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L'office de prieure vint à vaquer sur ces entrefaites, et la communauté élut pour le remplir la sœur Marie de l’Incarnation, dont ies vertus et les talents inspiraient la plus haute confiance; mais elle refusa avec tant d'humilité et de fermeté, qu’on ne voulut pas k& contraindre. Une de ses filles fut choisie dans le même temps
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pour l'office de sous-prieure. Aussitôt la sœur Marie se jeta à ses pieds, et lui promit obéissance, comme toutes les autres converses, au grand étonnement et à l'édification de toute la communauté,.
Cependant les affaires temporelles des Carmélites de Pontoise se trouvant dans une situation peu prospère, et la règle n’y étant pas observée avec assez de ponctualité, on y envoya la sœur Marie de l'Incarnation, qui, assistée de monsieur de Marillac, acquitta les dettes, agrandit les bâtiments, augmenta les ornements de l'église, et fit revivre parmi ses nouvelles compagnes le véritable esprit de sainte Thérèse. Elle demeura dans ce couvent jusqu’à sa mort, le 18 avril 1618, après une longue et douloureuse maladie, Au milieu des cruelles souffrances qu'elle endurait, elle était comme plongée et perdue dans les abimes de l’amour divin, et souvent on lui entendait répéter ces paroles : Quelle miséricorde, Seigneur ! quelle bonté à l'égard d'une pauvre créature! — La prieure lui ayant demandé de bénir toutes les religieuses, elle leva les mains au ciel en disant : O Seigneur ! je vous supplie de me pardonner tous les mauvais exemples que j'ai donnés. — Puis s'adressant à la communauté : S'il plaît à Dieu de m’admettre au bonheur éternel, je le prierai de vous accorder la grâce que les desseins de son Fils s’accomplissent en vous. — Le médecin lui faisait un jour l'observation que ses douleurs devaient être extrêmement violentes. Elles le sont, en effet, répondit-elle ; mais quand nous comprenons que nos souffrances nous viennent de Dieu, cette pensée suffit pour les adoucir et les rendre supportables.
Depuis son enfance, Marie de l’Incarnation avait conçu une haute idée de la vertu des cloîtres ; mais elle n’en connut toute la sublimité qu'après avoir embrassé elle-même la vie religieuse. J'ai toujours senli, disait-elle, que les religieuses possédaient une grande vertu ; mais, avant d’avoir vécu avec elles, je n'avais pas compris à quel degré quelques-unes sont parvenues à s'élever. — Marie de l’Incarnation a été béatifiée le 29 mai 1791, par Pie VI. Ses reliques, échappées heureusement à la profanation, pendant la révolution française, ont été solennellement réintégrées en 1822, dans la chapelle des Carmélites de Pontoise 1.
L'esprit de Dieu soufflait partout, soit pour créer de nouvelles œuvres de sainteté, soit pour en renouveler d'anciennes. L'an 1696, la mère de Chantal vint à Pont-à-Mousson, en Lorraine, pour y établir une maison de son ordre, dont madame de Haraucourt voulut
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à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 205
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En Lorraine sainte Chantat connut un bon prêtre, dont elle disait : Il suflirait d’avoir envisagé le pieux curé de Mattaincourt et conversé avec lui pour avoir de lui l'idée d’un Saint, quand d’ailleurs on ne l'eût pas connu pour tel. De son côté, le cardinal de Bérulle, qui le vit à Nancy et s’entretint avec lui plus d’une fois, dit à ses disciples quand il fut de retour, que, s’ils voulaient d’un coup d'œil considérer toutes les vertus, ils devaient aller en Lorraine, et qu'ils les trouve. raient réunies en la personne du père de Mattaincourt. Le bienheureux Pierre Fourier, appelé vulgairement le bon père de Mattaincourt, fut en effet un de ces hommes puissants en œuvre et en parole, que l'Esprit de Dieu suscita dans l'Église pour y opérer la grande réforme du concile de Trente. Il fut à la fois l’instituteur d’une nouvelle congrégation religieuse, et le réformateur d’une ancienne.
À Mirecourt, ville de Lorraine, vivaient deux époux, Dominique Fourier et Anne Nacquart, de condition honorable, de fortune médiocre, d’une piété héréditaire. Ils eurent quatre enfants : trois fils, qui reçurent au baptême les noms des trois apôtres favoris du Sauveur, Pierre, Jacques et Jean, et une fille qui reçut le nom de Marie, Cette famille subsiste encore en Lorraine. Pierre naquit le 30 novembre 1564, l’année même où le pape Pie IV, oncle de saint Charles, venait de confirmer le concile de Trente. Les premiers mots que lui apprit sa pieuse mère furent les noms de Jésus et de Marie. Son premier amusement fut d’orner sa petite chapelle, d'y répéter les cérémonies de l'Église, d'y précher ses petits camarades. Sa plus chère Compagnie était sa mère, qui le couvait de l'œil Pour qu’il ne vit et n'entendit que des choses édifiantes. Elle le forma surtout à ne pas dire de mensonge, même à ne dire aucune parole inconvenante. Lui échappait-il par inadvertance quelque faute ? il recourait à sa mère pour lui demander pénitence. Sa modestie était si grande, qu'il évitait jusqu'aux familiarités de sa petite sœur. D'ailleurs, son esprit était vif et fécond en aimables saillies. Placé aux écoles, il fut le modèle de ses condisciples, non-seulement pour l'application et le suc-
! OEuvres complètes de saint Fr. de Sales, t, 5, p.21.
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cès, mais encore pour l’aménité de caractère, L'un d’eux l'ayant frappé un jour dans Ja vivacité du jeu, les autres voulurent le revenger : Pierre protégea l'offenseur contre la juste indignation de ses amis.
À quinze, ans, il fut envoyé à l’université de Pont-à-Mousson, sous la surveillance de son parent, le père Jean Fourier, de la compagnie de Jésus, recteur de cette fameuse école, C'est le même que saint François de Sales prit plus tard pour directeur de sa retraite avant sa consécration épiscopale, Doué d’une mémoire heureuse, d'une rare pénétration d'esprit, Pierre Fourier eut des succès remarquables en humanités et en philosophie. La langue latine lui devint si familière, qu'il la parlait avec élégance, et y composait facile. ment de petits poëmes. Il posséda le grec assez bien pour lire les auteurs de cette langue sans aucun interprète. On a longtemps conservé une édition grecque d’Aristote, avec des notes de sa main sur les mots les plus difficiles. Mais à quoi il s’appliquait avec plus de zèle encore, c'était À sanctifier toutes ses actions. Chaque jour il faisait l'oraison mentale, servait deux messes et visitait le Saint-Sacrement : deux fois par mois il s’approchait de la sainte table. Sa grande dévotion à la sainte Vierge lui inspira de s'associer à plusieurs élèves des plus fervents pour lui rendre un culte particulier. À cette fin, ils adressaient chaque jour à Marie une oraison particulière, et le dimanche ils se réunissaient pour l'invoquer en commun.
D'une beauté remarquable, il fut tenté comme Joseph; mais, comme Joseph, il se sauva par la fuite, et pria tant le Seigneur, que celle qui avait occasiônné la tentation finit par rentrer en elle-même et se convertir. Pour vaincre plus sûrement ses passions, Fourier joignait à la prière et à une exacte vigilance sur lui-même le jetne et la mortification. Il couchait sur la dure, ne buvait ni vin ni liqueur enivrante, et ne fit dès l'âge de dix-huit ans qu’un seul repas par jour.
L'an 1585, son père, tombé dangereusement malade, l'appela © Pont-à-Mousson à sa dernière heure, pour lui recommander «1 fi! encore jeune, et le constituer le soutien de sa famille et surtout de sa mère; puis, les ayant bénis, il mourut quelques moments après. Fourier, ayant resté à Mirecourt un temps convenable et mis ordre aux affaires, revint à l’université pour terminer son cours de philosophie. Plusierec prsonnes de distinction , qui avaient su apprécier son mérite, 1: ai: ert alors de diriger leurs enfants dans leurs études. Ilen fit 15 petite école, où les exercices étaient agréablement variés par l’étude des sciences, celle de la religion, et les récréations
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