‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 73 sur 97 · AR1 GLISE · texte numérisé non relu

AR1 GLISE

Cett fidèles vérités traditic

Det même et où 1 dition.

Dep la terr toutes d'où el

Dan vait d’ Noéét Ses do tes, qui Église nous r

Che figura l'unive

Liv, LXXVII, — De 1309 , il n'y en a point

tre Saturnin, avez.

empereurs ? — Ces rrompre; ainsi l'or. à

tt

rs, dit le même au emblées dars votre voir mes frères, — l'emporter. — Le Vous sommes Chré.

nous est impossible l’effusion de notre

S supplices, la souainsi que nous l'sla proclamèrent en nière. D’après cela, it l’ensemble de là > toutes les autres, rs, La loi naturelle raison et loi souveonserver parmi les >, et les disposer à compléter tout cet Les lois humaines, le la loi divine, soit pplications ne sont hformes à la raison

c suréminemment à même, le roi, le

le 3,

tout ; bien que imd parmi les nations u et des prophètes ; ispose toutes choses

886, 387. —1Summa ap., 6 et 7.

Cest lui cette lumière qui luit dans le monde et qui éclaire tout lomme venant en ce monde. La lumière ‘de l’homme, la raison de l'homme n’est qu’une perpétuelle icradiation de la lumière et de la raison divines.

C’est lui ce Verbe qui s'est fait chair et a demeuré parmi nous plein de grâce et de vérité, unissant et subordonnant en sa personne la terre au ciel, l'humanité à la divinité.

Ce qui s’est accompli dans l’homme-Dieu s’accomplira proportionnellement dans toutes les créatures. Tout doit être assujetti au

11311 de l’ère chr.]

D Christ, et, par le Christ, à Dieu son Père. Cette grande subordination

sera consommée lorsque, après avoir détruit toute principauté, toute puissance, toute force, le Christ se soumettra lui-même, avec son royaume, à Celui qui lui aura soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous 1.

Finalement, l'univers entier est une vaste théocratie, qui se forme dans le temps pour s’accomplir dans l'éternité.

ART. VI, — L'INTERPRÈTE INFAILLIBLE DE LA LOI DIVINE EST L'É- GLISE CATHOLIQUE.

Cette Église est en général la société de Dieu avec les intelligences fidèles, c'est-à-dire avec les intelligences qui croïent et professent les vérités que Dieu a révélées, et qu'il leur communique par voie de tradition.

De toute éternité elle subsistait en Dieu, ou plutôt était Dieu luimême ; société ineffable de trois personnes dans une même essence, et où l'être même se communique par une incompréhensible tradition.

Depuis qu’a commencé le temps, elle traverse les siècles, passe sur h terre pour associer à cette unité sainte, universelle et perpétuelle, toutes les créatures intelligentes, et retourner avec elles à l'éternité d'où elle est sortie.

Dans son premier état sur la terre , sous les patriarches, elle n’avait d'autre constitution extérieure que celle de la famille. Adam, Noé étaient les chefs ou papes naturels de l’Église en cette période. Ses docteurs étaient ces dmes saintes, ces amis de Dieu et ces prophè-

D (65, que la sagesse éternelle suscitait parmi les nations?. C'est là cette

Église des premiers-nés, avec lesquels l’Apôtre nous apprend que nous ne faisons qu'un en Jésus-Christ 5,

Chez les Hébreux, Dieu lui donra une constitution nativnale, et figurative d’une autre. plus comy ‘2, qui devait ramener l'unité et luniversalité nrimitives. Aaron et scs successeurs étaient les chefs

Sr

11 Cor., 15. — 2 Sap., 6 et 7. — 5 Hebr., 12.

388 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

divinement institués de cette Église typique. Plus tard, le Sauveur À

du monde établit en la société des fidèles une hiérarchie qui embrasse, non plus une famille isolée ni un peuple, mais tout le genre humain. Il lui donne Pierre pour chef à sa place. Pierre ou son successeur est, par l’ordre du Christ, ce qu'Adam et Noé étaient par l'ordre de la nature : le père commun de l'humanité entière,

C'est à l'Église ainsi constituée que la vérité même a dit : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre; allez donc, enseignez toutes les nations. leur apprenant à observer tout ce queje vous ai commandé, Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles 1. »

Par ces paroles, Jésus-Christ confère à son Église le pouvoir et le devoir d'enseigner, non-seulementles individus, mais les nations entières; non pas telle ou telle nation en particulier, mais toutes les nations de l'univers. Il lui confère le pouvoir ct le devoir de leur apprendre, non-seulement à croire les dogmes, mais encore à observer les préceptes suivant les temps et les circonstances ; non pas seulement tels ou tels préceptes qui regardent plus directement le culte divin , mais tout ce qu’il a commandé, tout ce qui intéresse la conscience, tout ce qui importe au salut éternel. Et afin que les plus scrupuleux fussent pleinement rassuré:, tant sur la manière dont l'Église enseignerait en général les commandements de Dieu que sur la manière dont elle en ferait chaque jour l'application pratique, Jésus-Christ a promis d’être avec elle, non-seulement pendant les premiers siècles ou à certaines époques, mais tous les jours, jusqu'à la consommation du monde.

Ainsi, l'application que l'Église fait de la loi divine aux temps et aux lieux, voilà, d’après la parole même de l’éternelle vérité, la

règle infaillible de conscience, et pour les individus, et pour les.

nations entières.

Pour plus d'assurance encore, et afin que le chrétien fidèle ne füt tourmenté d'aucun doute entre d'anciens et de nouveaux liens, le Fils de Dieu a dit expressément à son Église, en la personne de son chef : « Je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux 2. » Or, qui dit tout, n’excepte rien, ni pour les personnes, ni pour les choses. « Tout est soumis à

ces clefs, s’écrie Bossuet; tout, mes frères, rois et peuples, pasteurs k

et troupeaux ; nous le publions avec joie ; car nous aimons l'unité et nous tenons à gloire notre obéissance 3, »

1 Matth, 28. —? Matth., 16. — 3 Sermon sur l'unité de l’Église.

Don salut sont 8!

Dor avile le pre!

corde prince plein «

Por ou ref les do dire c pas u Des di droit :

torité préter En efi à auc vidus.

moqu vidus

uniqu pas. ( pas u devoi

Fir nulle lique,

Ma Elle r préte tifes €

son C

l'Éter

empi Ce

1Pr contra Cer!

col, 2

Av. LXXVII, — De 1300

s tard, le Sauveur | rchie qui embrasse, it le genre humain, son successeur est, ar l'ordre de la na-

me a dit : « Toute allez donc, enseirver tout ce que je s les jours jusqu'à

ise le pouvoir et le nais les nations enr, mais toutes les devoir de leur apencore à observer 'S ; non pas seuleirectement le culte ii intéresse la cont afin que les plus r la manière dont ïents de Dieu que plication pratique, ement pendani les s les jours, jusqu'à

ivine aux temps et ternelle vérité, la idus, et pour les.

rétien fidèle ne fût nouveaux liens, le a personne de son ux ; et tout ce que t ce que tu délieras dittout, n’excepte Tout est soumis à

: peuples, pasteurs ÿ

ous aimons l'unité

Eglise,

41311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 369

Donc, pour tout ce qui regarde la loi de Dieu, la conscience, le salut éternel, tout le monde, nations et individus, souverains et sujets, sont subordonnés au pouvoir de l'Église et de son chef. |

Donc encore, dans tout ce qui intéresse la conscience, la législation ivile est subordonnée à la législation de l'Église catholique. Aussi le premier axiome que pose M. de Marca, dans son livre De la Concorde du sacerdoce et de l'empire, c'est que les constitutions des princes et es lois temporelles contraires aux canons sont nulles de plein droit 1.

Pour échapper à cette conséquence, il faut de deux choses l’une : ou refuser à l'Église catholique le droit de décider en dernier ressort les doutes concernant la loi divine, la conscience, le salut; ou bien dire que la soumission à la puissance et à la loi temporelles n'est pas une chose qui concerne la loi de Dieu, le salut, la conscience. Des deux côtés on arrive à l'anarchie, à un état où il n’y a plus ni droit ni devoir connu. Car, si ce n’est pas à l’Église catholique, auborité incontestablement la plus haute qui soit sur la terre, à -interpréter définitivement la loi divine, ce droit n’appartient à personne. En effet, qui le refuse à l'autorité la plus grande, ne peut l'accorder à aucune, pas plus au prince ou à la nation qu’au dernier des invidus. S’il est permis, dans ces cas, au prince et à la nation, de se moquer de l'Église et de son chef, il est permis au dernier des individus de se moquer de la nation et du prince. Cette divine loi, unique source du devoir, sera pour l'homme comme si elle n'était pas. Que si la soumission à la puissance et à la loi temporelles n'est pas une chose qui intéresse la conscience, le salut, il n’y'a plus de devoir de s’y soumettre, iln’y a plus de droit, il n’y a plus de société.

Finalement, point de milieu : ou bien la société temporelle est nulle de plein droit, ou bien elle est subordonnée à l'Église catholique, apostolique et romaine.

Mais c’est là une vérité bien dure. Quel roi pourra l'entendre ? Elle révolta les empereurs idolâtres de Rome païenne, eux qui se prétendaient non-seulement empereurs, mais encore souverains pontifes et dieux. Trois siècles durant ils firent la guerre à l'Éternel et à son Christ, pour repousser le joug du Christ et de son Église. Mais l'Éternel s’est ri d'eux; mais son Christ les a brisés, eux et leur empire, comme un vase d'argile, sous les pieds des Barbares.

Cette subordination au royaume de Dieu sur la terre déplut gé-

‘ Primum est (axioma), constitutiones principum canonibus et decretis receptis

contrarias nullas esse jure ipso.

Certa est regula, non subsistere leges canonibus contrarias. Prolegom., p. 10, col, 9, edit, Baluzii.

390 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

néralément aux empereurs grecs de Constantinople. Peu s'y sou- | mirent avec sincérité; la plupart ne le firent que d'une manière asty. |

cieuse, ou s’y refusèrent ouvertement, se prétendant eux-mêmes, sinon dieux, au moins souverains pontifes. Nous avons vu l’empereur Nicéphore, pour justifier son mariage adultère, faire déclarer par un conciliabule de prélats courtisans que l'empereur était au-dessus des lois divines. Les Grecs de Constantinople seront et de nom et de fait le bas-empire, jusqu'à ce qu'il disparaisse sous le cimeterre des Mahométans.

En Allemagne, Frédéric Barberousse et les empereurs de sa race et de son caractère se prétendaient la loi vivante et souveraine , de qui émanent tous les droits particuliers des peuples et des rois. En conséquence, ils ne voulaient point de la loi divine interprétée par l'Église de Dieu. Par leur force, léur adresse et leur activité, ils comptaient prévaloir contre cette Église et contre la pierre sur qui elle est bâtie. Ils ont fini par se briser contre, eux et toute lewr race.

En France, nous allons voir un petit-fils de saint Louis, oubliant les leçons et les exemples de son aïeul, oubliant surtout les leçons et les exemples de Charlemagne, qui se disait et se montrait le dévot

défenseur de la sainte Église et l’auxiliaire du Siége apostolique en à

toutes choses, nous verrons Philippe le Bel, marchant sur les traces des Allemands et des Grecs du bas-empire, insulter l’Église dans son chef. Et nous verrons en peu d'années Philippe le Bel disparaitre avec toute sa postérité. Et la France, qui, au lieu d’expier l’iniquité de son roi, en augmentera les suites funestes, nous la verrons livrée aux Anglais et sur le point de devenir province anglaise, lorsque Dieu, dans sa miséricorde, enverra une vierge de Lorraine, qui rendra la France aux Français.

Ce qui, principalement, égara et perdit Fredéric Barberousse et Philippe le Bel, ce furent ce qu’on appelle des légistes, des hommes qui étudient les lois, mais les lois purement humaines, surtout les lois de Rome païenne, où les césars étaient à la fois empereurs, souverains pontifes et dieux, et par suite la loi unique et suprême. Plus ou moins imbus de cette idoltrie politique, les légistes faisaient entendre à chaque prince qu’au lieu d’être soumis à la loi de Dieu interprétée par l'Église, il était lui-même la loi vivante et souveraine des autres; regardant ainsi comme non avenue et l'autorité de l'Église catholique, et la souveraineté du Christ sur la terre ; ramenant ainsi et justifiant en principe, tout à la fois, et-la plus effroyable tyrannie et la plus efiroyable anarchie. Car, si la loi de Dieu, {si l'Église du Christ qui l'interprète, n’est de rien pour les rois, elle ne sera de rien pour les

à 1314 € peuple:

loi que

Aus:

| blables

et les :

roi, tot l'huma l'Église On ne même faits, 0 bien, € Grecs, chican maine.

turalis une ir l'histoi consol Ain:

pensio trer ex yen & d'hon suivan vent, ( milieu

son fil cette s'était qu'il | les él Il fut

Saint sonne d'une tion e riaux

des R

Liv. LXXVIT. — De 1300 nople. Peu s'y sou-

d'une manière astu. !

endant eux-mêmes, vons vu l’empereur , faire déclarer par eur était au-dessus ont et de nom et de jus le cimeterre des

apereurs de sa race > et souveraine, de les et des rois. En ine interprétée par et leur activité, ik re la pierre sur qui eux et toute leur

int Louis, oubliant

surtout les leçons e montrait le dévot ége apostolique en chant sur les traces er l’Église dans son le Bel disparaitre | d’expier l’iniquité IS la verrons livrée e anglaise, lorsque Lorraine, qui ren-

ric Barberousse et istes, des hommes nes, surtout les lois ereurs, SOUVErains ne. Plus ou moins saient entendre à ieu interprétée par ne des autres; re- Église catholique, ainsi et justifiant yrannie et la plus lise du Christ qui a de rien pour les

peuples, elle ne sera de rien pour personne : chacun n’aura d'autre loi que soi-même.

Aussi peut-on remarquer dès lors, parmi les légistes et leurs sembables, un certain bas-empire des intelligences ; bas pour les idées

Lot les sentiments ; ne voyant que la matière, que l'individu, que le

roi, tout au plus un peuple particulier, mais point l'humanité entière, l'humanité régénérée en Dieu par le christianisme, et s'avançant dans l'Église catholique vers l'humanité parfaite et triomphante au ciel. On ne voit rien, on ne veut rien voir de tout cela ; on ne veut pas même le laisser voir aux autres. Pour cela, on altère, on déguise les hits, on les fausse par des interprétations malignes. On dissimule le bien, on relève et on exagère le mal. On dirait que le bas-empire des Grecs, avec sa bassesse d'idées et de sentiments, avec son esprit de chicane, de duplicité, mais surtout à’antipathie contre l'Église ro.maine, a passé de Constantinople en Occident, et s’y est comme naturalisé parmi les écrivains des trois derniers siècles. C'est comme une invasion de barbarie savante, qui ne laisse apparaitre dans l'histoire que des querelles, des guerres, des ruines, sans rien qui console ou édifie l’Ame du lecteur chrétien.

Ainsi, quand nous arrivâmes à l’époque de Boniface VIII, nous pensions, d’après l'idée que généralement on s’en forme, y rencontrer excessivement peu de saints. Or, en y regardant de près, nous yen avons trouvé plus de quarante, que l'Église honore ou permet d'honorer d’un culte publie. Nous en verrons l’histoire dans le livre suivant. Ce qui prouve une fois de plus, ce qu'on oublie trop souvent, que l'Église de Dieu, dans la guerre comme dans la paix, au milieu des troubles et des révolutions politiques ou autres, arrive toujours à son but, la sanctification des âmes.

En Allemagne, après la mort du roi des Romains ou empereur élu, Rodolphe de Habsbourg, arrivée au mois de septembre 1291, son fils Albert, duc d'Autriche, comptait être élu à sa place, et, dans tte confiance, s'était emparé des ornements royaux. Mais comme il s'était montré assez dur envers ses sujets d'Autriche et de Styrie, et qu'il paraissait disposé à se montrer de même sur le trône impérial, les électeurs donnèrent la préférence au comte Adolphe de Nassau. Il fut élu le 1er mai 1299, et couronné à Aix-la-Chapelle le jour de la Saint-Jean-Baptiste, 24° de juin. Adolphe était brave de sa personne; mais il n’était ni riche ni soutenu par sa parenté, quoique d’une ancienne famille. Albert, embarrassé d’une première insurrection en Suisse, reconnut Adolphe, lui envoya les ornements impériaux, et consentit à lui faire hommage de ses fiefs. Le nouveau roi des Romains, cherchant partout des ressources à son peu de riches-

392 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

ses, se mit d'abord à la solde de l'Angleterre contre Philippe le Bel, et se fit payer par Édouard Ier cent mille livres sterling de subside, L'Allemagne vit de mauvais œil que son chef se mit au rang des mercenaires, Adolphe fit un autre marché : il acheta la Thuringe du landgrave Albert le Dénaturé, qui avait pris en aversion ses fils légi. times. Cette transaction révolta contre Adolphe une partie de l'Alle. magne, entre autres l'archevêque Gérard de Mayence, son parent et qui avait principalement contribué à l’élever sur le trône. La Thu. ringe se déclara pour les jeunes princes dépouillés. Adolphe se vi

«engagé dans une guerre qui dura cinq ans; il ne parvint jamais } soumettre les peuples qu’il prétendait avoir achetés, et, contraint de tolérer les excès de ses troupes, qui ne le servaient qu'à regret et dont il fallait vaincre la répugnance par le pillage, il acheva de sa. liéner tous ses partisans.

L'an 19298, trois des électeurs, savoir : l'archevêque de Mayence, le duc de Saxe et le margrave de Brandebourg, voyant que le roi Adolphe ne voulait pas suivre leurs conseils dans le gouvernement du royaume, résolurent de le déposer et d'appeler Albert, duc d'Autriche, qui, dans l'intervalle, s'était montré plus humain. Par leur conseil, Albert envoya à Rome solliciter auprès du Pape la déposition d'Adolphe, comme incapable de l'empire ; mais Adolphe y envoya aussi de son côté, et le pape Boniface VIII déclara à ses envoyés qu’il n’aurait point d'égard aux poursuites d'Albert ni des électeurs, et ajouta : Dites hardiment au roi qu’il n’a qu’à venir, et je le sacrerai empereur.

Cependant la veille de Saint-Jean, 23me de juin 1298, les trois électeurs étant à Mayence, assemblèrent le peuple au son des cloches, et vinrent à l’église, où, se tournant vers l'autel, ils dirent avec serment : L'empire étant vacant il y a six ans, nous élûmes ca noniquement pour roi des Romains Adolphe de Nassau, n’en connaissant point alors de plus digne. D'abord il s’est gouverné sagement ; mais, peu de temps après, il a suivi de mauvais conseils, et se trouve destitué de richesses et d'amis, outre plusieurs autres défauts. Nous l'avons fait savoir au Pape, lui demandant le pouvoir de le déposer et d'en élire un autre. On nous a dit que nos envoyés l'ont obtenu, quoique les envoyés d’Adolphe disent qu'il l’a refusé. Donc, par l'autorité qui nous a été donnée, nous déposons Adolphe Comme incapable, et nous élisons pour roi des Romains le seigneur Albert, duc d'Autriche. Ensuite on chanta le Te Deum 1.

Albert cependant s’avançait avec une armée, pour se faire recon-

1 Annal, Colmar. Apud Raynald., 1298, n, 12 et seqq.

CREILE

naître.

Ils se 1 fignit l'attaq qu'au mais il cette v mains et cou même porain nelle a que le et de f Bon teurs € une le rain, € Adolpl fait éli bataill exemp sans a] de se { cer à € qu'ap] roi de; est inc les lie:

des Re ment se pur Adolp le Sa ce qu aux él roi de et nou porell

Liv, LXXVIT, — De 1399

atre Philippe le Bel sterling de subside, se mit au rang des heta la Thuringe du version ses fils légi.

ine partie de l'Alle.

ayence, son parent, ir le trône. La Thu.

lés, Adolphe se vit ne parvint jamais } tés, et, contraint de aient qu’à regret ct e, il acheva de s'a.

vêque de Mayence, , Voyant que le roi ns le‘gouvernement r Albert, duc d'Auhumain. Par leur du Pape la déposinais Adolphe y enclara à ses envoyés rt ni des électeurs, enir, et je le sacre.

in 1298, les trois euple au son des s l’autel, ils dirent s, nous élûmes ca- Nassau, n’en const gouverné sageauvais conseils, et plusieurs autres andant le pouvoir it que nos envoyés nt qu’il l’a refusé.

déposons Adolphe mains le seigneur eum À.

ur se faire recon-

à1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 303

naltre. Adolphe s’avançait, de son côté, avec de plus grandes forces. Ils se rencontrèrent près de Spire. Pour affaiblir son rival, Albert fignit la retraite : Adolphe le poursuivit avec peu de monde ; Albert l'attaque avec une troupe d'élite, à laquelle il ordonne de ne viser qu'au roi. Adolphe, ayant été blessé, fond néanmoins sur Albert ; mais il est tué de sa main, suivant un bruit qui courut alors. Après œtte victoire, Albert se rendit à Francfort, où il fut élu roi des Romains par tous les électeurs, la veille de Saint-Laurent, 9me d'août, et couronné à Aix-la-Chapelle, le jour de la Saint-Barthélemy, 24 du même mois. Élu de cette manière roi d'Allemagne, dit un contemporain, Ptolomée de Lucques, Albert envoya une ambassade solennelle au pape Boniface VII, le priant de confirmer son élection ; ce que le Pape refusa d'abord, en alléguant beaucoup de raisons de droit et de fait, et assurant que cette élection était nulle {.

Boniface VII écrivit en effet le 13me d'avril, l’an 4501, aux électurs de l'empire, en particulier aux trois électeurs ecclésiastiques, une lettre où il relève d’abord l'attentat d'Albert contre son souverain, et dit : Albert, duc d'Autriche, après avoir fait hommage-lige à Adolphe, roi des Romains, du vivant de ce prince, s’est révolté, s’est fait élire roi de fait, ne le pouvant de droit, a fait la guerre et livré bataille au roi, son seigneur, qui y a été tué. Après quoi, par un exemple bien pernicieux, et pour le scandale d’un grand nombre, sans approbation ni nomination du Siége apostolique, il n’a pas craint de se faire élire de nouveau roi de fait des Romains, et de commencer à en exercer les fonctions, surtout en Allemagne. Or, c’est à nous qu'appartient de droit d'examiner la personne de celui qui est élu roi des Romains, de le sacrer et de le couronner, ou de le rejeter s’il es: indigne. C’est pourquoi nous vous ordonnons de Génoncer dans les lieux où vous le jugerez expédient, qu’Albert, qui se prétend roi des Romains, comparaisse devant nous par ses envoyés, suffisamment autorisés et munis des pièces justificatives de ses droits, pour se purger, s’il le peut, du crime de lèse-majesté commis contre le roi Adolphe, et de l’excommunication qu’il a encourue en persécutant le Saint-Siége et les autres églises, et pour faire sur tous ces points ce que nous lui prescrirons. Autrement, nous défendons étroitement aux électeurs et à tous les sujets de l'empire de le reconnaitre pour roi des Romains, nous les déchargerons de leur serment de fidélité, et nous procéderons contre lui et ses fauteurs spirituellement et temporellement, comme nous jugerons à propos.

En conséquence de cet ordre du Pape, les trois électeurs ecclé-

1Raynald, 1298, n, 14.

394 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXVII, — De 1300

siastiques, vers la Saint-Michel, c'est-à-dire à la fin de septembre, cette année 1304, appelèrent Rodolphe, duc de Bavière et comte pa latin, pour procéder contre Albert d'Autriche ; car ils prétendaient que, selon la coutume, le comte palatin du Rhin était le juge des instances formées contre le roi des Romains; et, de fait, cela w trouve dans le code de l’ancien droit germanique. Ils accusèrent done Albert d'avoir tué le roi Adolphe, son seigneur, et, par conséquent, d’être indigne de régner, et ils songeaient à le déposer. Albert, irrité de cette procédure, fit la guerre aux trois archevêques électeurs, qui enfin s'accommodèrent avec lui 1.

En même temps, il envoya des ambassadeurs à Rome, non pour implorer le jugement du Pape, mais sa miséricorde, offrant toute.

. . \ de fois de donner des preuves de son innocence, et se montrant prêt à M

faire tout ce qu'il plairait au Saint-Siége, Les ambassadeurs étaient chargés de lettres patentes, qui portaient en substance ce qni suit: Je reconnais que l'empire romain a été tranféré par le Siége apostolique des Grecs aux Germains, en la personne de Charlemagne, que le droit d’élire le roi des Romains destiné à être empereur a été accordé par le Siége apostolique à certains princes ecclésiastiques et séculiers ;'que les rois et les empereurs reçoivent du Siége apostolique la puissance du glaive matériel ; que les rois des Romains qui doivent être promus empereurs sont agréés par le même Siége, principalement et spécialement pour être les avocats et les principaux défenseurs de la sainte Église romaine et de la foi catholique. Vient ensuite le serment de fidélité au Pape et la confirmation de toutes les Promesses et doations faites par Rodolphe et les empereurs, ses prédécesseurs. Albert confirma aussi les concessions faites par l'empereur Louis le Débonnaire et le roi Otton. Il promit de défendre les | droits du Saint-Siége contre tous ses ennemis, quels qu’ils soient, rois ou empereurs ; de ne faire avec eux aucune alliance, de leur faire, au contraire, la guerre, si le Pape l'ordonne ?.

Boniface se laissa donc fléchir, et fit expédier une bulle en date du 30e d'avril 1303. Après y avoir fait un grand éloge de Rodolphe de Habsbourg, exposé l'élection, les démarches et les promesses d'Albert, son fils, il conclut : Pour la gloire 45 D'eu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, de la bienheureuse Marie, toujours vierge, et des bienheureux apôtres Pierre et Paul; pour l'honneur et l'exaltation de la sainte Église romaine et de l'empire romain, et pour l'état prospère du monde ; de l'avis de nos frères, en présence d’une grande multitude de prélats et d’autres officiers de

spud Raynald., 1301, n. 1 et seqq. ; 1302, n. 18 — 2Raynald, 1308, n. 9.

la cour, apostol hdite É

promu vous 80 que tou est coul Saint-S électior Ces € rien de quatorz L'empe droit il qu'il ét avait ét success le Pont mais q1 lion, m glise, d ensuite constar près ce condui Albe dur. Il Ayant { lande e porta € de sar attaque tôt apr parvint lui fair nouvel puissai ple de D’af de Sca

Ray

Liv, LXXVIL. — De 130

a fin de septembre Bavière et comte pa.

car ils prétendaient in était le juge des et, de fait, cela x . [ls accusèrent donc et, par conséquent, poser. Albert, irrité êques électeurs, qui

à Rome, non pour orde, offrant toute. À

se montrant prêti M

nbassadeurs étaient stance ce qi suit:

par le Siége apoe de Clrarlemagne, ètre empereur a été :s ecclésiastiques et du Siége apostolis des Romains qui même Siége, prinset les principaux i catholique. Vient nation de toutes les les empereurs, ses ons faites par l'emmit de défendre les | uels qu'ils soient, e alliance, de leur

une bulle en date éloge de Rodolphe et les promesses & ‘en tout-puissant, > Marie, toujours l; pour l'honneur l'empire romain, os frères, en préutres officiers de

nald, 1303, n. 9.

à 1311 de l'ère chr.] heour, de l'autorité apostolique et de la plénitude de la puissance

ipostolique, nous vous recevons pour notre fils spécial et celui de hdite Église, et vous prenons pour roi des Romains, devant être promu empereur par l'autorité de Dieu; voulons et statuons que vous soyez tel désormais, que tel vous soyez reconnu par les autres, que tous les sujets du saint empire romain vous obéissent, comme il est coutume d'obéir aux légitimes rois des Romains approuvés par le Saint-Siége, suppléant tout ce qui pourrait être défectueux dans votre élection, couronnement et administration !.

Ces documents sont bien remarquables, mais ils ne contiennent rien de nouveau ; car ce que l’empereur Albert I‘ proclame dans le quatorzième siècle, l’empereur Louis IT le proclamait dès le neuvième. L'empereur Basile de Constantinople lui ayant demandé par quel droit il portait le titre d’empereur des Romains, Louis lui répondit qu'il était reconnu empereur par les rois, ses oncles, non parce qu'il avait été élu par son père, ou que cette dignité lui appartint par droit de succession, mais parce qu'il avait été élevé à la dignité impériale par le Pontife romain ; que ce titre n’était pas nouveau dans sa famille, mais que son bisaïeul Charlemagne l'avait déjà eu, non par usurpalon, mais par l'autorité du souverain Pontife et le jugement de V'Église, de laquelle sa famille avait reçu d’abord l'autorité de la royauté et ensuite celle de l'empire 2. Tel fut done, pendant six siècles, le droit constant de l'Église romaine touchant l'empire d'Occident. C'est d’après ce droit, si l’on veut être juste, qu'il faut examiner et juger la conduite des Papes, des empereurs et des peuples.

Albert d'Autriche était bon père et bon époux, mais un maître dur. IL eut vingt-un enfants de sa femme Élisabeth de Carinthie. Ayant triomphé d'Adolphe de Nassau, il attaqua ia Hollande, la Zélande et la Frise, les réclamant comme des fiefs de l'empire. Il se porta ensuite contre les Hongrois, pour les forcer à recevoir un roi de sama ison et de la main du Pape. Il pénétra en Bohème pour ÿ attaquer Wenceslas, qui était en même temps roi de Hongrie. Bientôt après, ce fut la Bohème elle-même dont il voulut s'emparer. Il parvint à faire élire par les états du royaume son fils Rodolphe, et à lui faire épouser la veuve de Wenceslas. Dans le même temps, il renouvela contre la Thuringe les entreprises d’Adolphe. Mais enfin sa puissance et celle de sa maison viennent échouer contre un petit peuple de pâtres.

D’après une vieille tradition, il y eut autrefois dans un royaume de Scandinavie une grande famine. Pour ne pas périr tous, les ha-

1Raynald, 1308, n. 2. — 2 Baron., an 871, n. 58 et seqq.

396 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVII, — De 139

bitants résolurent que chaque dixième d'hommes, désigné par le Sort, émigrerait avec sa femme, ses enfants et ses troupeaux. Six milk combattants partirent ainsi, on ne sait à quelle époque, pour alle se faire une patrie ailleurs. Ils s'arrétèrent dans les vallées de l'an. tique Helvétie. Pasteurs de troupeaux au milieu des montagnes, long. temps ils n’eurent point de ville. Devenus chrétiens, ils eurent une église, une bourgade se forma autour ; ils lui donnèrent leur propre nom de Schwitz ou Suisse, qui, avec le temps, et nous verrons pour. quoi, est devenu le nom propre de l'Helvétie entière. Les Suisses donc,

s'étant multipliées, multiplièrent leurs églises et leurs tribunaur, À

Chacune des vallées de Schwitz, d'Uri, d'Unterwald fut indépendant quant à ses propres affaires; mais, vis-à-vis de l'étranger, ces trois peuplades n’en faisaient qu’une. Telle est l'antique origine de la confédération suisse.

Libres et indépendantes, ces peuplades choisirent spontanément, en 1240, la protection de l’empereur et de l'empire, ainsi que le té. moigne Frédéric II dans un de ses diplômes. Comme l’empereur était souvent très-loin, elles avaient la coutume de confier, pour plus ou moins d'années, le protectorat spécial de leur pays au comte de Lenzbourg : c'était à cause des guerres privées, alors si fréquentes. Mais rien de considérable ne se faisait sans la commune ou Corporation de tous les habitants, tant libres que censitaires. La commune élisait les magistrats civils; la justice criminelle se rendait au nomde l'empereur, mais publiquement et dans le pays. Ainsi, quoique libre et indépendant, ce peuple de pâtres était dans des relations très-diverses avec l’empereur, avec des seigneurs, des évêques, des abbayes, notamment celle d'Einsidlen.

Au milieu du treizième siècle, le comte Rodolphe de Habsbourg était le protecteur lihrement élu de ces Suisses primitifs. Devenu roi, illes remercia publiquement de leur loyal attachement, et les assura qu'il maintiendrait toujours leurs droits et leurs libertés, et il tint parole. Aussi lui furent-ils toujours dévoués. Il n’en fut pas de même de son fils Albert. Il avait de bonnes et grandes qualités, mais il aspirait au pouvoir absolu ; il n’entendait pas que les libertés des cités et des provinces y missent des bornes; puissant et riche, il Poursuivait ses ambitieux desseins avec une raideur implacable ; tel il se montra dès le commencement en Autriche et ailleurs. Le sentiment général qu’il provoqua fut la crainte et la haine, quand, à la mort de son père, il prit l'administration de ses pays héréditaires en Helvétie. A ces nouvelles inquiétantes, les trois cantons de Schwitz, d'Uri et d'Unterwald renouelèrent leur ancienne confédération, et résolurent entre autres de n'admettre dans leurs vallées aucun juge

11311 dé

d'obéir dynasti eun ar père et roi aim victoire neur d libres € bien et nous u éternel y perse confirr lis e au roi Albert pour « avec u lation succès teur d nes e paysa devan qui ét

8, désigné par le sont, roupeaux. Six milk > époque, pour allr s les vallées de l'an.

les montagnes, longtiens, ils eurent une onnèrent leur propre t nous verrons pour.

re. Les Suisses done,

et leurs tribunaux

ald fut indépendante l'étranger, ces trois ue origine de la con.

sivent spontanément pire, ainsi que le té.

Comme l’empereur de confier, pour plus I pays au comte de alors si fréquentes.

ommune ou COrpotaires. La commune se rendait au nom de Ainsi, quoique libre les relations très-di- S évêques, des ab-

Iphe de Habsbourg rimitifs. Devenu roi, ement, et les assura s libertés, et il tint IL n’en fut pas de indes qualités, mais que les libertés des issant et riche, il eur implacable; tel et ailleurs. Le senhaine, quand, à là ays héréditaires en antons de Schwitz e confédération, et vallées aucun juge

L L] Loyd [Liv, LXX VII, De 1349 11311 de l’ère chr.]

qui ne fût habitant du pays ou qui eût acheté sa charge. Le roi Adolphe contirma les libertés des Suisses, qui, en retour, lui jurèrent

fdélité. Ils furent effrayés quand ils apprirent sa mort funeste, l’ap-

poche du nouveau roi des Romains, et les attaques de ses partisans

ontre leurs adversaires.

Occupé d’arrondir et d'agrandir ses possessions héréditaires en Helvétie, et regardant les libertés des trois cantons comme un obacle à son dessein, Albert leur envoya dire qu’il leur serait avantagux, à eux et à leurs descendants, de se Soumettre à la protection perpétuelle de la maison royale : toutes les villes et contrées voines, les avoueries de presque tous les couvents qui avaient des biens et des gens parmi eux, et tout ce que Kibourg et Lenzbourg possédaient dans les trois cantons, étaient au roi ; il leur était impossble de résister à sa majesté et à sa belliqueuse armée, mais le roi aimerait à les voir enfants chéris de sa maison ; il était le petit-fils de leurs anciens avoyers de Lenzbourg, le fils du roi Rodolphe, un puissant seigneur, auquel il était également nécessaire et honorable d'obéir : s’il leur offrait la perpétuelle protection de sa glorieuse dynastie, ce n’est pas qu'il convoitât leurs troupeaux, ou voulût auen argent de leur pauvreté, mais parce qu’il avait appris de son père et des anciennes histoires quel vaillant peuple ils étaient ; le roi aimait beaucoup les braves ; il serait bien aise de les mener à la victoire, de les enrichir par le butin, et d'introduire parmi eux l'honneur de la chevalerie et des fiefs. Au message, les nobles, les hommes libres et tout le peuple des trois vallées répondirent : Nous savons bien et nous nous souviendrons toujours combien le feu roi a été pour nous un bon capitaine et avoyer, et nous en garderons à sa race un éternel souvenir, mais nous aimons l’état de nos ancêtres et voulons y persévérer ; nous prions, en conséquence, le roi de vouloir bien le confirmer comme son père.

lis envoyèrent un baron du pays porter cette réponse, avec prière au roi de confirmer leurs libertés et de leur envoyer des gouverneurs. Albert envoya Gesler et Landenberg, avec quelques autres, plus faits pour exciter la haine que l’amour. Les moindres délits furent punis avec une rigueur excessive, les péages augmentés, et souvent l'exporlation défendue. Les Suisses en tirent des plaintes au roi, mais sans succès. Ce qui les blessait encore davantage, c'était l’insultante hauteur des gouverneurs et de leurs gens. Les familles les plus anciennes et les plus honorables du pays étaient appelées noblesse de paysans. Un jour Gesler, passant à Stein dans le pays de Schwitz, devant la maison de Werner, homme riche et considéré, et la voyant qui était élégamment bâtie, avec de nombreuses fenêtres , avec des

398 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

noms et des devises peintes, dit en présence de Werner même : Peut-on souffrir que des paysans soient bien logés ! Au même pays de Schwitz, le commandant d’une forteresie fit violence à la fille d'un villageois ; il fut tué par les frères de i: fille. Un autre, ayant voulu faire la même chose à une femme, fut tué par le mari. Avant que Gesler püût tirer vengeance de ces faits, Werner de Stein, éveillé par sa femme sur les dangers qui le menaçaient, alia trouver à Uri son ami Walther. Il trouva chez lui un jeune homme, réfugié d’Unterwald ; son nom était Arnold. Pour une petite chose qu'il avait faite, le gouverneur Landenberg lui avait confisqué deux bœufs des plus beaux. Comme son vieux père déplorait cette perte, le valet du gouverneur dit que, si les paysans voulaient manger du pain, ils n'avaient qu’à tirer la charrue eux-mêmes. A ce mot, le sang monta à la tête d'Arnold ; d’un coup de bâton, il rompit un

doigt au valet. Voilà pourquoi il était caché chez Walther, Pendant |

ce temps, le gouverneur avait fait crever les yeux à son vieux père, Les trois hommes, après s'être consultés, tombèrent d'accord qu'il

valait mieux mourir que de supporter un pareil joug. Ils résolurent

de se trouver de nouveau ensemble, durant la nuit, dans une prairie sur le bord du lac de Lucerne, chacun avec dix hommes de confiance, pour délibérer sur l'affranchissement de leur pays.

C'était au mois de novemhre 1307, dans la nuit du mercredi avant la Saint-Martin. Werner, Walther et Arnold arrivèrent à la prairie, chacun de son côté, avec dix hommes de leur pays. Là ils convinrent des articles suivants : Nul ne fera rien dans ces affaires d'après ses propres idées, nul n’abandonnera l’autre ; nous voulons vivre et mourir dans cette amitié et alliance ; chacun dans sa vallée, et d'après l’avis commun, maintiendra dans les antiques droits de leur iiberté le peuple innocent qu’on opprime, de telle sorte que tous les Suisses pourront à jamais jouir de cette alliance et amitié ; ils n’enlèveront aux comtes de Habsbourg quoi que ce soit, ni de leurs biens, ni de leurs droits, ni de leurs gens ; les gouverneurs, leur parti, leurs valets, leurs soldats ne perdront pas une goutte de leur sang ; mais la liberté que nous avons reçue de nos ancêtres, nous voulons la conserver et la transmettre à nos descendants. Ces articles étant convenus, Werner, Walther et Arnold levèrent leurs mains au ciel, et jurèrent, au nom de Dieu, de les maintenir'courageusement ensemble. Ce qu’entendant, les trente confédérés, parmi eux un gentilhomme, levèrent chacun la main et firent le même serment devant Dieu et ses saints. Ils étaient d'accord sur la manière d'exécuter leur résolution ; chacun s’en retourne dans sa cabane, garda le silence et fit hiverner le bétail,

soit man expérim élever e le chape De nos } Tous les refusa.

ide flèch

Guillaur une seCO percer, | kfitenc hors du prairie € d'englot bile mai tempête qu'on n pied le k Schwitz sait dan une flèc l'année lume Ala] montai Ini avai.

haut vi firent pi divent n lorsque pour al des vea:

lui offri montag homme

— dans de

1 Jean

Av. LXXNVII. — De 1309

le Werner même : s ! Au même pays t violence à la fille e. Un autre, ayant par le mari.

s faits, Werner de e menaçaient, alia un jeune homme, ir une petite chose ait confisqué deux plorait cette perte, ulaient manger du nes. À ce mot, ton, il rompit un Walther. Pendant | à son vieux père,

ent d'accord qu'il R

>ug. [ls résolurent it, dans une prairie nmes de confiance, s.

du mercredi avant vèrent à la prairie, ays. Là ils convinces affaires d’après S voulons vivre et sa vallée, et d’as droits de leur iisorte que tous les amitié ; ils n’enlèni de leurs biens,

‘s, leur parti, leurs

le leur sang ; mais

Jus voulons la con-

icles étant conve-

ins au ciel, et ju-

sement ensemble,

un gentilhomme,

nt devant Dieu et

cuter leur résolu-

da le silence et fit

11311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 399

Cependant il arriva que le gouverneur Gesler fut tué par Guilhume Tell, du pays d'Uri, beau-fils de Walther et l’un des conjurés. Voici comme la chose est communément racontée. Le gouverneur, sit manie de tyran , soit qu’il eût vent de quelque complot, voulut apérimenter qui supportait plus impatiemment sa domination. Ilfit élever en public, par manière d’étendard, un chapeau, probablement l chapeau ducal d'Autriche, comme emblème de la souveraineté. De nos jours, et en France, on érigea à même fin un bonnet te Tous les passants devaient lui rendre hommage. Guillaume Tell s’y refusa. Le gouverneur le fit arrêter et l’obligea d’abattre d'un coup

| de flèche, et d'assez loin, une pomme placée sur la tête de son fils.

Guillaume l’abattit heureusement. Mais le gouverneur lus apercevant ue seconde flèche, demanda ce qu’il en voulait faire. C’est pour t'en percer, répondit-il, si j'avais eu le malheur de tuer mon fils. Gesler kfitenchaîner, et, contrairement au droit des cantons, l’'emmena hors du pays, par-dessus le lac de Lucerne ; mais, à la hauteur de la prairie où la conjuration avait pris naissance, un ouragan menaça d'engloutir le bateau. Comme Guillaume Tell était connu pour habile marinier, Gesler lui fit ôter ses chaînes. Fos effet, malgré la tempête, il vint à bout d'amener le bateau près d’une plate-forme, qu'on nomme encore aujourd'hui le Saut de Tell. Là, repoussant du pied le bateau, il s’élança sur le rivage, et traversa L territoire de Schwitz. Gesler eut aussi lebonheur d'échapper ; mais comme il pasait dans un chemin creux pour gagner Kusnach, fell lui décocha une flèche dont il mourut sur-le-champ. Ainsi se termina, en Suisse, l'année 1307. Une chapelle a été bâtie à la place où habitait Guil- Tell 1, pr a ire heure de l’an 1308, un jeune homme d'Unterwald montait dans le château de Rozberg par une corde qu'une servante hi avais tendue de sa chambre. Le jeune homme tira de même en haut vingt patriotes qui attendaient dans le fossé. Les jeunes gens frent prisonniers le commandant, sa famille et quatre valets, se rendirent maîtres de la porte et gardèrent le silence. De grand matin, lorsque à Sarnen le gouverneur Landenberg descendait du château pour aller à la messe, il rencontra vingt hommes d Unterwald avec des veaux, des chèvres, des agneaux, des poules et des lièvres, qu'ils lui offrirent en cadeau de nouvel an, suivant l'antique usage des montagnes. Le gouverneur, fort satisfait de leurs étrennes, dit aux hommes de les porter au château. Lorsque les vingt furent au de-

L dans de la porte, l’un d'eux donna du cor; aussitôt chacun tira de

1 Jean de Muller, Hist, de Suisse, t. 2, en allemand, Reutling, 1824.

400 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXVIL. — De 130 B

son sein un fer qu’il mit au bout d’un bâton pointu ; trente compagnons s’élancèrent de la forét voisine dans le château » et tous en. semble en firent les habitants prisonniers. Alors ils donnèrent le signal, qui mit en mouvement tout le pays d'Unterwald pour Je maintien de la liberté. Les signaux se répétèrent d’une montagne à l'autre. Les hommes d’Uri s’emparèrent du château de Gesler ; ceux de Schwitz, sous la conduite de Werner de Stein, s'emparèrent d’un autre. Pas une goutte de sang ne fut versée, pas un droit de sei. gneur méconnu. Lorsque le gouverneur Landenberg, qui s’enfuit de l'église, fut atteint, on l’obligea de jurer qu’il ne remettrait pas les pieds en Suisse. Il alla trouver le roi Albert, Le dimanche suivant, les Suisses se rassemblèrent et jurèrent de nouveau leur antique alliance.

Au printemps, le roi Albert s’avançait avec une puissante armée: il interdit toute communication avec les trois cantons de Schwitz, d'Uri et d’Unterwald ; il était résolu à les punir comme il avait puni d'autres peuplades. Mais autour de sa personne se formait une con-

juration plus funeste que celle des pâtres de la montagne. Jean était |

avec lui, le fils unique de son frère cadet Rodolphe, mécontent de ce que, quoiqu'il fût majeur, Albert différait de lui donner sa part à l'héritage de Habsbourg et aux communs fiefs ; pour le satisfaire , le roi voulait conquérir d’abord une contrée lointaine en Saxe. Le duc Jean demanda plusieurs fois, mais en vain, les pays que son père administrait sous l’ancien roi. Irrité de ces refus, il résolut, avec quatre seigneurs de ses amis, de tuer le roi Albert.

Un jour qu'ils avaient fixé passa, faute d'occasion ou de résolution. Un des conjurés eut des remords de conscience et se confessa ; sa pénitence fut d’avertir le roi. Albert, dans la persuasion que son neveu voulait lui faire peur, écouta l'avis froidement et sans y croire.

Le matin du 4er mai, après la messe, Jean supplia l'électeur de Mayence et l’évêque de Constance de parler à Albert pour son héritage. Le roi le fit venir, et lui promit pour un temps indéterminé. En même temps, il tâcha, par l'électeur de Mayence, à le persuader d'attendre que la guerre prochaine de Bohême füt terminée, Le Jeune homme se tuf, son cœur était ulcéré ; il s’en alla murmurant. On se mit à table. Un page apporta des couronnes. Albert se leva, fit le tour, en donna beaucoup, la plus belle au neveu ; mais le chagrin de son âme était visible à chacun. Alors arriva la nouvelle que la reine approchait ; on résolut d'aller au-devant, Le roi espérait encore rasséréner le malheureux Jean en lui envoyant les mets les plus délicats ; mais celui-ci, à jamais aliéné de son oncle et de son

ÉREIN

roi, S veut Le roi A vauct sépar travel A les, Le du ro nage.

ice! h fendit stupé grand en fut Au rent S ne se bit de mour!

mou un tro Un tre fut pi quesbert.

memk mais « tué, n sangla droit, mérite pardo nuits, son m chagri plus d La d'And monas les ru sabett

ointu ; trente compa.

château, et tous enors ils donnèrent Je d'Unterwald pour Je nt d’une montagne à eau de Gesler ; ceux n, s’'emparèrent d'un pas un droit de sei.

berg, qui s’enfuit de ne remettrait pas les e dimanche suivant, eau leur antique al-

1e puissante armée:

cantons de Schwitz, comme il avait puni se formait une con- !

aontagne. Jean était he, mécontent de ce ui donner sa part à Jour le satisfaire , le ne en Saxe. Le duc pays que son père fus, il résolut, avec rt.

asion ou de résolu.

ence et se confessa ; persuasion que son dement et sans y

upplia l'électeur de Jert pour son hérips indéterminé. En ce, à le persuader e füt terminée. Le n alla murmurant.

es. Albert se leva, eveu ; mais le chava la nouvelle que t. Le roi espérait oyant les mets les on oncle et de son

[Liv.LXXVIL. — De 130 B

a1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 401

ri, se contenta de dire aux trois conjurés en se levant de table : Il veut aller à cheval,'et avec peu de monde !

Le mercredi après diner, 4+ mai, la dixième année depuis que le roi Adolphe avait été tué par lui ou près de lui, le roi Albert chevauchait plus joyeux qu'à l'ordinaire, entre deux conjurés, qui le séparèrent exprès du reste de son cortége, vers l'endroit où il fallait traverser une rivière sur un bateau. On arrivait dans les broussail-

A les, lorsque Jean dit: En voilà assez ! Un des conjurés saisit le cheval

du roi par la bride ; Albert, étonné, crut encore que c'était un badinage. Mais soudain le duc Jean s’écria : C’est ici le prix de l’injustice ! et lui enfonça la lance dans la gorge. Alors un des conjurés lui

| fendit la tête, un second le frappa au visage, le troisième demeura

stupéfait ; on ne sut jamais ce que devint le quatrième. Après un grand cri, le roi tomba dans son sang ; une pauvre mendiante, qui en fut témoin, accourut pour le recevoir, et il expira sur ses genoux.

Aussitôt le crime commis, les meurtriers et leurs complices en furent si épouvantés, qu'ils se sauvèrent dans toutes les directions, et ne se revirent plus jamais. Le duc Jean pénétra en Italie sous un habit de moine ; on ne sait ce qu'il devint ; suivant une tradition, il mourut ermite dans un domaine de son père. Un de ses complices mourut de regret. Un second vécut encore trente-cinq ans à garder un troupeau dans le Wurtemberg, et ne se fit connaître qu’à la mort. Un troisième, celui qui était demeuré stupéfait en voyant tuer le roi, fut pris lorsqu'il venait de demander l'absolution au Pape ; .quelques-uns de ses propres parents le livrèrent aux enfants du roi Al-

bert. Les juges le condamnèrent à mort. Étendu sur la roue, les

membres brisés, il dit tout haut : Il faut que je meure innocent ! mais en vérité, les autres eux-mêmes, ce n’est pas un roi qu’ils ont tué, mais celui qui, contre l’honneur et le serment, a porté une main sanglante sur son seigneur, le roi Adolphe ; qui, contre Dieu et le droit, a retenu le bien de son neveu, le duc Jean, et qui eût bien mérité de souffrir ce que je souffre maintenant. Dieu veuille me pardonner mes péchés ! — Sa femme demeura trois jours et trois nuits, sans boire ni manger, en prière sous la roue, jusqu’à ce que son mari y eût rendu le dernier soupir. Elle mourut peu après de chagrin. — Beaucoup d’autres périrent par la main du bourreau ; plus d’un, dit-on, qui n’était point complice.

La reine Élisabeth, veuve du roi Albert, et sa fille Agnès, veuve d'André, roi de Hongrie, fondèrent dans le champ du meurtre deux monastères, l'un de frères Mineurs, l’autre de pauvres Ciarisses. Sur les ruines d’un palais de l’ancienne cité de Vindonisse, la reine Éliabeth posa la première pierre ; elle bâtit le grand autel à l'endroit

sas

109 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 1309 a 1311 à

où le roi mourut ; chaque anniversaire on donnait du pain à tousles

disposa

nécessiteux d’une lieue à la ronde. Le double monastère fut nommé Mruuteut Koœnigsfeld, c'est-à-dire Champ-du-Roi. La reine Agnès, qui dis pus: C: son enfance avait eu de l'attrait pour la vie religieuse, et qui eût M Aigno bien souhaité demeurer vierge, demeurait auprès du monastère, Ms disp dans une maison assez pauvre. Le matin, après avoir entendu h écrite d messe, et l’après-dinée, après avoir travaillé avec ses demoiselles à 'exhor! des ornements d'église, elle avait coutume de lire dans une bible al. Mu Pap lemande et dans une vie des saints. Elle Jeûnait beaucoup, lavait les BR bourg, pieds des pauvres, répandait beaucoup d'aumônes, et était d’une M Pape : | piété fervente {. rique € Après la mort d'Albert, les sept électeurs de l'empire s'étant préa. DE du nom lablement entendus près de Coblentz, s’assemblèrent à Francfort, le mains 27me de novembre de la même année 1308. L'archevêque électeur & jnvier de Trèves lut d’abord, au nom de tous, une protestation portant que Aun tous excommuniés, interdits ou autres qui n'avaient point droit M ks. Le d'assister à l'élection, eussent à s’en retirer, et que, s'il se trouvait M droits € quelqu'un de cette qualité qui y eût assisté, sa présence ne porterait K bire in aucun préjudice, Ensuite, ayant délibéré, ils élurent tout d’une voix M vallées. Henri, comte de Luxembourg, comme prince catholique, zélé pour Le rc la foi et la défense de l'Église et de ses ministres, et orné de toutes M em 130: les autres vertus convenables. Puis le duc de Bavière, qui était M Robert, aussi comte palatin du Rhin, dit au nom de tous : J'élis Henri, comte M 1301, LL de Luxembourg, pour roi des Romains, futur empereur, protecteur M vise, ca de l'Église romaine et universelle, et défenseur des veuves et des or: A dant sa phelins. On chanta le Ze Deum. Le comte de Luxembourg, qui était A Croatie, présent, consentit à l'élection ; et du lieu où elle s'était faite, et qui MAN grie, di était le lieu accoutumé en pareil cas, on le conduisit à l’église des A donner frères Prêcheurs de Francfort, où l'élection fut publiée solennelle- ÆK en Hon ment devant le clergé et le peuple ?, gats à le Un auteur italien du temps, Jean Villani, ajoute : Que le roi Phi: @ ke Pape lippe le Bel voulut faire élire son frère Charles de Valois pour re- 2 par une mettre l'empire entre les mains des Français, comme il était au M légat et temps de Charlemagne ; que le roi voulait engager le pape Clément V À sûreté d à l'aider dans cette entreprise ; mais que le Pape, averti de son Le ro dessein, pressa secrètement les électeurs de le prévenir, comme ils à naient s firent, par la crainte de tomber sous la domination des F rançais. Le & le roi M roi se disposait à s’aboucher avec le Pape à Avignon, lorsqu'il apprit && peur, d que par ses suggestions secrètes l’élection était terminée, ce qui l'in- ÈK roi de D que par

1 Jean de Muller, Hist, de Suisse, t. 2, p. 1-25— 2 Baluz. Vitæ Paparum dre nion., t. 2, p. 267.

1 Rayn

11311 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 403

disposa contre le Pape pour le reste de sa vie. Telle est l’anecdote de l'auteur italien. Comme il est le seul qui la raconte, on peut n'y croire ps. Gomme d’ailleurs on sait que le Pape ne mit pas le pied dans Mignon, l'an 1308, c'est une erreur manifeste de supposer que le roi s disposait à l'y aller voir. On a une lettre du cardinal Raymond, krite de Poitiers, où était le Pape, à l'archevêque de Cologne, où il lexhorte à procurer l'élection de Charles de Valois, comme agréable Lu Pape et utile à l’Église. D'ailleurs, pour élire Henri de Luxembourg, les électeurs n'avaient pas besoin des secrètes suggestions du Pape : Henri était frère de l'archevêque de Trèves, ami de l’archeque de Mayence, et gendre du duc de Brabant. Henri, septième k dunom entre les empereurs, fut couronné à Aix-la-Chapelle, par les nt. mains de l'archevêque de Cologne, le jour de l'Épiphanie, 6re de | juvier 1309 1, ets 1

Au milieu de cette révolution, les Suisses s'étaient tenus tranquil- je ks. Le nouveau roi des Romains reconnut et confirma tous leurs droits et libertés, les déclarant immédiatement soumis au consis- dt bire impérial, et indépendants de toute juridiction hors de leurs allées. k

Le roi André de Hongrie, dont Agnès d'Autriche demeura veuve à en 1302, avait pour compétiteur Charobert, c’est-à-dire Charles Li Robert, petit-fils de Charles IT, roi de Naples. Dès l’année précédente ii 1301, le pape Boniface VIIT envoya légat en Hongiie Nicolas de Trévise, cardinal-évêque d’Ostie, de l’ordre des frères Précheurs, étendant sa légation sur les pays voisins, la Pologne, la Dalmatie, la Croatie, la Servie. Le sujet de sa légation était de pacifier la Hongrie, divisée entre le parti de Charobert et celui d'André ; et, pour donner plus d'autorité au légat, le Pape lui permit de porter, mais ki en Hongrie seulement, les mêmes marques qui distinguaient les lé- le gats d latere qui passaient la mer, et par lesquelles ils représentaient l Pape en personne. La commission est du 43me de mai 1301 ; et par une lettre à tout le clergé du pays, il lui ordonne de procurer au légat et à sa suite tous ies secours nécessaires, non-seulement pour la sûreté des chemins, mais pour les voitures et la subsistance.

Le roi André étant mort peu après, les seigneurs hongrois qui temaient son parti envoyèrent en Bohême, au mois de juillet 4304, prier lkroi Wenceslas de prendre possession du royaume de Hongrie, de peur, disaient-ils, que nous ne perdions notre liberté en recevant un wi de la main de l'Église. Or, ils s’adressaient à Wenceslas parce > que par sa mère il était fils d'Anne, fille de Béla IV, roi de Hongrie.

Liv, LXXVIT, — De 1300

ait du pain à tous les onastère fut nommé ine Agnès, qui di religieuse, et qui ett près du monastère, *s avoir entendu | ec ses demoiselles } "e dans une bible al.

beaucoup, lavait les nes, et était d’une

Fe

RRPRÉ CSS

TE

empire s'étant préa.

rent à Francfort, le archevêque électeur estation portant que avaient point droit que, s'il se trouvait résence ne porterait rent tout d’une voix tholique, zélé pour s, et orné de toutes e Bavière, qui était : J'élis Henri, comte hpereur, protecteur es veuves et des orxembourg, qui était » s'était faite, et qui duisit à l’église des publiée solennelle

te : Que le roi Phide Valois pour re-

comme il était au r le pape Clément V pe, averti de son >révenir, comme ils on des Français. Le | non, lorsqu'il appri rminée, ce qui l’in-

1. Vitæ Paparum Att- !Raynald, 1308, n. 19, avec la note de Mansi.

Wenceslas, qui était fort avancé en âge, ne voulut point quitter son À

royaume, et déclara qu'il cédait tout son droit sur la Hongrie à son fils, nommé Wenceslas comme lui. Les Hongrois emmenèrent donc ce jeune prince, qu’ils nommèrent Ladislas, et le couronnèrent }

Albe-Royale. Ce fut Jean, archevêque de Colocza, qui en fit la céré. |

monie, parce que le siége de Strigonie était vacant.

Le pape Boniface ayant appris ce couronnement, le trouva fort mauvais, et en écrivit en ces termes à l'évêque d'Ostie, son légat : Le Pontife romain, établi de Dieu sur les rois et leg royauines, souve. rain chef de la hiérarchie dans l’Église militante, et tenant le premier rang sur les mortels, juge tranquillement de dessus son trône et dissipe tous les maux par son regard. Nos prédécesseurs, de sainte mé. moire, au milieu de leur sollicitude pastorale pour les divers rois et royaumes, ont cependant veillé au salut de la Hongrie avec une attention particulière, attendu que ce royaume appartient d’urie mnière spéciale au Siége apostolique. Aussi, quand nous l'avons w divisé contre lui-même, vous y avons-nous envoyé avec des pleins pouvoirs de légat. Mais, après votre départ, nous avons appris que l’archevêque de Colocza, accompagné de quelques évêques, prélats et barons, est venu à ce point d’audace ou plutôt de folie, de couronner roi de Hongrie Wenceslas, fils du roi de Bohême, sans attendre votre arrivée dans le royaume où vous alliez entrer ; il n’a pas considéré que cette fonction appartenait à l'archevêque de Strigonie, que Wenceslas n’a aucun droit que nous sachions sur ce royaume, et qu'au moins, dans le doute, il devait nous consulter, ou vous, qui nous représentiez dans le pays ; d'autant plus que le prince Charles, petit-fils du roi de Sicile, a été couronné roi de Hongrie par l'archevêque élu de Strigonie, établi par notre autorité administrateur de cette église. Vous devez encore savoir que saint Étienne, premier roi chrétien. de Hongrie, offrit et donna ce royaume à l’Église romaine, et ne voulut pas en prendre la couronne de son autorité, mais la recevoir du vicaire de Jésus-Christ, sachant que personne ne doit s’attribuer l'honneur, s’il n’est appelé de Dieu. Tout cela est conservé dans les archives de l'Église romaine. Comme l’archevêque de Colocza a pu le savoir, il en est d’autant plus coupable. En conséquence, le Pape ordonne au légat de citer cet archevêque à comparaître dans quatre mois en cour de Rome, sous peine de privation de son archevéché. La lettre est du 47° d'octobre 1301. Mais l’évêque mourut peu après le couronnement de Wenceslas.

En même temps, Boniface écrivit amicalement au roi de Bohême, père du jeune prince, le même fond d'idées qu’à l'archevêque, et finit en disant : Si vous ou votre fils avez quelque droit sur la Hon-

191 < grie ou jous, I Le c:

tous le:

paix ; !

vint à de sa 1 Wence de Prai memen Le Pap Dieu st apparti Hongri nous n6 judice posons fils, et Wen aussi CM reprocl Saint -$ quoi, à spiritue davant cune fc vous p devant l'ordre par le Mari pas l'ai procur point. voirs ] finiren:

plaider miné | électif, son pe

1 Ray

Liv, LXXVIT. — De 1300

lut point quitter son ur la Hongrie à son s emmenèrent donc t le couronnèrent }

» qui en fit la céré. | nt.

nent, le trouva fort Dstie, son légat ; Le # royauines, souveet tenant le premier us son trône et disseurs, de sainte mé.

ùr les divers rois et ngrie avec une at.

partient d’une mand nous l'avons vu )yé avec des pleins IS avons appris que es évêques, prélats folie, de couronner sans attendre votre n’a pas considéré de Strigonie, que r ce royaume, et ulter, ou vous, qui e le prince Charles, > Hongrie par l'ar.

rité administrateur aint Étienne, pre- "oyaume à l'Église 1e de son autorité,

it que personne ne eu. Tout cela est . Comme larche-

nt plus coupable.

ter cet archevêque

Rome, sous peine

je d'octobre 1301.

de Wenceslas.

au roi de Bohême, # ’à l'archevêque, et > droit sur la Hon-

à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 405

gie ou sur d’autres provinces, et que vous les poursuiviez devant sous, nous sommes disposés à vous les conserver en leur entier 1.

Le cardinal-légat, évêque d'Ostie, étant arrivé en Hongie, assembla bus les prélats du royaume, et fit tous ses efforts pour y rétablir la paix ; mais, voyant qu’il n’avançait rien, il sortit de Hongrie, et revint à Vienne en Autriche, d’où il:envoya au Pape pour l’informer de sa négociation : c'était en 1302. Cependant le roi de Bohême, Wenceslas, fit réponse au Pape, et envoya sa lettre par un chanoine de Prague, docteur en droit. Il soutenait que son fils avait été légitimement élu roi de Hongrie, et priait le Pape de lui être favorable. Le Pape lui répliqua antre autres : Le trône apostolique est établi de Dieu sur les rois et les royaumes pour rendre à chacun ce qui lui appartient. Or, Marie, reine de Sicile, soutient que le royaume de Hongrie appartient à elle et à Charles, son petit-fils. C’est pourquoi nous ne pouvons vous accorder votre demande sans lui porter préjudice : mais, pour rendre justice à tout le monde, nous nous proposons de vous faire citer devant nous, vous, cette reine, son petitfls, et tous les autres qui croient y avoir intérêt.

Wenceslas, dans sa lettre, outre le titre de roi de Bohème, prenait aussi celui de roi de Pologne. Le pape Boniface lui en fait de grands reproches, supposant comme notoire que la Pologne appartenait au Saint-Siége, et traitant cette entreprise de crime d'État. C’est pourquoi, ajoute-t-il, nous vous défendons étroitement, sous les peines il spirituelles ettemporelles que nous voudrons vous imposer, de prendre L davantage le nom et le sceau de roi de Pologne, ou d'en faire auene fonction. Mais nous offrons de vous conserver les droits que vous pouvez avoir sur ce royaume, en les prouvant légitimement devant nous. La lettre est du 10"° de juin 1302. En exécution de l'ordre du Pape, les prétendants au royaume de Hongrie furent cités par le légat Nicolas d'Ostie ?. -

Marie, reine de Naples, :et son petit-fils Charobert ne manquèrent pas l’année suivante 1303, de se présenter devant le Pape par leurs procureurs. Wenceslas, roi de Bohême, ni son fils ne comparurent point. Ils se contentèrent d'envoyer trois députés, mais sans les pou- he voirs nécessaires, qui proposèrent d’abord de vaines excuses, et pa firent par déclarer que le roi, leur maitre, ne prétendait point 3 plaider pour le royaume de Hongrie. Sur quoi le Pape, ayant examiné l'affaire à fond, décida que ce royaume était successif et non électif, et en conséquence l’adjugea à la reine Marie et à Charobert, in son petit-fils, donnant quatre mois à Wenceslas, comme terme pé Hi

ce

ex PRET ERTTAESE

ee

Page 1