RIDE
420 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXVII. — De 1309
Ce règne si long, il le commença par se désunir d'avee Rome, unique centre de l'unité catholique. en rompant l'union que son père
avait faite et que lui-même avait jurée ; ce règne si long, il le con. À
suma tout entier en vains et ridicules efforts pour réunir entre eux les Grecs désunis d'avec le centre de l'unité chrétienne et d'avec eux ëmes. Au lieu de l’unique centre d'unité divine posé par le Christ à Rome dans la personne de saint Pierre, il voulut en poser un de main d'homme à Constantinople, dans la personne du patriarche schismatique. Encore, au lieu d’un seul de ces patriarches de fabrique impériale, il en avait continuellement deux ou trois de rechange : ce qui naturellement augmentait la division qu’il voulait éteindre. Ainsi, à la fin du treizième siècle, où nous l'avons laissé, il y avait le parti du patriarche Arsène, rétabli et déposi deux fois ; le parti du patriarche Joseph, déposé et rétabli dèux fois; ces deux patriarches venaient de mourir, mais leurs partis n'étaient pas morts, De patriarches vivants, il y avait Grégoire IT ou de Chypre, Athanase et Jean Cosme, dit de Sozopolis, tous démissionnaires, déposés ou chassés, excepté le dernier, mais qui va avoir son tour.
Jean Cosme, quoique sans aucune teinture de lettres profanes, était recommandable non-seulement par une belle vieillesse, mais encore par beaucoup de vertus ; on ne lui reprochait que d’être un peu intéressé. Il avait embrassé autrefois l'union avec le patriarche Veccus: Lui-même avait été fait patriarche le premier jour de janvier 1294, après la démission forcée d’Athanase. L'an 1302, Hilarion, évêque de Sélivrée, dit en secret à l'empereur Andronic un crime dont on chargeait le patriarche Jean Cosme : non qu'il l'eût vu commettre, mais il disait l'avoir appris de celui qui l'avait vu. Or, ce premier délateur était mort et connu d'ailleurs pour un calomniateur; aussi l’évêque témoignait ne pas croire l'accusation, qui, en effet, était incroyable et hors de la vraisemblance. L'empereur, la jugeant importante, en fut affigé ; et bien qu'il n’y ajoutit pas foi, il crut devoir en garder le secret, tant pour l’indécence de la chose que pour la fausseté.
Cependant les évêques, à la réserve de quelques-uns qui étaient unis avec le patriarche, le pressaient de rétablir Jean d’Éphèse. L'empereur ne croyait pas devoir le contraindre à rétablir cet évêque, quoiqu'il le souhaitât comme les autres et y concourût avec eux;
mais il ne voulait pas que pour ce ujet ils fissent schisme avec le
patriarche. Or, il arriva que le mauvais bruit qui courait contre le patriarche Jean se répandit, principalement par l’artifice de ceux qui
tait d
pereur qu'à lu que c'é chose v comme sen pr avoir r justice ; qu'il n° manière demeur Le p:
ler en uns ÿ V Sélivrée i l'emr de venir de Séliv intime d'Éphès méprisé assis en ks autr son ten aux évê pussent d'une e:
ment, C che Jean Très-He demeure tiarcal ; lne |
n’aimaient pas ce prélat, et qui relevaient cette calomnie comme sans Bi]
dessein, afin d’avoir un prétexte de se séparer de lui. Alors l'em-
Liv, LXXVII, = De 1300
unir d’avee Rome, l'union que son père
e si long, il le con- À
\r réunir entre eux hrétienne et d'avec divine posé par le , il voulut en poser a personne du pal de ces patriarches nt deux ou trois de vision qu’il voulait Jus l'avons laissé, il léposi deux fois ; le eux fois; ces deux n'étaient pas morts, 1 de Chypre, Athasionnaires, déposés r son tour.
de lettres profanes, lle vieillesse, mais chait que d’être un 1 avec le patriarche emier jour de jan- . L'an 13092, Hilaereur Andronic un 1e: non qu'il l'eût elui qui l'avait vu.
illeurs pour un cacroire l'accusation, emblance. L'empeen qu'il n’y ajoutit our l’indécence de
ues-uns qui étaient lir Jean d’Éphèse.
rétablir cet évêque, ncourût avec eux; ent schisme avec le ai courait contre le ’artifice de ceux qui lomnie comme sans le lui. Alors l'em-
à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 421
pereur soupçonna l’évêque de Sélivrée d'avoir dit ce secret à d’autres qu'à lui ; c'est pourquoi il ne se crut plus obligé à le garder, et déclara que c'était l’évêque de Sélivrée qui le lui avait dit le premier. La chose vint jusqu'au patriarche, qui en fut outré de douleur ; et wmme le premier auteur de la ca!omnie n'était plus au monde, il sen prit à l’évêque de Sélivrée, et se plaignit au concile, voulant woir réparation, Tout le monde convenait qu'il fallait lui rendre jstice; mais quelques-uns excusaient l'évêque de Sélivrée, parce qu'il n’avait pas dit la chose comme la sachant par lui-même ni par manière d'accusation, et l'avait confiée à l'empereur, croyant qu'elle demeurerait secrète.
Le patriarche manda plusieurs fois les évêques pour les assemler en concile sur ce sujet; mais ils se trouvèrent partagés. Les is y venaient volontiers, et étaient prêts à condamner l'évêque de livrée, disant qu’il était malhonnête de rapporter de tels discours i l'empereur. Les autres alléguaient divers prétextes pour différer de venir au concile, et donnaient de bonnes espérances à l’évêque de Sélivrée. Ce qui faisait penser qu’ils en usaient ainsi par le reswniment qu'ils avaient contre le patriarche au sujet de l'évêque dÉphèse. Enfin le patriarche perdit patience, se voyant d’ailieurs méprisé pour son ignorance et sa simplicité. Étant donc une fois sis en concile avec une partie des évêques, comme il eut attendu ls autres jusqu’à la fin du jour, il se laissa emporter à l’ardeur de ‘n tempérament, et sortit brusquement avec chagrin, protestant ax évêques qu'il ne se trouverait plus au milieu d'eux, quoi qu’ils pussent faire. Or, en disant cela dans son grec vulgaire, il se servit dune expression que plusieurs prirent pour une formule de sernent, C'était le vendredi, Gme jour de juillet, l'an 1302. Le patriarde Jean se retira au monastère de la Pammacariste, c'est-à-dire lès-Heureuse, qui est la sainte Vierge, où il avait accoutumé de demeurer, laissant un ou deux des siens pour garder le palais patixrcal ; car il ne prétendait pas renoncer absolument à sa dignité.
Il ne laissa pas d'envoyer « ielques jours après à l’empereur un ie de démission, adressé à ce prince et aux évêques, où il dit : Je sais doucement ma vie, ne pensant qu'à expier mes péchés, quand j'ai été forcé, comme Dieu le sait, à monter sur le trône pa-
Miarcal. Ensuite j'ai reçu tous les outrages que tout le monde con-
ait, et dont je n'ai pas été le seul objet, mais toute l'Église dont je ‘is le chef après Jésus-Christ. Voyant donc qu'il n’est ni bienséant
Lu juste de garder cette dignité après un tel affront, j'ai été contraint
le jurer que j”y renoncerais, et je viens tenir ma parole. Je renonce donc au siége patriarcal ; et, en même: temps, pour ne donner à
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122 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVIL, — De 1 l'avenir aucun prétexte de scandale, je renonce à mon sacerdoc Il répe quoique je n’aie rien de plus cher. Par ce même acte, je pardon fuit un se entièrement à ceux qui m'ont outragé, à leurs complices, et à cond 4 si U qui se sont laissé entraîner à leur ajouter foi, et je prie Dieu de leu HONG pardonner. Que s’il arrive à l'Église ou au peuple fidèle quelque n sil y en: spirituel, j'en suis innocent par la grâce de Jésus-Christ, rraidhe On peut remarquer ici la prétention pitoyable de cet ignorant pl ls! Sujk triarche. Jouet du caprice impérial, détaché du centre de l'un © que, € chrétienne posé par Jésus-Christ, il se prétend le chef de V'Égidi point fait universelle, judice qu Ayant écrit et souscrit cet acte, Jean Cosme quitta les marques di POnse at l'épiscopat et demeura en repos. Quant à l’empereur Andronic Rrent pli ayant reçu cette démission, il voulait par scrupule la jeter au fi tntinua sans l'ouvrir, comme il avait fait une autre fois; néanmoins il se [li ‘aient to fit lire, et quandil ouït que le patriarche avait juré de renoncer, ile Cepen( fut fort alarmé, et voulut savoir ce qu’en jugeraient les évêques !. plus agre Des importuns vinrent l'empêcher de donner à cette affaire tout posés à J l'attention nécessaire. Ces importuns, c'étaient les Turcs, qui, soi lative pol la conduite d'Ottoman, prétendaient dès lors à la possession de Co nuit 59 stantinople pour mettre à néant l'empire grec. Cette fois, les aven négociati turiers de Catalogne les repoussèrent. Ce ne fut qu’alors que l'en triarche J pereur Andronic put s'occuper activement de l'affaire de son ‘lait plus triarche ou de ses patriarches. (n'n'exo!
Doutant si le patriarche Jean Cosme avait valablement renoncé ‘oulaient siége de Constantinople, il assembla les évêques, le clergé et Pre ut moines, et passait les journées à délibérer avec eux sur ce sujet, lis *"°Un10! trouvèrent partagés ; ceux qui étaient attachés à Jean Cosme disaiel La ve que, n'ayant pu recevoir de satisfaction sur la calomnie répand “°°UT P' contre lui, il avait été contraint de renoncer, et qu'il reviendraitsiQ@ 1! de M. qu'on lui aurait fait justice. Quant à son prétendu serment, ce n'à Fancientu tait qu’une manière de parler qui lui était échappée dans l'excès d a les L sa douleur. Les autres disaient qu'il avait renoncé avec réflexion, ( que son serment était si sérieux, qu’il l'avait inséré dans l'acte de ii lui démission; qu’ainsi il n’était plus permis de reconnaître pour D avai triarche un homme convaincu de parjure. Après avoir perdu bien os pa temps à cette dispute, on convint de s'adresser à Jean.lui-mén@ et co pour savoir ce qu’il pensait de sa renonciation et de son serment; 4 er c pour cet effet, on lui envoya Athanase, patriarche titulaire d'A “ és du lexandrie, avec deux évêques, de la part de l'empereur et dk voulant al ile. garder de __. ét la conv continuaie
1 Pachym., 1. 40, c. 27-29,
à1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 123
I répondit par un écrit où il disait qu’il ne prétendait point avoir fait un serment en usant d'une expression qui lui était familière, et que, si tous les quarante évêques qui étaient assemblés jugeaient sa renonciation valable, il se soumettait à leur avis ; mais, ajoutait-il, sil y en a seulement trois qui la jugent nulle, je suis avec eux, et je conserve le pouvoir que le Saint-Esprit m'a donné. Au reste, j'ai juste sujet de me plaindre de votre sacrée majesté et des évêques, en œ que, depuis huit mois que j'ai été outragé, vous ne m'en avez point fait de justice. Ce ne sera pas moi qui rendrai compte du préjudice qu'en reçuit l'Église, L'empereur ayant communiqué cette réponse au concile, les contestations entre les deux parties s'échauffrent plus que devant, sans que l’on pât rien conclure : toutefuis, on continuait de nommer Jean aux prières publiques, et ses gens gardaient toujours le palais patriarcal.
Cependant il vint en pensée à l'empereur Andronic que le parti le plus agréable à Dieu était celui des Arsénites, quoique les plus opposés à Jean Cosme ; c’est pourquoi il voulut faire encore une tentive pour les réunir aux autres. Il fit donc venir secrètement et de nuit cinq des principaux d’entre eux, et mit pour fondement de la négociation de conserver ce qui avait été fait, soit l'ordination du patriarche Jean, soit celle des autres évêques; car pour Joseph, il n'en était plus mention. Or, l'empereur craignait qu’en apaisant un parti on n'excitât l'autre, et il cherchait une paix entière. Les Arsénites voulaient commencer par faire un nouveau patriarche, et disaient avoir un sujet convenable ; mais pour mettre un fondement solide à kréunion, ils prétendaient qu’il ne fût élu ni ordonné par les évêques qui avaient eu part à la réunion avec les Latins, mais par ceux deleur parti seulement. Ils proposaient donc pour patriarche l’évéque de Marmaritza dans les îles Cyclades, qui était déjà vieux et de l'ancienne ordination, et n'avait eu aucune part à ce qui s'était fait avec les Latins.
L'empereur, s'étant informé quel il était, apprit qu'il y avait contre lui de grands reproches ; qu'il avait rendu vénal le sacerdoce, qu'il avait donné le même ordre à plusieurs personnes en même lemps par une seule cérémonie, sans la faire sur chacune en particuler, et commis d’autres fautes contre les canons. L'empereur ayant proposé ces objections aux Arsénites, ils répondirent que les diffiœultés du temps devaient faire passer par-dessus; et l’empereur, voulant absolument les ramener, ne crut pas non plus devoir y regarder de si près. Ainsi il promit d'approuver tout ce qu'ils feraient, ét la convention fut rédigée par écrit. On en était là, et les prélats continuaient de disputer entre, eux sur la renonciation et le serment
> à mon sacerdoce e acte, je pardon omplices, et à ceu e prie Dieu de leu : fidèle quelque m Christ, de cet ignorant 4 1 centre de lunit@ 1 le chef de l'Églk
itta les marques ( npereur Andronice pule la jeter au fe néanmoins il sel é de renoncer, ile nt les évêques !.
\ cette affaire tout es Turcs, qui, sa possession de Co Cette fois, les aven t qu’alors que l'en l'affaire de sonp
lement renoncé 1 es, le clergé et le x sur ce sujet. Îls Jean Cosme disaiet calomnie répand w’il reviendraitsitl lu serment, ce n'à pée dans l'excès ( é avec réflexion, 4 ré dans l'acte de connaître pour pi avoir perdu bien à Jean:lui-mên de son serment; 4 rche titulaire d!
> l'empereur et
424 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300
de Jean Cosme, quand il survint un incident qui changea toute la face des affaires.
Un moine nommé Menas, qui passait pour vertueux et homme de mérite, connu de l’église et de l'empereur, avait coutume de visiter l’ancien patriarche Athanase. Le 13me de janvier 1303, Menas vint chez l'empereur, et annonça qu'il avait quelque chose à lui dire de nécessaire. L'empereur était occupé, et le fit prier d'attendre. Après s'être fait annoncer une seconde fois, il dit : L'avis que j’ai à donner sera inutile s’il n’est reçu avant que la nuit s’avance. L'empereur Je fit entrer aussitôt, et lui donna audience seul à seul. Seigneur, dit Me. nas, étant allé aujourd’hui voir le seigneur Athanase à mon ordinaire, je l'ai trouvé triste et pensif, et, lui en ayant demandé h cause, il m’a dit : Je vois que cette ville est menacée de la colère de Dieu, et je souhaiterais que quelqu'un dit à l’empereur que je lui conseille d'envoyer dès cette nuit par tous les monastères-ordonner des prières continuelles pour préserver la ville et tout le pays de fa mine, de peste, de tremblement de terre et d'inondation. fai l'apporté ce discours du patriarche au métropolitain d’Héraclée, etil m'a pressé de venir trouver votre Majesté pour lui en rendre compte.
L'empereur reçut agréablement ce disce 1rs, et ayant fait réflexion aux menaces d’une punition divine, il crut que les deux plus pressantes étaient le tremblement de terre et l’inondation. Il envoya donc par tous les raonastères l'ordre de commencer des prières surle-champ, et en fit dire la cause. Il veilla lui-même, selon sa coutume, et, occupé de la pensée du tremblement de terre, il crut en sentir un, mais si doux, qu’à peine pouvait-on s’en apercevoir. Il le prit pour un prélude de l’accomplissement de la prédiction, et en at: tendait la suite. Le 17% de janvier, vint un tremblement plus fort, sans toutefois être plus dangereux. A ce coup, l'empereur fut convaincu de la prophétie, et, transporté d’admiration, il louait hautement le prophète, sans toutefois le nommer.
Le lendemain matin il assembla les évêques, le clergé et les principaux d’entre les moines, et leur demanda avec empressement ce qui leur semblait du moine qui avait prédit cet accident. Tous convinrent que, pour asseoir un jugement certain, il fallait connaître personne, afin de discerner si c’était une révélation, une illusion du
démon, ou une connaissance naturelle ; car la plupart des Grecs |
croyaient à l'astrologie et aux divinations. Nous savons tous, ajou-
taient-ils, que l'empire est menacé degrands maux, nousn’avons pas
besoin de prophète pou: nous l'apprendre ; l'important serait de connaitre par quel péché nous les av. :,, mérités, afin d'y porter re-
mède leur \ Le iinguc haute trois ] s'effo:
Aussi ilsen qui VC aux Vi sales, fut su curios s'était d'octc prése cellule sur UI grand ce pro empre che, € ils lui Ath mités de bé:
il con rêts. J les pe qu'ils dérati pour | Ceux € chaqu révisi( nir de Ain crédit blir le
ques, reveni
41311 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. #25
mède. La journée se passa dans ces contestations, sans que l’empereur voulût découvrir son prophète.
Le lendemain 19° de janvier, il assembla les citoyens les plus distngués et presque tous les moines, et les harangua d’une galerie haute, d’où il leur raconta en détail tout ce qui s'était passé depuis lois Jours, témoignant une grande admiration pour le prophète et s'efforçant de le leur faire admirer, mais cachant toujours son nom. Aussitôt qu'il eut fini sa harangue, il descendit, et, marchant à pied, se mit en chémin pour aller trouver cet incomu ; il exhorta ceux qui voudraient, à le suivre, mais sans y obliger personne. Il permit. aux vieillards de monter à cheval, d'autant plus que les rues étaient sales, et il l’ordonna même au patriarche d'Alexandrie. L'empereur fut suivi d’une multitude innombrable, pleine d'empressement et de curiosité, et il les mena au monastère de Cosmidion, où Athanase s'était renfermé neuf ans et trois mois auparavant, savoir, le 16e d'octobre 4293. La porte s’en trouva ouverte, et l’empereur s’y étant présenté avec les évêques et l'élite des moines, Athanase sortit de sa cellule vêtu d’un manteau , portant un chapeau de paille et appuyé sur un bâton. Il s’avança ainsi jusqu’au vestibule, où était déjà une grande multitude de peuple, et alors tout le monde connut quel était ce prophète de l'empereur. Aussi ils se prosternèrent devant lui avec empressement, principalement les évêques, en le nommant patriarche, et l'exhortant à reprendre sa dignité ; et, se découvrant la tête, ils lui demandaient sa bénédiction.
Athanase s’en défendait, s’excusant sur sa vieillesse et ses infirmités ; mais il promit de prier Dieu pour eux, et sans leur donner de bénédiction en forme, il présenta sa main, qu’ils baisèrent. Alors il congédia le peuple, en témoignant prendre fort à cœur ses intérêts. Je sais, dit-il, l’injustice qui règne, le mépris des grands pour les petits, l’inclination des puissants à opprimer les faibles, parce qu'ils n’ont point de protecteur. L'empereur entra dans cette considération, et, jugeant Athanase plus propre qu’un autre à intercéder pour les malheureux, il lui ordonna d’ouvrir sa porte et de recevoir ceux qui s’adresseraient à lui. Dès lors il y eut un grand concours, chaque jour, depuis le matin jusqu’au soir; les uns demandaient la révision des jugements, les autres des recommandations pour obtenir des grâces de l’empereur, qui y avait toujours égard.
Ainsi Jean Cosme tombait de plus en plus dans le mépris , et le crédit d’Athanase se relevait par l'espérance qu’il donnait de rétablir les affaires en meilleur état. Alors l’empereur assembla les évêques, le clergé et les moines, non pour délibérer si Athanase devait revenir, ce qu’il comptait pour résolu, mais sur la manière et le
[Liv. LXXVII, — De 1309 qui changea toute la
ertueux et homme de it coutume de visiter er 1303, Menas vint > chose à lui dire de ier d'attendre. Après vis que j’ai à donner ance. L'empereur le ul. Seigneur, dit Me.
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nondation. J'ai rapain d'Héraclée, etil pour lui en rendre
tayant fait réflexion > les deux plus presondation. Il envoya ncer des prières surmême, selon sa cou- | de terre, il crut en ’en apercevoir. Il le prédiction, et en at:
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RIRES SRE SA
HEX
426 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXX VII. — De 1309 a131
temps de son retour, supposé qu'on püût le lui persuader. Les évé. ques, revenus du premier mouvement qui leur avait fait traiter Atha. nase Comme patriarche, se partagèrent en deux avis. Les uns persistèrent dans la résolution de le rejeter, alléguant ses renonciations, le repos où il était demeuré depuis tant d'années, et l'élection cano. nique d’un autre patriarche, qui cependant avait gouverné l'église et fait plusieurs ordinations ; d'où ils concluaient qu'il fallait condam. ner nécessairement l’un des deux, Athanase ou Jean Cosme. Ils regar. daient l'offre de protéger les opprimés comme un artifice d’Athanase nulle pour rentrer dans le siége. éiuo
Les autres disaient qu’on lui avait. fait injustice , et qu'il était en effet. droit d'en demander satisfaction ; et quelques-uns de ceux-là, ayantS mun reçu de lui l’ordination, se reconnaissaient coupables envers lui. Mai la so ceux qui ne voulaient point le recevoir objectaient, outre sa renon- L' ciation, sa dureté inflexible et sa rigueur à punir pour les moindres! fautes, soutenant que c'était de quoi le déposer selon les canons. Ce qui forma un tiers-parti de ceux qui voulaient bien recevoir Athanase, mais à condition qu’il donnerait sûrété de ne plus user à lave. nir de rigueurs semblables.
L'empereur, voyant que ces délibérations ne finissaient point, déclara qu'il voulait bien s'exposer le premier aux duretés d'Athanase | et qu'il les préférait aux flatteries des autres; mais il ne persuada Pas aux prélats de s’accorder à le recevoir. Il prit donc là résolution d'aller trouver Jean Cosme, espérant le faire. consentir au retour d’Athanase, d'autant plus que Jean lui-même avait envoyé prier l'empereur de le venir voir; et le temps paraissait favorable, car c'était la semaine de Sexagésime, où les Grecs commencaient leur peu carême. Œ Con:
L'empereur Andronic, accompagné de trois évêques, étant arrivé Les au monastère où était Jean Cosme, lui demanda sa bénédiction. Jean sépa lui dit : Me reconnaissez-vous patriarche ? L'empereur, soit par préf mauvaise honte ou autrement, avoua qu'il le reconnaissait pour tel. con, Et moi, reprit Jean, si je suis patriarche, j’excommunie, de la part à. to de la sainte Trinité, quiconque veut ou voudra établir patriarche le buel seigneur Athanase. L'empereur, chargé de confusion, se retira sans P rien dire, et témoigna sa colère aux évêques qui l’accompagnaient, mer les soupçonnant d'être complices de l’affront qu’il avait reçu. Le len- grar demain, il assembla les évêques qu'il avait coutume de consulter, el pas, leur déclara ce qui s'était passé, se plaignant d’avoir été surpris. tout Mais il se ralentit de son empressement pour Athanase, et son appli par cation aux affaires ecclésiastiques fut interrompue par la mort de
don l'impératrice Théodora, sa mère, arrivée la seconde semaine de ca- qu'i
rême nent
Ar ques uns ( prièr patri ciatic
mon évêq suivé en s d'us rent, il me l'égl voya nase pont une
[Liv. LXX VII. — De 1399
| persuader, Les év.
avait fait traiter Atha. x avis. Les uns perint ses renonciations, 8, et l'élection can.
it gouverné l'église et qu'il fallait condam.
ean Cosme. Ils regarin artifice d’Athanase
ice , et qu'il était en ns de ceux-là, ayant| ables envers lui. Mais ient, outre sa renonr pour les moindres!
selon les canons. (e bien recevoir Athane plus user à l’ave.
inissaient point, déduretés d’Athanase, | nais il ne persuada it donc là résolution consentir au retour avait envoyé prier ssait favorable, car commençaient leur
vêques, étant arrivé sa bénédiction. Jean mpereur, soit par onnaissait pour tel.
mmunie, de la part tablir patriarche le ision, se retira sans
l’accompagnaient, l'avait reçu. Le lenme de consulter, et d’avoir été surpris.
anase, et son appli À ue par la mort de ide semaine de ca-
rême, et par les noces du despote Jean, son fils, célébrées incontinent après Pâques, qui, cette année, fut le 7me d'avril.
Andronic, délivré de ces soins, recommença d’assembler les évéques et de les consulter sur l’excommunication de Jean Cosme. Les uns disaient qu’elle était valable, puisqu'on le nommait encore aux prières publiques, et que l'empereur lui-même l'avait reconnu pour patriarche ; les autres, déjà déclarés contre lui, alléguaient sa renoncation et son serment, et soutenaïent que l’'excommunication était nulle. L'empereur cependant les sollicitait pour recevoir Athanase, et envoyait souvent vers Jean Cosme pour le gagner. Il s’adoucit en effet, et envoya à l’empereur un écrit par lequel il révoquait l’excommunication, mais sans consentir au rétablissement d’Athanase. Dans la souscription, il ne se nommait que l’abbé Jean.
L'empereur reçut cet écrit le vendredi 21me de juin 1303, et ne le montra pas d’abord à tout le monde, mais seulement à quelques évêques ; puis il leur crdonna de s’assembler tous, les deux jours suivants, samedi et dimanche, dans l’église des Apôtres, et de faire en sorte de convenir ensemble, parce qu'il n’était plus de temps d'user de remise ni de traîner l'affaire en longueur. Ils s’assemblèrent, mais ils ne purent s’accorder ; ce que l’empereur ayant appris, il monta à cheval en plein midi, le dimanche 23%° du mois, et vint à l'église des Apôtres, où, après avoir parlé longtemps aux évêques, voyant qu’il ne pouvait les réunir, il prit ceux qui recevaient Athanase et marcha au monastère de Cosmidion, où il était ; on le revêtit pontificalement, comme l'on put, et ils vinrent à l’église à pied, par une chaleur excessive, avec les clercs qui se rencontrèrent et le peuple qui survint. C’est ainsi qu’Athanase fut rétabli dans le siége de Constantinople ; mais la moitié des évêques, quelques-uns du moins les plus estimés du clergé, firent une ferme résolution de demeurer séparés de lui. Le patriarche Jean Cosine, ayant fait secrètement les préparatifs de son voyage, partit dès le lendemain, sans prendre congé de l’empereur, et se retira à Sozopolis, voulant faire entendre à tout le monde qu’il était chassé de son église, 'et qu’on devait attribuer à son absence les maux dont l'empire était afligé. ;
Pendant que l’émpereur Andronic témoignait le plus d'empressement à rétablir Athanase de Constantinople, et lui donnait les plus grandes louanges, Athanase, patriarche d'Alexandrie, qui ne l’aimait pas, dit un jour cette fable à l’empereur : Un corroyeur avait un chat tout blanc, qui lui prenait tous les jours une souris ; ce chat tomba par hasard au milieu de la cuvette où son maître mettait la liqueur dont il noircissait son cuir. Il en sortit tout noir, et les souris crurent qu'il avait pris l’habit monastique, et que par conséquent il ne man-
à131i de l’ère chr.]
ns