‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 40 sur 121 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

HISTOIRE UNIVEN [Lav, LXXX VIE, — De tof

opinion de nous ? No la devons-nous pas avoir telle de nous-mêmes Tellea gens ne sont pas nos adversaires, mais nos partisan, puisque avée nous ils entroprennent la destruction de notre amour-propre, Pourquoi nous fâcher contre ceux qui nous viennent en aide contre un si puissant ennemi? — C'est ainsi qu'ilse moquait des ( domnies et des outrages, estimant que le silence ou la modestie étaient enprbles d'y résister, sans employer la patience pour si peu de choset, Nous avons vu le saint évêque de Genève travaillant à la conver. sion des hévétiques pour les ramener au sein de la vraie Eglise hors de laquelle il n'y a point de salut ; nous l'avons vu travaillant À la conversion des catholiques mêmes, pour les introduire dans lex vertus et les douceurs de la vie dévote, Il portait ses vues encor plus loin: il travaillait à la perfection des âmes d'élite, pour le élever aux plus sublimes mystères de l’amour divin et de l'union avec Dien, A cet effet, il fonda, comme nous verrons, une nouvelle congrégation de religieuses, dont le but principal est d'aimer Dieu, et puis le proghain. [leur fit en particulier plusieurs SerHONS et en. tretiens sur cette théologie ou l'oraison. Car, dit-il, l'oraison eth théologie mystique ne sont qu'une même chose. Elle s'appelle héo logie, parce que, comme la théologie spéculative «a Dieu pour objet, celle ci aussi ne parle que de Dieu, mais avec trois différences Car, 1” celle-là traite de Dieu en tant qu'il est Dieu, et celle-ci el parle en tant qu'il est souverainement aimable ; c'est-à-dire celleregarde ln divinité de la suprème bonté, et celle-ci la suprême bonté de la divinité, 2e La spéculative traite de Dieu avec les hommes à entre les hommes, la mystique parle de Dieu avec Dieu et en Dieu même, 3e La spéeulative tend à la connaissance de Dieu, et Al my tique à l'amour de Dieu; de sorte que celle-là rend ses Ccolien savants, doctes et théolagiens, mais celle-ci rend les siens ardent, afectionnés, amateurs de Dieu, et Philothées où Théophiles. ds elle s'appelle mystique, parce que la conversation est toute sucrèle et qu'il ne s'y dit rien entre Dieu et l'âme que de cœur à cœur, pi une communication incommunicable à tout autre qu'à ceux qi h font 2. Avec ces discours et entretiens spirituels, complétés pi l'oraison et l'étude, le saint évêque fit, en douze livres, son Trait de l'Amour de Dieu, dédié à la sainte Vierge et à saint Joseph, comk les plus parfaits modèles de l'amour divin. ses Quel en est l'ensemble , à partir de l'homme? Le saint Le L'homme est la perfection de l'univers ; l'esprit est la perfection it

1 Esprit de S, Fr. de Sales, 1. 12, ec. 3, — ? Traité de l'Amour de Dieu, ©. 1.

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celle de l'esprit; et Ja charité, celle de l'amour. our de Dieu est la fin, la perfection et l’excellence . Nous disons que l'œil voit, l'oreille entend, la langue parle, l'entondement discourt, ln mémoire se ressouvient, et la voà lonté aime ; L ais nous savons toutefoi que t l'homme, à proprement parler, qui, par ces divers différents organes, lait toute cette variété d'opérations, C'est onc aussi l'homme qui, E par la ficulté affective, que nous appelons volonté, tend et se com plait au bien, et qui a vers ce bien cette #rande convenance, laquelle Lest la source et l'origine de l'amour 2, Nous sommes créés à l’image elressemblance de Dieu : qu'est-ce à dire cela, sinon que nous avons une extrême convenance avec sa divine majesté, Notre âme Lest spirituelle, indivisible, immortelle, entend, veut, et veut libre- Lment, est capable de juger, discourir, savoir et avoir des vertus : en quoi elle ressemble à Dieu, Elle ré toute en tout son corps, eLtoute en chacune des parties d'icelui, comme la Divinité jen tout le monde, et toute en chaque partie du monde, L se connait et s'aime soi-même par des actes produits et exprimés de son entendement et de sa volonté, qui, procédant de l’entendement et de la volonté distingués l’un de l'autre, restent néanmoins et demeurent inséparablement unis en l'âme et ès facultés desquelles ils procèdent, Ainsi le Fils procède du Père, comme sa connaissance éprimée, et le Saint-Esprit, comme l'amour exprimé et produit du Pireet du Fils ; l'une et l’autre personne distinctes entre elles, et d'avec le Père, et néanmoins inséparables et unies, ou plutôt une nème, seule, simple et très-unique indivisible Divinité. «Mais, outre cette convenance de similitude ondance non pareille entr

t toute ‘’hoinme

, il y à une correse Dieu et l’homme pour leur réciproque Pufection; non que Dieu puisse recevoir aucune perfection de omme, mais parce que, comme l'homme ne peut être perfecionné que par la divine bonté, aussi la divine bonté ne peut bon- Bhement si bien exercer sa perfection hors de soi qu'à l'endroit de pote humanité. L'un a grand besoin et grande capacité de recevoir lu bien, et l’autre grande abondance et grande inclination pour en onner, Rien n'est si à propos pour l’indigence qu’une libérale afpence: rien si agréable À une libérale affluence qu’une nécessiuse indigence : et plus le bien a d'affluence, plus l’inclination de répandre et communiquer est forte. Plus l'indigent est nécessi- EUX, plus il est avide. de recevoir, comme un vide de se remplir. D} est donc une douce et désirable rencontre que celle de l’affluence in Hbh=eE). i,c. 8

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182 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VIT. — De 1605

et de l'indigence; et ne saurait-on presque dire qui à plus de contentement, ou le bien abondant à se répandre et communiquér, ou le bien défaillant et indigent à recevoir et tirer, si Notre -Seigneur n’avait dit que c’est chose plus heureuse de donner que de recevoir. Or, où il y a plus de bonhenr il y a plus de satisfaction : la divine bonté a donc plus de plaisir à donner ses grâces que hous à les recevoir 1. »

Maintenant, quel est l’ensemble de ce même amour divin, à partir de Dieu ? Voici sur céla les principes de saint François àe Sales. Les perfections divines ne sont qu'une seule, maïs infinie perfection, En Dieu il n’y a qu'un seul acte, qui est sa propre divinité; mais, pour en parler, nous autres mortels sommes obligés de distinguer ce qui est un, et d’y employer plusieurs noms et mots. « Nons di. sons donc que Dieu, ayant eu une éternelle et très-parfaité connaissance de l’art de faire le monde pour sa gloire, il disposa avant toutes choses, en son divin entendement, toutes les pièces principales de l'univers qui pouvaient lui rendre de l'honneur, c'est-à-dire la nature angélique et la nature humaine ; et, en la nature angtlique, la variété des hiérarchies et des ordres que l'Écriture sainte el les sacrés docteurs nous enseignent : comme aussi entre les hommes il disposa qu’il y aurait cette grande diversité que nous y voyons.

Puis, en cette même éternité, il pourvut ét fit état à part soi de tous À

les moyens requis aux hommes et aux anges pour parvenir à la fini laquelle il les avait destinés, et fit ainsi l’acte de sa providence; « sans s'arrêter là, pour effectuer sa disposition, i! a réellerzent créé les anges et les hommes, et, pour effectuer sa providence, il a founi et fournit par son gouvernement tout ce qui est nécessaire aux créstures raisonnables pour parvenir à la gloire ; tellement que, pourk dire en un mot, la providence souveraine n’est autre chose que l'acte par lequei Dieù veut fournir aux hommes et aux anges les moyeï nécessaires ou utiles pour parvenir à leur fin. Mais, parce que « moyens sont de diverses sortes, nous diversifions aussi le nom de li providence , et disons qu’il y a üne providence naturelle , une ault surnaturelle ; et celle-ci, qu’elle est ou générale, ou spéciale, ou pa ticulière.

: « Un mot de la providence naturelle. Dieu donc, voulant pourvor l'homme des moyens naturels qui lui sont requis pour rendre gloi à sa divine bonté, il a produit en faveur de l'homme tous les autr animaux et les plantes; et pour pourvoir aux autres animaui d aux plantes, il a produit une variété de terroirs, de saisons, de à

à 1650 de l’è

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4 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE,

taines, de vents, de pluies; et tant pour l'homme que pour les! autres choses qui lui appartiennent, il a créé les éléments, le ciel et les astres, établissant, par un ordre admirable, que presque toutes les créatures servent les unes aux autres réciproquement : les chevaux nous portent, et nous les pansons ; les brebis nous nourrisserit et vêtent, et nous les paissons ; la terre envoie des vapeurs à l'air, et l'air des pluies à la terre; la main sert au pied, et le pied. porte la main, Oh ! qui verrait ce commerce et trafic général que les créa: tures font ensemble avec une si grande Correspondance, &e combien “il ému envers cette souveraine sagesse, :

providence, Ô grand Père éternel, gouverne

pour s'écrier : Votre toutes choses 11:

« Tout ce que Dieu a fait est destiné au anges; mais voici l'ordre de sa providence pour ce regard, selun que, par l'attention aux saintes Écritures et à la doctrine des ‘anciens;

nous le pouvons découvrir, et que notre faiblesse nous permet d'en parler.

«Dieu connut éternell nombrable dé créatures quelles il pourrait

les façons de se Communiquer il n’y avait riex de si ‘excellent que de se joindre, à queique nature créée, en telle sorte que la créature fût

salut des hommes et des

son infinie et indivisible divinité au Fils en le produisant , et le Père sant le Saint-Esprit, lui communiquent aussi leur propre et unique divinité : de même cette souveraine dou-: ceur fut aussi communiquée si parfaitement hors de soi à une créature; que la nature. créée et la divinité, gardant chacune leurs propriétés, fussent néanmoins tellement unies ‘ensemble, qu’elles ne fussent qu’une: même. personne.

« Or, entre toutes les. créature

S que cette souveraine toute-puissance pouvait produire,

elle trouva :bon de choisir la méme huma-

Rnilé, qui depuis, par effet, fut. jointe à la personne de Dieu le Fils,

# le quelle elle destina cet honneur incom

nelle à sa divine Majesté, afin lence des

parable de l'union personqu'éternellèment elle jouît par excel.

trésors de sa gloire infinie. Puis, ayant ainsi préféré pour ce

184 HISTOIRE UNIVERSELLE iv. LXXXVIT. —Deieos

bonheur l’huisanité sacrée de notre Sauveur, la suprême providence disposa de ne point retenir sa bonté en la seule personne de ce Fils bien-aimé, mais de la répandre en sa faveur sur plusieurs autres créatures ; et sur le gros de cette innombrable quantité de choses qu’elle pouvait produire, elle fit choix de créer les honimes et les anges, comme pour tenir compagnie à son Fils, participer à ses grâces et à sa gloire, et l’adorer et louer éternellement. Et parce que Dieu vit qu’il pouvait faire en plusieurs façons l'humanité de son Fils en le rendant vrai homme, comme, par exemple, le créant de rien, non-seulement quant à j’âme, mais aussi quant au corps; ou bien formant le corps de quelque matière précédente, comme il fit celui d'Adam et d'Êve ; ou bien par voie de génération ordinaire d'homme et de femme ; ou bien par génération extraordinaire d’une femme

sans homme : il délibéra que la chose se ferait en cette dernière .

façon. Et entre toutes les femmes qu'il pouvait choisir à cette intention, il élut la très-sainte Vierge Notre-Dame, par l'entremise de laquelle le Sauveur de nos âmes serait non-seulement homme, mais enfant du genre humain.

« Outre cela, la sacrée providence détermine de produire tout le reste des choses, tant naturelles que surnaturelles, en faveur du Sauveur, afin que les anges et les hommes pussent, en le servant, participer à sa gloire. Ensuite de quoi, bien que Dieu voulût créer tant les anges que les hommes avec le franc arbitre, libres d’une vraie liberté, pour choisir le bien et le mal, néanmoins, pour témoigner que de la part de la bonté divine ils étaient dédiés au bien et à la gloire, elle les créa tous en jusiice originelle, laquelle n’était autre chose qu’un amour très-suave qui les disposait, contournait et acheminait à la félicité éternelle.

« Mais parce que cette suprême sagesse avait délibéré de tellement mêler cet amour originel avec la volonté de ses créatures, que l’amour ne forçât point la volonté, mais lui laissât sa liberté, il prévit qu’une partie, mais la moindre, de la nature angélique, quittant volontairement le saint amour, perdrait par conséquent la gloire. Et parce que la nature angélique ne pourrait faire ce péché que par une malice expresse, sans tentation ni motif quelconque qui la pût excuser, et que d’ailleurs une beaucoup plus grande partie de cette même nature demeurerait ferme au service du Sauveur, partant, Dieu, qui avait si amplement glorifié sa miséricorde au dessein de la création des anges, voulut aussi magnitier sa justice, et, en la faveur de son indignation, résolut d'abandonner pour jamais cette triste et malheureuse troupe de perfides qui, en l furie de leur rébellion, l’avaient si vilainement abandonné.

à 1650 de lé

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IT. — De 1605

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 185

«Il prévit bien aussi que le premier homme abuserait de sa, liberté, et, quittant la grâce, perdrait la gloire. Mais il ne voulut pas traiter si rigoureusement la nature humaine, comme il délibéra de traiter l'angélique. C'est la nature humaine de laquelle il avait résolu de prendre une pièce bienheureuse pour l’unir à la divinité. Il vit que c'était une nature imbécile, « un vent qui va et ne revient pas, » c'est-à-dire qui se dissipe en allant. Il eut égard à la surprise que Satan avait faite au premier homme et à la grandeur de la tentation qui le ruina. Il vit que toute la race des hommes périssait par la faute d’un seul : par ces raisons, il regarda notre nature en pitié, et se résolut de la prendre à merci.

« Mais afin que la douceur de sa miséricorde füt ornée de la beauté de sa justice, il délibéra de sauver l’homme par voie de rédemption rigoureuse, laquelle ne se pouvant bien faire que par son Fils, il établit que celui-ci rachèterait les hommes, non-seulement par une de ses actions amoureuses qui eût été plus que très-suffisante à racheter mille millions de mondes, mais encore par toutes les innombrables actions amoureuses et passions douloureuses qu'il ferait et souffrirait jusqu’à la mort, et la mort de la croix à ::vuelle ille destina, voulant qu’ainsi il se rendit compagnon de nos misères, pour nous rendre par après Compagnons de sa gloire; montrant 6: cette sorte les richesses de sa bonté, par cette rédemption copieuse, abondante, surabondante, magnifique et “xcessive, laquelle nous a acquis et comme reconquis tous les moyens nécessaires pour parvenir à la gloire ; de sorte que personne ne puisse jamais se plaindre, comme si la miséricorde divine manquait à quelqu'un ?, »

Dans cet ouvrage, saint François de Sales traite avec exactitude un grand nombre de questions difficiles, sur lesquelles, avant et après lui, des esprits moins sages se sont égarés. Ainsi est-il bien lin de supposer que par le péché originel ait péri en nous tout ce qu'il y avait de bon. Il enseigne, au contraire, que, même depuis notre chute, nous avons une inclination naturelle d’aimer Dieu sur toutes choses. « Or, dit-il, bien que l’état de notre nature humaine ne soit pas maintenant doué de la santé et droiture originelle que le premier homme avait en sa création, et qu’au contraire nous . Soyons grandement dépravés par le péché ; toutefois la sainte inclination d'aimer Dieu sur toutes choses nous est demeurée, comme

“aussi la lumière naturelle, par laquelle nous connaissons que sa souveraine bonté est aimable sur toutes choses 3. » Il ajoute que, avec l'inclination naturelle d'aimer Dieu par-dessus toutes choses,

1 Psaim, 71, 89; 139, 7. —? L, 2, c, 4, —5 L, 1, Ce 16,

186 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXXX VI. — De 1605

nous n'en avons pas naturellement le pouvoir ; car le péché a beaucoup plus débilité la volonté humaine qu’il n’a offusqué l’entendement. Il le prouve par l'exemple des philosophes païens, qui ont bien connu Dieu, mais ne l'ont pas glorifié ni aimé comme ils devaient. « En sommes, conclut-il, notre chétive nature, navrée par le péché, fait comme les palmiers que nous avons de deçà, qui font bien certaines productions imparfaites, et comme des essais de leurs fruits; mais de porter des dattes entières, mûres et assaisonnées, cela est réservé pour des contrées plus chaudes. Car ainsi notre cœur humain produit bien naturellement certains commencements d'amour envers Dieu; mais d'en venir jusqu’à l'aimer sur toutes choses, qui est la vraie maturité de l'amour dû à cette suprême bonté, cela n'appartient qu'aux cœurs animés et assistés de la grâce céleste, et qui sont en l’état de la saïnte.charité;:et ce petit amour imparfait, duquel la nature en elle-même sent les élans, ce n'est qu'un certain vouloir sans vouloir, un vouloir qui voudrait, mais qui ne veut pas, un vouloir stérile, qui ne produit point de vrais effets, un vouloir paralytique, qui voit la piscine salutaire du saint amour, mais qui n'a pas la force de s’y jeter; et enfin ce vouloir est un avorton de la bonne volonté, qui n'a pas la vie de la généreuse vigueur requise pour en effet préférer Dieu à toutes choses, dont l'Apôtre parlant en la personne du pécheur, s’écrie : Le vouloir est bien en moi, mais je ne trouve pas le moyen de l’accompliri, »

Cependant, suivant notre saint docteur, l'inclination naturelle que nous avons d'aimer Dieu n’est pas inutile. « Car, dit-il, encore que par la seule inclination naturelle nous ne puissions pas parvenir au bonheur d’aimer Dieu comme il faut, toutefois, si nous l’employions fidèlement, la douceur de la piété divine nous donnerait que! * secours, par le moyen duquel nous pourrions passer plus avaut. Que si nous secondions ce premier secours, la bonté paternelle de Dieu nous en fournirait un autre plus grand, et nous conduirait de bien en mieux, avec toute suavité, jusqu’au souverain :amour, auquel notre inclination naturelle nous pousse; puisque c’est chose certaine qu’à celui qui est fidèle en peu de chose’et qui fait ce qui est en son pouvoir, la bénignité divine ne dénie jamais son assistance, pour l'avancer de plus en plus. L'inclination donc d'aimer Dieu sur toutes choses que nous avons par nature, ne demeure pas pour néant dans nôs cœurs; car, quant à Dieu, il s'en sert comme d’une anse, pour nous pouvoir plus suavement prendre et retirer à

à 1650 de |

soi; et il en quelqu un filet, p d’avoir pi mémorial elle nous appartena Le mên divins nou ser. « Mai par lesque son amou moyens de désert en avec des li Sans dout comme les d'attraits « les liens d venables a lien de la des noix à il est attir comme le lecte, non nos cœurs amorces p ter la dot arbitre n’ nonobstant de D.eu, spirations, parfaiteme et de néce arbitre ne vient, ou « séntement Pères, à de Trente :

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— De 1605

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à 1650 de l’êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 187

soi; et il semble que, par cette impression, la divine bonté tienne en quelque façon attachés nos cœurs comme des petits oiseaux par un filet, par lequel il nous puisse tirer quand il plaît à sa miséricorde d’avoir pitié de nous; et, quant à nous, elle nous est un indice et mémorial de notre premier principe et créateur, à l'amour duquel elle nous incite, nous donnant un secret avertissement que nous appartenons à sa divine bonté !, »

Le même saint fait voir dans un chapitre exprès que les attraits divins nous laissent en pleine liberté de les suivre ou de les repous- : ser. « Mais, demande-t-il, quels sont donc les cordages ordinaires par lesquels la divine Providence a coutume ‘de tirer nos cœurs à son amour? Tels certes qu'elle-même les marque, décrivant les moyens dont elle usa pour tirer le peuple d'Israël de l'Égypte et du désert en la terre de promission. « Je le tirai, dit-elle par Osée, avec des lieris d'humanité, avec des liens de charité et d'amitié 2. » Sans doute, nous ne sommes pas tirés à Dieu par des liens de fer, comme les taureaux et les buffles, mais par manière d’allèchements, d'attraits délicieux et de saintes inspirations, qui sont en somme les liens d'Adam et d’humanité, c’est-à-dire proportionnés et convenables au cœur humain, auquel la liberté est naturelle. Le propre lien de la volonté humaine, c'est la volupté et 1e plaisir, On montre : des noix à un enfant, dit saint Augustin, et il est attiré en aimant: il est attiré par le lien, non du corps, mais du cœur. Voyez donc comme le Père éternel nous tire : en nous enseignant, il nous délecte, non pas en nous imposant aucune nécessité; il jette dans nos cœurs des délectations et plaisirs spirituels, commé des sacrées amorces par lesquelles il nous attire suavement à recevoir et goùter la douceur de sa doctrine. En cette sorte donc, notre franc arbitre n’est nullement forcé ni nécessité par la grâce; mais, nonobstant la vigueur toute puissante de la main miséricordieuse de D.eu, qui, touche, environne et lie l'âme de tant et tant d'inspirations, de semonces et d’atiraits, cette volonté humaine demeuré parfaitement libre, franche et exempte de toute sorte de contrainte et de nécessité... En somme, si quelqu'un disait que notre franc arbitre ne coopère pas, consentant à la grâce dont Dieu le prévient, ou qu'il ne peut pas rejeter la grâce et lui refuser son consentement, il contredirait à toute l'Écriture, à tous les anciens Pères, à l'expérience, et serait excommunié par le sacré concile de Trente 3, »

Enfin, dans un chapitre ayant pour titre : Digression sur l’im-

1L.1,c. 18. — ? Osée, 11,4. — 8 L, 2, c. 12,

188 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII. — De 1605

perfection des vertus des païens, il fait voir, comme le titre même l'annonce, que les vertus des païens étaient imparfaites ; mais il n’a garde de dire, avec Luther, Calvin et leurs échos, que toutes les actions des infidèles étaient des péchés1,

Le Traité de l'Amour de Dieu mit le comble à l'affection et à l'admiration que tout le monde avait pour saint François de Sales. Le général des Chartreux ayant lu l'/ntroduction à la vie dévote, lui avait conseillé de ne plus écrire, sous prétexte que sa plume ne pourrait rien produire de comparable à ce livre; mais il n'eut pas plus tôt lu le Traité de l'amour de Dieu, qu’il lui conseilla de ne jamais cesser d'écrire, puisque ses derniers ouvrages effaçaient toujours les premiers. La lecture qu’en fit Jacques Ier, roi d’Angleterre, le toucha si vivement, qu'il marqua une grande envie de voir l'auteur. Dès que le saint en fut informé, il s’écria : « Qui me donnera les ailes de la colombe, pour voler dans cette île autrefois si féconde en saints, et aujourd'hui plongée dans les ténèbres de l’erreur? Oui, si le duc, mon souverain, veut me le permettre, j'irai à cette nouvelle Ninive, j'irai trouver le roi pour lui annoncer la parole de Dieu, au risque de ma propre vie. » 11 aurait effectivement passé en Angleterre, si le duc de Savoie eût voulu y consentir.

Nous avons vu le roi d'Angleterre, parlant de l’/ntroduction à la vie dévote, demander à ses évêques anglicans pourquoi ils n’écrivaient pas de leur côté avec la même onction. Il put le leur demander bien plus encore à la vue du Traité de l'Amour de Dieu.On peut faire cette demande à tout le protestantisme, Anglicens, Luthériens, Calvinistes : Pourquoi parmi vous, parmi tant d'écrivains et de prédicants, n'y a-t-il pas un traité de l'amour de Dieu, pas un opuscule ni un sermon qui porte à aimer Dieu et le prochain, tandis qu’on en compte des milliers parmi les catholiques ? Si la bouche parle de l’abondance du cœur, pourquoi votre bouche est-elle muette sur l'amour divin ? Ne serait-ce point parce que le Dieu de Luther et de Calvin n'est guère aimable ? En effet, comment aimer le Dieu de Luther, qui opère en nous le mal comme le bien, et qui ensuite est capable, non-seulement dé nous punir du mal que nous n’avons pu éviter et que lui-même a opéré en nous, mais encore du bien que nous aurons fait de notre mieux ? C’est un mystère auquel on ne fait pas assez d'attention.

Mais revenons à saint François de Sales. L'an 1604, à la demande du parlement de Bourgogne, il prêchait le carême à Dijon. Dans

à 1650 de l'auditoi de plus comme sortir de sonne.

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— De 1605

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à 1650 de l’êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 189

l'auditoire était son ami l'archevêque de Bourges : il y remarqua de plus une dame qui lui avait déjà été montrée dans une vision, comme devant l’aider dans l'établissement d'une œuvre sainte, Au sortir de la chaire, il demande à l'archevêque s’il connaît cette personne. Cet ami répond : C’est ma sœur, la baronne de Chantal. Effectivement, c'était elle.

Elle était fille de Bénigme Frémiot, président au parlement de Bourgogne, et de Marguerite de Berbizy. Sa sœur, Marguerite, épousa le comte d'Effran ; son frère, André, fut l'archevêque de Bourges. Elle-même naquit à Dijon, le vingt-huit janvier 15792, reçut le nom de Jeanne au baptême, et y ajouta celui de Françoise à la confirmation. Leur père, devenu veuf de bonne heure, eut grand soin de leur éducation : nul n’y répondit mieux que Jeanne ; aussi eut-il pour elle une tendresse particulière, Un hérétique s'étant permis devant elle de parler contre la sainte eucharistie, Jeanne, qui n'avait encore que cinq ans, le reprit avec force. Plus tard, elle refusa d’épouser un gentilhomme très-riche, uniquement parce qu'il était Calviniste, Quand elle eut atteint sa vingtième année, son père la maria au baron de Chantal, l'aîné de la maison de Rabutin. C'était

un officier de vingt-sept ans, qui servait avec distinction et que Henri IV honorait de sa faveur. Peu après son mariage , il conduisit son épouse au château de Bourbilly, où il faisait sa résidence ordinaire, et lui donna le soin de sa maison. Le premier ordre qu’elle y mit, fut de faire dire tous les jours la messe, d'y faire assister tous ses domestiques, de les faire instruire avec soin, de les occuper avec discrétion et de les faire soulager avec charité dans leurs besoins. Elle mit dans ses affaires tout l’ordre que demandait une longue négligence qu'on avait eue. Les fêtes et les dimanches, elle entendait la messe de paroisse. Elle s'occupait à faire des ouvrages pour les autels et à lire de bons livres ; mais l’œuvre de piété où elle a paru la plus attentive a été la charité envers les pauvres. Pendant les absences de son mari, qui était obligé de passer une partie de l'année à la guerre ou à la cour, elle ne sortait point de chez elle ; il ne s’y parlait alors ni de jeux, ni de plaisirs, ni de bonne chère. Quand il était de retour, la joie de le revoir, la complaisance qu’elle avait pour lui, l’envie de lui plaire et de le réjouir , en attirant les compagnies chez elle, tout cela lui faisait insensiblement diminuer ses pratiques de dévotion , qu’elle reprenait à la première absence ; mais enfin, l'an 1601, son mari étant allé à la cour, elle résolut fortement de ne se dispenser jamais de ses exercices de piété et n’y manqua plus.

Le baron de Chantal , étant tombé malade à Paris, se fit amener

190 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII, — De 1405

à son château, où il fut à l'extrémité. Sa vertueuse épouse passait les jours au chevet de son lit, et les nuits à la chapelle. Comme il se rétablit heureusement, leur joie était parfaite. Un parent et ami du voisinage vint la partager. Il proposa une partie de chasse au baron, qui y alla par complaisance et endossa un habit couleur de biche, Son ami, le voyant au travers de quelques broussailles, le prit pour une bête fauve, tira dessus et lui rombpit la cuisse, — Je suis mort ! s’écria le baron en tombant ; mon ami, mon cousin, tu as fait ce coup par imprudence, je te pardonne de tout mon cœur ! Puis il envoie quatre de ses domestiques dans quatre paroisses différentes, pour avoir plus sûrement un prêtre. Cependant on le porte: dans une maison du plus proche village, où sa femme accourt, quoiqu’elle fût accouchée depuis quinze jours. Dès qu'il la vit : Madame, lui dit-il, l'arrêt du ciel est juste, il le faut aimer et mourir ! — Non, monsieur, il faut vivre. — Ah! madame, répliqua-t-il, respectons l’ordre de la Providence ! — Puis, d’un esprit tranquille, il demande si quelque prêtre est venu ; et ayant su qu'il y en avait un, il le fit venir et se confessa. Un moment après, voyant de loin celui qui l'avait blessé, qui lui parut au désespoir , il lui cria : Mon cousin, mon ami, ce coup m'est tiré du ciel avant qu'il partit de ta main; je te prie, ne pèche point, et prie Dieu pour moi.

I mourut le neuvième jour, après avoir reçu les sacrements avec une piété singulière ; il pria sa femme, commanda à son tils de ne jamais songer à venger sa mort, leur dit qu’il la pardonnait tout de nouveau à celui qui l'avait tué sans y penser, et il fit écrire ce pardon dans les registres de la paroisse, avec l'ordre qu’il donnait à sa famille, pour-retenir leurs ressentiments. Un moment après, il expira dans les bras de son épouse, dont la désolation fut inexprimable.

Demeurée veuve à vingt-huit ans, avec un fils et trois filles, elle sentit ce malheur jusqu’à l'excès ; mais elle connut bientôt les desseins de Dieu sur elle, et y répondit avec tant de fidélité, que, dans ses plus grandes amertumes, elle disait ne pouvoir comprendre comment on pouvait être si contente et tant souffrir. En cet état de douleur et de joie, elle fit à Dieu le sacrifice d’eJle-même, par le vœu de chasteté et par unerésignation si parfaite aux ordres du ciel, qu'elle ne pratiqua plus une vie humaine; et pour marquer publiquement le pardon qu'elle avait accordé à celui qui avait tué son mari, elle voulut tenir un de ses enfants sur les fonts de baptême. Elle vécut dès lors suivant les règles que saint Paul et les Pères ont tracées pour la sanctification des veuves. Elle passait une partie des nuits en prières, elle augmenta ses aumônes, elle distribua aux pau-

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 191

vres ses habits précieux, elle fit vœu. de n’en plus porter que de laine. Elle congédia la plupart de ses domestiques, après les avoir libéralement récompensés. Ses jeûnes étaient fréquents et rigoureux. Retirée du monde, elle partageait son temps entre la prière, le travail et l'éducation de ses enfants, Mais il lui manquait un directeur qui pût la conduire dans les voies où elle devait marcher. Elle ne cessait de le demander à Dieu avec beaucoup de larmes, Un jour, pendant la ferveur de son oraison, elle vit un homme en soutane noire, avec un rochet et un camail.

L'année de son deuil expirée, elle se rendit auprès de son père, à Dijon. Elle y continua le même genre de vie, et ne voulut recevoir de visites que de quelques dames vertueuses et avancées en âge. L'année suivante, des affaires de famille l’obligèrent de se retirer avec ses enfants auprès du vieux baron de Chantal, son beau-père, à Montelon, diocèse d’Autun. Elle eut beaucoup à souffrir de la mauvaise humeur du vieillard, ainsi que de celle d’une gouvernante qui le maîtrisait, et qui avait pris un tel ascendant sur son esprit, que toute la maison était forcée de lui obéir. La jeune baronne supporta cette épreuve avec patience : jamais on ne l’entendit se plaindre; elle ne donnait pas même le moindre signe de mécontentement, Elle se prêtait avec la plus grande complaisance à tont ce qui était agréable à son beau-père et à sa gouvernante. Elle Consacrait à la piété l plus grande partie de son temps, et se rendaitles dimanches à Autun pour y assister aux instructions des prédicateurs,

En 1604, elle se rendit à Dijon, auprès de son père, pour entendre prêcher saint François de Sales. Dès la première fois qu’elle le vit en chaire, elle crut reconnaître l’homme qui lui avait été montré dans l’oraison comme son père spirituel. Elle l’entretint plusieurs fois chez son père, où il venait souvent. Elle n’était pas moins émerveillée de ses conversations familières que de ses sermons. Elle mourait d'envie de lui découvrir son âme : le saint prélat. lui inspirait toute confiance; mais elle n’osait, parce qu’un religieux qui la dirigeait lui avait fait promettre, même par vœu, de s’en rapporter à lui seul sur sa conduite spirituelle. D'un autre côté, les discours de l'évêque de Genève la touchaient vivement ; elle se conformait à ces avis, même dans les plus petites choses, et sa docilité était toujours suivie de consolations extraordinaires.

Enfin elle lui découvrit la cause de ses perplexités : il fut décidé que le vœu qu’on lui avait fait faire était indiscret, et qu’elle pouvait en être dispensée. Alors elle se confessa au saint évêque de Genève, ei elle lui fit même une confession générale de toute sa vie. Mais bientôt'la paix de son âme fut troublée par des désolations inté-

192 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVIT, — De 1605

rieures ; elle eut des inquiétudes alarmantes sur sa conduite. François de Sales lui apprit à profiter de cette épreuve, en sorte que la lumière prit la place des ténèbres, et que le calme succéda à l'orage. Il lui apprit encore à régler tellement ses exercices de piété, que son ex. térieur parûüt dépendre de la volonté des autres, surtout lorsqu'elle était chez son père ou son beau-père. Sa conduite réunissait tous les suffrages, et ceux qui vivaient avec elle avaient coutume de dire: Madame prie à toutes les heures du jour, mais cela n’incom mode personne.

Elle se levait à cinq heures, s’habillait seule et sans feu en toute saison, et faisait une heure d’oraison mentale, Ensuite elle faisait lever ses enfants, leur faisait faire, et à ses domestiques, l'exercice du matin, allait souhaiter le bonjour à son beau-père, le menait à la messe; et les samedis elle en faisait encore dire une, qu’elle avait vouée à la sainte Vierge. Elle lisait après diner, tous les jours, une demi-heure dans l'Écriture sainte ; ensuite elle faisait le catéchisme à ses enfants, à ses gens et à ceux du village qui voulaient s’y trouver. Avant souper, elle faisait une petite retraite spirituelle d’un quart d'heure, et disait son chapelet. Le soir, elle se retirait à neuf heures, faisait l'examen et la prière aver ses enfants et ses domestiques, donnait à tous de l’eau béuite el sa bénédiction, et demeurait encore une demi-heure à prier seule, et enfin finissait la journée par la lecture de sa méditation pour le lendemain.

Elle s'était fait une habitude si grande de la présence de Dieu, que rien ne l’en pouvait détourner, et qu’elle conservait cette vue tranquille parmi la diversité des créatures et des événements. Après avoir réglé son intérieur, elle songea à réformer ce qui lui paraissait encore de trop vain sur sa personne. Elle coupa ses cheveux, et ne porta plus que du linge épais et uni. Elle prit un grand soin de mortifier son goût, et faisait en sorte que les bons morceaux qu'elle laissait sur son assiette fussent donnés aux pauvres. Elle jeûnait les vendredis et samedis, portait la haire les autres jours, prenait souvent la discipline, et acquit par la pratique de cette vie toute sainte un si grand ascendant sur ses passions, qu’elle ne ressemblait plus à une créature mortelle.

Tous les dimanches et fêtes, elle allait dans les lieux de la paroisse où elle savait des malades, faisait leur lit, et ne les laissait manquer ni de nourriture ni de remèdes. Elle avait toujours chez elle quelque pauvre couvert d’ulcères, qu’elle pansait souvent à genoux, toujours avec respect, regardant par une foi vive Jésus-Christ en leur personne. Elle les veillait dans leur extrémité, les assistait jusqu'à la mort, et les ensevelissait elle-même avec un courage qui étonnait

à 1650 de l'èr

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XXY.

VIT, — De 1605

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 193

tous ceux qui n'étaient pas, comme elle. animés d'une parfaite charité,

En 1606, elle fut obligée, pour l'intérêt de ses enfants, de faire un voyage à Bourbilly. Mais ses affaires ne l’em pêchèrent pas, en y mettant tout l'ordre possible, de secourir les malades de sa terre, qui furent en si grand nombre, qu'elle en ensevelissait souvent quatre par jour, après les avoir assistés, dans leurs maux, de ses soins, de sa bourse, de ses prières et de ses instructions. Mais, ne pouvant résister à tant de fatigues qu’elle se donna pendant sept semaines, elle tomba malade d'une dyssenterie dont elle fut à l'extrémité, En cet état, elle fit écrire à son père et à son beau-père pour leur demander leur bénédiction et pour leur recommander ses enfants. Le président était inconsolable, le baron de Chantal même fut fort affligé ; car, malgré les peines qu'il lui avait faites, et les mauvais traitements qu'il avait souffert qu’elle reçût chez lui, elle y était regardée comme une sainte qui y apportait toute sorte de bénédictions. Dès qu'elle fut guérie, elle ‘’n revint à Montelon, où elle fut reçue de son beau-père et de ses enfants avec une joie Proportionnée à la peur qu'ils avaient eue de la perdre.

A mesure qu’elle se détachait des créatures, l'envie d’être toute à Dieu augmentait dans son âme. Mais comme son saint directeur lui avait commandé de vivre saintement dans son état, sans songer à la vie religieuse, elle eut Scrupule de l'avoir souhaitée, et en écrivit au saint évêque. IL lui répondit en ces termes : « Oh! non, ma fille! je né VOUS avais pas dit que vous n’eussiez nulle espérance d'être religieuse, mais bien que vous ne vous ÿ amusassiez pas, n'y ayant rien qui nous empêche tant de nous perfectionner dans notre état que d'aspirer à un autre, Les enfants d'Israël ne purent chanter en Babylone, parce qu'ils pensaient à leur Pays; mais moi je voudrais que nous chantassions partout. Je vois votre désir d'être religieuse, O doux Jésus ! que vous dirai-je, ma très-chère fille ? Sa bonté sait que

é; uun-seulement cela,

mais que ce soit pour entrer en religion, il ne m’est Pas encore arrivé d'en être d'avis; le oui ne s’est Pas encore arrêté dans mon cœur, et le non s’y trouve Wec beaucoup de fermeté; mais donnezmoï un peu le loisir pour prier et faire prier. »

Le jour de la Pentecôte, comme elle était venue à Annecy pour

L délibérer ensemble sur sa vocation, le saint prélat, pour éprouver sa

Soumission, lui proposa d’être religieuse de Sainte-Claire, puis sœur

de l'hôpital de Beaune, et puis Carmélite. Elle consentit à chaque XXY. 13

194 HISTOIRE UNIVERSELLE |Liv. LXXXVIL. — De 1605

proposition avec une docilité que le saint évêque admira ; enfin il li fit part du projet qu'il avait formé d’établir une nouvelle congréga. tion sous le nom de ia Visitation de Sainte-Marie. Elle fut comblée de joie à cette ouverture, et sentit un attrait de Dieu si puissant pour cette entreprise, qu’elle ne douta point que ce ne fût la volonté de Dieu. Ils préveyaient bientous deux de grands obstacles à ce dessein:

le père, le beau-père et les enfants de la sainte veuve, les uns fort À

vieux, les autres fort jeunes ; comment quitter tout cela pour allr s’établir hors du royaume? Le saint évêque disait : Je vois un chaos à tout ceci ; mais la Providence saura le débrouiller quand il ser temps. Cela ne tarda guère. La principale difficalté était l'éducation des enfants, pour laquelle il semblait néressaire que la mère restit dans le monde. Le saint fit voir qu’il lui serait possible d'y veille dans un cloître, et qu’elle le ferait même d’une manière plus utik pour eux. Cette difficulté levée, son père et son beau-père consenti. rent à sa retraite, non sans verser beaucoup de larmes. Comme elle avait le cœur ‘“ès-sensible, elle eut de rudes combats à soutenir : mai l'amour divin !’éleva au-dessus des sentiments dela nature. Ses autres parents et ses amis cessèrent en même temps de s’opposer à sa ri.

solution. nr Avant de quitter le monde, la baronne de Chantal maria l'ainée

de ses filles au baron de Thorens, neveu de l’évêque de Genève, et à

ce mariage eut l'approbation des deux familles. Elle errmona avec elle ses deux autrés filles : l’une mourut peu de temps après; l’autre

épousa depuis le comte de Toulonjon, qui joignait à la naissance L beaucoup de sagesse et de vertu. La mère elle-même avait refusé un parti considérable de Bourgogne, et, pour sceller de son sang l ; promesse qu'elle renouvela de n'être jamais qu’à Dieu seul, elle avai

gravé elle-même sur son cœur le nom de Jésus. Quant au jeune ron de Chantal, alors âgé de quinze ans, le président Frémiot, so grand-père, se chargea d'achever san éduention, et l'administration de ses biens fut confiée à des tuteurs remplis d'intelligence et de pro bité. Ainsi la présence de la mère ne lui était plus nécessaire.

Le jour de son départ venu, la sainte veuve prit congé du baron Chantal, son beau-père, se mit à genoux, lui demanda pardon, i elle lui avait déplu, le pria de lni donner sa bénédiction, et lui recon-

manda son fils. Ce bon vieillard, âgé de quatre-vingt-six ans, pan à

inconsolable; il embrassa tendrement sa belle-fille, et lui souhalt toute sorte de bonheur. Les habitants dela terre de Montelon, surtoil les pauvres, croyant tout perdre en la perdant, témoignèrent ler douleur par leurs larmes et leurs cris. A Dijon, elle se fortifia dehE sainte communion contre la faiblesse qu'elle prévoyait dans la sipt È

à 1650 de l’èr

ration de ce elle dit adie:

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| rir de doule

mon Dieu! | avez ordonn

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: corps de votr à touchée et pl à fant; mais un : aurepenur d } avec un visag : elle, je quitte

Dieu partout.

Le 6 juin 1

; la Sainte-Trir } Fabre, fille d

sous la direct necy l’établis:

à par la récepti.

2 able à l'Églis

dont ces saint.

à autres femmes à Le saint évêqu 2 ne füt obligé à l'on pourrait s à Mlarquemont, à sons dans sa vi Chantal, pour ® d'y mettre la c B uels. Leur gra:

d'instantes prie

; saint prélat en pe ünauté de Ly à vous dit qu’il n

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