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Liv, LXXVI, — Do 1270
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dépouiller : ce qui réduisit le saint homme à louer ses journées pour vivre. Mais tel était son amour pour les pauvres, qu'il trouvait encore de quoi les soulager, après avoir ainsi satisfait à ses propres besoins, Il fit deux pèlerinages de Rome et de Compostelle, par esprit de dévotion, et répandit partout sur son passage la bonne odeur de Jésus-Christ, tant il était rempli de foi, de simplicité et de ièle pour la gloire de Dieu,
Le bienheureux Albert mourut à Crémone au mois de mai 1279, et y fut honoré d’un culte public, qui a été approuvé par Benoît XIV, le 9 mai 1749, Il avait fini par embrasser le tiers-ordre des dominicains !,
Le bienheureux Névolon, son contemporain, né à Faënza, dans la Romagne, y exerçait le métier de cordonnier. Ayant eu le malheur de s'écarter, dans sa première jeunesse, des saintes voies de l'Évangile, une maladie grave qu'il essuya à l’âge de vingt-quatre ans fut un moyen de la grâce pour le rappeler à la vertu. Revenu en santé, il donna dés preuves d’une sincère conversion, d'abord par un entier changement de conduite, puis par le sacrifice du peu qu'il possédait, en faveur des pauvres, auxquels il consacra ensuite tout le produit de son travail.
Non content de pratiquer les œuvres de miséricorde, le nouveau converti, afin de châtier son corps, embrassa le genre de vie le plus austère; il jeûnait trois fois la semaine, et au pain et à l'eau, lorsque les jeûnes étaient commandés par l'Église, Les pèlerinages étaient très en usage dans ce siècle ; par esprit de mortification, Névolon entreprit ceux du tombeau des saints apôtres à Rome, et de saint Jacques en Galice ; il les fit en véritable pénitent, et acheva le second nu-pieds.
De retour dans sa patrie, le serviteur de Dieu eut beaucoup à souffrir de la mauvaise humeur de son épouse, qui, le voyant avec peine s'occuper uniquement de son salut et faire d'abondantes aumônes, s’en plaignait amèrement. Il supportait ces plaintes avec palience, et continuait à marcher avec courage dans le chemin de la perfection, Un jour, un mendiant lui ayant demandé l’aumône, il dit à son épouse de lui donner un pain. Îl n’y en a plus dans l’armoire, répondit-elle. Comme il insistait, elle lui fit plusieurs fois la même réponse. — Au nom du Seigneur, allez, ajouta-t-il enfin, et donnez l’aumône à ce pauvre. — Touchée de ces paroles, elle ouvre l'armoire, et, quel fut son étonnement ! elle y trouve une grande quantité de pain. Ce prodige la frappa tellement, qu’elle changea
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dès lors dans ses voyages de dévotion ; elle moürut au retour de l'un de leurs pèlerinages, et Névolon, qui ne laissait échapper au. cune occasion de soulager les indigents, distribua aux veuves, aux orphelins et aux pauvres, tous les objets qui composaient l'héritage qu'il recuéillait de son épouse.
Sa générosité envers les pauvres l'ayant réduit lui-même à une extrême indigence, il se logea dans la petite maison du frère Lau. rent, ainsi appelée parce qu'un ermite de ce nom et qui était de l'ordre de Vallombreuse, l’habitait avec cinq de ses frères, et y me. nait un genre de vie très-austère. Névolon y couchait sur une tab ou sur la terre nue, donnait peu de temps au sommeil, êt le prenait de manière que ce soulagement devenait pour lui un acte de morti. fication. Il quittait quelquefois ce lieu pour entreprendre des pèle. rinâges. Un jour qu'il se trouvait en route et qu’il se sentait pressé par la faim, il supplia vainement un aubergiste de lui donner mn morceau de pain ; il ne put Pobtenir, parce qu'il n’avait pas d'argent: cet homme lui dit même d'aller en demander de porte'en porte. À ces paroles, ile serviteur de Dieu leva les yeux au ciel, et pria le Seigneur de le secourir dans sa nécessité. Les ayant ensuite baissés, il vit à ses pieds une pièce de monnaie qui lui servit À payer le pain qu'il avait d’abord demandé en aumône, Cé secours inespéré de h Providence toucha l'aubergiste, qui, se rappelant que Dieu lui demanderait un jour à son jugement s’il avait soulagé les pauvres, devint dès cette heure moins insensible à leurs besoins.
Le bienheureux Névolon Parvenu à une extrême vieillesse, mourut Saintement à Faënza, le 27 juillet 1280. On assure que les cloches de l’église dans laquelle il allait habituellement prier sonnèrent d'elles-mêmes pour annoncer son trépas. Surpris de cette merveille, le curé de cette église se rendit avec plusieurs témoins à la petite maison qu'habitait le serviteur de Dieu ; ils le trouvèrent à genoux, et crurent qu'il priait; mais bientôt, en l’examinant de plus près, ik reconnurent qu'il était mort. Le curé crut devoir informer l'évêque de cet événement. Le prélat, accompagné d'une grande foule de peuple, vint prendre le saint Corps et le déposa dans sa cathédrale, où on lui a érigé un monument en marbre. La confiance des fidèles en ce bienheureux a été autorisée par plusieurs miracles qu'il à opérés. Son culte fut approuvé par le pape Pie VII, le 31 mai 18171
Marguerite de Cortone fat, comme Madeleine de Béthanie, d’abord une grande pécheresse, ensuite une illustre pénitente. Marguerite
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Liv. LXXVI, — De 1216
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à1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 345
naquit à Alvino en Toscane; elle est nommée de Cortone du lieu de sa sépulture. Sa beauté l'exposa dans sa jeunesse à de grands désordres. Elle resta neuf ans unie à un homme riche, qui lui fournissait abondamment de quoi satisfaire son penchant pour le luxe et ls plaisirs. Elle en eut un fils, qui entra plus tard dans l’ordre des frères Mineurs. Cependant, au milieu de sa vie coupable, elle avait une compassion singulière pour les pauvres. Il lui arrivait des accès de dévotion où elle disait, à la vue de certains lieux : Qu'il ferait bon prier ici! que cet endroit est charmant pour mener une vie pénitente et solitaire! Rentrée dans sa chambre, plus d’une fois ellé déplorait son état misérable! Et quand les habitants la saluaient, elle les blâmait, disant que, comme ils connaissaient sa vie criminelle, is ne devraient pas même lui adresser la parole. Un jour que ses compagnes lui reprochaient sa parure, disant : Qu'en sera:t:il de toi, vaniteuse Marguerite? elle leur répondit : Il viendra un temps où vous m'appellerez sainte, lorsque je le serai vraiment, et vous viendrez me visiter avec un bâton de pèlerin,
En l'année 1277, son mari ou séducteur sortit un jour de la maison, emmenant avec lui une petite chienne. Quelques jours après, la chienne revint toute seule, plaintive : et, tirant Marguerite par ses vêtements, elle s’efforçait de l’entraîner hors de la maison. Marguerite la suivit avec étonnement, jusqu’à un monceau de bois, où l'animal s'arrêta, en regardant le bois et y touchant, comme pour avertir sa maîtresse de l’ôter. Marguerite, ayant détourné quelques pièces, aperçut son maître qui était mort, et qui déjà fourmillait de vers.
Elle fut tellement émue de ce spectacle, que, répentante de sa vie passée, elle alla toute en pleurs se jeter aux pieds de son père, pour
| lui demander pardon. Le père, à l'instigation d'une marâtre, la
chassa de la maison. Elle se retira dès lors à Cortone, en la société de quelques personnes pieuses, où elle changea complétement de vie. Bientôt, aspirant à quelque chose de plus parfait, elle sollicita les frères Mineurs de Cortone de lui donner l'habit de pénitente du tiers-ordré de Saint-François. Les frères hésitèrent longtemps. Marguerite était encore jeune, et n’avait que vingt-cinq ans: Quoiqu’elle ne portât plus ni or ni perles, mais des habits pauvres, et que, bien loin de se parer, elle cherchât à s’enlaidir, elle paraissait toujours fort belle. Les bons religieux craignaient donc pour sa persévérance. Toutefois, la voyant croître en ferveur de jour en jour, ils acquiescèrent à ses prières et à ses larmes, et Ini accordèrent l'habit de pénitente.
Dès ce moment, l'Esprit d'en haut la transforma en une autre