LT A CE
(Liv. LXXXVIL. —De 1605
and les Jésuites seront tiques les font attaquer ête, les dépouille, saisit quelques modestes rene leur sera rendue que tait au fond de la Nubie pprit par le général des t ordre de travailler effiaakem fut bientôt forcé
cachés en Éthiopie, sous da, évêque de Nicée. Ils a mort leur apparaissait éfugiés dans le Sennaar périr de faim ou à être aient sous les yeux les , que Séla-Christos leur eurs catéchumènes. Les dans l’humiliation ; les pportaient avec patience un devoir d'encourager | que des missionnaires lil s’y trouve encore des r: on en découvre trois z, Bruni et Pereira ; on nt insaisissables. L’emlémence tombent de sa ir à sa cour. Almeyda et roi de Temben que cette oyaient à'sen hypocrisie, ‘vêque de ? êe, avec les auf-conduir accordé, Ik ois Jésuites sont chargés Une mort trop prompte satiques : on tortura iles ’ignominies. Lorsque au 1s les outrages, le souvequi les lapidèrent.
ait plus d’autres Jésuites à. Ils moururent comme ipucins français seraient ou portugais. Les pères
à 1650 de l’êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 657
Agathange de Vendôme, Canien de Nantes, Chérubin et François br envoyés en Éthiopie ; ils tombèrent sous les coups des ren je SE n'y avait pour gouverner ces populations que des prêtres ligènes ormés par les Jésuites. L'un d'eux, Bernard Noguiera, visi du patriarche Mendèz, adressa, au nom de Séla-Christos la rs 2 et peu ples catholiques Fe Pr diens ai elle angue je dois vous écrire ni de quels termes 1e !" Pour représenter les périls et les souffrances de cette église, qui m'affligent d'autant plus que je les vois de mes yeux. Je prie Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a été attaché en croix Le est plein de miséricorde, de les faire connaître à tous no8 : he . sn pe ohat prélats, évêques, archevêques, rois, vice- | ,. BOUVerneurs qui ont quelque autorité au delà des mers. J'ai toujours cru, et je me suis souvent dit à moi-même qu'ils nous auraient secourus et qu'ils n'auraient pas tant tardé à nous racheter de la main de ces barbares et de cette nation verse, si la multitude et l’'énormité de mes péchés n'y PT pu obstacle. Autrefois, lorsqu'il n'y avait point d'église ici, lorsque %e 10m Je Chrétien et de catholique nous était inconnu on \ “ah À notre secours, On nous à délivrés de la pulssahee des Mahométans. Aujourd’hui, qu’il y a un si grand nombre de fidèles, on no : oublie, et personne ne pense à nous secourir. Quoi! le Pontife sr main, notre père, notre pasteur, que nous chérissons tant n'est-il plus sur la chaire inébranlable de saint Pierre, ou ne veut-il lus songer à nous consoler? Nous, qui sommes ses brebis pe nous point la satisfaction, avar, que nous sortions de cette misé rable vie, d'apprendre qu'il pense à nous et qu'il veut enipéches que ces héréliques, qui nous font une si cruelle guerre, ne nous dévorent? Le Portugal n'a-t-il plus de princes qui aient ce zèle ardent qu'avait Christophe de Gama ? N’y a-t-il point quelque préht qui lève les mains au ciel pour nous obtenir le secours es avons besoin ? Je me tais, ma langue se sèche, et la source de mes lr:aes ne tarit point. Couvert de poussière et de cendre je prie et conjure tous les fidèles de nous secourir promptement ‘de peur que nous ne périssions. Tous les jours mes chaînes deviennent plus pesantes, et on me dit : Rangez-vous de notre parti, reutrez dans notre communion,.et nous vous rappellerons de votre exil. On me lient ce discours pour me perdre et pour faire périr avec moi tout ce qu'il y a ici de catholiques. On veut ruiner l'Église de Dieu, et la ruiner de fond en comble. Si donc il y à encore des Chrétiens au delà des mers, qu'ils nous en donnent des marques et qu'ils nous reconlaissent pour leurs frères en Jésus-Christ, qui soutenons la vérité XV, 42
658 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL — De 1605
comme eux, et qu'ils nous délivrent de cette captivité d'Égypte.
« lei, ajoutait Nogueira en son propre nom, ici finissent les paroles de Séla-Christos, notre ami. 11 me les:a dictées lui-même en 4649. C'est à mon tour aujourd’hui de pleurer. Un torrent de larmes fait échapper la plume de mes mains. Mes compagnons ne sont plus que des squelettes animés. Ils ont été traînésien prison et fouettés. Leur peau tombe de misère, et, s'ils ne sont pas encore morts, ils souffrent tout ce que la plus extrême pauvreté a deplus rude, »
Cette lettre, si éloquente de douleur, aurait réveillé le’ zèle du patriarche Mendèz, s’il'eüt éprouvé quelque ralentissement; mais le Jésuite, toujours en vue de son église désolée, n'avait jamais consenti:à s'éloigner des Indes. Il espérait que l’Éthiopie serait enfin ouverte à ses derniers jours, comme une palme réservée à son ambition du martyre; il mourut sans pouvoir l’atteindre. La terre d’Éthianie se fermait devant eux; on les vit à différentes reprises tâcher d'en forcer l'entrée. Louis XIV leur accorda son appui, et, vers l'an 4700, le père de Brévedent expira de fatigue au milieu du désert, Dans le même temps, les pères Grenier et Paulet s'avançaient dans le Sennaar, et le père du Bernat rêvait une autre tentative. Elles échouèrent toutes 1.
A l'extrémité de l’Éthiopie; la religion chrétienne était entrée dans:té royaume de Congo avec les Portugais dès l’an 1484, où ils y abôrdèrent pour-la première fois. Quelques nègres du: royaume furent conduits à:la cour du roi-de Portugal, Jean Il; quelques Portugais restèrent à la cour:du roi de Congo. L'on se traita si bien de part.et d'autre, les nègres amenés à la cour de Lisbonne y prirent une si haute idée des Chrétiers et de leur religion, que, lors de leur retour, le roi de Congo envoya une ambassade à celui de Portugal, pour lui demander des prêtres et des missionnaires, afin d’instruire tous ses peuples dans une religion si belle et si bonne. L’ambassadeur abjura l’idolâtrie, lui et toute sa suite, à Lisbonne, avant leur retour. Au Congo'même, un oncle du voi, le prince de Sogno et son fils reçurent le baptême le jour de Noël 4491. Le père fut nommé Emmanuel, et le:tils Antoine. Le roi, la reine et l'aîné de leurs fils imitèrent cet exemple. Le roi fut appelé Jean, la reine
Éléonore, et leur fils Alphonse. Celui-ci fut toujours un zélé prosé- |
lyte et le grand promoteur de la religion chrétienne, surtout après son avénement à la couronne; mais son cadet fut bien loin de li ressembler : il fit même tomber dans l’apostasie le roi son père, qui mourut en 1492.
1 Cuétineau Jo!y,t. 5,1. 1,p. 17 et seqq.
(Liv. LXXXVIL. — De 1605
e captivité d'Égypte.
a, ici finissent les padictées lui-même en Un torrent de larmes npagnons ne sont plus en prison et fouettés.
pas encore morts, ils é a de plus rude. »
rit réveillé le zèle du > ralentissement; mais isolée, n'avait jamais l'Éthiopie serait enfin me réservée à son amteindre, La terre d’Éérentes reprises tâcher a son appui, et, vers ue au milieu du désert, ulet -s'avançaient dans
‘autre tentative. Elles À
hrétienne était entrée ‘dès l’an 1484, où ils y s nègres du: royaume Jean 11; quelques Poron se traita si bien de de Lisbonne y prirent igion, que, lors de leur de à celui de Portugal, aires, afin d’instruire si bonne. ‘L’ambassaà Lisbonne, avant leur le prince de Sogno et oël 1491. Le père fut roi, la reine et l'aîné t'appelé Jean, la reine toujours un zélé prosérétienne, surtout après let fut bien loin de lui asie le-roi son père, qui
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 659
Alphonse étant monté sur le trône, il convertit un grand nombre de ses sujets. Lui-même faisait les fonctions d’apôtre, préchant de parole, mais surtout d'exemple, Les missionnaires.venus de Portugal étaient.des religieux de Saint-Dominique. Alphonse les dédommagea
à amplement de ce qu'ils avaient eu à souffrir durant l’apostasie de son
père. Il Jeur fit bâtir des églises et des couvents en plusieurs. lieux etn omit rien, de ce qui pouvait les rendre respectables à;ses peuples, Il apprit même le portugais, Pour leur service d’interprète. Il envoya son fils aîné en Portugal, avec plusieurs jeunes seigneurs, pour s'y instruire à fond. dans la religion et la.civilisation chrétienne. A leur retour, iis augmentèrent, encore beaucoup le nombre. des conversions. La capitale du royaume, nommée aussi Congo, fut appelée San-Salvador, en l'honneur du Sauveur des hommes. En 1521, arriva une nouvelle recrue de missionnaires, composée de cinq Dominicains, cinq, Augustins.et cinq Capucins, et de plusieurs prêtres séculiers, tous gens distingués par leur capacité et leurs vertus.-Ils urent.reçus avec la plus grande joie, et aussitôt:ils partagèrent entre eux les provinces et ils prêchèrent l'Évangile. La Providence bénit leurs travaux d’une. façon si extraordinaire, qu'ils eurent bientôt converti des milliers de personnes.
Le roi Alphonse, mourut quelque temps après, eteut pour successur son fils don Pédro, qui hérits de toutes. ses vertus. Ce fut au
joommencement de son règne que le Pape donna à l'évêque de l’île
Saint-Thomé toute.la juridiction sur le royaume de Congo, ce qui ft prendre à ce prélat le titre d’évêque du Congo. Il serait difficile d'exprimer.la joie que son arrivée causa à la cour et dans tout le royaume, quand il vint prendre possession de ce nouvel évêché. Le roi fit aplanir.et. couvrir de nattes tout le chemin par où il. devait se rendre depuis la mer jusqu’à la cathédrale, qui est de plus de œnt cinquante milles, et: fit tailler les arbres et les,haies des deux côtés. Des milliers de personnes accourues sur son passage marquaient leur joie et leur respect par leurs acclamations et en se prosternant humblement devant lui. Plusieurs lui présentaient des agneaux, des chevreaux et des cochons de lait; d’autres. des perdreaux, des poulets et d'autres oiseaux sauvages et domestiques, et liférentes sortes de venaison. Un nombre infini de personnes .de
j'out âge et de tout sexe lui demandèrent avec tant d'instance qu'il
kur fit la. grâce. de les baptiser, qu’il fut obligé de condescendre à kur désir. Cela retarda beaucoup. son arrivée, et l’obligea d’avoir bujours avec lui de l’eau, du sel, et tout ce dont on se sert pour. le
Abiptôme dans l'Église catholique.
Quand il approcha de ‘Saint-Sauveur, le roi, suivi. de sa cour et
660 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVII. — De 1605
de tout le clergé, vint le recevoir et le conduisit à l'église de Sainte- Croix, dont il fit sa cathédrale. Après y avoir célébré le service divin, il fut conduit avec la même pompe au logement somptueux qu'on lui avait préparé. Le pieux monarque n'épargna ni soins ni dépenses pour marquer l'estime qu’il faisait de ce digne prélat, et pour l’engager à faire de cette capitale sa métropole. L'évêque orna magnifiquement sa cathédrale, y établit vingt-huit chanoines, et le reste à proportion. Il partagea la ville en paroisses, assigna à chacun son curé, et régla les districts des missions. Il avait encore plusieurs autres desseins de même nature, lorsqu'il mourut, au grand regret du roi et de tout l: royaume, qui avaient conçu de lui les plus grandes espérances, à cause de sa capacité, de sa piété et de sa munificence. Avant sa mort, il souhaita d'avoir pour successeur un prince du sang qui avait été élevé en Portugal, et à qui il avait donné les ordres sacrés. Le prince partit pour Rome, où le Pape le sacra lui-même, et le renvoya au Congo, chargé de présents et de bénédictions; mais il mourut en chemin, l'an 4529. Le roi Pédro mourut sans enfants l’année suivante, laissant le trône à son frère don François, qui le laissa, en 1532, à son cousin don Diègue ou don Jacques.
Sous le règne de ce dernier, on envoya un nouvel évêque, Portugais de nation, à San-Salvador; il fut reçu par le roi et le peuple avec autant de magnificence que son prédécesseur. Les chanoines et les prêtres furent les seuls qui ne purent le souffrir, à cause de la régularité de ses mœurs, qui étaient une censure si frappante de leur
vie déréglée, qu’ils refusèrent de reconnaître son autorité. Le roi |
crut devoir faire intervenir la sienne en faveur de celle de l’évêque; il envoya les plus débauchés d'entre eux prisonniers en Portugal ou à Saint-Thomé, tandis que quelques-uns se retirèrent secrètement ailleurs avec leurs richesses. Don Diègue fit venir un certain nombre de missionnaires jésuites, et mourut sans postérité en 1540, après un règne de huit années, pendant lesquelles la religion chrétienne fit de grands progrès dans le royaume.
Sa mort fut une source de malheurs pour les Congois, et surtout pour les Portugais établis dans quelques-unes des meilleures provinces. Ils étaient devenus si nombreux et si puissants, qu'ils entreprirent de mettre sur le trône un seigneur du Congo, qui leur était dévoué, mais qui n’était pas de la famille royale. Une entreprise si hardie ne manqua pas d'alarmer la cour, et de soulever tout le royaume contre eux. Les princes du sang, les gouverneurs des provinces et toute la noblesse la regardèrent, avec raison, comme tendant à ruiner les lois fondamentales de l'État, et à réduire toute la
(Liv. LXXX VII. — De 1605
it à l'église de Sainteoir célébré le service | logement somptueux ie n’épargna ni soins ait de ce digne prélat, | métropole. L'évêque , vingt-huit chanoines, en paroisses, assigna missions. Il avait enure, lorsqu'il mourut, ne, qui avaient conçu de sa capacité, de sa souhaita d'avoir pour levé en Portugal, et à > partit pour Rome, où ongo, chargé de préchemin, l'an 1529. Le nte, laissant le trône à 32, à son cousin don
n nouvel évêque, Porpar le roi et le peuple sseur. Les chanoines et souffrir, à cause de la are si frappante de leur
e son autorité. Le roi |
r de celle de l’évêque; onniers en Portugal ou retirèrent secrètement venir un certain nompostérité en 1540, après la religion chrétienne
les Congois, et surtout es des meilleures prosi puissants, qu'ils enir du Congo, qui leur lle royale. Une entresur, et de soulever tout x, les gouverneurs des t, avec raison, comme at, et à réduire toute la
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 661
nation dans l'esclavage : on courut aux armes, et les Portugais, se trouvant les plus faibles, furent tous taillés en pièces. On ne respecta que les prêtres et les missionnaires, par égard pour la religion; on leur laissa même la jouissance de leurs revenus et de leurs priviléges, et la liberté de continuer les fonctions de leur ministère avec autant de tranquillité que s'il ne s'était rien passé. Ils eurent la même modération pour les Portugais qui demeuraient en d'autres endroits du royaume ; Car il ne paraît pas que cette exécution se soit étendue sur d'autres que ceux qui avaient tramé ce complot, et qui avaient pris les armes pour le soutenir.
Les naturels du Congo élurent pour roi don Henri, qui, deux ans après, perdit la bataille et la vie en faisant la guerre aux Anzicacanes, peuples féroces et anthropophages. Son fils et successeur Alvare Ler, prince sage, vaillant, bon Chrétien, vit son royaume dévasté par les Giagas, autre peuple mangeur de chair humaine. Cette guerre fut suivie d'une horrible famine, augmentée par une armée de saukrelles qui dévorèrent tout. Des pères étaient réduits à vendre une partie de leurs enfants pour avoir de quoi conserver la vie aux autres. La famine fut suivie de la peste. On vit jusqu’à des princes du sang se vendre comme esclaves, pour changer au moins de misère. Les Portugais, surtout leur roi Sébastien, vinrent entin au secours de ce malheureux peuple. L'évêque de Saint-Thomé vint faire la visite du Congo, et resta huit mois dans la capitale. Le roi Alvare envoya jusqu’à trois ambassades, tant à Madrid qu’à Rome, afin d'obtenir un nouvel évêque et des missionnaires pour réparer les pertes que la religion chrétienne avait faites pendant un si grand nombre d'années.
Philippe IE, roi d’Espagne et de Portugal, lui accorda enfin tout ce qu'il demandait, et obtint même du Pape un évêque particulier pour le Congo. Ce nouveau prélat y passa sur les vaisseaux portugais, accompagné de quelques ecclésiastiques séculiers et d’un bon nombre de missionnaires de différents ordres. À leur arrivée, ils se dispersèrent de tous côtés, et rétablirent en grande partie, par leur zèle intigable, la religion chrétienne dans son premier état, en moins d'années qu'on ne devait naturellement l’espérer, vu la décadence où elle était et les difficultés qu’ils eurent à surmonter, difficultés bien plus grandes que celles qu’avaient rencontrées les premiers missionnaires.
Le roi Alvare II eut donc la double satisfaction de voir tout à la bis les étonnants progrès de la religion chrétienne et de jouir d'une paix profonde pendant un règne de vingt-sept ans, au bout desquels il laissa la couronne à don Bernard, son fils aîné, qui régna à peine un an. Î1 fut tué l’an 4614, par les ordres, dit-on, de son frère Al-
602 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VE, — De 1005
vare TT, qui lui succéda, et qui n'oublin rien pour se disculper de cette mort, Il envoya au pape Paul V un ambassadeur, qui mourut à Rome dans les sentiments les plus chrétiens, Alvare IT mourut luimême en 1622, C'était, suivant toutes les relations, un prince sage, modéré, vaillant, libéral, zélé pour la propagation de la foi, grand protecteur de ceux qui l'étendaient, fort ami de son peuple, et le patron des étrangers. Il eut pour successeur son fils don Pédro I du nom, dixième roi chrétien du Congo, qui ne régna que deux ans, mais donna des preuves éclatantes de sagesse et d'équité. Alors on vit passer rapidement sur le trône les rois Ambroise, Alvare IV, Alvare V, Alvare VI. Ce dernier, particulièrement, fut un prince sage et pieux. Son premier soin, après son avénement à là couronne, fut d'envoyer une magnifique ambassade d'obédience au pape Urbain VIIT, et de supplier ce Pontife de faire partir pour le Congo de nouveaux missionnaires, afin de rétablir le christianisme déchu. Ce prince paraissait n'avoir rien plus à cœur que de le remettre dans son ancienne splendeur, lorsqu'il fut assassiné par son frère Garcie, qui se rendit aussi odieux à ses nouveaux sujets par un crime aussi noir qu'il le fit par sa tyrannie'et ses cruautés, et spécialement par la
violence avec laquelle il força les états du royaume à l’élire, Son fils À
Antoine Ief fut un tyran plus cruel encore : il se déclara ennemi de l'Église ét ami des prêtres idolâttes, qui lui promettaient là victoire contre les Portugais, lorsqu'il perdit la bataille et la vie. Alvare VIT, son successeur après Antoine IF, fat un monstre d’impiété, de cruauté et de débauche : on le chassa du trône en 1666, l’année même qu'il y était monté. Alvare VIE, prince sage et de grande espérance, trouva le royaume déchiré par des factions, et fut chassé du trône vers l'an 1670. C’est le dernier roi du Congo que les historiens nous fassent connaître 1.
Depuis cette époque, on ne trouve plus de nouvelles suivies sur là pauvre église des Nègres, on ne savait pas trop s’il y avait encore quelque trace de christianisme parmi eux. Un siècle plus tard, en 4773, des missionnaires français, envoyés par la Propagande, ayant pénétré dans le royaume voisin de Kakongo, écrivirent en Europe lés nouvelles suivantes :
« Il y a plusieurs siècles que les Portugais ont apporté la lumière de l'Évangile dans le Congo, et le cardinal Castelli nous a mandé de Rome qu’il y avait actuellement plusieurs cents milliers de Chrétiens dans ce seul royaume. Les Dominicains portugais en furent les pre-
1 Hist. univ. des Anglais, Hist, moderne, t. 25, 1. 20, c. 10, sect. 3. Labal, Hist. de l'Éthiopie.
(Liv, LXXXVIL, = De 1605 ur se disculper de cette sadeur, qui mourut à Alvare IT mourut luiations, un prince sage, gation de la foi, grand le son peuple, et le pamn fils don Pédro II du e régna que deux ans, e et d'équité. Alors on nbroise, Alvare IV, Alent, fut un prince sage nent à la couronne, fut édience au pape Urartir pour le Congo de hristianisme déchu. Ce de le remettre dans son ar son frère Garcie, qui par un crime aussi noir
et spécialement par la à
jaume à l’élire. Son fls il se déclara ennemi qui lui promettaient là la bataille et la vie. Alun monStre d’impiété, trône en 1666, l’année e sage et de grande esactions, et fut chassé du ongo que les historiens
nouvelles suivies sur la trop s’il y avait encore Un siècle plus tard, en ir la Propagande, ayant o, écrivirent en Europe
ont apporté la lumière astelli nous a mandé de nts milliers de Chrétiens ugais en furent les pre-
| 20, c. 10, sect. 3. Laba,
à 1650 de l'ère ehr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 663
miers iissionnaires; d'autres ordres religieux et des prêtres séculiers prirent part à la bonne œuvre. Dapuis un temps, les Capucins, seuls chargés de tout ce royaume, d +: lequel ils travaillent avec un zèle infatigable, sont obligés, par le défaut d'ouvriers, d'abandonner des provinces entières, qu’ils ne peuvent visiter qu'après plusieurs années, Celle de Sogno, qui se dit aujourd'hui principauté souveraine, est de ce nombre. Depuis longtemps les enfants n'y sont point baptisés, et les adultes sont privés des sacrements et de tous les secours de la religion. Ces pauvres peuples néanmoins restent attachés au christianisme, et ils en font profession publique. Ils conservent le souvenir de la plupart de nos mystères et des commandements de Dieu, qu’ils apprennent soigneusement à leurs enfants. Hs ont horreur de l’idolâtrie. N'ayant point de pasteurs qui les dirigent, ils tàchent de se conduire eux-mêmes de leur mieux : ils s’assemblent régulièrement les dimanches pour chanter. des hymnes et des cantiques en l'honneur du vrai Dieu. Quelquefois le ehef ou l'un des plus anciens du village fait une exhortation au peuple, pour l’engager à vi- “re chrétiennement et de manière à mériter que Dieu leur envoie des pasteurs et.des guides éclairés dans les voies du salut, Généralement parlant, la foi de ce bon peuple est grande, et on a droit d'espérer de la miséricorde du souverain pasteur des âmes qu'il leur en: tiendra compte.
« Comme la province du Sogno est fort peuplée, une colonie de ses habitants passa, il y a plusieurs années, le: fleuve du Zaire, et vint, avec l'agrément du roi de Kakongo, s'établir dans une plaine inculte de ses États. Cette colonie forme comme une petite province séparée des autres, dont Manguenzo est le village capital. Le nombre de ces Chrétiens, autant que je puis en juger sur le rapport de ceux que j'ai vus, peut monter environ à quatre mille. Voici de quelle manière nous fimes cette précieuse découverte. Au mois de juin dernier, pendant que j'étais en voyage, un nègre qui faisait commerce de blé de Turquie vint du côté de Kilonga. Les habitants du pays, qui savent que les Européens préfèrent le pain au manioc, l'adressèrent chez nous, et il s’y rendit sans autre dessein que de vendre sa farine. Ce nègre était du village de Manguenzo : en voyant des Européens, il soupçonna qu'ils pourraient bien être Chrétiens; et, pour s’en assurer, il leur dit qu'il faisait lui-même profession du christianisme, et qu’à son baptôme il avait été nommé Pédro, nom portugais qui signifie Pierre ; il ajouta que le chef de son village, qui était en même temps gouverneur général de toute la colonie, était aussi Chrétien, et qu'il s’appelait don Juan; qu'il n’y avait parmi tous ses vassaux que quelques familles païennes ; mais
664 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXX VII. — De 1605
que, depuis leur transmigration dans le royaume de Kakongo, les enfants des Chrétiens n'avaient point été baptisés, ni les mariages célébrés suivant le rite de l'Église, parce qu'ils n'avaient point de pré. tres parmi eux, et que depuis près de vingt ans il n’en avait point paru dans la province de Sogno, qu’ils avaient quittée. Il leur dit encore que tous les habitants de Manguenzo et ceux des villages d’alentour étaient toujours sincèrement attachés à la foi; qu'ils demandaient tous les jours à Dieu qu’il leur envoyât des ministres, et que, dans l’attente du jour de ses miséricordes, ils tâchaient de s’encourager entre eux à vivre en Chrétiens , et surtout à ne jamais retourner à l’idolâtrie.
# «Mes confrères , adinirant la foi de cet homme, rendirent grâce à la divine miséricorde qui dispose tout à son gré pour le salut de ses élus ; et ils lui dirent que ces prêires, qui étaient tant désirés dans son pays, étaient arrivés, et que c’étaient eux-mêmes ; que le Seigneur les avait envoyés pour le salut de ses compatriotes ; qu'il pouvait aller leur annoncer de se disposer, par la pénitence et les bonnes œuvres, à recevoir la grâce de sa visite; qu'ils le : ivraient de près. P dro, à ces paroles, ne put contenir les transports de sa joie : « Quoi! est-il possible, s’écria-t-il, que je sois porteur d’une pareille nouvelle dans mon pays? Quelle allégresse j"y vais répandre! j'y serai reçu comme en triomphe : pour vous, ajouta-t-il, comme vous ne connaissez pas les chemins, ne vous mettez pas en route que vous n'ayez des guides : notre gouverneur ne tarlera sûrement pas à vous donner de ses nouvelles. »
« Au premier récit que mes confrères me firent, à mon retour, je ne pus m'empêcher de soupçonner de l’imposture de sa part, tant il me paraissait peu vraisemblable qu'il y eût des Chrétiens dans notre mission ; et je n’eus cette confiance que lorsqu'ils me dirent que cet inconnu, au ton de franchise avec lequel il avait parlé, avait joint des détails circonstanciés sur l’état actuel de cette chrétienté, et qu'il était instruit de sa religion. |
« En effet, Pédro, fidèle à sa promesse et ne pensant plus à son commerce de farine, était parti sur-le-champ pour aller annoncer dans son pays que des missionnaires européens se disposaient à y passer. Cette nouvelle se répandit bientôt parmi tous les Chrétiens, qui couraient se annoncer les uns aux autres, comme un sujet de joie qui devait être commun à tous. Mais personne n’y parut plus sensible que don Juan, leur gouverneur ; il fit repartir sur-le-champ Pédro lui-même, qu'il chargea d'un petit présent pour nous, suivant l'usage du pays. ii ie fit accompagner par dix de ses esclaves, qui avaient ordre de porter le long de la route les effets de ceux qui
[Liv. LXXX VII. — De 1605
aume de Kakongo, les isés, ni les mariages cén’avaient point de pré.
ans il n’en avait point avaient quittée. Il leur 120 et ceux des villages hés à la foi; qu'ils deavoyât des ministres, et 8, ils tâchaient de s’ensurtout à ne jamais re-
nme, rendirent grâce à n gré pour le salut de ui étaient tant désirés nt eux-mêmes ; que le ses compatriotes ; qu'il par la pénitence et les te; qu'ils le : ivraient ir les transports de sa e je sois porteur d’une resse j'y vais répandre!
is, ajouta-t-il, comme netlez pas en route que tardera sûrement pas à
irent, à mon retour, je osture de sa part, tant üt des Chrétiens dans 1e lorsqu'ils me dirent uel il avait parlé, avait 1 de cette chrétienté, et
ne pensant plus à son Ip pour aller annoncer ens su disposaient à y ri tous les Chrétiens, 8, comme un sujet de rsonne n’y parut plus trepartir sur-le-champ ‘ésent pour nous, Sul:
ar dix de ses esclaves, > les effets de ceux qui
à 1650 de l'ère chr.|] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 665
viendraient à Manguenzo, et même leur personne, s’ilen était besoin. Nous engageâmes Pédro à prendre un jour de repos à Kilonga, et le lendemain, dix-neufde juillet, nous arrêtâmes, mes confrères et moi, que je partirais seul avec mon escorte. »
Après quelques incidents qui retardèrent un peu le voyage, le préfet de la mission, Descourvrières, se mit en route avec un autre missionnaire, Quilliel d'Aubigny, qui entendait assez la langue pour le soulager, et même pour le suppléer au besoin.
« Le quatrième jour, depuis notre départ de Kilonga, continue la rélation du préfet apostolique, nous arrivâmes à un village nommé Guenga, dont on nous dit que la plupart des habitants étaient Chrétiens. Nous eussions bien voulu nous y arrêter pour saluer le chef et prévenir les Chrétiens que nous baptiserions leurs enfants à notre
retour; mais Pédro, craignant qu'on ne nous retint trop long-
temps, et que don fuan, qui était dans la plus grande impatience de notre arrivée, ne le trouvât mauvais, nous obligea de passer outre. Nous vimes pourtant le chef de Guenga, que le hasard avait conduit dans un village voisin, où nous nous étions arrêtés pour diner. Il fut transporté de joie en apprenant que nous étions missionnaires ; il nous témoigna le désir le plus empressé de nous voir dans sa terre, til fit des reproches à notre conducteur de ce que, sachant qu’il était Chrétien, il ne nous avait pas fait entrer chez lui en passant dans son village. 11 nous fit promettre d'y séjourner à notre retour pour
baptiser les enfants, en aitendant que quelqu'un de nous pût venir
‘y fixer pour instruire les adultes et leur administrer les sacrements. Ce chef nous parut être un homme de bien, et même un Chrétien lrvent. « Au défaut de ministres qui instruisent mes vassaux, nous dit-il, je les exhorte de mon mieux à vivre chrétiennement ; et, pour me rappeler plus souvent à moi-même la pensée de ce que Jésus- Christ a souffert pour le salut des hommes, j'ai coutume de faire porter devant moi le signe de notre rédemption, toutes les fois que je sors du logis pour quelque voyage. » Il appela en même temps
D lesclave qui portait son crucifix, et il nous le montra. Vous jugez pauelle fut notre joie en voyant tant de foi au milieu d'une nation
piolâtre, où nous pensions que le nom du divin Sau* ur était absolu- D uent inconnu,
«Quanc' nous quittâmes le chef de Guenga, Pédro fit prendre les devants su meilleur coureur des esclaves qui nous accompagnaient,
Dour aller annoncer notre arrivée à don Juar. Ce seigneur envoya Lsur-le-champ à notre rencontre un de ses parents, suivi d’un nombre
d'esclaves qui portaient du vin de palmier et d'autres rafraîchissements, [ls nous joignirent à une petite lieue du village.
666 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIE. —De 1605
«Manguenzo n'est qu'à douze lieues françaises de Kinguilé (rési. dence du roi Kakongo), et à une distance à peu près égale du fleuve du Zaïre. Ce: village est agréablement situé sur une.éminence, d'où l'on découvre plusieurs villages de sa dépendance, qu'on nous dit être au nombre de douze. Nous avons aussi appris qu’il y avait sur la rive méridionale du Zaïre d’autres villages:habités par des Chrétiens du Sogno.
« Lorsque nous fûmes près de Manguenzo, tous les nègres qui nous accompagnaient se rangèrent d'eux-mêmes en haie; et ceux qui étaient sortis du village pour nous voir arriver firent la même chose. Nous demandâmes à Pédro ce qu’ils voulaient faire ; il nous dit qu'on allait nous conduire processionnellement à l'église, le premier endroit sans doute: où nous voulions aller. Nous laissâmes faire ces bonnes gens. Ils se mirent à chanter des cantiques en langue du pays. En passant sur la place du village, nous aperçûmes une croix de huit à dix pieds de hauteur. C'était la première fois depuis notre
descente en Afrique que nous voyions le signe de notre rédemption !
arboré sur cétte terre infidèle. En entrant dans l’église (si on peut donner ce nom à un édifice qui ne diffère que par la grandeur des cases du pays), nous vimes une espèce d'autel couvert d’une natte, et un crucifix au-dessus.
«Don Juan, à la nouvelle de notre arrivée, était sorti de chez lui |
pour venir à notre rencontre : nous le trouvèmes sur la place, au sortir de l’église. Il nous aborda avec des démonstrations de joie
extraordinaires ; et il nous conduisit à sa maison. Quand Pédro lui]
eut rendu compte de sa négociation auprès du mangove (ministre du roi), il me pria de lui raconter comment la Providence nous avait conduits au royaume de Kakongo; ce que je fis de mon mieux et le plus brièvement qu’il me fut possible. Il ne se serait point lassé de m’entendre. Il entrait comme en extase à la vue du bienfait du Seigneur : il en était uniquement occupé. Quand j'eus satisfait sa curiosité : « Allons, dit-il à Pédro, il faut rendre grâces au Dieu: des miséricordes, qui s’est ressouvenu de nous. » Ils sortirent en même
temps pour aller de nouveau à l'église : nous les suivimes, M. d'Aur |
bigny et moi. Il fit avertir le peuple, qui s’y rendit aussitôt. Un nègre entonna un cantique en langue du pays, et l'on continua à chanter en deux chœurs. Quand un cantique était fini, on en commençait ur autre; ce qui dura fort longtemps. Ils célébraient dans ces cantiques les grandeurs de Dieu et ses miséricordes. Ils lui de-
mandaient surtout la grâce de lui être fidèles, de n'adorer que lui à
seul, et de ne point retomber dans le crime de l'idolâtrie. La séance,
quoique très-longue, ne nous ennuya point : le sujet de leurs can-}
EE Cm Om = ts
les M2]
[Liv. LXXXVIE. — De 1605
aises de Kinguilé (résiu près égale du fleuve r une.éminence, d’où dance, qu’on nous dit pris qu’il y avait: sur la bités par des Chrétiens
, tous les nègres qui imes en haie; et ceux arriver firent la même 1laient faire ; il nous dit ent à l'église, le prer. Nous laissâmes faire antiques en langue du y aperçümes une croix mière fois depuis notre e de notre rédemption | ans l’église (si on peut ue par la grandeur des el couvert d'une natte,
était sorti de chez lui vèmes sur la place, au lémonstrations de joie ison. Quand Pédro lui À du mangove (ministre | Providence nous avait fis de mon mieux et le e serait point lassé de vue du bienfait du Seij'eus satisfait sa curiorâces au Dieu: des mi- [ls sortirent en même les suivimes, M. d’Au- À y rendit aussitôt, Un ys, et l’on continua à était fini, on en coms. Ils célébraient dans iséricordes. Ils lui des, de n’adorer que lui e l'idolâtrie. La séance, : le sujet de leurs can-}
| vaient pas assigné l'heure à laquelle nous commencerions, dès le !
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 667
tiques, leur ton de voix, leur attitude, leur silence même, tout exprimait le sentiment, tout annonçait des cœurs pénétrés; et vous comprenez, mieux que je ne puis dire, combien nous fûmes touchés nous-mêmes d'une pareille cérémonie. Nous nous sommes dit bien des fois qu’il serait à souhaiter, pour ranimer la foi d'un grand nombre de Chrétiens d'Europe, qu'ils pussent être témoins de celle de ce peuple, qui manque depuis si longtemps de tous les’ secours spirituels, qui sont en quelque sorte prodigués en France et dans les États catholiques.
« Comme nous n'avions pas encore eu le temps de prendre jour avec don Juan pour administrer le baptême aux enfants, je le priai, quand nous fûmes sortis de l’église, de faire: avertir les Chrétiens de l'endroit de nous amener le lendemain matin pour ce sacrement ceux de leurs enfants qui n'étaient pas encore en âge d'être instruits. Îl'envoya:sur-le-champ dans toutes les: maisons du village; et il fit partir en même temps plusieurs esclaves, pour aller avertir les Chrétiens des villages circonvoisins que les missionnaires baptiseraient leurs enfants le surlendemain et les jours suivants,
« Tout cela s'était passé sans que don Juan nous eût encore demandé si nous ne voulions pas boire et manger, lui qui avait eu l’attention de nous faire porter des rafraîchissements lorsque nous étions encore en route; mais la joie de notre arrivée et le plaisir de causer avec nous lui faisaient oublier tout le reste. Cependant nous n'avions pas dit notre office, et nous avions besoin de nous reposer ; nous le priâmes de nous indiquer l'appartement qu'il nous destinait : nous y conduisit lui-même. C'était nne maisonnette telle que sont celles du pays, située à peu de distance de la sienne. Il nous dit qu'il l'avait préparée avant notre arrivée. Nous y vimes une espèce de lit qu'il avait fait dresser pour nous , parce qu'il avait oui dire que les Européens n'étaient pas dans l'usage de coucher par terre sur des nattes. Nous y trouvâmes aussi un esclave, qui resta toujours auprès de nous pour notre service, Tout le temps que nous passâmes à Manguenzo, don Juan eut la plus grande attention à ce que rien ne nous manquât , et il ne laissa passer aucun jour sans nous faire une visite.
« Le lendemain de notre arrivée, c'est-à-dire le dix d'août, jour de Saint-Laurent, les Chrétiens qui avaient des enfants à baptiser ne manquèrent pas de nous les amener; et comme les esclaves qui avaient averti dans le village que nous baptiserions le lendemain n’aver de l'aurore, les mères nous attendaient avec leurs enfants sur la place qui est vis-à-vis de l'église. Nous ne tardâmes pas à nous y
668 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVII.--De 1605
rendre : don Juan y fut aussitôt que nous. Tandis que nous disposions ce qui était nécessaire pour l'administration solennelle du sacrement, le peuple s'assembla; et il y eut un si grand concours, qu'afin que tout le monde, et les païens mêmes qui le voudraient, pussent être témoins de la cérémonie, nous jugeâmes qu'il serait plus à propos de la faire sur la place : nous fimes ranger les enfants en rond vis-à-vis la porte de l'église. Avant de commencer, je fis un petit discours aux pères et mères, dans lequel je leur rappelai à euxmêmes les engagements de leur baptême : je leur exposai aussi les commandements de Dieu ; je tâchai de faire sentir à ceux qui avaient eu le malheur de les transgresser la nécessité de faire pénitence, et je finis par leur montrer l'obligation d'élever chrétiennement les enfants que j'allais baptiser. Ce pauvre peuple m'écoutait avec une attention ou, pour mieux dire, avec une avidité que je ne puis exprimer : il me semblait lire dans tous les yeux qu’ils craignaient de perdre un mot de ce que je disais. Quoique la langue de Kakongo ait beaucoup d'analogie avec celle du Congo , dont ils sont originaires, tous ne l’entendent pas encore parfaitement. Quand don Juan, qui les parlait égaiement toutes deux, s’apercevait que quelques-unes de mes expressions pouvaient les embarrasser, il m'en avertissait ; et lui-même les leur rendait en leur langue avec un zèle apostolique, Lorsqu'à certains jours il était occupé à rendre la justice à ses vassaux, ou retenu par quelque affaire indispensable, un nègre du pays, qui savait également bien les langues de Congo et de Kakongo, le suppléait dans sa fonction d'interprète.
« Quand j'eus fini mon exhortation, je commençai à baptiser les enfants l’un après l'autre, suivant le rite de l'Église : M. d'Aubigny était mon assistant. Don Juan se tenait fort honoré d'être employé pour quelque chose dans les cérémonies. Les enfants que nous baptisèmes ce jour-là étaient au nombre de quarante-sept ; nous pensions qu'il s'en trouverait moins pour le lendemain ; mais on nous en présenta soixante-deux. On nous apporta aussi le même jour des offrandes à l'église, et en si grande quantité qu'elles auraient pu suffire pour notre nourriture pendant longtemps; mais la libéralité de don Juan nous les rendait inutiles.
« Le vendredi, les baptisés furent au nombre de quarante-trois : il y en eut quarante-neuf le samedi. C'était pour nous un spectacle bien consolant de voir tous les jours arriver de fort loin de pauvres femmes chargées de leurs enfants. Quelques-unes en conduisaient un par la main et en portaient un autre. Quelquefois elles en portaient deux, l’un sur les bras, l'autre sur le dos. Nous étions égaiement édifiés de la charité avec laquelle les habitants de Manguen20
[Liv.LXXXVII. -- De 1605
indis que nous dispotion solennelle du san si grand concours, es qui le voudraient, reâmes qu'il serait plus ranger les enfants en commencer, je fis un je leur rappelai à euxleur exposai aussi les ntir à ceux qui avaient de faire pénitence, et chrétiennement les en- \'écoutait avec une atque je ne puis expriqu’ils craignaient de langue de Kakongo ait nt ils sont originaires, Quand don Juan, qui que quelques-unes de il m'en avertissait ; et c un zèle apostolique, re la justice à ses vasble, un nègre du pays, go et de Kakongo, le
nmençai à baptiser les "Église : M. d'Aubigny 1onoré d'être employé enfants que nous bapante-sept ; nous penlemain ; mais on nous ussi le même jour des w’elles auraient pu suf- ;; mais la libéralité de
re de quarante-trois :
our nous un spectacle le fort loin de pauvres -unes en conduisaient elquefois elles en poros. Nous étions égaieabitants de Manguenz0
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 669
les recevaient et leur donnaient l'hospitalité. Les païens mêmes faisaient comme les autres.
« Le dimanche, l'assemblée des Chrétiens fut plus nombreuse qu'aucun des jours précédents. Nous eussivns bien désiré célébrer les saints mystères ; mais nous n'avions apporté avec nous ni ornements, ni vases sacrés, ne nous étant pas imagiué que nous dussions trouver les peuples si bien disposés. Nous passâmes une partis de la journée à chanter des hymnes et des Cantiques, et l’autre à faire des instructions publiques sur les commandements de Dieu, et sur la manière de produire des actes de contrition et des vertus théologales. Ces peuples, simples et grossiers, qui ne savent ni lire ni écrire, ne manquent pourtant point d'intelligence : ils entendent ce qu'on leur dit comme nos paysans en France. La plupart ont beaucoup de
g mémoire, et quelques -uns l'ont si heureuse, que plusieurs jours après
avoir entendu une instruction, ils en rendent compte, et la récitent même en partie mot à mot. Nous baptisâmes ce jour-là quarante enfnts.
«Le lundi, quinze du mois, nous solennisâmes la fête de l'Assomption de la sainte Vierge, à peu près comme nous avions fait le dimanche; nous chantâmes de plus les litanies de la sainte Vierge, auxquelles le peuple répondait de tout son cœur : Ora pro nobis. Le nombre des enfants baptisés en ce jour fut de cinquante-six. Nous en baptisâmes encore vingt-huit le lendemain et vingt le jour suivant. Sur ce qu'on nous dit qu'on ne prévoyait pas qu’il dût sen présenter davantage, nous nous disposämes à retourner à Kilonga.
« Ce ne fut pas sans peine que don Juan vit approcher le moment de notre départ. « Dieu, nous dit-il, m'a accordé une grande grâce en me rendant témoin du baptême de tant d'enfants: mais les besoins des adultes ne me touchent pas moins : si vous pouviez, dès à présent, vous fixer auprès de nous, vous célébreriez, les dimanches et les fêtes, les saints mystères, auxquels nous n'avons pas assisté depuis tant d'années : vous disposerie au baptême les enfants des Chrétiens qui sont en âge d'être instruits, et qui ne soupirent qu'après cette grâce; vous administreriez aux autres les sacrements de pénitence ct d'eucharistie ; ou vous les marieriez selon le rite de l'Église : vous voyez par vous-mêmes combien nous désirons, moi et tous mes vassaux, de profiter de vos instructions et de vivre chrétiennoment, » Nous avions déjà fait nous-mêmes ces réflexions; mais elles nous pénétrèrent jusqu'aux larmes quanc don Juan nous les fppela d'une manière si touchante. Nous lui promimes, pour ie consoler de notre absence, ou que nous reviendrions bientôt nous-
670 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII. — De 1605
mêmes, ou que du-moins nous engagerions quelques-uns de nos confrères à venir se fixer dans sa terre. Nos promesses, quoiqu'il n'en suspectât point la sincérité, ne le satisfirent pas pleinement, tanil craignait que quelque obstacle imprévu ne nous empêchât de les effectuer.
« Ce fut le dix-huit, sur les onze heures du matin, que nous allàmes prendre congé de lui, Iliétait alors occupé à terminer:les différends de ses: vassaux; il suspendit son audience pour nous faire. ses adieux, et il nous conduisit lui-même à l’église, où nous chantâmes le Te Deumen actions de grâces. Il nous fit accompagner dans notre voyage par Pédroiet par trois de ses esclaves ; il nous donna aussi deux chèvres de son petit troupeau, riche présent pour un pays si pauvre. Nous convinmes:avec lui qu’en passant:par la capitale, nous en offririons une au roi pour lui témoigner notre reconnaissance, et l'engager à nous continuer ses faveurs.
« Nous ne manquâmes pas de reprendre la route par laquelle-nous étions venus, pour passer par le village de Guenga, dont nous avions vu le chef en passant. Noussarrivâmes chez ce seigneur vers les trois heures après midi. Nous ne le trouvâmes pas chez lui ; mais:il avait donné ordre à ses gens de nous faire politesse, si nous passions pendant son absence : ils nous comblèrent d’honnêtetés, nous et nos quatre conducteurs. Guenga est un village considérable : il n’y a qu’une partie des habitants qui soient Chrétiens : lesiautres sont idolâtres, mais si peu attachés à leurssuperstitions, que, si les Chrétiens étaient assez instruits de leur-religion pour la ‘leur faire connaître, ils renonceraient sans peine à leurs idoles pour l'embrasser. Nous baptisâmes trente-six enfants le jour de notre arrivée, en suivant à peu près la même méthode qu'à Manguenzo. On nous.en présenta encore le lendemain matin vingt-cinq à baptiser, dont plusieurs étaient d’un hameau appelé Kioua, dépendant de Guenga-Ciest à ce hameau qu'était allé le gouverneur de Guenga quand nous arrivimes chez lui ; et il y était occupé à faire planter une grande croix sur la place publique. ‘Il nous envoya quelques-uns de ses gens pour nous inviter à nous transporter sur les lieux, pour en faire la bénédiction. C’est avec bien de la joie que nous nous rendîmes à une telle invitation. Nous fimes un discours au peuple, dont l’affluence était grande. Les païens, confondus avec les Chrétiens, nous éeoutaient avec une égale attention. Notre hôte nous fit les mêmes instances que don Juan pour nous engager à rester chez lui, et nous lui promimes, comme au premier, de revenir le plus tôt qu'il nous serait possible.
« Nous nous disposions à partir de Kioua après y'avoir dîné ei
[Liv. LXXX VII. — De1605
quelques-uns de nos promesses, quoiqu'il rent pas: pleinement, ne nous empêchât de
matin, que nous allàà terminer:les difiée pour nous faire ses , où nous chantâmes ompagner dans notre sil nous donna aussi sent pour un pays si par la capitale, nous re reconnaissance, et
ute par laquelle-nous iga, dont nous avions seigneur vers les trois hez lui ; mais il avait sinous passions pennêtetés, nous et nos onsidérable : il n’y a s : les‘autres sont ido- , que, si les Chrétiens leur faire connaître, ur l'embrasser. Nous arrivée, en suivant à On nous.en présenta tiser, dont plusieurs de Guenga:C'est à ce a quand nous arrivàune grande croix:sur ns de ses gens pour our en faire la bénéous rendîmes à une uple, dont l’affluence chrétiens, nous éeouous fit les mêmes inster chez lui, et nous le plus tôt qu'il nous
après y'avoir diné el
à 1650 de l'ère chr.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 671
nous y être reposés, lorsque je vis arriver deux femmes portant chacune un enfant sur leurs épaules, Je me doutais bien que c'était pour le baptême, « Homme de Dieu, me dit l’une d'elles, nous arrivons des bords les plus reculés du Zaïre. Aussitôt que nous eûmes été informées de votre arrivée à Manguenzo, nous nous mines en route avec. plusieurs autres femmes chrétiennes, qui apportaient comme nous leurs enfants pour les.faire baptiser. Nous avons appris à Manguenzo qu'il y avait deux jours .que vous étiez partis, A cette nouvelle, nos Compagnes de voyage, ne sachant point où elles pourraient vous rencontrer, ont repris la route.de leur pays, désolées d'avoir manqué l'occasion de ‘Procurer la grâce du baptême à leurs enfants * Pour nous, ajouta-t-elle, quand on. nous a dit qu'il w'y Ravait que deux jours que vous aviez quitté Manguenzo, et que:vous
pourriez bien vous arrêter à Guenga, nous avons continué notre chemin, déterminées à vous chercher plutôt par tout. le royaume que de retourner sans que nos enfants soient baptisés. » Nous admirimes, à ce. récit, la vivacité de plus encore, quand elles nous, firent connaître
, €R nous.désignant à faittreize lieues pour tisés,.elles nous dirent
joie, et se croyant am- » par le succès. des fatigues d’un voyage de
vingt-six lieues 1, »
Voilà ce que des. missionnaires français écrivaient d'Afrique à {kurs compatriotes, au commencement du règne de Louis XVI : tels sont les derniers renseignements.que nous sachions sur les Chréens noirs du Congo. On y: voit ces pauvres peuples, ces nègres d'Alique, émigrés en d'autres royaumes, délaissés sans pasteurs pendant un siècle, conserver néanmoins la foi chrétienne, y conformer kur vie autant qu'ils peuvent, On les voit, à la seule annonce qu'un prêtre va venir d sujets, maîtres et esclaves, ne se possédant pas de joie, le recevant au chant des cantiques, et le.conduisant dans leur église, dans k maison de Dieu, où domine la croix. On voit les pauvres mères tcourir de plusieurs journées de chemin, avec leurs enfants dans ks bras et sur les épaules, pour leur procurer la grâce du baptême. Tout ce que demandent ces peuples délaissés, ce sont des prêtres poest un évêque. Pourquoi depuis si longtemps leurs cris ne sontis point entendus? Pourquoi n'y a-t-il pas une association de priè-
! Proyart, Hist, du Loungo, c, 17.
672 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL. — De 1605
res en leur faveur ? Pourquoi ni la propagation de la foi ni aucune congrégation religieuse ne s'occupent-elles d'eux ? Pourquoi l'Église de Dieu paraît-elle insensible aux crix de ces peuples qui lui tendent les bras depuis des siècles ? Pourquoi les apôtres de sa charité passent-ils à côté de ces nègres d'Afrique sans racheter leurs âmes, tandis que les négriers, les apôtres de la cupidité, savent y parvenir pour acheter leurs corps et les vendre esclaves ? Pontifes, prêtres et enfants de Dieu et de son Église, n'oubliez plus vos frères du Congo!
Les populations de cette partie de l'Afrique paraissent toujours aussi bien disposées. En 1838, à la demande du gouvernement français, l'abbé Jean de La Mennais envoyait une colonie de ses frères d'école aux Antilles. Le vaisseau relâcha au Sénégal, colonie française, dans la baie de Saint-Louis, où déjà pareillement on avait demandé de ces mêmes frères. Les enfants qui étaient à l'école , apprenant qu'il y avait des frères dans le port, sortirent aussitôt pêlemêle, et, se tenant par la main, Chrétiens et Mahométans, Juifs et Nègres, ils se mirent à danser el à chanter en rond : « Des frères! Voilà des frères ! Quel bonheur ! Ah! notre maître n'a qu'à s’en aller, Nous voulons des frères ; que nous serons heureux ! » Les frères ayant débarqué, le roi ou chef d’une peuplade de nègres vint leur rendre visite et leur témoigner de semblables désirs. Comme ils étaient destinés ailleurs, ils ne pureut y satisfaire; mais la nouvelle de cette joie surprenante jusque dans les petits négrillons fit une telle impression sur le vénérable supérieur, qu'il ne put fermer l'œil avant d’avoir trouvé le moyen de leur envoyer des frères au plus tôt, à
Quant à l'Égypte, d'où le patriarche d'Alexandrie étendait sa ju- M ridiction sur l'Éthiopie et plus loin, voici le tableau que nous en trace le père Sicard, missionnaire jésuite, né vers la fin du dix-septième siècle, et qui, au commencement du dix-huitième, fit pendant longues années des missions dans les différentes parties de ce pays.
« Quoique la religion mahométane soit la dominante en Égypte, il est cependant vrai de dire que le nombre des Chrétiens grecs, arabes et égyptiens, appelés aujourd'hui Coptes, est beaucoup plus grand que celui des Turcs. Les Chrétiens sont presque tous hérétiques et schismatiques, et pour la plupart eutychiens. Mais je crois qu'on doit ajouter qu'ils sont plus ignorants qu'hérétiques. Leur ignorance est si grossière, qu'ils ne savent ni ce qu'ils croient ni c que nous croyons. Il nefaut pas cependant conclure de là que les Égyptiens soient sans esprit, Car nous VOYONS le contraire ; et je ne suis pas surpris qu'ils aient eu autrefois de si savants hommes dans
(Liv. LXXX VIT, — De 1605
on de la foi ni aucune ux ? Pourquoi l'Église s peuples qui lui tenles apôtres de sa chae sans racheter leurs à la cupidité, savent y re esclaves ? Pontifes, oubliez plus vos frères
ie paraissent toujours du gouvernement frane colonie de ses frères Sénégal, colonie franpareillement on avait li étaient à l'école , apsortirent aussitôt pêle- Mahométans, Juifs et en rond : « Des frères!
aître n’a qu'à s’en aller.
heureux ! » Les frères ade de nègres vint leur bles désirs. Comme ils faire; mais la nouvelle etits négrillons fit une qu'il ne put fermer l'œil
r des frères au plus tôt, R d'Alexandrie l'ont toujours reconnue en paroles chaque fois qu’ils
xandrie étendait sa ju- > tableau que nous en é vers la fin du dix-sepdix-huitième, fit pendifférentes parties de ce
dominante en Égypte, re des Chrétiens grecs, ptes, est beaucoup plus ont presque tous héréeutychiens. Mais jo crois its qu'hérétiques. Leur ii ce qu'ils croient ni c t conclure de là que les ns le contraire ; et je ne si savants hommes dans
à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 673
la géométrie, dans l'astronomie et dans la médecine, 11 faut cependant convenir que la domination des Turcs leur a fait perdre le goût qu'ils avaient autrefois pour ces sciences 1. »
Les jacobites ou eutychiens modernes d'Égypte sont fort attachés aux dogmes et aux saintes pratiques que nous défendons contre les protestants : La présence réelle du corps de Jésus-Christ dans le pain consacré, et l'adoration de l'eucharistie ; la dévotion à la Mère de Dieu, qu'ils portent aussi loin qu'on puisse la porter; le culte des saints; la vénération des images ; la nécessité de la confession secrète et détaillée; le purgatoire. Ils mêlent à ce dernier dogme beaucoup de fables; mais ils en ont retenu le ford. Leurs jeünes sont fréquents et rigoureux. Ils regardent les sept sacrements comme institués par Jésus-Christ.‘Îls en ont conservé l'essentiel. Il n'y a sur ce point de contestation entre les missionnaires qu’à l'égard du vin qu'ils consacrent : ils prennent des raisins desséchés, mais moins secs et plus gros que ceux qu'on mange en Europe; ils les trempent dans l'eau et les laissent s'en imbiber exposés au soleil ; ils les pressent ensuite, et le suc qu'ils en tirent, quand il est reposé, leur tient lieu de vin. Ils ont mêlé dans la pratique des sacrements d'autres abus : le plus considérable et le plus dangereux, c'est le délai du baptême. Ils ne bavtisent les mâles qu'après quarante jours, et les filles qu'après quatre-vingts jours; souvent ils diffèrent plus longtemps. Ils ne baptisent jamais hors de l’église ; et si l'enfant est en péril prochain de mourir, ils croient suppléer au baptême par cer-
L'taines onctions ?,
Pour ce qui est de la primauté du Pape, les patriarches coptes
ont écrit pour se réunir au Saint-Siége ou feindre de s'y réunir, comme sous Pie IV et Clément VIIT. Le patriarche Gabriel, huitième du nom, écrivant à ce dernier Pape, l'appelle « le père des pères le prince des patriarches, le treizième dés apôtres, le cinquième des évangélistes, le successeur de saint Pierre assis sur sa chaire dans la grande Rome; à qui a été donnée de Dieu la puissance de lier et de délier; de qui est fait mention dans l'Évangile, quand il dit : A toi, Pierre, j'ai donné les clefs du royaume des cieux; ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux. Car vous avez été constitué à sa place, et vous êtes son successeur sur la terre, notre Père et notre seigneur, k couronne de notre tête, le seigneur Pape Clément VIII, Pape de
1 Lettres ddifiantes et curieuses. - Lettres du P, Sicard sur l'Égypte, t. 6, édit, 1180, — ? Jbid., Mémoires sur les Coptes.