‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 82 sur 97 · SIbid., t. 7, col · texte numérisé non relu

SIbid., t. 7, col

Nogaret, se rend secrètement e

Le Pape, ayant appris par le cri public ce qui s'était se justifia, par un serment en plein consistoire,

lui imputait en France, surtout du crime d'hérésie. Puis, rappelant

pour se soustraire à sa correction, c'en serait fait de l'autorité de l'Église et des Pontifes En conséquence, pour qu'un si détestable glise catholique, il fit le même jour, * L'une portait que, conformément celte matière, les citations faites 'sonne que ce soit, principalement nt jusqu’à eux, seront faites dans

la citation, suivant la distance

comme si elle avait été faite à la les docteurs de Paris de la facult se réserve la provision de tous |

personne. Par deux autres, il suspend 6 d'enseigner, de conférer les grades :

es évêchés et abbayes qui viendraient à vaquer, jusqu’à ce que le roi revienne à l’obéissance du Saint-Siége,

Cependant se tramait un attentat plus digne du Vieux de la monlagne que d’un roi de France. Le garde des sceaux, Guillaume de

n Italie, avec ordre de s'emparer de là personne du Pape..Il est accom pagné de Sciarra Colonne et de ses partisans, Pour cacher ses manœuvres, il répand le bruit qw’il arrive pour négocier la paix entre Philippe.et Boniface. Sous main il soudoie une bande de sicaires, corrompt les gardes pontificales, soulève la populace d’Anagni, où Boniface s'était retiré, et puis envahit time un chef de brigands le palais du Pontife, dont il cause la mort par ses outrages.

€ L'on ne peut guère douter, dit le protestant Sismondi, que l’intention des conjurés ne fût de massacrer le Pape ; ils n’avaient pris aucune mesure ni pour le conduire ailleurs, ni pour le garder avec sûreté où ils étaient. Mais ce vieillard, que son grand âge seul de quatre-vingt-six ans aurait dû rendre vénérable, et qui, à l'approche de ses ennemis, s'était revêtu de ses habits pontificaux et s'était mis à genoux en prières, devant l’autel, frappa, malgré eux, les conjurés d'un respect insurmontable 2. » Ainsi parle cet auteur protestant,

! Apud Raynald., 1308, n, 34, — ? Ffiet, des Républ. ital., t, 4, c, 24.

passé à Paris, des horreurs qu'on

ois aux princes d'accuser le Pape d'hérésie

: pre

180 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVIT, — De 1300

D'après le récit combiné des divers historiens du temps, la chose s’est passée ainsi. Guillaume de Nogaret, accompagné de Sciarra Colonne, vint secrètement avec trois cents cavaliers. Il se tint dans les environs d’Anagni, dont plusieurs des principaux, traîtres au Pape, leur seigneur et leur compatriote, renforcèrent la troupe des conjurés par des auxiliaires. On attendit le moment ‘favorable. A l'heure donc de minuit, les trois cents Français, avec les schismatiques Colonne et les traîtres d’Anagni, entrent dans la ville et attaauent le palais pontifical, aux cris de : Meure le pape Boniface ! vive le roi de France ! Les gardes du palais résistèrent si vigoureusement, que les assaillants ne purent y pénétrer que vers midi. Le Pape, ayant su ce qui se passait, se revêtit de ses ornements pontificaux, se prosterna au pied de l’antel, puis s’assit sur son trône, la couronne sur la tête, les clefs et la croix à la main, et commanda d'ouvrir les portes de sa chambre. Sciarra Colonne entre furieux ; l'attitude calme et majestueuse du Pontife l’arrête ; il n'ose porter sur lui une main sacrilége, comme on l’a dit souvent à tort. Et quand Nogaret, s'étant insolemment approché de lui, le menace de le conduire à Lyon et de l’y faire déposer par un concile général, il lui répond : Voici ma tête, voici mon cou. Je suis disposé à tout souffrir pour la foi du Christ et la liberté de son Église; Pape, légitime vicaire de Jésus-Christ, je me verrai patiemment condamné et déposé par les hérétiques ! Ce dernier mot attéra Nogaret : son grand- père avait été brûlé comme Albigeois ou manichéen.

Le pape Boniface VIII resta trois jours captif. Pendant ce temps les ennemis et les traîtres pillaient son palais et ses trésors. Le troisième jour, les habitants d’Anagni, se repentant d’avoir abandonné le Pape, leur compatriote et leur bienfaiteur, et d'ailleurs excités par le cardinal Luc de Fiesque, se soulevèrent contre les Français, prirent les armes, et se mirent à crier : Vive le Pape ! et meurent les traîtres ! Et, en effet, ils les chassèrent du palais et de la ville. Un chef des traîtres est pris et amené aux pieds du Pontife, qui aussitôt lui pardonne et le rend à la liberté î. Ce trait, rapporté par un témoin oculaire, le cardinal de Saint-Georges, a été négligé jusqu’à présent par les historiens : à lui seul cependant il peint tout l'homme.

Le pape Boniface, ainsi délivré, se rendit d’Anagni à Rome. De nouvelles traverses l’y attendaient, d’après le témoignage de deux historiens du temps. La famille des Ursins eut l’insolence de lui fermer l'entrée des habitations pontificales. Il ne se voyait guère plus

1... Capitur qui maximum horum Extiterat, summusque pater jàm carceré liber Protinùs hunc solvit... Raynald, 1803, n. 42.

} {Liv. LXXVIT, — De 1300

ens du temps, la chose ccompagné de Sciarra valiers. Il se tint dans rincipaux, traîtres au forcèrent la troupe des moment ‘favorable. A ais, avec les schismatit dans la ville et attale pape Boniface ! vive rent si vigoureusement, vers midi. Le Pape, ornements pontificaux, sur son trône, la cou- ,et commanda d'ouvrir ntre furieux ; l'attitude ose porter sur lui une ort. Et quand Nogaret, nace de le conduire à général, il lui répond :

à tout souffrir pour la ipe, légitime vicaire de imné et déposé par les on grand-père avait été

tif. Pendant ce temps et ses trésors. Le troilant d’avoir abandonné et d’ailleurs excités par ontre les Français, pri- > Pape ! et meurent les is et de la ville. Un chef Pontife, qui aussitôt lui apporté par un témoin négligé jasqu'à présent nt tout l'homme.

d’Anagni à Rome. De le témoignage de deux it l’insolence de lui ferne se voyait guère plus

musque pater jàm carcere

A 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 481

libre à Rome que dans Anagni. Tant de contrariétés, jointes à son grand âge de quatre-vingt-six ans, le firent tomber malade, et il mourut le 40 octobre 1303, après avoir fait sa profession de foi 1,

Pour pallier aux yeux de la France une conduite aussi indigne d'elle, on lui fit accroire que le Pape venait de rédiger une bulle où il menaçait de, déposer le roi, et, en attendant, l'excommuniait et déliait ses sujets du serment de fidélité. Mais la chose fût-elle vraie, il ne faisait qu’user du droit que tout le monde lui recOnnaissait, de déclarer que tel prince s'opiniâtrant dans le schisme, ses sujets n’éaient plus tenus de lui obéir. Dans le vrai, l'assertion est bien suspecte. L’unique preuve est un Manuscrit unique de Paris, où il es dit que cette bulle devait être publiée le 8 septembre, tandis qu'elle est datée du 8 décembre, deux mois après la mort de Boniface, Des écrivains gibelins et gallicans rapportèrent encore mourant, s'était rongé les bras et les mains. tard, son tombeau ayant été ouvert, on trouv les mains et les bras, tout entier et parfaiteme Henri de Sponde en fut lui-mé

; S moi outre intelligent écho de ces odieuses calomnies, en

disant : « Un Colonne le frappa au visage : Boniface en meurt de rage et de douleur. » Cela n'est ni vrai ni français.

Après la mort de Boniface VILL, l'Église eut noit XI. IL s'appelait Nicolas Bocasini, était né à Trévise l’an 1240. Il y commença ses études, alla les achever à Venise, où il prit l’habit de saint Dominique, à l’âge de quatorze ans. S'il montra beaucoup d'ardeur pour se perfectionner dans Ja Connaissance des saintes Jettres, il n’en montra pas moins pour s'exercer à la pratique de toutes ls vertus. Quatorze ans après son entrée chez les Dominicains, il fut envoyé, en qualité de professeur et de prédicateur, à Venise et à Bologne, afin qu'il fit part aux autres des trésors spirituels qu'il avait amassés dans le silence et la retraite. Nous avons encore aujourd'hui plusieurs sermons de lui, et des commentaires qu'il composa sur l'Écriture sainte,

Ayant été élu général de son ordre l’an 1296, il écrivit une lettre circulaire dans laquelle il exhortait ses frères d'une manière fort louchante à l'amour de la Paur:t6, de l’obéissance, de la retraite, de la prière et de la charité 4, L'an: éc suivante, il tint le chapitre gé-

pour Pape saint Be-

! Raÿnald, 1208, n. 41, avec la note de Mansi., — ? Raynald, n. 41. Spond, — T5, p. 437, édit, 1849, — 4 Apud Martenc, Anecdot., t, 4.

néral à Venise. Comme le parti schismatique des Colonne attaquait dès lors le pontificat de Boniface VIIT, le sage supérieur rappela aux enfants de saint Dominique ce qu'ils avaient à faire dars cette circonstance. Puisqu’il est de notre devoir et de notre profession particulière, dit-il dans une ordonnance du chapitre, de rechercher avec soin la paix de l Église et de nous employer avec zèle à la procurer ou à l’entretenir, nous défendons très-expressément, et en vertu de la sainte obéissance, à tous nos religieux, de favoriser en quelque manière que ce puisse être, soit en public, soit en secret, les coupables desseins de ceux qui se sont témérairement élevés contre le souverain Pontife. Et nous voulons qu'ils prêchent partout hautement et qu’ils soutiennent de même, dans toutes les occasions, que notre saint Père le pape Boniface VIIL est le véritable successeur de saint Pierre et le vicaire de Jésus-Christ!. Les lettres dont il accompagna l'envoi de cette ordonnance dans toutes les provinces disaient encore : Dans la tribulation que quelques-uns s’efforcent de susciter au très-saint Siége et à son pasteur, opposez-vous pour la maison du Seigneur comme un mur inexpugnable, déployez le zèle que des enfants dévoués et reconnaissants doivent avoir pour l'honneur d’un père et pour la majesté de la dignité apostolique. Pour détourner ces maux, très-chers frères, frappez sans cesse les oreilles de la divine clémence par d’humbles supplications, qui seront d'autant pins saintes qu'elles seront plus continuelles ?.

La même année 1297, le pape Boniface VIII l’envoya en Prés: avec la qualité de nonce, pour être le médiateur de la paix entre ce royaume et celui de l'Angleterre. Pendant qu'il travaillait à ee grand ouvrage, il fut créé cardinal. Il en apprit la nouvelle avec douleur, parce qu’il redoutait les dignités ecclésiastiques ; il versa même des larmes, et n'aurait point accepté le cardinalat, si le Pape ne le lui eût ordonné. Peu après, il fut nommé évêque d’Ostie et doyer du sacré collége.

L'an 1301, il fut envoyé en Hongrie, avec le titre de légat à /afere, pour étouffer l'esprit de discorde qui avait formé diverses factions, et qui avait déjà causé beaucoup de ravages dans le pays. Il se conduisit avec tant de sagesse, que la paix succéda aux troubles. ]l abolit aussi certaines pratiques superstitieuses et d’autres abus d’où résultaient de grands scandales. Les légations qu'il exerça en Autriche et à Venise ne firent pas moins d’honneur à la sagesse et à la vivacité de son zèle. :

Boniface VIIT étant mort le 41 octobre 1303, les cardinaux entrè-

1 Apud Martene, Anecdot., t. 4, col. 1866. — ? Ibid., col. 1869.

(Liv. LXXVIL. — De 1300

les Colonne attaquait upérieur rappela aux ire dars cette circon- > profession particude rechercher avec c zèle à la procurer ment, et en vertu de favoriser en quelque en secret, les coupaent élevés contre le chent partout hautees les occasions, que ritable successeur de ettres dont il accom- 8 provinces disaient ’efforcent de susciter jous pour la maison loyez le zèle que des pour l'honneur d’un . Pour détourner ces oreilles de la divine d'autant plus saintes

l'envoya en France, r de la paix entre ce travaillait à ce grand ivelle avec douleur, ; il versa même des si le Pape ne le lui d'Ostie et doyer du

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les cardinaux entrè-

à 1311 de l'ère chr.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE.

rent au conclave onze jours après, et, dès

| le lendemain, ils élure tout d’une voix Bocasini pour lui succéder. Le saint fut saisi à

frayeur en apprenant cette nouvelle : mais on l’obli 2 ; on l’obligea d'acqui r à à son élection, et on l’intronisa le dimanche suivant. 1] Mrbets

Benoît de son nom de baptême.

Le nouveau Pape n’oublia point qu’il sortait d’ mille de Trévise. Sa mère, qui vivait encore, Pérouse, ses amis lui firent prendre des vêtem nait à la mère d’un si grand prince. Mais, avant de la recevoir, le Pape demanda comment elle était vêtue. On lui répondit qu’elle était vêtue de soie, pour l'honneur du Siége apostolique. Oh ! alors, répliquat-il, ce n’est pas ma mère ; car ma mère est une pauvre femme qui ignore ce que c’est que la soie. À cette réponse, la pieuse mère reprit ses humbles vêtements. Sur quoi le Pape dit: Pour le cou c'est ma mère ; qu’elle vienne ! et il l'embrassa tendrement 1. ÿ Peu de temps après son exaltation » le pape saint Benoît XI écrivit à Charles, roi de Naples, pour le féliciter d’avoir chassé les Sarrasins de Nocéra et en avoir rétabli l'église cathédrale. En récompense, il ut accorde la faculté de présenter à l'évêque des personnes capables pour la place de doyen, d’archidiacre, de chantre, et la moitié des prébendes. La bulle est du 26me novembre 14303. Le 8 décembre suivant, Frédéric d'Aragon, nouveau roi de Sicile, prêta serment de fidélité au pape Benoît par André Doria, son procureur. Le roi y reconnait tenir ce royaume de la pure libéralité de l'Église romaine sengage à payer un cens annuel de trois mille onces d’or, entretenir cent chevaliers au service du Saint-Siége, avoir Pour amis et ennemis lsamisetennemis de l'Église, maintenir les immunités ecclésiastiques garder le traité fait avec le roi Charles de N aples, aux successeurs duquel la Sicile reviendrait après la mort de Frédéric 2. L'année suivante le roi Jacques d'Aragon fit serment de fidélité au même Pape pour la Sardaigne et la Corse qu'il avait reçues de Boniface VIII 3. Benoit XI écrivit à l'archevêque d’Antibari en Albanie, pour la répression de plusieurs abus. 11 travailla, de concert avec Hélène, reine de Servie, à procurer la conversion d'O:ose, fils de cette princesse, A ll reçut les envoyés d’un patriarche des chrétiens orientaux, avec des lettres écrites en langue chaldaïque, dans lesquelles l'Église ro- Haine était appelée mère et maitresse de toutes les églises, et son Pontife pasteur et juge suprême de tous les chrétiens 4, Il en reçut

une pauvre faétant venue le voir à ents, comme il conve-

1, Antonin, part, 3, tit. 20, c. 9. Raynald, 1304, n. 35, — ? Raynald, 1303, 0.60, — 8 Jbid., 1304, n, 16. — Ibid., n. 2%

4184 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

également des rois tartares, qui avaient embrassé le christianisme ou du moins le favorisaient, et qui demandaient du secours pour les aider à chasser les Sarrasins de Syrie. Afin de leur en procurer, le saint pape Benoît XI employa tous ses soins à pacifier les princes et les États chrétiens de l'Europe, envoyant partout des nonces pour accorder leurs différends. Grâce à lui, Venise et Padoue se réconcilièrent sans répandre de sang. Il pacifia le Danemark et les autres royaurnes du nord. Mais le principal était de concilier le différend avec la France.

Le roi Philippe le Bel ayant appris l'élection du nouveau Pontife, le félicita par une lettre dont il chargea ses ambassadeurs, Bérard, seigneur de Merceuil, le chevalier Guillaume de Plessis et Pierre de Belleperche, célèbre jurisconsulte, alors chanoine de Chartres, depuis doyen de l'église de Paris, garde des sceaux et évêque d'Auxerre. Nogaret était de cette ambassade; mais il ne parut point en présence du Pape. Le roi, dans sa lettre, témoignait au Saint- Père beaucoup d'estime et de confiance : L'ordre sacré des Prédicateurs, disait-il entre autres, doit être comblé de joie d’avoir enfanté celui qui est assis sur le trône suprême de la justice, comme le Père du monde, le successeur de la foi de Pierre et le vicaire du Christ. Mais en même temps Philippe n’épargnait pas la mémoire de Boniface, le traitant de faux pasteur et de mercenaire, qui, par ses mauvais exemples et ses crimes, avait exposé l'Église à des périls extrêmes. Les ambassadeurs étaient chargés de traiter avec Benoit de son démêlé, et de recevoir en son nom l’absolution des censures qu'il pouvait avoir encourues. Îls ne parlèrent point de cet article ; et le Pape la donna sans être prévenu. Ainsi l'écrit-il au roi dans sa réponse du 2 d'avril 1304. « Jugez de notre tendresse par le soin que nous avons eu de vous prévenir, en vous donnant ce que vous ne demandiez pas, l’absolution des censures peut-être encourues. » Le saint Pontife le conjurait en même temps de considérer que Joas, roi de Juda, régna avec gloire et pratiqua la vertu tant qu'il suivit les conseils du grand-prêtre Joad ; mais, que, s’en étant écarté, il tomba dans le mépris, et fut enfin assassiné par ses propres domestiques Qu'il doit donc écouter le Pontife romain, son père, et se rendre à ses avis, afin que Dieu affermisse son règne et qu'il le rende glorieux.

ii parait, par les actes, que Piérre de Pérédo, envoyé par le roi en Italie du vivant de Boniface, s'était présenté à Benoît, récemment élu, pour lui représenter les plaintes de la France contre son prédécesseur ; que le nouveau Pape, qui voulait étouifer cette affaire, se

ns

contenta de faire dire à Nogaret, qui était à Rome, par l’évêque de

[Liv. LXXVIL. — De 1300

assé le christianisme , du secours pour les leur en procurer, le vacifier les princes et ut des nonces pour | Padoue se réconcinemark et les autres oncilier le différend

du nouveau Pontife, 1bassadeurs, Bérard, de Plessis et Pierre anoine de Chartres, s sceaux et évêque ais il ne parut point lémoignait au Saintre sacré des Prédide joie d’avoir enla justice, commele erre et le vicaire du it pas la mémoire de #enaire, qui, par ses l'Église à des périls > traiter avec Benoit solution des censures int de cet article ; et -il au roi dans sa réresse par le soin que nant ce que vous ne être encourues. » Le isidérer que Joas, roi 1 tant qu’il suivit les étant écarté, il tomba propres domestiques | père, et se rendre ne et qu'il le rende

envoyé par le roi en à Benoît, récemment ce contre son prédéufñler cette affaire, se ome, par l’évêque de

à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 185

Toulouse, de ne Passer pas outre dans ses opérations contre le Pape défunt sans nouvel ordre du roi, parce qu'il était résolu, lui successeur de Boniface, d’apaiser toute cette affaire. Il le fi ment connaître, en révoquant Coup sur coup les bulles qui avaient l'air d’hostilités, comme la défense faite aux universités de donner des degrés, celle de pourvoir les églises Vacantes, et les censures portées durant ces démélés contre les Français. II n'excepta que Nogaret,

dont il se réserva la cause à luiet au Saint-Siége. Du reste, tout fut réiabli dans le même état qu'auparavant

t prompte-

accompagnés d’un notaire, allèrent successivement chez dix cardinaux. Cinq répondirent : Nous avons toujours aimé et aimons le roi de France ; mais le Pape ayant déjà mis cette requête en délibération dans le consistoire, nous nous en tiendrons à ce qu'il réglera. Les cinq autres dirent : Nous Consentons à la convocation du concile néral, et nous y contribuerons de notre pouvoir. Des six cardinaux qui restaient, quatre furent du premier avis, et deux du second. Il est aisé de conclure de ce monument, daté du 8 d'avril 1304, que le nouveau Pape crut devoir remettre à un autre temps la réponse à cette requête, et qu’il voulut commencer par les révocations dont nous venons de parler; et c’est pour cela qu'il avait éludé aussi la négociation de Pérédo 1.

Tandis que le pape Benoît égalait le nombre de ses bulles favorables pour la France à celles qui lui étaient contraires du côté de Boniface, les Colonne réfugiés tournèrent à leur avantage cette bonne volonté de Rome pour le roi. Ils firent présenter un mémoire à Philippe le Bel‘pour le conjurer de joindre leur démélé au sien, et de les protéger auprès du Pape : ce qu'il fit. Le Pape y eut égard. Il révoqua la sentence que Boniface avait portée contre eux et leurs adhérents, c’est-à-dire qu'il leva les censures de toute espèce. Mais ilne permit pas que les ex-cardinaux Jacques et Pierre, quoique rentrés en grâce avec l'Église, reprissent la pourpre romaine. Il tint encore en suspens l’article des biens confisqués, et défendit le réta-

1 Hist. de l'Église gallic., 1. 35.

486 HISTOIRE UNIVERSELLE [Ltv. LXXVII, — De 1300

blissement de Palestrine, En un mot, il ne fit pas la restitution en entier comme ils souhaitaient. Il avait à ménager, outre la mémoire de Boniface, la maison des Ursins et celle des Gaëtans, qui étaient en possession de leurs biens. Les Colonne n’y furent rétablis dans la suite que pendant la vacance du Saint-Siége, par la ent du sénat et du peuple.

Dans le même temps, Charles de Valois, frère du roi Philippe, envoya des députés au pape Benoît, lui représenter qu'il armait pour le recouvrement de l'empire de Constantinople, comme appartenant à Catherine de Courtenai, son épouse ; et, pour cet effet, il demandait au Pape de commuer les vœux de ceux qui s'étaient croisés pour la Terre-Sainte et qui voudraient passer avec lui contre les schismatiques, et lui accorder pour ies frais de cette guerre les legs pieux et les autres donations destinées au secours de la Terre-Sainte, Enfin il demandait que le Pape fit prêcher une croisade générale pour cette entreprise de Constantinople. Sur quoi le saint Pontife écrivit à ce prince qu'il lui accordait ses demandes, excepté la prédication générale dela croisade, qu'il différait à un autre temps, considérant l'état présent du royaume de France, c’est-à-dire la guerre contre les Flamands, où toutes les forces du royaume étaient occupées. La lettre est du 27me de mai 1304.

Mais le 20me de juin, le pape saint Benoît écrivit à l’évêque de Senlis et aux autres prélats de France une lettre où il dit : Le zèle dela foi doit sans doute enflammer les cœurs des fidèles à délivrer l'empire de Constantinople du pouvoir des schismatiques. Car, s'il arrivait, ce qu’à Dieu ne plaise ! queles Turcs et les autres Sarrasins, qui attaquent continuellement Andronic, s’en rendissent maîtres, il ne serait pas facile de le tirer de leurs mains. Et quel péril, quelle honte serait-ce pour l'Église romaine et pour toute la chrétienté! Nous désirons donc que l’entreprise du comte Charles ait un heureux succès, comme très-utile au secours de la Terre-Sainte, si longtemps retardé par diverses causes. C'est pourquoi nous vous prions tous de concourir puissamment à cette bonne œuvre; car, si vous saviez le mépris que les Grecs ont pour nous, leur haine et leurs erreurs dans la foi, vous n’auriez pas besoin de notre exhortation pour entreprendre cette affaire avec ardeur {.

Au milieu de ces sollicitudes pour la pacification et la défense de k chrétienté, le saint pape Benoît XI n’oublia pas ce qu'il devait à son prédécesseur Boniface VIII : il n’oublia pas le traitement qu'il avait souffert dans sa ville natale d'Anagni. Il regardait ce traitement

4 Raynald, 1304, n. 28 et 29.

E[Ltv. LXXVII. — De 1300

At pas la restitution en ager, outre la mémoire Gaëtans, qui étaient en

ent rétablis dans la suite !

la protection du sénat

frère du roi Philippe, présenter qu'il armait tinople, comme appare ; et, pour cet effet, il ceux qui s'étaient croisser avec lui contre les de cette guerre les legs ours de la Terre-Sainte, e croisade générale pour i le saint Pontife écrivit , excepté la prédication utre temps, considérant à-dire la guerre contre ne étaient occupées. La

oît écrivit à l’évêque de

lettre où il dit : Le zèle &

rs des fidèles à délivrer schismatiques. Car, s’il set les autres Sarrasins, n rendissent maîtres, il ns. Et quel péril, quelle pur toute la chrétienté!

mte Charles ait un heu- > la Terre-Sainte, si longurquoi nous vous prions nne œuvré; Car, Si VOUS ous, leur haine et leurs in de notre exhortation cation et la défense de la pas ce qu’il devait à son le traitement qu'il avait

regardait ce traitement

à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 487

comme une injure faite au Saint-Siége et à l'Église, qu'il se crut obligé de venger. Le 7 de décembre 1305, il avait déjà chargé Bernard de Royard, archidiacre de Saintes, de se transporter sur le lieu, de faire des informations, et de sauver ce qu'il pourrait des débris du trésor qu’on avait pillé, Royard n'omit rien pour instruire le procès que le Pape voulait faire à tous ceux qui avaient trempé dans la conspiration. Les informations faites et le procès instruit, le saint pape Benoît, qui était à Pérouse, fit publier, le 7 juin 1304, une bulle dont voici la substance :

Une scélératesse infâme et une infamie scélérate a été commise, non sans une grave perfidie, par des hommes exécrables, osant le plus grand des forfaits, sur la personne de notre prédécesseur, de bonne mémoire, le pape Boniface VIII. Jusqu’à présent, pour de justes causes, nous avons différé d'en poursuivre la punition. Mais nous ne pouvons attendre davantage que nous nous levions, ou plutôt que Dieu se lève en nous, pour que ses ennemis soient dissipés, et qu'ils fuient de devant sa face ceux qui le haïssent ; qu'ils soient dissipés, disons-nous, par un sincère repentir, comme Ninive s’est convertie à la prédication de Jonas ; autrement, qu'ils soint renversés comme Jéricho. Car, comme le même Boniface résidait avec sa cour dans Anagni, son endroit natal, plusieurs fils de perdition, premiersnés de Satan, disciples de l'iniquité, savoir : Guillaume de Nogaret, Sciarra de Colonne, quatorze complices ici nommés, avec d’autres ministres de leur faction, foulant aux pieds toute pudeuret tout respect, l'ont pris à main armée, hostilement et injurieusement, inférieurs leur prélat, enfants leur père, vassaux sur seigneur ; ils ont jeté sur lui des mains impies ; ils l'ont outragé par des blasphèmes. Par le même fait et par les mêmes factieux, le trésor del’Église romaine a été forcé et pillé. Et ils ont fait cela publiquement et sous nos yeux. En quoi nous signalons le crime de lèse-majesté, de rébellion, de sacrilége, de félonie et plusieurs autres des plus énormes.

Qui serait assez cruel pour ne pas verser des larmes ? qui assez haineux pour n’être pas touché de compassion ? quel juge assez négligent pour ne s’empresser point à procéder? qui assez miséricordieux pour ne pas devenir sévère ? La sécurité a été violée, l'immunité enfreinte. La propre patrie n’a pas été une sauvegarde; le foyer domestique n’a pas été un asile; le souverain pontificat a été outragé, et, avec son époux captif, l'Église a été en quelque sorte captive ellemême. Quel lieu de sûreté se trouvera-t-il désormais ? quel sanctuaire respecté encore, après qu'on a violé le Pontife de Rome? O forfait inouï ! Ô misérable Anagni, qui as laissé faire en toi des choses pareilles ! Que la rosée et la pluie ne tombent plus sur toi, mais qu’elles

HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv, LXXVIL, — he 1300

descendent sur d'autres montagnes; qu'elles passent à côté de toi, parce que, toi le voyant et pouvant l'empêcher, le héros est tombé, celui qui était revêtu de force a été renversé, Oh! malheur à vous, qui dans votre action n'avez pas imité celui que nous voulons prendre pour modèle, saint David, lequel n'a pas voulu étendre la main sur l'oint du Seigneur, quoique son ennemi, son persécuteur, son rival! lequel, au contraire, a ardonné de frapper du glaive celui qui avait étendu sur lui la main, parce qu'il est écrit : Ne veuillez pas toucher à mes oints. Cruelle douleur, lamentable action, pernicieux exemple, mal inexpiable et confusion manifeste! Entonne, à Église ! un chant lugubre; que tes lamentations inondent de larmes ton kr visage, et pour t'aider à tirer une juste vindicte, que tes fils arrivent 4 de loin, et que tes tilles se lèvent à tes côtés !

En conséquence, pour s'acquitter de son devoir, le saint pape Benoît XI, de l'avis de ses frères, les cardinaux, et en présence d’une grande multitude de peuple, déclare avoir encouru l’excommunication les auteurs et complices des excès commis dans Anagni contre le pape Boniface; il les cite à comparaître personnellement devant lui dans la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, pour entendre la juste sentence de leurs actes notoires et s'y soumettre humblement ; sinon, il procédera contre eux, nonobstant leur absence !.

Un fait mémorable est ici à remarquer. L'anathème prononcé par le pape saint Benoît XI sur la ville d’Anagni, comme celui de David sur la montagne de Gelboé, a été exécuté par les événements. Cette ville , jusqu'alors très-riche et très-populeuse, n’a cessé de déchoir depuis cette époque. Voici comme en parle un voyageur da seizième siècle, Alexandre de Bologne : « Anagni, ville très-ancienne, à demi ruinée et désolée. Y passant l’an 1596, nous y vimes avec étonnement d'immenses ruines, en particulier celles du palais bâti autrefois par Boniface VIII. En ayant demandé la cause, un des principaux habitants nous dit : La cause en est à la capture du pape Boniface; depuis ce moment, la ville est toujours allée en décadence : la guerre, la peste, la famine, les haines civiles l'ont réduite à l’état calamiteux que vous voyez ; dans la réaction des partis opposés, les vainqueurs brûlaient les maisons des vaincus et des, bannis ; ceux-ci en faisaient de même à leur tour. C’est pourquoi, il n’y a pas bien longtemps, le petit nombre de citoyens qui restaient encore, ayant cherché avec anxiété quelle pouvait être la cause de tant de malaurs, ils reconnurent que c'était le crime de leurs ancêtres, qui v:'nttrahi le pape Boniface, crime qui n'avait point été expié jus-

1 Raynald, 1304, n. 13-15.

{Liv, LXXVII, Lund De 1300

passent à côté de toi, r, le héros est tombé, . Oh! malheur à vous, 1e nous voulons prenvoulu étendre la main son persécuteur, son per du glaive celui qui crit : Ne veuillez pas ble action, pernicieux te! Entonne, Ô Église!

ndent de larmes ton le, que tes fils arrivent

devoir, le saint pape naux, et en présence voir encouru l’excomcommis dans Anagni aître personnellement t-Paul, pour entendre y soumettre humbletant leur absence !,

nathème prononcé par comme celui de David les événements. Cette , n’a cessé de déchoir | voyageur da seizième très-ancienne, à demi y vimes avec étonnedu palais bâti autrefois se, un des principaux ire du pape Boniface; ée en décadence : la ont réduite à l’état cales paris opposés, les et des, bannis ; ceux-ci quoi, il n’y a pas bien restaient encore, ayant cause de tant de malde leurs ancêtres, qui it point été expié jus-

à 1311 de l'ère cur,] DK L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 189

que-là. En conséquence, ils süpplièrent ie pape Clément VII de leur envoyer un évêque, afin de les absoudre de l'anathème encouru par leurs pères pour avoir mis la main sur le souverain Pontife 1,

On peut faire une remarque semblable touchant Rome, Nous avons vu Boniface VITE, trahi, outragé dans Anagni par la famille romaine des Colonne, vexé et tyrannisé dans Rome même par la famille romaine des Orsini. Nous verrons la ville de Rome, privée de la présence de ses Pontifes pendant soixante-dix ans, et menacée de s’en aller en ruine comme Anagni. Ces faits méritent attention.

Quant à Philippe le Bel, depuis qu'il se fut oublié envers le Vicnire de Jésus-Christ, la malédiction du ciel parut s'attacher à sa famille. Il avait trois fils, Louis, Philippe et Charles, qui promettaient une nombreuse et longue postérité. Leurs femmes furent accusées d'adultère, en plein parlement, le roi y séant. Celle de l'aîné et celle du troisième furent convaincues et enfermées, leurs complices pendus ; celle du second fut renvoyée de l'accusation, ou par sa propre innocence ou par la bonté de son mari. A la mort du père, ses trois fils se succédèrent l’un à l’autre en moins de quatorze ans, et moururent tous sans laisser d'enfants mâles. La postérité de Charles, comte de Valois, ami et capitaine général de Boniface VII, remplaça sur le trône celle de Philippe le Bel, et régna plus de deux siècles et demi.

La France a pris part au crime, elle aura part au châtiment. Comme Anagni, nous la verrons déchoir, travailler elle-même à sa ruine sous un roi en démence, une reine maudissant le fruit de ses entrailles, des premiers princes s'égorgeant l’un l’autre pour livrer le royaume à l'étranger, un roi anglais couronné roi de France à Paris, un prince royal, l'héritier dégénéré de saint Louis, désespérant de sa cause et s’amollissant dans les bras de la volupté, lorsqu'une jeune fille viendra sauver la France et les Français.

Si la pensée du pape saint Benoît XI avait été entendue, si, à sa voix, les coupables avaient expié leur faute, ces malheurs auraient été prévenus. Mais le saint Pontife mourut à Pérouse, le 7me de juillet 1304, à l’âge de soixante-trois ans, n'ayant occupé le Saint- Siége que huit mois et dix-sept jours. Il s’opéra plusieurs miracles à son tombeau, et son nom se trouve dans le martyrologe romain au jour de sa mort.

Le bruit courut que le saint Pape était mort de poison. Ce bruit s’accrédita si fort, que sous le pontificat suivant on fit le procès à un mauvais moine accusé d’avoir été l'instrument de ce crime 2.

!Apud Raynald., 1303, n. 43, — 2 Raynald, 1304, n. 85, note de Manai.

490 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVIE. — De 1300 |

Selon Ferreto de Vicence, historien contemporain, Philippe le bel, averti que le Pape préparait contre lui des édits redoutables, séduisit, | à force d'or, deux écuyers du Pape, qui mélèrent du poison parmi } des figues-fleurs qu'ils lui présentèrent. Le Pontife, eu ayant inangé, À lutta huit jours contre le poison qui lui dévorait les entraillesi, !

Après la mort du saint pape Benoît XI, le conclave, divisé en deux | partis, fut neuf mois sans pouvoir s'accorder. Enfin !’on convint que | le parti italien désignerait trois évêques de France, parmi lesquels | le parti opposé serait obligé de choisir dans un temps donné. La fac- Æ tion française en avertit secrètement Philippe, qui s’abouche, sous un autre prétexte, avec l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Goth, un des trois candidats désignés. Le roi lui apprend qu’il dépend de 4 lui de le faire-souverain Pontife ; l'ambitieux archevêque tombe à ses genoux, prêt à tout ce qui lui serait demandé. Philippe exige six | promesses, que l'archevêque jure, sur la sainte eucharistie, d'ac-| complir fidèlement : la première, de le réconcilier parfaitement avec} l'Église, et de le décharger du péché qu’il avait pu commettre en faisant arrêter le pape Boniface ; 2° de lever l’excommunication lancée contre lui et ses partisans ; 3° de lui accorder les décimes de son royaume durant cinq ans, pour se remettre des dépenses faites en la] guerre de Flandre ; 4° d’abolir la mémoire du pape Boniface ; 5e de] rétablir les deux cardinaux Colonne, et d’élever au cardinalat quelques-uns de ses amis. Pour la sixième chose, il se réservait à la demander en temps et lieu. Voilà comme, d’après le récit de l'Italien Jean Villani, cet archevêque de Bordeaux devint pape sous le nom de Clément V.

Mais, comme l’observent le docte Mansi et d’autres, ce récit présente des diflicultés qui le rendent fort suspect. Le roi Philippe y de: mande, avant tout, d’être réconcilié avec l'Église et. absous de l'excommunication. Or, Benoît XI lui avait accordé l’un et l'autre, même avant qu’il l’eût demandé. Comment donc le même roi aurait il pensé ensuite à demander, avant tout, une chose déjà faite ? En second lieu, d’après Jean Villani, l'élection du nouveau Pape aurai eu lieu par compromis, et non par scrutin. Mais il est seul à le dire avec ceux qui l'ont copié. Il n'en est pas question dans les autres coi: temporains, tels que les quatre vies de Clément, que nous avons tels encore que Ferreto de Vicsnce et cinq ou six autres. Il y a plus: nous avens le décret authentique de cette élection en forme de lettre au nouveau Pape. Or, ce décret dément tout à fait l’assertion Villani. Les cardinaux y ‘sent en substance :

1 Apud Muratori, Script. rer. italic., t.9, p. 1013.

Æ (Liv. LXXVII. — De 1300 |

porain, Philippe le Lel,

its redoutables, séduisit, | élèrent du poison parmi À Pontife, en ayant inangé, À évorait les entraillest, !

conclave, divisé en deux { r. Enfin ?’on convint que 8 France, parmi lesquels | un temps donné. La facpe, qui s’abouche, sous

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2e l'Église et. absous de it accordé l’un et l’autre, donc le mème roi aurait une chose déjà faite ? En | du nouveau Pape aura . Mais il est seul à le dire estion dans les autres con-

Clément, que nous avons,

ou six autres. Il y a plus:

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à 1811 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 491

L'Église romaine étant privée de son pasteur par la mort du pape Benoît XI, de sainte mémoire, nous entrâmes en conclave, à Pérouse, dans le palais où il demeurait au temps de sa mort; mais quatre cardinaux en sortirent, savoir : Jean, évêque de Tusculum; Mathieu de Sainte-Marie-au-Portique, et Richard de Saint-Eustache, diacres ; puis Gautier, cardinal-prêtre, qui était entré au concile après les autres, et fut aussi obligé d’en sortir pour maladie. Après quoi nous avons choisi d’entre nous des serutateurs de nos suffrages, et aujourd'hui samedi, veille de la Pentecôte, nous avons procédé à l’élection en cette manière : Premièrement, nous avons fait examiner les scrutateurs, puis ils ont pris les suffrages en secret et aussitôt les ont publiés ; et nous avons trouvé que nous étions en tout quinze cardinaux, demeurant dans le conclave, qui avions donné nos suffrages dans le scrutin, dix desquels vous avaient élu Pape : ce que voyant les cinq autres, ils se sont rangés à leur avis par voie d’acces-

sion. En conséquence de quoi, François Cajétan, cardinal-diacre de

Sainte-Marie en Cosmedin, par notre mandement spécial, vous a élu en cette forme : J'élis en souverain Pontife et pasteur le seigneur Bertrand, archevêque de Bordeaux, tant en mon nom qu'au nom de tous ceux qui l'ont élu ; et, après avoir chanté le 7e Deum, nous avons fait publier solennellement cette élection au clergé et au peuple, suivant la coutume. L'acte est daté du 5me de juin 4305, qui était le même jour veille de la Pentecôte, et souscrit par dix-sept cardinaux 1.

Ainsi donc, le récit de Jean Villani touchant le compromis des cardinaux se trouve démenti non-seulement par le silence des contemporains, mais encore par un acte authentique des cardinaux euxmêmes. Or, comme c’est sur ce compromis que Villani fonde son histoire des conventions secrètes et honteuses entre le roi Philippe et l'archevêque de Bordeaux, cette histoire ou historiette tombe avec le fondement même, d'autant plus que nul autre des contemporains n'en parle 3,

Ferreto de Vicence rapporte d'autres circonstances. Les cardinaux ne demeurèrent pas toujours dans le conclave. Ne pouvant s’accorder, ils se séparèrent jusqu’à deux fois, pour habiter, hors du palais pontifical, des maisons de campagne plus agréables. Les Colonne, qui étaient rentrés clandestinement en Italie, faisaient jouer l'or de Philippe le Bel auprès des cardinaux pour déterminer un choix au gré du roi de France et du roi de Naples. Les habitants de Pérouse,

? Labbe, t. 11, p. 1496, — ? Voir la note de Mansi. Apud Raynald., 1305, n. 1.

492 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXX VII. — De 1300

longueur, leur persuadèrent de se réunir de nouveau dans le palais, Quand ils y furent, sans pouvoir s’accorder encore, les habitants ôtè. rent le toit de la maison, et leur déclarèrent qu’: n ne leur fournirait point de vivres qu'ils n’eussent élu un Pape. En conséquence, les cardinaux, ne pouvant s'entendre à choisir quelqu'un de leurs collègues, jetèrent les yeux sur un étranger, et, grâce à l’or de la France et # aux sollicitations des Colonne, choisirent l’archevêque de Bordeaux !, |

Pepin de Bologne, frère Prêcheur , rapporte encore d’autres circonstances dans sa Chronique. Lorsque Philippe le Bel, dans son assemblée d’évêques et de seigneurs, voulut faire passer Boniface VIII pour un faux Pape, tous y consentirent, excepté l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Goth. Craignant alors l’inimitié du roi, il sortit secrètement du royaume, en habit militaire, pour se réfugier à la cour de Rome. Passant dans la ville d’Asti, il logea au couvent des frères Prêcheurs, dont le prieur Isnard, ayant su la cause de son “oyage, le reçut avec beaucoup d'humanité et le conduisit, sous V’habit de frère, en des lieux sûrs. L’archevêque, devenu Pape, iémoigna sa reconnaissance à frère Isnard en le faisant patriarche d’Antioche et administrateur de l'évêché de Pavie. Arrivé donc auprès de Boniface VIII, l'archevêque de Bordeaux y séjourna quelque temps, et acquit à un haut degré l’amitié et les bonnes grâces du Pape, des cardinaux et de toute la famille pontificale. A la mort de Boniface, il rentra également en grâce auprès du roi Philippe, par l'intercession des prélats et des seigneurs. C’est donc par la bienveillance réunie du roi et des cardinaux que l’archevêque Bertrand de Goth parvint à la papauté. Voilà ce que dit frère Pepin de Bologne, qui écrivait dans le temps ?.

Bertrand de Goth était né à Villandrau, dans le diocèse de Bordeaux. Il fut fait évêque de Comminges en 1295, par Boniface VII, qui peu avant Noël, en 1299, le transféra à l’archevêché de Bordeaux. Son père était de la première noblesse du pays ; un de ses oncles était évêque d'Agen; son frère Beraud de Goth fut archevêque de Lyon depuis l’an 4290 jusqu’en 1294 , qu’il fut fait cardinal-évêque d’Albane, et envoyé l’année suivante légat en France, avec Simon, cardinal-évêque de Palestrine, pour négocier la paix entre les deux rois de France et d'Angleterre. Tel était l'archevêque de Bordeaux, sur qui se portèrent les voix du conclave le 5me de juin 1305.

Le décret de son élection lui fut envoyé à Lusignan en Poitou, non par un cardinal, mais par trois députés, dont deux étaient

1 Muratori,t.9, p. 1014. — ? Chronic. 1. 4, c. 41, Apud Muratori, t. 9, p. 139 et 740,

| fLiv. LXXVIL, — De 1300

ouveau dans le palais, core, les habitants ôtè. | un ne leur fournirait . En conséquence, les elqu’ui de leurs collèce à l’or de la Franceet 1evêque de Bordeaux !. !

te encore d’autres cirippe le Bel, dans son re passer Boniface VIII | cepté l'archevêque de rs l’inimitié du roi, il taire, pour se réfugier sti, il logea au couvent yant su la cause de son et le conduisit, sous vêque, devenu Pape, à le faisant patriarche vie. Arrivé donc auprès X y séjourna quelque : les bonnes grâces du ntificale. À la mort de s du roi Philippe, par st donc par la bienveilrchevêque Bertrand de ère Pepin de Bologne,

11411 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 493

Français, Gui, abbé de Beaulieu dans le diocèse de Verdun ; Pierre acristain de l’église de Narbonne, et André, chanoine de Châlons. Les cardinaux le conjuraient, par les motifs les plus pressants, de tansporter promptement en Italie, comme si la crainte leur eût fait prévoir sa détermination à ne pas quitter la France. Il faisait alors la L'site de sa province. Il se transporta à Bordeaux, où il parut d’abord

en archevêque; mais ayant reçu juridiquement le décret des mains les députés, dès le lendemain, jour de Sainte-Madeleine, 22me de juillet, il le fit publier dans sa cathédrale et prit le nom de Clément Il fut le cinquième de ce nom. Ensuite, ayant passé et séjourné à \gen, Toulouse, Montpellier, Nimes, il se rendit à Lyon, où il con- \oqua les cardinaux pour son couronnement. Ils sentivent alors qu'ils l'en étaient pas où ils pensaient. Matthieu des Ursins dit à l’évêque dUstie : Vous voilà venu à bout de vos desseins. La cour romaine ipassé les monts ; elle ne reviendra de longtemps en Italie : je connais ks Gascons.

Le Pape avait aussi mandé le roi de France, le roi d'Angleterre ttous les grands seigneurs de decà les Alpes, pour assister à son wuronnement, qui se fit à Lyon, dans l’église de Saint-Just le imanche après la Saint-Martin, 44me de novembre 1308. Ce fut le ütdinal Matthieu des Ursins qui mit au Pape la couronne sur la tête ttelle avait été apportée exprès à Lyon par un camérier du Pontife. l fête fut troublée par un accident funeste. Le Pape, après la céré- Duonie, reprit le chemin de son palais ; il marchait en cavalcade

utouré d’une cour nombreuse. Le roi Philippe le Bel parut quelque kmps à pied, tenant la bride du cheval sur lequel Clément était monté ; les autres princes, qui étaient en grand nombre à cette fête wdirent le mème honneur au Pontife, On arriva le long d’un vieux nur mal échafaudé et surchargé de peuple ; il s’écroula tout à coup, t, dans sa chute, il écrasa, étouffa ou blessa quantité de personnes. lan IE, duc de Bretagne, qui tenait les rênes avec le comte de Valois Ypérit. Le comte, frère du roi, fut grièvement blessé; le Pape, rnversé de cheval, la couronne détachée de la tête, y perdit, outre ne escarboucle d’un grand prix, son frère, Gaillard de Goth, qui it écrasé. Plusieurs autres personnes de qualité eurent le même Nu, Présage funeste, dirent les Italiens, de la translation du Saintege au delà des monts. Nous verrons plus d’une fois les traits de “douleur sensible que causa dans la suite à cette nation le séjour lis Papes en France.

Cette douleur était juste; mais l'Italie, mais Rome elle-même ‘étaient plus ou moins coupables ; mais l'Italie, mris Rome eliejitme ne s'étaient pas toujours montrées dignes ni reconnaissantes

ans le diocèse de Bor- 95, par Boniface VII, chevêché de Bordeaux.

; un de ses oncles était t archevêque de Lyon cardinal-évêque d’Alance, avec Simon, cara paix entre les deux chevêque de Bordeaux, jme de juin 1305.

à Lusignan en Poitou, és, dont deux étaient

Apud Muratori, t. 9, p. 139

PA TE ms 7

me ae

494 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

de l'honneur que Dieu leur a fait par-dessus toutes les nations, pardessus toutes les cités du monde. Trop souvent une partie de l'Italie, une partie de Rome même trahissait ou abandonnait le vicaire du Christ pour l'amitié de César. Boniface VIIL, trahi, livré aux gendarmes d’un roi étranger par ses compatriotes d’Anagni, au lieu de trouver des consolations dans Rome, y rencontre des vexations nouvelles ; et cela, non de la part du peuple en tumulte, mais de la part des familles princières, qui regardaient presque comme leur patrimoine de donner des cardinaux et des papes à l'Église. Il était juste que Dieu punit ces familles, punit Rome, punit l'Italie de cette ingratitude ; il était juste que ces familles, que Rome, que l'Italie entière apprissent par un long deuil à mieux faire leur devoir dans tous les siècles à venir.

Le nouveau pape Clément V, étant à Lyon, n’oublia pas son église de Bordeaux ; n'étant qu’archevêque, il se disait primat d'Aquitaine ; devenu Pape, il affranchit son ancienne église de la primatie de Bourges, par une bulle du 26 novembre 1305 et adressée à Arnaud de Chanteloup, son parent et son successeur dans le siége de Bordeaux. Le 15me de décembre, mercredi des Quatre-Temps, il fit à Lyon une promotion de cardinaux, où il rétablit Jacques et Pierre Colonne dans leurs dignités. Les nouveaux cardinaux qu'il créa furent neuf Français et un Anglais. Le plus remarquable est cet Anglais, Thomas de Jorz, dominicain, provincial en Angleterre et confesseur du roi Édouard. Il devint cardinal-prêtre du titre de Sainte- Sabine. Il a laissé plusieurs écrits, dont quelques-uns ont été attribués à saint Thomas d'Aquin, à cause de la conformité du nom. Le principal mérite des autres fut, à ce qu'il paraît, d’être Français, bien vus du roi ou parents du Pape.

Jusque-là, nous avons vu monter sur le siége de saint Pierre des hommes de tous les pays et de toutes les nations, des Syriens, des Grecs, des Thraces, des Italiens, des Allemands, des Lorrains, des Français, des Anglais, des Espagnols ; mais en montant sur le trône du pasteur universel, ils oubliaient qu'ils étaient d'un pays ou d’un peuple particulier ; ils apparaissaient là comme ce roi de Salem, comme Melchisédech, sans père, sans mère, sans généalogie, avec la seule qualité de pontifes du Très-Haut : dès lo”s, leur famille, c'était le peuple romain ; leur diocèse, c'était le monde entier : ils prenaient leurs conseillers parmi toutes nations chrétiennes. Clé- } ment V commence une série de pontifes un peu différents : ce qu'on remarque le plus dans ses premiers actes, ce qu’on y remarque même uniquement, c’est qu'il est Gascon, sujet du roi de France et du roi d'Angleterre, comme tous les cardinaux qu'il vient de nommer. La

Liv. LXXVII — De 1300

ites les nations, parune partie de l’Italie, donnait le vicaire du rahi, livré aux gend’Anagni, au lieu de re des vexations nourulte, mais de la part e comme leur patril'Église. Il était juste t l'Italie de cette inome, que l'Italie enire leur devoir dans

’oublia pas son église |

t primat d'Aquitaine; e de la primatie de et adressée à Arnaud dans le siége de Boruatre-Temps, il fit à blit Jacques et Pierre dinaux qu'il créa fuarquable est cet Anen Angleterre et conre du titre de Saintes-uns ont été attribués ité du nom. Le prind’être Français, bien

re de saint Pierre des ons, des Syriens, des ds, des Lorrains, des | montant sur le trône nt d’un pays ou d’un me ce roi de Salem, sans généalogie, avec dès los, leur famille, | le monde entier : ils

ons chrétiennes. Clé- k

u différents : ce qu'on ’on y remarque même i de France et du roi vient de nommer. La

i1311 de l'ère chr.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. 495

arupart des Français qui lui succéderont n'auront pas les vues plus Asandes ; de là naîtra un schisme déplorable, et, après le schisme, Que répugnance traditionnelle chez les électeurs du pontificat su- Arrême à élire un Pape qui ne soit pas né en Italie.

4 L'an 1306, le pape Clément V se réserva la provision de quelques A'échés vacants en France. D'abord, le siége de Langres ayant va- Qué dès le mois de septembre précédent, il y transféra son oncle, Dcrtraad de Goth, évêque d'Agen, en le recommandant au roi : et il Qit à Agen son neveu, Bernard de Fargis, archidiacre de Beauvais, Quec dispense d'âge. Il n'avait pas encore vingt-cinq ans. Sur ces atrefaites, Guillaume de Flavaccurt étant mort à Rouen le 6 d'avril, k pape Clément nomma à ce siége le même Bernard de Fargis, son Arveu, remit son vieil oncle Bertrand à Agen, d’où il l'avait transféré iLangres, et plaça dans ce dernier siége Guillaume, abbé de Moissac, m faveur duquel il écrivit en cour. Enfin, le siége de Clermont driyant pu être rempli à cause d’une élection disputée entre un dogunicain, Bernard Ganniac, et Rolland, prévôt de Clermont, le second Quant renoncé à son élection, le Pape cassa l’autre et nomma à l’éhé Hébert Aycelin de Montaigu, neveu de l'archevêque de Narone et d'une ancienne maison d'Auvergne. Le roi, à la prière du lpe, accorda mainlevée de la régale.

Trois lettres du roi au ape font voir leur accord parfait pour le thoix de quelques évêques, quand les élections étaient litigieuses. lilippe le remercie d’avoir élevé sur le siége d'Auxerre Pierre de klleperche, sur celui de Bayeux Guillaume Bonnet, et sur celui lAvranches Nicolas de Lusarche. Ces trois églises étaient vacantes : axerre, par le décès de Pierre de Mornai, savant dans le droit et du mnseil royal, mort en 1306, après avoir gouverné successivement ls diocèses d'Orléans et d'Auxerre. Son successeur , garde des veaux et attaché à la personne du roi, mourut un an après, en 4307, i fut remplacé par Pierre des Gris.

Pour Bayeux, cette église vaquait depuis longtemps par la retraite ‘ensuite par la mort de l'évêque Pie-re de Benais. Son successeur, tillaume Bonnet, fonda le collége de Bayeux à Paris l'an 1309, pour douze boursiers, dont six du Mans, parce qu'il en était, avec x d'Angers, parce qu'il y avait étudié et qu'il avait été trésorier de te église. IL donna à ce collége le nom de l'évêché de Bayeux, ree qu'il y fut évêque. Quant au diocèse d’Avranches, on n’en dit in, sinon que le siége vaqua depuis Geoffroi Boucher, mort en 1296, qu'à Nicolas de Lusarche, promu par Clément V, en 1305, et ïort en 131.

Pour contenter le roi, le pape Clément V révoqua, le premier jour

496 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300

de février 4306, la bulle Clericis laicos et les déclarations faites en conséquence, à cause des scandales et des inconvénients qu'elles avaient produits et pouvaient produire encore, et ordonna que l’on s'en tiendrait à ce que les papes précédents avaient ordonné dans le concile de Latran et les autres conciles généraux contre ceux qui font des exactions sur les églises et sur le clergé. Nous avons vu que Boniface VIIL ne faisait que renouveler les ordonnances de ses prédécesseurs, entre autres du pape saint Symmaque. Quant à la bulle Unam sanctam, Clément V ne la révoqua point, comme il est dit à tort dans quelques histoires ; il déclara seulement, à la même date, qu’elle n’assujettissait pas plus étroitement le roi de France au Saint- Siége qu'il ne l'était auparavant ; ce qui est vrai et détruit seulement l'interprétation calomnieuse qu’en avaient faite les ministres du roi, savoir, que le Pape prétendait faire du royaume de France un fief ! de l'Église romaine. La même année, Clément V accorda au roi Philippe les décimes pour cinq ans au sujet des frais immenses employés pour la guerre de Flandre. Il lui avait déjà remis toutes les levées faites sur le clergé, même celles qui avaient l'air d'exactions. Clément V, étant encore à Lyon, montra son affection pour les lettres et sa reconnaissance pour l’école où il les avait cultivées dans | sa jeunesse. L'étude du droit était florissante à Orléans, quoiqu'il n'y eût pas encore d'université dans cette ville. On y allait profiter de l'habileté des maîtres, et il fallait que leur réputation fût grande, puisque Boniface VIII leur adressa sa compilation du Sexte, sans mettre presque aucune différence entre eux et les docteurs de Paris. Le pape Clément avait fréquenté cette école ; il l'estimait, et il le lui témoigna en la déclarant université établie sur le même pied et jouissant des mêmes droits que celle de Toulouse. Les bulles de cette érection sont du 27 de janvier 1306. Le Pape y dit que les docteurs d'Orléans pourront faire des constitutions et des statuts, élire un recteur, régler les heures des exercices, punir ceux des étudiants qui { contreviendraient aux règlements, poursuivre la réparation des injures faites à leur corps, jusqu’à employer même la cessation des leçons, si l'on ne répare l'insulte dans l'espace de quinze jours. Il déclare encore qu’il y aura un chancelier qui fera serment, en présence de l’évêque, de ne donner la licence qu’à de bons sujets, et sans exiger aucun engagement, promesse ou salaire ; que les licenciés reçus et approuvés à Orléans pourront lire et enseigner partout dans le genre de faculté et de science où ils auront pris leur degré; que l’évêque sera le juge ordinaire des causes de l’université, avec défense de traduire aucun docteur ou étudiant devant le juge séculier, si ce n’est que l’évêque l’eût renvoyé à ce tribunal; qu’enfin il

(Liv. LXXVII. — De 1300

déclarations faites en convénients qu’elles et ordonna que l’on ient ordonné dans le »

contre ceux qui font À jus avons vu que Boances de ses prédéue, Quant à la bulle !

, comme il est dit à !

ent, à la même date, !

>i de France au Saint- # i et détruit seulement !

les ministres du roi, ! me de France un fief !

V accorda au roi Phi- !

js immenses employés { mis toutes les levées 1 iv d’exactions.

on affection pour les s avait cultivées dans | > à Orléans, quoiqu'il !

e. On y allait profiter !

réputation fût grande, lation du Sexte, sans les docteurs de Paris.

1 l’estimait, et il le lui sur le même pied et !

ise. Les bulles de cette y dit que les docteurs s statuts, élire un receux des étudiants qui !

la réparation des inmême la cessation des ce de quinze jours. Il fera serment, en préu’à de bons sujets, et salaire ; que les licenre et enseigner partout uront pris leur degré; s de l’université, avec it devant le juge sécuce tribunal; qu’enfin il

à 1311 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 497

ne serait point permis de mettre en prison qui que ce soit de cette école pour la seule cause de dette. Au reste, dans ces bulles il n’est question que de deux facultés de droit, que le Pape ne laisse pas d'appeler université et étude générale, sans doute à cause de l'étendue des priviléges et du droit d'enseigner partout après y avoir été agrégé. Les docteurs d'Orléans trouvèrent de grandes difficultés à faire confirmer leurs priviléges en cour, et à les faire agréer des habitants de la ville. On conçoit assez que le roi, par la crainte de faire tort à l'aniversité de Paris, pouvait n'être pas disposé en faveur de celle

4 d'Orléans ; mais, pour les habitants, on ne voit pas ce qui pouvait

les animer si fort contre un établissement qui, après tout, donnait de l'éclat à la patrie, et qui devait y attirer beaucoup d'étrangers. Apparemment qu'ils craignaient que l'esprit d'indépendance ne se mit parmi la jeunesse rassemblée à cette occasion dans ne de leurs murs, et que la tranquillité publique n’en souffrit.

Quoi qu'il en soit, l'an 1309, l’école d'Orléans commençant à se lormer, et voulant mettre en exercice les priviléges qui lui avaient ité accordés par Clément V, ce fut une vraie sédition dans la ville. Le peuple alla en foule chez les Dominicains, où les docteurs s'étaient assemblés ; on rompit les portes, on fit voler les pierres, on maltraita ls professeurs et les écoliers ; matière de procès entre la ville et l'université. La plainte fut portée au parlement de Paris, qui rendit, l'année suivante 1310, un arrêt très-sévère contre les habitants. Outre une amende de mille livres, ils devaient aller processionnellement, et le cierge à la main,'chez les Dominicains, où le tumulte était

aurivé, et là demander pardon à genoux en présence de six docteurs

et de six étudiants, sans compter la réparation du dommage, s’il ‘en était fait quelqu’un dans la maison des religieux. Rien de tout œci néanmoins ne fut exécuté. Les docteurs eux-mêmes firent grâce aux bourgeois, et se contentèrent de presser ia confirmation de leurs driviléges auprès du roi. Ils eurent beaucoup de peine à réussir ; Philippe voulait bien leur accorder la jouissance des priviléges accordés aux universités, mais non pas le titre d'université ni le droit de hire des statuts. La poursuite des docteurs dura deux ans, et leur persévérance obtint enfin tout ce qu'ils souhaitaient.

Le roi, par sa lettre du mois de juillet 4312, confirma les priviliges, tels que Clément V les avait donnés; mais, afin qu'on ne ks étendit pas plus loin, il était fait défense expresse de créer des docteurs en théologie à Orléans, de peur, disait le roi, que cela ne portât préjudice aux priviléges accordés par le Saint-Siége à l'uniersité de Paris. Ii semblait que, le souverain ayant parlé, toutes diflicultés étaient levées ; mais un peuple prévenu est, pour ainsi

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