‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 90 sur 97 · XX · texte numérisé non relu

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c'était par la crainte des tourments ; ce qui fit d'étranges impressions sur l'esprit du peuple 1.

Quant aux commissaires du Pape, dès qu'ils entendirent parler de ces exécutions, ils suspendirent leur procédure. Ils envoyèrent prier l'archevêque de Sens et son concile d'agir avec la plus grande maturité par rapport au jugement qu'ils avaient porté, et de difiérer l'exécution, si cela leur semblait possible ; d'autant plus que des frères décédés en prison, comme l’assuraient les inspecteurs et beaucoup d’autres, avaient protesté jusqu’à leurs derniers soupirs et sur leur âme, qu'eux et leur ordre étaient accusés faussement des crimes qu'on leur imputait. 11 semblait aussi aux commissaires que, si le jugement définitif s’exécutait dans ce moment, leur propre procédure serait inévitablement arrêtée, attendu que déjà plusieurs témoins avaient perdu l'esprit d'épouvante ?.

Les commissaires pontificaux suspendirent, eneffet, leur procédure pendant près de six mois, pour laisser aux témoins le temps de se remettre. Ils ne reprirent leurs séances que le 3 de novembre. Les quatre défenseurs de l’ordre devaient y être entendus. Mais Guillaume de Chambonet et Bertrand de Sartiges demandèrent, comme étant d’ignorants laïques, qu’on les réunit à leurs collègues Raïinaud de Pruyno et Pierre de Boulogne. Les commissaires répondirent que ces deux s'étaient volontairement et solennellement désistés de la défense de l’ordre ; sur quoi Pierre de Boulogne s'était évadé de la prison, et Pruyno avait été dégagé de ses vœux au concile de Sens, ce qui ne permettait plus de l’admettre comme défenseur ; alors les deux chevaliers se désistèrent également de la défense, qui fut entièrement abandonnée #.

Les commissaires du Pape s'étaient fixés à Paris, depuis le mois d'août 4309 jusqu’au mois de mai 1341. Ils entendirent les deux cent trente-un témoins, Templiers et autres, qui tous, excepté un petit nombre, ayant déjà déposé ce qu'ils savaient des Templiers devant les ordinaires, reconnurent, en présence des commissaires, les crimes énoncés dans les articles envoyés par le Pape. Les commissaires jugèrent qu'il était temps de terminer leur commission et d’en rendre compte à sa Sainteté. L'évêque de Bayeux fut chargé d’aller à la cour du Pape pour exposer tout l'ordre de ces procédures. Après les avoir communiquées à Clément et au sacré collége, il se rendit à Pontoise, où le roi tenait son parlement. L'archevêque de Narbonne, autre commissaire, y était déjà appelé. Cette assem-

1 Baluz, t. 1, p.16, 71 et 12. Nang. continuat. Apud d’Acheri,t. 3, p. 63, infolio. — ? Moldenhawer, p. 236. — 5 P, 248.

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à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 531

blée tirant en longueur, le roi appela aussi à Pontoise les évêques de Limoges, de Mende, avec Matthieu de Naples et l’archidiacre de Trente, en un mot, tous les commissaires du Pape.

Ils conférèrent avec le roi sur ce que le Pape avait approuvé qu'on terminât la commission, qui lui paraissait suffisamment remplie, « à moins, ajoute sa Sainteté, que les commissaires ne pussent la rendre plus complète, en interrogeant les Templiers d'outre-mer sur la manière de leur réception dans l'ordre. » Sur quoi il leur vint une pensée dans cette conférence avec le roi, savoir, que d’un côté on avait entendu deux cent trente-un témoins, dont quelques-uns avaient répondu sur l’état et la réception des Templiers d'outre-mer ; et qu’on avait de plus les réponses des autres informations pour ou contre l'ordre, en différents endroits du monde, et les mêmes témoignages des soixante-douze interrogés par le Pape et le sacré collège ; que, d’une autre part, on ne voyait plus personne à interroger en France; qu'un Cardinal, même par lettres, pressait l’envoi des mémoires à sa Sainteté, et que le temps marqué pour le concile de Vienne approchait : qu'ainsi l’on devait conclure de tout cela, que l'intention du Pape était qu’on mit fin à la commission. Ils se déterminèrent sur ces motifs et chargèrent de leur registre deux licenciés en droit, avec une lettre au pape Clément, datée du 3 de juin 1911, à l'abbaye royale, près de Pontoise 1,

À Londres, lesinformations durèrent de 1309 à 1314. Dans la collection des conciles d'Angleterre, complétée par les actes retrouvésau Vatican, il y eutdix-sept témoins surle reniement au Christ, seize pour le crachement sur la croix, huit sur le mépris des sacrements, deux sur l’omission des paroles de la consécration, treize sur l’absolution laique, plusieurs sur les baisers obscènes ; vingt-sept avaient juré de ne pas sortir de l’ordre, cinquante-deux témoignèrent de réceptions occultes, sept de sodomie, quelques-uns d'idoles. Généralement en Angleterre on entendit pour le moins deux cent vingt-huit. Templiers. A Yorck et à Cantorbéri, en Irlande et en Écosse, les chevaliers ne confessèrent rien de criminel 2.

Quant aux informations faites en Espagne, on n’a que des renseignements incomplets. En Castille, le Pape commit les archevêques de Compostelle et de Tolède, et d’autres évêques auxquels il joignit l'inquisiteur dominicain Eymeric, En Aragon, cette commission fut donnée aux évêques Raimond de Valence et Ximenès de Sarragosse. Ainsi en usa-t-on dans les autres provinces, avec ce te mpérament,

! Dupuy, p. 51, 52 et 170. Hist, de l’egl. gall., 1, 36, — 2? Wilcke, t. 1. p.

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que, les informations faites, le jugement serait réservé aux conciles provinciaux ; mais les Templiers aragonais prirent les armes et se défendirent dans leurs forteresses. Le roi Jacques II les vainquit et les mit aux fers. Pour la Castille, où régnait Ferdinand IV, Gonzalve, archevêque de Tolède, ayant cité le grand-prieur, Rodrigue Ibagnès, et tous les chevaliers, le roi les fit tous prendre. Le concile qui s'assembla à Salamanque était composé de dix évêques. On informa sur les accusés suppliants, et le concile prononça unanimement en leur faveur, etles déclara innocents, renvoyant toutefois au Pape la décision suprême .

A Brindes, dans le royaume de Naples, l'archevêque entendit deux Templiers, qui confessèrent le reniement : c'était en juin 1310. En Sicile, au mois d'avril de la même année, six Templiers furent entendus, qui confessèrent plusieurs articles. Trente-deux Templiers à Messine ne confessèrent rien. En Chypre, l'information se fit en mai et juin 1310 contre cent-dix témoins ; la plupart reconnurent l'ordre pour innocent ?.

Rainald, archevêque de Ravenne, comme commissaire du Pape, avait à informer contre l'ordre en Lombardie, dans les Marches, en Toscane et en Dalmatie ; les actes sont à Ravenne. Les Dominicains voulaient qu’on employât la torture ; la majorité des évêques assemblés fut ‘contre. Devant le concile provincial de Ravenne, 1310, les chevaliers soutinrent leur innocence et furent acquittés. Le concile prononça tout d'une voix cette sentence : On doit absoudre les innocents et punir les coupables suivant la loi. Ceux-là seront encore censés innocents qui auront tout avoué contre eux, par la crainte des tourments, en révoquant ensuite cette fausse. confession ; où même, s'ils n’osent la révoquer par la même crainte, pourvu que crainte et le reste soient bien et dûment constatés. Quant à l’ordre en général et à ses biens, on les conservera en faveur des innocents, s'ils font le plus grand nombre, à condition que les coupables soient punis dans l’ordre rème suivant leur mérite 5.

A Florence, l'information se fit dans Véglise Saint-Gilles avec dix témoins. Le crachement et le reniement furent avoués : pour COmmettre ces crimes, on avait établi un chapitre exprès au mois de mai ; un autre pensait que c'était principalement le Vendredi-Sait qu'on outrageait la croix ; on fit mention de l'idole, et de Pinjuste acquisition des biens dans l’ordre. Au concile provincial de Pise, en 1308, où siégeait l'archevêque de Pise avec l’évêque de Florence € d’autres délégués apostoliques, les Templiers confessèrent la culpa:

1 Labbe. Mani, — ? Wilcke, t. 1, p. 840, — 8 Labbe. Dupuy, p. 53, etc.

| fLiv. LXXVIL. — De 1300

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bilité de l'ordre. A Césène et dansila Marche d’Ancône, il n’y eut aucune charge contre les chevaliers 1,

Dans les états de l'Église, les informations commencèrent en décembre 1308, à Viterbe, sous l’évêque de Sutri, et finirent en juillet 1310. Cettus Ragonis avait été reçu à Rome d’une manière irréprochable : quelques années après, un commandeur le requit d’adoreune idole en ces termes : Recommande-toi à cette tête d'idole, et demande-lui ton bien. André Armani avait marché sur la croix et adoré une image. Guillaume de Verdun, prêtre de l’ordre, fut contraint de renier Jésus-Christ ; il avait entendu que le Vendredi-Saint était désigné pour profaner la croix, et qu’un statut défendait aux prêtres de prononcer les paroles de la consécration. Le servant Gérard de Plaisance dit : De mon temps, Jacques de Montaigu a été pro vincial en Lombardie, Toscane, États de l'Église, Spolète, Campanie et Sardaigne. Gérard dut renier le Christ; la sodomie, lui dit-on, n’est point un péché. Il a vu une idole de bois d’une aune de hauteur, et il l’a adorée, parce qu’elle pouvait rendre riche. Le servant Pierre Valentini confessa qu’il y avait dés idoles à Rome. Le servant Bevole en a adoré une de force 2,

En Allemagne, l'archevêque Pierre de Mayence tenait son concile provincial le 41me de mai 1310. Un des trois jours que le concile dura, comme on traita de l'affaire des Templiers, un de leurs chefs, comte du Rhin, nommé Hugues, entra brusquement à la tête de vingt chevaliers bien armés. L'archevêque, craignant les suites, pria poliment le commandeur de s'asseoir et de s'expliquer, Celui-ci le fit d'un air cavalier et à haute voix. « Moi et mes confrères, dit-il, avons su que ce synode était principalement assemblé par commission du Pape, pour abolir notre ordre que l’on charge de certains forfaits énormes et plus que païens, lesquels on nous spécifiera en particulier. Cela nous serait intolérable, surtout si l’on nous condamnait sans être ouïs et convaincus suivant l'usage. C’est pourquoi je déclare, en présence des Pères du concile, que j'appelle au futur souverain Pontife et à tout son clergé. Je proteste aussi publiquement que ceux qui, pour ces crimes, ont été brûlés ailleurs, les ont niés

constamment jusqu'au dernier soupir, en périssant dans ce désaveu au milieu des tourments. Leur innocence même a été justitiée par un miracle singulier du souverain juge. C’est que leurs habits blancs et leurs croix n'ont point souffert l'atteinte des flammes. » L’archevêque, pour prévenir l'éclat et la violence, reçut la proteslation, et répondit qu'il agirait auprès du saint Père pour les mettre

1 Wilcke, t, 1, p. 338 et 339, — ? P, 339 et 340.

HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 1300

en repos. Illes congédia, et obtint du Saint-Siége une autre commission, suivant laquelle il procéda, et jugea pouvoir absoudre les Templiers de Mayence. On dit que, quand Hugues cita le prétendu miracle des habits des Templiers qui ne brûlèrent pas comme eux, quelqu'un reprit : C'est que les robes étaient saintes et les hommes pervers 1,

Le concile général de Vienne avait été convoqué pour la Toussaint de l’an 1310, Comme l'affaire des Templiers n'eût pas encore été prête pour cette époque, le pape Clément V prorogea le concile au 4er d'octobre 1341. Il se tint, en effet, au jour marqué. Il s’y trouva, dit un des continuateurs de Nangis, cent quatorze prélats mitrés, sans compter les députés. Le nombre des évêques, selon Jean Villani, monta à plus de trois cents. On y vit deux patriarches, celui d'Antioche et celui d'Alexandrie.

Dans la première session, tenue le 16 d'octobre, le Pape ouvrit le concile, prêcha et prit pour texte ce passage : Les œuvres du Seigneur sont grandes dans l'assemblée des justes. Il proposa les trois objets principaux du concile, savoir : l'affaire des Templiers, le secours de la Terre-Sainte, la réformation des mœurs et de la discipline. Tout l’hiverise passa en diverses conférences sur les trois motifs que le Pape avait proposés, spécialement sur le premier. On attendait l'arrivée du roi Philippe, qui avait été l’auteur de la découverte, et qui passait pour le principal zélateur de l'affaire des Templiers. En l’attendant, le Pape, au commencement de décembre, assembla les cardinaux et les prélats, à qui on lut les actes faits contre les chevaliers du Temple. Neuf Templiers se présentèrent pour défendre leur ordre, assurant que dans le voisinage de Lyon, il y avait jusqu'à quinze cents et deux mille de leurs confrères, qui adhéraient à cette défense ?, Chacun des prélats étant requis en particulier par le Pape de dire leur avis, ils convinrent qu’il devait écouter les accusés dans leurs défenses. Ce fut l'avis de tous les évêques d'Italie, exoepté d'un seul, et de tous ceux d'Espagne, d'Allemagne, de Danemark, d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande. Ceux de France en jugèrent de même, hormis les trois archevêques de Reims, de Sens et de Rouen.

ll yeut d’autres conférences sur cela, et nous apprenons des auteurs contemporains, qu’il s’en tint durant plusieurs mois. Enfin, le mercredi 22 de mars de l’année suivante 1319, le pape Clément V, ayant appelé en conseil secret les cardinaux avec plusieurs prélats, cassa par provision, plutôt que par voie de condamnation, l'urdre des Templiers, réservant leurs personnes et leurs biens à sa disposition et à celle de l'Église ?.

1 Labbe. — ? Raynouard. Monuments histor. relatifs aux Templiers, p. 117.— 3 Raynald, 1312.

(Liv. LXXVUL. — De 1300

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fs aux Templiers, p. 117.—

à 1311 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE C2 THOLIQUE. 535

La seconde session se tint le 3ve jour d'avril, Le roi dé France étant arrivé avec le comte de Valois , son frère, et les trois fils de France, Louis, roi de Navarre, Philippe et Charles, il entra au concile et prit place à la droite du Pape sur un trône un peu plus bas. Clément V ayant pris pour texte ces paroles : Les impies ne se relèveront point dans le jugement, ni les pécheurs dans l'assemblée des justes, s'adressa par manière de sermon aux Templiers, en citant cet ordre militaire. Ensuite il publia contre jui la sentence provisionnelle en ces termes :

Clément, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu , pour la certitude de ceux qui sont présents et pour la mémoire de ceux qui sont à venir : considérant depuis longtemps les diverses informations et procédures faites par mandement du Siége apostolique dans toutes les parties de la chrétienté, contre le ci-devant ordre de la milice du Temple et contre ses membres en particulier, soit sur les hérésies touchant lesquelles ils étaient grièvement diffamés, et spécialement sur ce que les frères, quand ils étaient reçus dans l’ordre et quelquelois après leur réception, passaient pour renier le Christ, et, en son mépris, cracher sur une croix, et quelquefois la fouler aux pieds ; considérant que le maître général du même ordre, le visiteur de France, les principaux commandeurs et beaucoup de frères confessèrent en jugement l’article desdites hérésies, et que ces confessions rendaient l'ordre grandement suspéct ; considérant de plus l’infamie publique, la véhémente suspicion et les instances pressantes des prélais, ducs, comtes, barons et communes de France, le scandale soulevé par tout cela contre cet ordre, scandale qui semblait ne pouvoir être apaisé tant que ledit ordre subsisterait ; considérant beaucoup d’autres raisons et causes justes, qui ont déterminé notre esprit, et dont il est parlé dans les procédures, avec griève amertume et afliction de cœur, non par manière de sentence définitive, que nous ne pourrions donner de droit suivant les informations et procédures, mais par voie de provision et d'ordonnance apostolique, nous avons aboli, supprimé, cassé le ci-devant ordre du Temple, son état, son habit et son nom, le soumettant à une prohibitition perpétuelle, avec l'approbation du saint concile, et réservant les personnes et les biens dudit ordre à la disposition du Siége apostolique. Donné à Vienne, le deux des nones de mai, l’an sept de notre ponti; ficat.

Enfin le Pape fit lire la constitution qu'il avait faite contre ceux qui retiendraient ou prendraient de nouveau l’habit, ou qui en choisiraient un autre pour faire profession de cet ordre ; le tout sous peine d’excommunication, qui serait encourue par les recevants

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et les reçus. La bulle ne fut promulguée dans les formes que le 6me jour de mai {,

L'historien protestant des Templiers fait à ce sujet les observations suivantes : « L'ordre était donc aboli par l'Église universelle. Les défenseurs de l’ordre regardent cette décision comme très-injuste et arbitraire ; mais en y regardant de plus près, on voit s’évanouir l’injustice envers l’ordre. Lorsque Clément dit que la sentence définitive ne pouvait pas être donnée de droit d’après les actes, cela montre qu'il n’avait procédé ni voulu procéder injustement : un juge injuste ne confesse pas si hautement son injustice. Clément donne à entendre qu'il ne résultait pas des actes d'informations que tout l’ordre fut corrompu, beaucoup de membres ne sachant rien des mystères, n’étant que membres et non pas chefs, mais que tout l’ordre pouvait se corrompre, et que lui, Pape y voulait obvier et l'abolir 2... Pour prévenir le scandale du peuple chrétien, la culpabilité de l’ordre fut donc couverte d’un voile, et son abolition remise à la sagesse du Pape. Qui jamais eût douté de la culpabilité de l’ordre, qui surtout l’eût jamais combattu, si Clément eût exposé au monde les actes du procès, et porté, un jugement conforme dans sa bulle d’abolition ; mais comme les historiens subséquents n’entendirent parler de ces hérésies que comme d’un bruit, leur jugement demeura incertain 3... Que si l’on découvre de l'arbitraire dans la conduite de Philippe envers l’ordre, il n’en est pas de même de Clément, non plus que des informations en général depuis que le Pape en eut pris la direction. Si Philippe et Clément avaient voulu se mettre au-dessus des formes, ils auraient arrêté les membres, aboli l’ordre, sans informer de sa culpabilité. Mais quatre années entières sont employées à des informations, qui, eu égard à l’époque, notamment sous la direction du Pape, doivent être appelées extrêmement douces. Pour prévenir toutes les accusations d’arbitraire, Clément convoque un concile général pour y abolir l’ordre ; la marche de l'affaire fut donc, non pas arbitraire, mais conforme à la justice, à la loi et à l’usage de l'Eglise d'alors #. » Ainsi parle cet auteur protestant.

Ce jugement et ces paroles sont d'autant plns remarquables, que l’auteur se montre. encore plein de préventions surannées contre l’Église romaine, et qu'il est loin de blâmer la doctrine secrète des Templiers ; car il dit que, vu du bon côté, c'était le protestantisme en général et le rationalisme en particulier, et que le Templerisme ne succomba que parce qu'il était venu trop tôt 5. Ailleurs ildit que,

* Raÿnald, 1312, n. 3. Nang. Continuat, Rymer, t, 2, pars 1, p. b.—® Wiicke, 12 p.97. — 5 P, 38, — # Wilcke, t. 2, p. 39. — 5 T, 3, p. 356.

[Liv. LXXVIL. — De 1300 ns les formes que le

sujet les observations iglise universelle. Les comme très-injuste et )n voit s’évanouir l’inà la sentence définitive les actes, cela montre ment : un juge injuste nent donne à entendre s que tout l’ordre fut ien des mystères, n'étout l’ordre pouvait se , l’abolir 2... Pour prépabilité de l’ordre fut e à la sagesse du Pape.

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us remarquables, que surannées contre l’Édoctrine : secrète des était le protestantisme t que le Templerisme t 5, Ailleurs ildit que,

pars i, p. b.—? Wiiche, 3, p. 306.

considéré historiquement, c’était un gnosticisme mahométan !. Ce qui donne une idée assez curieuse du protestantisme.

Le même auteur, examinant les prétentions de quelques sectaires qui, vers le milieu du dix-huitième siècle, se donnèrent pour les successeurs occultes des anciens Templiers, est amené à conclure que les soi-disant Templiers modernes n'ont guère de commun avec les anciens que le nom et quelque chose du costume ; qu'au lieu de remonter à Jacques Molai, ils ne sont qu’une excroissance de la moderne francmaçonnerie : que leur charte de transmission est une pièce moderne, fabriquée avec assez peu d’adresse pour oublier deux ou trois noms dans la liste des premiers grands maîtres, en transporter plusieurs à des années qui ne sont pas les leurs, et même d'un seul en faire deux ; que leur culte, singé du catholicisme, n’est que des jeux d'enfants et une auguste fadaise ; que leur crédo réel est zéro, leur doctrine officielle le panthéisme, la négation de la trinité des personnes en Dieu, de la divinité du Christ, et ce qui s’ensuit ; que leur recueil de dogmes et de rites, qu’ils nomment léviticon et qu’ils attribuent aux anciens Templiers, est une imposture calquée sur les idées de Spinosa et de Locke ; que leur évangile de saint Jean, venu ‘a mont Athos et souscrit en grec des cinq premiers grands maîtres du Temple, n’est que l’évangile connu de cet apôtre, mais mutilé, tronqué, interpolé, falsifié par un faussaire moderne, de manière à y insinuer le panthéisme du Juif Spinosa, supprimant tout ce qui établit la distinction des personnes divines, la divinité du Christ, ses miracles, la primauté de saint Pierre, pour la transporter à saint Jean par .une interpolation frauduleuse : imposture fondée sur une erreur grossière. Les anciens Templiers avaient entre autres pour principal patron saint Jean-Baptiste ; les Templiers modernes, croyant que c'était saint Jean l'Évangéliste, ont attribué à leurs devanciers l’évangile falsifié de l'apôtre 2.

Tout cela nous montre quelle idée ont des anciens Templiers leurs défenseurs et leurs imitateurs modernes , l’idée de moines apostats et hypocrites, qui renient, blasphèment et trahissent !e Christ en feignant de le servir, qui conspuent la croix en feignant de combattre pour elle ; tout cela nous montre quelle idée les Templiers modernes ont d'eux-mêmes, puisqu'ils se glorifient d’être les héritiers et

à 1311 de l'ère chr.]

les imitateurs d'hommes pareils ; tout cela nous montre ce mystère

d'iniquité, qui opère et s'opère dans le monde : mystère d’iniquité , guerre contre l'Éternel et son Christ ; guerre incessante dont le chef

L est Satan, le prince de ce monde, le dieu de ce siècle : c'est d'abord,

LT, 1, D: 979, mes 8 Wilcke, t. 3, p. 399-166.

538 HISTOIRE UNIVERSELLE . {Liv. LXXVIL. — De 1300

de la part des empereurs et des sophistes idolâtres, la guerre contre l'Éternel en faveur des idoles ; c’est ensuite, de la part des gnostiques, des ariens, des manichéens, des mahométans, des protestants, des incrédules, la guerre contre le Christ et sa divinité, en faveur de l’antechrist, cet ange de ténèbres qui se transforme en ange de lumière. Voilà l'infernal secret de cette lutte, de cette guerre, qui sans cesse remue et agite le monde et l'Église, et parmi laquelle les enfants de Dieu, les fidèles catholiques, leurs pasteurs surtout ne doivent jamais s'endormir.

Mais revenons au concile de Vienne. Il y fut souvent question des biens des Templiers et de l’usage qu’il conviendrait d’en faire. Les avis se trouvèrent partagés. Quelques-uns voulaient qu’on créât un nouvel ordre. Le pape Clément V eut une autre pensée qui fut approuvée universellement. Il considéra que les biens des Templiers leur ayant été donnés pour le secours de la Terre-Sainte, il était juste de suivre cette destination etde les transporter, pour le même usage, aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, depuis chevaliers de Rhodes etenfin de Malte. Les circonstances étaient favorables ; on ne parlait, dans tout le monde chrétien, qu'avec admiration des Hospitaliers, qui venaient de consommer une des plus glorieuses entreprises qu’on fit jamais contre les Tures, sur qui ils avaient fait la conquête de l’île de Rhodes, commencée l’an 1308 et terminée le jour de l’Assomption, 15me d’août l’an 4310 f. Le roi Philippe consentit à ce transport, comme il paraît par sa lettre au Pape du 24me d’août 4312. Il y dit que les biens dont il s’agit pour la France, étant sous sa garde, le droit de patronage lui appartenant, et le Pape avec le concile lui ayant demandé son consentement pour cette destination, il les donne volontiers, déduction faite des sommes employées à la garde et à l'administration de ces biens. Enfin les chevaliers de l'Hôpital en furent mis en possession la même année 1312, par arrêt du parlement, après la bulle de translation, datée du second de mai ?.

L'emploi de ces biens ne fut pas le même partout. Le Pape et le concile exceptèrent les biens situés dans les royaumes d'Espagne, Castille, Portugal, Aragon, Majorque ; et parce que les Templiers s’y trouvaient obligés de défendre l'État contre les entreprises des Sarrasins et des Maures de Grenade, ainsi qu’on l’exposa, ces biens y furent appliqués à la même défense. Dans la suite, les possessions des Templiers en Aragon et à Majorque furent mises en la main des Hospitaliers, comme ailleurs, à quelques exceptions près.

1 Baluz, t. 1, p. 76, — 2 Dupuy, p. 178.

[Liv. LXXVIL — De 1300

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partout. Le Pape et le royaumes d'Espagne, rce que les Templiers re les entreprises des on l’exposa, ces biens à suite, les possessions t mises en la main des ptions près.

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L’exception que fit le concile fut faite à la sollicitation des souverains d'Espagne, qui alléguaient, pour être saisis des biens, la nécessité indispensable de se défendre contre les Maures, serpents dangereux qui vivaient dans le sein de la domination espagnole pour la déchirer et se conserver leur ancienne conquête. Jacques II, roi d’A- 'agon, eut pour sa part dix-sept places fortes des Templiers. Il les demandait pour l'établissement de l'ordre de Calatrava, qui se forma depuis. Ferdinand IV, roi de Castille, ne s'étant pas présenté au jour que le Pape avait marqué, pour décider sur ce. qui le concernait quant à l'emploi de ces biens, le Pape unit ceux qui se trouvaient en Castille aux chevaliers de l'Hôpital. Mais Ferdinand ne tint aucun compte de cette union. Par voie de fait, il mit en sa main les biens et les nombreuses places des Templiers de son royaume. Le roi de Portugal, Denys, par le conseil du Pape, fonda de ces biens abendonnés l'ordre des chevaliers du Christ, dont le principal emploi était alors de combattre contre les Maures. En Angleterre comne en France, et dans tous les autres pays chrétiens, ces biens furent remis fidèlement aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devenus chevaliers de Rhodes.

Pour les personnes des Templiers, le concile général régla qu'à l'exception de quelques-uns, dont le Pape se réserva nommément la destinée, tous les autres, qui restaient en très-grand nombre, seraient renvoyés au jugement du concile de leurs province, lequel procéderait en cette manière. Ceux qu’on trouvera innocents ou avoir mérité l’absolution, seront entretenus honnêtement, suivant leur condition, sur les revenus de l’ordre. Ceux qui auront confessé leurs erreurs, seront traités avec indulgence. Pour les impénitents et les relaps, on les traitera à la rigueur. Ceux qui, après là question même, ont persisté à nier qu’ils fussent coupables, seront mis à part et logés séparément, ou dans les maisons de l'ordre, ou dans des monastères, aux dépens de l’ordre. Voilà pour ceux qui avaient déjà été examinés par les évêques et les inquisiteurs, ou qui étaient en état de l'être par leur détention. Quant aux autres qui étaient en fuite ou cachés, on les cita par un acte public du concile pour se sister, dans le terme d'une année, devant leurs évêques, afin d’être jugés par les conciles provinciaux, sous peine, s'ils différaient à comparaître, d’être d’abord excommuniés ; puis, au-delà du terme prescrit, d’être regardés et traités comme hérétiques.

En définitive, la plupart des Templiers furent rendus à la liberté. Un grand nombre entrèrent dans l'ordre de Saint-Jean, et avec les mêmes dignités qu'ils avaient dans celui du Temple : ainsi Albert de Blacas, prieur d’Aix, cun serva, sa vie durant, la commanderie de Saint-

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Maurice, comme prieur des Hospitaliers ; Frédéric, grand-prieur de la Basse-Allemegne, entra comme iel dans l’ordre de Saint-Jean 1. En Poitug!, les Templiers formèrent le nouvel ordre du Christ, qui a subsisté jusqu'à nos jours, et auquel Napoléon fut agrégé l'an 1805 ?.

Avant le concile de Vienne, le pape Clément s'était réservé l'examen et le jugement du grand-maître Jacques de Molai, du visiteur de France et des commandeurs de Guienne et de Normandie. Nous avons vu qu’il en chargea d’abord trois cardinaux, qui firent leur rapport à sa Sainteté après le voyage de Chinon, et qu'ensuite ces commandeurs furent encore interrogés par les commissaires du Pape, à Paris. Enfin le Pape, après le concile, nomma d’autres commissaires, auxquels il abandonna le jugement des quatre chevaliersen son nom. Ces derniers conunissaires furent Arnaud d’Aux, évêque d’AIbane, deux autres cardinaux-légats, l'archevêque de Sens et quelques évêques, avec des docteurs qu’on avait fait venir exprès de Paris. Ils tinrent conseil ente eux sur la sentence qu'ils devaient prononcer touchant les quatre chevaliers du premier rang. Ceux-ci, sans exceptiôn, avaient confessé ouvertement et publiquement les crimes dont on les chargeait, et cela en présence des nouveaux commissaires ; de sorte qu’ils leur parurent déterminés à persister dans le parti qu'ils avaient pris. Les commissaires-juges ayant donc dirigé mûrement leur sentence, firent dresser une estrade au parvis de Notre-Dame, le lundi après la fête de Saint-Grégoire, 18me de mars 4314, et les condamnèrent tous quatre à une prison perpétuelle. La sentence prononcée, les juges croyaient tout fini, lorsque, contre toute apparence, deux de ces quatre, savoir le grand-maître et le frère du Dauphin d'Auvergne, réclamèrent sur l’estrade contre un des cardinaux qui prêchait actuellement, et contre l’archevêque de Sens. Ils rétractèrent à haute voix leur confession, et soutinrent avec opiniâtreté, devant le peuple, qu'ils n'étaient point coupables, au grand étonnement des assistants. Les cardinaux prirent le parti de les remettre entre les mains du prévôt de Paris, qui était présent, afin qu'il les représentât le lendemain et qu’on eût le temps de délibérer sur cet incident singulier ?.

Cependant, dès que le roi Philippe le Bel, qui se trouvait dans son palais, eut appris cette nouvelle, il prit l'avis de son conseil, sans ÿ appeler d’ecclésiastiques ; et, sur le soir du même jour, iLfit conduire les deux criminels dans une petite île de la Seine, qui était entre le

1 Wilcke, t. 2, p. 54. —% Voyezle Moniteur, 2 prairial an 13. — ? Nangis Continuat, Apud d’'Acheri, t. 8, in-fol., p. 67. Dupuy, p. 66 et seqq.

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jardin du roi et les ermites de Saint-Augustin. Ils y furent livrés aux flammes, et soutinrent la rigueur de ce supplice, en persistant jusqu’à la fin dans le désaveu de leur confession, avec une constance et une fermeté qui causèrent beaucoup de surprise à tous ceux qui en furent témoins !. Le grand maître surtout parut supérieur à tous les tourments. Sollicité par ses amis de se conserver la vie, en répétant les aveux qu’il avait faits dans sa prison, il eut le courage, si nous en croyons l'historien Paul-Émile, de répondre en ces termes : « Prêt à finir mon sort, et au moment où l’on ne peut mentir sans un crime affreux, je confesse de tout mon cœur la vérité, savoir, que j'ai commis un forfait abominable contre moi et contre mes frères, et j'ai mérité le dernier supplice avec les plus horribles tourments, pour avoir, par le désir d’une vie heureuse et en faveur de personnes qui ne méritaient pas cette lâthe complaisance, forgé et soutenu, jusqu’à la torture, des calomnies exécrables contre mon ordre, qui a rendu tant de services à la religion chrétienne. Je n'ai plus besoin d’une vie qu'il me faudrait acheter par un nouveau mensonge plus détestable que le premier. » Jacques de Molai et son compagnon, le frère du Dauphin d'Auvergne, moururent dans ces sentiments ; pour les deux autres qui avaient avoué, on les laissa encore quelque temps en prison, puis on les renvoya, selon la promesse qu'on leur avait faite 2, Outre l'affaire des Templiers, le concile de Vienne termina encore celle des poursuites contre la mémoire de Boniface VIIT ; poursuites poussées avec vigueur durant plusieurs années, et dont le roi s'était désisté au commencement de l’an 1311. Comme le concile n'avait été résolu d’abord que pour cela, le Pape, malgré le désistement du roi, ne laissa pas de mettre encore cette affaire en délibération dans l'assemblée des prélats, en présence du roi même. Trois savants cardinaux, savoir, Richard de Sienne, Jear de Namur et Gentil de Montefiore, se chargèrent de justifier la mémoire de Boniface du crime d'hérésie, par des preuves tirées de la théologie, du droit civil et du droit canon. Les autres accusations furent réfutées par le cardinal Gaëtan 3. Le concile œcuménique déclara que Boniface VIII avait été Pape catholique et indubitable #, Deux Catalans qui se trouvèrent à cette assemblée, s’offrirent brusquement à prouver la même chose par un défi de duel. On n’alla pas plus loin. Mais comme de la déclaration du concile il s’ensuivait que la conduite des Colonne et de Philippe le Bel envers Boniface VIII avait été criminelle et schisma-

* Dupuy, p. 66 et seqq. — 2? Pau Æmil. in Philipp. puichr. Hist. de l’égl. gall., 1.36. — 8 Petrini. Memor. Prenest. — * Sanct. Antonin. et Villan. Apud Raynald., 1312, n. 15 et 16.

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