‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 89 sur 97 · ER LES · texte numérisé non relu

ER LES

RES eme

528 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVIT, — De 1300

réservé aux apostats, si l'ordre était tel qu'on le prétend 1? »

Le dimanche suivant, 10me de mai, comme on eut annoncé aux commissaires que les quatre Templiers députés par les autres souhaitaient d'être ouïs, on les admit. Pierre de Boulogne, au nom de tous, dit aux juges « que le Pape les avait commis pour entendre les Templiers qui voudraient prendre en main la cause de l'ordre, et que les défenseurs avaient déjà été entendus en conséquence par les commissaires. Cependant, ajouta-t-il, nous avons ouï dire, et nous le croyons avec autant d’effroi que de fondement, nous avons oui dire que dès demain l'archevêque de Sens doit tenir un concile provincial à Paris, avec ses suffragants, contre plusieurs de nos frères qui se sont présentés pour défendre l’ordre ; procédé qui les obligerait à se désister de leur défense. Nous vous prions donc d'entendre la lecture de notre appel du concile de Sens au souverain Pontife. »

L'archevêque de Narbonne, président de la commission répondit que cet appel ne regardait ni lui ni ses collègues, puisque ce n'était point d'eux qu'on appelait ; mais que, si l'on avait quelque chose à dire pour la défense de l'ordre, on pouvait s'expliquer en toute liberté. Sur cela, Pierre de Boulogne présenta une requête, par laquelle il demandait « qu'on envoyât les prisonniers, sous la foi publique, au Saint-Siége pour s'y défendre ; qu'on dénonçât à l'archevêque de Sens de suspendre ses procédures ; qu'on les conduisit eux-mêmes chez ce prélat pour lui signifier leur appel ; qu'on jeur donnât deux notaires pour les accompagner et transcrire leur acte ; qu'aux dépens de l’ordre on fit signifier à tous les archevêques de France l'appel de leur tribunal à celui du Saint-Siége. » Cela se passait le matin. On les remit au soir pour leur rendre réponse. Quand on les eut fait revenir, les commissaires leur dirent qu'ils plaignaient beaucoup leur sort, mais qu’il n’était pas en leur pouvoir d'empêcher l'archevêque de Sens et ses suffragants de tenir concile, etqne, de même qu’eux commissaires sont commis par l'autorité apostolique pour informer sur l’ordre en général, afin d'en instruire le Pape, ainsi l’archevêque de Sens et ses suffragants le sont pour tenir le concile provincial ; que c'étaient deux tribunaux différents, dont le premier ne por "ait rien sur le second; qu’ils verraient cependant ce qu'il serait possible de faire en faveur des prisonniers ?.

Avant que de parler du concile de Sens, qui se tint en effet à Paris le lendemain 44e de mai 4310, il est bon de se rappeler deux points essentiels que la plupart des historiens méconnaissent,

1 Dupuy, p. 160-164. — ?Ibid., p. 165.

[Liv. LXXVIT, — De 1300

qu'on le prétend 1? »

e on eut annoncé aux

s par les autres souhailogne, au nom de tous, ais pour entendre les cause de l’ordre, et que n conséquence par les avons oui dire, et nous ment, nous avons oui it tenir un concile proplusieurs de nos frères ; procédé qui les oblius prions donc d'ende Sens au souverain

la commission répondit ques, puisque ce n'était a avait quelque chose à s'expliquer en toute lita une requête, par larisonniers, sous la foi re; qu'on dénonçât à ‘édures ; qu’on les connifier leur appel ; qu'on sagner et transcrire leur r à tous les archevêques 1 Saint-Siége. » Cela se rm leur rendre réponse.

aires leur dirent qu'ils était pas en leur pouvoir ragants de tenir concile, t commis par l'autorité ral, afin d'en instruire le agants le sont pour tenir bunaux différents, dont w’ils verraient cependant s prisonniers ?. - , qui setint en effet à est bon de se rappeler istoriens méconnaissent.

à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 529

oublient ou confondent. Le premier, que le Pape ayant trouvé mauvais qu'on eût arrété en France les Templiers et commencé contre eux les procédures par voie d'inquisition, de l'autorité royale et sans le consulter, suspendit le pouvoir de les continuer, en évoquant cette affaire à son tribunal, Le second est qu2 Clément ayant oui par lui-même en plein consistoire les aveux libres de scixante. douze Templiers, sans compter celui de son domestique, et ayant su le rapport de ses trois commissaires de Chinon sur les dépositions réitérées du grand-maître et des autres principaux chevaliers, dont ilavait transporté l'examen en son nom aux trois cardinaux, songea dès lors à éteindre cet ordre. Mais il prit deux partis : l'un, de nommer ses propres commissaires pour informer sur le corps même de l'ordre, afin de savoir au juste les raisons et les fondements de le conserver ou de l’abolir ; ce qu’il réservait au jugement du concile de Vienne; l’autre, de lever la suspense pour la France et C'ordonner dans tout le monde chrétien, qu'après les informations de chaque évêque diocésain et des inquisiteurs, les conciles provinciaux jugeraient en dernier ressort, non du corps del'ordre, mais des individus, soit pour les absoudre, soit pour les condamner selon la rigueur des canons ; de sorte que ces conciles pouvaient, en agissant canoniquement, livrer certains coupables au bras séculier. Nous avons montré en détail ces deux points par les actes 1,

Le concile provincial fut assembié à Paris par l'archevêque de Sens, Philippe de Marigni, le jour que nous venons de dire, et dura jusqu’au 26 de mai, c’est-à-dire quinze jours. Les actes en sont perdus ; mais on sait par les auteurs du temps qu'on y examina et Jugea les causes particulières de chaque Templier, dont quelques-uns lurent dégagés de leurs vœux, d’autres renvoyés après une pénitence canonique, plusieurs condamnés à une prison perpétuelle, quelquesuns livrés au bras séculier, comme relaps et coutumaces. On dégrada ls prêtres, et cinquarte-neuf Templiers furent brûlés à Paris, dans là campagne, derrière l’abbaye de Saint-Antoine. Peu après, on délrra les ossements d’un certain Jean de Thur, Templier, et on les jeta au feu, comme on aurait fait pour le corps d’un hérétique notoire,

[l se tint, le mois suivant, un‘’autre concile provincial à Senlis sur le même sujet, par l'archevêque de Reims » et l’on y condamna comme laps neuf Templiers, que le juge séculier fit brûler. Ce qu'il y eut d'étonnant, c’est que tous les cinquante-neuf de Paris et les neuf de Sealis rétractèrent leurs aveux à la mort, en disant qu’on les con-

damnait injustement, et que, s’ils avaient déposé contre eux-mêmes,

! Hist. de l'égl. gall., 1. 36.

Page 1