TRIER
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ments si extrêmes, que, s'ils n'étaient visités par les bons anges, j se croiraient damnés, parce qu'ils se trouvent tout proches de ceux qui le sont réellement. Comme parmi les religieux il y a des cel lules distinctes, il en est de même pour les peines du purgatoire, Les uns sont purifiés dans d'épaisses ténèbres, les autres dans de rapides torrents, les autres dans la gloire, les antres dans des fn dévorants, etc.
Quant à Marguerite de Cortone, elle fut purifiée dès cette vie par Ba leur d pénitence, les jeûnes, les austérités, les maladies, les croix, et sur. Men l'honi tout une ardente charité de Dieu et du prochain. Elle mourut le 29 5 Miévotion vrier 1297. Le pape Léon X, ayant constaté la vérité des miracle Mui-mêm qui s'étaient opérés par son intercession, permit à la ville de Cortone Mcirconsta de célébrer sa fête. En 1623, Urbain VII étendit cette permission Mefit très à tout l’ordre de Saint-François. spiration
Enfin, Benoît XIII, canonisa la bienheureuse Marguerite en 1793, Matraord Son corps s’est conservé sans la moindre marque de corruption ; i Mdans le r est à Cortone, dans l’église des religieuses de Saint-François, laquelle MRconte ave a quitté le nom de Saint-Basile pour prendre celui de Sainte-Mar. MBiur la nat guerite. , : Ses di
Cependant, au diocèse d’Isernia en Apulie, il y avait un homme uit voir et une femme qui eurent douze fils : le père se nommait Angelier Main IV la mère Marie, gens obscurs selon le monde, mais vertueux. Ils sou MRChiéti, e haïtaient que quelqu'un de leurs douze fils se donnât à Dieu; ce fu Mistué dan le onzième, qui s'appelait Pierre, et qui était né l’an 1945. ft. Mobservan: moigna dès l'enfance tant d'inclination à la vertu, que sa mère, de. cellule pa meurée veuve, le fit étudier; et comme il avait toujours senti un messe le
plut bea ses AMIS
Toute quelques ples. Il élait un toujours
grand attrait pour la solitude, il commença, dès l’âge de vingt ans, à MMitinait to exécuter son dessein, et se retira premièrement à une église de Saint: Maitre ca Nicolas, près du château de Sangre, puis à un ermitage de la mon- Mtredis, il tagne voisine, et enfin à une grotte d’une autre montagne, où il Mique de te trouva une grande roche sous laquelle il creusa un peu, en sort toux. i qu'il s’y logea, mais si à l'étroit qu'à peine pouvait-il s’y tenir de. MRouper; i bout ou s’étendre pour se coucher; et toutefois : y demeura trois ans, Millaient si
Comme tout le monde lui conseillait de se faire ordonner prêtre, Mt de ne j il se rendit à Rome et y reçut la prêtrise; puis il vint à la montagne Bt crin de
de Mouron, près de Sulmone, ville épiscopale de l’Abruzze ulté: Ma ceintur rieure, et, y ayant trouvé une grotte à son gré, il s’y arrêta et y de- pierre ou meura cinq ans. Là il fut tenté de s'abstenir de célébrer la messe pat MSdes psaun humilité ; mais Dieu lui fit connaître qu’il devait continuer à la dire. mains de Comme il ne trouva pas ce lieu assez solitaire, parce qu’on avait Bcontempl: défriché les bois d'alentour, il passa au mont de Magelle, près la
même ville de Sulmone, où il trouva une grotte spacieuse qui lui D ! Fleury,
[Liv. LXXVI, — De 124
r les bons anges, ik out proches de cer gieux il y a des cel.
eines du purgatoire, les autres dans de utres dans des fon
e dès cette vie par h s, les croix, et sur.
Elle mourut le 29 fi.
vérité des miracle à la ville de Cortone lit cette permission
Marguerite en 1724, 1e de corruption:i t-François, laquelle elui de Sainte-Mar.
y avait un homme nommaïit Angelier, s vertueux. Ils sou.
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toujours senti un âge de vingt ans, à ane église de Saint.
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> montagne, où il un peu, en sorte vait-il s’y tenir dedemeura trois ans.
e ordonner prêtre, vint à la montagne le l’Abruzze ultés’y arrêta et y deébrer la messe par ontinuer à la dire.
parce qu’on aval le Magelle, près la
spacieuse qui lui
11300 de l'ère chr.] : DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 349
plut beaucoup, mais non pas à deux compagnons qu'il avait, ni à &s amis ; c’est pourquoi il y demeura seul.
Toutefois ses compagnons, qui l'aimaient, vinrent y demeurer quelques jours après ; et il lui vint ensuite plusieurs autres disciples. Il refusait, autant qu'il pouvait, de les recevoir, disant qu'il dait un homme simple, et que son inclination était de demeurer bujours seul ; mais quelquefois, vaincu par la charité, il consentait à leur désir. Ensuite on bâtit en ce lieu de Magelle un bel oratoire a l'honneur du Saint-Esprit, et plusieurs y venaient avec grande dévotion, même des pays étrangers, C'est ainsi que Pierre raconte hi-même les commencements de sa vie, mais avec plusieurs autres rconstances qui, au jugement de Fleury, font voir qu'il était en let très-simple, et qu’il prenait aisément ses pensées pour des inspirations, ses songes pour.des révélations, et tout ce qui lui paraissait atraordinaire pour des miracles 1. D'autres que Fleury n'ont vu dans le récit de Pierre de Mouron qu’une aimable candeur, qui ravnte avec simplicité ce qu'elle a vu et entendu, sans rien décider ur la nature de la chose.
Ses discinles ensuite choisirent la règle de saint Benoît, comme hit voir la confirmation de leur institut, accordée par le pape Urbin IV en 1263, le 4er de juin, et adressée à Nicolas, évêque de Giéti, en faveur des. frères du désert du Saint-Esprit de Magelle, stué dans son diocèse. Mais Pierre, leur instituteur, ajoutait aux okervances de la règle plusieurs austérités. Il était reclus dans une œllule particulière si bien fermée, que celui qui lui répondait à la messe le servait par la fenêtre. Jamais il ne mangeait de viande. Il jeinait tous les jours, excepté le dimanche. Chaque année, il faisait quatre carêmes. Durant trois de ces carêmes, ainsi que tous les vendredis, il n’avait d'autre nourriture que du pain et de l’eau, excepté que de temps en temps il substituait au pain quelques feuilles de choux. Le pain même qu'il mangeait était si dur, qu’il ne pouvait le œuper; il était obligé de le casser par morceaux. Ses austérités alaient si loin, qu'il fut averti dans une vision de ménager son corps de ne pas l’accabler sous tant de macérations. Il portait un cilice de crin de cheval rempli de nœuds, et une chaîne de fer autour de “ceinture. Il couchait sur la terre nue ou sur une planche, avec une pierre ou un billot &e bois pour chevet. Il passait les nuits à réciter des psaumes, sans dormir ; et, pour éviter l’oisiveté, il faisait de ses mains des cilices qu'il donnait. Malgré l'amour qu'il évait pour la Contemplation, il ne refusait pas d'assister ceux qui s'adressaiont à
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lui pour leurs besoins spirituels. On pouvait le consulter tous jes jours, excepté les mercredis, les vendredis et pendant ses Carêmes, qu’il passait dans un silence absolu.
Ayant appris que, dans le concile général de Lyon, on devait supprimer les nouveaux ordres religieux, Pierre de Mouron, ans nommé de la montagne où il faisait habituellement sa résidence, prit avec lui deux de ses frères, Jean d’Arri, prêtre, et Placide de Morée, laïque, et se mit en chemin au mois de novembre 1273, nonobstant la rigueur de la saison. Étant arrivé à Lyon, le pape saint Grégoire X le reçut avec honneur, tout mal vêtu qu’il était et méprisable par son extérieur. Il lui accorda la confirmation de son institut par une bulle du 22me de mars 1274, adressée au prieur «t aux frères du monastère du Saint-Esprit de Magelle, où le Pape les prend sous sa protection et ordonne que l’ordre monastique y sera gardé inviolablement à perpétuité. Il leur confirme la possession de tous leurs biens, dont il fait le dénombrement, et leur donne plusieurs priviléges. Pierre de Mouron revint à Magelle au mois de juin de la même année 1274. Le
Vingt ans après, en 4294, il s'était retiré sur la montagne de Mouron ou Morrani, qu’il avait habitée d'abord. Il y vivait ave grande austérité dans une pauvre cellule, s’attendant à mourir bientôt ; car il était dans sa soixante-quatorzième année. Il y vivait reclus depuis treize mois, lorsque ‘tout à coup le concours et les acclamations du péuple chrétien lui annoncent la plus étrange nouvelle du monde, savoir, qu’il venait d’être élu souverain Pontif, d'une voix unanime, par le collége des cardinaux.
Nous avons vu le pape saint Grégoire X, au concile général de
Lyon, établir une constitution pour la tenue du conclave, dans le
but d'obliger les cardinaux à une prompte élection, et prévenir ainsi les longues vacances du Saint-Siége. Deux de ses successeurs eurent l'imprudence, l’un de suspendre, l’autre. de révoquer cette constitution si importante et si nécessaire. Ce fut un grand malheur pour l'Église. Au lieu d’y porter remède, les cardinaux ne feront qu'empirer le mal. Et il faudra plus d’un siècle de calamiteuse expérience pour montrer combien la mesure de Grégoire X est nécessaire au bien de la chrétienté, et pour convaincre à jamais ceux qui sont les premiers en dignité qu'ils doivent être aussi les premiers à observer la règle. :
À la mort du pape Nicolas IV, arrivée le Vendredi-Saint, 4me jour d'avril 1292, le Saint-Siége vaqua deux ans et trois mois, par
division entre les cardinaux, dont une partie voulait un Pape À
agréable au roi Charles de Sicile, et leur chef était Matthieu des
à 1300 de Ursins :
wait à R aie, et s'enferm l'ordre d persuade
1 Raynald
Av. LXXVE. — De 197
> consulter tous jes ndant ses Carêmes,
yon, on devait sup.
de Mouron, ainsi nent sa résidence, être, et Placide de e novembre 1273 > à Lyon, le pape 1 vêtu qu’il était et onfirmation de son ressée au prieur et agelle, où le Pape rdre monastique y onfirme la posses.
nent, et leur donne Magelle au mois de
r la montagne de . Il y vivait ave tendant à mourir e année. Il y vivait le concours et les plus étrange nousouverain Pontife,
concile général de conclave, dans le tion, et prévenir de ses successeurs de révoquer cette un grand malheur rdinaux ne feront calamiteuse expéoire X est nécesà jamais ceux qui si les premiers à
di-Saint, 4me jour ois mois, par la
tait Matthieu des
à 1300 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 351
Ursins : le chef du parti opposé était Jacques Colonne, Il se trouvaità Rome douze cardinaux : six Romains, quatre du reste de l'E: ulie, et deux Français. Après les’ funérailles du Pape défunt, ils senfermèrent ensemble, et l’évêque d'Ostie, Latino des Ursins, de l'ordre des frères Précheurs, leur fit une belle exhortation pour leur persuader d’élire promptement un digne sujet; mais ils n’en furent point touchés, et ne purent même demeurer en place. Après avoir été dx jours au palais que Nicolas IV avait fait bâtir à Sainte-Marie-Majure, ils passèrent à celui d'Honorius IV, près Sainte-Sabine, au mont Aventin. De là, ne pouvant s’accorder, ils allèrent à la Minerve. Mais à la Saint-Pierre, c’est-à-dire à la fin de juin, survinrent des maladies, dont mourut le cardinal Cholet, le second jour d'août. Des onze ‘cardinaux restants, quatre se retirèrent à Riéti , et y passent l’été dans un air plus sain, savoir : Gérard de Parine, Matthieu d'Aqua-Sparta, Hugües du titre de Sainte-Sabine, Français de mtion, Pierre du titre de Saint-Marc, Milañais. Six, qui étaient Romains, demeurèrent x Rome : deux évêques, Latino d'Ostie, Jean de Tusculum ; quatre diacres, Matthieu et Napoléon des Ursins, Jacques et Pierre Colcnne. Benoît Cajétan se retira ‘dans la ville d'Anagni, sa patrie. Les chaleurs et les maladies étant passées, ils revinrent à Rome vers la mi-octobre, et s’assemblèrent encore à la Minerve, mais sans pouvoir s’accorder 1.
Gependant'il s'émut à Rome une violente sédition, à l’occasion des nateurs qu’il fallut renouveler au commencement de l’année 1293 , a sorte que, pendant six mois, Rome fut sans sénateurs, et que ses titoyens se firent une guerre cruelle. On enfonéa des portes, on brûla ds tours et des maisons, on pilla des meubles. Trois des cardinaux
Donains, se sentant les plus faibles, allèrént passer l'été à Riéti, avec
Matthieu d’Aqua-Sparta et Gérard de Parme : Benoît Cajétan demeura seul à Viterbe. Les trois autres Romains demeurèrent à Rome, savoir : Jacques et Pierre Colonne, et Jean, évêque de Tusalum. Ces trois écrivirent aux autres cardinaux : Nous pouvons, élant à Rome, faire un Pape en votre absence; mais nous aimons mieux le faire de concert avec vous. Venez donc promptement, si tous voulez mettre fin à la vacance du Saint-Siége.
Cette déclaration fit craindrè un schisme, en cas que les trois cardnaux qui étaient à Rome prétendissent avoir droit d’élire seuls par kprivilége du lieu, et que les autres qui étaient à Riéti voulussent l'évaloir par leur nombre. Ceux-ci assemblèrent les plus habiles
Birisconsultes pour examiner la question, et, par leur conseil, ils fivoulait un Pape | | ! Raynald, 1292, n, 17-20,
352 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 1916 À à 1300 dé rent un compromis et prirent des arbitres, qui décidèrent que tous M de de les sardinaux s'assembleraient à Pérouse à la Saint-Luc, la seconde prouva née de la vacance, c’est-à-dire le 18me d'octobre 1293, terme qui M s'accorc était alors assez proche. Les cardinaux suivirent cette résolution, ils MR fondant se rendirent à Pérouse ; mais l'hiver se passa encore avant qu'ils fis. D ron. M: sent une élection !. au doye L'hiver était presque passé, quand Charles le Boiteux, roi de Si. qu'il fit cile, revenant de France, arriva à Pérouse, où il rencontra son fils D l'acte p aîné, Charles Martel, roi de Hongrie, qui venait de la Pouille au-de. M Ensuite vant de lui. Les cardinaux envoyèrent pour les recevoir, à quelque M et le su distance de la ville, deux cardinaux-diacres, savoir, Napoléon des M Béraud Ursins et Pierre Colonne, avec un nombreux clergé. Le reste des M d'Orviè cardinaux les reçut à l'entrée de l’église, et les salua par le baiser; RS du Sain puis ils le: ”’ent asseoir au milieu d’eux. Le roi de Sicile les exhorta BR sion rec à remplir promptement le Saint-Siége, et le cardinal Latino lui répon- Les c dit au nom de tout le collége ; mais le roi eut une discussion asse D était Mc vive sur ce sujet avec le cardinal Benoît Cajétan. Aprèe avoir sé. D demeur journé peu de jours à Pérouse, il continua son voyage et vint à Naples. D Ils lui fi Le Saint-Siége vaquait depuis vingt-sept mois, et, l'on était au glle, c commencement de juin 4294, quand les cardinaux, étant assemblés, D montag vinrent à parler de la mort, à l’occasion du cardinal Napoléon, qui D peine p avait été obligé de s’absenter, parce qu'il avait perdu son frère, tué RW joignit à d’une chute de cheval. Cet accident fit faire aux cardinaux de sérieu- D lule du ses réflexions, et Jean, évêque de Tusculum, dit : Pourquoi done DR fit ains différons-nous si longtemps de donner un chef à l'Église ? Pourquoi M Atra cette division entre nous ? Le cardinal Latino ajouta : Il a été révélé M douze a à un saint homme que, si nous ne nous pressions délire un Pape, M des larn la colère de Dieu éclatera avant quatre mois. Le cardinal Benoît Ca- D il était jétan dit en souriant : N'est-ce pas frère Pierre de Mouron à qui cette D rent, révélation a été faite ? Latino répondit : C’est lui-même. Il me l'a MW côté. A) écrit, et, qu'étant la nuit en prières devant l’autel, il avait reçu ordre BR comme de Dieu de nous en avertir. Alors les cardinaux commencèrent à s'en D contre t tretenir de ce qu'ils savaient du saint homme ; l’un relevait l’austé- D troubles rité de sa vie, l’autre ses vertus, l’autre ses miracles. Quelqu'un D nante n proposa de le faire Pape, et on raisonna sur cette proposition. Dieu ; p Le cardinal Latino, voyant les esprits bien disposés, s’avança et D cet d'él donna le premier sa voix à Pierre de Mouron pour être Pape; puis DB Puis il ( il demanda les suffrages, et six autres le suivirent. Jacques et Pierre telles qu Colonne différèrent de se déclarer, jusqu’à ce qu’on eût appris l'in- DB Je me s tention du cardinal Pierre de Saint-Marc, qui était à son logis, ma- D manque D ent les
t Raynald, 1295, n. 1, L Sounirèr
v. LXXVI, — De 1916
cidèrent que tous it-Luc, la seconde
e 1293, terme qui ette résolution, ils 'e avant qu'ils fis-
joiteux, roi de Si.
rencontra son fils la Pouille au-de.
icevoir, à quelque oir, Napoléon des rgé. Le reste des lua par le baiser; Sicile les exhorta 1 Latino lui répondiscussion assez . Aprèc avoir sée et vint à Naples.
, et, l'on était au , étant assemblés, al Napoléon, qui du son frère, tué dinaux de sérieu- : Pourquoi donc Église ? Pourquoi la : Il a été révélé d’élire un Pape, rdinal Benoît Calouron à qui cette même. Il me l'a Il avait reçu ordre mencèrent à s'en:
n relevait l’austé-
acles. Quelqu'un
proposition.
osés, s’avança et r être Pape ; puis Jacques et Pierre n eût appris l'in-
à son logis, me à
lade de la goutte. On envoya au cardinal Napoléon, qui vint et approuva les avis des autres. Enfin tous les suffrages des onze cardinatix saccordèrent, même celui du cardinal de Saint-Marc, absent ; et, tous, fondant en larmes, se sentirent comme inspirés d'élire Pierre de Mouron. Mais pour procéder plus régulièrement, ils donnèrent pouvoir au doyen Latinus, évêque d'Ostie, d’élire Pierre au nom de tous » Ce qu'il fit aussitôt, et les autres ratifièrent-l'élection. C’est ce que porte l'acte public qui en fut dressé à Pérouse, le lundi ÿme de juillet 1294. Ensuite ils écrivirent une lettre à Pierre pour lui notifier l'élection et le supplier de l’accepter. Ils la lui envoyèrent avec le décret, par Béraud de’ Gout, archevêque de Lyon, Léonard Mancini, évêque d'Orviète, et Pandulfe, évêque de Patti en Sicile, avec deux notaires du Saint-Siége. On aurait dû envoyer des cardinaux ; mais la division recommençant entre eux, ils ne purent s’accorder sur ce point. Les cinq députés arrivèrent à la ville de Sulmone, près de laquelle était Mouron sur une montagne haute et escarpée ; et c'était là que demeurait le Pape élu, dans une petite celluie, comme un reclus. Ils lui firent demander audience par l'abbé du Saint-Esprit de Magelle, chef de son nouvel ordre; et le lendemain ils montèrent la montagne par un chemin très-rude, où ils fondaient en sueur et à peine pouvaient passer deux de front. Le cardinal Pierre Colonne se joignit à eux de son propre mouvement. Enfin ils arrivèrent à la cellule du saint reclus, qui ne parlait que par une fenêtre grillée. Ce fut ainsi qu’il leur donna audience.
* Atravers cette grille, ils virent un vieillard d'environ soixantedouze ans, pâle, exténué de jeûnes, la barbe hérissée, les yeux enflés des larmes qu'il avait répandues à cette surprenante nouvelle, dont il était encore tout effrayé. Les députés se découvrirent, s'agenouilrent, et se prosternèrent sur le visage. Pierre se prosterna de son côté. Alors l’archevêque de Lyon commença à parler, et lui déclara comme il avait été élu Pape par acclamation, tout d’une voix et contre toute espérance, le conjurant d'accepter et de faire cesser les troubles dont l'Église était agitée. Pierre répondit : Une si surprenante nouvelle me jette dans une grande incertitude ; il faut consulter Dieu ; priez-le aussi de votre côté. Alors il prit par la fenêtre le dé-
E cet d'élection, et, s’étant encore prosterné, il pria quelque temps.
Puis il dit : IL ne faut point de grands discours pour des personnes telles que vous êtes. J accepte le pontificat, et je consens à l’élection ;
je me soumets, et je crains de résister à la volonté de Dieu et de
manquer à l'Église dans son besoin. Aussitôt les députés lui baïsèrent les pieds; mais il les baisa à la bouche; ils louèrent Dieu, et
L Sounirèrent de joie. La nouvelle de cet événement s'étant répandue,
354 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, —De 1976
on accourut de tous côtés voir le nouveau Pape : et entre les autres, y vint Jacques Stephaneschi, Romain, depuis cardinal, de qui nous tenons tout ce détail. Il y vint des évêques, des ecclésiastiques, des religieux, des comtes, des seigneurs, des nobles, des grands et des petits ; tous s’empressaient de voir le saint homme, qui auparavant
se laissait pas voir à tous ceux qui le désiraient. Charles Martel, fs du roi de Sicile et roi titulaire de Hongrie, vint à ce spectacle comme les autres ; et le roi Charles II, son père, vint le lendemain trouver le nouveau Pape à l'abbaye du Saint-Esprit, où il avait passé pendant la nuit, accompagné du cardinal Pierre Colonne. Ce monastère du Saint-Fsprit, près de Sulmone, était le chef de l’ordre fondé par Pierre de Mouron, suivant la règle de saint. Benoît, et approuvé vingt ans auparavant par saint Grégoire X.
Pierre de Mouron, ayant renoncé dès sa jeunesse à toutes les espérances du siècle, n’avait étudié ni le droit, ni les autres sciences, et il avait formé dans le même esprit les moines de sa nouvelle congrégation ; en sorte que c’étaient de bonnes gens rustiques et sans études. Il se défiait des cardinaux et de tout le clergé séculier, et se livra à des jurisconsultes laïques, dont il estimait l’habileté pour les affaires, mais peu instruits des matières ecclésiastiques, qui leur étaient nouvelles. Il écrivit aux cardinaux qui étaient à Pérouse, qu’ lui était impossible de les y aller trouver et de faire un si grand voyage dans les chaleurs de l'été, lui qui était avancé en âge et accoutumé au froid des montagnes, Il priait donc les cardinaux de venir jusqu’à la ville d’Aquila, et de lui faire savoir leur intention. Cependant il se rendit à cette ville nouvelle et encore peu habitée, n'ayant été fondée qu'environ quarante ans auparavant par l’empereur Frédéric JT. Le nouveau Pape y entra monté sur un âne, dont la bride était tenue à droite et à gauche par les deux rois de Sicile et de Hongrie. Cette humble monture fit souvenir les spectateurs de l’entré du Sauveur à Jérusalem. D’autres croyaient qu'il eût mieux fait de renfermer l’humilité dans son cœur, et de monter, suivant la coutume, un cheval richement enharnaché.
Pendant que le Pape attendait les cardinaux dans Aquila, il donna diverses charges à des hommes du pays, c’est-à-dire de l’Abruzze. et prit un laïque pour son secrétaire : ce qui parut une étrange nouveauté, Il fit vice-chancelier de l'Église romaine Jean de Castrocæli, qui, de moine et prévôt du Mont-Cassin, avait été élu archevêque de Bénévent, et confirmé par le pape Martin IV en 4282. Il savait la théologie et le droit canonique ; mais il était intéressé, et on lui attribua piusieurs fautes qu'ii fit faire au nouveau Pontife.
Cependant le Pape reçut une lettre des cardinaux, qui le priaient
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