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des serviteurs de Dieu, à Philippe, roi des Francs. Craignez Dieu, et gardez ses commandements. Apprenez que vous nous êtes soumis par le spirituel et le temporel. La collation des bénéfices ne VOus appartient en aucune manière. Si vous avez la garde de quelques-uns de ces bénéfices pendant qu'ils sont vacants, vous êles obligé d'en réserver les fruits à leurs successeurs 1. Si vous avez conféré quelques bénéfices, nous déclarons nulle cette collation pour le droit, et now révoquons tout ce qui s’est passé dans ce cas pour le fait, Ceux qui croient autrement, nous les réputons hérétiques. Au palais de Latran, le 5me jour de décembre, j'an sept de notre-pontificat; » c'est-à-dire le même jour où fut expédiée la lettre Ausculta, fili.
Or, qui jamais pourra s’imaginer que Boniface écrivit à Philippe, le même jour, deux lettres d’une forme et d’un Style si différents à Qui ne voit, au contraire, que le style également laconique et in. À cohérent de cétte léttre si courte est autant éloigné du style grave, soutenu, même an peu prolixe de Boniface, que le ciel l’est de ha terre? Pour plus d’évidence encore, que l'on compare à cette petite lettre le début de la lettre Ausculta, fili : « Écoutez, très-cher fis le précepte du père, inclinez l'oreille de votre cœur à la doctrine du maître, qui tient la place de celui qui est Maître et Seigneur. Recevez volontiers et tâchez d'accomplir efficacement les admonitions de votre mère , la sainte Église. C’est à vous que s'adresse notre discours: c'est à vous que s'exprime notre amour paternel : c’est à vous que la tendre mère ouvre son cœur. » À ce début répondent la suite et h fin. La lettre se terminait ainsi : « Mais vous, Ô notre fils, mette pour les trois temps votre vie en assurance, réglant les choses pré- | sentes, vous rappelant les. choses passées, et prévoyant les choses futures, afin que, préparé de cette manière, vous méritiez la grâce de Dieu en ce monde, et dans l’autre la gloire du salut et de la récowpense éternelle. »
Or, pendant que Boniface épuisait dans cette lettre toutes le expressions de douceur et de charité pour s’insinuer dans l'espritdu roi et lui faire reconnaître ses torts, qui pourra croire que le même jour il voulût l'irriter par un billet désobligeant, qui ne renferme que des reproches et des paroles piquantes ? Mais tout moyen était bon aux ministres de Philippe ; ils répandirent donc cette fausse lettre, comme étant de Boniface, et cela pour le rendre odieux et faire accroire qu’il voulait que le roi reconnût tenir de lui le royaume.
Pour achever cette œuvre de ténèbres, un autre conseiller du roi,
1 Et si aliquorum vacantium custodiam habeas, fructus eorum successoribus reserves. Ceite phrase, non Jatine, trahit la main du faussaire, |
LLE (Liv. LXXVII. — De 1300 BR
Francs. Craignez Dieu, e ue vous nous êtes soumis on des bénéfices ne vou z la garde de quelques-uns nts, vous êles obligé d'en ous avez conféré quelques ion pour le droit, et nou cas pour le fait. Ceux qui érétiques. Au palais de pt de notre-pontificat; »
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à 1311 de lêre cbr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 465
dont le grand-père avait été brûlé comme manichéen, Guillaume de Nogaret, inspiré par les schismatiques Colonne, présenta, le 12 mars 1302, un réquisitoire à Philippe, où il soutenait quatre articles: 1° que Boniface n'était point Pape; 2 qu’il était hérétique manifeste, et entièrement retranché du corps de la sainte Église; 3 qu'il était si horriblement simoniaque, que jamais personne ne l'avait été davantage depuis le commencement du monde ; 4e qu'il était manifestement plongé dans des crimes énormes, infinis, qu'il y était endurci au point d’être entièrement incorrigible. En conséquence, il suppliait le roi d’assembler un concile pour juger et punir ce monstre.
Se peut-il un catholique qui n'envisage avec horreur, je ne dis pas seulement la sacrilége impudence de Nogaret, mais la connivence de Philippe? Non-seulement il écouta le: réquisitoire, mais, pour donner à toutes ces manœuvres une apparence légale, il convoqua, pour le 10 avril de la même année 1302, les états du royaume, les prélats, les nobles et les syndics des communes. Dans cette assemblée, Pierre Flotte, devenu garde des sceaux, parla au om de Philippe. Tous les maux que les églises de France avaient à souffrir de la part du roi, de ses ministres et des seigneurs, il en accusa la cour de Rome. Mais surtout il accusa Boniface de prétendre que le roi lui était soumis pour le temporel de son royaume, et qu'il
| devait reconnaître le tenir de lui ; en preuve, Flotte produisit la lettre
que lui-même avait fabriquée.
Pour achever l’imposture, le roi demanda gravement aux prélats etaux barons de qui ils tenaient leurs fiefs, de lui ou du Pape, comme si Boniface prétendait que le royaume de France füt un fief de l'Église romaine. Les barons, trompés par Pierre Flotte ou feisnant de l'être, répondirent dans son sens. Ils avaient pour cela des raisons particulières ; à l’exemple du roi » ils tyrannisaient, dépouillient les églises de leurs domaines ; un Pape qui voulait pour les églises la liberté et la justice leur était naturellement odieux. Les prélats, interpellés à leur tour, demandèrent du temps pour délibérer, et s'efforcèrent de persuader au roi et aux principaux seigneurs que l'intention du Pape n’était pas de combattre la liberté du royaume ou la dignité royale; mais on les pressa de répondre surl-champ, et on déclara publiquement que, si quelqu'un paraissait d'un avis contraire, il serait tenu pour ennemi du roi et du royaume. Telle était la liberté des suffrages dans cette assemblée. On dirait un
concile impérial du Bas-Empire chez les Grecs de Byzance. Les évêques, très-embarrassés, ayant répondu qu’ils assisteraient le roi de leurs conseils et des secours convenables pour la conserva- XIX. 30
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tion de sa personne, des. siens ét.de sa: dignité, dé la liberté et des droits du.royaume, le supplièrent de leur permettre d'aller trouver À le Pape suivant son mandement, à cause de l'obéissance qu'ils Jui devaient. Mais le roi et les barons déclarèrent qu'ils ne le souffri. raient en aucune sorte. Voilà «mme dès lors l’église de France commençait à être libre, un peu moins que sous les empereurs paiens.
Il sera curieux d'entendre sur tout cela un historien protestant,
« Malgré la faveur que Boniface avait montrée en général à toute la nation de France, dit le Génevois Sismondi; il avait déjà eu quelques altercations avec Philippe le Bel, et ce prince, non moins ir. patient, non moins irritable que Boniface, avait plus de mémoire pour les injures que pour les bienfaits. Par une trabison insigne, | Philippe tenait en prison Gui, comte de Flandre, et ses deux fils, qui, pour faire lever le siége de Gand, avait signé un traité avec Charles de Valois. dont le roi ne tenait aucun compte. Boniface sol. licitait la libération de ces prisonniers, et le roi s’offensait d'autant plus de ces sollicitations, que sa conduite était plus honteuse. Le Pape avait voulu mettre un terme à la guerre entre la France et l'Angleterre, et Philippe s'était choqué de son interposition, comme si elle dérogeait à ses droits. Enfin le Pape, sans le consentement du roi, avait érigé un nouvel évêché à Pamiers » et il avait nommé l'é. vêque de Pamiers légat apostolique en France.
« Quoique dans plus d’une occasion il eût accordé des annates et des décimes au prince français pour la guerre de Flandre, il avait aussi cherché quelquefois à fermer le trésor ecclésiastique , ou du moins à le dispenser avec plus d'économie que ne le désirait un prince toujours avide d'y puiser. De son côté, le roi avait défendu la sortie de l'argent hors du royaume, afin de priver la cour de Rome de l'espèce de revenu qu'elle tirait de la conscience de ses sujets. À l'occasion de quelques démélés qu’il avait eus avec l’évêque de Pamiers, il avait fait jeter cet évêque en prison, et il avait intenté contre lui une accusation, comme contre un rebelle, coupable du crime de lèse-majesté; et, comme le Pape, outre cette violation des immunités ecclésiastiques, lui réprochait d’avoir saisi les revenus de plusieurs menses épiscopales, Philippe crut convenable de s'appuyer de l'autorité des états de son royaume contre celle de l'Église.
« C’est alors que, pour la première fois, la nation et le clergé s'ébranlèrent pour défendre les libertés de l’église gallicane. Avides de servitude, ils appelèrent /iberté le droit de sacrifier jusqu’à leur conscience aux caprices de leurs maitres, et de repousser la protection qu'un chef étranger et, indépendant leur offrait contre la tyrannie.
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Au nom de ces libertés de l'Église, on refusa au Pape le droit de prendre connaissance des taxes arbitraires que le roi levait sur le clergé; de l’emprisonnement arbitraire de l'évêque de Pamiers; ce la saisie arbitraire des revenus ecclésiastiques de Reims, de Châlons, de Laon, de Poitiers; on refusa au Pape le droit de diriger la vonscience du roi, de lui faire dés remoutrances sur l'administration de son royaume, et de le punir par les censures ou l'excommunication lorsqu'il violait ses serments. Sans doute la cour de Rome avait manifesté une ambition usurpatrice, et les rois devaient se mettre en garde contre sa toute-puissance; mais il aurait été irop heureux pour les peuples que des souverains despotiques reconnussent encore au-dessus d'eux un pouvoir venu du ciel, qui les arrêtait dans la route du crime 1;' et si les Papes, au lieu de tomber sous la dépendence de Philippe le Bel, étaient toujours restés ses supérieurs, la France se serait sauvé tout au moins l’opprobre de la condamnation des Templiers ?, » .
On aura sans doute remarqué ces paroles de l’auteur protestant : « C'est alors que, pour la première fois, la nation et le clergé s’ébran- R:ent pour défendre les libertés de l’église rallicane. Avides de servitude, ils appelèrent liberté le droit de sacrifier jusqu’à leur conscience aux caprices de leurs maîtres, et de repousser la protection qu'un chef étranger et indépendant leur offrait contre la tyrannie, » Ces paroles étonneront plus d'une personne. Cependant Fleury, sans y penser, s'exprime à peu près de même quand il appelle les libertés gallicanes « libertés à l'égard du Pape, servitudes à l'égard du roi. » Mais Bossuet à dit quelque chose de bien autrement fort sur le caractère intime des libertés ou maximes gallicanes. La principale de ces maximes est la non-subordination du temporel au spirituel. Bossuet a travaillé vingt ans pour l'établir dans un de ses ouvrages. Or, voici quel principe il pose comme le pivot de toute son argumentation : « L'empire ou le gouvernement civil est donc subordonné à la vraie religion et en dépend dans l’ordre moral, mais non dans l'ordre politique, ou en ce qui concerne les droits de la société humaine Ÿ, » D’après cela, il est clair que, selon Bossuet, l'ordre politique est distinct de l’ordre moral; que, de soi, l’ordre politique est sans morale et sans religion ; que, de soi, l'ordre politique est athée, et même qu’il doit l'être, s’il veut éviter la subordination à la puissance
1 Voici la pensée de Sismondi, réduite à sa plus simple expression : Les souverains doivent se bien garder de se soumettre au Pape; cela serait trop heureux pour les peuples. — ? Hist, des Républiq. ital., t. 4, c. 24, p. 141 et suivantes.— *Defens., 1, 1, sect. 2, cap. 5, 32 et 35,
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religieuse et sacerdotale ; qu’enfin telle est la base nécessaire du gal. licanisme.
Mais revenons à l'assemblée nationale de 1302, où ces maxinies furent proclamées et mises en pratique. Les résultats de cette preimière assemblée furent plusieurs lettres. Voici celle que Philippe écrivit au vicaire de Jésus-Christ : « Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à Boniface, soi-disant Pape, peu ou point de salut. Sache ta très-grande fatuité que pour le temporel nous ne sommes soumis à personne ; que la collation des Lénéfices et des prébendes vacantes nous appartient par le droit de notre couronne; que les fruits de ces bénéfices sont à nous ; que les provisions que nous avons données et que nous donnerons sont valides pour le passé et pour l'avenir, et que nous en maintiendrons courageusement les possesseurs envers et contre tous. Ceux qui croient autrement, nous les réputons fous et en démence. Donné à Paris, etc. »
Dans cette lettre, Philippe traite le vrai et unique Pape de Pape prétendu, ce quiest schismatique ; de plus, il soutient que c’est, non pas un privilége pontifical, mais un droit propre de sa couronne, de conférer les églises vacantes, c'est-à-dire que, par un droit inhérent à s& couronne, il est en France à la fois évêque et Pape, ce qui est hérétique. A près cela, l’on s’étonnera peu que le ton de ce libelle soit celui d’un hérésiarque.
Les{barons écrivirent, non pas au Pape, mais au collége des cardinaux. Ils disaient entre autres : « Celui qui occupe le Saint-Siége prétend que le roi est son sujet quant au temporel, et le doit tenir de lui. » Les prélats disaient dans leur lettre au Pape : ‘«« Le roi, dans l'assemblée des états, a publiquement assuré par ses ministres que vous lui aviez intimé, par le nonce Jacques des Normands, que, pour son royaume même, il vous était temr-wellement assujetti, et qu'il devait reconnaître le tenir de vous, « que c'est en exécution de cela que vous appeliez les prélats et les docteurs à Rome. »
Les cardinaux en corps répondirent à la noblesse de Frän-e que Boniface et tout leur collége conjointement avec lui n’oublieraient rien pour conserver l’union entre l'Église, le Saint-Siége, le roi et le royaume de France ; que le Pape n'avait point écrit, ni au roi nià d’autres, que ce prince lui fût soumis pour le temporel, ou qu'il tint de lui le royaume qu’il possède ; qu’il n’en avait jamais eu la prétention ni la pensée; que l’archidiacre de Narbonne, nonce de sa Sainteté, ayant été oui depuis son retour à Rome, soutenait n'avoir rien dit en cour, ni rien donné par écrit, qui fût approchant de ce qu'on lui imputait sur cela ; qu'ainsi, les conclusions données par Pierre Flotte devant le roi, dans l'assemblée des états, étaient fausses
LE (Liv. LXXVII. - De 1300 la base nécessaire du gal.
: 4302, où ces maxinies es résultats de cette pre.
Voici celle que Philippe Je, par la grâce de Dien, , peu ou point de salnt, mporel nous ne sommes néfices et des prébendes otre couronne; que les es provisions que nous valides pour le passé ct courageusement les posent autrement, nous les etc. »
t unique Pape de Pape il soutient que c'est, non ppre de sa couronne, de par un droit inhérent à : et Pape, ce qui est héle ton de ce libelle soit
ais au collége des carli occupe le Saint-Siége orel, et le doit tenir de ù Pape : ‘« Le roi, dans é par ses ministres que s des Normands, que, ‘ellement assujetti, et que c’est en exécution icteurs à Rome. »
oblesse de Frän-e que avec lui n'oublieraient Saint-Siége, le roi et le nt écrit, ni au roi nià temporel, ou qu’il tint avait jamais eu la préarbonne, nonce de sa ome, soutenait n'avoir i fût approchant de ce nclusions données par s états, étaient fausses
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et sans aucun fondement ; qu’à la vérité les prélats et les autres ecclésiastiques du royaume avaient été mandés à Rome par le Pape pour délibérer avec éux sur ce qu'il y aurait à faire pour la réformation des désordres; mais que sa Sainteté ne prétendait conférer qu'avec des gens non suspects, agréables au roi et affectionnés au bien de la France ; one, loin de recevoir avec mépris les bulles que le Pape avait écrites au roi, et de les rejeter injurieusement, comme on avait fait à la cour, on aurait dû le remercier, puisqu'elles ne tendaient qu'à remédier aux maux que souffraient les gens d'église, et à rétablir le bon ordre par tout le royaume ; que s’il était vrai que le Pape eût foulé le clergé, ce n'aurait été qu’à la prière du roi, en lui accordant de lever des décimes ; que ce n'était qu’en faveur du roi et des grands du royaume qu’il avait donné les dispenses dont on se plaignait, et qu'ainsi il ne pouvait lui en faire de reproches sans ingratitude; qu’il ne se souvenait pas d’avoir pourvu d'étrangers aucune église cathédrale, hors celles de Bourges et d'Arras, qu'il avait remplies de sujets très-capables et agréables à sa majesté, qui d'ail. leurs avaient été élevés dans le ro, «ume, dont l’un, quoique Romain, était docteur en théologie de la faculté dé Paris, et avait été précepteur du roi; l’autre, quoique parcillement Italien, avait professé l’un et l'autre droit d, ns l’université de Paris ; que, pour un étranger ou deux, qui avaient été recommandés d’ailleurs par le roi, l’on trouvait cent Français que le Pape avait comblés de grâces et de bienfaits 1,
Boniface, non content de répondre dans le même sens à la 'ettre du clergé de France, en lui reprochant néanmoins sa pusillanimité, tint un grand consistoire vers la fin du mois d'août, auquel il fit assister les députés du même clergé. Le cardinal de Porto y parla au nom de tous, ses collègues. Ayant pris pour texte cos paroles dites àdérémie : Voici que je t'ai établi sur Les nations et Les royaumes pour arracher et détruire, pour planter et bâtir, il dit que ces paroles p'ophétiques devaient s'entendre de la puissance du Pape sur tous ls peuples de la terre, non-seulement par le ministère évangélique de la parole de Dieu, mais encore par un droit de juridiction dévolu iux successeurs de saint Pierre, et que l’usage de cette puissance regardait aussi bien la punition des méchants que la récompense des bons ;-qu’il y avait une union si étroite entre le Pape et le sacré collége, que l'un ne voulait rien sans l'autre ; et que, dans’ce qui regardait l'affaire présente, rien ne s'était fait que d’un commun accord ; que la bulle écrite par le Pape au roi, et dont on se plaignait
1 Différend, p. 68.
si haut en France, avait été lue et relue en plein consistoire ; qu'elle y avait été.examinée fort exactement, et qu'elle ne respirait que la charité chrétienne en des termes pleins de douceur et de tendresse ; qu'on s'était trompé en France de croire que l'intention du Saint Père, dans cette lettre, fût d’obliger le roi à reconnaître qu'il tenait son, temporel de l'Église ; que ce n’avait été la pensée ni du Pape ni du sacré collége, et que ce n'était nullement le sens de la lettre ; qu’à la vérité l’on parlait d’une autre petite lettre en forme de billet, où se trouvaient les prétentions dont on se plaignait, et qué l’on avait fait courir en France sous le nom du Pape ; mais qu’on n’en connaissait pas l’auteur à Rome, et qu’on y était très-persuadé que le Pape n'y avait point de part ; qu’il voulait croire que le roi était un bon prince et fort catholique, mais qu’il avait auprès de lui de mau. vais conseillers qui abusaient de sa facilité et de ses bonnes intentions ; qu’à l'égard de la collation des bénéfices, il était certain qu’elle ne pouvait appartenir aux laïques par aucun droit, et qu'une marque de cette vérité, c’est que le roi lui-même avait demandé làdessus le privilége de l'Église.
Le Pape, prenant pour texte ces paroles de l'Évangile : Ce que Dieu à joint ensemble, que l'homme ne le sépare point, et les appliquant à l'Église romaine ét au royaume de France, dit que leur union commença par Clovis, auquel saint Remi prédit que le roi et le royaume de France seraient heureux tant qu'ils demeureraient unis à cette Église, mais qu'ils périraient dès qu'ils viendraient à s’en séparer. Cette union avait procuré à la France les plus grands avantages. Pour vouloir la rompre, il faut être Satan ou de ses suppôts. Tel était Pierre Flotte, borgne de corps, aveugle d'esprit, hérétique plein de fiel, auteur de la discorde entre le roi et l'Église romaine.
La lettre pontificale, écrite du consentement des cardinaux, après une mûre délibération, mais qui, de concert avec les ambassadeurs de France, ne fut pas envoyée au roi, parce qu'on jugea convenable de lui en écrire auparavant, c’est lui, Flotte, qui l'a corrompue, ou qui a suggéré au roi des faussetés à ce sujet. On avait affecté de cacher'la lettre aux grands du royaume et aux prélats, pour leur persuader plus aisément que le Fape avait voulu obliger le roi à reconnaître qu’il tenait de lui sa couronne et son temporel. Rien n'était plus faux. Depuis quarante ans qu'il étudiait le droit, il n’ignorait pas qu'il y a deux puissances ordonnées de Dieu. Il ne pensait aucunement S'attribuer la juridiction du roi, qui toutefois ne pouvait nier qu'il ne fût soumis au Pontife romain à raison du péché. Quant à la collation des bénéfices, il avait souvent dit aux ambassadeurs de
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ein consistoire ; qu’elle lle ne respirait que la uceur et de tendresse:
e l'intention du Saintreconnaître qu'il tenait a pensée ni du Pape ni e sens de la lettre; qu'à en forme de billet, où nait, et que l’on avait mais qu’on n’en cont très-persuadé que le oire que le roi était un auprès de lui de maut de ses bonnes intenéfices, il était certain aucun droit, et qu'une ême avait demandé là-
de l'Évangile : Ce que are point, et les «ppli-
France, dit que leur mi prédit que le roi et t qu'ils demeureraient ès qu'ils viendraient à France les plus grands : Satan ou de ses suprps, aveugle d'esprit, entre le roi et l’Église
t des cardinaux, après avec les ambassadeurs u'on jugea convenable qui l'a corrompue, ou Dn avait affecté de caorélats, pour leur perobliger le roi à reconemporel. Rien n'était le droit, il n’ignorait eu. Îl ne pensait aucuutefois ne pouvait nier | du péché. Quant à la aux ambassadeurs de
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France qu'il voulait faire en sorte que Le roi it licitement ce qu'il faisait illicitement. D'après toutes les lois, il est certain que cette collation ne peut appartenir à un laïque, comme en ayant le droit spirituel.
Le Pontife ajoutait que, si par aventure il avait été trop loin en quelque chose, soit à l'égard du roi, soit à l'égard de son royaume, il était prêt à le réparer d’après le jugement des cardinaux, ou même des seigneurs de France qui fussent hommes d'honneur et de probité, tels que le duc de Bourgogne et le comte de Bretagne, rien ne lui tenant plus au cœur que de conserver la bonne intelligence avec le roi. Son penchant pour la nation française était si connu, qu'avant son pontificat les Romains lui reprochaient d’être Français. Malgré tout cela, si le roi ne se remettait dans lé droit chemin, et ne se désistait de son entreprise, et ne permettait aux prélats de se présenter au Siége apostolique, il serait forcé de procéder contre lui, Philippe avait déjà commis des choses plus graves que les rois de France qui furent déposés par ses prédécesseurs ; il ne laisserait donc pas de le déposer aussi, comme il ferait à quelqu'un d’une infime condition, quoique avec une grande douleur. Il ordonnait de nouveau aux prélats de venir à Rome, et de faire le voyage à pied, s'ils n'avaient pas de chevaux.
Malgré les défenses et les menaces de Philippe, plus de la moitié des prélats, savoir, quatre archevêques et trente-cinq évêques, arrivèrent à Rome pour le concile indiqué au 4er novembre 1302. Le Pape y publia, le 48 du même mois, la fameuse bulle Unam sanctam, insérée au droit canon, En voici la substance :
« Nous croyons et confessons une Église, sainte, catholique et apostolique, hors laquelle il n’y a point de salut; nous reconnaissons aussi qu’elle est unique, que c'est un seul corps qui n’a qu'un chef, et non pas deux, comme un monstre. Ce seul chef est Jésus- Christ, et saint Pierre, son vicaire, et le successeur de saint Pierre. Soit donc les Grecs, soit d’autres qui disent qu’ils ne sont pas soumis à ce successeur, il faut qu’ils avouent qu'ils ne sont pas des ouailles de Jésus-Christ, puisqu'il dit lui-même qu'il n’y a qu'un troupeau et un pasteur. Que dans cette Église et sous sa puissance il y a deux glaives, le spirituel et le temporel, nous l’apprenons de l'Évangile ; car les apôtres ayant dit : Voici deux glaives ici, c'est-à-dire dans l'Église, le Seigneur ne leur répondit pas : C'est trop, mais : C’est assez. Assurément celui qui nie que le glaive temporel soit en la puissance de Pierre méconnaït cette parole du Sauveur : Remets ton glaive dans le fourreau. Le glaive spirituel et le glaive matériel sont donc l’un et l’autre en la puissance de l'Église; mais le second
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doit être employé pour l'Église, et l'autre par l'Église. Celui-ci est dans la main du prêtre, celui-là est dans la main des rois et des guerriers, mais sous la direction du prêtre. Or, il faut que l’un de ces glaives soit soumis à l’autre, et la puissance temporelle au pou voir spirituel. Car, suivant l'Apôtre, toute puissance vient de Dieu, et celles qui existent sont ordonnées de Dieu : or, elles ne seraient pas ordonnées si un glaive n'était pas soumis à l'autre glaive, et, comme inférieur, ramené par lui à ce qu'il y a de suprême. Car, suivant saint Denys, c'est une loi de la Divinité que ce qui est infime soit coordonné par des intermédiaires à ce qui est au-dessus de tout. Ainsi, en vertu des Jois de l'univers, toutes choses ne sont pas ramenées à l'ordre immédiatement et de la même manière, mais les choses basses par les choses moyennes, ce qui est inférieur par ce qui est supérieur.
« Or, que la puissance spirituelle surpasse en noblesse et en dignité toute puissance terrestre, nous devons le confesser d'autant plus clairement, que les choses spirituelles sont plus au-dessus des choses temporelles. Nous le voyons évidemment encore par l'oblation, la bénédiction et la sanctification des dîmes, par l'institution de la puissance. et le gouvernement du monde, En effet, d'après le témoignage de la vérité même, il appartient à la puissance spirituelle d’instituer la puissance terrestre, et de la juger si elle n’est pas bonne. Ainsi se vérifie l'oracle de Jérémie touchant l'Eglise et la puissance ecclésiastique : Voila que je t'ai établi sur les nations et les royaumes, et le reste comme il suit. Si donc la puissance terrestre dévie, elle ‘sera jugée par la puissance spirituelle, Si la puissance spirituelle d’un ordre inférieur dévie, elle sera jugée par son supérieur. Si c’est la puissance suprême, ce n'est pas l’homme qui peut la juger, mais Dieu seul, suivant la parole de l’Apôtre : L'homme spirituel juge toutes choses, et n'est J'ugé lui-même par personne.
« Or, cette puissance qui, bien qu'elle ait été donnée à l’homme, est, non pas. humaine, mais plutôt divine, Pierre l’a reçue de la bouche divine elle-même, et celui qu'il confessa l'a rendue, pour lu et ses successeurs, inébranlable comme la pierre; car le Seigneur lui a dit: Tout ce que tu lieras, etc. Donc, quiconque résiste à cette puissance, résiste à l’ordre même de Dieu, à moins que, comme le manichéen, il n’imagine deux principes : ce que nous jugeons faux et hérétique ; car, suivant le témoignage de Moïse, c’est, non pas dans les principes, mais dans Le Principe que Dieu créa le ciel et la terre.
« Ainsi toute créature humaine doit être soumise au Pontife romain, et nous déclarons, aflirmons, définissons et prononçons que cette soumission est absolument de nécessité de salut. »
ar l'Église, Celui-ci est a main des rois et des Or, il faut que l'un de ace temporelle au pouissance vient de Dieu, et )r, elles ne seraient pas autre glaive, et, comme suprême, Car, suivant e ce qui est infime soit
est au-dessus de tout, choses ne sont pas raême manière, mais les ui est inférièur par ce
e en noblesse et en dile confesser d'autant nt plus au-dessus des ent encore par l'oblames, ‘par l'institution le. En effet, d'après le à la puissance spiri- 1 juger si elle n’est pas ouchant l'Église et la abli sur les nations et la puissance terrestre ielle. Si la puissance | jugée par son supéas l’homme qui peut e l'Apôtre : L'homme ne par personne.
é donnée à l'homme, ierre l'a reçue de la a l'a rendue, pour lu e; car le Seigneur lui e résiste à cette puis- Que, comme le ma- 1ous jugeons faux et e, c’est, non pas dans réa le ciel et la terre.
umnise au Pontife ro- > et prononçons que salut. »
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Cette bulle étant dogmatique, il faut plus s'attacher à la conclusion qu'aux prémisses, Elle définit donc que toute créature humaine, autrement toute puissance parmi les hommes, est soumise au Pontifo romain ; elle définit, en un mot, que la puissance temporelle est subordonnée à la puissance spirituelle : chose reconnue par les défenseurs mêmes de Philippe le Bel, et déjà consignée dans le droit canon par la décrétale Novit d'Innocent HI.
En eflet, dans le démélé entre Boniface VIII et Philippe le Bel, Gilles Romain, de la famille des Colonne, archevêque de Bourges, et Jean de Paris, étaient naturellement partisans du roi. Voici cependant ce que dit le premier : « Les causes mixtes sont des causes temporelles qui ont une certaine connexion avec des causes spirituelles ; ainsi, une cause féodale est de soi temporelle, mais elle peut avoir une connexion avec le serment ou le pacte. Et de cette manière le roi de France, suivant le droit, n’est point sujet au souverain Pontife, ni tenu de lui répondre, quant à son fief ; il peut toutefois lui être soumis incidemment, à raison de la connexion avec une use spirituelle, comme il est dit dans la décrétale d’Innocent III, chap. Novit 1, »
Le second s'exprime de la manière suivante : « Si le prince était hérétique et incorrigible, le Pape pourrait faire en sorte qu'il fût dépouillé de sa dignité séculière et déposé par le peuple; le Pape le ferait dans un crime ecclésiastique dont la connaissance lui appartient, savoir, il excommunierait tous ceux qui lui obéiraient encore comme: à leur seigneur ; et de cette manière le peuple le déposerait, et le Pape seulement par accident ?, » Comme on voit, et avant et pendant le démélé, les partisans de Philippe reconnaissaient que le roi est soumis au Pape et tenu de lui répondre, même pour une use temporelle, lorsqu'elle est liée à une cause spirituelle.
Si Boniface rappelle cette doctrine dans sa bulle et en fait une dédision, c'est que Philippe ne voulait point reconnaître dans la pratique la souveraineté spirituelle du Pontife à reprendre de péché qui que ce füt, et, par suite, lui refusait ouvertement l’obéissance, et empéchait les-prélats de la lui rendre. Afin donc d'empêcher qu'un aussi pernicieux exemple n’occasionnât immédiatement et par la suite Un grave scandale dans l'Église, il était urgent de déclarer que, par nécessité de salut, toute créature humaine, c’est-à-dire (dans le sens de l’épitre de saint Pierre d'où cette expression est tirée) toute Puissance humaine est soumise au Pontife romain. L'exposé de la
Esidius Romanus, Disput., art, 4. - 2 Joan, de Parisiis, Tract, de Potest. reg. et Papali, C, 7.
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bulle tend à prouver que la souveraineté témporelle n'exempte point le prince de cette subordination à /a puissance directive et ordinative de l'Église, comme l'appelle Gerson.
Des diverses raisons qu’en rapporte Boniface, il n'en est pas une qui lui appartienne en propre. D'abord, que l'Église soit une, que son chef soit unique, et que ce chef soit le successeur de saint Pierre, cela est de foi. Ce qu'il dit des deux glaives ét de leur subordination est pris mot à mot d'un des plus illustres docteurs de l’église des Gaules, saint Bernard, et ne signifie d’ailleurs que la subordination générale du temporel au spirituel, de la force à la justice, comme du corps à l'âme : doctrine enseignée bien avant lui, et: par saint Grégoire de Nazianze, et par saint Isidore de Péluse, et par Yves de Chartres, et par Hugues de Saint-Victor, et par Alexandre de Halès, et par saint Thomas. Qu'il appartienne à la puissance spirituelle d'instituer la puissance terrestre et de la juger si elle n’est pas bonne, cela se trouve en toutes lettres dans un des plus fameux docteurs de Paris, Hugues de Saint-Victor, et équivalemn.snt dans la consultation de la nation française pour substituer Pepin le Bref à Childérie, dans le discours de Charles le Chauve au concile de Toul, dans la lettre de l'empereur Louis II à Basile de Constantinople, sans parler du reste.
L'application au sacerdoce chrétien des paroles dites au prophète Jérémie avait été faite bien avant lui ; en 434, par Théodote, évêque d’Ancyre, au concile d'Éphèse ; en 519, par toute l’Église d'Orient dans sa lettre au pape Symmaque ; en 518, par Jean, patriarche de Jérusalem, dans une lettre synodale souscrite de trente évêques de sa province ; en 536, par le patriarche Mennas de Constantinople, dans un décret approuvé par soixante-onze évêques ; en 845, par le concile de Meaux où assistait Hinemar de Reims ; en 878 et 879, par le pape Jean VIIE, dans ses lettres à Basile, empereur d'Orient ; plus tard, mais toujours avant Boniface, par saint Bernard, par Pierre le Vénérable, par Hugues de Saint-Victor, par Guillaume, archevêque de Sens, par Pierre de Blois, par Innocent III 1,
Quant à la remarque que Moïse ne dit pas dans les principes, mais dans le principe que Dieu créa le ciel et la terre, elle est fondée
1 Theod. Ancyr. Homil. contra Nestorium. Labbe, t. 8, col. 1024; Enist. Eccl. orient. ad Symmach. Labbe, t. 4, col. :404 ; Epist. Joan. Hiéros. Labbe, t. 6, p. 190; Conc. Const. sub Mennd, act. &. Labbe, t, 8, p. 90 ; Conc. Meld. Labbe, t.6, p. 1816; Epist. Joan. VIIT ad Basil., imp. Labbe, t. 9, p. 66; S. Bernard, epist. 287 ; Petr. Vin., 1. 6, epist. 24; Hug. Victor, 1. 2, De Sacrament. fidei, pars 2, cap. 4 ; Guillelm. Senon. Exhort. ad Alex, III; Petr. Bles., epist. 144 ad Celestin. III, Innoc. IIT, sermo 1, in consecr. sui pontif.
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sur l'interprétation la p’18 relevée qu'ont donnée du premier mot de la Genèse et les docti. 5 de Ja synagogue et les Pères de l'Église 1, savoir, que le principe dans lequel Dieu créa le ciel et la terre, c’est la Sagesse éternelle, le Verbe, le Fils, par qui toutes choses ont été fuites, qui lui-même, dans l'Évangile, s'appelle le principe, et que saint Paul appelle également le principe dans lequel toutes choses ont été créées et tiennent ensemble, Saint Ambroise, en rappelant les divers sens que l'on donne à cette première parole, mais qui ne s'exduent pas l'un l’autre, dit positivement : « C'est donc dans ce principe, c'est-à-dire dans le Christ, que Dieu à fait le ciel et la terre, parce que toutes choses ont été faites par lui , t que sans lui rien n’a été fait. Ce qui a été fait était vie en lui, parce que c'est en lui que tout subsiste À, »
Or, ce Christ, alpha.et oméga, principe:et fin de toutes choses, ce Christ à qui a été donnée toute puissance au ciel et sur la terre, n’a établi qu'une loi pour toute créature humaine ; qu’un interprète inlillible de cette loi, l'Église catholique ; et dans cette Église, qu’un chef, un organe nécessaire, Donc, prétendre que la puissance temporelle est indépendante, soit de la loi divine, soit de l'Église catholique, soit du Pape, c'est supposer nécessairement que pour la puissance temporelle, il est un autre principe que le Christ ; que ce n’est pas dans ce seul principe, mais dans plusieurs, que Dieu a créé et qu'il gouverne le ciel et la terre : c'est tomber nécessairement dans un dualisme de manichéen,
Ainsi, et pour ce qu’elle décide, et pour les preuves sur lesquelles elle s'appuie, la bulle Unam sanctam est conforme à la tradition des Pères et des docteurs.
Le même jour, 18 novembre 1309, que Boniface publia cette fameuse décrétale, il excommunia par une autre quiconque empêcherait où molesterait ceux qui allaient à Rome ou qui en revenaient. Philippe n'était nommé ni dans l’une ni dans l’autre. Boniface voulait moins se venger que prévenir les suites d’un si mauvais exemple.
Pour ne négliger aucun moyen de ramener le roi, il lui envoya le cardinal Lemoine, homme estimable sous tous les rapports, et Franis de nation ; en même temps, il traitait avec son frère, Charles de Valois, qui lui avait promis d’arranger le différend. L'an 1303, le légat étant arrivé en France, Boniface lui adressa douze griefs sur lesquels Charles de Valois et l'ambassadeur de Philippe, auxquels ils avaient été communiqués, assuraient que le: roi donnerait satisfaction. Le légat devait les lui présenter, et si, dans un certain
1 Voir Jansen, in Pentateuch., et les lettres de M. Drach, rabbin converti, — ?In Hexaemer., 1. 1, c. 4.
temps, il n’y mettait ordre, comme l'avaient promis son frère et son ambassadeur, lui annoncer que le Pape procéderait contre lui spirituellement et ternporellement. Les réponses de Philippe sur ces articles, ayant été examinées par le collége des cardinaux, furent trouvées inadmissibles ; Boniface se plaignit au prince Charles qu'elles ne répondaient nullement aux promesses qu’il lui avait faites, ni à celles de l’ambassadeur du roi à Rome ; il avertit que, si Philippe ne les corrige de façon que le Saint-Siége pôt s’en contenter, il serait procéde contre lui. Cette lettre est du 29 de février.
Le 12 mars, dans une assemblée tenue au Louvre, Guillaume de Nogaret, qui avait succédé à Pierre Flotte dans la charge de garde des sceaux, présenta requête au roi contre Boniface, qu’il accusait d'être un malfaiteur, un Pape intrus, un hérétique, un schismatique, chargé de crimes affreux, endurci et incorrigible. Il supplia le voi qu'il lui plût d’assembler les états pour y procéder à la convocation d'un concile général, où Boniface fût déposé ; qu’en attendant, on fit gouverner l'Église par un vicaire, afin d'ôter toute occasion de schisme ; et qu’enñn on se saisit de la personne de Boniface, de peur qu’il ne traversât cette bonne œuvre.
Un mois après, le 13 avril, environ deux mois depuis que les réponses de Philippe fussent arrivées à Rome, Boniface, qui, dans cet intervalle, pouvait avoir appris ce qui s'était passé au Louvre, écrivit au légat de signifier au roi, en présence de son conseil, qu’à l’exception de ce qui regardait l’église de Lyon, il s’en rapporterait volontiers aux ducs de Bretagne et de Bourgogne, s’il voulait les envoyer à Rome. Il ad. essait au légat, en même temps, plusieurs décrets ; l’un où il excommuniait nommément Philippe; l’autre où il convoquait à Rome les prélats français qui ne s’y étaient pas encore rendus. Ces décrets ne furent pas publiés ce jour-là, mais seulement envoyés au légat pour qu'il les publiât en France, au cas que le roi s’opiniâtrât à ne point satisfaire le Saint-Siége. Noël Alexandre en convient. Et de fait, il eût été par trop absurde d’excommunier un prince le même jour qu’on lui offrait des moyens plus faciles d’accommodement. Mais le légat n'eut point occasicu de traiter avec Philippe, n d'exécuter les commissions du Pontife. Le roi et les ministres, qui avaient déjà perdu le respect au Siége apostolique, violèrent encore à son égard le éroit des gens. Le courrier du légat, l’archidiacre de Constance, fut arrêté, mis en prison, et ses dépêches interceptées.
Pour couvrir l’odieux d’une pareille violence, on entreprit quelque chose de plus monstrueux encore. Dans une assemblée des trois ordres de l’État, convoquée et tenue au mois de juin, Guillaume du Piessis, au nom de quatre ou cinq laïques, les seuls à parler dans cette
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| promis son frère et son éderait contre lui spiride Philippe sur ces arcardinaux, furent trourince Charles qu’elles ne ui avait faites, ni à celles , que, si Philippe ne les contenter, il serait proer.
1 Louvre, Guillaume de dans la charge de garde Boniface, qu’il accusait tique, un schismatique, igible. Il supplia le voi océder à la convocation é ; qu’en attendant, on ‘ôter toute occasion de ne de Boniface, de peur
mois depuis que les ré- Boniface, qui, dans cet passé au Louvre, écrivit n conseil, qu’à l’excepen rapporterait volonil voulait les envoyer à plusieurs décrets ; l'un autre où il convoquait à pas encore rendus. Ces seulement envoyés au que le roi s’opiniâtrât xandre en convient. Et nmunier un prince le faciles d’accommoderaiter avec Philippe, n oi et les ministres, qui que, violèrent encore à
légat, l’archidiacre de dépêches interceptées.
e, on entreprit quelque assemblée des trois oruin, Guillaume du Piesuls à parler dans cette
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assemblée, accusa Boniface de nier l'immortalité de l'âme, la vie éternelle, la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, de pratiquer des sortiléges, d'entretenir des familiarités avec le diable, d'avoir commis tous les péchés défendus dans le décalogue, violé les lois divines et humaines, soit dans sa conduite particulière, soit dans celle qu’il avait gardée avec la Trance. En même temps, le saint homme ayant assuré qu'il se portait à cette accusation non par haine, mais par zèle de la foi et par dévouement au Saint-Siége, en appela ‘au concile général, et au Saint-Siége apostolique, et à celui et à ceux à qui il appartiendrait, etc., suppliant Je roi de procurer la convocation du concile, en sa qualité de défenseur de. la sainte mère Église et de la foi catholique. Le roi, faisant droit à sa requête, en appela audit concile général, ainsi qu'au vrai et légitime Pape futur, etc., c’est-à-dire le roi se déclara schismatique. Le légat, que lon gardait à vue, s’était enfui,
Pour apprécier en ceci la conduite de Philippe, rappelons-nous celle que tint en pareil cas un roi barbare et arien. L'an 503, le pape saint Symmaque fut accusé, devant Théodoric, roi des Goths, de crimes énormes par une faction schismatique dont étaient plusieurs sénateurs. Théodoric, quoique Goth et arien, jugeant, comme il le dit lui-même, qu'il ne lui appartenait point de rien décerner sur des auses ecclésiastiques, convoqua les évêques d'Italie. Ceux-ci lui remontrèrent que le Pontife accusé aurait dû assembler le concile lui-même, attendu que le mérite et la principauté de saint Pierre d'abord, et ensuite ja vénérable autorité des conciles, suivant le commandement du Seigneur, ont attribué à son Siége une puissance singulière dans les églises, et qu'on ne trouvait aucun exemple qu’en
| pareil cas le Pontife de ce Siége eût été soumis au jugement de ses inférieurs. Alors le roi leur apprit que le Pape lui-même avait ma-
nifesté par ses lettres la volonté d’assembler le synode, et, pour preuve, leur communiqua les lettres mêmes. Arrivés à Rome, Symmaque leur confirma la même chose de vive voix, et leur donna au-
D brité pour juger les accusations auxquelles il était en butte. Le con-
‘lle, sans discuter l'affaire au fond, déclara devant le peuple que le Pontife était innocent des crimes qui lui étaient imputés, protestant qu'il ne faisait cette déclaration que pour les hommes et pour ôter le sandale du peuple, attendu que le Pontife n’était soumis qu’au jusement de Dieu.
Comme quelques schismatiques se plaignaient du concile, saint Enodius, évêque de Pavie, en fit par ordre des Pères une âpologie ‘“lèbre où on lit entre autres : « Peut être, pour les causes des autres hommes, Dieu a-t-il voulu qu'elles se terminassent par les
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hommes ; mais pour le Pontife de ce siége, il l’a réservé, sans aucune enquête, à son tribunal. Il a voulu que les successeurs de l’apôtre saint Pierre ne fussent comptables de leur innocence qu’au ciel, »
Quelque prudente que fût la conduite du concile, les évêques des Gaules en furent néanmoins alarmés quand ils apprirent qu’on parlait de juger le Pape. Saint Avit, évêque de Vienne, écrivit, au nom de tous, aux chefs du sénat romain, pour se plaindre que, le Pape étant accusé devant le prince, les évêques se soient chargés de le juger, au lieu de le défendre. « Car, disait-il, il n’est pas aisé de comprendre comment le supérieur peut être jugé par les inférieurs, et principalement le chef de l’Église. Aussi le concile a-t-il bien fait de réserver au jugement de Dieu une cause qu'il avait témérairement entrepris -de discuter. Dans les autres évêques, si quelque chose pa. | raît contre l’ordre, on peut le réformer; maïs si l’on révoque en doute l'autorité du Pape de Rome, ce n’est plus un évêque; c’est l'épiscopat même qui paraît vaciller. Celui qui est à la tête du troupeau du Seigneur rendra compte de la manière dont il le conduit ; mais ce n’est pas au troupeau à demander ce compte à son pasteur, c'est au juge ?, » Voilà comme, au commencement du sixième siècle, en agirent, dans la cause d’un Pape accusé, un roi barbare et arien, les évêques d'Italie et des Gaules.
Au commencement du neuvième siècle, sous Charlemagne, les évêques d'Italie et de France s’écriaient au sujet des accusations portées contre le pape Léon IE : « Nous n’osons juger le Siége apostolique, qui est le chef de toutes les églises. Nous sommes tous jugés par ce Siége et par son vicaire. Ce Siége n’est jugé par personne : c'est là l’ancienne coutume. Que le souverain Pontife nous commande, comme il a accoutumé, nous obéirons suivant les canons ?»
Il en fut bien autrement de la cause de Boniface VII. Philippe le Bel s’y montra plusbarbare et moins Chrétien que le Goth Théodoric. Ce sont les ministres de Philippe qui accusent le Pape. C'est Philippe qui juge le Pape sans l’entendre ; c’est Philippe qui le déclare intrus, puisqu'il en appelle au futur Pape légitime. Des laïques seuls parlent dans l'assemblée. Les évêques, au nombre de vingt-six, où plutôt vingt-cinq, l'un n'étant pas évêque en France, n’y ouvrenth bouche que pour adhérer à l’iniquité du roi. Ces serviles prélats croient faire beaucoup d’insérer dans leur schismatique appel qu'ils ne prétenduient pas se rendre partie en cette affaire. Après un lâcheté pareille de la part des évêques de l'assemblée, Philippe entreprend d’entraîner dans son schisme tous les autres. Il y emploit
1 Labbe, t. 4, col, 4952, — 2? Ihid., t, 4, col. 1263. — SIbid., t. 7, col. 108
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