‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 36 sur 121 · PRE · texte numérisé non relu

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Les magistrats de Thonon, tous calvinistes, promirent extérieurement d'obéir aux lettres du gouverneur, qui leur ordonnait de protéger les deux missionnaires ; mais dès le premier jour le peuple

| pensa se soulever : à Genève, qui n’en est qu’à quatre ou cinq lieues,

on fut sur le point de prendre les armes. Louis de Sales fut ébranlé ;

mais François le rassura, lui disant entre autres, que la coutume du

peuple était de faire beaucoup de bruit ; mais que, quand on avait

| assez de fermeté pour ne pas s’en étonner, il s’accoutumait de lui-

… même aux choses qui lui avaient paru d'abord les plus étranges.

Le gouverneur ayant écrit de nouvelles lettres aux magistrats de Thonon, François y fut reçu avec plus d’égards ; mais il apprit bien-

| tôt qu'il y avait des défenses sévères d'aller l'entendre : en sorte : qu'il s'y voyait seul, comme dans un désert. Il ne laissait pas d'y

| venir tous les jours des Allinges, et il partait souvent par des temps D, si rudes et si fâcheux, que les paysans les plus robustes n’osaient se

M mettre en chemin. La pluie, la neige, les glaces, les vents les plus EL terribles, la nuit même n'étaient pas capables de l'empêcher de se | mettre en route. Le froid le saisissait quelquefois jusqu’à le rendre presque immobile et le mettre en danger de mourir; mais rien n’était + capable d'arrêter ni même de ralentir son zèle.

L'hiver de cette année fut si rigoureux et le froid si grand, que

# ses pieds et ses jambes en étaient tout crevassés. Un jour qu’il était 21 parti plus tard que de coutume de Thonon pour s’en retourner

: aux Allinges, la nuit le surprit ; il s’égara, et, après avoir fait inu- L'tilement bien du chemin, il arriva fort tard dans un village dont } toutes les maisons étaient fermées. La terre était couverte de neige Let le froid si violent, que même pendant le jour les paysans étaient contraints de demeurer enfermés avec leurs troupeaux. Il frappa à : toutes les portes, conjurant les habitants, par tout ce qui était le plus

-. capable de les toucher, de ne pas le laisser périr de froid ; mais ils LA n'avaient garde de lui ouvrir, ils étaient tous calvinistes, et, par sur- De croit de malheur, son valet l'avait nommé, croyant leur donner de

«la considération. Mais Dieu, qui n'abandonne jamais les siens, lui fit eux court E= : chaud; ilss’ylogèrentcommeils purent, et ce fut ce qui leur sauva la vie.

lencontrer dans cette extrémité le four du village, qui était encore

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Il pensa périr encore une autre fois par la dureté des habitants d'un autre village. Il était arrivé de nuit par une pluie furieuse; mais il ne put jamais obtenir qu’on le mît à couvert, quelque prière qu'ilen pôt faire, et il fut contraint de passer la nuit exposé à là pluie, louant Dieu, comme les apôtres, de ce qu'il l'avait jugé digne de souffrir pour la gloire de son nom.

Un autre jour, à la sortie de Thonon, comme il se retirait aux Allinges, il rencontra un calviniste qui, touché de ses bons exemples et des peines incroyables qu’il se donnait tous les jours pour le salut d’un peuple jusqu'alors si peu reconnaissant, le conjurait pour l'a mour de Dieu de linstruire sans délai de la religion catholique. François l’entreprit aussitôt, malgré les remontrances de son cousin, qui le priait de le remettre au lendemain, à cause que la nuit approchait et qu'il fallait traverser une forêt. Ce que Louis avait prévu arriva : François demeura si longtemps avec son calviniste, que là nuit les surprit à l'entrée de la forêt, et devint si obscure, qu'il fut impossible de trouver le chemin. Cependant, les hurlements des loups, les cris des ours et des autres bêtes sauvages descendues des montagnes voisines avaient quelque chose de si terrible, qu'il n'était pas possible de n’en être pas effrayé; le domestique mourait de peur; Louis de Sales n’était guère plus assuré : le seul François, plein de confiance, les consolait et leur promettait, de sa part, qu'il les délivrerait de ce danger comme il avait délivré Daniel de h fosse aux lions. Dans ce moment même, la lune s'étant levée, il aperçut qu’ils n’étaient pas loin d’un bâtiment ruiné où il y avai encore quelque reste de voûte qui pouvait les abriter contre les injures du temps : ils y entrèrent et y passèrent le reste de la nuit, Mais François ne put fermer l’œil : il aperçut au clair de la lune que ces ruines étaient celles d’une église que les hérétiques avaient détruite, Il passa la nuit à gémir, comme le prophète sur les ruines de Jérusalem.

Cependant François ne voyait aucun résultat de ses travaux dans le Chablais, lorsque Dieu lui suscita des auxiliaires d’un nouveat genre. Les soldats de la garnison d’Allinges, touchés de ses vertus, se convertirent, quelques-uns du calvinisme à la foi catholique, et tous à une vie meilleure. Comme ils allaient fréquemment à Thonon, leur changement y fit une impression profonde et diminut singulièrement l’aversion qu’on avait pour l’homme apostolique. Celui-ci, voyant qu'on ne le fuyait plus si fort, se mit à rendre des visites à des particuliers dont il gagnait l'estime et l'affection par

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François apprit que deux gentilshommes de sa con-

À naissance se battaient en duel : aussitôt il y court, et, au péril de sa À vie, il les sépare et les amène à s'embrasser, Dieu fit plus : il ieur À toucha le cœur; tous deux firent une confession générale et devinrent À de fervents Chrétiens. L’un d'eux, distingué dans la carrière des + armes, habitait une maison de campagne dans le voisinage de Tho- { non. Comme les personnes considérables du pays lui rendaient de À fréquentes visites, il leur parla du saint homme avec tant d’enthou- N siasme, qu'elles eurent un grand désir de le voir et de l’entretenir À elles-mêmes. Le gentilhomme offrit sa maison pour cet effet. Il y eut dès lors des conférences réglées entre François de Sales et les principaux calvinistes du pays.

Il exposa sur les principaux points de controverse ce que l'Église catholique croyait et ce qu’elle rejetait. Les assistants furent émerveillés d'apprendre que l'Église catholique n’admettait nullement les

énormités que

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lui imputaient les ministres huguenots dans leurs

prêches, mais que sa doctrine était le bon sens et la modération UP ,

Li même. Le bruit s’en étant répe2du, les prédicants huguenots sou- | tinrent que la doctrine catholique n’était pas telle que Francois l’a- De vait exposée. Il la mit alors par écrit, dans les termes du concile de

Trente, et offrit aux prédicants de les en éclaircir dans des confé-

Pi rences pacifiques, soit écrites, soit orales. Ils n’acceptèrent ni l’un ni »: l'autre; seulement ils résolurent de faire assassiner le gentilhomme D catholique qui prêtait sa maison à François pour ses conférences. Un

| gentilhomme calviniste, parent du premier, se chargea de l'exécu- M tion. 11 vint donc le trouver, comme pour se divertir. L'autre le con- D duisit exprès à une promenade solitaire, et lui dit : Mon ami, je conà nais votre dessein, vous venez pour m’assassiner ; cependant vous

Min’avez rien à craindre, car si votre religion vous porte à tuer vos amis et vos parents, la mienne m’oblige, à l'exemple de Jésus-Christ,

de pardonner à mes plus cruels ennemis. Puis il l'embrasse avec une cordiale amitié. Le calviniste demeure confondu, il avoue son crime, demande pardon et promet à son parent l'amitié la plus inviolable. Iln'en reste pas là : il demande lui-même des entretiens particuliers à François et devient un catholique aussi fervent qu'il avait été emporté calviniste.

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La conversion de cet homme, l'exposition imprimée de la doctrine catholique, à quoi nul prédicant n’osait répondre, firent une grande impression dans tout le pays : les calvinistes venaient tou-

<jours plus nombreux entendre François. Les prédicants se décidèrent alors à le tuer lui-même, et gagèrent pour cela deux assassins. Mais

les catholiques,

en ayant été avertis, donnent une escorte à François

160 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIT, — De 1605

pour s’en retourner aux Allinges. A peine furent-ils entrés dans un bois où il fallait nécessairement passer, que les deux assassins sortent d’entre les buissons où ils s'étaient cachés et viennent à lui l'é. pée à la main. François ne perd rien de sa fermeté ordinaire; il défend à ceux qui l’accompagnent de se servir de leurs armes, va au-devant des assassins, et leur dit avec son inaltérable douceur: Vous vous méprenez, mes amis ; apparemment vous n’en voulez pas à un homme qui, bien loin de vous avoir offensés, donnerait de tout son cœur sa vie pour vous. Ce peu de paroles calme dans un moment la rage de ces furieux : ils demeurent quelque temps immobiles ; puis, se jetant à ses pieds, ils lui demandent pardon, et lui protestent qu'à l'avenir il n’aurait pas de serviteurs plus fidèles ni plus disposés à le suivre partout. François les relève, les embrasse tendrement, et leur conseille de s'éloigner pour éviter les poursuites du gouverneur de la province, qui n’aurait pas tant d’indulgence que lui, s’ils tombaient une fois entre ses mains.

En effet, le gouverneur prit des mesures pour atteindre les coupables : François eut bien de la peine à l'en empêcher. Le gouverneur voulait au moins lui donner une escorte de six soldats : François, au contraire, lui demanda la permission, et finit par l'obtenir à force d'instances, d'aller demeurer à Thonon même, où il y avait alors plusieurs catholiques. Ceux-ci le reçurent avec une joie inexprimable, comme les premiers Chrétiens recevaient les apôtres. François, de son côté, soutenait son ministère d’une manière digne de Dieu : rien n'échappait à sa charité et à ses soins ; il donnait les jours aux instructions et aux conférences , à la visite des pauvres et des malades, et les nuits à l’étude, à la prière et à la réconciliation des pécheurs. Sa vie soutenait ses prédications, et ses prédications achevaient ce que ces bons exemples avaient commencé.

Tant de vertus attiraient tous les jours à l'Église quelque nouveu fidèle, mais augmentaient en même temps la fureur des hérétiques. Que faisons-nous* disaient-ils : voici un homme qui gagne insensiblement l’estime du peuple ; on le regarde comme un apôêtre, et nous perdons tous les jours de notre crédit. Attendons-nous qu'il nous ait réduits à mendier notre pain et qu'il ait établi le papisme sur les ruines de nos temples? Si nous le laissons achever ce qu'ila commencé, le duc de Savoie viendra, et, se prévalant du peti nombre auquel nous allons être réduits, il établira son autorité sur la ruine de nos priviléges et nous réduira dans une triste servitude. La conclusion fut celle du sanhédrin de Caïphe, qu'il fallait se défaire de cet homme. Et de fait, la nuit suivante, comme François en en ployait une partie à la prière, il entendit un bruit d'armes et ensuile

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