‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 42 sur 121 · XVII. — De · texte numérisé non relu

XVII. — De

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

point de cause naturelle : l’un d’eux, l'ayant observée plusieurs jours, dittout haut : Elle est malade de l’amour de Dieu ; je ne sais point guérir ces maux-là. Elle parlait ainsi dans une de ses lettres à saint François de Sales : Le monde entier mourrait d'amour pour un Dieu si aimable, s’il connaissait la douceur que goûte une âme à l'aimer. Elle éprouva aussi quelque temps de grandes peines intérieures, qui étaient causées par une crainte excessive d’offenser Dieu. Mais

s épreuves elle rece-

Après la mort de son père, elle fit un voyage à Dijon. Elie passa quelques mois dans cette ville pour arranger les affaires de son fils, avant de le mettre à l'académie. Elle le maria depuis à Marie de Coulanges, qui réunissait une grande vertu à la naissance, aux richesses et à la beauté : de ce mariage vint une fille unique, qui fut la célèbre

D marquise de Sévigné. La mère de Chantal fut encore obligée de quitter souvent Annecy, pour aller fonder des maisons de son ordre en différentes villes, notamment à Grenoble, Moulins, à Nevers, à Orléans et à Paris. On excita contre elle une violente persécution dans cette dernière ville par sa confiance en Dieu. D'ailleurs, sa douceur et sa patience lui attirèrent l'admiration de ceux qui av nemis, Elle gouverna la maison qu’elle avait fondée à Paris, dans le Rubourg Saint-Antoine, depuis l’année 1619 jusqu’à l’année 16922,

à Bourges, à Dijon, à ; mais elle en triompha

aient été ses plus grands en-

Dien l'affligea d’une manière sensible dans ceux qu'elle aimait le

plus. En 1617, elle perdit son gendre, le baron de Thorens, colonel de cavalerie, qu’elle Bvaitalors près de sa sainte mère, fut inconsolable : elle prit tant surelle

pour supporter cette perte avec résignation, qu'au bout de cinq mois qu'elle avait passés près de sa mère, elle fut surprise d’un ac-

couchement avant terme , et avec tant de violence , qu'on ne put la transporter hors du monastère.

Des six dernières, dans l'excès munia, prit l’habit de novice, reçut l'extrême-onction, fit profession, el chacune de ces actions avec une piété si parfaite, des actes d’amour de Dieu, de patience et de résignation si vifs et si touchants, que le saint prélat de Genève, qui l’assista à la mort, fut pénétré de

douleur et d'admiration, Elle mourut entre les bras de sa sainte nère, à l’âge de dix-neuf de Jésus.

aimait tendrement. La jeune veuve, qui se trou-

Son mal dura vingt-quatre heures ; de ses douleurs, elle se confessa, com-

ans, après avoir prononcé trois fois le nom

En 1622, une autre afliction vint surprendre la mère de Chantal:

E Dieu lui enleva son bienheureux père, l'évêque de Genève. Cette perte fut suivie d’une autre, En 1627, le baron de Chantal fut tué

198 RISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL — De 1605

en combattant contre les huguenots dans l'ile de Rhé ; mais il s'était préparé à la bataille par la réception des sacrements. H était dans la trente-unième année de son âge, et laissait une fille qui n’avait pas encore un an. Quatre ans après, la sainte se vit enlever la baronne de Chantal, sa belle-fille, A peine eut-elle appris cette nouvelle, qu’on lui annonça la mort du comte de Toulonjon, son gendre, qu'elle aimait tendrement, et qui était gouverneur de Pignerol. Elle oublia sa douleur pour ne songer qu'à celle de la comtesse, sa fille, et elle mit tout en œuvre pour la consoler. C’est ainsi que Dieu éprouvait ces grandes âmes, pour les rendre plus semblables au modèle de son Fils 1,

Une âme dela même trempe, contemporaine et amie de sainte Chantal et du saint évêque de Genève, fut la bienheurense Marie de l’Incarnation, religieuse carmélite. Elle naquit à Paris, le premier février 1565, de Nicolas Avrillot et de Marie Lhuillier, tous deux de familles nobles, jouissant d’une grande fortune et distingués par leur piété. Fille unique, elle reçut au baptême le nom de Barbe. Prévenue dès le berceau des grâces et des bénéäictions du Seigneur, elle se montra de bonne heure pleine de douceur, de modestie et d'obéissance. Placée à l’âge de onze ans chez les Clarisses de Long- Champs, sous la direction de sa tante, elle y fit des progrès étonnants dans la pratique de toutes les vertus. Elle avait en particulier une attention constante à la présence de Dieu, et elle élevait presque continuellement son cœur vers lui par de saintes aspirations. Deux personnes principalement contribuèrent à lui faire contracter cette précieuse habitude : un pieux Franciscain, confesseur du couvent, et une sainte religieuse avec qui elle avait de fréquents entretiens. Elle se distinguait encore par une vive crainte d’offenser Dieu, par une application extrême à ne jamais faire de peine à personne, et, lorsqu'on lui adressait quelques reproches, elle y répondait par une soumission remplie d'humilité. Le moment de sa première communion étant arrivé , elle s’y prépara par des pénitences et des austérités qui auraient effrayé les religieuses les plus mortifiées. Aussi le Seigneur daigna la combler des sentiments de la joie la plus vive, quand elle eut le bonheur de le posséder pour la première fois dans son cœur ; dans la suite, lorsqu'elle se la rappelait, elle assurait qu’elle n’eût pas voulu l’échanger contre tout l'univers.

Marie de l’Incarnation rentra chez ses parents à quatorze ans,

fille, et 'Godescard, 24 août,

1’ Voir la Vie de Sainte Chantal, par la marquise de Coligny, son arrière-petité“

à 1650 de l’èré

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE: 199 pour se conformer à leurs désirs et malgré l’inclination prononcée

| qu'elle avait pour la vie religieuse. Mais elle ne changea rien aux

habitudes pieuses qu’elle avait contractées, et elle continua de s’adonner à la prière, aux lectures saintes et à la mortification chré-

| tienne, autant que sa position pouvait le Jui permettre. Cependant À le monde était loin de lui plaire, et plus elle le voyait de près, plus :

elle concevait pour lui d'éloignement et d’aversion. Elle se déter=

à mina donc à demander à ses parents la permission d'entrer chez les

hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Paris. Cette communauté lui plai-

} sait davantage, à cause de la vie laborieuse et pénible de:ces saintes

filles et du soin qu’elles prenaient des malades. Mais ils étaient

| bien éloignés d’avoir de pareilles vues sur leur fille, et sa mère lui

défendit de lui parler désormais d’une chose semblable , lui décla-

Brant que jamais elle n’y consentirait. Marie se soumit , et reçut cette | décision comme si elle fût venue de Dieu même. Mes péchés, dit-

ele, m'ont rendue indigne du titre d’épouse .de Jésus-Christ ; il fut bien que je me contente d’être sa servante dans un état inférieur.

Sa mère, quoique chrétienne et pieuse, voyait avec peine qu’elle

| fût insensible aux plaisirs qui l’environnaient et qu’elle recherchât L toujours des habillements trop simples pour sa condition. Elle la |reprenait souvent avec sévérité, et même elle en vint une fois jus-

qu'à l'enfermer, au milieu de l’hiver, dans une chambre sans feu,

| humide, où elle la laissa plusieurs jours et plusieurs nuits ; mais la | sainte fille supportait tout avec une patience angélique, et ne se:per- | mettait pas la moindre plainte contre Ja rigueur avec laquelle elle | était traitée. Tant de vertus, accompagnées d’un esprit brillant et D cultivé et de toutes les grâces extérieures, attirèrent à Barbe Avrillot

l'estime universelle, et plusieurs partis se présentèrent. pour la demander en mariage. En effet, entre dix-sept et dix-huit ans, elle

Lépousa Pierre Acarie de Villemor, maître des comptes, homme

d'une grande piété, d’une grande foi et d’une charité plus grande encore, qui consacra une partie de sa fortune au soulagement des atholiques anglais, forcés par les lois sanguinaires d'Élisabeth de fuir leur patrie et de s’exiler en France.

Le sieur Acarie lui-même, zélé partisan de la ligue, pour laquelle il avait contracté des dettes, fut exilé par Henri IV à dix-huit lieues de la capitale. Alors ses créanciers exigèrent leur rmboursement,

| frent mettre le séquestre sur tous ses biens, et pousse; ent l’inhuma- Lrité jusqu’à saisir sur sa table les plats qui étaient servis r>our son | diner; ils ôtèrent même à son épouse la chaise sur laquelle elle était sie. Elle les laissa faire sans montrer la moindre émotion, Quand

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200 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII, — De 1605

On a mis sa confiance en Dieu, dit-elle, on n'est troublé par aucun événement ; et j'ai de grandes grâces à lui rendre de m'avoir détachée des biens temporels avant de me les avoir Ôôtés réellement. Par suite de cette saisie, elle se trouva dans un dénûment extrême, et souvent elle manquait du nécessaire, Un jour elle se jeta aux pieds d'un de ses parents, lui demandant du pain avec instances ; elle fut repoussée d’une manière brutale ; mais sa patience n’en fut pas alté. rée. Cependant son mari ayant été accusé de conspiration contre la vie du roi, elle entreprit elle-même sa défense, fournit les preuves de son innocence, rédigea les lettres et les mémoires, sollicita les juges et dirigea toutes les procédures. Ses efforts furent couronnés de succès, et le sieur Acarie ayant été déclaré innocent, il put faire avec ses créanciers des arrangements qui, tout en diminuant beaucoup sa fortune, lui laissèrent encore une position honorable dans la société. Dans le temps du plus grand embarras de ses affaires, on avait proposé à madame Acarie de se séparer de biens d’avec son mari; mais elle ne voulut jamais écouter cette proposition. Sa conduite envers lui fut toujours aussi tendre que respectueuse. Elle ne faisait rien sans le consulter et déférait toujours à son avis. Dans ses maladies, c'était elle qui voulait le veiller et lui prodiguer tous les soins que réclamait son état, füt-elle incommodée et plus souffrante elle-même que lui.

Elle eut six enfants, trois filles et trois garçons, qu’elle éleva avec un soin extrême dans la crainte de Dieu et la pratique d’une solide piété. Ils se levaient de bonne heure, récitaient ensemble la prière du matin, faisaient une méditation et allaient ensuite entendre la messe: c'était l’exercice de tous les jours. Puis venait le travail, et ensuite les récréations. Madame Acarie présidait à tout, et les avait tellement accoutumés à être toujours avec elle, qu'ils ne pouvaient se passer de sa présence, même dans leurs divertissements, auxquels elle ne manquait jamais de prendre part. Elle leur inspirait une vive horreur pour le mensonge; elle ne voulait pas qu’ils se plaignissent ni de leur nourriture, extrêmement simple et frugale, ni de leurs habillements, dans lesquels il n’y avait jamais rien de recherché, ni des domestiques desa maison, à qui elle leur ordonnait, au contraire, de parler avec égards et respect. Enfin, lorsqu'elle était plus satisfaite de leur conduite et de leurs progrès, elle leur donnait de l'argent pour le distribuer en aumônes aux pauvres qu'ils rencontraient, et les habituait à se faire un plaisir du soulagement des misérables. Dieu donna une ample bénédiction à une conduite si chrétienne. Ses trois filles se firent Carmélites, et ses trois fils, engagés dans les différentes carrières de la magistrature, du sacerdoce et du service militaire,

à 1650 de l'é

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VIE, — De 1605

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 201

conservèrent toujours dans leurs cœurs les sentiménts que leur sainte mère s'était efforcée de leur inspirer. Saint François de Sales, qui les connaissait, écrivait à une de leurs sœurs, en 1619 : J'ai eu le bien de les avoir tous revus à ce dernier voyage que j'ai fait en France, et le contentement d’avoir reconnu en leurs âmes de grandes marques du soin que le Saint-Esprit a d'eux.

La conduite de madame Acarie envers ses domestiques devrait servir de modèle à toutes les femmes chrétiennes. Pleine de ces paroles de saint Paul, que qui n’a pas soin de ses domestiques est pire qu'un infidèle, elle voulut que les siens entendissent la messe tous les jours, et qu’ils approchassent des sacrements à toutes les grandes fêtes de l’Église. Mais en même temps elle exigeait une grande exacti.. tude dans le service, et si quelques-uns commettaient quelques man. quements, elle les reprenait avec une sévérité toujours mélée de bonté et de charité. Lorsqu'ils étaient malades, elle les faisait soigner avec intérêt; et s'ils étaient en danger, c'était elle-même qui les veillait et qui remplissait auprès d'eux les fonctions les plus dégoûtantes. Touchés de ses vertus et de son esprit de renoncement, plusieurs de ses domestiques, hommes et femmes, entrèrent depuis en religion.

Sa charité pour tous les malheureux était immense, et sans cesse elle était occupée de chercher quelque nouveau moyen de faire du bien à son prochain. Elle aimait surtout à donner aux religieux qui se sont faits pauvres volontairement pour Jésus-Christ, aux gentilshommes ruinés, aux pauvres honteux, et particulièrement aux filles indigentes, pour les préserver des dangers auxquels pouvait les exposer leur indigence. Les personnes les plus élevées la chargèrent de distribuer leurs aumônes, et souvent Marie de Médicis et Henri IV seservirent d’elle pour venir au secours des infortunés qui leur étaient

| inconnus. La visite des prisons et des hôpitaux, ainsi que la conver-

sion des protestants, étaient encore des œuvres de charité auxquelles

L s'exerçait continuellement madame Acarie. Elle excellait à consoler

les malheureux. Quelque peine qu'on eût en l’abordant, on ne la

A duiltait jamais sans avoir l'âme en paix. Un jour, en revenant de

Luzarches, elle eut le malheur de tomber de cheval et de se casser la cuisse; non-seulement cet accident ne lui arracha aucune plainte, mais encore elle garda un profond silence pendani que le chirurgien lüi faisait l'opération : ce qui lui fit dire avec exclamation : Mais où

| êtes-vous donc, madame je vous fais souffrir des douleurs inouïes,

el Vous ne criez pas! Êtes-vous morte ou en vie? — En deux autres

occasions, le même malheur lui étant encore arrivé, elle montra la même patience et le même courage

Mais de toutes les œuvres de piété qu'entreprit madame Acarie, pendant qu’elle était encore dans les liens du mariage, la plus célè. bre et la plus importante est l'établissement des Carmélites en France, Sainte Thérèse venait de réformer cet ordre en Espagne, et déjà de pieux personnages, parmi lesquels les abbés de Bérullé et de Bretigny, secondés par saint François de Sales, s’occupaient de l'introduire en France; mais le succès de leurs efforts fut dû principalement à la coopération de madame Acarie. Le zèle, le talent, l'énergie et la prudence qu'elle y déploya lui firent donner le titre de fondatrice des Carmélites dans ce royaume. On fit donc venir à Paris des religieuses espagnoles, qui s'établirent au faubourg Saint-Jacques. En peu d'années, les établissements de ce genre se multiplièrent, et l'empressement pour y contribuer fut général parmi les personnes du plus haut rang.

Madame Acarie se multipliait elle-même dès qu'il s'agissait de coopérer à quelque bonne œuvre. En même temps qu’elle s'occupait de l'établissement des Carmélites dont. nous venons de parler, elle réunissait, dans une maison près de Sainte-Geneviève, plusieurs jeunes personnes qui semblaient appelées à la vie religieuse, et qui s’y préparaient en effet comme si elles eussent été dans un noviciat, consacrant leur temps à la prière et à la mortification. Quelques-unes d'entre elles entrèrent plus tard chez les Carmélites, pendant que les autres fondaient la première maison d’Ursulines, dans le but de soigner l'éducation des filles, Madame Acarie regardait les travaux de ces dernières comme extrêmement précieux pour la réforme des mœurs. Elle savait que les mères de famille élevées dans de bons principes les transmettent soigneusement à leurs enfants, et que ceuxci reviennent presque toujours, dans l’âge màr, aux principes dont ils ont été imbus dans leur jeunesse, lors même qu'ils viendraient à s'en écarter à l’époque où .les passions les entraînent. L'établissement des Oratoriens en France fut encore en partie le fruit du zèle de madame Acarie. Il manque, disait-elle au père Coton, confesseur de Henri IV, un ordre qui puisse donner aux évêques de bons vicaires et de bons curés. J'ai souvent pressé monsieur de Bérulle de le fonder ; mais il ne veut, pas s'en occuper. Joignez-vous à moi pour le persuader. — Monsieur de Bérulle, en effet, entra dans ces vues, et, secondé par cette sainte femme, ainsi que par monsieur de Marillac, garde des sceaux, il fut le fondateur de cette congrégation qui rendit à l’Église de grands et réels services.

Voilà une légère esquisse des travaux et des vertus de madame Acarie, pendant qu’elle était dans le monde, à la tête d’une nombreuse famille et sous le poids des devoirs muitipliés qu'elle avait

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