‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 103 sur 121 · RER · texte numérisé non relu

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621 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVIT — De 1606

eftrayé Iwan IV, qu'il demanda la médiation du pape Grégoire VIII pour faire la paix avec eux. Le Jésuite Antoine Possevin, natif de Mantoue et auteur de plusieurs savants ouvrages, est envoyé de Rome sur les lieux, en qualité de négociateur. Il réussit à procurer la paix au zur, moyennant la restitution qu'il fit de la Livonie, Mais ce prince ne tint pas la promesse qu'il avait faite au Pape de réunir l'église de Russie au Saint-Siége, et de faire adopter dans ses États le calendrier réformé. Cela n'est pas étonnant, Comment en effet un pareil prince, comme un pareil peuple, peuvent-ils sympathiser avec l’Église catholique, qui condamne à la fois et la tyrannie de l’un et la servilité de l’autre ?

Un autre personnage d'Europe avait plus de ressemblance avec le czar de Russie. Voici comme en parle le marquis de Custine: « Iwan ressent pour Élisabeth d'Angleterre une sympathie d'instinct; les deux tigres se devinent, ils se reconnaissent de loin, les aflinités de leur nature agissent malgré la différence des situations, qui explique celle des actes. Iwan est un tigre en liberté, Élisabeth un tigre en cage. Toujours en proie à des terreurs imaginaires, le tyran moscovite écrit à la cruelle fille de Henri VITE, à la triomphante rivale de Marie Stuart, pour lui demander un asile dans ses États en cas de revers de fortune. Celle-ci lui répond une lettre détaillée et pleine de tendresse. Cette amitié dura jusqu’à la fin de la vie du czar, qui fut même au moment de contracter un huitième mariage avec un parent de la reine 1. »

Le même écrivain conclut ainsi ses extraits sur Iwan IV : « Après avoir vécu en bête féroce, on le voit mourir en satyre, outrageant, par un acte de lubricité révoltante, sa belle-fille elle-même, un ange de vertu, la jeune et chaste épouse de son second fils Fédor, devenu, depuis la mort du czarévitch Jean, l'héritier c'e l’: apire. Cette jeune femme s'approchait du lit du moribond pour le consoler à ses derniers moments ; mais soudain on la voit reculer et s'enfuir en jetant un cri d'épouvante. Voilà comme Iwan IV est mort au Kremlin; et, on a peine à le croire, il fut pleuré longtemps par la nation tout entière, par les grands, le peuple, le bourgeois et le clergé, comme s'il eûtété le meilleur des princes ?. » Aussi le même écrivain olserve-t-il que l'honneur est un sentiment inconnu aux Russes.

Jwan IV avait désigné pour lui succéder son second fils Théodore ou Fédor. L'élection nationale vint s’y joindre. Après la mort d'Iwan, dit l'historien Lévesque, les représentants des villes, choisis parnil les membres les plus considérables de la noblesse, vinrent à Moscou

i Le marquis de Custine, la Russie en 1839, à. 3, lettre 26. — 2 bd.

Liv. LXXXVIT — De 1606

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de ressemblance avec marquis de Custine:

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sur Iwan IV : « Après en satyre, outrageant, lle elle-même, un ange nd fils Fédor, devenu, le l’: apire. Cette jeune r le consoler à ses der-

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n second fils Théodore . Après la mort d'Iwan, es villes, choisis parni esse, vinrent à Moscou

ettre 26. — * Ibid.

à 1650 de l’êre chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE,

supplier Fédor d'accepter. l'empire 1, Fédor,

était faible d'esprit et de Corps. Son père lui avait nommé trois tuleurs ou régents, un prince descendant de Rurik, un prince origi naire de Lithuanie, enfin un Prussien d'origine, qui n'était pas fr, 4 mais dont la sœur Anastasie avait été la première femme d'Ivan IV, Fédor épousa Hélène, sœur du Tartare Boris Godounoft lequel $ t bientôt supplanter les trois régents. Le Lithuanien fut obl é d j lire moine. Le Prussien mourut si à pr ie snéralement pour y avoir aidé quelque peu. Le prince Chouiski descendant de Rurik, fut authentiquement étranglé. Après ; préliminaires, Boris Godounoff régna sous le nom de Fédor le rat lieu l'érection du patriarcat de Russie; voici de quelle dé: nière. En 1588, Jérémie II » Patriarche de Constantinople, a nt ité déposé par les Turcs, vint à Moscou pour implorer les bonté d ar; il crut se le rendre favorable en accordant à l'église ile quelque nouvelle prérogative, Il proposa d'élever le siége métro L itain de Moscou à la dignité de patriarche, à la suite des quatre a tiarches d'Orient, et de le rendre indépendant de celui de Costa inople. Le czar Fédor, ou plutôt son beau-frère Boris, y consentit. Depuis ce temps, la Russie a eu son patriarche particulier jus u’en 1103, où cette dignité fut abolie et remplacée par une ot ipériale des affaires ecclésiastiques, dite saint Synode, que préside le 108 Jours un colonel de cavalerie, aide de camp de l'empereur Boris Godounoff espérait s'élever lui-même sur le trône, et reme jacer la dynastie varègue où normande de Rurik par une dynastie ürlare, la sienne. Il y avait bien certaines circonstances qui, dans un tre pays, auraient pu faire obstacle. Par exemple, Fédor avait un ère de SIX Ou sept ans, nommé Démétrius ; mais Boris eut l’attenjon de le diffamer d'abord comme un monstre précoce, et ensuite de le faire égorger. Un autre obstacle se présente. La czarine sœur de boris, met au monde une fille ; Mais la jeune héritière du trône meurt. ans l'année, « Pouvait-elle vivre, observe un historien de Russie ïsque la durée de ses jours était si contraire aux desseins de owlounoff? » Fédor lui-même mourut le 7 janvier 1598.

En lui s’éteignait la branche régnante de la première dynastie k la dynastie de Rurick. Mais il restait et même il reste encore plu êurs maisons princières, issues de ce premier souverain de Ja ussie; et il semble qu’elles seules eussent dû être admises à profiter ‘l'élection. Cependant, sous la présidence du patriarche, le Tarie Boris Godounoff fut élu d’une voix unanime. Il refusa; toutefois,

âgé de vingl-sept ans,

lLévesque, t, 8.

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626 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII, — De 1605

sur les instances réitérées du patriarche et des autres électeurs, il voulut bien se résigner au fardeau de la couronne. Il promit. dit-on, de ne punir personne de mort. Du moins, observe un historien, il n'y eut point sous son règne d'exécutions publiques.Clément par politique, implacable par intérêt, il épergna au peuple le spectacle révoltant des supplices, et fit étrangler en secret ceux qu'il avait sujet de craindre, Un de ses moyens de justice était de faire dénoncer les suspects par leurs domestiques. C’est ainsi que la famille prussienne de Romanofffut accusée devant le patriarche d'avoir voulu empoisonner le czar. Les Romanoff furent condamnés à un exil perpétuel, où la plupart furent étranglés. Le chef de la famille, Fédor Nicétas, est relégué dans un monastère près d’Archangel, et obligé de prendre le froc, sous le nom de Philarète. Sa femme Axénie est envoyée dans un couvent sur les bords du lac Onéga, et emmène avec elle son fils Michel, encoreenfant. Cependantun moinerusse, Grégoire Otrepieff, secrétaire du patriarche Job, ayant appris qu'il ressemblait beaucoup au prince assassiné Démétrius, se donne pour lui et trouve des partisans. Boris s'avance pour le combattre ; mais il se voit abandonné de ses troupes, et meurt de poison le 5 avril 4605. Son fils Fédor est proclamé car par le patriarche et les nobles, puis étranglé avec sa mère, par ordre du faux Démétrius, qui fait son entrée à Moscou la même année et est couronné czar sous le nom du LDémétrius, fils d’'Iwan. La mère du Démétrius véritable le reconnut pour son fils. Il célébrait ses noces

avec la fille du palatin de Sandomir, le 17 mai 1606, lorsqu'il est à

tué par Basile Chouiski, de la race de Rurik, qui se fait proclamer czar à sa place, dépose le patriarche, et en nomme un autre pour le couronner. En 1607, un second Démétrius se présente; la femme du

premier le reconnaît pour son mari : Chouiski tombe entre les mains

des Polonais, qui le forcent à déposer la couronne en 1610. La même année, le second faux Démétrius est massacré par les Tartares dont il avait fait sa garde. La couronne de Russie est offerte par le plus grand nombre des seigneurs à Sigismond TI, roi de Pologne, pour son fils Uladislas; d’autres la déférèrent à Charles IX, roi de Suède. Cette diversité de vues et d'intérêt augmenta les troubles. Il se pré-

senta de nouveaux imposteurs qui se firent des partisans dans quel-

ques parties de l’empire, mais sur le nombre desquels les relations varient. Les Polonais étaient déjà dans Moscou, qui leur avait ouvert ses portes. On attendait le jeune Uladislas. Mais, comme son père différait toujours à se prononcer, et que d'ailleurs il était catholique,

le patriarche et le clergé schismatique de Moscou travaiilaient en

Lévesque, t. 3.

[Liv. LXXXVII, — De 1605

des autres électeurs, il nne. Il promit. dit-on, erveun historien, il n'y . Clément par politique, : spectacle révoltant des ivait sujet de craindre, noncer les suspects par ssienne de Romanofffut npoisonner le czar. Les étuel, où la plupart fuicétas, est relégué dans prendre le froc, sous le oyée dans un couvent elle son fils Michel, enre Otrepieff, secrétaire lait beaucoup au prince uve des partisans. Boris andonné de ses troupes, 'édor est proclamé czar avec sa mère, par ordre ju la même année et est ls d’Iwan. La mère du s. Il célébrait ses noces nai 1606, lorsqu'il est &, qui se fait proclamer omme un autre pour le présente; la femme du i tombe entre les mains onne en 1610. La même ré par les Tartares dont e est offerte par le plus [, roi de Pologne, pour arles IX, roi de Suède.

les troubles. Il se préles partisans dans quele desquels les relations cou, qui leur avait ous, Mais, comme son père leurs il était catholique, loscou travaiilaient eî

à Démétrius, et actuellement prisonnie

unten Russie vers le milieu du quatorzième siècle,

époque jusqu'à nos jours, la religion de l’ég ne fut plus qu’un instrument politique au p sienne des Romanoff. Jusqu’alors les ukase | mençaient toujours par cette for le czar a ordonné. À l'avenir,

dimé czar le jour même. D Morozoff, Alexis épousa |

épousa bientôt la sœur de la nouvelle czarine, et gouvern

à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 627

sens contraire. De là, pendant trois ans, une anarchie universelle, où la Russie se voyait démembrée, déchirée, par les Polonais, par les Suédois, par les Cosaques et par des partis russes.

La Russie agonisante fut sauvée, non par un prince, mais par un serf, un paysan, Cosme Minin, boucher de Nigni-Novogorod. En 1614, il assemble ses concitoyens ; il les exhorte à sacrifier leur fortune, à vendre leurs maisons, leurs habits, leurs meubles, à engager,

s’il le faut, leurs femmes et leurs enfants, pour payer des troupes, et meltre à leur tête un habile général, Pojarski, lequel, à quelques lieues de là, se rétabl issait de ses blessures.

La proposition est reçue avec enthousiasme, Une députation est env

oyée au général, qui accepte. Il connaissait Minin. Il l'avait vu porter les armes avec hon-

neur. Îl exige que cet honnête et généreux citoyen soit chargé de recueillir et de distribuer les fonds. À peine le bruit de son entreprise s'est répandu, qu’il lui arrive des troupes de divers côtés. Dès l'année suivante ilreprend Moscou sur les Polonais,

En 1613, les états de Russie s’assemblent en cette ville pour disposer du trône. On pouvait choisir le vaillant général qui avait sauvé là patrie: on pouvait choisir le prince Troubetskoi, qui l'avait aidé à délivrer la capitale, ét qui fut en effet élu d'abord 1, On pouvait choisir entre les descendants de Rurik, lesquels subsistaient et subsistent encore en grand nombre. La majorité des voix se réunit sur Michel, fils de Fédor Nicétas, fait moine par Boris, fait métropolite de Rostoff par

r à Varsovie, Michel, âgé deseize ans, était au monastère de Kostroma, avec sa mère qu’on avait forcée de s’y faire religieuse. Il n’était pas prince : il ne tirait pas même son origine de la Russie. Il descendait d’un Prussien, nommé André, qui Oa ne sait quels emplois furent donnés à cet André, mais on en voit un de considérable à son arrière-petit.fils. Le père de Michel, appelé Philarète de son nom de moine, fut bientôt installé patriarche de Moscou. Depuis cette

lise byzantino-moscovite rofit de la dynastie prussou décrets du czar commule : Les boyards ont été d'avis, et la formule même disparaîtra.

de juillet 1645, son fils Alexis fut pro- ‘après les conseils de son gouverneur à fille d’un simple gentilhomme. Morozoff a l'empire, Il

Michel étant mort au mois

1 La Russie en 1859, t, 3, p. 378, en note.

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628 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII.— De 1605

vendait les emplois au poids de l'or, et imposa sur le peuple des taxes énormes, qui provoquèrent des insurrections et à Moscou et dans les provinces. En 1658, Alexis se fit faux monnayeur. Pour suppléer aux pièces d'argent, il en frappa de cuivre, auxquelles il donna la même valeur. Le peuple ne se plaignit pas d’abord. Mais lorsque les courtisans, en particulier le père de la czarine, eurent tiré à eux toute la bonne monnaie pour ne laisser dans le commerce que la mauvaise, dix-huit mille habitants de Moscou, réduits à périr de misère, demandèrent justice au ezar. Alexis les fit massacrer ou pendre par ses troupes, déporta le reste en Sibérie, puis supprima la fausse monnaie. De son côté, le patriarche Nicon de Moscou innova dans Ja liturgie, et donna une nouvelle édition de la Bible slavonne. Tout cela, quoique fait par l’autorité du czar, parut suspect à beaucoup de Russes, qui se séparèrent de la communion du patriarche. On les appelle communément rascolnics ou schismatiques; mais euxmêmes s'appellent Staroï-Vertsi (anciens croyants). Ils sont divisés en un grand nombre de sectes, et se trouvent aujourd'hui peut-être plus nombreux que l’église impériale. Nicon, qui était savant, et qui à continué la chronique de Russie, commencée par le moine Nestor, fut disgracié plus tard, même déposé, et mourut en 1681. Une institution caractéristique de la Russie est la suivante. En 1676, Alexis établit la chancellerie secrète, ou inquisition d’État, devant laquelle tout Russe, même un criminel, en proférant deux mots, peut conduire une victime, le fils son père, le père son fils, et, sans apporter aucune preuve, aucun indice, sans le moindre élément de présomption, lui faire infliger les plus cruelles tortures, après, il est vrai, s'y être soumis lui-même. Ces deux mots sont flavo, diélo ; à la lettre, parole et action ; formule qui signifiait : Je vous accuse du crime de lèse-majesté, en parole et en action. Cette institution, qui fut perfection née dans la suite, révéla dès lors l'instinct gouvernemental de là dynastie prussienne de Russie. Alexis mourut le 29 janvier 16%, Jaissant deux fils de sa première femme et un de la seconde.

Fédor, l'aîné de ses fils, fut reconnu czar. Quoique d’une santé faible, il sut néanmoins, de concert avec le patriarche, frapper un des coups les plus révolutionnaires, en abolissant la noblesse héréditaire dans toute la Russie, pour lui substituer la seule noblesse des emplois, autrement la bureaucratie. À cela, il y eut peut-être plus d'un motif. La nouvelle dynastie n’était pas de la haute noblesse, elle n’était pes même Russe d'origine, mais elle occupait le premier emploi de l'empire. Supposé donc qu’il n'y a de noblesse que l'empioi, la nouvelle dynastie sera évidemment la première noblesse, el même la plus ancienne noblesse de toute la Russie. Et ces familles

[Liv. LXXXVII.— De 1605

sur le peuple des taxes pt à Moscou et dans les nayeur. Pour suppléer uxquelles il donna la abord. Mais lorsque les eurent tiré à eux toute >mmerce que la mauluits à périr de misère, issacrer ou pendre par is supprima la fausse de Moscou innova dans a Bible slavonne. Tout : suspect à beaucoup de du patriarche, On les matiques; mais euxants). Ils sont divisés en ourd'hui peut-être plus i était savant, et qui a e par le moine Nestor, rut en 1681. Une instivante. En 1676, Alexis d'État, devant laquelle t deux mots, peut conn fils, et, sans apporter e élément de présomps, après, il est vrai, s'y flavo, diélo ; à la lettre, pous accuse du crime de tion, qui fut perfectiongouvernemental de la irut le 29 janvier 1676, | de la seconde.

r, Quoique d’une sant patriarche, frapper un issant la noblesse héréer la seule noblesse des il y eut peut-être plus s de la haute noblesse, elle occupait le premier a de noblesse que l'em-

la première noblesse, cl

Russie. Et ces familles

à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 629

princières de tout temps, ces familles tle grands boyards sont ravalées au niveau du boucher Minin, qui vient de sauver la Russie avec eux. Le boucher ne sera donc pas anobli, mais les princes rabaissés à l’état du boucher. Voici comment. Il y avait quelquefois parmi les nobles des disputes sur le rang et l'illustration de leurs familles ; ces disputes entravaient parfois le service public en attendant qu’elles fussent décidées par le sénat, Pour y porter un remède général, Fédor invita tous les nobles à lui apporter leurs généalogies, afin qu'il pût les vérifier, rectifier et compléter authentiquement. Les nobles russes, pleins de confiance en la parole de leur souverain, lui apportent tous leurs titres. Lorsque Fédor eut ces papiers entre les mains, il convoqua dans son palais un conseil composé du patriarche, du haut clergé et de tous les officiers de la couronne, Îl y exposa, dans un discours diffus et encore allongé par de fréquentes citations de la Bible, les inconvénients des prérogatives attachées à la seule naissance. Ce discours fut reçu avec applaudissement. Le patriarche de Moscou prit ensuite la parole au nom du clergé. 11 déclara que la pensée du cezar était une inspiration du ciel, et il en donna cette preuve : Le Sauveur nous commande de nous aimer les uns les autres, comme il nous a aimés lui-même. Or le plus grand obstacle à cette égalité et fraternité de l'amour, ce sont les prérogatives de k noblesse. Donc la pensée de les abolir vient de l'Esprit-Saint. Sur quoi Fédor s’écria : « C’est à présent que je reconnais ici la Proidence divine, qui me conduit à l’exécution de mon projet. C’est par sa volonté particulière que vous avez tous senti les dangers d’un isage ancien, mais funeste, qui ne peut que nourrir l’orgueil, rompre tous les liens de l'amitié et de la société, et ruiner toutes les enreprises utiles à l'État. Je rends grâces à Dieu, qui a daigné disposer ainsi les cœurs, et, me rendant à vos vœux unanimes, }’ordonne à kamais l'abolition des rangs héréditaires ; et, pour en éteindre jusqu'au souvenir, je veux que les registres en soient livrés au feu. » Aussitôt les registres publics et les généalogies des particuliers furent portés devant le vestibule du palais, et brûlés en présence de tous ks archevêques et évêques. Après cette comédie révolutionnaire et socialiste du czar et de son clergé byzantino-moscovite, le patriarche, élevant la voix, lança l’anathème contre quiconque oserait à l’avenir contrarier de quelque façon que ce püt être, cet ordre si loua= ble du souverain, Toutes l'assemblée s’écria : Soit fait ainsi que l’a dit le très-saint patriarche ! Dès lors la noblesse héréditaire fut rem- Pacée par une noblesse administrative, où les rangs dépendent unifuement du chef de l'Étai.

«Les empereurs de Russie, également mal inspirés dans leur dé-

SR

630 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIT. — De 1605

fiance, et dans leur confiance, observe le marquis de Custine, n’ont vu que des rivaux dans les nobles, et n’ont voulu trouver que des esclaves duns les hommes qu'ils prenaient pour ministres ; ainsi, doublement aveuglés, ils ont laissé aux directeurs de l'administration et à leurs employés qui ne leur faisaient nul ombrage la liberté de jeter leurs réseaux sur un pays sans défense et sans protecteurs. Il est né de là une fourmilière d'agents obscurs, travaillant à régir ce pays d'après des idées qui ne sont pas sorties de lui : d'où il arrive qu'elles ne peuvent satisfaire ses besoins réels. Cette classe d'employés, hostiles dans le fond du cœur à l’ordre de choses qu'ils administrent, se recrute en grande partie parmi les fils de popes (prêtres mariés des Russes). C'est une espèce d’ambitieux vulgaires, de parvenus sans talent, parce qu'ils n'ont pas besoin de mérite pour forcer l'État à s'embarrasser d'eux ; gens approchant de tous les rangs ; et qui n'ont pas de rang, esprits qui participent à la fois de toutes les préventions des hommes populaires et de toutes les prétentions des hommes aristocratiques, moins l'énergie des uns et la sagesse des autres ; bref, pour tout dire en un mot, les fils de prêtres en Russie sont des révolutionnaires qui se trouvent chargés de maintenir l’ordre établi 1, » Aussi le même écrivain appelle-t-il la Russie Ze gouvernement révolutionnaire par excellence ?.

Le czar Fédor mourut le 16 février 1689, laissant un ukase qui établissait une académie. Ce devait être à la fois un collége et un tribunal d'inquisition. Si on découvrait qu'un membre de cette académie eût quelque penchant pour l'Église romaine, il devait être châtié et privé de sa place. Si, malgré cette punition, il persévérait dans ses idées, il devait être brälé sans miséricorde 3%. Cette antipathie du czar moscovite contre l'Église romaine se conçoit. Cette Église, fondée par Jésus-Christ même sur saint Pierre, est trop indépendante. Une Église schismatique , née dans la cour de Byzance, est bien plus maniable. «Le clergé grec russe, dit le marquis de Custine, n’a jamais été, il ne sera jamais qu’une milice revêtue d’un unifornt à un peu différent de l’habit des troupes séculières de l'empire. Sous la direction de l’empereur, les popes et leurs évêques sont un régiment de clercs : voilà tout #. »

Le czar défunt ne laissait point de fils, mais seulement deux frères : Iwan ou Jean V, de la même mère, et Pierre Ier, d'une stconde mère. Le premier avait seize ans, le second dix. Mais, suivant une locution ordinaire dans l’histoire de Russie, lorsqu'il s’agit d'e-

1 La Russie en 1839, t. 4, p. 17:— 2 Ibid, pe 399,— 8 Lévesque, t, 3. — Ÿ ÉG Russie en 1839, t. 4, p. 367,

(Liv. LXXXVIE, — De 1605

is de Custine, n’ont vu rouver que des esclanistres ; ainsi, doublel'administration et à age la liberté de jeter protecteurs. Il est né int à régir ce pays d'a- ‘où ilarrive qu'elles ne e d'employés, hostiles dministrent, se recrute es mariés des Russes).

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 631

carter du trône l'héritier ou le candidat légitime, Iwan était faible d'esprit et de corps. Les grands et les chefs du clergé s'assemblèrent : c'est ce qu’on appelait sénat, Les avis furent d'abord partagés. La majorité décida pour le plus jeune, pour l'enfant de dix ans. Bientôt le bruit se répand dans Moscou qu'on a écarté Iwan du trône, que même on à attenté à sa vie, À l'instant les strélitz, au nombre de vingt mille, suivis de la populace, prennent les armes; montent au Kremlin, et demandent à punir les meurtriers d'Iwan. Iwan luimême se montre à eux, et les apaise, Alors ils demandent absolument et massacrent ceux qui l’ant écarté du trône, et le proclament lui-même ezar, conjointement avec son frère. Pierre Ier massacrera plus tard ceux qui l’obligent maintenant à partager le trône avec son frère aîné. Aussi a-t-on dit avec beaucoup de raison : Le gouvernement russe est une monarchie absolue tempérée par l'assassinat 1, Le gou— vernement n'a pas changé de nature depuis deux siècles. Le 24 mars 1801, l'empereur Paul Ie est étranglé par le comte de Pahlen, favori de son fils l'empereur Alexandre. En 1825, Alexandre étant mort d’une manière inattendue et avec la conviction qu’on cherchait à l’assassiner ?, son frère Constantin céda le trône à son frère Nicolas ; et pour quelle cause? « Le fait est, dit le marquis de Custine, que Constantin n’a refusé le trône que par faiblesse : il craignait d’être empoisonné : c’est en quoi consistait sa philosophie. Dieu sait, et peut-être quelques hommes savent si son abdication le sauva du péril qu'il crut éviter #, « En 1839, l'empereur Nicolas, mariant une de ses filles avec un fils Beauharnais, fit poser à celui-ci la couronne nuptiale par son favori le comte de Pablen, fils de l'étrangleur de Paul Er #4, « Aujourd'hui , ajouta le même écrivain, les Russes passent devant le vieux palais Saint-Michel (où l’étranglement a eu lieu) sans oser le regarder : il est défendu de raconter dans les écoles ni ailleurs la mort de l'empereur Paul, ni même de croire à cet événement relégué parmi les fables 5, »

Si la dynastie prussienne de Russie est telle envers soi-même, sera-t-elle autre envers l'Église de Dieu ?

L'an 16792, le czar Alexis, menacé d’une guerre par Mahomet IV, envoie une ambassade au pape Clément X, pour tâcher de former une ligue contre la Porte ottomane. Il offrait en même temps la réunion de l’église russe avec l'Église romaine; mais il y mettait des conditions qui ne purent être acceptées, et l'ambassade fut sans

! La Russie en 1839, t. 1, p. 289. — ? Biogr. univ., t. 56. — 3 La Russie en 1839, ©, 2, p, 42, — * Ibid., t. 1, p. 382. — 5 Ibid.,t. 2, p. 261.

nu a!

632 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VII. — De 1605

effet. Telles furent les relations des Russes de Moscovie avec le centre de l’unité catholique, le successeur de saint Pierre, le vicaire du Christ. Ces relations ne sont qu’une mauvaise queue du Bas-Empire.

Les Russes de Kiowie montrèrent plus de droiture et de constance. L'an 1594, le 2 décembre, le métropolitain de Kiow, avec ses suffragants, au nombre de sept, tint un concile à Brest, ville épiscopale dans la Russie inférieure, alors soumise à la Pologne. Ils y dressèrent un acte signé de leurs mains, où ils déplorent le nombre toujours croissant des schismes et des hérésies, et reconnaissent que là cause. en est la séparation d'avec Rome. Longtemps ils avaient espéré que leurs supérieurs, les patriarches d'Orient, travailleraient efficacement à rétablir l'union ancienne, Se voyant trompés dans leur attente, ils prennent la résolution d'envoyer une députation à Rome, pour faire au Pape leur profession de foi et leur hommage d'ohédience, à condition de conserver le rite oriental, comme durant l'union d’auirefois, sauf à y corriger ce qui y serait contraire. Deux évêques furent députés à Rome, avec une lettre au pape Clément VIII, conçue en ces termes :

« Très-saint Père, seigneur et pasteur suprême de l'Église du Christ, seigneur très-ciément, rappelant à notre mémoire l'accord en toutes choses et l'union de l’Église orientale et occidentale, que nos ancêtres ont entretenue sous l’obéissance et le gouvernement du Saint-Siége apostolique-romain ; considérant, d’une autre part, les dissensions et les schismes qui se sont accrus de nos jours; il nous à été impossible de n’en être pas pénétrés d’une extrême douleur, et nous conjurions assidûment le Seigneur de nous rassembler enfin dans l’unité de la foi; attendant si peut-être nos supérieurs et pasteurs de l’église orientale, sous l’obéissance desquels nous avons été jusqu’à présent, voudraient penser sérieusement, et s’employer eflicacement à procurer l’unité et la concorde qu'ils demandent chaque jour à Dieu dans les liturgies. Mais, voyant qu’on attendait vainement d'eux quelque chose de semblable, non tant peut-être à cause de leur malveillance et témérité que parce que, gémissant sous la dure servitude d’un cruel tyran, ennemi de la religion chrétienne, ils ne peuvent aucunement entreprendre ce qu’ils voudraient le plus; nous qui vivons sous la domination du sérénissime roi de Pologne et grandduc de Lithuanie, et à qui, par conséquent, il est permis d'être libres: nous, considérant notre devoir et voulant ne nuire ni à nous ni aux brebis du Christ, dont le soin nous regarde, ni charger nos con-

1 Voir sur tous ces faits et personnages la Biographie universelle et L'Art de virifier les dates.

[Liv. LXXXVNII, — De 1605

de Moscovie avec le saint Pierre, le vicaire queue du Bas-Emipire.

oiture et de constance.

Kiow, avec ses suffra- Brest, ville épiscopale Pologne. Ils y dressèlorent le nombre tout reconnaissent que la igtemps ils avaient es- Orient, travailleraient yant trompés dans leur 1e députation à Rome,

leur hommage d'obé. |

al, comme durant l'userait contraire. Deux au pape Clément VIII,

prême de l'Église du otre mémoire l'accord ale et occidentale, que et le gouvernement du , d’une autre part, les de nos jours; il nous à 1e extrême douleur, et nous rassembler enfin nos supérieurs et pasesquels nous avons été ent, et s’employer efli- ‘ils demandent chaque on attendait vainement t peut-être à cause de émissant sous la dure sion chrétienne, ils ne udraient le plus; nous oi de Pologne et grandst permis d'être libres:

nuire ni à nous ni aux , hi charger nos COn-

universelle et l'Art de vé-

à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 633

sciences de la perte de tant d'âmes, causée par ces dissensions, nous avons résolu, avec l’aide du Seigneur, d'accéder à l'union qui a régné autrefois entre l'Église d'Orient et d'Occident, et qui a été établie au concile de Florence par nos prédécesseurs, afin que, tenus ensemble par ce lien de l'union, sous l’obéissance et le gouvernement de votre Sainteté, nous glorifiions et louions tous, d’une seule bouche et d’un seul cœur, les très-divins et très-saints noms du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

« C’est pourquoi, au su et avec le consentement de notre seigneur Sigismond III, par la grâce de Dieu, roi de Pologne et de Suède et grand-duc de Lithuanie, dont le zèle très-sage a éclaté en cette affaire, nous envoyons à votre Sainteté nos frères en Jésus-Christ, Hypace, évêque de Vulodemir et de Brest, et Cyrille, évêque de Lucéorie et d’Ostrosie, avec mandement d'aller trouver votre Sainteté, et, puisque Elle daigne nous confirmer l’usage des rites de l'Église orientale comme au temps de l'union, de rendre en leur nom, au nôtre, et au nom de tout le clergé et de tout le peuple qui nous est confié, l’obéissance qui est due au Siége de saint Pierre et à votre Sainteté, comme au souverain pasteur de l’Église du Christ. »

Cette lettre, datée du douze juin 1595, vieux style, est signée de Michel, métropolitain de Kiow, de Halitz et de toute la Russie; des d'ux évêques-députés : de Grégoire, nommé archevêque de Polocs et de Viteps; Michel, évêque de Kopist, Prémisl et Sambor ; Gédéon, évêque de Léopold; Denis, évêque de Chelm ; Léonce, évêque de Pinscen et de Turow ; Hobol, archimandrite de Kobrin. Les députés, arrivés à Rome en novembre de la même année, furent reçus avec honneur par le Pape, qui les défraya libéralement; ils eurent leur audience publique le vingt-trois décembre, y exposèrent le but de leur légation, y professèrent la foi de l'Église romaine, et furent re- Ççus à sa communion !.

Depuis cette époque, les métropolitains de Kiow ont toujours été unis et fidèles à l’Église romaine, En 1599, Michel eut pour successeur Hypace, l’un des députés à Rome, que les schismatiques haïrent à tel point, que l’un d'eux s'efforça de le tuer à Vilna, au milieu de la place publique, et le blessa grièvement, Étant mort en 1613, on lui donna pour successeur Joseph IV, illustre par ses combats contre les schismatiques, dont on ditqu’il convertit plus de deux cent mille. [mourut en 1635.11 célébra, l’an 1626, un concile à Kobrin, qui fut approuvé l'an 1629 par Urbain VIIL. De son temps, les schismatiques se donnèrent un autre métropolite de Kiow et d’autres évêques.

* Baron., t, 9, Appendix, de Ruthenrs à sede apost. receptis.

634 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIT, — De 1605

Comme ceux-ci étaient protégés par les Cosaques et les Moscovites, les métropolitains catholiques suivants, Raphaë! Korsak, élu en 1636, et Antoine Siclava, en 1642, eurent beaucoup à souffrir. Gabriel Kalenda, créé métropolitain en 1664, fut un peu plus heureux, et put rendre quelque service à la cause catholique : il fut imité par Cyprien IE, en 4676, qui le fut par Léon Lalenski, en 1705, sous lequel les catholiques russes eurent de nouveau beaucoup à souffrir. Georges IH, qui lui succéda l’an 1713, rencontra des temps plus heureux. Son successeur Léon II célébra, l'an 1720, un concile présidé par le nonce apostolique Jérôme Grimaldi, et qui fut approuvé par le pape Benoît XIII. Kiow ayant été occupé par les Moscovites, les métropolitains catholiques établirent leur résidence à Vilna 1, Puissent la fidélité constante ét les héroïques souffrances de la Russie catholique, particulièrement de nos jours, mériter la grâce de la conversion à la nation entière! Cette nation n'est point exclue des miséricordes du Seigneur. Depuis un demi-siècle, la première famille de Russie, après la famille régnante, a donné à Église catholique plusieurs enfants distingués, entre autres un missionnaire apostolique dans le Nouveau-Monde. La famille régnante elle-même, dit-on, voit une de ses princesses parmi les humbles sœurs de Vincent de Paul.

Nous faisons les mêmes vœux pour les Grecs de tous les pays ; car dans cette nation aussi, il y a une nation sainte, un peuple d’acquisition, qui souffre persécution de la part de l'autre, pour lui mériter la grâce de revenir à l'unité, comme Étienne à Saul. Ainsi, quant aux Grecs répandus dans la Syrie, la Palestine et l'Égypte, on s’imagine vulgairement qu’ils sont à peu près tous séparés de l'Église romaine. l’est une erreur. Voici ce qu’on lit dans un document authentique, publié l’an 4841, sous le nom de Mémoire sur l'état actuel de l'église grecque catholique dans le Levant. « Les trois patriarches grecs schismatiques d’Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem, ainsi que tous leurs coreligionnaires, dans toute la Syrie et dans toute l'Égypte, peuvent à peine former le tiers de la pation grecque catholique, et cependant ils perséentent c le-ci avec force! »

Quant aux Grecs de Constantinople, nous les avons vus se réunir à l'Église romaine dans le concile de Florence, par l'organe de leur patriarche et de leur empereur; ensuite retourner la plupart au schisme:; tomber peu après, avec leur empire et leur capitale, sous le fer des Turcs, et enfin, l'an 1453, accepter un patriarche, non plus de la main du vicaire de Jésus-Christ, mais de la main du vicaire de l'antechrist, de la main de Mahomet IT. Leur dernier patriarche catholique et légitime, Grégoire IV, s'était retiré, l'an 1452, à

1 Acta SS., t. 2, septembre. Dissert. de conv. et fide Russorum, & 10.

Liv. LXXXNII, — De 1605

es et les Moscovites, Korsak, élu en 1636, souffrir. Gabriel Kaplus heureux, et put : il fut imité par Cyen 4705, sous lequel oup à souffrir. Geortemps plus heureux.

concile présidé par le approuvé par le pape scovites, les métropoilna ?, Puissent la fi- Ja Russie catholique, de la conversion à la des miséricordes du e famille de Russie, catholique plusieurs e apostolique dans le 1e, dit-on, voit une de cent de Paul.

de tous les pays ; car >, un peuple d’acquiutre, pour lui mériter à Saul. Ainsi, quant et l'Égypte, on s'imaséparés de l'Église roun document authenire sur l'état actuel de Les trois patriarches et de Jérusalem, ainsi yrie et dans toute l'Éation grecque catholiforce! »

es avons vus se réunir , par l'organe de leur tourner la plupart au et leur capitale, sous r un patriarche, non is de la main du vicaire Leur dernier patriarait retiré, l'an 1452, à

Russorum, & 10.

à 1650 de l’êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 635

Rome, auprès du tombeau de saint Pierre , où il mourut en 1459,

De 1453 à 1703, espace de deux cent cinquante ans, les Grecs schismatiques de Constantinople ont vu, sous le sabre du Grand- Turc, quatre-vingt-huit successions où mutations de leurs patriarches : ce qui fait, l’un dans l’autre, deux ans dix mois et quelques jours pour chaque pontificat. Quelques-uns de ces pontifes ont été faits, défaits et refaits jusqu'à cinq, six fois et plus, suivant: le bon plaisir du Grand-Turc etde ses pachas, qui déposaient, rétablissaient, étranglaient même, tantôt par pur caprice, tantôt suivant que les partis rivaux offraient plus d'argent l'un que l'autre. Ainsi Jérémie II, de 1572 à 1555, fut déposé et rétabli trois fois; ce qui fait six mutations pour un seul dans l’espace de treize ans. De 1579 à 1480, durant son prernier pontificat, il reçut les lettres et les avances des théologues luthériens de Tubing et de Wittemberg, avec une traduction grecque de la confession d’Augsbourg, afin qu'il pût voir quelle était leur créance, et si elle était conforme à celle des Grecs; ils le priaient aussi de leur donner son jugement sur écrit, Il leur fit, en 1576, une réponse dans laquelle, sauf la procession du Saint- Esprit, il se montre entièrement d'accord avec les catholiques contre les protestants. À la justification par la foi, il ajoute les bonnes œuvres, parce que sans elles la foi n’est pas vivante, et il insiste sur ce que l'un et l’autre est nécessaire au salut, Il établit au long qu'il y a sept sacrements ; il enseigne que, dans l’eucharistie, et par la vertu de l'Esprit-Saint, le pain est changé au corps et le vin au sang de Jésus-Christ; il veut que le pénitent confesse absolument au prêtre, en détail, les péchés dont il peut se souvenir. Il soutient le libre arbitre de l'homme, la prière pour les morts, la vénération et l'invocation

| des saints, le mérite de la vie religieuse, enfin les traditions des Pères

de l'Église. Les théologues de Tubing répliquèrent longuement en 1577. Dans sa réponse de 1579, le patriarche insiste de nouveau sur le libre arbitre, et particulièrement sur ce que, pour la justification, il faut joindre les œuvres à la foi, attendu que la foi sans les œuvres n'est pas plus agréable à Dieu que les œuvres sans la foi. Les théclogues de Wittemberg répliquèrent à leur tour en 1380: mais Jérémie les pria, l’année suivante, de ne plus lui écrire sur des matières de théologie. C'est ainsi qu’un professeur de Wittemberg, Jean-Martin Schroeck, dans son histoire protestante de l'Église, expose l'ensemble et le résultat de cette correspondance 1.

De 1580 à 1583, durant son deuxième pontificat, Jérémie II se montra uni à l’Église romaine. Le pape Grégoire venait de réformer

1 Hist. ecclésiast, depuis La réformation, t, 5, sect. 5, p. 386 et seqq.

636 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII, — De 1605

le calendrier : Jérémie, consulté à cet égard par les Grecs et les Russes, défendit de s'en servir, entre autres raisons parce qu'il ne connaissait pas encore les motifs de cette réforme Mais Grégoire XIE se montrait très-généreux envers les peuples de l'Orient : il envoya aux habitants de Chypre de l'argent et des vivres, racheta leurs captifs à ses frais, procura es dots à leurs filles. Touchés de tant de bienveillance, plusieurs évêques de Thessalie et de Morée conçurent une grande affection pour le nom latin, surtout le patriarche Jérémie. Le Pape lui ayant envoyé des présents et des lettres par l’intermédiaire des ambassadeurs de France et de Venise, il les reçut avec beaucoup de vénération et de joie, et envoya de son côté au Pape des reliques de saint André et de saint Chrysostôme, avec une lettre où il l'assura qu'il ferait tous ses efforts pour faire recevoir le calendrier réformé, tant par les Russes que par les autres Grecs. Mais cette correspondance le fit accuser auprèsdu Grand-Turc, par le métropolitain de Philippopoli, de tramer des conspirations avec le Pape et les princes chrétiens : Jérémie fut jeté en prison, puis déporté à Rhodes, et son accusateur mis à sa place, moyennant finance !,

Ce fut pendant son troisième pontificat, de 1585 à 1594, que Jérémie IT, visitant les Russes de Moscou, leur créa un patriarche de sa façon, probablement pour obtenir d’eux plus facilement quelques secours pécuniaires, afin de contenter l’avidité du Grand-Turc et rester en place.

Un de ses successeurs, Cyrille Lucar, de 4621 à 1637, dans l’espace de seize ans, fut déposé et rétabli jusqu'à cinq fois; ce qui fait dix mutations, et même onze; car il finit, en 1638, par être déposé une sixième fois, puis exilé et étranglé, Né en l’île de Candie, l'ancienne Crète, Cyrille Lucar fit ses études à Padoue, puis des voyages en divers pays, notamment à Genève, où il prit le goût du calvinisme. Il devint successivement patriarche d'Alexandrie et de Constantinople, non sans être soupçonné d’avoirrendu ce dermer siége vacant par l’empoisonnement de son prédécesseur. À mesure qu’il se croyait assuré sur son siége, il répandit les principes calvinistes et de vive voix et par écrit; il les adressa même par manière de confession de foi aux protestants de France et d'Allemagne, qui en triomphaient contre les catholiques, comme si c'était la confession de foi de toutes les églises d'Orient. Mais les évêques grecs s’assemblèrent plusieurs fois en conciie à Constantinople même, pour condamner Lucar et son hérésie calvinienne. Dans les actes du concile de 1639, mois de septembre, on lit entre autres :

1 Acta SS.,t, 1. Augusti, Hist. chronolog. patriarel:. C. P.,n. 1402 ot sega.

OO attic mal de $ s’ha cha la tien:

tn plus

[Liv LXXX VII. — De 1605

par les Grecs et les isons parce qu’il ne 1e Mais Grégoire XIII > l'Orient : il envoya »s, racheta leurs cap- Touchés de tant de t de Morée conçurent t le patriarche Jéréles lettres par l’internise, il les reçut avec de son côté au Pape tôme, avec une lettre ire recevoir le calentres Grecs. Mais cette -Turc, par le métroirations avec le Pape ‘ison, puis déporté à noyennant finance !, 1585 à 1594, que Jéréa un patriarche de s facilement quelques é du Grand-Turc et

21 à 14697, dans l’escinq fois; ce qui fait 638, par être déposé l'île de Candie, l'anue, puis des voyages e goût du calvinisme.

lrie et de Constantidernier siège vacant iesure qu'il se croyait alvinistes et de vive ière de confession de qui en triomphaient ssion de foi de toutes semblèrent plusieurs condamner Lucar et ile de 1639, mois de

à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 637

«Anathème à Cyrille, surnommé Lucar, qui, dans l'inscription de ses chapitres impies, avance calomnieusement que l'Église orientale pense avec Calvin! Anathème à Cyrille, qui enseigne que la sainte Eglise du Christ peut se tromper et mentir! Anathème à Cyrille, qui enseigne que Dieu, avant la création du monde, a prédestiné les uns à la gloire sans les œuvres, et réprouvé les autres sans cause, et qui fait Dieu auteur du mal et injuste ! Anathème à Cyrille, qui avance que les saints ne sont pas médiateurs et intercesseurs pour nous auprès de Dieu! Anathème à Cyrille, qui enseigne que tout homme n'est pas libre ni maître de lui-même; qu'il n'y a pas sept sacrements, mais seulement deux ; que, dans l’eucharistie, le pain n’est pas changé au corps, ni le vin au sang de Jésus-Christ ; que les prières et les aumônes ne servent de rien aux fidèles trépassés ! Anathème à Cyrille, le nouvel iconoclaste 11 »

Ainsi donc, au milieu de la licence des opinions et des hérésies qui parcouraient le monde dans tous les sens, les Grecs repoussaient constamment les erreurs nouvelles. Un Grec très-savant de l’époque, Léon Allatius, voit en cela un merveilleux effet de la miséricorde divine. Il signale aussi d’autres causes qui ont pu y contribuer. Depuis la ruine de leur empire par les Turcs, la plupart des Grecs déposèrent leur haine invétérée contre les Latins, s’allièrent avec eux par des amitiés et des mariages, fréquentèrent leurs églises et

[leurs sermons, leur donnèrent mên.e léurs enfants à élever; en

sorte que dans bien des villes il était malaisé de les distinguer les uns des autres. De leur côté, les Pontifes romains procuraient tous ls secours possibles, tant aux Grecs qu'aux Latins sous la domination des Turcs. De là, le fréquent envoi de légats, d'évêques titulaires où même résidents, hommes pieux et zélés qui, par leurs travaux et leurs veilles, s’étudient uniquement à propager la relison catholique, et à réveiller le feu de l’amour divin dans le. âmes attiédies.

L'an 1465, on vit parmi eux un illustre martyr. André de Chio, malade d’une grosse fièvre, promit à la sainte Vierge, s’il guérissait, de garder la chasteté perpétuelle, Il guérit, et, fidèle à son vœu, il Shabille de blanc, et se rend à Constantinople. Aussitôt des marchands égyptiens le traduisent devant le juge, comme ayant renié k croix eu Égypte et fréquentant de nouveau les églises des Chrétiens. André prouve par des témoins qu'il n'a jamais été en Égypte, et n'a quitté son île que pour venir dans la capitale de l'empire. De plus, on le visite, et on ne trouve sur lui aucune trace de circon-

4 Alla

Auatius, De Ecci. Occid. et Orient. perpeiud consensione, 1. 3, c. 11,

638 HISTOIRE UNIVERSELLE {liv LXXXVIT. — De 1605

cisjon. Le juge porte l'affaire au sultan, qui, informé que c’est un grand et beau jeune homme, commande de lui offrir le grade de capitaine s’il veut se faire Musulman, sinon de lui couper la tête, A toutes les offres les plus brillantes, André se contente de répondre que la mort pour Jésus-Christ lui est plus chère que toutes choses. Le lendemain, lié à un poteau, il est battu de verges et de lanières; il ne dit que ces mots : Vierge Marie, secourez-moil! Cependant, au soir, les bourreaux pansent ses plaies et lui donnent à manger, comme touchés de compassion, mais, en effet, pour prolonger sa vie et ses tourments. Le second jour, on lui déchire le dos avec des ongles de fer ; on le panse et le restaure de nouveau le soir, de peur qu'on n'attribuât sa guérison à Dieu. Il se trouva effectivement guéri cette nuit-là même. Le troisième jour, on lui tortura les mains et les pieds de telle sorte, que tous les doigts, les coudes et les genoux étaient disloqués, avec une douleur excessive. Le quatrième jour, on lui détache la chair des épaules avec des épées. Le cinquième, d’autres parties du corps 'avec des rasoirs, On continue le sixième et le septième jour. Le huitième, on lui déchire à coups de fouet tout le corps de la tête aux pieds : un coup emporte la chair de la mâchoire; ce lambeau, conservé par les Chrétiens dans le monastère de Saint-François, répand une odeur merveilleuse. Le neuvième jour, amené au lieu du supplice, on le voit guéri, très-vigoureux, et d'un visage rayonnant de joie. Les Mahométans de vanter la vertu de leurs remèdes, et de promettre la faveur du prince s’il veut renier la croix. Le martyr attribue sa guérison à Jésus-Christ et à la sainte Vierge ; et, désirant mourir pour Jésus-Christ, il présente sa tête au bourreau. La tête et le corps, par ordre du sultan, sont portés à Galata, et ensevelis honorablement dans l'église de la Sainte-Vierge. Dix mois après, le célèbre Georges de Trébisonde, qui a célébré ce martyre dans un élégant discours, vit le corps tout entier et de couleur vermeille, comme d’un homme qui dormait, quoique le lieu fût si humide, que toutes les étoffes dont on avait enveloppé le corps se trouvaient déjà pourries 1.

Vers l’an 1521, les papes Léon X et Clément VIT firent une chose} très-agréable à tous les Grecs catholiques. Ceux d’entre eux qui demeuraient en Italie et dans les pays limitrophes se voyaient souvent molestés par les religieux latins, qui voulaient les obliger d’abandonner leurs rites pour prendre ceux de l'Occident. L'affaire ayant été portée devant le Saint-Siége, les Grecs gagnèrent leur procès. Léon X et Clément VII ordonnèrent que les Grecs suivraient

1 Atlatius, De Eccl. Occid. et Orient. perpelud4 consensione, |, 3, €. 7, n. 2

Lex, LXXX VII — De 1605

informé que c'est un lui offrir le grade de » lui couper la tête, contente de répondre re que toutes choses, erges et de lanières; -moi! Cependant, au donnent à manger, pour prolonger sa vie chire le dos avec des veau le soir, de peur trouva effectivement à lui tortura les mains les coudes et les geessive, Le quatrième épées. Le cinquième, continue le sixième et à coups de fouet tout rte la chair de la mâdans le monastère de se. Le neuvième jour, ès-vigoureux, et d'un de vanter la vertu de nce s’il veut renier la s-Christ et à la sainte , il présente sa tête au sultan, sont portés à e de la Sainte-Vierge, nde, qui a célébré ce tout entier et de couait, quoique le lieu fût : enveloppé le corps se

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 639

leurs rites paternels, et que leurs religieux auraient les mêmes priviléges que les Latins. Cette bienveillance du Siége aposto..que fut d'autant mieux sentie, que, dans le même temps, les Arabes brûlèrent tous les livres grecs en Égypte, et même coupèrent la langue à trente mille personnes de cette nation !. Sur l'an 1566, on trouve dix-neuf jeunes Grecs, de l'ile de Chio, martyrisés par les Turcs pour la foi catholique, dont un de la noble famille des Justiniani ,

L'an 1581, le pape Grégoire VII apporta aux maux spirituels de la Grèce un remède plus efficace et plus général, 11 fonda à Rome le collége grec, dédié à saint Athanase, avec des revenus convenables. IL'en sortit bientôt plusieurs personnages illustres par leur doctrine et leur piété,

Archevêques, — Jean Matthieu Caryophile de Crète, archevêque d'Icône, qui revint finir ses jours au collége grec de Rome, et publia plusieurs opuscules en grec et en latin pour la défense de l'unité catholique. Nicodéme Arcas de Christianople, dans le Péloponèse. Retourné dans sa patrie après ses études, il instruisit l'archevêque de Patras des diverses sciences, mais surtout de la théologie; ordonné prêtre, il cultiva l'esprit des Grecs, non sans beaucoup de succès, par toutes les institutions de piété qu'il avait puisées au collége. Dans l’épiscopat, ilinstruisit son peuple et de parole et d'exemple, et n'eut jamais rien au-dessus de Ja foi Catholique. Jean de Lithuanie, qui, devenu métropolitain de Russie, mourut plein de jours et de bonnes œuvres, et en réputation de sainteté, Laurent Creusa, archevêque de Smolensk, qui essuya pour la foi catholique bien des travaux et même péril de la vie. Jacques Barberigo, métropolitain de Paros et de Naxos, qui fut égorgé par les schismatiques lorsqu'il se rendait en Pologne. Ensuite plusieurs autres archevêques de la Russie polonaise, qui vivaient encore lorsque Léon Allatius écrivait son ouvrage.

vêques. — Pierre Coletti de Chypre, évêque de Chersonèse, dans l'ile de Crète. Élie Morocow de Léopol, évêque de Vladimir, en Russie. Siméon d’Albanie, Carme déchaussé, mort en odeur de sainteté, lorsqu'il se rendait de Rome en Albanie pour résider dans son évêché. Jérôme Pozoposc, moine russe, évêque de Lucow, en Russie. François Gozadin, évêque de Zacynthe et de Céphalonie. Nicéphore Mélissène de Constantinople gouverna d’abord l'église des Grecs, à Naples, où, il enseigna aussi publiquement les lettres grecques ; retourné à Byzance, il confirma le patriarche Raphaël dans la communion romaine qu'il avait embrassée; créé métropolitain de Paros

1Allatius, De Eccl. Occid. et Orient. Perpetud consensione, 1, 8, c. 7, n. 3 et 4. —?]Jbid., n. 6.

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610 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVII. — De 1605

et de Naxos, il eut beaucoup à souffrir du successeur schismatique de Raphaël, fut longtemps tenu en prison par les Turcs, se réfugia en Italie, et y devint évêque de Cortone.

Du même collége sortirent plusieurs hommes illustres par leurs écrits. Nicolas Allemanni, de l'ile d'Andros, mort bibliothécaire du Vatican. Pierre Arcudius, né dans l'ile de Corfou. Clément VIII l’employs dans plusieurs affaires dont il s’acquitta avec succès, notamment en Russie, où il fut envoyé pour régler des contestations élevées dans ce pays sur certaines questions de doctrine, qu'il eut le bonheur de terminer. À son retour, il se retira au collége des Grecs de Rome, et y mourut vers 1634. Arcudius était si attaché aux sentiments de l'Église latine, qu'il obtint du Pape la permission de célébrer la messe selon le rite latin, après s'être conformé jusquelà au rite grec. Il composa contre les luthériens et les calvinistes un traité de la Cncorde de l'église occidentale et de l’église orientale sur l'administration des sacrements. Îl y prouve que les deux églises étaient anciennement parfaitement d’accord, non-seulement sur la doctrine, mais encore sur l'administration des sept sacrements; que les Grecs modernes n’ont rien changé sur leur nature, leur nombre et leur vertu; que les changements qu'ils se sont permis dans l'administration sont peu considérables, et n’ont rien d’incompatible avec la discipline de l’église latine à cet égard. Nous avons d'Arcudius deux autres traités rares et curieux : 4° Opuscule intitulé : S'il y a un purgatoire, et s’il est par le feu? 2 Du feu du purgatoire, contre Barlaam. IL a encore traduit du grec en latin, et fait imprimer à Rome en 1630, plusieurs traités des nouveaux Grecs, principalement sur la fameuse question de la procession du Saint-Esprit 1.

Mais le plus savant de tous ces Grecs et celui qui nous fait connaître les autres, c’est Léon Allacci ou Allatius, né dans l’île de Chio l'an 4586. Dès 1600, il vint à Rome, y fit ses études dans le collége grec, et y pratiqua la medecine, après avoir passé quelque temps dans sa patrie. Mais bientôt il quitta cet art, et se livra tout entier à l’ancienne littérature. Il fut quelque temps professeur de langue grecque au collège grec de Rome, puis quitta cet emploi pour vivre tout entier à ses occupations littéraires. De nombreux écrits sur des matières de théologie, d'histoire, d'archéologie et de littérature ancienne, qu'il enrichit par l'édition de beaucoup d'écrivains, furent les fruits de son heureux loisir. Le pape Grégoire XV l'envoya en Allemagne, l’an 4622, pour transporter à Rome la bibliothèque

1 Biogr, univ.,t.2.

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à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 641

de Heidelberg, dont l'électeur de Bavière avait fait présent à ce Pontifo. Le cardinal Barberini le fit ensuite son bibliothécaire, Enfin il fut nommé, l'an 1661, bibliothécaire du Vatican. De plus, jamais il ne se refusait à aucun travail d'utilité publique, et mourut en 1669 à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Il vécut dans le célibat, mais sans vouloir entrer dans les ordres. Le pape Alexandre VII lui demandait un jour pourquoi il ne voulait pas les recevoir. « C'est, lui répondit Ailatius, pour pouvoir me marier quand je voudrai. — Mais, reprit le Pape, pourquoi donc ne vous mariez-vous pas ? C’est répliqua-t-il, pour pouvoir prendre les ordres quand la fantaisie m’en | prendra. »

Le principal ouvrage de Léon Allatius a pour titre: Du consentement perpétuel de l'église occidentale et orientale, en trois livres, dont voici la substance, C'est une erreur de dire que l'Église romaine s’est détchée de l’orientale, quoique certains Grecs je prétendent. L'Église romaine et l'orientale, si par celle-ci l’on entend proprement les R Grecs, et non pas les schismatiques que les Grecs eux-mêmes déclarent hérétiques, a toujours été une et la même ; et, pour le prouver, il faut remonter jusqu'aux premiers temps du christianisme. Après l'ascension de Jésus-Christ, Pierre, qui fonda le patriarcat à Antioche et l’Église romaine, était le pasteur suprême de la chré- ; tenté, et c'est une erreur de soutenir que Paul, quoiqu’un apôtre

distingué, lui fût égal. Autre chose est l'office d'apôtre, autre chose k primauté, Dans le Pontife romain, Vicaire du Christ, se réunit la dignité d'évêque, de patriarche et d’apôtre. Les droits d'évêque et de patriarche, il les partage avec d’autres ; mais la dignité de successeur de Pierre lui appartient à lui seul : et qu’on l'ait déjà reconnue dans les premiers temps, cela se prouve par la décision du concile de Sardique, d'après laquelle il est libre d’en appeler au Pontife romain, Celui qui peut le moins lui arracher cette primauté, c’est le patriarche üe Constantinople, le plus récent des patriarches, quoi que les Grecs puissent dire pour exalter leur patriarche et abaisser le Pontife ro-

ain, en prétendant qu'il a reçu sa puissance, non de Jésus-Christ hais des empereurs et des conciles. La coutume d'appeler au Ponie romain, qui avait déjà lieu dans les premiers siècles, demeura tgalement dominante dans les siècles subséquents, et les Grecs euxmêmes ont avoué qu'à l'évêque de Rome appartient une puissance universelle sur toute l'Église. I n’y a que l'Église romaine qui ait txercé le droit de donner des lois aux autres églises, d'assembler et de dissoudre des conciles, et même beaucoup de patriarches ont reonu cette supériorité du Pontife romain.

Léon l’Isaurien, continue l’auteur dans le second livre e IvYOYyA Sa X v.

confession de foi à l'évêque de Rome, lors de son avénement à l’empire, et cet exemple prouve aussi que les Grecs, même lorsqu'ils s'étaient détachés quelque temps du sein de l'Église romaine, y sont cependant toujours retournés, C’est une prétention erronée des schismatiques que, dans les temps de cet empereur, par la faute des Latins, notamment par l'insertion du mot f'ilioque dans le symbole, a eu lieu la séparation des églises. Il n’est pas moins erroné de prétendre que la chute de l'empire d'Occident a entrainé la perte de la primauté que s'était attribuée l’évêque de Rome, ou qu'une altération de la foi a causé cette perte ; car l'addition au symbole n'est pas une hérésie. Lorsque surgit l'empire des Francs et que Rome fit détachée de l'empire d'Orient, les empereurs soumirent à la juridiction du patriarche de Constantinoples les provinces qui leur étaient demeurées fidèles , et qui jusqu'alors dépendaient immédiatement du Pontife romain. C’est à tort qu’on a présenté les différends nés à ce sujet pour un schisme des églises; il est, au contraire, certain que, même depuis ce temps, l’évêque de Rome a exercé sur les patriarches de Constantinople les droits qui lui appartiennent comme vicaire du Christ. Après l'expulsion de Photius, on régla tout dans l'église de Constantinople suivant la volonté de l'évêque de Rome ; et quoique

HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL — De 1605

ce patriarche ait été réintégré de nouveau, les Pontifes romains nef

l'ont pas moins excommunié et déclaré nuls tous ses actes. C'est

Photius qui causa le schisme: aussi mourut-il excommunié , et l'on $

se trompe quand on s'imagine que le schisme a été causé par l'ad-

., . . ! D: L | dition au symbole. Les patriarches qui succédèrent à Photius recon-

nurent de nouveau la suprématie du Pontife romain, et, encore qu'il

se trouvât quelques schismatiques isolés qui écrivirent contre les

Latins, par exemple le patriarche Cérulaire dans le onzième siècle,

cependant l'union des deux églises continua, et plusieurs empereurs, | Alexis Comnène, Jean Comnène, Manuel, prirent à cœur de la con-$ server. Michel Paléologue en particulier s'efforça de réunir les Grecs À

schismatiques avec l Église romaine ; mais son fils Andronique, pour

la perte de sa dynastie et de son empire, rompit l'union que son pèrt à

avait procurée. Sans doute, sous son gouvernement et sous celui de ses successeurs immédiats , l'esprit de schisme se répandit toujours davantage ; beaucoup de Grecs étaient hostiles aux Latins, et les

combattaient par de nombreux écrits. Toutefois, dans ces temps-là par de

même, les plus sages et les meilleurs témoignaient au Pontife romain le respect qui lui est dàù.

Surtout, et c’est par là que commence le troisième livre, Jean Paléologue eut à cœur de faire cesser le schisme, négocia avec le pape Euodne IV à Ferrare. et nrocura le concile de Florence. par lequel,

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v, LXXXVIL, — De 1605

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Liont aux Latins le reproche d’avoir quitté les anciens us

à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 643

quoique les Grecs schismatiques l’aient prétendu, la foi et les usages de l'église grecque n'ont point été changés. Ceux qui souscrivirent les décisions de ce concile ne changèrent point de sentiment à leur reour en leur patrie, et l'empereur soutint l'union conclue à Florence quoiqu'il y eût un parti contraire à la pai: de l'Église, et que quelques-uns; comme Marc d'Éphèse et Scholarius, écrivissent contre les Latins. Après que les Turcs furent devenus maîtres de Constantinople, la plupart des Grecs eurent pour les Latins moins d’aversion qu'auparavant, Le patriarche Gennade écrivit une défense des cinc articles, sur lesquels on s'était accordé à Florence. Il existait un coiffe merce perpétuel entre les Grecs et les Latins, et les Portifes romains aidèrent les Grecs de toute manière dans leur détresse. La confession de foi des Grecs modernes, sauf l'addition Filioque, s'accorde complétement avec la doctrine des Latins, et où les Grecs et les Lalins se trouvent ensemble, ils vivent dans les relations les plus amicales. Beaucoup de Grecs, en Italie, “bservent les rites de l’église grecque et sont soumis à l'évêque de Rome. Et cela peut aisément se faire ; car l'unité de l'Église ne consiste point dans l'unité des rites et des coutumes, mais dans l'unité de la créance et de la doctrie. Les usages peuvent changer, mais la foi est immuable, Les Grecs et les Latins s'accordent dans la foi et forment par là une même Église , et c'est une fausseté de dire que l’évêque de Constantinople excommuiie chaque année les Latins. C'est aussi à tort que les Grecs

AQES: oûr même les usages et les coutumes des Grecs ne sont pas Léon meurés les mêmes,

D'après cet ensemble de l'ouvrage d'Allatius, on voit qu’il y a une Grèce catholique-romaine et une Grèce schismatique : comme il y a une Allemagne, une Angleterre catholique, et une Allemagne ia Angleterre protestante. .

: D'autres ouvrages du même auteur sont : Accord de l'une et l’autre Eglise sur le dogme du Purgatoire ; Justification du concile d'Épèse et de saint Cyrille, sur ce que le Saint-Esprit procède du Père du Fils; Manuel de la procession du Saint-Esprit, en grec moderne; Des livres ecclésiast iques des Grecs ; Traité fi

pos du huitième concile e Photius, etc. ete. Allatius se délassait de ses tr

avaux théologiques là patrie d'Homèr ï A à :

ère, qu'il prétend être l’île de C il était Ini 5 qu} e de Chio, dont il était lui-

nue un grand nombre d’autres écrivains catholiques que nomme lus parmi les Grecs de son temps , il signale plusieurs savants secs qui, Sans écrire, honorèrent la foi romaine par leur prédication

et leur vertu. Michel Melline , de Crète, étant retourné de Rome en sa patrie, exhortait ses parents schismatiques à se soumettre au Pontife romain : ses parents en colère le chassèrent de la maison , et le dépouillèrent de ses biens ; Michel supporta le tout avec patience, et, pour avoir de quoi subsister, ouvrit une école, qui lui donna moyen de contribuer au salut de beaucoup d’autres. Michel Venérius, pareillement de Crète, ayant mal aux yeux, fut obligé de retourner en sa

atrie à l’âge de dix-huit ans. Interrogé par ses parents, qu'est ce Pa

qu'il avait appris à Rome? il répondit : Beaucoup d'excellentes choses, y ayant appris que le Pontife romain est le chef de l'Église, et que celui qui ne l'avoue pas est condamné à des peines éternelles, Ses parents irrités l'expulsent de la maison et du pays : le jeune

homme supporta patiemment cet exil volontaire et perpétuel tant f

que ses parents vécurent. Josaphat Azales, du Péloponèse, ayant achevé ses études, fut envoyé au monastère de Saint-Sauveur, près

de Messine, pour y enseigner les moines basiliens ; puis il est élu pro- | fesseur de langue grecque dans le gymnase de Messine. Ordonni | prêtre, il alla au Mont-Athos, et y enseigna la vérité de la foi : il fut 4

envoyé de là par son hégumène à Paul V, pour le reccnnaître et le vénérer comme chef de l'Église. Ignace Mindoni, de Chio, moine de Saint-Basile, étant retourné de Rome en Grèce, y ouvrit pendant plusieurs années une école de littérature , non sans de grands avantages pour les Chrétiens. Parti delà pour Trébisonde, il adoucit par

se :

offr il $’ sa F

M diai par com y fo dan les « tie « proc ces |

à revil

chez jour

Grot mira P:

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ses soins les mœurs féroces de cette nation, qui le respecta bientôt#

comme un prophète, à tel point que le sultan recourut à son autorité pour maintenir ces peuples dans l'obéissance. Appelé ensuite à Constantinople par le patriarche Raphaël, il est établi recteur de l’église

patriarcale de Chrisopège, où il travaille beaucoup pour l'Église ro-|

maine. François Coccus, de Naxos, ayant fini ses études et mérité le grade de docteur en philosophie et en théologie, retourna dans sà

patrie, où il parla publiquement, avec beaucoup de science et def piété, pour l'autorité du Pontife romain, et attira plusieurs à son

obéissance. Ce qu'ayant su, le patriarche le fait venir malgré luià

Constantinople, l’entretient sur des matières de rehgitn, reconnaît la}

vérité, abjure le schisme, se prosterne en esprit aux pieds du souve-

rain Pontife, et lui envoie le même savant pour lui faire hommage} bé a lee,

d'obéissance ; mais cet excellent homme mourut dans le voyage. Jean Pamphili, de la ville d'Andros , de retour parmi les siens , comme

défendait l'Église romaine, fut exposé aux plus grands périls, frappés a coups de bâton et de nerfs de bœuf, torturé jusqu'à la mort et condamné aux galères, d'où il est racheté par l'évêque latin de la villes

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[Liv. LXXXVII, — De 1605

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aucoup d'excellentes le chef de l'Église, et les peines éternelles, et du pays : le jeune

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èce, y ouvrit pendant sans de grands avansisonde, il adoucit par

à 1650 de l'ère chr] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

se rend à Alexandrie pour y propager la foi; les Hollandais lui offrent le patriarcat s’il veut se déclarer pour le calvinisme ; comme il s’y refusa constamment, il courut bien des dangers et revint dans sa patrie,

Michel Neurida, de l'ile de Chio, oncle de Léon Allatius, étu-

diait la philo ophie au collége grec de Rome , lorsqu'il fut choisi par l’ordre de Clément VII pour aller avec quelques Pères de la compagnie de Jésus dans l'île de Chio , y consolider leur mission, y fonder des académies grecques, puis revenir reprendre ses études dans le même collège. Il y fit tant de bien, et forma si heureusement les enfants du pays aux sciences et aux mœurs, que toute cette partie de la Grèce ne cessa de le regretter vivement, et qu’il parvint à procurer dans Constantinople même un collége aux Jésuites ; ce que ces Pères n'avaient pu obtenir jusqu'alors. Après quelques années, il

jrevint à Rome, rentra au collége, acheva ses études ; puis il entra

chez les Jésuites , qu'il aimait tendrement , et y passa le reste de ses

Liours. Un autre Grec de Chio, Philippe Moreti, moine basilien de la

qui le respecta bientôt #

ecourut à son autorité Appelé ensuite à Conabli recteur de l’église

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* Jui faire hommagth à : es ; . re De lu M liée, archevêque de Castovie; Cabrt !, métropolitain de Méthimne,

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Urotte-Ferrée, mourut à Messine, renommé par sa sainteté et ses miracles, et surnommé le Fléau des Démons 1.

Parmi les patriarches contemporains de Constantinople, Allatius compte plus d’un catholique uni à l’Église romaine. Cyrille de Bérée, un des successeurs intérimaires de Cyrille Lucar, ayant condamné celui-ci dans un concile, finit par être relégué à Tunis, où les principaux des Musulmans, assistés du bourreau, le pressèrent d’abyurer le christianisme pour embrasser Mahomet, Il réponcit qu’il voukit mourir avec l'Égliseromaine et le Christ, Aussitôt il fut étranglé : à Rome, il fut question de le mettre au nombre des martyrs ?, Parlhénius Îer, successeur de Cyrille de Bérée, condamna, l'an 1649, dans deux conciles à Constantinople et à Tassi, les erreurs calvinennes de Cyrille Lucar.

Vers ce temps, plusieurs évêques grecs firent le voyage de Rome, w réconcilièrent avec le Saint-Siége, et retournèrent chez eux ou se ixèrent en Italie. Pacôme, évêque de Coron ; Théophane, évêque de Néthone ou Modon; Timothée de Cyrène; Macaire, évêque de Milon, puis métropolitain de Paronaxie ; Nathanaël, archevêque de Leucade ; ltôme, archevêque de Durazzo, et son successeur Chariton ; Hiéro-

lans l'île de Mitylène ; Chrysanthe, métropolitain de Lacédémone ; Uyrille, métropolitain de Tréhisonde : Athanase , métropolitain d’Im-

iros ; Melèce, métropolitain d'Amasée ; plusieurs archevêques d’A-

1 Leo Allat., 1, 3, ©. 7. — ? Ibid.

Gr

cride, savoir : Porphyre, Athanase, Abram Mesapsa. Le patriarche Athanase IE, surnommé Patellarius, successeur intérimaire, en 1634, de Cyrille Lucar, ayant été expulsé, vint à Ancône, où il fut reçu avec munificence par Urbain VII, et réconcilié à l'Église romaine : il retourna en Orient, et fut pourvu de l’archevêché de Thessalonique !,

Allatius cite encore plusieurs saints personnages de son temps, même des martyrs. Peu avant qu'il quittât lui-même Chio, un jeune homme, que l'on ne connaissait que sous le nom de Théophile, fut accusé faussement près du cadi d'avoir promis d'abjurer la religion chrétienne pour embrasser le mahométisme. Il le nie. Le Turc lui demande s'il veut se donner à Mahomet. — Je déteste ce nom, répond-il ; je suis Chrétien, et Chrétien je mourrai. Insensible aux promesses et aux menaces, il est battu et torturé horribiement, puis jeté demi-mort dans un cachot. £e lendemain, il est empalé et consumé par les flammes. Celles de ses reliques qu'on put avoir furent portées à Venise.

L’an 1600, le 7 janvier, termina sa sainte vie Marie Raggia, de Chio. Elle était née duns cette île, d’une famille des plus nobles et des plus riches. Jeune, elle épousa, malgré elle et par l'ordre de ses parents, Jean-Marie Mazza, très-homme de bien, et eut quatre fils, dont deux, Nicolas et Basile, entrèrent dans l’ordre de saint-Dominique, et s’y rendirent non moins célèbres par leur piété que par leur doctrine. Chio ayant été prise par les Turcs, Marie passe à Constantinople, puis en Sicile, pour mettre en sûreté le salut de ses enfants, à qui les Turcs dressaient des embûches. Son mari ayant été massacré par les Turcs en allant à Naples, elle prit l'habit du tiers-ordre de Seint-Dominique, et vint à Rome habiter dans la maison des époux Jean-Baptiste Marini et Théodore Justiniana, ses compatriotes, non moins illustres par leur piété et leur charité que par leur haute naissance. Elle y vécut en sainte, pratiquant toutes les vertus religieuses ; la virginité, qu'elle s’aflligeait d'avoir perdue par le mariage, elle

s’efforçait de la suppléer par la chasteté perpétuelle ; nuitet jour, el chez elle et à l’église, elle priait à genoux avec larmes : éprouvée par les démons et les maladies, elle reçut l'impression des stigmates aux pieds, aux mains, au côté, et sur la tête celle de la couronne d’épines : elle fit de son vivant plusieurs mi acles, mourut le Jour que nous avons dit, et fut enterrée dans l'église Super Minervam, en la chapelle de Sainte Madeleine ?.

La Russie fut aussi glorifiée par le martyre de Josaphat Konkewitz.

4 Leo Allat.,n. 7. — ? Ihid., n. 10,

Liv. LXXXAVIL. — De 1605

ipsa. Le patriarche ntérimaire, en 4634, ÿne, où il fut reçu à l'Église romaine :

vêché de Thessalo-

ages de son temps, nême Chio, un jeune im de Théophile, fut d'abjurer la religion le nie. Le Turc lui déteste ce nom, ré- . Insensible aux prorribiement, puis jeté empalé et consumé ut avoir furent por-

e Marie Raggia, de le des plus nobles et et par l’ordre de ses n, et eut quatre fils, rdre de saint-Domiur piété que par leur rie passe à Constansalut de ses enfants, nari ayant été massa- ‘habit du tiers-ordre s la maison des époux es compatriotes, non e par leur haute naises vertus religieuses; par le mariage, elle uelle ; nuitet jour, ef ec larmes : éprouvée ression des stigmates le de la couronne d'é- , mourut le jour que uper Minervam, en la

> Josaphat Konkewitz,

à 1650 dé l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 647

archevêque de Polocz. Il naquit à Volodimir, de parents pieux et catholiques, et reçut au baptême le nom de Jean. A l'âge de vingt ans, il entra chez les moines de Saint-Basile, Les schismatiques l'ayant sollicité d'embrasser leur communion, il leur répondit qu'il ne voulait point abandonner l’Église romaine. Cette réponse alluma dans eux une haine qui ne s’éteignit que dans son sang. Son abbé, Joseph Velamin, ayant été fait métropolitain de la Russie, il fut élu archimandrite à sa place : non-seulement il augmenta le nombre des moines, mais encore leur régularité. Successeur de Gédéon dans l'archevèché de Polocz, il ne cessa de prier Dieu jour et nuit pour le retour des schismatiques. Le premier à matines, il éveillait souvent les autres. Pendant les vingt dernières années de sa vie, il n’usa point de linge, mais affligeait son corps par un rude cilice. Il s’abstenait de chair, mangeait rarement du poisson, ne vivant que d’herbes, de légumes et d'eau, ne dormant que peu et sur la terre nue, tout appliqué à la contemplation. On ne saurait dire toutes les peines qu'il se donna pour corriger les mauvaises mœurs, convertir les hérétiques et les schismatiques, soulager les malheureux, restaurer ou bâtir des églises. Aussi l'appelait-on le père de tout le monde. Devenu par là odieux aux hérétiques, il en éprouva bien des embûches, qu'il évita par la grâce de Dieu. Mais enfin, le douze novembre 1623, excités par l'évêque schismatique et intrus de Poloez, les sectaires se jettent en furie sur le palais archiépiscopal, maltraitent les servi teurs, lorsque le saint archevêque, revenant des matines, leur dit : Pourquoi cet emportement? pourquoi faire du mal à des personnes innocentes? Faites contre moi ce qu'il vous plaira. Aussitôt, après lui avoir tiré une grêle de balles, ils lui fendent la tête à coups de bâton et de hache, traînent son cadavre avec une corde à travers les rues, et le précipitent au plus profond du fleuve, après y avoir attaché beaucoup de pierres. Une lumière ayant indiqué l'endroit, les fidèles l'en tirèrent, le mirent dans une châsse, et l’ensevelirent dans l'église cathédrale, où il est illustré par des miracles. Tous ces faits ayant été constatés juridiquement, Urbain VIT l’inscrivit au catalogue des saints martyrs, le seize mai 1643, et en fixa la fête comme d'un martyr pontife au jour de sa mort, douze novembre, pour tous les moines de l’ordre de Saint-Basile, et pour toutes les églises de la métropole de Russie 1,

L'année 1643, le sixième de juin, un Crétois, Marc Cyriacopule, souffrit la mort pour la foi chrétienne. Jeune’ encore, et ne pouvant supporter les mauvais traitements de son père, il se rend à Smyrne,

1 Leo Allat., 1, 3, n, 11,

648 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIT. — De 1605

âgé de seize ans, et y embrasse le mahométisme, à la grande joie des Turcs. Deux ans après, il rentre en lui-même, retourne en Crète, y passe deux autres années dans les prières, les jeûnes et les larmes : non content de ces'pénitences, il revient à Smyrne en habit de Chrétien. Un marchand de sa connaissance le rencontre, lui demande ce qu'il vient faire, s’il ne sait pas la peine de mort qui l'attend :.il l'exhorte à s'enfuir au plus vite, et lui en offre les moyens. Le jeune homme le remercie, lui raconte son histoire, ajoutant qu'il vient donner sa vie pour celui qu'il a eu la faiblesse de renier. Aussitôt il entre dans une église, y passe la nuit en prière, se confesse avec larmes, reçoit la communion, puis, sorti de là, distribue aux pauvres l’argent qui lui reste. À un Turc qui le connaît fort bien, il raconte ce qui lui est arrivé : l’autre, par compassion, s’efforce de le ramener au mahoinétisme, mais vainement. D'autres Turcs surviennent, qui le mènent au cadi. Les exhortations n’y ayant rien fait, le juge lui fait appliquer cent cinquante coups de nerfs de bœut sur les pieds et sur le ventre, puis jeter en prison, où il n’apparaît plus aucune trace de ses plaies. Il y passe six jours, privé à peu près de toute nourriture : les Turcs le visitent continuellement, pour le gagner à force de promesses. Comme il demeure inébranlable, le juge le condamne à avoir la tête tranchée : le bourreau, par maladresse ou cruauté, la lui hache en lambeaux plutôt qu’il ne la lui coupe. Les Chrétiens rachètent son corps pour une très-grande somme, et lui donnent une sépulture honorable t,

Nous avouons humblement que, avant d’être amenés par la divine Providence à recueillir ces faits pour les écrire, nous ne savions pas, nous ne soupçonnions pas même, qu'il y eût parmi les Grecs du dixseptième siècle autant d’évêques, de docteurs, d'écrivains et de fidèles catholiques. En vérité, les miséricordes de Dieu sont plus grandes qu’on ne pense, même envers les nations qui paraissent les plus délaissées. Les pontifes, les prêtres, les fidèles de l'Occident, qui peuvent se trouver en position de ramener au sein de l'Église ceux des Grecs qui n’y seraient pas encore, feront bien d'étudier ces vues de la miséricorde divine sur eux dans les derniers siècles, ainsi que les ouvrages que les Grees catholiques y ont publiés pour seconder ces vues, ouvrages qui ne sont point assez connus en Occident, en particulier ceux de Léon Allatius.

Un autre écrivain d'Orient, né dans le dix-septième siècle, mais de la nation si catholique des Maronites, Joseph-Simon Assémani, nous fait connaître, dans sa Bibliothèque orientale, l'état des églises

1 Leo Allat., n. 12.

Liv. LXXXVIL. — De 1605

, à la grande joie des ‘etourne en Crète, y ünes et les larmes :

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 649

de Syrie, de Chaldée, de Babylone et d'Égypte. L'an 1522, Siméon, patriarche des Maronites, envoya au pape Adrien IV Moïse, fils de Soada, homme distingué par sa piété et son zèle, pour lui demander la confirmation et le pallium : ce qu'il obtint. Moïse célébra son voyage à Rome dans un poëme syriaque. L'an 1524, il fut le successeur de Siméon, et mourut en 1567. Il avait donné beaucoup de champs et de terres au monastère de Sainte-Marie en Canobin : il fut pleuré de tout le peuple des Marcutes, et enterré dans la grotte de Sainte-Marine, On fit de sa chambre une chapelle, avec deux autels à saint Pierre et à saint Paul, afin que personne n'y habitât après sa mort. On garde dans le monastère de Canobin les lettres de quatre Papes au patriarche Moïse : Clément VII en 1531, Paul II en 1549, Paul IV en 1556, et Pie IV en 1562. Le patriarche avait envoyé à ce dernier l'archevêque de Damas, pour assister, en son nom et au nom de la nation des Maronites, au concile de Trente. Comme l’ambassadeur ne savait point de latin, et même fort peu d'italien, le Pape fut d'avis qu’il assisterait inutilement au concile, n’y pouvant rien comprendre ni expliquer, mais qu’il suflirait que le patriarche, avec ses suffragants, approuvât ce que le concile approuve, et condamnât ce qu'il condamne !.

Georges Amira, fils de Michel d'Éden, vint à Rome, l'an 1583, pour y faire ses études dans le collége des Maronites, fondé récemment par Grégoire XIIT ; y ayant achevé son cours de philosophie et de théologie, il revint dans sa patrie l'an 1595. L'année suivante, il assista au concile des Maronites, à Canobin, que le patriarche Sergius Rise avait convoqué par ordre de Clément VIIL, pour repousser les erreurs qu’on imputait à leur nation : Georges Amira y acquit une grande réputation de doctrine et de prudence. C'est pourquoi, vers la fin de la même année, le patriarche Joseph, neveu et successeur de Sergius, le sacra évêque d'Éden; enfin, après la mort de Jean, successeur de Joseph, il fut lui-même élu patriarche par les communs suffrages des évêques, le vingt-sept décembre 1633, et confirmé en 1635 par le pape Urbain VIE. Il mourut en 1644, la même année que ce Pape. Il avait publié à Rome, en 1596, une grammaire syriaque, qui a été abrégée par d’autres savants Maronits. Il écrivit aussi en arabe un livre De La construction des édifices, à la prière de Facreddin, chef des Druses dans l’Antiliban 2.

Isaac de Sciadre, instruit dans les lettres latines, syriaques et arabes au collége des Maronites, à Rome, de l'an 1603 à 1618, est minoré, en 1619, par Georges Amira, alors évêque d’Éden ; l'année suivante,

! Biblioth. orient. t. 1,p. 522, — ? Ibid., p. 552.

650 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII. — De 1605

il reçoit le sacerdoce, avec les fonctions d’archiprètre de Béryte, après avoir épousé une femme suivant l'usage des Orientaux : sa femme étant morte, il est ordonné évêque de Tripoli en Phénicie par le patriarche Jean Macluphe. Il est auteur d’une grammaire Syriaque, en syriaque même, de deux pièces de poésie en l'honneur du pape Urbain VII et du patriarche Macluphe, ainsi que de questions théologiques en arabe 1.

Joseph, de la famille Alipia, ordonné évêque de Sidon, l'an 1626, par le patriarche Macluphe, fonda un monastère considérable de religieuses dans la Chosroène, en un lieu nommé Haras. Le quinze août 1644, il succéda, comme patriarche, à Georges Amira. Il mourut le trois novembre 1647, à l'âge de soixante-quatorze ans. Il écrivit en syriaque une grammaire qui a été publiée par la Propagande en 1645; il écrivit aussi divers poëmes en arabe, notamment sur la réforme du calendrier, contre les calomnies de quelques Orientaux ?,

Les Chaldéens, ce peuple primitif duquel sortit le patriarche Abraham, et dont les Babyloniens, les Assyriens et les Syriens ou Armépiens ne sont que des branches qui s’étendirent dans les plaines, subsistent encore dans leurs âpres montagnes et dans les contrées voisines : ils conservent la même langue qu’au temps du patriarche, langue qui leur est commune avec les Hébreux, sauf les différences de dialecte. Une partie de cette antique nation est catholique, l'autre infectée des hérésies de Nestorius et d'Eutychès, ce Luther et ce Calvin du cinquième siècle, qui protestèrent l'un contre l’unité de personne, l’autre contre la distinction des natures en Jésus-Christ.

Pendant le seizième et le dix-septième siècle, les Chaldéens catholiques eurent plusieurs personnages d’un mérite distingué, principalement leur patriarche Jean Sulaca, qui mourut martyr pour la

foi orthodoxe. La résidence du patriarche était à Mosul, l'ancienne | Séleucie, sur le Tigre, non iain de l’ancienne Ninive, où Jonas vint |

prophétiser : Encore quarante jours, et Ninive sera détruite. Depuis cent ans, une famille puissante s'était emparée de la dignité patriarcale, et la transmettait à un de ses membres, lorsqu’à la mort du dernier patriarche, en 1551, il n’en resta plus qu’un, son neveu. Îl fit ce qu'il put pour être élu à sa place, mais ne réussit point. Les députés de la nation chaldéenne se réunirent à Mosul, de toutes les provinces où elle était répandue, entre autres de la Babylonie, d’Arbèle, de Tauris en Perse, de Nisibe, de Mardin et d'Amid. Les suffrages se portèrent sur Jean, fils de Daniel, de la famille Bélu, nommé avant son ordination Sulaca en syriaque, Siud en arabe, et

1 Biblioth. orient.,t. 1, p. 552. — 21bid., p. 553.

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D: 549. — 5 [bid., p. 551.

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que quelques Occidentaux appellent Siméon, C'était un savant et vertueux moine. Or, l'usage de l'église chaldéenne était que le patriarche füt consacré par quatre métropolitains, ou, s’il n'y en avait pas quatre, qu’il jusqu'à Rome recevoir l'ordination du Pape même, source de L4 juridiction ecclésiastique par tout l'univers. C'est ce que disent actes mêmes de l'élection, Mais, au lieu de quatre métropolitains, il n'y en avait pas un sul: patriarches de la famille Mama n’en avaient point ord utre depuis un siècle, et de toute cette famille il ne restait plus qu'un membre , qui était évêque. En conséquence , on envoya le patriarche élu à Rome avec des lettres : soixante-dix dé] és l'accompagnèrent jusqu'à Jérusalem, et trois évêques jusqu’à Rome même. C'était en 4553. Le pape Jules III reçut avec bonté le nouveau patriarche des Chaldéens, le confirma dans sa dignité, lui donna le pallium, et le renvoya comblé de présents. Jean Sulaca retourna donc en paix dans sa patrie, fut reçu avec joie dans la ville d’'Amid, où il \ deux métropolilains, dont l'un Abdjésu, qui fut depuis son successeur. Après quatorze mois, le neveu de l’ancien patriarche, furieux de voir le n veau respecté de tout le monde, gagna par argent le gouverneur ture, qui le fit arrêter, frapper de verges, jeter en prison, et enfin étrangler. C'était en 1555. On a de ce patriarche la profession de foi qu'il fit à Rome 1,

Il eut pour successeur Abdjésu, qu'il avait fait évêque de Gozarte, grande île du Tigre. C'est le même Abdjésu que nous avons vu arriver à Rome, sous Pie IV, vers la fin du concile de Trente. Il était habile dans les lettres syriaques, arabes et assyriennes. On a de lui un poëme sur, son voyage de Rome et sur son élévation au patriarcat, et un autre à la louange de Pie IV 2,

Nous avons vu, en 1616, un autre patriarche des Chaldéens, Élie, touché de l'humilité avec laquelle Paul V lavait les pieds des pèlerins orientaux, lui envoyer une députation , reconnaître son autorité suprême, lui soumettre sa profession de foi, et corriger ce que le Pape y trouva d’inexact . Le chef de cette légation était l’archimandrite Adam, qui depuis fut établi, sous le nom de Timothée, évêque d’Amid et de Jérusalem pour les Chaldéens; on a de lui trois discours sur la foi, contre les erreurs de Nestorius, dont une partie de ses compatriotes étaient infectés #, Un autre prélat catholique des Chaldéens, à cette époque, fut Gabriel, archevêque de Hasan-Cépha, c'est-à-dire Forte-Pierre. Il publia deux pièces de vers en l'honneur du pape Paul V5.

1 Biblioth. orient., t. 1, p. 525,—2bid., p.536. — 3 Ibid., p. 543. — # Ibid,

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