WEBSTER, N.Y
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Ce qui manquait à ces églises lointaines, mal affermies dans la foi orthodoxe et en butte à tant d'ennemis divers, c'était un représentant du Siége apostolique toujours sur les lieux, et par qui elles pussent correspondre sans interruption avec le centre de l'unité, le père commun des fidèles. La Providence y pourvut vers le milieu du dix-septième siècle par la charité d'une dame française. Madame Ricouart, née du Gué-Bagnols, donna soixante-six mille livres pour fonder un évêché latin à Babylone ou Bagdad, et demanda que les évêques fussent toujours français et à la nomination de la Propagande : ce quia été observé jusqu’à ce jour. Le premier évêque de Babylone, qui réunit à ce titre celui de vicaire apostolique d’Ispahan et de visiteur de Ctésiphon , fut un pieux religieux, prédicateur distingué de ce temps, le père Bernard, Carme déchaussé , qui fut sacré à Rome, et arriva dans le Levant en 1640. Après y avoir travaillé quelques années et avoir souffert pour le nom de Jésus-Christ, il crut devoir revenir en France pour instruire le cardinal de Richelieu de l'état de la mission , et s'occuper de l'établissement d’un séminaire où !'on formerait des sujets pour ces églises lointaines. Il acheta pour cela, à Paris, un terrain et des maisons dans une partie du faubourg Saint- Germain; qui, de son nom, s’est appelée rue de Babylone. C'est dans cet emplacement qu'a été bâti depuis le séminaire actuel des missions étrangères : pépinière féconde et perpétuelle de prédicateurs apostoliques et de martyrs, particulièrement de nos jours, pour les Indes et la Chine.
Un successeur de ce premier évêque latin de Babylone, fut un homme célèbre dans le Levant par sa sagesse et sa piété, François Picquet, Lyonnais. Il avait été longtemps consul à Alep en Syrie, et y avait rendu tant de services à la religion catholique, qu'on le regardait, quoique laïque, comme un missionnaire, Estimé des pachas par sa prudence, et craint quelquefois pour sa fermeté, il protégeait les Chrétiens, tantôt de sa fortune, tantôt de son crédit, et montrait pour la religion le zèle le plus actif et le plus généreux. Son mérite et ses talents étaient relevés par le caractère le plus heureux, et sa piété était aussi aimable que solide. Ayant fait un voyage en Europe, et étant passé dans la capitale du monde chrétien, il fut accueilli avec la pius grande distinction par le Pape et par la propagande, avec laquelle il avait entretenu une correspondance fort active pour l’avancement de la religion catholique dans le Levant, Un homme si dé-
voué semblait appelé au sacerdoce. M. Picquet embrassa l’état À
ecclésiastique, etrenonça au consulat. Il reçut les ordres sacrés à près Ge quarante ans, et, vingt ans après, fut promu au siége de Babylone. Des lettres de Louis XIV l'avaient accrédité auprès du schah, ou em-
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mal affermies dans la foi rs, c'était un représentant , et par qui elles pussent e de l’unité, le père comrers le milieu du dix-sepçaise. Madame Ricouart, ille livres pour fonder un anda que les évêques fusla Propagande : ce qui a évêque de Babylone, qui d’ispahan et de visiteur dicateur distingué de ce qui fut sacré à Rome, et ir travaillé quelques an- -Christ, il crut devoir re.
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Picquet embrassa l’état
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auprès du schah, ou em-
L les missionnaires comme les avant-
assadeur. Ce titre, extrêmement respecté en Perse, lui servit à relever età étendre la religion catholique dans ce pays, et à protéger les Chrétiens auprès des autorités Jo-
méniens schismatiques, plus ou moins infectés, les uns et les autres, des erreurs du nestorianisme, il aurait encore fallu deux choses : que les Turcs fussent un peu moins Turcs et laissassent un peu plus de liberté aux chrétiens, et puis, que les Catholiques pussent et voulus sent s'emparer de l'éducation de la jeunesse ; car c'est par la jeunesse et l'enfance que se régénère foncièrement une nation comme le genre humain. I] faut que vous naïssiez une seconde fois, a dit le Sauveur, non-seulement à Nicodéme, mais à tout homme. Or, de
10S Jours ces deux conditions vont s’accomplissant : les Turcs s’humanisent, et les catholiques se font maîtres d'école sur les ruines de Babylone, de Ninive, d'Ecbatanes, de Persépolis 2,
Autant en peut-on dire de l'Égypte et de l'Éthiopie ou Abyssinie chrétiennes, mais infectées plus ou moins des erreurs d'Eutychès Vers le milieu du seizième sièle, l’empereur d'Éthiopie Asnaf où Claude, fils de David, refusa de reconnaître l'évê que le patriarche jacobite ou eutychien d’Alexandri souverner les Chrétiens de son empire, et il deman tugal quelques prêtres catholiques chargés de cette mission. Le pa Jules IL, ainsi que nous avons vu, si Nütiée Baretto, Pour archevêque et patriarche, André Oviédo et Melchior Larnero, pour ses coadjuteurs, avec les titres d'évêques d'Hiérapolis et de Nissa. Ils partent de Rome en 1555, avec dix autres pères ; mais à leur arrivée à Goa et en Éthiopie, les dispositions de l'empereur n'étaient plus les mêmes. Le parti schismatique lui avait peint
coureurs de l’invasi - Péenne. On lui faisait entendre qu'à l'exemple des rois ae What ne serait plus que le tributaire des Conquérants, et que la religion tatholique sanctionnait toutes les spoliations. Asnaf ayant donc entendu le Jésuite Gonzalès expliquer dans son conseil les principaux
1FK 4 Eugène Boré, Correspond, et mémoires d'un voy
s } tv Eugène Boré, ayeur en Orient. Voir
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articles du dogme, lui donna une lettre pour le roi de Portugal, et ainsi le congédia. L'an 1557, André Oviédo péètre en Abyssinie et propose au prince de discuter avec ses docteurs les plus renommés. Claude lui accorde le droit de célébrer les divins offices; il s'empresse même d'assister à ses conférences, mais il n’ose se prononcer pour la vérité. En 1559, il est tué dans une bataille contre les Sarrasins, et son frère Adamas lui succède. Le nouveau prince, élevé parmi les Turcs, organise la persécution contre les catholiques, On les chasse des villes, on les plonge dans les cachcts, on les soumet à tous les genres de supplices que la cruauté sait inventer. Oviédo et ses compagnons sont exilés dans un désert. Un Jésuite est vendu comme esclave. Le patriarche Nunèz meurt à Goa, l'an 1561: Oviédo est appelé à le remplacer ; mais, confiné dans son désert, il le parcourt en tout sens, il porte aux nègres la lumière du christianisme, il les soulage dans leurs douleurs, les console par les exemples de patience et de résignation qu'il puise dans sa piété. Le Pape, apprenant ce fâcheux état des affaires, mande à Oviédo d'abandonner la stérile Abyssinie et d’aller porter l'Évangile au Japon ou à la Chine. Le patriarche d'Éthiopie était dans un dénûment si absolu de toutes choses, qu'il n’avait ni pain pour se nourrir, ni vétements pour se garantir de l’insalubrité du climat, ct que, pour répondre à Pie IV, il fut obligé d’arracher de son bréviaire quelques restes de papier blanc, sur lesquels il traça les paroles suivantes : « Je ne connais, très-Saint-Père, aucun moyen d'échapper; les Mahométans nous circonviennent partout : dernièrement ils ont encore tué un des nôtres, André Gualdamèz; mais, queiles que soient les tribulations qui nous assiégent, je désire bien vivement rester sur ce sol ingrat, afin de souffrir et peut-être de mourir pour Jésus-Christ f, » Ce digne patriarche d’Éthiopie meurt en 1577 : les Jésuites qui avaient partagé sa captivité succombent l'un après l’autre. Deux nouveaux pères, Melchior Sylva et Pierre Paëèz, s’introduisent sous un habit arménien dans cet empire, que le cimeterre des Musulmans protége contre le christianisme. Paèz arrive; il bénit, il honore ces néophytes que les souffrances et que l’abandon n’ont pu changer. Paëz voit l'empereur Asnaf. Touché de son courage, le prince le fait asseoir sur son trône; il l'écoute, il reconnaît la pureté des préceptes évangéliques, et lui permet de les répandre : il se déclare lui-même catholique. A ces nouvelles, les pères Louis d'Azevedo et Antoine de Angelis accourent avec d’autres missionnaires. En 1607, des maisons des Jésuites s'élèvent dans les principales villes d'Éthiopie. Une révo-
1 Crétineau-Joly, t. 5, ©. 4, p. 484.
[Liv. LXXX VIT. — De 1605
» le roi de Portugal, et énètre en Abyssinie et 1rs les plus renommés, divins offices; il s’em- Is il n'ose se prononcer bataille contre les Sarnouveau prince, élevé tre les catholiques. On ichcts, on les soumet à it inventer. Oviédo et , Un Jésuite est vendu rt à Goa, l'an 1561:
finé dans son désert, il > la lumière du chriss, les console par les puise dans sa piété. Le , mande à Oviédo d'aer l'Évangile au Japon dans un dénûment si pour se nourrir, ni vélimat, ot que, pour réson bréviaire quelques les paroles suivantes :
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ourage, le prince le fait la pureté des préceptes : il se déclare lui-même d'Azevedo et Antoine de s. En 1607, des maisons es d'Éthiopie. Une révo-
temps que leur couronne.
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 655
lution populaire, assez commune dans cet empire, emporte le monarque ; Son successeur Susneios ne se montre pas moins favorable que lui à la religion catholique. 11 s'en déclare le protecteur ; il écrit au PAR; lui demande un patriarche : le Jésuite Alphonse de Mendèz me ds . qualité l'an 1625 ; et, après tant de tribulations, la En rt Le vice-roi de Tigré imite l’emperour. Sélase È Ha Éd une partie de sa famille et de sa cour Li Abyssins acceptaient la religion catholique ; ils se soumet-
ent au vicaire de Jésus-Christ ; ils laissaient peu à peu s'introduire la discipline et les rites romains ; mais le feu couvait sous la rs Basilides, fils de l’empereur, et Sarza-Christos, vice-roi de Ent conspirèrent Pour renverser le culte que les Jésuites venaient
tablier, Voici Pourquoi. Des abus, des désordres de toute espèce
{ s'étaient introduits parmi ces Chrétiens, moitié Juifs, moitié Musul-
mans. Les jésuites cherchaient à détruire l'usage de la circoncision gt du Sabbat et la pluralité des feinmes. Ils obligeaient sr néophytes à n’avoir qu’une épouse légitime : le respect pour e lien conjugal fut peut-être la cause déterminante de cette révolution religieuse. La gucrre éclate entre le père et le fils : le père gagne encore la bataille. Mais les monarques d'Éthiopie n'étaient que “a créatures de l'armée. Un caprice les portait au trône un de caprice les en faisait descendre ; parfois leur tête tombait en même pe Malgré sa victoire, Susnei i
assailli par les prières menaçantes de sou fils et ro An RE
piques, avec lesquels s'étaient liguées les concubines renvoyées par
ls orthodoxes. L'empereur céda, et convoqua les états de l'empire afin de trancher la question à la pluralité des suffrages. Mais fes catholiques furent écartés de l'assemblée ; on les proscrivit sans entendre leur défense. Dans les Camps, dans les villes, cette proscription fut accueillie par des cris de vengeance : on exile les Jésuites, à
be Ju les fidèles parlaient de se soulever. L'empereur comprend $ qu'il a ouvert la voie à des calamités sans tin ; il maudit sa fai-
Na frappé d'une maladie mortelle, il expire catholique, entre
es ras du père Diégo de Matos, le 26 septembre 1632,
Basilides régnait enfin sous le nom de sultan Seghed IT. Il avait
‘ingt-cinq frères, il les fit tous périr par le fer ou par le tolori Il
hr le courage et les talents de Séla-Christos, son oncle, il le
“ e dans un désert, Il fallait donner des gages aux schismatiques, omme pour abouna ou Patriarche un aventurier égyptien, qui
1 Crétineau-Joly, t, 2,0, 8,
déclare ne pouvoir vivre en Abyssinie que quand les Jésuites seront dehors. Les Jésuites sont exilés. Les schismatiques les font attaquer en route par le pacha de Suakem, qui les arrête, les dépouille, saisit leur fortune, qui consistait en deux calices et quelques modestes reliquaires. Puis il leur annonce que la liberté ne leur sera rendue que contre une rançon de trente mille piastres. C'était au fond de la Nubie que cet attentat se consommait. Richelieu l’apprit par le général des Jésuites : le consul de France à Memphis reçut ordre de travailler eff. cacement à leur délivrance. Le pacha de Suakem fut bientôt forcé d'abandonner sa proie.
Cependant six Pères Jésuites étaient restés cachésen Éthiopie, sous la conduite de l’un d’eux, Apollinaire Almeyda, évêque de Nicée. Ils avaient des Chrétiens à fortifier dans la foi ; la mort leur apparaissait sous toutes les formes, ils la bravèrent, et, réfugiés dans le Sennaar et dans le Kordofan, ils se virent exposés à périr de faim ou à être dévorés par les bêtes féroces. Mais ils avaient sous les yeux les exemples de résignation que les catholiques, que Séla-Christos leur donnaient : ils surent se montrer dignes de leurs catéchumènes. Les uns étaient précipités du faîte des grandeurs dans l'humiliation ; les autres, ‘condamnés aux misères de l'exil, supportaient avec patience toutes les calamités. Les Jésuites se firent un devoir d'encourager tant de dévouements. Seghed 11 comprend que des missionnaires sont restés dans le royaume de Tigré, puisqu'il s’y trouve encore des Chrétiens indomptables. Ii les fait chercher : on en découvre trois au fond d’une vallée. C'étaient les pères Paëz, Bruni et Pereira ; on les immole à ses vengeances. Les autres sont insaisissables. L’empereur feint de s'adoucir: des paroles de clémence tombent de sa bouche ; il témoigne même le désir de les voir à sa cour. Almeyda et les autres pères étaient instruits par le vice-roi de Temben que cette bienveillancesoudaine cachait un piége. [ls croyaient à‘scn hypocrisie, mais ils jugèrent opportun de l’affronter, L'évêque de À êe, avec les pères Francisci et Rodriguèz, profitent du sauf-condui accordé. Ils arrivent sous la tente de l’empereur. Les trois Jésuites sont chargés de fers et condamnés à la peine capitale. Une mort trop prompte n'aurait pas satisfait la cruauté des schismatiques : on tortura |les missionnaires, on les chargea de coups et d’ignominies. Lorsque au mois de juin 1638, on eut épuisé sur eux tous les outrages, le souverain les offrit à la colère de ses courtisans, qui les lapidèrent.
Bruni survivait à ses blessures. Il ne restait plus d’autres Jésuites dans l'Abyssinie que lui ct le père Cardeira. Ils moururent comme eurs devanciers. Le Pape crut que les Capucins français seraient plus heureux que des Jésuites espagnols ou portugais. Les pères
des