‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 79 sur 97 · RUE · texte numérisé non relu

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qu'il changet de conduite; mais le patriarche et quelques évêques, avec quelques-uns du clergé, ne goûtèrent pas cet avis, C'est pourquoi ils se levèrent sans rien dire et se retirèrent chez eux, puis s’assemblèrent de nuit chez le patriarche; ils conjurèrent contre le vieil empereur, ce qui engagea plusieurs personnes, même considérables, à entrer secrètement dans la conspiration, et, trois jours après, le patriarche, ayant assemblé le petit peuple au son des cloches, prononça excommunieation contre quiconque supprimerait le nom du jeune empereur et ne lui rendrait pas tous les honneurs dus à sa dignité. Il prononça encore une autre excommunication contre les évéques qui avaient pris le parti contraire.

Le vieil empereur fut surpris et outré de cette conduite du patriarche, et dit : Si celui qui doit prêcher la paix est si emporté contre moi par l'espérance de ce que lui a promis mon petit-fils, et s'il renonce à toute pudeur et à toute gravité pour se rendre chef de parti, qui pourra arrêter la violence du peuple inconstant ? Les autres évéques s’assemblèrent de leur côté, et prononcèrent excommunication contre le patriarche, comme auteur de sédition et gagné par intérêt, alléguant contre lui les canons, particulièrement le dix-huitième du concile de Chalcédoine, qui condamne les conjurations et les cabales des clercs où des moines contre les évêques ou les clercs ; d'où ces évêques concluaient que c'était un plus grand crime de conjurer contre l’empereur, et de prononcer contre lui des malédictions, nonobstant les défenses expresses de l'Écriture. Le vieil empereur, voyant à quel excès on avait porté les choses, et craignant encore pis, ft enfermer le patriarche dans le monastère des Manganes, sans le mettre aux fers, mais sans qu’il pût sortir.

Cependant le jeune empereur était campé non loin de Constantinople, quand deux artisans, qui étaient de garde près d’une des portes, s'adressèrent au capitaine des gardes, Jean Cantacuzène, et s'offrirent de livrer la porte à l'empereur. On convint du jour et de la manière, et la chose s'exécuta ainsi. Le jour de la Pentecôte, après vêpres, le jeune empereur, averti par un des deux artisans, décampa et se rendit à un lieu nommé Clepta, où il s’arrêta jusqu'au grand jour du lundi, qui était le 23me de mai. Ils marchèrent encore tout ce jour jusqu’à la nuit, et arrivèrent à Ambylope, près de Constantinople, où ils se préparèrent à l'attaque, qu’ils firent la nuit même ; quelques soldats, se servant de deux échelles de cordes, étant montés sur Ja muraille, ils firent ouvrir la porte, et le jeune empereur entra dans la vilie avec son armée sans éprouver de résistance.

Le vieil Andronic entendait de son palais ie tumuite, ie bruit des armes et les acclamations du peuple ; il alla se prosterner devant une

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A 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 437

image de la sainte Vierge, transférée au palais quelques jours auparavant, et pria la mère de Dieu de le garder d’une mort violente. Mais le jéune empereur, avant que d’entrer au palais, avait assemblé les chefs et les principaux ofliciers de son armée, leur défendant très-expressément de tuer ni même d'injurier personne, parce que c'était de Dieu seul qu'il tenait cette victoire. Il entra, salua l'empereur, son aïeul, comme à l'ordinaire, et tous deux s’assirent et s’entretinrent quelque temps, attribuant à la malice du démon ce qui s’était passé. Le jeune empereur alla dans la chapelle de la sainte Vierge, la remercier de cet heureux succès. Ensuite il alla au monastère de Manganes, où le patriarche Isaïe était enfermé, l'en tira, et le fit monter sur un des chevaux de l’empereur; mais il n'était accompagné ni d'évêques ni de prêtres : ce n'étaient que des joueurs de flûte et des danseurs, avec des femmes de même profession ; une entre autres, la plus fameuse de toutes, accoutumée à suivre l’armée, marchait à cheval, habillée en homme, et excitait le rire des assistants par des discours dignes d'elle. C’est ainsi que le patriarche fut ramené en triomphe, le mardi de la Pentecôte, 24"° de mai.

Le soir, comme le jeune empereur retournait au palais, il rencontra l'ancien patriarche Niphon, qui lui demanda comment il voulait traiter son aïeul : Humainement et en empereur, répondit le prince. Niphon ajouta : Si vous voulez régner sans crainte, ôtez-lui les marques d'empereur, faites-le revêtir d’un méchant cilice, et l’envoyez en prison ou en exil. Niphon gardait du ressentiment contre le vieil Andronic pour l'avoir laissé déposer, et se flattait de pouvoir remonter sur le siége patriarcal. Quelques-uns de ceux qui approchaient l'empereur lui tinrent des discours semblables, et le détournèrent de garder son aïeul comme associé à l'empire. C’est pourquoi, après plusieurs délibérations, il fut résolu que le vieil Andronic conserverait les ornements impériaux, et demeurerait dans les appartements du palais, mais sans en sortir ni se mêler de rien, ayant toutefois de quoi subsister honnêtement avec ses officiers.

Le patriarche Isaïe, loin de compatir à sa disgrâce, ne put dissimuler sa joie, et dit ces paroles du psaume : Le juste se réjouira quand il verra la vengeance. Ensuite il chercha à se venger des évéques et des prêtres qui lui avaient été opposés et attachés au vieil empereur, et. il suspendit les uns de leurs fonctions pour un temps, etinterditles autres pour toute leur vie. Le jeune empereur étant allé le trouver pour le remercier et s’entretenir avec lui familièrement, le pria de pardonner aux évêques; mais il ne put le fléchir. Ensuite il lui énvoya le capitaine deses gardes, Jean Cantacuzène, qui d’abord ne pu rien gagner sur son esprit; le patriarche soutenait qu’il fallait com-

4138 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVIL. — De 1300 mencer par châtier ces évêques, qui, disait-il, l'avaient trahi. Enfin il

convint avec Cantacuzène que, pour les juger, ontiendrait un concile À

où lui-même comparaîtrait non comme juge, mais comme partie,

Le jour marqué étant venu, tous les évêques s’assemblèrent au palais patriarcal. Cantacuzène, qui a écrit l’histoire de cette époque, s’y trouva aussi, et recommanda aux évêques accusés de garder Je silence, se chargeant de parler pour eux. Le patriarche Isaïe se plaignit qu’ils avaient voulu le chasser de son siége et l’'emprisonner. Cantacuzène dit : Notre-Seigneur dit dans l'Évangile : Si votre justice ne surpasse celle des scribes et des pharisiens, vous ne pouvez entrer au royaume des cieux. Or, c’est-à-dire, comme je l’apprends de vous, qu’il ne suffit pas de ne point rendre la pareille à celui qui nous maltraite, mais qu’il faut encore lui faire tout le bien que nous pouvons. Il nous ordonne ailleurs de cacher nos bonnes œuvres, et, d’un autre côté, d’en faire éclater la lumière, afin que le Père céleste soit glorifié : ce qui semble des préceptes contradictoires. Mais je crois que le premier nous regarde nous autres, qui sommes imparfaits, et qui, en montrant nos bonnes œuvres, pourrions en perdre la récompenbe ; mais vous, qui êtes nos maîtres, et qui êtes proposés à tout le monde comine des modèles de vertu, c'est à vous qu'il convient de faire éclater vos bonnes œuvres. Si donc vous êtes durs et implacables à ceux qui vous ont offensés, quel exemple nous donnezvous, et quel châtiment ne vous attirez-vous point ? Il leur propose ensuite l'exemple du jeune empereur, qui veaait de pardonner géné-

reusement à un particulier qui lui avait dit des injures atroces, et ne

s'attendait qu’à une cruelle mort ; et il finit en adressant la parole au patriarche en particulier.

Après ce discours, Cantacuzène se leva : ce que firent tous les autres, même le patriarche ; et, prenant avec lui les évêques accusés, et exhortant les autres à faire comme eux, ils se jetèrent tous aux pieds du patriarche, et dirent : Pardonnez-nous, mon père, nous avons failli ; remettez-nous notre faute, afin que le Père céleste vous remette aussi les vôtres. Alors le patriarche dit en parlant à Cantacuzène : Vous m'avez pris dans un filet dont je ne puis me retirer; ‘1 n’est pas passible de faire autre chose que ce que vous voulez. Aussiiôt il pardonna aux évêques qui l'avaient offensé, demanda miséricorde pour eux, les embrassa l’un après l’autre, et leur donna sa bénédiction en signe de réconciliation sincère ; enfin, après un petit discours, il congédia l'assemblée, et les évêques accusés allèrent eu palais remercier l’empereur 1.

1 Cantacuzène, 1. 1, ce. 56, 58 et 59; 1. 2, c. 1. Grégoras, 1. 9, c. 6 et 7.

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41311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 439

Le patriarche Isaïie mourut en 4333, un an après le vieil Andronic. Comme Andronic le jeune se disposait à porter la guerre en Macédoine, il s’'empressa de donner un successeur à Isaïe, On proposa divers sujets. Jean Cantacuzène, capitaine des gardes, conseilla à l'empereur de faire patriarche un prêtre nommé Jean, natif d'Apro ou Apri, autrement Théodosiople en Thrace, d’une famille fort obscure, mais fort habile homme pour les fonctions de son ministère. Cantacuzène l’avait pris pour son chapelain domestique ; mais, peu de temps après, il l'avait placé dans le clergé impérial, où il ‘était fort estimé et fort agréable à l'empereur ; en sorte qu ’ilapprouvait le. desseiri de Cantacuzène de le faire patriarche, si l'on pouvait y réussir. Mais quand on le proposa aux évêques, ils le rejetèrent tous aussitôt, comme de concert, et l'empereur remit le soin de cette affaire au capitaine des gardes, en grec le grand domestique.

Celui-ci, sans différer, assembla les évêques dans, l’église, des Apôtres, et s’efforça de leur persuader d'élire Jean d’Apri pour patriarche ;, mais ils continuèrent de s'y opposer, et quelques-uns insistèrent sur ce que c'était un homme engagé dans les affaires temporelles, qui avait femme et enfants dans :sa maison, C’est que les Grecs souffrent bien aux prêtres de vivre dans le mariage, mais non pas aux évêques. Cantacuzène répondit que Jean quitterait sa femme, si d’ailleurs on le jugeait digne du patriercat. Mais, voyant que les évêques le refusaient toujours, il rompit l’assemblée.

Il en tint une autre, dix jours après, dans la même église, où il dit aux évêques : Je ne prétends point vous persuader de mettre Jean sur le siége patriarcal, puisque vous ne l'avez pas agréable, mais il faut voir s’il est juste de lui donner le gouvernement d'une autre église, puisqu'il n’y a qu’un reproche contre lui. Les évêques, ne se défiant de rien, reçurent avec plaisir la proposition, et déclarèrent Jean archevêque de Thessalonique. Cantacuzène voulut qu'ils en fissent un décret par écrit ; et ils-le firent aussitôt. Quand il l’eut entre les mains, il dit : Si l'empereur nous disait : Puisque, après une mûre délibération, vous avez jugé Jean d'Apri digne de l'épiscopat, pourquoi ne serait-il pas patriarche, selon mon désir? que répondrions-nous, et quelle excuse plausible lui donnerions-nous ? Le patriarche a-t-il besoin de recevoir d'en haut quelque grâce ou quelque pouvoir que ne puissent recevoir les autres évêques ? Or, il n’en est pas ainsi : tous les évéques des grandes et des petites villes participent également à la grâce ; la différence de l'éclat et de l'honneur des siéges dépend de l’empereur, qui peut transférer à une plus grande ville celui qui a été jugé digne d'être évêque d’une.moindre : à quoi donc sert de le choquer inutilement et d’alléguer des excuses

iv. LXXVIL. — De 1300

aient trahi. Enfin il tiendrait un concile À ais comme partie,

s’assemblèrent au re de cette époque, cusés de garder le arche Isaïe se plai- > et l’'emprisonner, gile : Si votre jus- 1S, VOUS ne pouvez mme je J'apprends pareille à celui qui it le bien que nous bonnes œuvres, et, que le Père céleste adictoires. Mais je ui sommes imparurrions en perdre t qui êtes proposés st à vous qu'il conc vous êtes durs et mple nous donneznt ? Il leur propose le pardonner généures atroces, et ne idressant la parole

que firent tous les >s évêques accusés, > Jetèrent tous aux , mon père, nous > Père céleste vous n parlant à Cantane puis me retirer; que vous voulez.

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|. 9,c. 6et7.

440 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII, — De 1300

si frivoles? A ce discours, les évêques se regardèrent l’un l’autre, comme ayant été trompés, et, ne pouvant s’en dédire, ils élurent malgré eux Jean d'Apri patriarche de Constantinople, et peu après il fut ordonné 1.

Quand le capitaine des gardes impériales dit aux évêques grecs que, dans leur église, séparée de l’Église romaine, c'est l’empereur qui donne la juridiction aux évêques, c’est l'empereur qui les transfère d’une église à une autre, il ne faut pas s'étonner que les évêques grecs ne répondent rien ; c'est que, dans la réalité, ils n’avaient rien à répondre. Et autant en arrive à tout évêque, à toute église schis: matique, à tout évêque, à toute église séparés du chef divinement

institué de l'Église universelle, séparés de la source unique et divine |

de la juridiction spirituelle.

En effet, il n’est qu'un Dieu, qu'une foi, qu’un baptême, qu'un |

bercail et qu’un pasteur. Il n’est qu'un à qui le Christ ait dit au singulier : Pais mes agneaux, pais mes brebis. Il n’est qu’un à qui le Christ ait dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera. délié dans les cieux. Il n’est qu’un à qui le Christ ait dit : J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; lors donc que tu seras converti, affermis tes frères.

Aussi nous avons entendu dire Tertullien : Le Seigneur a donné les clefs à Pierre, et par lui à l'Église ? ; et saint Optat de Milève : Saint Pierre a reçu seul les clefs du royaume des cieux, pour les communiquer aux autres pasteurs ; et saint Augustin : Le Seigneur Nous a confié ses brebis, parce qu'il les a confiées à Pierre #; et saint Grégoire de Nysse : Jésus-Christ a donné par Pierre aux évêques Jes clefs du royaume céleste 5 ; et saint Léon : Tout ce que Jésus- Christ a donné aux autres évêques, il le leur a donné par Pierre 6,

De là saint Chrysostôme concluait que Pierre avait, sans aucun doute, le pouvoir d’élire lui-même un apôtre à la place de Judas,

! Cantacuz., 1. 2, e. 21, — 2 Si adhuc clausum putas cœlum, memento claves ejus he Dominum Petro, et per eum Ecclesiæ reliquisse. Tertull. Scorpiac, c. 10. — $ Bono unitatis, beats Petrus. . et præferri apostolis omnibus meruit, et claves regni cœlorum, communicandas cæteris solus accepit. Optat., 1. 7, contra Parm., n. 3. — + Commendavit nobis Dominus oves suas, quia Petro commendavit. Aug. Serm., 296, n. 11, — 5 Per Petrum episcopis dedit (Christus) claves cœlestium honorüm. T. 3, p. 316, édit. Paris. — 6 Si quid cum e0 commune ceræteris vVoluit esse Principibus, nunquàm nisi per ipsum dedit quidquid aliis non negavit. T. 2, col, 16, édit. Ballerin.

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Liv. LXXVII, — De 1309 rdèrent l’un l'autre, dédire, ils élurent nople, et peu après

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avait, sans aucun la place de Judas,

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| moyen âge sur les États catholiques se rend de la manière la plus

D © 17. Sozom.,

mais qu’il s’en abstint de peur de paraître favoriser quelqu'un !. C’est de Pierre que d’autres Pères de l’Église dérivent la prééminence des aires patriarcales de Rome, d'Alexandrie et d’Antioche. C'est au successeur de Pierre, au pape saint Léon, que s'adressent et le conile œcuménique de Chalcédoine et l’empereur Marcien pour obtenir k même prééminence à l'évêque de Constantinople, sans pouvoir réussir. C’est au successeur de Pierre, au pape saint Hormisda, que bus les évêques d'Orient disent dans leur profession de foi : Inviohblement attaché au Saint-Siége, et publiant toutes s2s ordonnances, l'espère mériter d'être avec vous dans une même communion, qui at celle de la Chaire apostolique, dans laquelle réside la vraie et atière solidité de la religion chrétienne, promettant aussi de ne point réciter dans les sacrés mystères les noms de ceux qui sont sémrés de la communion de l’Église catholique, c'est-à-dire qui ne wnt point unis en tout avec le Siége apostolique ?. C’est du succes- «ur de Pierre que les historiens grecs Socrate et Sozomène écritent dès le cinquième siècle : La règle ecclésiastique défend de rien décider, de s’assembler en concile et de f:ire aucuns canons, sans k consentement de l'évêque de Rome 5. Pierre et son successeur, tlle est donc la source première de la juridiction ecclésiastique, la wurce première de toute délégation légitime pour exercer un miiistère spirituel.

Mais voilà ce- qu’ignorent, et volontairement, les Grecs du quabrzième siècle; voilà ce que les Grecs ignorent encore aujourd'hui. Isrompent avec leurs ancêtres pour rompre avec l'Église romaine. leurs anciens Pères et docteurs, saint Athanase, saint Chrysostôme, aint Paul et saint Ignace, cherchaïient à Rome le remède à leurs maux : les Grecs dégénérés ont encore plus peur du remède que du mal. Au lieu de dociles enfants de saint Pierre, ils aiment mieux être ks esclaves de l'empereur, füt-il turc ou moscovite : Von hunc, sed Barabbam. C'est par là que finit le Bas- PRanRe des Grecs, tout comme le Bas- -Empire des Juifs.

Nous allons voir cet esprit de Bas-Empire apparaître en Occident ar le trône de France. Nous allons parler du démêlé entre le pape Boniface VIII et le roi de France Philippe le Bel. Voici comme un homme de génie, Frédéric de Schlégel, qui a vécu de nos temps, aractérise l'influence des Papes durant le moyen âge :

«La puissance morale que le Pape exerça réellement dans le

11311 de l’ère chr.]

2 Labbe, t. 4, p. 1444. — 5 Socr., 1. 2,

L'Homil, 3, in Act. apost., n. 2, — 1. 3, c, 10.

442 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 130(

frappante par les expressions républicaines et les formes de liberté de l’ancien État des Romains, où l'idée de tous ces pouvoirs pre tecteurs des droits du peuple se montre précisée avec une sagacité s particulière, et où elle se développe tout entière historiquement ; cx l'influence politique des Papes n'était, on le sait, qu’une influenc négativement limitante et protectrice, pour le maintien.des principes de justice ou pour la cause du peuple et de tous les faibles. Dans l'idée du Pape, prissions-nous même cette idée dans sa plus haute

extension, il n’y avait au fond que ceci: qu’il devait être un doux dl

pacifique préteur et arbitre, suivant le droit de l'équité, dans toutes les querelles inutiles et les guerres sans fin de ce temps-là ; ou bie

un austère censeur contre toute injustice et contre les violences des puissants ; mais surtout un tribun vigilant de la chrétienté entière en faveur de tous ceux qui étaient opprimés ou lésés. A peine ose-t-01 encore le dire, quoique la chose soit historiquement tout à fait vraie que les Guelfes, le Pape à leur tête, ont été les libéraux parfaits d

moyen âge, parce qu'ils avaient de leur côté l'Église et la religion, par où aussi l’état des choses se montre tout différent, tant les modernes libéraux, dans leur dégénération, sont tombés au-dessous des dignité d’un semblable parallèle. Les Gibelins, au contraire, pare qu'ils s'étaient mis en opposition avec l'Église et le sentiment rel

gieux, perdirent en même temps toute douceur morale, et, même individuellement pris, ils le cèdent partout, pour la grandeur du ca: ractère, aux héros de l'autre parti 1. » Ainsi parle cet homme de génie, que ses études profondes de l'histoire ramenèrent du protestantisme au sein de l'Église catholique.

Quant au cardinal Benoît Cajétan, successeur de Célestin V, on le8 tenait, dit Bossuet, très-habile dans les affaires, :et autant homme de bien que savant. Il prit, comme nous avons vu, le nom de Boni face VIIL, De son temps, l'Italie était déchirée par deux factions implacables, les Guelfes et les Gibelins : les premiers, partisans du Pape et de la liberté de l'Italie ; les seconds, partisans de la domination teutonique. Boniface eut naturellement pour ennemis les Gibelins, à la tête desquels était la puissante famille des Colonne. Il encourut encore l'inimitié des Français par suite de ses démélés avec leur roi. Les auteurs gibelins et gallicans sont ainsi légalement suspects et récusables, sait comme témoius, soit comme juges, dans tout ce qui tend à incriminer Boniface VII: Pour être juste, il ne faut s’en rapporter qu'aux actes ; c'est ce que nous tâcherons de faire à la suite

du père Bianchi, dans son ouvrage De la Puissance indirecte de l'E

1 Frédéric de Schlégel, Concordia, 6° livraison, p. 390.

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1 Ray

\1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 443

glise, ainsi que de monseigneur Wisernan, dans une dissertation expresse.

Quant à Philippe le Bel, voici le tableau de son règne par le fils de Louis XIV, ou plutôt par Bossuet, son précepteur : « Le règne de Philippe fut plein de séditions et de révoltes, parce que le peuple et le dergé furent fort chargés ; à cause qu'on haussait et baissait les monmies à contre-temps, et même qu'on les fabriquait de bas aloi, ce qi causait de grandes pertes aux particuliers, et ruinait tout le wmmerce. Le roi alla en personne en Languedoc et en Guyenne, pur apaiser les mouvéments de ces provinces, ce qu'il fit en caresynt la noblesse et en traitant doucement les villes. » Voilà ce qu'on lt dans l’Abrégé de l'Histoire de France, par le Dauphin. Et, ce qui ut à remarquer, dans le manuscrit original, le règne de Philippe le Blest de la main de Bossuet. Pour achever ce tableau, ajoutez-y ntrait qu'on voit dans le père Daniel: Le petit peuple de Paris, qui wuffrait le plus de cette continuelle altération des monnaies, s'étant mutiné par l'excès de sa misère, Philippe, qui' avait promis plus d'une fois de réparer les pertes, fit pendre un bon nombre de ces malheureux. Ainsi, roi faux-monnayeur, qui trompe, qui ruine ses ujets, et, pour toute indemnité, fait pendre les plus misérables, tel paraît dans ce tableau Philippe le Bel. Et pourquoi un argent si œuellement ramassé? Pour faire la guerre, non pas aux nations barbires, mais à des princes chrétiens, tels que le roi d'Aragon, le roi d'Angleterre, le roi de Germanie.

Maintenant, que fera l’ambitisux, le fougueux Boniface VIH, pour parler le langage de ses ennemis ? La première année de son pontifeat, 4295, il procure la paix à la France avec l’Aragon, et travaille ila lui procurer avec toutes les puissances. Édouard d'Angleterre à sudoyait contre Philippe le comte de Flandre et le roi des Romains, Adolphe, Boriface envoie des légats à Édouard et à Adolphe avec des lettres pressantes, où il leur reproche de faire la guerre à un roi atholique, les conjure de ne pas attaquer davantage son très-cher îls Philippe, roi de France, mais de s’accorder à la paix ou du moins tune longue trêve 1. Ses instances restant. infructueuses , il intime , sus peine d’excommunication, le 43° août 1296, aux rois d'Anglere, de France et de Germanie, une trève de deux ans. Édouard et Adolphe l'acceptent, et soumettent leur différend au Saint-Siége. Philippe, pour qui Boniface se donne tous ces mouvements, est le seul à y résister; livré à de mauvais conseils, au lieu de seconder L ls pacifiques et bienveitlantes intentions du Pontife, il se met à pro-

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1 Raynald, 1295, n. 41-46.

444 HISTOIRE UNIVERSELLE {[Liv, LXXVII. — De 13

tester que le gouvernement de son royaume dans les choses tem

relles appartient à lui seul, qu'il n’y reconnaît aucun supérieur $ la terre, qu'il n'entend se soumettre à qui que ce soit pour le tem porel de son royaume ; mais que, pour ce qui regarde le salut s son âme et les choses purement spirituelles, il est prêt à obéir au admonitions du Siége apostolique !,

Ge qui suppose que de chercher à concilier les princes chrétien d'employer les armes spirituelles pour empêcher les meurtres, l incendies, les rapines et autres crimes qu'entraine inévitablement] guerre, n'est aucunement dans les attributions du Pontife romai père commun des rois aussi bien que des simples fidèles ; ceq suppose que le vicaire de Jésus-Christ peut bien excommunier obscur brigand qui ne désole qu'un petit canton, mais que, quan( les rois s’amuseront à ravager les provinces, à ruiner leurs peuples à désoler la chrétienté entière, il ne pourra que bénir et bourreau et victimes ; ce qui suppose que telle guerre que fasse le prince, tel moyens qu'il emploie pour la’ soutenir, cela n’intéresse point le sa lut de son âme ; ce qui suppose que leroi, en tant que roi, est indé pendant de la loi de Dieu interprétée par l’Église, c'est-à-dire que souverain, en tant que souverain, est athée et doit l'être.

Pour continuer la guerre que le Pape voulait éteindre, les princes comme l’avouent Jordan et Polidore Virgile, auteurs de l'époque ! non-seulement épuisaient leurs peuples, mais accablaient le clergé et les églises de taxes nouvelles et extraordinaires. Dans la vue ds les forcer à la paix, Boniface avait rendu , le 18 du même moi d’août 1296, une constitution commençant par ces mots : Clericis lai cos, où il défendait, sous peine d'excommunication, au clergé de payer, et aux laïques, fussent-ils rois ou empereurs, d'exiger aucune contribution extraordinaire sur les biens ecclésiastiques, sans le consentement et l'autorité du Saint-Siége.

Il n'entendait ni les redevances féodales ni les contributions déjà autorisées, mais les impositions nouvelles ; encore ne les défendaitil pas absolument, mais seulement faites sans l'autorité du Pontif romain ; chose déjà décrétée par les conciles de Latran, reconnue de Philippe lui-même, et décrétée de nouveau depuis au concile de Constance 3, Cette constitution, en préparant la paix générale, favorisait en particulier la France, aux ennemis de laquelle elle ôtait les moyens de lui nuire. Que ce motif ne fût pas étranger à l'esprit de Boniface, on le voit par une lettre daiée du même jour, où il prie

! Raynald., 1296, n. 18 et seqq. = * Ibid, n. 23. — 8 Thomassin, De Discipline, part. 3, 1. 1, e. 43. Concii. Constant. Labbe, t, 12, col, 276.

pit de 1

(Liv. LXX VII, = pe poli de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 145

dans les choses temiippe d'envoyer à Rome son frère, Charles de Valois, pour s'en-

it aucun supérieur tenir avec lui d’affaires très-importantes et secrètes. ce soit pour le tMilgré cela, cette constitution reçue, observée en Angleterre et en jui regarde le salut emagne, Philippe la prit de mauvaise part. Pour s'en venger, it il est prêt à obéir atdit de transporter sans sa permission aucun argent hors du aume, n'exceptant ni Roine ni le Saint-Siége. Dans une lettre du les princes chréti dit sPtembre de la même année, le Pape se plaignit à Philippe her les meurtres, tre si mal récompensé d’un roi pour lequel il se donnait tant de aîne inévitablement [res et passait tant de nuits sans repos : ce qu'il avait prescrit était ns du Pontife romaidro"me aux canons ; il ne prohibait point les contributions eccléimples fidèles ; ceq tiques d’une manière absolue, il voulait seulement qu’on n’en fit bien excommunier M! sans l'autorité du Saint-Siége, ei cela pour empêcher les exacton, mais que, quand" intolérables des gens du roi; que si la France éprouvait une ruiner leurs peuples kessité grave, non-seulement il permettrait ces impositions, mais, 1é bénir et bourreau dilé" était besoin, il sacrifierait jusqu'aux calices, croix et autres 1e fasse le prince, t4Wts sucrés, pour défendre un royaume aussi noble et aussi cher l'intéresse point le «MR Siège apostolique !. Le 16 février 1297, il écrit au clergé et au ant que roi, est indé dans le même sens : si le royaume de France était menacé dans se, c'est-à-dire quek sdroits ou dans son existence, non-seulement il approuverait les loit l'être. ilentions des églises gallicanes, il exposerait les biens et la puiséteindre, les princes"? de l'Église, romaine, autant du moins que le souffriraient son uteurs de l'époque meur et celui de l'Église. Enfin, le 22 juillet de la même année accablaient le clerg oiface déclara par une bulle que sa constitution du 48 août 1996 ires. Dans la vue dit étendait point au cas de défense nécessaire du royaume ; que, 18 du même mods Ces occasions, les subventions ecclésiastiques pouvaient être es mots : ClericislaiMmandées et payées sans consulter le Pontife romain ; que le Saintation, au clergé d ke s’en rapportait-à la conscience du roi et de son conseil, supeurs, d'exiger aucune" (ue le roi n'eût pas vingt ans, pour décider si le cas de nécesastiques, sans le conf t*IStait ou non; voulant ainsi que, hors la nécessité de défendre royaume, on suivit la règle commune qui demandait le consente-

es contributions dépit du Pape ?.

ore ne les défendait- M Ainsi Philippe n'avait aucune raison de se fâcher de la décrétale l'autorité du Pontikif!"itis laicos, surtout après les explications si bienveillantes du Latran, reconnue de itife. Tout le tort jusque-là est du côté du roi. Pour le faire reepuis au concile de mber sur le Pape, Bossuet, dans sa Défense de la Déclaration galpaix générale, favo-M'", Se rejette sur un bref adressé à Philippe au mois de septemlaquelle elle ôtait les" 1296 pour lui faire révoquer son édit. Boniface y avouait qu'il tranger à l'esprit de \ quelquefois à propos de faire ces sortes de défenses, de peur que ême jour, où il prie ‘uets ne soient privés des choses nécessaires et qu'elles ne pasaux ennemis. Mais, ajoute-t-il, si, ce qu’à Dieu ne plaise, l'in-

— S$ Thomassin, De la t. 19, col, 276. Riynald, 1296, n. 25 et seqq. — ? Ibid, 1297, n. 47 et seqq.

416 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVIL. — De {13

tention de ceux qui ont dressé cette ordonnance avait été de l'étend à nous, à nos frères les prélats, aux autres personnes ecclésiastiques aux églises même, en comprenant dans la défense les biens que l'É

glis: possède au dedans et au dehors de votre royaume, ce serait une

entreprise non-seulement imprudente, mais insensée, de voulr ainsi porter une mäin témérairé à des choses sur lesquelles ni à vou ni à prince séculier n'est attribuée aucune puissance. Bien plus, vic lant par là la liberté ecclésiastique, vous auriez encouru la sentence d’excommunication prononcée par les canons.

Sur quoi Bossuet se récrie : « En vérité, je ne crois pas que parmi les défenseurs les plus outrés des décrets des Papes, il su trouve un seul qui ose soutenir ce que dit ici Boniface : Qu'un prin fait une action imprudente, insensée et digne d’anathème, dès qu défend aux ecr'“siastiques de transporter hors de son royaume sans sa permission, des choses aussi nécessaires. Défendre de lasort la liberté de l'Église, certes ce n’est pas la défendre, mais la rend odieuse et funeste aux empires ; c’est faire des ecclésiastiques, no pas des citoyens, mais presque des ennemis à charge et.en haine tout le monde. Aussi Philippe ne se relâcha-t-il point de la gravit et de l'autorité de son édit 1, » 1

Mais, pour parler sur ce ton d’un Pape si renommé par la scien qu’il avait du droit, Bossuet oublie qu'il ne s'agit ni de la défense né cessaire de l'État, ni des contributions légales, mais d’exactions con traires aux lois : Bossuet ignore ou feint d'ignorer qu’en s’exprima comme il fait, Boniface parle le langage des canons ; Bossuet igno ou feint d'ignorer qu'Innocent III avait rappelé dans une décrétal qu’il n’a été attribué aux laïques, même pieux, aucun pouvoir su les églises et les personnes ecclésiastiques ; que leur part en cela es la nécessité d’obéir, non l'autorité de cosamander ; que ce qu'ils ré gleraient là-dessus de leur propre mouvement, füt-il avantageux au églises, n’a aucune force, à moins que l'Église ne l’approuve; Bas suet ignore ou feint d'ignorer que le successeur d’Innocent, Hono rius IL, avait excormunié tous ceux qui établiraient, transcriraient voudraient faire observer, suivraient dans leurs jugements de statuts, édits, usages contraires à la liberté de l’Église; Boss ignore ou feint d'ignorer que les décrétales de ces deux Papes avaiei été insérées au corps du droit canon, près d’un siècle avant le pon tificat de Boniface VIII ?.

Que dis-je ? La première d’entre elles ne fait que rappeler les dis

1 Defensio Declarat.— ? Cap. Eccles. S. Mariæ de Constitut., 1, 1. Decrill tit, 2, cap. Noverit ; de sent. excom. 5. Decretal., tit, 39, c. 49,

positiot

(Liv. LXXVIL. — De 1200) 1511 de l'ère chr.] .. , DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. à

e avait été de l’étend psitions, les paroles même du concile tenu à Rome au. commensonnes ecclésiastiquesM ment du sixième siècle. L'an 483, Odoacre, roi d'Italie, défendit nse les biens que l'ÉMiliéner les biens de l'Église romaine. Ce décret était en soi juste, royaume, ce serait un ntention en était bonne ; néanmoins, ayant été lu dans le concile .insensée, dé vouloiii 502, le quatrième sous le pape saint Symmaque, qui le présidait, sur lesquelles ni à vou@ivèque de Milan dit : Cet écrit n’a pu. obliger aucun Pontife de ssance. Bien plus, violtome, parce qu’il n’est point donné à un laïque d’avoir aucun pouez encouru la senten@yir de rien statuer dans l'Église sans l'aveu du Pontife romain, reter Papam romanum 1 : sa part est d'obéir, non l’autorité de come ne crois pas quel nder. L'évêque de Ravenne parla dans le même sens. Celui de ets des Papes, il s'iiracuse dit : Ce décret est évidemment nul, parce que, contre la oniface : Qu'un prin ie des Pères, il a été fait par des laïques, auxquels, si pieux qu’ils d'anathème, dès quiéent, on ne lit point qu'il ait été attribué aucun pouvoir de rien ors, de son royaumeuer sur les biens ecclésiastiques. Enfin tout le concile conclut en es. Défendre de lasor@idressant au Pape : « Il est clair que cet écrit est de nulle autorité, fendre, mais la rend @} en eût-il, votre Béatitude devrait l'annuler, afin qu'il ne fût pas es ecclésiastiques, Mnexemple aux laïques, de quelque condition et de quelque piété à charge et en haine ils soient, pour avoir la présomption de rien décerner en façon il: point de la gravi@uelconque touchant les biens ecclésiastiques, desquels il est enseimé que la disposition a été incontestablement commise de Dieu aux nommé par la scien@rritres seuls 2. » Voilà ce qu'ignore ou dissimule Bossuet avec it ni de la défense néffeury, mais d'exactious cmd Ce n'est pas tout : l'édit de Philippe, par sa généralité, empiétait rer qu'en s’exprimalir les legs et les oblations que faisaient alors les fidèles pour le renons ; Bossuet ignotuvrement de la Terre-Sainte. Or, sans parler ici des peines que lé dans une décréyononce. le droit canon contre quiconque entraverait l'emploi de K, aucun pouvoir sx pieuses contributions, voici ce que le même pape Symmaque, e leur part en cela ins le sixième concile de Rome, où assistaient plus de cent évêques, der ; que ce qu'ils riécrétait, en 304, contre les usurpateurs des biens ecclésiastiques. füt-il avantageux après avoir rappelé en quels termes le concile de Gangres, vers l'an > ne l’approuve; BA, anathématisa tous ceux qui recevraient les oblations des fidèles ur d’Innocent, Honoëiten disposeraient sans l'autorité de l'évêque, il ajoute: « C’est donc iraient, transcritaiei@une iniquité et un énorme sacrilége que les oblations et les legs que leurs jugements dSelqu'un aura faits à l'Église pour la rémission de ses péchés et le de l'Église; Boss de son âme, soient détournés à autre fin par ceux qui devraient es deux Papes avaitill} plus y tenir la main, savoir les Chrétiens, mais surtout les princes n siècle avant le poules magistrats. » En conséquence, il frappe d'un perpétuel analième, à moins d’une prompte correction, quiconque se rendrait L que rappeler les dÉunpable de ce crime, et généralement tous ceux qui, par fraude, par ‘ilence, par la faveur des princes, par la tyrannie des hommes

Constitut., 1, 1. Decril, tr qnA8s ! Labbe, t. 4, col. 1336. — ? Ibid.

448 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv, LXXVII, — De 130

puissants, oseraient confisquer, envahir ou retenir les biens de 'É. glise. « I n’est pas juste, disait-il aux évêques, que nous soyons seule. mentles gardiens des papiers, au lieu d’être ies défenseurs des choses qui nous sont confiées. Si les remèdes doux ne suffisent point guérir la plaie, il faut y employer le fer. Il n’est point permis À l'ecipersur on: à quiconque professe la piété de rien présumer contre les commandements divins, ni de rien faire qui soit opposé aux règles de l'Évangile, des prophètes et des apôtres. Tout jugement injuste, toute injuste décision que prononceraient les juges par la crainte ou par l’ordre du souverain, est sans autorité. Nul acte ne subsistera de contraire soit à la doctrine, soit à une constitution de l'Évangile, des prophètes, des apôtres ou des saints. Pères ; ce qui aura été fait par les infidèles ou par les hérétiques sera absolument cassé. »

Ainsi parlait Symmaque ; et le concile se leva tout entier en criant: Jésus-Christ, exaucez-nous! Longue vie à Symmaque! tout ceh nous plait ; quiconque y contreviendra volontairement, qu'il soit frappé d’un perpétuel anathème! confirmez nos décrets, nous vous en prions! Ces dernières paroles furent répétées dix-huit fois. Symmaque répondit aux. évêques que leurs acclamations seraient consignées dans les archives du concile, avec ses ordonnances qu’il confirma à perpétuité, soumettant aux peines susdites tout contrevenan! sans distinctin de personnes 1,

Tout cela se voit littéralement, non-seulement dans la collection des conciles, mais encore dans le droit canon. Ce qu’il y a de plus re. marquable, c’est qu’un roi goth et arien, Théodoric, se soumit à ces décrets et les fit observer dans toute sa domination. Eh bien ! le judicieux Fleury, dans son Histoire ecclésiastique, le savant Bossuet, dans sa Déjense de la Déclaration gallivime, ne disent pas le plus petit mot ni du concile, ni de ses décrets, ni de la conduite def Théodorir : pourquoi ? parce que tout cela condamnait, huit siècles d'avance, la conduite de Philippe le Bel et autres. On supprime ce que dit un Pape à la tête d’un concile, au sortir du cinquième siècle, pour blâmer plus hardiment un Pape qui répète la même chose à ha fin du treizième. On tait l’admirable soumission d’un prince hérétique, et on loue la coupable désobéissance d’un prince catholique.

Boniface disait encore à Philippe : « Songez aux royaumes des Romains, d'Angleterre et d'Espagne, qui vous entourent de toutes parts ; songez à leur puissance, à la valeur et à la multitude de leurs habitants, et vous reconnaitrez clairement que le temps n'est

4 Labbe, t. 4, col, 1376,

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pareill de not vous 2 autres résiste qu'à D faisiez saire Ÿ

« ( d'un F un roi devoir sil es!

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Mais où a-t-

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ennem guerre roi des là pair procur écrit à quaien France Sous pi cune n pas le :

venger Philipr chant !

fidèles d'un rc dans di père de par des l'excon nemis.

! Defe

Liv, LXXVIT, — De 1300

enir les biens de l'É.

1e nous soyons seule.

éfenseurs des choses ne suffisent point à 'est point permis } ien présumer contre qui soit opposé aux res. Tout jugement ent les juges par ha itorité. Nul acte ne | une constitution de aints . Pères ; ce qui ues sera absolument

1311 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 119

pas favorable pour nous harceler, nous et l'Église, par des piqères pareilles, Vous auriez dû ne point oublier que la seule soustraction de notre assistance et de notre faveur, ainsi que celle de l'Église, vous affaiblirait au point, vous et les vôtres, que, sans parler des autres désavantages que vous éprouveriez, vous seriez hors d’état de résister aux'attaques du dehors. Que vous arriverait-il donc si ce qu'à Dieu ne plaise, vous offensiez grièvement le Saint-Siége, et en hisiez l’auxiliaire de vos ennernis, ou plutôt votre principal advergaire ? »

« Que le lecteur juge, s’écrie encore là-dessus Bossuet, s’il est d'un Pontife et d’un père de faire là-dessus de pareilles menaces à un roi catholique, qui remplissait avec fermeté et sans reproche son devoir de roi, sans rien entreprendre contre la religion ou l’Église ; sil est d’un Pontife et d’un père d'exciter contre lui les rois, ses wisins, de leur donner du secours, de se déclarer même son principal adversaire !. »

Mais où Bossuet a-t-il vu ce que suppose insidieusement sa phrase? où a-t-il vu que Boniface VIIT excitât contre Philippe les autres sou- | verains, qu'il leur donnât du secours, qu’il se fit même son principal mnemi ? Lorsque Boniface devint Pape, Philippe n’avait-il pas la guerre avec le roi d’Aragon, avec le roi d'Angleterre, avec Adolphe, wi des Romains ? N'est-ce pas Boniface même qui lui avait procuré k paix avec le premier, et qui travaillait continuellement à la lui procurer avec les deux autres? Ce même Boniface n’avait-il pas rit à ceux ci des lettres pleines de reproches sur ce qu'ils attaquaient alors son fils bien-aimé, le roi Philippe, et le royaume de France ? Pour leur en ôter les moyens, ne leur avait-il pas défendu, ous peine d'excommunication, de faire, sans son consentement auane nouvelle levée sur les biens ecclésiastiques? Philippe n’était-il pas le seul qui résistât à la pacifique médiation d1 Pontife? Pour se venger de Boniface, qui voulait l'observation des -anons et la paix, Philippe ne violait-il pas les canons pour faire la guerre, en empêchant l'Église de disposer de ses revenus ainsi que des oblations des idèles pour la Terre-Sainte ? Que le lecteur juge après cela s’il était d'un roi très-. arétien d’en agir de la sorte. Que le lecteur juge si, dans de pareilles circonstances, il n'était pas d'un Pontife et d’un père de rappeler à un prince ingrat et entêté à quoi il s’exposerait si, par des offenses encore plus graves, il forçait le Saint-Siége soit à l'excommunier, soit à simplement approuver l’entreprise de ses eniemis. Que le lecteur juge enfin s’il était d'un évêque catholique, s’il

lout entier en criant :

ymmaque ! tout cela airement, qu'il soit s décrets, nous vous dix-huit fois. Symtions seraient consilonnances qu’il con- >s tout contrevenant

nt dans la collection qu’il y a de plus re ric, se soumit à ces ion. Eh bien! le ju- , le savant Bossuet, e disent pas le plus i de la conduite def lamnait, huit siècles es. On supprime ce du cinquième siècle, la même chose à la n d’un prince héré- | prince catholique.

aux royaumes des entourent de toules à la multitude de que le temps n'est

? Defensio.

450 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv LXXVIL, — De 1900

était d'un Bossuet de travestir ainsi les faits et les paroles pour bla. mer ia conduite louable d'un Pape attaché aux canons, et louer ln conduite blâämable d'un roi livré. à de mauvais conseils,

Continuons d'examiner les actes du fougueux Boniface VII.

Non content d'avoir donné de sa décrétale Clericis laicos des explications aussi avantageuses à Philippe, il écrit, le 6 mars 1207, au clergé de France que, sans crainte de la décrétale, il peut accorder au roi, sur les biens ecclésiastiques, les subsides jugés convenables pour l'aider à réduire le comte de Flandre; peu après, il confirme et loue la délibération du clergé de payer au roi la décime pendant deux ans ; il permit de plus à Philippe d'employer à la même fin ln moitié des legs pour la Terre-Sainte ; en outre, il lui accorde le privilége de nommer à un bénéfice dans chaque église cathédrale ou collégiale de son royaume : tout cela avant que Philippe eût révoque son édit anticanonique, Une nouvelle marque d'affection pour la France fut la canonisation de saint Louis, grand-père du roi, que le Pape termina et prononça la même année 1,

Au commencement de l'année suivante 1298, pour ménager la paix entre Édouard et Philippe, et procurer à celui-ci le moyen de réduire les Flamands rebelles, le Pontife envoie des légats en Angleterre et en France. Les deux rois s'en remettent à Boniface, non comme Pape, mais comme médiateur amical, et font une trêve de deux ans, pour lui donner le loisir de concilier leurs différends, Dès le 17 juin 1298, Boniface publie le traité de paix, où, pour resserrer l'union entre les deux royaumes, il propose le mariage de la sœur de Philippe avec Édouard, et celui de la tille de Philippe avec le fils du monarque anglais. Il en est qui disent que Philippe fut mal satisfait

de la sentence arbitrale, parce que, contre son attente, Boniface y |

comprenait le comté de Flandre. Mais il n'est question du comte ni dans la sentence ni dans les lettres du Pontife, Ce qu'il y a de certain,

c'est que le traité de paix fut accepté de part et d’autre, et les ma- |

riages proposés eurent lieu,

Une des plus puissantes familles de Rome était celle des Colonne. Dans le principe, elle fut un des plus fermes appuis du pape Boniface VIIT ;, deux cardinaux de cette famille, oncle et neveu, lui donnèrent leur voix dans le conclave ?. Dans le cours de la seconde année de son pontificat, on trouve dans son registre une grâce accordée à un membre de cette famille. La même année 1296, Egidius Colonne, de l'ordre de Saint-Augustin et docteur fameux, fut fait par le Pape archevêque de Bourges. La division se mit à Rome dans cette

4 Raynald, 1297. —2 Sanct, Anton, Petrini Memor. Prenest., p. 145.

famill cardir Matth du Pa de far frères pour 4 du P Con qu'un leress lume ses va lestrin mand frères d'acec gages aimèr de m pontif Alo clercs lui int qu'il ç Le ca dinal vant à Gallic.

nom refus çues.

n'étail quer, n'avai dard ( comn Colon Mui

1 Boi append

os paroles pour bla.

canons, et louer ]n conseils, Boniface VIII, “icis laicos des expli.

e 6 mars 1207, an le, il peut accorder 8 jugés convenables iprès, il confirme et la décime pendant er à la même fin la il lui accorde le priglise cathédrale ou Philippe eût révoque d'affection pour 1d-père du roi, que

à tait de l'ère cbr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. A61

famille puissante, Elle eut pour cause la tyrannie exercée par le cardinal Jacques Colonne et ses partisans envers ses propres frères, Matthieu, Odon et Landolphe. Ceux-ci eurent recours à la protection du Pape, leur seigneur commun, pour être réintégrés dans leurs droite de famille et leurs possessions !, Le cardinal contre lequel ses trois ières portaient plainte était connu, lui et tous ceux de son parti, pour être aflectionnés à la maison d'Aragon, devenue alors l'ennemie du Pape depuis qu'elle s'était injustement emparée de la Sicile, Comme gage de la fidélité des Colonne suspects, Boniface demanda qu'une garnison, composée de soldats à lui fût reçue dans leur forlresse de Palestrine ; c'était un droit que tout seigneur avait coulune de réclamer dans le cas où il avait des doutes sur la fidélité de ss vassaux, Or, on ne peut douter que les Colonne ne tinssent Palestrine à titre de fief du Suint-Siége, En même temps Boniface demanda réparation et satisfaction pour les injustices faites aux trois frères que nous avons nommés. Mais les Colonne suspects, au lieu d'accorder ces dédommagements et de donner à leur souverain des gages de leur fidélité, ou du moins d'entrer en pourparler avec lui, aimèrent mieux recourir à un moyen tout à fait déraisonnable, celui de mettre en doute la validité de son élection et de ses droits au pontificat.

Alors Boniface, le 4 mai 1297, fit venir Jean de Palestrine, un des î dercs de sa chambre, et l'envoya au cardinal Pierre Colonne pour 1 lui intimer l’ordre de comparaitre devant lui ce soir-là même, parce | qu'il désirait lui demander s’il le reconnaissait ou non pour Pape ?. Le cardinal, au lieu d’obéir, s'enfuit de Rome avec son oncle, le cardinal Jean, et tout le reste de sa famille. Le 40 au matin, se trouvant à Lunghezza avec le fameux frère Jacopone de Todi, Jean de Gallicano et d’autres, ils firent écrire par un notaire de Palestrine, nommé Dominique Léonardi, un acte dans lequel ils excusaient leur refus d'obéir à l'appel du Pape par les craintes qu’ils avaient conques. En même temps ils déclarèrent ouvertement que Boniface n'était point Pape, parce que Celestin n'avait pas eu le droit d'abdiquer, et qu'en supposant même qu'il eût eu ce droit, sa renonciation n'avait pas été libre et volontaire. C'était lever ouvertement l'étendard du schisme. Ce fut le premier pas fait dans cette querelle, et, tomme on le voit, le bläme en doit retomber tout entier sur les Colonne 5,

Mais, pendant ce temps, Boniface n’avait pas manqué de témoi- ‘1

, pour ménager la lui-ci le moyen de » des légats en Annt à Boniface, non . font une trêve de surs differends, Dès , OÙ, pour resserrer riage de la sœur de lippe avec le fils du pe fut mal satisfait attente, Boniface y | uestion du comte ni qu'il y a de certain, d'autre, et les ma-

, celle des Colonne, uis du pape Boniet neveu, lui dons de la seconde anune grâce accordée 1296, Egidius Coneux, fut fait par le à Rome dans cette

‘Bonif. Bull. Pelrins, p. 147, — 2 Petriné Mem , p. 428. — 8 Raynald, t, 15,

est., p. 145. appendix.

452 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 130 gner sa juste indignation pour le mépris que l’on faisait de son au-

At311

lion, i torité. C’est pourquoi ce jour-là même il convoqua un consistoire, M dre de déclara les Colonne contumaces, rebelles, coupables de grands torts Met cou envers le reste de leur famille, et les priva de leurs bénéfices ecclé. lagar

siastiques et de leurs chapeaux de cardinaux 1. Certes, il ne viendra @ comm a à l'idée de personne que, même en meitant de côté l’acte forme! de Dan j: rébellion commis par les Colonne le même jour, il ne fût dane le Mat déc a droit et le devoir du Pape de faire le procès à des ecclésiastiques qui, PS comm dans la ville même de Rome, avaient défié son autorité. proche Mais bientôt les Colonne agrandirent la brèche au point de la rendre M (olonr

presque irréparable ; ils répandirent de tous côtés l'acte plein de apabl

calomnies qu'ils avaient publié contre le Pape, et poussèrent l'impu. À nfâme

dence jusqu’à en faire attacher une copie à l'autel de Saint-Pierre ?, Doors

Voici comme Bernard Guidi raconte la chose dans sa Vie de Boni- Micesr

face VIIT: « L'an du Seigneur 1296, le pape Boniface commenca à reçure

faire le procès aux Colonne, par suite et à l’occasion de son trésorier quoi le

Étienne, qui avait été dépouillé #, Alors les cardinaux Jacques et M rrécéd

Pierre Colonne, oncle et neveu, voyant le Pape irrité contre eux, fi- M 18ve di

rent contre lni un libelle qui fit beaucoup de bruit et qu'ils répandi- Gert

rent de tous côtés, aflirmant dans ledit libelle que ce n’était point lui M des ex

qui était Pape, mais Célestin. Cités à comparaître pour cela devant M ntime

le pape Boniface, ils ne le firent point, et furent déclarés contumaces, » M son dr

La relation d'Amalric esi presque la même #, seulement il parle en M h décl

termes plus formels encore de la publication du libelle : Ils l’envoyè. M placée

rent de différents côtés et le firent publier. En effet, ils envoyèrent ce M du Par libelle ou un autre à l’université de Paris 5. qu'elle Boniface, voyant l’obstination des Colonne, publia contre eux une M st du

autre bulle, le jour de l’Ascension 23" de mai. Voici comme il les y Œucpr

réfute par eux-mêmes sur l’article de son élection : « Ils nous ont M tite; i

rendu près de trois ans l’obéissance et le respect comme à un Pape, Æ anem

ont participé avec nous au corps et au sang du Seigneur, nous ont M son au

assisté à la messe et aux offices divins, comme les cardinaux ont M refusai accoutumé'de faire aux Pontifes ron:ains ; ils nous ont donné leurs RS Main

conseils pour les provisions et définitions que nous avons faites, ont M souver:

souscrit aux priviléges que nous avons accordés , ont fait avec nous InSUpp

et reçu de nous d’autres choses, qu'ils n’auraient pas dû avec un À hrtifiés

homme qui n’eût pas eu une entrée canonique. Et ils ne peuvent pas Æ Pouvai

dire qu’ils l'ont fait par crainte, puisque, dans le scrutin de notre élec- puissar

justifié

voici u

? Raynald, 1297, n. 27. — ? Apud Muratori, Script. rer. îtal., t. 3, p. 670, — 3 Boniface ne parle de cet acte de violence dans aucune de ses bulles : on peut donc en douter, — + Apud Murat, t, 3, pars ?, p. 436. — 5 Potrini, p. 116.

‘Ray

[Liv. LXXVIT. — De 1300

on faisait de son auqua un consistoire, bles de grands torts !

urs bénéfices ecclé.

Certes, il ne viendra Ôté l'acte forme! de r, il ne füt dans je ecclésiastiques qui, iutorité.

au point de la rendre tés l'acte plein de poussèrent l’impuel de Saint-Pierre ?, ns sa Vie de Boniniface commença à sion de son trésorier rdinaux Jacques et rité contre eux, fi- | tet qu'ils répandie ce n’était point lui re pour cela devant À larés contumaces, »

ulement il parle en A belle : Ils l’envoyè- | t, ils envoyèrent ce

11311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 453

ion, ils nous ont élu et nommé Pape, lorsqu'il n’y avait rien à crainire de nous ; et lorsque, après notre élection, réception, consécration et couronnement, nous logeâmes avec confiance dans le château de lagarole, ils nous ont rendu, eux et les leurs, le respect et l'honneur comme Pape, sans qu’il y eût aucun motif de craindre. »

Dans cette bulle du 23 mai, Boniface confirme la sentence portée, M4 déclare que, persistant dans leur schisme, ils doivent être punis Doomme hérétiques. Il ajoute à leur condamnation celle de leurs plus proches parents, au nombre de cinq, entre lesquels il nomme Jacques Colonne, surnommé Sciarra, c’est-à-dire Querelle. Il les déclare inapables de toutes charges publiques, ecclésiastiques ou séculières, ifâmes et excommuniés. Il ordonne ensuite aux inquisiteurs de les poursuivre comme hérétiques !. Mais les Colonne, loin de se rendre ices menaces, se liguèrent avec Frédéric d'Aragon, roi de Sicile, et reçurent ses ambassadeurs dans leu: ville de Palestrine. C'est pourquoi le Pape donna une troisième bulle contre eux, qui confirme les précédentes, et qui fut publiée le jour de la dédicace de Saint-Pierre, l8ne de novembre de cette année 1297 2.

Certains-auteurs modernes supposent que Boniface VIIL fulmina des excommunications contre les Colonne à cause de leur liaison itime avec Frédéric de Sicile, et que, par représailles, ils nièrent son droit au pontificat. Ceci est une erreur volontaire ou non. Car h déclaration schismatique des Colonne, souscrite à Lunghezza et pacée sur l'autel de Saint-Pierre, est du 10 mai, tandis que la bulle lu Pape, qui la condamne et la réfute, et qui rappelle la circonstance qu'elle fut audacieusement placée sur l'autel du prince des apôtres, et du 23% jour du même mois. L'acte de Boniface ne fut donc pas ine provocation, mais la réponse à une provocation qu’on lui avait hite ; il fut l'effet et non la cause de la conduite des Colonne ; et cerkinement Boniface ne pouvait, sans renier son droit et renoncer à su autorité, moins faire que de déclarer schismatiques ceux qui lui rfusaient d’être le véritable Pape.

Maintenant, pouvait-il laisser les choses en cet état ? Il était leur souverain temporel et spirituel, et ils avaient secoué comme un poids insupportable toute sujétion temporelle et spirituelle; ils s'étaient ltifiés à Palestrine, et avaient continué à insulter à son pouvoir. Pouvait-il faire autre chose que de les réduire à l’obéissance par la puissance des armes ? La guerre contre Palestrine était pleinement justifiée, et même la situation des choses la rendait nécessaire. Mais voici un fait que nous apprend Wiseman, et qui montre avec une

blia contre eux une oici comme il les y on : « Ils nous ont comme à un Pape, | Seigneur, nous ont

les cardinaux ont us ont donné leurs !

us avons faites, ont | , Ont fait avec nous nt pas dû avec un tils ne peuvent pas rutin de notre élec-

. îtal., t. 3,p. 670. — de ses bulles : on peut Petrini, p. 116.

TRaynald, 1297, n, 35 et seqq. — 2 Ibid., n, 41.

454 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII, — De 1300

nouvelle évidence de quel côté fut le bon droit en cette circonstance,

Le sénat de Rome, désireux d'empêcher la guerre civile, s’entremit comme médiateur. Les Colonne s’engagèrent à demander leur pardon. Boniface consentit à le leur accorder, à condition qu'ils se mettraient entre ses mains, eux et leurs places fortes. Dans les temps féodaux, cette condition était généralement imposée lorsqu'on accor-

dait le pardon à un sujet rebelle. Mais , au lieu d'exécuter leur pro- |

messe, les Colonne reçurent dans leur ville François Crescenzi, Nicolas Pazzi et quelques envoyés du roi d'Aragon. Alors seulement le Pape promulgua une croisadé contre eux, comme schismatiques et ennemis du Saint-Siége. La guerre, comme on voit, fut manifeste. ment provoquée par les Colonne, et le blâme ne peut en retomber

sur Boniface ; néanmoins, la manière dont elle se termina a été l’oc-

Casion des plus graves accusations contre lui.

On prétend que, pendant le siége, Boniface promit plein et entier pardon aux Colonne, que ceux-ci devaient conserver la possession de leurs forteresses, mais qu’à la vérité la bannière du Pape devait être arborée sur Palestrine et les autres forteresses. On ajoute que cette promesse fut faite en présence des magistrats de Rome, et qu'ayant de cette manière obtenu la possession de Palestrine, Boniface viola ses promesses et démantela la place. Mais au concile de Vienne, pour les motifs que nous verrons plus tard, un procès fut intenté à la mémoire de Boniface VIII ; sa cause y fut défendue pér son neveu, le cardinal Gaëtan, et par d’autres. Or, une des principales accusations des Colonne roulait sur cette prétendue violation de la foi donnée, La réponse du cardinal Gaëtan est claire et paraît tout à fait satisfaisante. Elle a été mise au jour par Pétrini, qui la tira des mémoires

renfermés dans les archives secrètes du Vatican. En voici les princi- {

Paux points :

1° Le pape Boniface étant à Riéti, les deux cardinaux s’y rendi-

rent. [ls vinrent devant lui en consistoire public, vêtus de noir, la corde au cou, et, prosternés devant lui, ils lui demandèrent pardon, l’un d’eux s'écriant : Père ! j'ai péché contre le ciel et contre vous: je ne suis plus digne d'être appelé votre fils, et l’autre ajoutant : Vous

NOUS affligez à cause de nos crimes. Tout cela montre qu'il n'y eut |

ici ni traité ni convention particulière, mais qu’ils s'étaient rendus à discrétion.

2° Avant que les Colonne sortissent de la ville, elle était au pou- à

voir du capitaine général du Pape. Est-il probable, demande le car-

dinal Gaëtan, que le Pape voulût se contenter de planter sa bannière & sur les murs de la ville, dans un moment où cette ville était entre |

ses mains ?

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Liv. LXXVIL, — De 1300

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11311 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 455

> On n'avait pu produire aucune lettre ou bulle de Boniface à l'appui des ::llégations des Colonne.

4 I n'était point venu d’envoyés de Rome pour se rendre garants

de l'exécution de ce prétendu traité ; car ceux que les Colonne nous

représentent comme tels avaient été amenés par eux-mêmes, afin d'intercéder pour eux.

5° Beaucoup de témoins encore vivants, entre autres le prince de

Tarente, pouvaient attester qu'il n’y avait eu aucune convention faite . d ?

mais que les deux cardinaux avaient demandé merci et pardon, comme coupables de grandes fautes.

Telle est donc l’histoire de cet événement, à propos duquel on a écrit tant de choses injustes et calomnieuses. Que si on accuse le Pape de dureté pour avoir ordonné la destruction totale de la ville, on peut répondre que la rébellion répétée des seigneurs soutenus par Leurs vassaux, le caractère sévère au Pontife qui avait été tant de fois provoqué, la coutume de ce siècle spécialement en temps de guerre, h libéralité que montra plus tard le Pape en rebâtissant une ville suvelle, en rendant à tous les habitants leurs terres et leurs posses-

Lions, à condition qu'ils les tiendraient en fief de lui directement, au

leu de les tenir des Colonne; toutes ces raisons, disons-nous, doi vent suflire pour l’excuser pleinement 1,

D'ailleurs, un trait général et caractéristique ressort des négociaions sans nombre que ce grand Pontife eut avec les princes de son emps, c'est que chacune de ces négociations tendait : obtenir la paix et à mettre fin aux querelles et à l’efiusion du sang. Quelque fortes et énergiques que fussent ses convictions, quelque rigidité qu'il y eût

dans ses procédés, ses efforts tendirent constaminent à ce que les

souverains remissent leur épée dans le fourreau, à ce qu'ils respectassent les droits de voisins plus faibles qu'eux, et à ce qu’ils réunissent toutes leurs forces pour l'exécution du grand dessein qui était le but de toute la ligue chrétienne à cette époque, c’est-à-dire k destruction de la puissance toujours croissante des Sarrasins. Si lk maxime des tyrans est de diviser pour régner, Boniface ne fut certainement point un tyran; si le système des ambitieux pour s’ae grandir est de faire que tout autour d'eux se consume dans de perpétuelles discordes, on ne peut lui reprocher ni ambition ni désir désordonné de domination.

Aussitôt après son avénement au trône pontifical, nous l'avons vu cherchant à réconcilier le roi des Romains avec les rois de France et

1 Voir la dissertetion de Wiseman. Annales des sciences religieuses, t. 11, n. 32, Rome, 1840, Université catholique, t. 12, p. 56.

456 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

d'Angleterre, et plus tard ces deux derniers entre eux ; et Hallam, historien anglais et protestant convient que l'accommodement qu'il proposa était très-juste. Il réconcilia les républiques rivales de Gênes

et de Venise, qui se faisaient depuis longtemps la guerre. Pise, par À

un mouvement spontané, mit tout le gouvernement de sa république sous sa direction en lui payant un tribut annuel ; et quand il lui en.

VOYa un gouverneur, ce fut avec l’ordre de jurer qu'il observerait ses { y 8 ’ es

lois, et qu’il emploierait l'argent qu'il toucherait à l'entretien de la milice nécessaire pour la défense de l’État. Velletri le nomma podestat ; Florence, Bologne, Orviète lui firent élever à grands frais des statues de marbre. Quand il fit la guerre, Florence, Orviète, Matelica et d'autres pays lui envoyèrent des troupes ; et l’on raconte que les femmes elles-mêmes, ne pouvant combattre, recrutaient des soldats

pour lui 1. Il était aimé des Romains, dont tout le désir était qu'il À

séjournât plus longtemps au milieu d'eux. Tous ces faits montrent

qu'il fut pacifique et juste, et un objet de respect pour les hommes | bons et vertueux de cette époque. Personne ne peut douter de son |

savoir et de son expérience. De plus, on a remarqué que, parmi ses ennemis les plus acharnés, pas un n’osa blâmer sa conduite sous le

rapport des mœurs ; non-seulement ils ne lui reprochent aucun vice, |

mais encore ils déclarent positivement qu’il n’en avait point d'autre

ue l’orgueil et l'ambition. On eut ajouier.que, malgré ces accusa- ! 8 , 8

tions de tyrannie et d’ambition si souvent répétées, il ne refusa pas une seule fois le pardon à qui le demandait, et que jamais il ne fit Mourir un ennemi tombé en son pouvoir.

Dès l’an 1296, Boniface ménagea la paix entre Charles IL, roi de Naples, et Jacques, roi d'Aragon. Robert, fils de Charles, épousa Yolande, sœur de Jacques, lequel venait de se réconcilier avec l'É-

glise. A cette occasion, le Pape donna une bulle en faveur du roi |

d'Aragon. Après y avoir déploré la perte de la Terre-Sainte, il dit qu'entre les princes chrétiens il n'en voyait point de pius capable de

la secourir que ce roi nouvellement réconcilié à l'Eglise romaine, de À laquelle il le fait gonfalonier, capitaine et amiral général pendant sa À

vie, pour commander toutes les armées de mer que l'Eglise formera et qu'elle entretiendra à ses dépens, et pour les conduire suivant les

ordres qu'il zecevra d'elle, soit pour le secours de la Terre-Sainte, !

soit contre tous les autres ennemis de l'Eglise, aux conditions spéci- Æ

fiées dans la bulle, entre autres que tant qu'il fera ce service en per-

sonne, il recevra la décime des revenus ecclésiastiques dans tous ses

Etats pendant trois ans, et tous les legs pieux destinés au service de

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41311 de l'ère chr.]

l Terre-Sainte. La buile est da 20me de janvier 1296 1. On voit bien que le Pape ne savait pas que ce même prince avait fait avec le sultan d'Égypte un traité secret au préjudice de la chrétienté.

Jacques d'Aragon vint à Rome l’année suivante 1297 ; et, le Ame d’avil, le pape Boniface lui donna en fief, pour lui et pour toute sa postérité, le royaume de Sardaigne et de Curse, à condition de fournir à l'Église romaine un certain nombre de troupes, et de lui payer ous les ans un cens de deux mille livres sterling. Le Pape lui donna l'investiture par une coupe d'or, et reçut son serment de fidélité ?. Illui avait déjà promis ceroyaume par sa buil: du 20e de janvier 1296, en le faisant gonfalonier de l’Église romaine.

Une chose que le pape Boriface VIE avait particulièrement à œur, c'était de faire rentrer la Sicile sous la domination de la dynaslie française de Charles d'Anjou, frère de saint Louis. Il employa les exhortations orales, les lettres et même les armes spirituelles, pour porter Frédéric d'Aragon à remettre la Sicile et les Siciliens à se remettre eux-mêmes au roi Charles IT. Il obligea Jacques d'Aragon, non-seulement à ne pas aider son frère Frédéric, mais à aider contre hi le roi Charles. Cependant l'affaire ne s’arrangeait pas. Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, vint aider son parent de Naples à récupérer la Sicile. Obligé, l'an 1302, de revenir en France, il traita avec Frédéric pour terminer ce différend, de concert avec Robert, Îls aîné du roi de Naples. Les principales conditions furent que Frédéric serait pendant toute sa vie roi de l'ile de Sicile, et la possédeait en chef sans en devoir aucun service à personne ; qu'il épouserait Éléonore, fille du roi Charles, et que le ‘'aité serait ratifié et conirmé par le Pape. Le traité était daté du 19me d'août 1302. Frédéric en ayant demandé le confirmation, le Pape la refusa jusqu’à ce que traité fût corrigé, et qu'on y eût ajouté la reconnaissance que la Sicile relevait de l'Église romaine. En attendant, pour attirer Frédéric à se réconcilier, il le fit absoudre de l'excommunication et leva l'interdit sur la Sicile, et lui accorda la dispense de parenté pour son mariage avec Éléonore. La lettre est du 6me de décembre 1302 3.

Frédéric, résolu de satisfaire le Pape , lui envoya trois ambassadurs avec plein pouvoir de réformer le traité et de suppléer ce qui ÿ manquait. I convint donc de tenir du Pape l'ile de Sicile en qualité

| de vassal, et de Ini ver tous les ans à la Saint-Pierre un tribut de

lois mille onces ‘À ox, et de lui fournir cent chevaliers bien armés pour servir trois mois toutes les fois que le Pape dirait en avoir besoin. Il promit aussi de tenir pour amis et ennemis ceux de l'Église

1 Raynald, 1297, n. 18, — 2 Ibid., n. À et seqq.-— 3 Jbid., 1802, n.2? et seqq.

458 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXVII, — De 1300

romaine, et de poursuivre les derniers de tout son pouvoir, quand il en recevrait l'ordre. A ces conditions, le Pape contirme le traité, de l'avis de tous les cardinaux, excepté Mathieu des Ursins, Et comme

Frédéric avait offert de prendre le nom de roi de Sicile ou de Tri. |

nacrie, selon que le roi Charles l'aimerait mieux, ce prince, voulant garder le titre de roi de Sicile, fit déclarer par ses envoyés que Fré. déric serait nommé roi de Trinacrie, qui était un ancien nom grec de cette île. La bulle de confirmation de ce traité est du 24me de mai 1303 1, |

Nous avons déjà vu que le pape Boniface VIIE avait mandé en

Italie Charles de Valois, frère du roi Philippe de France, pour traiter À

avec lui d’affaires importantes. Charles arriva vers la fin du mois d'août 1301, dans la ville d'Anagni, où était la cour de Rome, accompagné de beaucoup de seigneurs et de cinq cents chevaliers français,

I! fut recu fort gracieusement par le Pape et les cardinaux; et je À

3me de septembre le Pape le fit capitaine général de l'Église romaine, avec pouvoir de faire la guerre aux ennemis par lesquels elle était attaquée, ct de traiter avec eux s'ils se soumettaient. Le Pape le fit aussi comte de Romagne et pacificateur de Toscane, et, en cette quaüté, il entra le jour de la Toussaint à Florence, où le Pape renvoya un mois après le cardinal Mathieu d’Aqua-Sparta en qualité de

légat, pour travailler avec Charles à réunir les factions qui déchi- | raient cette grande ville. Boniface avait fait épouser à ce prince, | avec dispense de parenté, Catherine de Courtenai, héritière de |

l'empire latin de Constantinople. Le principal objet de son voyage était pour le moment d’aider son parent, le roi de Naples, à recou-

vrer la Sicile ; c'est pourquoi le pape lui donna des décimes à lever | en France, en Italie, en Sicile, en Sardaigne, en Corse, dans la prin- |

cipauté d'Achaïe, le duché d'Athènes et les iles voisines 2. Certainement, la France ni son roi ne pouvaient se plaindre du pape

Boniface VIIT; cependant c’est de la France et de son roi que le pape

Boniface 'VIII aura le plus à souffrir et pendant sa vie et après sa

mort. Les Colonne schismatiques, à peine reçus en grâce et absous de |

lexcommunication par le Pape, recommencent la guerre. Expulsés de l'Italie, les principaux se réfugient en France, où Philippe le Bel les reçoit avec une bienveillance marquée, dès l’an 1298. La même année, le Pape ayant suspendu de ses fonctions et cité à Rome l’évéque de Laon, aussitôt Philippe saisit les biens de cette église comme si elle était vacante. Il n’ignorait pas sans doute ce qu'il en était ; mais à la rapacité de ses ninistres tout prétexte était bon. Voici qui est

1 Raynald, 1303, n. 24 et 25, — 2 Ibid., 1301, n. 11 et seqq.

encore année par te un col ss bi lous « Bonifs 1e pet lui au:

Que ne lais cupati appart qu'em de cet de pli Pape viendh extrên monn ments maiso les de génér:

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[Liv. LXXVIL, — De 1300

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X, ce prince, voulant ses envoyés que Fré.

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les décimes à lever | Corse, dans la prin- |

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la guerre. Expulsés

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‘an 1298. La même t cité à Rome l’évécette église comme » qu'ilen était ; mais

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qq.

encore plus indigne d’un roi, surtout d’un roi de France. La même année, Jean, cardinal-prêtre du titre de Sainte-Cécile, ayant laissé par testament, pour œuvres pies, entre autres pour fonder à Paris un collége en faveur des pauvres clercs, une partie considérable de s biens, Philippe confisqua tous ces legs à son profit. Tout cela sous découvre la véritable cause de la discorde entre Philippe et Buniface. Un roi hautain, gouverné par des ministres sans probité, ne peut souffrir les justes reproches du Pontife, et s’emporte contre hi aux sacriléges excès que nous verrons.

Quelque peu de fruits qu’il retirât de ses admonitions, Boniface ne laissait pas que d’en faire, et sur les griefs précédents et sur l’oceupation de Carnbrai, dont la juridiction temporelle et spirituelle ippartenait à l’évêque, et sur l’installation de l'archevêque de Reims qu'empêchait Philippe, pour s’attribuer plus longtemps les revenus de cette église, et sur les plaintes du clergé, que Philippe opprimait d plus en plus, en abusant du privilége que lui avait accordé le Pape de percevoir le revenu d’une année de tous les bénéfices qui viendraient à vaquer pendant la guerre de Flandre, et sur les maux xtrêmes que souffrait le peuple par le changement continuel des monnaies, etc. !, Si mal que répondit Philippe à tous ces .avertissements, Boniface ne cessait point de favoriser la France et sa royale maison. Car c’est en 1300 qu'il appela en Italie le frère du roi, Charles de Valois, le reçut avec de grands honneurs, le nomma capitaine général des États de l'Église, vicaire impérial en Toscane, et lui fit tpouser en secondes noces Catherine de Courtenai, héritière unique de Baudouin IL, dernier empereur latin de Constantinople.

Parmi les sollicitudes qui occupaient la grande âme de Bonihce VITE, la principale était de propager le nom chrétien en Orient. l'est pour cela qu'il travaillait avec tant de zèle à ménager la paix entre les princes catholiques. [l espérait que, une fois d'accord, ils & ligueraient ensemble pour récupérer la Terre-Sainte. Il avait mis tte clause au bas de la sentence arbitrale entre Philippe et Édouard. Une circonstance bien extraordinaire vint augmenter ses espérances et sa sollicitude. L'année même du jubilé, 1300, un roi chrétien des

11311 de l’ère chr.]

| Tartares, nommé Casan, fils d'Argoun, envoya des ambassadeurs

à Rome et dans tout l'Occident, demandant du secuurs pour pouvoir conserver les villes de Syrie et de Palestine, entre autres celle de Jérusalem, qu'il venait de conquérir sur les Mahométans. Boniface tint à ce sujet un concile, et envoya des lettres pressantes à tous les souverains d'Europe, en particulier à Philippe le Bel.

! Raynald, 1298, n. 9 ei 24 ; 1299, n, 23 et seqq.

460 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXX 11. — De 1300

11911 Mais Philippe, au lieu de terminer la guerre avec les Flamands, | Por comme il en avait eu l'occasion, l'avait rendue plus terrible par un un: 0 trait peu digne d’un roi de France. Son frère, Charles de Valois, lieal. ayant remporté plusieurs victoires sur le comte de Flandre, et sub- ippe jugué presque tout le pays, le comte reçut les conditions que lui sastiq proposa Charles, et vint à Paris se soumettre au roi avec ses deux puissa fils. Charles lui avait promis que, si le roi ne ratifiait point le traité, flotte il le reconduirait en sûreté à Gand. Philippe, contre la parole de son naltre

frère, retint prisonnier le comte et ses deux fils. Cette conduite ré-

: à k mots ; volta les Flamands; ils reprirent les armes, et commencèrent nne jas m guerre désespérée, où périt bientôt la plus grande et la plus illustre WE Le f

partie de la noblesse française, entre autres un prince du sang. Le roi même faillit perdre la vie. Pour soutenir cette guerre qu'avait rallumée son peu de loyauté, Philippe falsifiait les monnaies, s'emparait des décimes levées pour la Terre-Sainte, usurpait les biens des églises ; le clergé s’en plaignit à Rome,

Cefut dans ces conjonctures que Boniface envoya, l’an 1301, comme légat en France, Bernard, évêque de Pamiers, pour engager Philippe à la croisade, ainsi qu’il l'avait promis l’année précédente, lui défendant de détourner à d’autres usages les décimes accordées pour l'expédition d'Orient, de retenir les fruits des églises vacantes, d'en conférer les bénéfices sans le consentement du Siége apostolique, et de violer les libertés de l’Église : toutes choses dont la renommée aceusait Philippe. Le légat, dit-on, exécuta sa commission avec hauteur et jusqu'à menacer le roi de la dépesition s’il ne se corrigeait de tout ce qu’on lui reprochait. Mais de ces menaces il v'y à nulle Œdélier preuve dans les actes, d’ailleurs s° nombreux, du temps. Quoi qu'il hquelle en soit, le légat est arrêté, accusé de lèse-majesté sur plusieurs chefs, Rpose ( et remis à l'archevêque &e Narbonne pour être jugé par ses comprovinciaux.

À ces nouvelles, le Pape, qui pensait avec raison que des imputations si subites étaient des calomnies pour colorer l'excès commis dans la personne d’un légat apostolique, écrivit à Philippe pour qu'il rrésenc mît en liberté ledit prélat, lui permit de se présenter au Saint-Siége,et Mi Rome lui rendit les biens de son église, ajoutant que, si Philippe ne don- À Bonif nait de cet emprisonnement une excuse raisonnable , ilne voyait pas Biblique comment il n'avait point encouru l'excommunication. En même Müsant j temps , pour garder en tout la plus exacte justice, il manda à l'ar- Mroulant chevêque de Narbonne de tirer l'évêque des mains des juges séculiers, Monférer S'il y était encore; de faire des informations sur tous les faits dont on Momme Vaccusait, de les lui envoyer quand elles seraient faites, et enfin de lie de | faire transporter l’évêque en Italie sous bonne et sûre garde. mnique

diacre de son ippe € opprin antes .

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Philipp Paris, le enleva 1 qui péri

(Liv, LXX VII. — De 1900

e avec les Flamands, | e plus terrible par un

Charles de Valois, e de Flandre, et subles conditions que lui au roi avec ses deux itifiait point le traité, ntre la parole de son . Cette conduite ré.

t commencèrent une de et la plus illustre 1 prince du sang. Le cette guerre qu'avait les monnaies, s'em- >, usurpait les biens

ya, l’an 1301, comme

pour engager Phinée précédente, lui imes accordées pour alises vacantes, d'en siége apostolique, et

dont la renommée 4

)nimission avec hau-

s'il ne se corrigeait aces il n’y a nulle u temps. Quoi qu'i sur plusieurs chefs, agé par ses COMpro-

on que des imputarer l'excès commis Philippe pour qu'il er au Saint-Siège, et i Philippe ne donle , ilne voyait pas ication. En même e, il manda à l'ar-

des juges séculiers, À

ous les faits dont on t faites, et enfin de sûre garde.

11311 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CAM :HOLIQUE. 461

Pour justifier son procédé, Philippe députa à Rome Pierre Flotte, son conseiller , qui remit au Pape les chefs d'accusation contre son ligal. Cet envoyé soutint avec tant de hardiesse tout ce que Phiippe se permettait contre les églises et contre les personnes ecclé sastiques, que Boniface ne put s'empêcher de lui dire qu'il avait puissance de punir le roi et de tirer contre lui le glaive spirituel. Flotte répondit : « Votre glaive n'est qu’en paroles, celui de mon maitre est réel : + c'est-à-dire droit, justice, religion ne sont que des nots ; il n'y a de réel que la force. Un chef de voleurs ne parlerait ps mieux.

Le Pape envoya un autre légat, Jacques des Normands, archilacre de Narbonne, homme distingué et loué par tous les écrivains le son temps. Il devait, de la part du Saint- Siége, enjoindre à Phiippe de relâcher l’évêque de Pamiers, de ne plus vexer le clergé, primer la liberté de l'Église, usurper les revenus des églises vaantes, conférer les bénéfices ecclésiastiques, ni s’appronrier les licimes qui appartenaient aux expéditions de la Terre-Sainte, avec wdre, en cas de refus, de soumettre le royaume aux censures de IEglise, et d’intimer à tous les prélats et docteurs de France de se touver à Rome le 4x novembre de l’année suivante, pour reiesser, avec leur conseil, les injures et les dommages que soit les

Reclésiastiques, soit les laïques, souffraient de la part du roi et de

xs officiers.

Des auteurs modernes ajoutent qu'en cas de résistance , l’archiiacre devait déclarer le royaume de France dévolu au Saint-Siége, tdélier les sujets du serment de fidélité. Mais cette imputation, contre kquelle protestèrent et Boniface et le collége des cardinaux, ne *pose que sur les bruits calomnieux répandus par les conseillers de lhillippe pour colorer leurs attentats contre le Pontife. Arrivé à his, le légat se préparait à remplir sa commission , lorsqu'on lui mleva les lettres apostoliques. Le comte d’Artois, prince du sang, qui périt peu après dans une bataille de Flandre, les jeta au feu en Mésence du roi et de la cour. Le légat eut ordre de s’en retourner iRome avec l’évêque de Pamiers, qui fut mis en liberté.

Boniface, voyant que Philippe outrageait à ce point le Siége apotlique, en méprisait l’autorité, repoussait ses corrections, et que, se kisant juge en sa propre cause, il s'arrogeait les droits du sacerdoce, toulant disposer à son gré des biens et des personnes esclésiastiques, woférer les titres spirituels, faire plus que le Pape dans son royaume, ‘mme l'ont écrit deux historiens désintéressés, Vicérius dans sa lie de l'empereur Henri V1, et Mutius dans sa Chronographie gerinique; Boniface, voyant tout cela, résolut d'employer des remèdes

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HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXVI, — Do 1900 À

plus eflicaces. « Quand il s'agit de faire observer les canons et de maintenir les règles , dit Fleury, la puissance des Papes est souve. raine et s'élève au-dessus de tout !, » Or, c'est précisément de co qu'il s'agissait avec Philippe le Bel, Boniface ex pédia done, le à du. cembre 1301, plusieurs bulles : l'une, adressée à tous les archevêques M évêques, chapitres et docteurs de France, les convoquant au concile de Rome pour le 4° novembre de l'année suivante, afin de traiter avec eux, comme personnes non suspectes à Philippe, tout ce oui illicil serait expédient, selon Dieu, pour la réformation du roi et du r'Oyau M noyau

atdtt nelle def. \ laique

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la correction des désordres passés et le bon gouvernement à l'avenir M tte ch Et comme Philippe prétendait des priviléges apostoliques pour foule « V LA aux pieds des droits de l'Église, le Pape, par une autre bulle green mi même jour, suspendit toutes les grâces, priviléges, concession@fippele

accordés par le Suint-Siége aux rois de France, ordonnant qu'on ce qui les lui représentAt, afin que, les ayant reconnus, il pût juger si mainte devait modérer leur suspension, Enfin, le même jour encore, jfuous 1 écrivit à Philippe la fameuse lettre qui commence par ces mots Mrndre Ausculta, fili carissime : Ecoutez, très-cher fils, Voici comme Fleury ne, la résume en son histoire : ui no

« Après une exhortation à l'écouter avec docilité, le Pape dit au À ardins roi: Dieu nous a établi sur les rois et sur les royaumes pour arra-M ls arc cher, détruire, perdre, dissiper, édifier et planter en son nom elite Clu, par sa doctrine, Ne vous laissez point persuader que vous n'ayedi ter; le point de supérieur, et que vous ne soyez soumis au chef de la hic héolog | rarchie ecclésiastique; qui pense ainsi est un insensé, et qui le sou-Msastiqu tient est un infidèle, séparé du troupeau du bon pasteur, Or, l'affec-te nov tion que nous vous portons ne nous permet pas de dissimuler quel tome vous opprimez vos sujets ecclésiastiques et séculiers, les seigneurs Qu bier la noblesse, les communautés et le peuple ; de quoi nous vous avons pourrez souvent averti, sans que vous en ayez profité. lmps,

« Pour venir plus au détail, quoiqu'il soit certain que le Pape alfte vos | la souveraine disposition des bénéfices, soit qu'ils vaquent en cour@olre al de Rome ou au dehors, et que vous ne pouvez avoir aucun droit define ext

les conférer sans l'autorité du Saint-Siége, toutefois vous empêche Si, d' l'exécution de ces collations quand elles précèdent les vôtres, cnétait vous prétendez être juge en votre propre cause, En général, vous@que de ï ne reconnaissez d'autres juges que vos ofliciers pour vos intérêts fi tend à soit en demandant, soit en défendant, Vous trainez à votre tribuna@a conv

les prélats et les autres ecclésiastiques de votre royaume, tant régu-Wreite au

liers que séculiers, tant pour les actions personnelles que pour lesÀ

! Fleur.

1 11, Ma

1 Fleury, Discours sur Les Libertés de l'égl. gallic., édit. de M. Émeri.

Liv, LXXVIE, — Do 19008

rver les canons et de des Papes est souve.

. précisément de coll

pédia done, ie & dé.

tous les archevôques M

onvoquant au concile Jante, afin de traiter Philippe, tout ce ou du roi et du royaur

vernement à l'avenir, pstoliques pour foule ‘une autre bulle de iviléges , concessions ce, ordonnant qu'on ous, il pût juger s'il ième jour encore, ill nence par ces mots :à Voici comme Fleury

cilité, le Pape dit au royaumes pour arranier en son nom el der que vous n'aye ais au chef de la hic.

sensé, et qui le soupasteur, Or, l'aflcas de dissimuler que uliers, les seigneurs, uoi nous vous avons

rtain que le Pape à ils vaquent en cour avoir aucun droit de fois vous empêche dent les vôtres, ct , En général, vous s pour vos intérêts, nez à votre tribunal oyaume, tant réguinelles que pour lesÀ

. de M. Émeri.

Ale vos intentions, Autrement nou

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