‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 101 sur 121 · LD. E À · texte numérisé non relu

LD. E À

tépens l'apprentissage de la tyrannie. Les grands princes (grands

ducs de Moscou), forcés de pressurer leurs peuples au profit des XXV. 39

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610 HISTOIRE UNIVERSELLE |Liv, LXXXVIL — De 1605

Tartares, traînés souvent eux-rnêmes en esclavage jusqu’au fond de l'Asie, mandés à la horde pour un caprice, ne régnant qu'à condition qu'ils serviraient d'instruments dociles à l'oppression, détrônés aussitôt qu'ils cessaient d'obéir, instruits au despotisme par la servitude, ont familiarisé leurs peuples avec les violences de la conquête qu'ils subissaient personnellement : voilà comme, par la suite des temps, les princes et les nations se sont mutuellement pervertis. Or, notez la différence, ceci se passait en Russie à l'époque où les rois de l'Occident et leurs grands vassaux luttaient de générosité pour affranchir les populations.

« Les Polonais se trouvent aujourd'hui vis-à-vis des Russes absolument dans la position où étaient ceux-ci vis-à-vis des Mongols sous les successeurs de Batou. Le joug qu’on a porté n'engage pas toujours à rendre moins pesant celui qu'on impose. Les princes et les peuples se vengent quelquefois comme de simples particuliers sur des innocents ; ils se croient forts, parce qu'ils font des victimes.

Le prince russe ajouta cet avertissement au gentilhomme français : « Je veux fixer votre attention sur un point capital : je vais vous | donner une clef qui vous servira pour toutexpliquer dans le pays où vous entrez. Pensez, à chaque pas que vous ferez chez ce peuple asiatique, que l'influence chevaleresque et catholique a manqué aux Russes : non-seulement ils nel’ont pas reçue, mais ils ont réagi contre elle avec animosité pendant leurs longues guerres contre la Lithuanie, la Pologne et contre l'ordre Teutonique et l'ordre des chevaliers à porte-glaive. —Vous me rendez fier de ma perspicacité, interrompit le gentilhomme voyageur. J'écrivais dernièrement à un de mes amis que, d’après ce que j'entrevoyais, l'intolérance religieuse était le ressort secret de la politique russe. — Vous avez parfaitement deviné ce que vous allez voir, répliqua le prince. Vous ne sauriez vous faire une juste idée de la profonde intolérance des Russes : ceux qui ont l'esprit cultivé, et qui communiquent par les affaires avec l'occident de l'Europe, mettent le plus grand art à cacher leur pensée domi nante, qui est le triomphe de l'orthodoæie grecque, synonyme pour eux de la politique russe. Sans cette pensée, rien ne s'explique ni dans nos mœurs ni dans notre politique. Vous ne croyez pas, pr exemple, que la persécution de la Pologne soit l'effet du ressenti ment personnel de l’empereur : elle est le résultat d’un caleul froil et profond. Ces actes de cruauté sont méritoires aux yeux des vrai

croyants; c'est le Saint-Esprit qui éclaire le souverain au point d’élever son #".e au-dessus de tout sentimenthumain, et Dieu bénit l'exécuteur de ses hauts desseins : d'après cette manière de voir, jugesel bourreaux sont d'autant plus saints qu'ils sont plus barbares, Vos)

Liv, LXXXVIL — De 1605

wvage jusqu’au fond de régnant qu’à condition ession, détrônés aussitisme par la servitude, 5 de la conquête qu'ils par la suite des temps, nt pervertis. Or, notez que où les rois de l'Océnérosité pour affran- !

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à 1660 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE 5 611

journaux légitimistes n

s ne savent ce qu'il l i dr ne sa € qu'ils veulent quand st és chez les schismatiques. Nous verrons La rév re ü sh I nes avant de voir l'empereur de Russie servir hou s parti catholique : les protes

& uroe bonne foi u lants seront réuni > ment , , k unis au Pa :

ne he de l'autocratie russe ; Car les Pari or e changée on < an dégénérer en systèmes, et leur foi vel à Mr 8m rare philosophique, n’ont plus que leur orgueil de e J ome; tandis que l' é spiritu ré : due l'empereur possède t Lite fe ni sé de très-positif, dont il ne se démettre A er ; se et lout ce qui se rattache à l'Égli x ; u11S ’ plus dangereux ennemi que l'autocrate de 81186 rOMaine n’a pas de

#00 dliass tt Moscou, chef visible 8'Ise; et je m'étonne que la perspicacité italienne n'ait pas =

core découvert le danger qui nous menac | le e e de c s 1, D’ tr Jugez de l'illusion dont fred bit ie Amisles de Paris 2111» Tan 2e La et l'ensemble de l'histoire justifient en tout ent au prince russe sur la Russie. De la fin du onziè mière : croisade à la Terre-Sainte “+ zième, dernière croisade en Espog k direction de son Père ou Pape,

point ce juge- Dela me siècle, pre- Jusqu au commencement du seine, la chrétienté catholique, sous

. I $ ô é ; Il

dedans contre toutes les 8 erreurs étles passions. L inci P ns. Les principa es Lara la défense au dehors, c'est en pipe à ne et L &ypte; au midi l'Espagne et le Portugal ; au N a een a Livonie, la Pologne et Ja Hongrie. En Orient est la e “h : Ï “ là paraissent Godefroi de Lorraine, Tancrède PHipn d ! . 6, Richard Cœur-de-lion, Saladin, Baudouin de Flandr ‘ ; de A ra prix du combat est moins la conquête de laterre pi ‘Conquête du ciel. De là, dans les chevaliers chréti * sincère envers Dieu cette valeur i pan ne di re > valeur indomptable dans 1 i Pt et 15 P ans les batailles, cette gloire, cette charité pour les pauvres ( | e et les . ee dans l'infortune, qui font d'eux des êtres Se l Lhistoire et même pour la poésie ; car les hé | ; ; héros fabul 4 nère ne sont que de grossière sr Mes uè s ombres en comparai Vie Paraison de cette réa- , » Chez Saladin et ses compagnons d’: iti touvelle d’être armés chevaliers ne | ar les champions d j l, chez d'autres infidèl id’ ne de ,Che es, ce cri d’admiration à 1 i i | “anen a vue de saint Lou ans les fers : Maïs c'est Le plus fier des Chrétiens! et cette ientättän

\ Le prince K était C Î P P Re k T el indé endance d’es rite de # piété en Russie penche vers l'Eglise romaine, "4 La Russie en 1839, par le marquis de Custine, 3e édition Paris 1846 t i U , ="

DUC Cinquième,

612 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXX VIT. — De 1 605

d'en faire leur sultan. De 1à, dans tout le monde civilisé, cette belle renommée du aom de France, pour dire sincère, loyal, qui dit ce qu'il pense: Franc, qui, jusqu'au fond de l'Asie, est synonyme d'Européen, de catholique ; religion des Francs, religion d'Europe, y est la religion catholique romaine. Cette bonne renommé adoucit jusqu'aux Tartares et Mongols ; il s'établit des relations d'amitié entre leurs chefs et le Pape; le treizième siècle voit un archevêque catholique à Péking, capitale de la Chine, prêchant librement le culte du vrai Dieu. Outre cette glorieuse canonisation de leur nom par toute la terre, Dieu donne aux Francs, comme en passant, les principautés d’Antioche et d'Édesse, les royaumes de Jérusalem, d’Arménie et de Chypre, l'empire de Constantinople, et enfin de nos jours toute la Barbarie africaine à civiliser. Quant à l'Espagne et au

Portugal, pour prix de leur croisade de huit siècles, ils auront deux }

mondes à christianiser, les Indes occidentales ou l'Amérique, et les Indes orientales. Au milieu de ces expéditions séculaires en Orient, on ne voit pas un chevalier grec ; ces deux mots ne vont pas même ensemble. Si l’on voit des Grecs parmi les soldats de la eroix, c'est pour les trahir. Dieu les avertit par la domination passagère des Francs, avant de les punir sans retour par la dominatic à des Turcs: il leur met devant les yeux, au concile de Florence, tous les éclaircissements désirables, pour se réunir sincèrement à l'Église mère ;

il leur montre la primauté de saint Pierre consignée dans l'Evangile | et reconnue de tous les siècles chrétiens ; il leur fait voir que, sur la | procession du Saint-Esprit, les Francs on les Latins ne font que pro- |

fesser la doctrine complète des principaux Pères grecs, notamment de saint Épiphane, qui dans un seul ouvrage répète jusqu’à dix fois que le Saint-Esprit est du Père et du Fils, et qu'il procède de Pun et de l’autre. Ce n’est que sur leur résistance opiniâtre et réitérée à la vérité connue qu'il détruit leur empire, et les livre en esclaves au cimeterre de Mahomet IT.

Il en est des Russes comme des Grec: du Bas-Empire. Dans ces saintes expéditions de trois et quatre siècles pour la défense de la société chrétienne, on ne voit pas un seul chevalier russe, Le mot che

valier ne va pas mieux au mot russe qu'au mot grec. Cependant sur |

les frontières de la Russie, il y avait des chevaliers teutoniques, des chevaliers du Christ, des chevaliers porte-glaive, pour protéger là prédication de l'Évangile contre les violences des païens du Nord. IL y avait des chevaliers polonais, des chevaliers hongrois, qui plus d'une fois repoussèrent les Tures, et les empêchèrent de faire d?

l'Allemagne et de l'Europe ce qu'ils ont fait ‘ onstantinople, de

V’Asie, de l'Égypte, de l'Afrique: une terre dont le nom propre est la

Liv, LXXX VII. — De 1 605

le civilisé, cette belle re, loyal, qui dit ce ’Asie, est synonyme s, religion d'Europe, ne renommé adoucit es relations d'amitié e voit un archevêque ant librement le culte on de leur nom par “en passant, les prin-

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à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 613

Barbarie. Et que faisaient donc les princes russes pendant tout ce temps ? Au lieu d'aider les chevaliers de Pologne, de Hongrie et du Nord, ils leur faisaient la guerre, ou bien se la faisaient entre eux. Ayant partagé la Russie en une demi-douzaine de principautéset plus, sous la souveraineté nominale du grand duc de Kiow, ils s'y succédaient sans règle certaine, rarement le fils au père, plus souvent le frère au frère, le neveu à l'oncle, par ruse, par violence, par bon accord, par élection populaire. Habituellement les frères, les oncles, les neveux, ainsi parvenus au trône, se trahissaient, se guerroyaient, se renversaient, se tuaient. Telle est l'histoire assez monotone des Russes pendant deux et trois siècles. Une Aistoire philosophique et politique de Russie, imprimée à Paris l'an 1835, en cinq volumes in-8e, observe que la plupart de ces princes dépossédés mouraient subite ment, suivant l'usage : elle ne dit Pas que cet usage ait cessé ni même discontinué depuis. Il paraîtrait que ces princes russes ne se génaient pas plus avec leurs sujets et avec les étrangers qu'entre eux. L'un d'eux, nommé louri ou Georges, étant en voyage l’an 1157, trouva au confluent de la Moscowa et de la Néglinna un hameau dont le propriétaire ne lui rendit pas les honneurs voulus. Georges fit mettre à mort le propriétaire, et confisqua le hameau. Comme la situation était à son gré, il le fit entourer d'un mur en terre, et ce fut le commencement de Moscou, devenu en 1398 la capitale de la Russie !. La Sibérie fut conquise d'une manière approchante en 1586. Les Russes avaient fondé, au confluent du Tobol et de l'Irtich, une ville nommée Tobolk ; mais le pays était au pouvoir de trois princes mongols et mahométans. Dans une partie de chasse, ils arrivèrent assez près de la ville, Le gouverneur russe les invite poliment, et avec ls plus vives protestations d'amitié, à venir se reposer dans son pa- Ris. À peine arrivés, il leur offre un verre de vin : sur leur refus d'en boire en qualité de Mahométans, il les déclare convaincus de conspiration contre la Russie, massacre leurs gens, et les envoie eux-mêmes enchaînés à Moscou, où le czar veut bien leur laisser la vie avec quelques terres.

Cependant, de 1157 à 1584, la Providence avait donné aux Russes de terribles leçons, par les Mongols ou Tartares Gingu':kan, Batou, Tamerlan, Uzbeck. L'an 1223, un grand nombre de princes russes, étant ensemble, reçurent une ambassade des Tartares ; ces princes eurent l'imprudente atrocité de massacrer les ambassadeurs de Ginguiskan. D’autres envoyés arrivent, qui leur disent : Vous avez soif de notre sang, vous avez massacré nos ambassadeurs, vous qui ne

1 Lévesque, sur l'an 1151.

614 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL. — De 1605

nous connaissez pas, vous à qui nous n’avons fait aucun mal : mais Dieu sera juge entre nous ! — De là une guerre d’extermination de deux ou trois siècles, Les Russes commencent, ils ont d'abord quelques succès partiels ; mais enfin les Mongols, les ayant attirés dans nn piége, en massacrent une partie, et font prisonniers le reste. Pour célébrer leur repas triomphal, ils s’asseyent sur les princes russes étendus par terre et couverts de planches. Après quoi ils se mettent à ravager les villes et les provinces, et s’en retournent avec une multitude innombrable de captifs. Leur départ, bien loin de réunir les princes russes, ne fit qu’envenimer leurs divisions intestines, divisions qui n’avaient pas même discontinué en présence de l'ennemi, À la guerre civile vint se joindre l’intempérie des saisons, la famine, la mortalité, les tremblements de terre.

L'an 1237, les deux princes de Rézan reçoivent une ambassade, avec ordre de payer la dime de tout ce qu'ils possèdent, à commencer par les premiers membres de l’État, et à finir par les troupeaux. Le chef de cette ambassade était une femme ; mais derrière cette femme est une armée de six cent mille Tartares, commandée par Batou, petit-fils de Ginguiskan. Les princes de Rézan avertissent les autres princes russes ; tous répondent avec indignation qu’ils se défendront jusqu’au dernier : mais aucun ne va au secours des deux premiers, Les villes de Rézan et de Moscou sont prises, leurs habitants massacrés ou chargés de fer : d’autres villes sont mises à feu et à sang. À peine les Tartares s’étaient-ils retirés, que le prince de Novogorod, Jaroslaf IL, fait la guerre à un autre prince du voisinage.

L'an 1240, Mangou-Khan, lieutenant de Batou, se: présente devant Kiow, et l'invite àse rendre, parce qu’il n’avait point assez de troupes pour forcer la ile, et que d’ailleurs il pensait la conserver comme place de guerre. Michel, prince de Kiow, fait assassiner les députés de Mangou, puis s'enfuit en Hongrie. Bientôt son trône est occupé par un autre prince russe, qui est supplanté par un troisième, Celui-ci se retire prudemment de la ville, après y avoir mis pour commandant un nommé Démétrius. Batou, informé de l'assassinat des députés, vint lui-même faire le siége de Kiow. IL conduisait une armée formidable, et amenait avec lui ses plus habiles généraux. Ilne commença les opérations du siége qu'après avoir fait proposer aux habitants de se rendre à des conditions favorables. Sur leur refus, il forma le blocus et fit battre les murailles de tous les côtés à la fois. Les habitants, encouragés par Démétrius, se défendirent vaillamment. Toutefois, s'étant rendu maître de la ville, Batou leur permit d'y demeurer, et raita Démétrius plus comme son ami que comme son captif. Ce fut même d'après ses conseils qu’il porta ses armes en

(Liv. LXXXVII. — De 1605

fait aucun mal : mais e d’extermination de ils ont d’abord queles ayant attirés dans onniers le reste. Pour ir les princes russes »s quoi ils se mettent retournent avec une , bien loin de réunir isions intestines, dirésence de l'ennemi.

es saisons, la famine,

vent une ambassade, sèdent, à commencer ar les troupeaux. Le derrière cette femme imandée par Batou, avertissent les autres 1 qu'ils se défendront s des deux premiers, urs habitants massaes à feu et à sang. À rince de Novogorod, oisinage.

1, se présente devant oint assez de troupes la conserver comme ssassiner les députés son trône est occupé ar un troisième, Ceavoir mis pour comé de l’assassinat des v. Il conduisait une ibiles généraux. Ilne oir fait proposer aux es. Sur leur refus, il les côtés à la fois. Les idirent vaillamment.

u leur permit d'y deai que comme son | porta ses armes en

Hongrie et en Pologne, tandis que les princes russes faisaient la guerre aux Chrétiens de Lithuanie et des provinces voisines, Voilà comme la Russie protégea l’Europe chrétienne contre l'irruption des Tartares.

Batou, après avoir, à l'instigation des Russes, ravagé pendant trois ans la Hongrie et la Pologne, retourna dans le Kaptchak, son empire ou sa horde. L'immense empire fondé par Ginguiskan en forma quatre sous ses descendants. Le premier, ou la grande horde, dont les autres dépendirent quelque temps, domina sur la grande Tartarie et sur la Chine. Le second s’étendit sur tous les pays au nord de la mer Noire et dé la mer Caspienne, renferma dans ses limites la Russie presque entière, une partie de la Pologne, et porta le nom d'empire de Kaptchak. Le troisième comprit la Perse, l'Arménie, la Mésopotamie et une partie de l’Asie-Mineure. Enfin le quatrième,

| qui reçut le nom de son fondateur, Diagataï, l’un des fils de Gin-

guiskan, renferma le Transoxane, le Karisme, le Mongolistan et plusieuis pays à l’est et au sud des fleuves Oxus et Iaxartes. Or, Batou entendait que les princes souverains de Russie vinssent eux-mêmes à la horde lui rendre hommage en qualité de ses vassaux. Et les princes russes y allaient non-sculement de force, mais encore de leur plein gré, pour soumettre au Tartare leurs querelles de famille, frère contre frère, oncle contre neveu. Plus d’une fois Batou les obligea d'aller se présenter encore à la grande horde, au grand khan de la Chine. A la mort de Batou, son frère et successeur Bourgai envoya en Russie des officiers, chargés de faire le dénombrement des principautés, d'y prendre connaissance des fortunes, et d'y imposer un tribut. Dans chaque principauté était placé un officier tartare pour recueillir ces impôts, veiller aux intérêts du vainqueur, et tenir en respect les vaincus, dont il éclairait la conduite. Les princes de Russie, tibutaires du khan des Tartares, soumis aux ordres de ce maître inpérieux, obligés souvent à les aller recevoir eux-mêmes loin de kurs États, exposés à perdre la vie quand ils l'avaient offensé, n’osant même régner qu'avec son consentement, étaient cruellement humiliés. Le grand-duc conduisait le tribut à pied devant l'ambassadeur Tartare, se prosternait à ses pieds, lui présentait du lait à boire, et,

silen tombait sur le cou du cheval de l'ambassadeur, le princeétait obligé de le lécher. Cependant, toutes ces humiliations, qui durèrent

plus de deux siècles, ne purent réconcilier entre eux les princes

russes, qui pourtant étaient tous de la même famille. La Grèce

Paienne nous montre sur la scène tragique deux frères ennemis,

Éiéocle et Polynice, qui s’égorgent mutuellement pour s’arracher le

lône de leur père. La Russie chrétienne, mais d'un christianisme

616 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VII — De 1605

avorté, nous offre cette terrible tragédie pendant des siècles qui ne finissent pas.

Si la Russie commença de se relever à la fin du quinzième siècle et au commencement du seizième, ce ne fut point par l'union de ses princes, mais par la division des Tartares, division qui cependant n’alla jamais aussi loin que celle des princes russes. Toktamisch, souverain du Kaptchak, avait brûlé en 1382 la ville de Moscou, ainsi qu'un grand nombre d’autres. Aveuglé par la prospérité, il se brouilla avec Tamerlan, auquel il devait sa puissance. Par suite de cette division, l'empire du Kaptchak firit par être démembré, et de ses débris se formèrent les royaumes d’Astrakan, de Kasan et de Crimée. Comme en même temps le nombre des princes russes était beaucoup diminué, l’un d’eux, Jean ou Iwan IIT, parvenu au trône |} de Moscou l’an 1460, profita des circonstances pour s'élever au- | dessus des autres. Il subjugua la ville républicaine de Novogorod } après un siége de sept ans. Il n’avait pas achevé cette conquête, lorsque parurent devant lui les envoyés du khan des Tartares pour lui demander le tribut et l'hommage. Iwan prend de leurs mains le diplôme, le déchire, le foule aux pieds, et fait égorger les députés qui l’avaient apporté, à l'exception d’un seul, qu'il charge d'aller dire à son maître le cas qu’il fait de ses ordres. Une guerre s'ensuit, où les Russes ont l’avantage contre les Tartares divisés. En 1486, Iwan [IT prend le titre de souverain de toutes les Russies. De deux fils qu’il avait eus de sa première femme, il rejeta l'aîné per les suggestions de sa marâtre, et tua le second dans un accès de fureur. Au lit de la mort il voulut réparer son injustice à l'égard de son fils aîné À Démétrius : il le fit appeler, lui tendit une main défaillante, révoqua son testament ; il lui rendit ses droits, et expira le 15 octobre 1505. Il n'avait pas fermé les yeux, que Démétrius fut plongé dans le même cachot dont il avait cru sortir pour monter sur le trône ; et il y fut immolé à l’ambition de Basile, son frère du second lit 1,

Iwan IV, fils du fratricide Basile, fut le premier créateur de l’empire moderne de Russie, empire qu’il forma pour toujours, ce semble, à son image et à sa ressemblance. Il n’est donc pas inutile de connaître un peu en détail ce créateur.

Iwan IV, encore enfant, monte sur le trône en 1533; couronné à dix-sept ans, le 16 janvier 4546, il est mort dans son lit, au Kremlin, citadelle de Moscou, après t “ègne de cinquante et un ans, le 18 janvier 4584, à soixante-quatre ans, et il a été pleuré par sa nation tout entière, sans excepter les enfants de ses victimes?. Sem-

1 Biogr, univ., 1. 21. fwan IIT. -— ? La Russie en 1839, t. 3, lettre 26, p. 117:

} [Liv.LXXXVIL — De 1605 dant des siècles qui ne

fin du quinzième siècle point par l'union de ses division qui cependant es russes. Toktamisch,

a ville de Moscou, ainsi |

r la prospérité, il se

puissance. Par suite de 4

r être démembré, et de

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des princes russes était

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achevé cette conquête, an des Tartares pour hi ‘end de leurs mains le ait égorger les députés ul, qu'il charge d'aller es. Une guerre s’ensuit, tares divisés. En 1486, es les Russies. De deux ejeta l’aîné per les sugun accès de fureur. Au

l'égard de son fils aîné |

ain défaillante, révoqua ira le 45 octobre 1505.

at plongé dans le même sur le trône ; et il y fut second lit 1,

emier créateur de l’empour toujours, ce semest donc pas inutile de

1e en 4533; couronné à dans son lit, au Krem-

> cinquante et un ans, $

til a été pleuré par de ses victimes?, Sem-

1839, t. 8, lettre 26, p. 111.

blable à Néron, qu'il devait surpasser, il eut, dans la première partie de son règne, auelques années louables. Il les dut à sa première femme, Anastasie, qui sut modérer quelque peu le caractère féroce dont il avait déjà montré des indices effrayants. À peine son maître à quatorze ans, il s’entoure de libertins de son âge, court à cheval les rues, les places, les marchés ; insulte, maltraite, vole les hommes et les femmes qu’il rencontre, les assassine quelquefois ; et les habitants de Moscou tremblent, exposés à une troupe de brigands qui ne craignent pas le glaive des lois. Pour plaire à ses indignes favoris, Iwan IV massacra des hommes et même des princes de sa malson. En 1547, à l’âge de seize ans, il se fait couronner avec solennité, et prend tout à la fois letitre de czar et d’autocrate

td est-à-dire qui commande sans autre principe, droit ni limite que lui-même. Anastasie, qu’il épousa au même temps, sut lulpee suader de renvoyer ses premiers compagnons, de les remplacer par des hommes sages, et d'employer son activité à des occupations plus dignes. Les trois royaumes tartares de Casan, d'Astrakhan et de Crimée, au lieu de se soutenir mutuellement, s’effaiblissaient de plus en plus par leurs divisions intestines. Celui de Casan était déchiré par des factions, qui implorèrent l’une contre l’autre l’assistance du czar de Moscou. Iwan IV, qui avait formé une milice ou armée régulière sous le nom de strélitz, les assista si bien qu'il sempara pour lui-même de tout le royaume. Cette conquête en-

traîna bientôt celle d’Astrakhan, qui prépara pour plus tard celle

de Crimée, Il fit aussi la guerre aux Chrétiens de Livonie et de

Pologne, où il finit par des revers. Après la mort de sa première

mme, qui l'avait un peu apprivoisé, son nautrel se réveilla plus

féroce.

Lu Ses anciens conseillers, dit le marquis de Custine, résumant

l'histoire de Russie, écrite par le Russe Karamsin, et applaudie dans

le palais impérial de Pétersbourg, ses anciens conseillers sont les

premiers en butte à ses coups; ils lui apparaissent comme des trat-

tres, ou, ce qui est synonyme à ses yeux, comme des maîtres.

Il condamne à l'exil, à la mort ces criminels de lèse-autocratie, ces

insolents ministres qui s'avisèrent pendant longtemps de se croire

plus sages que leur maître ; et l'arrêt paraît équitable aux yeux de

la nation. C'était aux avis de ces hommes incorruptibles qu'il avait

dû sa gloire ; il ne peut supporter le poids de la reconnaissance qu'il

leur doit, et de peur de leur paraître ingrat, il lestue... Une fureur

Sauvage s'allume alors en lui; les terreurs de l'enfant éveillent la

np üauté de l’homme; le souvenir toujours présent des dissensions

et des violences des grands qui se disputèrent la garde de son ber-

nil

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