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41311 de l'ére chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 501
au mort, par l’archidiacre, de lâcher le papier, sous promesse de le lui remettre fidèlement quand on l'aurait lu ; le mort obéit sans délai ; il ouvre les mains; il livre ce qu'on demande; l’archidiacre prend l'acte et le donne au Pape, puis il veut sortir du tombeau ; mais une force supérieure l'y retient, et il n’a la liberté de s’en aller qu'après qu'on a remis le papier entre les mains du saint évêque, plus formidable ainsi dans la poussière du tombeau que l'était sous la tiare celui dont il avait éprouvé le ressentiment. Clément V ne s’endurcit point sur un événement qui le touchait si fort ; il adora les merveilles du Tout-Puissant ; il honora le saint prélat, et il ordonna qu’on décorât son tombeau, qui depuis a été ruiné par les guerres. Au reste, ce trait d'histoire semble revêtu de tous les caractères qui peuvent en assurer la vérité. Le récit en a été conservé sous une forme authentique par un chanoine de Sainte-Croix de Loudun, qui témoigne l’avoir appris de la bouche de l’écuyer de Clément. Cet officier avait tout vu ; il protesta au chanoine, sous la religion du serment, que toutes les circonstances du fait, tel que nous venons de le raconter, étaient véritables 1,
Clément V eut une entrevue à Poitiers avec Philippe le Bel. Toutes les faveurs accordées jusqu'alors par le nouveau Pape n’avaient pu éteindre la haine du roi contre Boniface VIII. Et cela se conçoit ; car ce que l’on pardonne plus difficilement aux autres, ce sont les outrages qu'on leur a faits. Dans l’entrevue de Poitiers, Philippe demanda donc à Clément d'effacer le nom de Boniface du catalogue des Papes, et de faire brûler son corps et ses os, s'offrant de prouver, par le témoignage des propres clercs de ce Pontife, qu'il avait été infecté d’hérésie et adonné à plusieurs autres crimes. Clément V et les cardinaux furent surpris d’une demande si injuste, et qu'on ne pouvait accorder sans impiété et qu’au grand déshoneur de l'Église. A l'égard du crime d’hérésie, dont le roi voulait noircir Boniface VIIT, Clément déclara que le livre des décrétales, dont Boniface était l'auteur, faisait assez connaître la fausseté de cette accusation, et paraître la sincérité de sa foi. Outre ces raisons, Clément fit entendre au roi qu'on ne pouvait faire passer Boniface pour un faux Pape sans dégrader en même temps les cardinaux qu'il avait créés, et qui étaient les mêmes par lesquels lui Clément avait été fait Pape ?. Et pour mieux adoucir l'esprit du roi, Clément fit une bulle par laquelle il lui accordait de nouveau un plein pardon des excès qu'il avait commis et fait commettre contre Boniface, éten-
! Duboulai, p. 110. Hist, de l’Egl. gall., 1. 35.—% S, Antonin. Hist., pars 3, tit, 1,0. 1.
dant cette grâce sur Nogaret même et ses complices qui avaient ar. rêté ce Pape, et leur remettant cet attentat, moyennant une pénitence légitime, qui leur serait imposée t,
Le roi Philippe parut satisfait de ce procédé ; mais deux ans après, sollicité par Nogaret et d’autres personnes de son conseil, il revint à la charge, demandant que l'affaire fût discutée et jugée dans un concile æœcuménique. Clément fit en sorte que le prince lui en remit entièrement la décision par ses lettres écrites de Fontainebleau au mois de février 1311 ?. Ensuite de quoi le Pape, dans un consistoire tenu à Avignon, äprès les informations nécessaires, déclara et prononça que Boniface VIIT avait toujours été bon catholique, exempt de toute hérésie, et qu’il devait être regardé et tenu pour un vrai et légitime souverain Pontife. A l'égard du procès que le roi Philippe, par la persuasion de ses ministres, avait fait intenter contre la mémoire de Boniface, et des traitements injurieux faits autrefois à sa personne par les Colonne ou autres de la part de ce prince, la mémoire en serait abolie, les écrits brûlés, avec défense à toute personne, de quelque dignité ou prééminence qu’elle puisse être, d'en rien rètenir, soit en original, soit en copie, sous peine d’excommunication ?, Ainsi finit alors ce différend odieux, qui avait si longtemps scandalisé les fidèles #,
Depuis la division de l'empire de Charlemagne sous ses petits-fils dans les royaumes de France, de Lorraine st d'Allemagne, la ville de Lyon, qui ne faisait point partie de la France, était devenue ville libre et indépendante, sous le gouvernement même temporel de son archevêque et de son chapitre. Au temps de Philippe le Bel, il y eut quelques difficultés entre les bourgeois de Lyon et les tribunaux de l'archevêque. Philippe le Bel, comme bon voisin, en profita pour confisquer la souveraineté de l’archevêque et déclarer Lyon réuni à la France 5. C'était, comme on voit, en vertu de cet axiome de la politique moderne : Lorsque le voisin a quelque brouille chez lui par sa faute ou par la vôtre, vous avez droit de confisquer sa maison pour y remettre la paix.
Une autre affaire faisait alors du bruit, qui en fait encore : l'affaire des Templiers. Ces religieux militaires paraissent n'avoir pas mérité longtemps les éloges que faisait d’eux saint Bernard, l'an 4198, lorsqu'il rédigea les statuts de leur ordre. Dès l'an 1155, deux ans après la mort de saint Bernard, Guillaume de Tyr rapporte un fait qui est loin de leur faire honneur. Un prince musulman d'Égypte, fuyant
1 Raynald, 1307.— ? Ibid., 1310, n. 2. — 3 Sponde, an 1310,n. 3et 4. — + Som- D mier, Hist. dogmat. du Saint-Siége, 1. 12. —5 Menestrier, Hist, de Lyon.
LE [Liv. LXXVII, — De 1300
complices qui avaient ar.
moyennant une pénitence
édé ; mais deux ans après, de son conseil, il revint à itée et jugée dans un conle prince lui en remit entes de Fontainebleau au Pape, dans un consistoire cessaires, déclara et probon catholique, exempt lé et tenu pour un vrai et rocès que le roi Philippe, ait intenter contre la méarieux faits autrefois à sa part de ce prince, la méavec défense à toute per- > qu'elle puisse être, d'en sous peine d’excommuniix, qui avait si longtemps
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le, an 1310,n,. 8et 4. — * Somlenestrier, Hist, de Lyon.
à 1311 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. F03
une insurrection populaire, était tombé entre les mains des Templiers. Ils lui font entendre qu'il aurait sa liberté en se faisant Chrétien. Le prince musulman apprend les lettres latines, les principaux articles de la foi chrétienne, et demanda instamment le baptême, Alors les Templiers le vendent pour soixante mille pièces d'or à ses ennemis, qui le coupent en morceaux 1, Autre fait non moins significatif, Le chef des Assassins, le Vieux de la montagne, qui se faisait payer tribut par les autres souverains, en payait un de deux mille pièces d’or aux Templiers, L'an 1173, le Vieux de la montagne, peutêtre pour se libérer de ce tribut, eut envie d'embrasser le christianisme. À cet effet, il envoya un ambassadeur au roi Amauri de Jérusalem, qui en eut une grande joie, et qui, pour faciliter un bien si considérable, était prêt, dit-on, à payer lui-même aux Templiers le tribut annuel des deux mille pièces d'or. L'ambassadeur s'en retournait très-content, lorsqu'il fut assassiné par un Templier, de l'avis, dit-on, de ses frères *. Vers le milieu du treizième siècle, Frédéric disait d'eux : Élevés dans les délices des barons de l'Orient, les Templiers sont ivres d’orgueil ; je sais de bonne source que plusieurs sultans avec les leurs ont été reçus volontiers et avec grande pompe dans l'ordre, et que les Templiers eux-mêmes leur ont permis de célébrer leurs superstitions avec invocation de Mahomet et pompe séculière 3.
Quant aux mœurs, des dictons populaires ont transmis leur renommée jusqu’à nos jours ; par exemple, boire comme un Templier. Trithême nous apprend, vers la fin du quinzième siècle, qu’en Allemagne on disait communément maison de Templier pour maison de débauche #, Et aujourd’hui encore, au milieu du dix-neuvième siècle, ilest tel village de Lorraine, autrefois ville, où la tradition s’est conservée vivante que les filles et les femmes ne pouvaient avec honneur et sécurité passer par le quartier du Temple.
Aussi, vers l’an 1273, le pape saint Grégoire X, dans ses projets de réformation pour les ordres religieux, pensait-il à unir ensemble les Templiers et les Hospitaliers5. L'an 1289, on donna le même conseil à Nicolas IV, qui passa pour en avoir écrit aux chefs des deux ordres, ainsi qu'aux princes chrétiens $. Clément V nourrissait la même pensée. Mais sous son pontificat, le mal se découvrit au grand Jour, et parut irremédiable.
On raconte de deux manières comment le secret fut découvert.
!Guill, Tyr, 1.18, c. 9, — 2 Ibid., 1. 20, c. 32. Jacq. de Vitri. — 8 Matth. Pâ- 118, D. 618. — # Joan. Trithem. Annal, hirs., P. 109 et segq. — 5 agn. Chron.
ae Apud Pistor., t. 3, p. 260. — & Chron. Thomas.— Annal. Eberhard. Apud anis., t, 1.
504 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1309
Jean Villani et ceux qui l'ont suivi disent que le mécontentement de deux chevaliers en fut l’occasion. Le premier était un prieur de Montfaucon, de la province de Toulouse, homme de mauvaise vie, et condamné par le grand maître, pour cause d'hérésie, à une prison perpétuelle. L'autre, nommé Noffodei, Florentin, s’y trouvait aussi relégué par le prévôt de Paris pour d’autres crimes. Ces deux malheureux, pour acheter leur liberté, se mirent en tête de déclarer les impiétés de l’ordre aux ministres du roi. On ajoute que ces délateurs périrent depuis malheureusement, mais que le roi, soit par curiosité, soit par zèle, voulut approfondir la vérité de cette accusation.
L'autre récit, tiré de la sixième vie de Clément V, par Amauri Auger de Béziers, prieur de Sainte-Marie d’Aspiran, diocèse d’Elne en Roussillon, est conçu en ces termes : « Un certain Squin de Flor‘an, bourgeois de Béziers, et un Templier apostat, furent pris et mis ensemble, pour leurs crimes, dans une forte prison d’un château royal du territoire de Toulouse. Comme ils s’attendaient chaque jour à être punis de mort, ils firent entre eux comme les gens de mer battus par la tempête : ils se confessèrent l’un à l’autre. Le Templier avoua À son compagnon d'infortune des choses abominables, . qu'il disait avoir faites depuis son entrée dans l’ordre, savoir : d'être tombé dans quantité d'erreurs contre la foi, et d’avoir commis d’autres forfaits souvent réitérés, qu’il détailla. Dès le lendemain, Squin fit appeler l'officier royal d'un autre château, auquel il déclara qu’il avait à révéler au roi un secret de telle importance, qu'il en tirerait plus d'avantage que de la conquête d’un nouveau royaume. Faitesmoi donc, ajouta-t-il, conduire enchaîné jusqu’en sa présence ; car je ne révélerai mon secret à personne qu’à lui, dût-il m’en coûter la vie. L’officier, n'ayant pu, ni par caresses ni par menaces, engager ce prisonnier à lui confier ce mystère, écrivit le tout au roi, qui lui ordonna d'amener à Paris Squin sous bonne garde. Cet homme fut présenté au roi, qui, l’ayant tiré à part, lui promit la vie, la liberté et des récompenses, s’il disait la vérité. Le prisonnier lui raconta exactement la confession du Templier apostat ; sur quoi le roi fit prendre quelques Templiers, avec ordre d'informer sur ces articles, qui se trouvèrent véritables 1, » Telle est la narration de l'ancien auteur que nous venons de nommer.
Quoi qu’il en soit de ces deux récits, qui se ressemblent assez pour le fond, comme il s'agissait d'un ordre religieux, le roi crut | devoir en parler au Pape. Il le fit par lui-même à Lyon, lorsque Clément y fut couronné l’an 1305, et à Poitiers pendant l’entrevue
1 Baluz, Pap. Aven., t. 1.
LE (Liv. LXXVIL. — De 1300
ue le mécontentement de r'était un prieur de Montde mauvaise vie, et cond'hérésie, à une prison rentin, s’y trouvait aussi s crimes. Ces deux malnt en tête de déclarer les ajoute que ces délateurs le roi, soit par curiosité, e celte accusation.
Clément V, par Amauri ’Aspiran, diocèse d’Elne Jn certain Squin de Flopostat, furent pris et mis rte prison d’un château ils s’attendaient chaque comme les gens de mer un à l’autre. Le Templier oses abominables,. qu'il l'ordre, savoir : d’être et d’avoir commis d’au- Dès le lendemain, Squin u, auquel il déclara qu’il tance, qu'il en tirerait juveau royaume. Faitesqu'en sa présence ; car je dût-il m'en coûter la vie.
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Hist. de La condamnation des Templiers, p. 10 et 100.
à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 505
qu'ils eurent ensemble l’an 1307. Cependant le bruit de cette accusation revint aux oreilles du grand maître et des principaux de l'ordre. Ils en portèrent leurs plaintes au Pape, et ils le prièrent de rendre justice à leur corps, en faisant dresser des procédures dans les formes. Clément convient de ces faits dans sa lettre au roi, datée du 24 août de la même année 1307, où il dit que la chose lui avait paru incroyable et hors de toute vraisemblance, quand le roi luien parla ; mais que, sur la plainte du grand maître et des chevaliers, qui le priaient d'informer de la vérité, se soumettant à toutes sortes de peines s'ils se trouvaient coupables, il commencerait au plus tôt les informations. Il demandait au roi des mémoires sur ce qu'il savait de cette affaire.
Philippe le Bel craignit l'irrésolution du Pape, la lenteur de ses procédures et l'éclat que pourrait faire en France le secret ébruité de la justice qu'il voulait faire des Templiers. Ils étaient fort puissants et alliés aux meilleures maisons du royaume ; de sorte qu’il lui parut dangereux de différer l'information juridique, dont son confesseur, Dominicain et inquisiteur, le pressait, et dont les Templiers avaient pénétré le mystère. Il apprit même que plusieurs d’entre eux'se disposaient à enlever leurs biens et à s'évader de France.
Le roi, après avoir pris l'avis de quelques théologiens, fit porter à tous les baïllis et sénéchaux du royaume des lettres secrètes, avec défense, sous peine de la vie, de les ouvrir qu’au jour qu'il leur marqua, et ordre à eux d'exécuter sur-le-champ ses volontés, c'est-à-dire de se mettre en armes, de saisir tous les Templiers de leur district, et de les transporter, sous sûre garde, dans des forts. La chose fut exécutée de point en point le même jour et à la même heure, le vendredi d’après la Saint-Denys, 13 octobre de l'an 4307. On arrêta même le grand maître de l’ordre, qui était arrivé depuis peu de Poitiers au Temple, à Paris. C'était Jacques de Molai, gentlhomme de Besançon. Il revenait de Chypre, où il s'était distingué dans les guerres contre les intidèles, et il avait amené avec lui soixante chevaliers, dont les plus considérables étaient Gui frère du Dauphin d'Auvergne, et Hugues Peraud ou Péralde. Le roi s'empara aussitôt du Temple, y prit son logement, y déposa son trésor avec les chartes, et fit saisir dans le royaume tous les biens des Templiers, qu'il mit sous sa main 1,
À ce récit, dont les auteurs conviennent, nous ajouterons quelques circonstances tirées de Jean, chanoine de Saint-Victor, contem-
! Nangis continuat., an, 1307, Apud d'Acheri, t. 3. Baluz., t, 1, p. 100. Dupuy,
506 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVIL — De 1300
porain, qui a pu, ce semble, être témoin oculaire de. plusieurs faits qu'il raconte. « Cette expédition, dit-il, fut exécutée le même jour. Le grand maître avait été longtemps à Poitiers (où était le Pape), d'où il était passé à Paris. Quelques cardinaux étaient convenus depuis ‘longtemps de sa prise, et en laissaient l'exécution au roi Philippe. L'événement surprit tout le monde comme étant réglé par la cour romaine, ordonné par le roi, et exécuté par Guillaume de Nogaret et Renaud de Roye. Le roi fit mettre dans les maisons de l'ordre des gardes chargés de rendre compte en temps et lieu, à lui et au Pape, des biens meubles et immeubles des Templiers. La cause de leur prise fut véritablement l’accusation d’hérésie, de blasphème, de mépris de Jésus-Christ et de la foi chrétienne, avec l’impureté qui révolte la nature : choses découvertes depuis longtemps par quelques grands de cet ordre, et par certains nobles et roturiers qui (comme l’on croit) avaient été Templiers, et que Nogaret fit prendre en divers endroits du royaume, et amener pour servir de témoins. Il les fit garder longtemps et fort secrètement à Corbeil, de l'avis et par les ordres de frère Ymbert, dominicain, confesseur du roi. Ils étaient prêts à prouver hardiment que les crimes dont on vient de parler étaient en usage dans l’ordre et attachés à l’esprit de cette profession. Ces accusateurs furent gardés en prison à Corbeil, jusqu'à ce que le grand maitre et les autres chevaliers, étant pris, eurent avoué ces crimes, du moins en partie.
« Dès le lendemain de l’emprisonnement des chevaliers, savoir, le samedi 14 d'octobre 1307, on fit une assemblée dans le chapitre de Notre-Dame de Paris, où se trouvèrent les docteurs de l’université, les chanoines de cette église, Guillaume de Nogaret, le prévôt de Paris et quelques autres officiers du roi. Le seigneur de Nogaret, qui était principalement chargé de la commission, raconta le fait et les cinq cas énormes dont on chargeait les Templiers.
« Le dimanche quinzième du même mois, le roi fit assembler dans son jardin le clergé et le peuple des églises paroissiales de Paris, à qui l’on fit un discours en forme de manifeste par lequel, afin de prévenir le scandale sur l'arrestation si prompte des chevaliers, fort considérés par l'éclat de leurs richesses et de leurs dignités, on exposa les motifs de leur emprisonnement, et l'on toucha les cinq cas dont ils étaient chargés 1. » Tout ceci est de la relation de Jean de Saint- Victor. |
Peu de temps après, le roi, déterminé à poursuivre vivement la procédure, de l'avis de son conseil, des princes et des prélats, en
1 Baluz., t. 1, p. 8 et seqq.
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poursuivre vivement la ices et des prélats, en
à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 507
qualité de défenseur de la foi et de l'Église, donna commission à Guillaume de Paris, autrement Ymbert ou Humbert, Dominicain, son confesseur et inquisiteur en France, qui avait requis cette commission, d'informer dans les règles avec quelques gentilshommes, en interrogeant les chevaliers détenus à Paris. Cet interrogatoire se fit par autorité du roi, sans consulter le Pape. On ne perdit point de temps : l’inquisiteur, avec ses associés, interrogea à Paris, en difrérents jours de l'an 1307, jusqu’à cent quarante chevaliers, qui convinrent des faits suivants : car nous ne pouvons nous dispenser de rapporter succinctement ce que d’autres historiens exposent fort au long sur des actes qui ont en effet transmis à la postérité ces horreurs 1,
Les dépositions se réduisent donc en substance à des impiétés étranges et à des impuretés abominables.
1° On accusait les Templiers de renier Jésus-Christ à leur réception dans l’ordre, et de cracher sur la croix. Presque tous, jusqu’au grand maître, Jacques de Molai, avouèrent le renoncement à Jésus- Christ, qu’on faisait faire en entrant dans l'ordre, ou peu après, avec des insultes au crucifix, Plusieurs dirent qu'on les y avait forcés par la prison et les tourments.
2° On les accusait de s’abandonner entre eux aux plus grands désordres, avec défense d’avoir des habitudes ailleurs, de peur d'éclat. Quelques-uns avouèrent ces abominations; et d’autres des libertés infâmes et détestables, regardées comme des cérémonies de la réception dans l’ordre.
3 On les accusait d’adorer une espèce d’idole dorée et argentée dans leurs chapitres généraux. Quelque-uns convinrent de l'avoir vue et adorée. Ils en firent même la peinture aux assistants, comme d'une tête qui avait une grande barbe, un regard terrible, quatre pieds, et qui était alors à Montpellier. Ils ajoutèrent d’autres superstitions, comme celle du cordon magique dontils se ceignaient la chair.
4 Quelques-uns disaient que ces coutumes affreuses avaient été introduites par un grand maitre qui, étant pris par les Sarrasins, acheta sa liberté en promettant de faire observer ces usages dans tout l’ordre : c'était Roncelin selon les uns, et Beraud selon d'autres. Quelques-uns des accusés dirent que ces sacrilèges pratiques avaient commencé depuis quarante ans au plus.
d° Il y avait, disait-on, des statuts secrets dans l'ordre, où le tout était écrit, sous des peines terribles pour quiconque révélerait le
ue de VEgl. gall.,1. 36. Dupuy, p. 17 et seqq. Baluz. t. 4, p« 691, et t. 9, p.113,
508 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300
mystère. Quelques-uns dirent qu'ils les avaient vus, quoique tard, et peu de temps avant d'avoir été arrêtés.
Il est certain que tous les cent quarante accusés, excepté trois, qui nièrent tout, avouèrent sans y être forcés les deux premiers articles. Il y en eut qui dirent qu'ils avaient tâché d’expier leurs crimes par la confession aux pénitenciers, et par le jeûne; qu'ils avaient même songé à quitter l'ordre, ou du moins à aller à Rome au jubilé de 1300, pour se faire absoudre.
Cet interrogatoire, fait à Paris en 1307, fut suivi de plusieurs autres dans les provinces, surtout à Troyes, à Bayeux, à Caen, à Rouen, au Pont-de-l'Arche, à Carcassonne, à Cahors, à Bigorre, L'inquisiteur, Guillaume de Paris, était à la tête des informations, soit par lui-même, soit par ses délégués. Partout les Templiers s’accordaient dans les mêmes réponses sur les impiétés et les abominations t, Mais il paraît que ce détail d'interrogatoires ne se fit pas si promptement : le Pape avait tout arrêté.
On le voit par plusieurs lettres de Clément V. La première, datée du 27 d'octobre 1307, représente à Philippe le Bel que les Templiers étant un corps religieux et dépendant immédiatement du Saint-Siége, le roi n’a pas dû s’en constituer le juge, ni confisquer leurs biens et arrêter leurs personnes. Dans une seconde lettre du 4er de décembre, le Pape prie ce prince de s’en tenir, sur l'affaire des Templiers, à ce que lui diront les cardinaux qu’il envoie à Paris. C'étaient Bérenger de Frédol et Étienne de Suisi, chargés de la part du Pape de faire désister le roi de ses poursuites contre les chevaliers, et de l’engager à les remettre, eux et leurs biens, entre les mains de Clément, et le jugement à la connaissance des commissaires qu’il nommerait pour cela. Mais le Pape marqua surtout son mécontentement contre Guil- | laume de Paris, qui avait repris la poursuite juridique des Templiers: il traita cette entreprise d’attentat contre l’autorité du Saint-Siège, et il suspendit sur cet article tous les pouvoirs des prélats et des inquisiteurs de France, évoquant toute l'affaire à son tribunal ?. C'est ce que Clément V nous apprend lui-même dans une lettre à tous les évêques, datée du 3 de juillet 1308. La réponse des prélats et des inquisiteurs consista à faire sentir au Pape que le mal avait paru de nature à ne point souffrir de délai; que les crimes des Templiers mettaient la fui en danger ; et qu’enfin les procédures faites contre eux montraient assez qu’on n’avait pu user de trop de diligence pour prévenir leurs mauvais desseins 3.
1 Dupuy, p. 81 et seqq. — ? Ibid., p. 11 et 100, n. 2 et 3. Baluz, t. 2, p. 112 — % Spicileg., vet. edit., t. 10, p. 357. :
LE (Liv. LXXVII. — De 1300 aient vus, quoique tard,
21311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 509
Le roi, mécontent à son tour de ce procédé du Pontife, se plai- D soit que sa Sainteté semblât si indifférente à seconder une poursuite très-juste, et qu’elle montrât tant d’ardeur à suspendre les pouvoirs des évêques. Il représenta que, tolérer les méchants, c'était autoriser en quelque sorte leurs crimes : qu’elle aurait dû plutôt animer A les prélats à faire leur devoir dans leurs diocèses pour extirper un ordre infâme ; que leur présence les mettait plus en état de s’instruire du fond et du détail de ce mystère d’iniquité que sa Sainteté même, qui trainerait l’affaire en longueur, et donnerait lieu aux D accusés de varier dans leurs dépositions, comme ils commençaient déjà à le faire, et de chercher des protecteurs auprès d’elle; qu'après tout, le roi de France ne se donnait point pour délateur ou accusateur de l'ordre des chevaliers, mais pour défenseur et vengeur de la hi et de l'Église : ministère dont il devait rendre compte à Dieu 1, Cependant Philippe, pour ne pas aigrir le pape Clément, et pour kire voir à tout le monde la franchise avec laquelle il s'était comporté dans cette affaire, consentit à tout ce que demandaient les deux cardinaux. Il marqua au Pape, dans sa réponse du 24 de décmbre 1307, qu'étant bien éloigné de porter aucun préjudice aux. droits de l'Église et aux siens propres (qu’il voulait conserver en leur entier), il avait remis les personnes des chevaliers entre les mains des D cardinaux légats ; qu’à l'égard de leurs biens , tant meubles qu'immeubles, il les faisait garder pour être employés totalement au secours de la Terre-Sainte ; que dans ce dessein il avait destiné à la garde et à la recette de ces biens des gens de probité, qui n'étaient Dès ses propres receveurs, et qui en rendraient un compte fidèle 2. Le roi fit plus. Il envoya à Poitiers quelques-uns des principaux Templiers, afin que le Pape sût par leur bouche la justice de son procédé. Le Pape interrogea ces Templiers et d’autres de l'ordre, a nombre de soixante-douze. Il fut extrêmement surpris de voir que leurs aveux étaient précisément conformes à ceux qui avaient té faits dans les informations ordonnées par le roi. Il fit rédiger par écrit leurs dépositions. Ces malheureux comparurent en plein «onsistoire, et, ayant entendu la lecture de ces actes rendus en leur lngue, ils confirmèrent publiquement la vérité de leurs dépositions contre eux-mêmes, et y persistèrent en présence de Pierre, évêque de Palestrine, des deux légats envoyés à Paris, et de trois autres ardinaux. Le Pape convint , dans la même bulle d’où nous tirons @ récit, qu’un chevalier des premiers de l’ordre vint lui confesser utes les horreurs qu’il avait reconnues dans ce corps, et cela en
e accusés, excepté trois, forcés les deux premiers ient tâché d’expier leurs , et par le jeûne; qu'il du moins à aller à Rome
1, fut suivi de plusieurs yes, à Bayeux, à Caen, à e, à Cahors, à Bigorre.
la tête des informations, artout les Templiers s'acs impiétés et les abomirrogatoires ne se fit pas si
nt V. La première, datée le Bel que les Templiers diatement du Saint-Siége, | confisquer leurs biens et ettre du 4er de décembre, ffaire des Templiers, à ce Paris. C’étaient Bérenger
la part du Pape de faire hevaliers, et de l’engager : mains de Clément, et le res qu’il nommerait pour ontentement contre Guil- | juridique des Templiers:
’autorité du Saint-Siége, voirs des prélats et des ire à son tribunal ?. C’est e dans une lettre à tous éponse des prélats et des que le mal avait paru de es crimes des Templiers
procédures faites contre de trop de diligence pour
n. 2 et 3. Baluz, t.2, p. 112.
= ! Dupuy, P.11-13 et 78. — 2? Baluz., t. 2, p. 118,
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présence d’un cardinal, neveu de Clément, savoir Raymond de Goth, qui écrivit cette déposition. Ce chevalier était domestique du Pape même 1.
Tant d’aveux semblables, non forcés et capables de faire frémir, la franchise avec laquelle le roi en avait usé, et les plaintes qui reve. naient de tous côtés contre les Templiers, ouvrirent les yeux à Clé. | ment V. Il leva enfin la suspense qu'il avait fait signifier aux ordinaires et aux inquisiteurs de France. Sa bulle, datée du 5 de juillet de l'an 1308, à Poitiers. et adressée à tous les évêques et inquisiteurs français, est d’aute - curieuse, qu’on y voit la suite toute simple des faits que nous *. . de raconter. Le Pape, en levant la suspense, permet à chaque évêque, dans son diocèse, ét à chacun des ! inquisiteurs, d'examiner les Templiers du district ; mais il réserve leur jugement canonique aux conciles provinciaux que tiendront les métropolitains. Il ne veut point que ces conciles prennent connaissance de l’ordre entier; il les fait seulement juges des particuliers, | Il se réserve à lui-même le procès et le jugement du grand maître et de quelques principaux précepteurs, c’est-à-dire commandeurs ou grands prieurs, sans lesquels, dit-il, on ne pouvait instruire la cause générale de tout l’ordre, qu'il se réserve aussi ; il veut enfin que les accusés soient sous la garde de son nonce, le cardinal-évêque de Palestrine, avec tout pouvoir de les faire garder au nom de sa Sainteté et des évèques. Par d’autres lettres consécutives, le Pape voulait que les évêques s’associassent, dans cet examen, deux chanoines de . leurs cathédrales, deux frères Prêcheurs et deux frères Mineurs ; que s’il se présentait des cas qui ne regardassent pas l’hérésie , ils procédassent par son autorité et jugeassent suivant les canons. Le Pape enfin remerciait le roi de la manière franche dont il en usait dans le cours de cette affaire, en se conformant aux volontés de sa Sainteté 2,
Cependant, comme l'affaire était mixte ou composée de spirituel et de temporel, il n’était pas possible que le roi, jaloux de ses droits et de son autorité, qui lui semblaient lésés par ces bulles, n’en fi paraître quelque mécontentement. Mais le Pape ayant expressément déclaré que ce qu’il avait fait ou ferait par ses agents, au sujet des personnes et des biens des accusés, ne pourrait porter préjudice au roi, aux prélats, aux barons et autres Français, pour les droits d'hommages et de fiefs qu’ils prétendaient sur les Templiers, ce démêlé fut dès lors assoupi, et se calma entièrement dans l’entrevue du Pape et du roi, dont nous parlerons ?.
1 Dupuy, r. 13 et 103. — ? Ibid., p. 13. Spicileg., t. 3, in-fol., p. 199. — 3 Ibid., p. 16 et 102.
LE (Liv. LXXYII. — De 1300
it, savoir Raymond de | lier était domestique du
à 1311 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 511
Le Pape, de son côté, avait ptis à cœur la poursuite des Templiers. Dès l'an 1307, il avait écrit au régent du royaume de Chvnre, Amauri, scigneur de Tyr, qu'il fit arrêter tous les Templiers d lle, | Le régent répondit alors que la chose avait souffert des difficultés ;
que les chevaliers s'étaient armés » Mais qu’enfin ils s’étaient soumis
aux ordres du Pape, et qu'après avoir rendu leurs armes, ils étaient gardés séparément. Clément, instruit par lui-même, après l’examen de soixante-douze chevaliers, que les accusations n'étaient que trop fondées, continua depuis de donner ses ordres pour faire saisir les chevaliers dans tout le monde chrétien. Sa lettre au duc de Calabre, fils aîné du roi de Naples, est remarquable en ce que sa Sainteté demande qu’on suive l'exemple du roi de France, qui a fait arrêter tous les Templiers de son royaume en un même jour. Il écrivit la même chose et apparemment de la même manière, mais en divers lemps, surtout en 1208, aux rois et aux souverains de tous les pays du christianisme, Angleterre, Écosse, Hibernie, Allemagne, Bohême, Pologne, Hongrie, Aragon, Majorque, dans toute l'Italie, partout enfin où les Templiers étaient répandus, avec ordre de faire des informations détaillées, à peu près comme en France. Dans cés lettres circulaires, il rend compte de $es diligences pour être instruit à fond de la vérité des faits. Il y dit que le roi de France était le premier qui eût fait et suivi la découverte de cette corruption universelle dans l’ordre des chevaliers, non point par un motif d’avarice, puisque, loin de prétendre se rien approprier de leurs biens, il a consenti d’en laisser l'administration aux évêques de France, et la disposition au Saint-Siége. Clément entre dans le détail des dépositionsqu’il a entenduës lui-même de la bouche de soixante-douze chevaliers, et en particulier d’un de ses domestiques, ainsi que nous avons dit. Il raconte ensuite les nouvelles informations que nous allons dire. Enfin, il spécifie à ses commissaires quatorze articles sur lesquels il veut qu’on interroge les Templiers détenus dans chaque royaume, chaque province et chaque diocèse. Ces quatorze articles sont tirés des accusations intentées contre les chevaliers, et des aveux dejà faits par eux-mêmes, à Paris, sous l'autorité du roi, et à Poitiers, dans le consistoire 1,
Le roi, pour n'avoir rien à se reprocher sur la prise des Templiers el sur ses poursuites, consulta encore une fois la faculté de théologie de Paris, qui lui donna son décret daté du 25 de mars 1307, c’est-àdire 1308, avant Pâques, le jour même que l'université fut témoin | dun interrogatoire. Ce décret porte qu’un prince laïque ne peut
capables de faire frémir, | , et les plaintes qui reve. !
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eg, t. 3, in-fol., p. 199, — 1 Dupuy, p. 110.
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connaître d'hérésie (s'il n’en est requis par l'évêque) ; mais qu’en cas de péril urgent, il peut faire prendre les accusés avec intention de les rendre à l’Église ; que les militaires qui font profession d’une religion approuvée par l'Église doivent être regardés comme religieux et exempts ; que les biens doivent être réservés pour la fin qu'on s’est proposée en les donnant à l’ordre f.
Depuis cette consultation, le roi etle Pape agirent avec encoreplus de concert qu'ils n'avaient fait jusque-là. Jaloux de leur réputation dans la poursuite d’une affaire qui intéressait un ordre si puissant, et qui tenait de tous côtés à la première noblesse du royaume, ils voulurent éviter tout reproche d'animosité ou de précipitation mal placée. Pour y procéder avec plus de maturité, il fut résolu qu'ils auraient une entrevue à Poitiers ; c'était l'an 1308, et la seconde fois que le roi s’abouchait avec le Pape dans cette ville. Philippe, par le même motif, voulut, chemin faisant, consulter tous les corps de son royaume ; et pour cela, avant que d'aller droit à Poitiers, il assembla un nombreux parlement à Tours, où il appela les députés de toutes les villes et châtellenies de France, nobles et roturiers, avec ordre de's’y trouver au premier mois d’après Pâques, c'est-à-dire au mois de mai 1308. « Car Philippe, dit sur cela Jean de Saint-Victor, pour faire voir la droiture de ses intentions et la sagesse de son procédé, voulut savoir l'avis des gens de toute condi‘ion. Ainsi, non content de prendre les jugements délibératifs des nobles et des lettrés, il exigea celui des bourgeois et des laïques. Tous ces députés parurent en personne au temps marqué, et, ayant entendu lire les dépositions des Templiers, ils les jugèrent dignes de mort 1. »
Pour les leitrés, le roi requit les principaux docteurs de l’université de Paris de lui envoyer leur sentence ou leur censure, avec la confession du grand maître et des plus considérables commandeur. Car l’université avait assisté à deux interrogatoires des Templiers, savoir, au Temple, le 25 mars 1308, ainsi que nous venons de le remarquer, et dans une autre occasion où le grand maître réitéra tous ses aveux, aussi bien que plusieurs autres chevaliers. « L'université, continue le même auteur, chargée de répondre au roi, s’assembla donc pour cela le samedi après l’Ascension, 25 de mai 1308 ; elle fit écrire par un notaire les dépositions des Templiers ; et elle lesenvoya à Tours avec la copie d’une lettre circulaire écrite par le grand maître à tous les chevaliers de son ordre. Il leur mandait qu’il avait confessé telle et telle chose, et il les exhortait à faire les mêmes
1 Dupuy, preuv. 78. Baluz, t. 1, p. 8 et 589. — ? Baluz., t. 1, p. 8. Nangis coni. Apud d’Acheri.
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igirent avec encore plus oux de leur réputation t un ordre si puissant, blesse du royaume, ils u de précipitation mal rité, il fut résolu qu'ils 1308, et la seconde fois e ville, Philippe, par le er tous les corps de son it à Poitiers, il assemappela les députés de obles et roturiers, avec Pâques, c’est-à-dire au la Jean de Saint-Victor, t la sagesse de son prote condi‘ion. Ainsi, non s des nobles et des letques. Tous ces députés , ayant entendu lire les nes de mort 2. »
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luz., t, 1, p. 8. Nangis conl.
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aveux. Comme ayant été séduits par une ancienne erreur. L'université ja gnit à ces actes la sentence que le roi demandait, etque voici: Il faut s'en tenir à la censure du Saint-Siége, qui a spécialement droit de juger des faits religieux et des hérésies ou d'autres crimes énormes {,
« e parlement de Tours étant fini, le roi partit pour Poitiers, accompagné de ses frères, de ses fils et de ses conseillers, L'affaire des Templiers fut de nouveau agitée et mûrement pesée entre le Pape et le roi, en présence des cardinaux, du clergé et d’autres. On discuta les raisons de part et d'autre, les objections et les réponses, et l'on convint enfin que le roi ferait administrer et garder par ses ofliciers les biens des Templiers, jusqu'à nouvelle délibération du Pape et du roi sur l'usage qu'il conviendrait d'en faire. Quant à leurs personnes, il fut conclu que le roi ne les punirait point sans l'aveu du Pape, mais qu'il les retiendrait sous bonne garde, comme il l'avait fait, et qu’ils seraient entretenus sur les revenus de leurs maisons jusqu'äu futur concile général, Dès ce moment le Pape remit les chevaliers aux mains du roi. Ce prince, avant que de retourner à Paris, fit amener à Poitiers le grand maître et d'autres chevaliers, à qui l’on fit entendre les volontés du Pape et du souverain. On les ramena bientôt en leurs prisons, où ils devaient rester jusqu'à la tenue du concile qui fut résolu pour l'octave de la Toussaint, au bout de deux années, en 1310, et indiqué pour ce temps- À aux parties les plus éloignées de la chrétienté. IL se passa un délai considérable, à Poitiers, en allées et venues, en discussion d'autres affaires, dont les unes furent expédiées , les autres différées ou suspendues. Après quoi le Pape et le roi se séparèrent vers le mois d'août 1308, le premier pour aller en Gascogne, et le second pour retourner à Paris ?. » Tel est, mot pour mot, l'exposé de Jean de À Saint-Victor.
Le Pape, dans ses lettres circulaires citées ci-dessus, assure queson dessein était de faire par lui-même l'information sur le grand maître et les principaux commandeurs qu'on avait amenés à Poitiers; mais quelques-uns d’entre eux étant tombés malades en chemin, Jusqu'à ne pouvoir souffrir le cheval ni se rendre au terme, sa Sainleté, qui désirait savoir la vérité de leurs dépositions par leur bouche, avait commis en sa place les cardinaux Bérenger de Frédol, Étienne de Suisi et Landolfe Brancaccio, pour s’en instruire en son nom etlui en faire le rapport par écrit authentique, avec plein pouvoir d’informer sur les principaux chevaliers et sur les autres, par rapport au
1Baluz. et Duboulai, t. 4, p. 111, 2 Duboulai, t. 4, p. 12 et 13. XIX,
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corps entier. (Ce fut là l’objet et la fonction de toutes les commissions que Clément nomma dans la suite). Enfin le Pape donnait permission aux trois cardinaux d’absoudre le grand maître et les autres des censures, s'ils demandaient cette grâce. Les malades étaient en effet 2stés à Chinon en Touraine. Après avoir comparu à la cour du Paye, le grand maître et les commandeurs de Poitou, de Guienne et de Normandie avaient été reconduits dans la même ville, pour y subir l'examen des trois cardinaux. Il se passa de la manière que le raconte le Pape dans ses bulles, et les deux premiers cardinaux dans le rapport qu’ils envoyèrent au roi en ces termes :
« Nous nous transportâmes à Chinon, par ordre du Pape, pour examiner les prisonniers, savoir : le graud maître, le commandant de Chypre, le visiteur de France , le commandeur de Guienne et de Poitou, et celui de Normandie, avec plein pouvoir d'informer tant sur les faits personnels que sur l’état de tout l’ordre. Le samedi d’après l’Assomption, 17 d’août 1308, le commandeur de Chypre fut appelé, comparut, prêta le serment à l'ordinaire, puis confessa le renoncement à Jésus-Christ et le crachement sur la croix. Le commandeur de Normandie en fit autant pour le reniement. Le soir du même jour, nous appelâmes le commandeur de Poitou et de Guienne, qui demanda permission de délibérer jusqu’au lendemain. Il avoua qu'il avait promis à celui qui le recevait dans l’ordre que, si quelqu’un des frères lui demandait s’il avait renoncé à Jésus-Christ, il dirait que oui. Le dimanche suivant, nous fimes paraître Hugues de Péralde, au matin, et, en dernier lieu, le grand maître, au soir. Après avoir vu les articles de l’interrogatoire, ils demandèrent à délibérer jusqu’au lendemain. Ce jour-là le frère Hugues, après le serment, persista dans son aveu fait à Paris, et spécialement à l'égard du renoncement à Jésus-Christ, de l’idole qu’il avait vue et des actions illicites qu'il avait commises, ainsi que l'acte de sa confession le porte plus au long. Enfin, le mardi suivant, le gran maître comparut, el, après avoir juré et entendu les articles d’information, il convint du renoncement. Du reste, il nous pria d'écouter la confession que voulait faire un sien frère servant qu’il aimait. Comme nous vimes le grand maître repentant de ses crimes, quoique notre commission ne regardât, pour Chinon que les cinq chevaliers nommés, nous crümes pouvoir compter sur l'intention du Pape, et nous entendimes le frère servant, qui, après le serment fait, confessa le renoncement, comme vous le verrez plus au long dans nos actes rédigés en forme authentique et scellés de nos sceaux. Tous abjurèrent l’hérésie et nous demandèrent l’absolution des censures. Nous la donnâmes à chacun en particulier. » Les deux cardinaux finissent leur lettre, datée du mardi
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| de toutes les commis.
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nd maître et les autres
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mandeur de Chypre fut
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r la croix. Le comman-
reniement. Le soir du
le Poitou et de Guienne,
u lendemain. Il avoua s l’ordre que, si quelioncé à Jésus-Christ, il mes paraître Hugues de d maître, au soir. Après emandèrent à délibérer ues, après le serment, lement à l'égard du reit vue et des actions illie sa confession le porte 1 maître comparut, ef, ormation, il convint du la confession que voulait ne nous vimes le grand otre commission ne renommés, nous crimes rous entendîmes le frère le renoncement, comme digés en forme authennt l’hérésie et nous deà donnâmes à chacun en
ur lettre, datée du mardi
à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 515
même, 20 d'août, à Chinon, en priant le roi de traiter favorablement les cinq chevaliers, en considération du repentir qu'ils ont marqué surtout le grand maître, Hugues de Péralde, et le drmiens grand prieur de Chypre 1, Mi
Les trois cardinaux retournèrent à Poitiers, pour faire leur rapport au Pape, à qui ils présentèrent les actes de la procédure de Chi. non. Après quoi, Clément ne balança point à en insérer le précis dans les bulles circulaires qu'il adressa partout, pour ordonner lesinformations juridiques concernant l'affaire des Templiers. 11 inséra même le détail de tous les faits imp'tés à ces chevaliers de toute la procédure commencée contre eux, dans la bulle de convdcetion our le concile de Vienne, adressée au roi, à tous les souverains et les prélats du monde; elle est datée du 12me d'août de l'an 1308 l'année troisième de son pontificat, c’est-à-dire de son couronne: ment, qui s'était fait le 14 de novembre, l'an 4305.
C'estla même bulle, quant au fond, pour tous ceux à qui elle est adressée, Les divers exemplaires ne diffèrent entre eux que par les noms, quelques légers changements de dates et quelques pra rm soit pour les rois etles princes chrétiens que le Pape invite à assister au concile en personne, soit pour les archevêques et leurs snffragants à sur la manière de procéder au sujet des Templiers; par exemple, 1
Pape ajoute à l’archevêque de Cantorbéri ces paroles : ae
EL Ne pouvant informer par nous-mêmes dans tous les iieux où l'ordre est répandu, nous chargeons, vous et les évêques, chacun dans son diocèse, de faire citer publiquement tous les Templiers ui s trouveront dans chaque district, et de les interroger avec les au Joints que nous nommerons, sur les articles que nous vous envoyons inclus, et sur ce que vous jugerez de plus convenable, Nous Ar de plus qu'après ces informations vous prononciez, en concile pro- Yincial et suivant les canons, la sentence d’absolution ou de condamnation, en admettant les inquisiteurs députés par nous, s'ils veulent assister aux examens et à la sentence. » Le Pape excepte le grand prieur d'Angleterre, à qui il réserve d’autres examinateurs Cuie manière de procéder est la même que le Pape avait déjà tune dée aux archevêques et évêques de France, après la suspense levée par sa lettre du 5 de juillet 1308, pour faire recommencer les infor DAOUS déjà faites, de l'autorité du roi, par l’inquisiteur, accompahr Je quelques gentilshommes ; procédure qui avait fort déplu au
LA # - Là À l'égard des commissaires marques par le Pape pour ce qui re-
! Baluz., t, 9, p. 191, Dupuy, p.31.
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