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498 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVIL, — De 1300 #
dire, un ennemi irréconciliable. Les facultés de droit voulant jouir Ê à Orléans de ce qui leur avait été promis par le concert des deux | puissances, les Orléanais firent presque autant de bruit que la pre- À mière fois. On alla encore au roi, qui était alors Louis Hutin. Ce M prince donna ordre, le 40 de juin 1415, de faire exécuter l'arrêt du M parlement de 1310 contre six bourgeois des plus mutins. Mais comme cela ne rendait le calme ni à la ville ni aux écoles, les professeurs À quittèrent la partie et se retirèrent à Nevers, où ils trouvèrent un À peuple presque aussi diflicile à contenter. Voici ce que dit sur cela À l’ancien historien du Nivernais : « Les habitants de Nevers recueilli- 1 rent ladite université (d'Orléans) et les supposts d’icelle, qui pour 4 quelque temps y demeurèrent. Mais comme le peuple de Nevers est À assez mal endurant, et qu'entre les écoliers se trouvent plusieurs malcomplexionnés, ils n’arrestèrent guère à avoir débat, et à certain jour plusieurs particuliers citoyens de Nevers prindrent la chaise du doc- # teur, en colère, la portèrent sur le pont et la jetèrent en Loire, disant qu’elle retournast à Orléans, dont elle était venue !. » Cette in- \ sulte fut encore punie par de grosses amendes envers le roi ; mais les deux facultés exilées et fugitives en prirent occasion de ménager | leur retour à Orléans. Le roi Philippe le.Long et le pape Jean XXII interposèrent leur puissance pour les faire rétablir. Ce fut en 1320; | et, depuis ce temps-là, elles y continuèrent leurs fonctions avec autant de tranquillité que de succès ?.
Le pape Clément V, après avoir passé l'hiver à Lyon, en sortit pour se transporter à Bordeaux. Il passa à l'abbaye de Clugny, au ! mois de février 1306, avec une nombreuse suite et beaucoup de dé- | pense pour l'abbé; il n'en procura pas moins, dit-on, à Nevers et à | Bourges. On se plaignait partout des frais immenses que causait la ! présence du Pape et de toute la cour, jusque-là que l'archevêque de Bourges, Gilles de Colonne, épuisé par les dépenses de cette réception, fut réduit à suivre tous les offices de son église, comme un simple chanoine, afin de recevoir les distributions dont il avait besoin pour vivre. On dit une autre cause de l'indigence de ce prélat: c'est qu’étant obligé de visiter le Saint-Siége tous les deux ans, et} ayant manqué les années 1304 et 1305, le pape Clément le taxa à trois cents livres d'amende. Apparemment que les anciennes querelles entre Bourges et Bordeaux pour la primatie entrèrent pour quelque chose dans l'imposition d’une taxe si exorbitante en ce temps-là.
Le Pape passa à Limoges, où il logea chez les Dominicains, de là à Périgueux, et ensuite à Bordeaux. Les trois cardinaux qui vinrent
4 Coquille, Hist, ducat, Nivern, — ? Hist, de l'Égl, gall., 1, 36.
Liv. LXXVIL, — Ve LXNTL — De1300 À à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 499
à Paris vers Pâques de la même année occasionnèrent les mémes plaintes dans le clergé. En conséquence, il y eut plusieurs assemblées d'évêques en divers lieux, pour délibérer sur la manière de remédier au mal dont se plaignaient les églises. Le meilleur était que le Pape s’en allât à Rome, où, tout étant réglé depuis longtemps par l'usage, il y avait moins de dépenses et moins d'abus à craindre, Les évêques s'en tinrent aux avis du roi et de la cour. Philippe députa à Clément, Milon de Noyers, maréchal de France, et deux gentilshommes, pour lui porter les remontrances du clergé. Clément, de son côté, envoya au roi, Guillaume, abbé de Moissac, et Arnaud d’Aux, chanoine de Coutance, qui rendirent sa réponse datée du 27 de juillet à Bourges. Le Pape déclare qu’il n’a rien à se reprocher sur ce point, mais qu'il s'étonne que les prélats, ses amis, ne lui aient pas porté directement leurs plaintes ; qu'il y aurait remédié, et qu'il examinera la conduite de ses nonces et de ses gens,
Le roi, de son côté, éprouvait les mécontentements du peuple et du clergé au sujet de la refonte des monnaies, qu’il avait altérées d'abord, et qu'il voulut rétablir sur l’ancien pied en 1306. Le système qu'on prit était peu propre à prévenir les séditions. On fit une nouvelle fonte de monnaie plus forte et meilleure, sans supprimer ni diminuer l’ancienne, qui était beaucoup plus faible et moins bonne. Quand il fallut acquitter les dettes et payer les loyers des maisons, les créanciers et les propriétaires ne voulaient recevoir que la nouvelle monnaie ; les débiteurs et les locataires voulaient qu’on se contentât de l’ancienne, ce qui causa des mouvements étranges à Paris. Le roi lui-même fut assiégé dans la maison du Temple, et il n’évita de plus grandes extrémités qu'en faisant armer sa noblesse et en répandant le sang des plus séditieux.
Ce prince, pour calmer le peuple toujours animé contre les Juifs, qu'on accusait d'impiétés horribles et qui exerçaient des usures ma- ( nifestes, porta contre eux un arrêt de bannissement, avec confiscation de tous leurs biens, excepté ce qui leur serait absolument nécessaire pour se transporter hors du royaume. Les Juifs possédaient des richesses immenses. L'attribution de ces trésors au domaine royal fit croire dans le public que le zèle de Philippe contre les ennemis de la religion n’était pas fort désintéressé. Il paraît qu’il ne fut pas seul à en profiter. La reine Marie, douairière de Philippe le Hardi, eut part à la dépouille des Juifs; et sur un scrupule qui lui vint dans la suite à ce sujet, s'étant adressée au pape Clément, il lui fut ordonné | d'appliquer ces sommes à l'expédition de la Palestine 1.
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gall., 1, 35. ‘ Hist. de l’Égl. gall., 1. 36.
500 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300
Durant le séjour de la cour romaine à Poitiers, Clément V fut témoin d'un prodige qu'il reconnut, malgré les conséquences qu'il devait en tirer contre lui-même. Voici le fait. L'église de Poitiers avait été gouvernée par un saint évêque dont nous avons déjà fait mention : c'était Gautier de Bruges, religieux de Saint-François, homme droit et sans respect humain quand il était question de la gloire de Dieu. Dans les disputes pour la primatie entre les archevéques de Bourges et de Bordeaux, Gautier, quoique suffragant de ce dernier siége, reconnaissait l'archevêque de Bourges pour son primat. Bertrand de Goth, depuis Clément V, tenait alors le siège de Bordeaux, et Gilles de Colonne celui de Bourges. Ce dernier prélat, qui savait que l’évêque de Poitiers était dans ses intérêts, le chargea de défendre, en son nom, à l'archevêque Bertrand de porter le titre de primat d'Aquitaine, et cela sous peine d’excommunication en cas de désobéissance. L'évêque s’acquitta de sa commission, croyant obéir à son supérieur légitime, et trop peu complaisant pour ménager son métropolitain aux dépens de la justice, quand il aurait pu deviner que le prélat qu’il attaquait deviendrait Pape. La chose arriva, Bertrand de Goth, transformé en Clément V, vengea l’injure prétendue, faite à l'archevêque de Bordeaux ; il poursuivit Gautier de Bruges en souverain irrité ; il lui ôta son évêché, et il le renvoya finir ses jours parmi les frères Mineurs de Poitiers. Gautier ne survécut pas longtemps à sa déposition ; il mourut en saint, comme il avait vécu ; mais par zèle apparemment pour l'épiscopat outragé en sa personne,
et par affection pour son église privée de son pasteur légitime, il fit |
avant que de mourir un acte d’appel au jugement de Dieu, contenant tous les mauvais traitements qu’il avait reçus du Pape, et il voulut être enterré tenant en main le papier où la formule de cet appel
était transcrite. Les frères, les Franciscains de Poitiers, l’inhumèrent
dans leur église, et son tombeau fut bientôt célèbre par beaucoup
de miracles.
Gautier était mort le 21 janvier 1307. Le Pape arriva deux mois après à Poitiers. La mémoire de l'appel interjeté au jugement de Dieu
était récente, et l’on en parlait beaucoup. Clément fut tenté d’une |
curiosité dont la politique seule aurait dû le guérir: il succombe à la tentation, il voulut voir si l’évêque mort avait effectivement en main cet acte d'appel dont on faisait tant de bruit. Sur cela il se détermine à aller de nuit dans l’église des Franciscains ; peu de gens l'y accompagnent ; il prend seulement avec lui un de ses écuyers et un archidiacre de la ville ; on arrive, on ouvre le tombeau, on trouve ce cadavre avec la céduie fatale ; l’archidiacre veut l'enlever pour la faire
lire au Pape ; il sent une résistance invincible. Le Pape fait ordonner |