‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 60 sur 97 · ET · texte numérisé non relu

ET

346 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 1216

créature : ce qui domina dès lors dans tout son être, ce fut l'amour de Dieu, C'était où elle trouverait le lieu le plus solitaire pour s'y à

entretenir avec Dieu seul, dans la méditation, la prière, les larmes, les jeûnes, les veilles ; sa seule couche était.la terre nue ; sû demeure, une petite cellule. Son attention était pour les pauvres. Elle trans. forma une maison en infirmerie pour les malades; le fruit de $on travail, les aumônes qu’on lui faisait ou qu'elle ramassait, tout étai pour eux. Sa méditation habituelle. étaient les mystères de Jésus.

Christ, particulièrement sa douloureuse passion : elle était attachée ;

à la croix avec lui par ses propres souffrances, Le Sauveur lui révéla bien des secrets là-dessus. La veille de Sainte-Claire, après la com. munion, elle l'entendit disant : Bénies sont toutes les peines que j'ai souffertes pour ton âme, ainsi que l'Incarnation ; bénis tous les travaux que j'ai endurés, et l'amour qui m'a uni au genre humain. Aujourd'hui j'ai peu de bons enfants en comparaison des mauvais: mais quand je n’en aurais qu’un seul dans l’univers, je bénirais en. core, à cause de lui, les peines que j'ai supportées.

Voici la méthode ordinaire qu'elle suivait dans l'oraison : Après avoir invoqué la très-sainte Trinité, qui est un seul Dieu éternel «t inmense, je me recommande à Jésus, le Fils de Dieu, incarné pour nous, notre Rédempteur, et à sa mère la bienheureuse Vierge Marie, notre avocate, et à tous les ordres des Saints, commençant par les Séraphins enflammés ; ensuite je retourne au Seigneur Jésus-Christ, conçu de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit, à l’enfantement sans douleur, à la joie des anges, à l'adoration des mages, à h fuite de mon Seigneur né enfant, et ses laborieux voyages. Après je médite le miséricordieux entretien de la Samaritaine, la défense de la femme au temple, la compassion qu'il montre pour la fille de h Chananéenne, pour les lépreux, les aveugles et le paralytique de k piscine. Je considère les pieds si tendres de cette pureté souveraine, sans chaussure, courant par les villages, les bourgs et les cités, et marchant sur les flots de la mer sans se mouiller, Je contemple de même l'opération des miracles, la componction de Matthieu et de Madeleine, ‘la merveilleuse résurrection de Lazare et d'autres, Et

m'élevant sur ces degrés, je célèbre relativement à chacun les !

louanges du Créateur. Je le loue semblablement dans les ordres des Saints, aux fêtes desquels il m’accorde des grâces nombreuses et nouvelles. Et continuant l'oraison, quoique avec tiédeur et défaut, je le bénis de tous les bienfaits dontil m'a gratifiée, sans aucun mérite de ma part. Ensuite, autant qu'il daigne m'en rendre capable,

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLi8Z CATHOLIQUE. 347

trahison, l'indigne vente du trésor incomparable, la sueur du sang, le disciple qui renie, l'injure des soufflets, l’ignominie des crachats, l'outrage des paroles, le portement de croix, les clous qu’on enfonce, les yeux qu'on voile, la corruption des témoins, l’impiété des juges, la perfidie -des Juifs, le larron qui reconnaissait son. crime, le Seigneur qui pardonne, Jésus qui recommande sa mère à.son disciple.

[Après quoi je contemple ou médite avec des pleurs amers le breu-

vage de fiel, le soleil obscurci, les rochers fendus, les monuments ouverts, la tête inclinée, et l'esprit de mor: Seigneur recommandé à son Père. : |

Et ainsi consumée de tristesse auprès de la croix, je désire mourir avec la vierge mère, et d’être transpercée spirituellement du glaive de sa douleur, la suppliant avec larmes de vouloir bien me rendre paticipante de cette douleur ineffable qu'elle a soufferte, car c’est pour moi pécheresse, c'est pour me.racheter que mon Seigneur est mort. |

Cette fréquente méditation de la passion du Sauveur et de ses autres mystères inspirait à Margucrite une immense charité pour le salut des âmes, soit en ce monde, soit er l’autre. L’exemple de sa

à vie sainte et pénitente, joint à l'efficacité de ses prières et de ses

austérités continuelles, convertit un grand nombre de personnes, qui vinrent quelquefois de pays éloignés lui témoigner leur reconnaissince, où se recommander à ses prières. Les âmes du purgatoire elles-mêmes, par la permission divine, entraient avec elle dans cette mystérieuse correspondance pour solliciter ses pieux suffrages. Comme elle priait un jour pour deux artisans qui lui étaient apparus, et lui apprirent qu’ils avaient été tués par des voleurs, sans pouvoir se confesser, mais cependant ayant du regret de leurs fautes, le Sauveur lui répondit : Dites aux frères Mineurs qu'ils se souviennent des âmes des défunts; elles sont en si grande multitude que l'esprit de l’homme peut à peine l’imaginer, et cependant elles sont peu secourues par leurs amis. Marguerite apprit par révélation que sa mère avait été délivrée du purgatoire après dix ans ; que son père en avait été tiré pareillement, mais après y avoir enduré des peines bien plus grandes.

Un jour qu’elle priait pour sa défunte servante, l'ange gardien lui dit: Elle demeurera en purgatoire pendant un mois, mais souffrira des peines légères à cause des colères où elle est tombée par zèle ; après quoi elle sera trarsportée parmi les chérubins. Le Sauveur lui dit encore un jour de Purification de la sainte Vierge : Les trois défunts pour lesquels vous avez prié ce matin, d’après l'opinion de leurs juges, ne sont nullement damnés ; mais ils souffrent des tour-

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