortifiaient en lui tous les jours, et faisaient sur son âme les plus profondes impressions. Cette pensée, je dois devenir un saint, le portait puissamment à la vertu en l'éloignant de tout ce qui avait l'apparence du

1 Caillau, p. 329.

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