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526 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVII. — De 1309
prêtre do l'ordre, Jean de Buris, lui apprit qu'on entendait les quatre mots : hoc est corpus meum ; cependant il ne les avait jamais ornises à la messe 1, Bertrand de Villars devait également, en disant la messe, passer sous silence ces paroles 3,
Par d’autres dépositions, on voit que les chefs de l'ordre, quoique laïques, s’attribuaient le pouvoir d'absoudre des péchés ; qu'il y avait deux espèces de statuts : les uns plus communs, quoiqu’ils ne fussent pas entre les mains de tous les frères ; les autres si secrets, que Gervais de Beauvais disait : Je possède un petit livre des statuts de l'ordre, que je montre volontiers ; mais il yen a un autre, plus secret, que je ne voudrais pas laisser voir pour tout l'univers ?. On remarque encore que dans la règle primitive, dressée par saint Bernard, il y avait une année de noviciat, mais que dans le fait les Templiers l'avaient supprimée. Telle est la substance de cette procédure.
Cependant, le 7me de mai 1310, après la déposition de Jean Langlois, les quatre Templiers qui s'étaient portés défenseurs de l'ordre comparurent dans la chapelle où étaient les juges, et leur présentèrent un nouvel écrit de défense, qui fut lu. Il contient en substance leurs premiers écrits et des plaintes sur la violence des procédures, où ils prétendaient qu’on n’avait gardé nulle forme de droit; « qu'on les avait tous pris en France, jetés dans les fers à l’improviste, menés à la boucherie comme des brebis, tourmentés de manière que les uns étaient morts, d’autres avaient perdu la force et la santé pour tou- à jours, d’autres obligés de déposer faux contre l'ordre et eux-mêmes ; qu'on leur avait enlevé jusqu’au plus précieux des biens, qui est le libre arbitre ; de sorte que les confessions des frères ne prouvaient rien contre la dignité de l’ordre et leur propre innocence; que les témoins chevaliers n'étaient pas plus croyables que les autres en témoignant contre eux-mêmes, parce qu'on leur montrait des lettres du roi pour leur faire entendre qu'on leur donnerait la vie, la liberté et des revenus considérables, en les avertissant, au reste, que tout l'ordre était proscrit. Sur quoi les accusés protestaient contre tout ce quis’était dit par ces motifs, dont ils s’offraient de prouver la notoriété. Ils ajoutaient que la présomption était tout entière en faveur $ de l’ordre. Quelle vraisemblance, disaient-ils, qu'aucun fût assez insensé pour entrer ou persévérer, au préjudice de son salut, dans un corps aussi corrompu ! que tant de personnes nobles et réputées vertueuses n'eussent pas élevé la voix contre les horreurs qui font actuellement la matière des procédures, si elles les eussent remarquées dans l’ordre ! »
1 Moldenhawer, p. 257, 259, 262, — 2 P, 554, — 9 P, 152, 154.
[Liv. LXXVIL, — De 1309
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à 1311 de l’ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE,
Les quatre défenseurs demandaient encore « qu'on leur communiquât la copie des pièces de la commission et des articles d'information marqués par le Pape ; qu’on leur donnât les noms des témoins, afin qu’on pôt agir contre eux, qu'on ne confondit point les témoins entendus avec ceux qui ne l’étaient pas ; qu'on leur fit à tous jurer de n'informer qui que ce fût de ce qui se passait, de ne suborner personne par lettres ou autrement, et de garder le secret : article qu'on priait les commissaires eux-mêmes d'observer jusqu'à ce que les dépositions furent portées à sa Sainteté. Enfin ils priaient qu’on interrogelt les gardes, les Compagnons et les serviteurs des chevaliers détenus sur ce qu’ils avaient entendu ou su de ceux qui étaient morts en prison, savoir, dans quels sentiments ils avaient fini leurs jours, et ce qu'ils avaient dit de l’ordre en mourant, surtout ceux qu’on disait réconciliés; qu’on interrogeût de plus les frères qui s'étaient défendus de rien déclarer pour ou contre l'ordre, sur les raisons de cette conduite; qu’on leur fit prêter le serment et qu’on les contraignît de parler, puisqu'ils savaient la vérité touchant l'ordre, ainsi que les autres frères. »
Telles furent les demandes des quatre défenseurs, leurs protestations et leurs raisons, conformes à tout ce qu’ils avaient avancé dans les autres interrogatoires. Ils finirent ce mémoire par l’histoire suivante : «Il y à chez nous un noble chevalier nommé Adam de Valincour. Après avoir vécu longtemps dans l’ordre, il eut dessein de passer dans un ordre plus austère. Il en obtint la permission, et se fit Chartreux; mais, peu de temps après, étant sorti de chez eux, il revint nous Supplier a-ec de vives et longues instances de le recevoir une seconde fois. On le reçut, mais sous les conditions qui s’observent parmi nous à l'égard des apostats. D'abord il parut nu et en simple caleçon à la porte extérieure; il entra ainsi, s’avança jusqu'au chapitre, tous les frères assemblés ot en présence de plusieurs nobles, ses parents et ses amis, se prosterna aux pieds du maître, demandant à miséricorde et priant avec larmes d'être reçu encore une fois parmi
les frères. Il le fut, mais on ne lui fit point grâce de la pénitence. Durant une année entière, tous les vendredis il cuuchait sur la dure, jeûnant au pain et à l'eau ; tous les dimanches il se présentait de- Yant l'autel en posture de pénitent, préparé à recevoir la discipline que lui donnait le prêtre ofliciant. Il reçut enfin l’habit et la communication avec les frères. Comme Adam est à Paris, et qu'il ne s’est pas présenté pour défendre l'ordre, nous supplions les juges de le fire comparaître, prêter serment, et déposer en vérité sur l’état de l'ordre et sur les articles proposés. Est-il croyable, ajoutaient-ils, qu'un personnage si vertueux eût souffert un traitement pareil,
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