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522 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1300
même langage concerté ; de sorte que les accusés mêmes, intimidés par les supplices, ont cru pouvoir se sauver en avouant, contre leur conscience, des crimes dont ils étaient innocents. Enfin les défenseurs avertissaient les juges que, de la manière dont on s’y était pris, ils ne sauraient agir juridiquement, ni aller contre les priviléges de l'ordre, attendu qu'il n’était point diffamé avant l’emprisonnement qui a donné lieu à ses ennemis de suggérer des faussetés au roi, et de renverser la tête aux prisonniers, en leur extorquant leurs dépositions, et en les menaçant du feu s’ils les désavouaient.
Les commissaires du Pape répondirent « que ce n'étaient point eux qui avaient mis en prison les accusés; que leurs personnes et leurs biens étaient entre les mains du Pape; qu’ainsi il n’était pas en leur pouvoir de les mettre en liberté, comme ils le demandaient ; que leur ordre était diffamé avant leur arrestation, comme il apparaissait par les lettres apostoliques qui décernaient qu’on informât d’abord de cette infamie, ainsi qu’on l'avait fait; que des évêques et des inquisiteurs avaient donc pu informer juridiquement, sans blesser les priviléges de l’ordre, d'autant plus qu’il était question d’hérésie, ct que les juges agissaient de l'autorité du Pape. » Quant au grand maître, dont parlaient leurs mémoires, ils dirent qu'étant interrogé s’il voulait défendre son ordre, il avait répondu que le Pape s’était réservé son jugement, et qu’il défendrait sa cause en sa présence. Les autres réponses des commissaires roulèrent sur des articles qu'il n’était pas en leur pouvoir d'accorder, suivant leur commission. C'est tout ce qu’en dit le procès-verbal ; ils assurent, ajoutent-ils, qu'ils en useraient avec humanité, qu’ils écouteraient les défenses des accusés, et qu’ils en rendraient compte au Pape f.
Le samedi suivant 14me d'avril, avant le dimanche des Rameaux, les juges, rassemblés au même lieu, se firent amener les quatre premiers Templiers qui avaient pris la défense de l’ordre, et qui leur parurent plus propres à entendre les témoins. Ces quatre furent les deux prêtres et les deux chevaliers que nous avons nommés. Les vingt-quatre témoins qui parurent ce jour-là devant eux, savoir, vingt Templiers et quatre laïques, firent le serment ordinaire de dire la vérité pour ou contre l’ordre, et jurèrent qu'ils n'étaient ni sollicités ni gagnés, en un mot, qu'aucun motif humain ne les ferait parler. Cette forme de serment fut le modèle de ceux que les commissaires exigèrent :es deux cent trente-un témoins qui furent écoutés durant cette procédure 2.
Cette histoire du procès des Templiers est du jésuite Brumoi, dans
1 Dupuy, p. 130-154, — 2 Ibid., p. 155.
; (Liv. LXXVIT. — De 1300
usés mêmes, intimidés en avouant, contre leur ts. Enfin les défenseurs nt ons’y était pris, ils ontre les priviléges de vant l’emprisonnement des faussetés au roi, et extorquant leurs dépoavouaient.
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du jésuite Brumoi, dans
son livre trente-six de l'Histoire de l'Eglise gallicane. C'est ce que nous avons trouvé de plus clair, de plus net et de plus exact. Mais, pour la suite du procès, on a découvert de nos jours de nouveaux documents. Par exemple, des deux cent trente-un témoins entendus par les commissaires du Pape, on ne connaissait que la déposition d'un seul. Vers la fin du siècle dernier, un protestant d'Allemagne 1 trouva dans la bibliothèque royale de Paris les actes originaux de cette commision, avec les dépositions de tous les témoins. Plus tard, un protestant du Danemark ? trouva dans la bibliothèque du Vatican les actes originaux de la procédure faite en Angleterre. Enfin, tout récemment, un ministre protestant d'Allemagne, mettant à profit tous les documents anciens et nouveaux, a publié une nouvelle histoire des Templiers %. Voici comme cet écrivain résume lui-même ie résultat final de son travail.
“@ L'ordre était coupable et digne de la peine qu’il a subie, si on juge ses crimes d’après les idées de ce temps-là ; c’est pourquai les juges ecclésiastiques jugèrent justement, mais injustement Philippe, parce que le jugement n’était pas de sa compétence, et qu’il ne s’y portait point par amour de la justice ; il aurait pu abolir l’ordre dans ses États, mais rien de plus. Devant le tribunal ecclésiastique l’ordre était très-punissable et sa peine proportionnée ; le puissance séculière pouvait seulement révoquer ou restreindre ses priviléges, et requérir la hiérarchie d’abolir l'ordre ou de l'associer à un autre. Notre temps jugerait de même devant les deux fors, par l'abolition de l'ordre et la saisie des biens #, » Le même auteur observe à plusieurs reprises que, si les justices particulières et royales employèrent la question suivant la jurisprudence d’alors, les commissaires du Pape ne l'employèrent pas, mais procédèrent avec douceur, circonspection et conscience 5. Il remarque en particulier sur les actes originaux retrouvés à Paris, qu'ils montrent dans un jour magnifique la douceur et la justice des commissaires pontificaux 6.
Quant au résultat des dépositions consignées dans ces actes, voici ce qu'il dit entre autres : « Pour ce qui est de renier le Christ et de cracher sur la croix, ces deux points sont avoués par tous les témoins, à peu d’exceptions près 7. Les témoins étaient au nombre de deux cent trente-un. Voici quelques-unes des dépositions les plus importantes. Raoul de Prêles avait un ami, le commandeur de Laon, Gervais de Beauvais, qui lui dit très-souvent, en présence de plusieurs
î Moïdenhawer. — ? Munter. — 53 Wilcke, Hist, des Templiers (en allemand), 3 Vol. in-8 ; le dernier est de 1825. — * Ibid, t. ?, p. 10et11.— 5T,1, p. 291, 207 et 828; t. 2, p. 7, 24, —6T, 1, p. 348,— 7 T. 1, p. 202.