‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 48 sur 121 · XXVIL. — De · texte numérisé non relu

XXVIL. — De

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médecine, il fait à pied le pèlerinage de Notre-Dame de Lorette, Au moment qu'il entrait dans l'église, un énergumène lui dit : Abbé français, si tu ne te convertis pour vivre en homme de Dieu, attends d'étranges traitements. Entré dans la sainte Chapelle, non-seulement il y trouva la guérison de ses yeux, mais il s'y sentit lui-même transformer en un autre homme. C’est dans ce saint lieu, dit-il » que j'ai été engendré à la grâce par les prières de la très-sainte Vierge, et cette mère de miséricorde m'a fait renaître à Dieu dans le lieu même où elle avait engendré Jésus-Christ dans ses chastes entrailles 1,

Revenu à Paris, par suite de la mort de son père, Olier embrasse ouvertement la pratique des maximes de l'Évangile. IL instruit les pauvres dans sa maison ; puis, au milieu des rues, il baise leurs pieds et leurs plaies. Il est blâmé et persécuté par ses proches. Dieu commande à une fervente religieuse de Saint-Dominique de prier spécialement pour lui, sans qu’elle l'eût jamais vu ni connu. Il fait lui-même plusieurs pèlerinages en l'honneur de la sainte Vierge, pour connaître sa vocation. Dieu lui laisse entendr ministère pastoral du second ordre et à la sanctitication du clergé. Il se met sous la direction de saint Vincent de Paul les ordres sacrés, et l'emploie dans

Cependant plus d’un bon prêtre, de créer des séminaires, Nous enten dit, un établissement dont le but pr du sacerdoce aux sciences et aux vertus ecclésiastiques, et de les préparer à la réception des saints ordres. Les premiers essais n’atleignaient pas encore le but, mais en approchaient,

Un saint prêtre, né l'an 1584 au diocèse de Chartres, Adrien Bourdoise, avait un grand zèle pour le renouvellement du clergé. A Paris, ilforma une société d'ecclésiastiques pour s’entretenir dans l'esprit de leur état. Longtemps sans demeure fixe, et si pauvre, qu'elle manquait des meubles les plus indispensables, jusqu’à se servir pour tables, durant le jour, des volets qui la garantissaient du froid durant la nuit, cette petite société fut enfin incorporée au clergé de Saint-

Nicolas-du-Chardonnet, dont elle porta depuis le nom. L'archevêque de Paris l'avait chargée d'enseigner aux nouveaux prêtres les cérémonies de la messe, avec les rubriques du bréviaire et du missel, et d'examiner les prêtres étrangers qui arrivaient à Paris. Elle reçut de là sorte un grand nombre d’ecclésiastiques. Plusieurs, pour se former aux fonctions du saint ministère, ou à la conduite des petites écoles, venaient même demeurer en pension dans cette communauté,

! Vicde H, Olier, t, 1, p. 27.

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En 1627, quoique la société de ces prêtres fit composée de dix membres, un seul avait le soin des étudiants, tandis que trois étaient occupés aux petites écoles des garçons, et les autres aux divers emplois de la paroisse. Les pensionnaires étaient trois ou quatre fois plus nombreux : on en recevait autant qu’on pouvait en loger honnête. ment, cette communauté étant ambulante. En 1633, l'on y comptait de quarante à cinquante, tant prêtres que simples clercs. Un plus grand nombre encore s’y rendaient pour assister aux offices de la paroisse ou aux entretiens. Bourdoise fut même chargé, par les évéques de Beauvais et de Laon, de veiller sur la conduite des clercs de leurs diocèses, résidant à Paris. Mais la maison de Saint-Nicolas, érigée en communauté l’an 1631, n'était l’an 1642 qu'une simple communauté de prêtres de paroisse.

Les règlements qu'on y avait suivis jusqu'alors ne permettaient pas, en effet, qu'elle füt autre chose; car Baurdoise voulait que sa communauté dépendiît entièrement non-seulement du curé, mais encore des marguilliers de la paroisse, afin qu'on püt en renvoyer plus aisément les prêtres, s’ils manquaient à leur devoir. Ce fut même l'occasion de l’espèce de rupture qui eut lieu entre Bourdoise et ses confrères, lorsque ceux-ci, profitant de son absence, s’adressèrent à l'archevêque de Paris, qui les érigea en communauté et séminaire le 20 avril 1644, et les soumit à sa juridiction. L’acte même d’érection de cette communauté en séminaire montre assez ce qu’elle avait été au commencement, On y déclare que la société se propose trois fins : la première est la sanctification particulière de ses propres membres; la seconde, le service des paroisses, et particulièrement l'instruction des jeunes garçons dans les petites écoles ; la dernière, la formation des ecclésiastiques dans ce séminaire, sous la dépendance de l’archevêque de Paris !.

Bourdoise institua dans d’autres diocèses des communautés semblables. Cette communauté des prêtres de la paroisse, commencement d’un séminaire, à Paris, devrait être partout le complément des séminaires. Ces réunions auraient plus d’un avantage : les ecclésiastiques, vivant ainsi en commun, s’exciteraient les uns les autres à la régularité, se concerteraient mieux pour les détails de leurs fonctions, et leur ministère deviendrait à la fois plus utile et plus respecté aux yeux de leur troupeau.

Adrien Bourdoise, ami de tous les saints prêtres de son temps, à été comparé à Élie pour l’ardenr de son zèle, et à Jean-Baptiste pour sa sainte liberté à reprendre les petits et les grands. Son zèle avait

1 Vie de M. Olier, t. 1, p. 409.

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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 251

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e tique dans la vie des prêtres. M. Olier étant allé pour le voir à Saint- D Nicolaset y célébrer ensuite Ja sainte messe, Bourdoise lui refusa des | ornements, parce qu'il ÿ avait dans son extérieur quelque chose qui

n'était pas entièrement conforme à la modestie cléricale. Ils eurent

| plusieursentretiens à ce propos, et Olier prit Bourdoise pour son maî-

tre dans la cléricature. Vincent de Paul lui-même n’était pas épargné par ce maître. Bourdoise lui reprocha un jour de n'être qu’un homme timide et pusillanime, et l’appela familièrement une poule

à mouillée. Bourdoise était surtout exact à porter constamment la sou-

tane : chose alors bien rare. La plupart des ecclésiastiques portaient

| l'habit séculier, avec des moustaches et des bottes, comme cela se } fait encore, dit-on, en certaines contrées de l'Allemagne. Bourdoice, ; que l'on raillait quelquefois sur sa soufane, savait profiter de l’occa- L sion. Un jour, étant allé visiter l’église de l’abbaye de Saint-Denis, il | aperçut dans la sacristie un homme en habit et en manteau court,

botté et éperonné, qui confessait un prêtre revêtu de l'aube et de

| l'étole. Sur-le-champ il envoya chercher le prieur de l’abbaye, et lui

dit : Mon père, venez voir, venez voir un soldat qui confesse un pré-

| tre. Cette remontrance piquante eut son effet, car aussitôt le prieur : défendit sévèrement au religieux sacristain de souffrir jamais de } pareils abus. — Ces pieuses originalités étaient familières à Bour-

doise. L'année 1639, il faisait la mission dans une paroisse de campagne, diocèse de Chartres, avec M. Olier et d’autres ecclésiastiques de leurs amis. Un jour que les missionnaires étaient à table et qu'on venait de servir le premier plat, il s'avisa de demander si ces messieurs, qui avaient prêché avec tant de force et de zèle, avaient fait chacun leur sermon : on lui répondit que la question ne pouvait pas

L être douteuse. C’est de quoi je doute encore, répliqua Bourdoise, je D voudrais bien m’en assurer par les effets. Nous avons déjà pris une | partie de notre réfection, etil y a ici une infinité de pauvres paysans, | venus de huit à dix lieues Pour vous entendre, qui n’ont pas même | un morceau de pain. Ils sont en danger de tomber de défaillance en } retournant chez eux. Messieurs, croyez-moi, faisons votre sermon ; | donnons-leur le reste de notre diner, et nous contentons | de dessert, La proposition fut adoptée et exécutée sur-le-champ 1,

d’un peu

Bourdoise et Olier avaient un ami, venu de Bourgogne, Claude

Bernard, né à Dijon le 26 décembre 1588. Son père, Étienne Ber- | nard, député aux états généraux de Blois cette année-là même, y D P'ononça une harangue remarquable par le courage qui y règne.

1 Vies de M. Bourdoise et de M. Olier.

252 HISTOIRE UNIVERSELLE ([Liv. LXXXVIL. — Le 1605

Nommé maire de Dijon, et ensuite conseiller au parlement, il futun des soutiens de la ligue catholique en Bourgogne, pour empêcher l'hérésie de désennoblir le trône et le royaume de France. Henri IV, revenu à la foi de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis, le nomma gouverneur de Marseille, puis lieutenant général de Châlon-sur- Saône, où il mourut en 1609. Son fils, Claude Bernard, élevé che les Jésuites de Dôle, se distingua par ses talents. La vivacité de son imagination, l’enjouement de son caractère, les saillies de son esprit, le firent accueillir dans les meilleures sociétés, dont il devint bientt les délices. Il avait surtout le talent de contrefaire au naturel, de la voix, des gestes et des manières, les personnes même qu'il n'avait vues qu’une seule fois. Il était capable d’improviser à l'instant une comédie, et d'y jouer tous les personnages. L’évêque de Belley, Pierre Camus, ami de saint François de Sales, étant venu à Dijon pour affaires, prit en amitié le jeune Bernard, et tâchait de le tourner vers l'état ecclésiastique. Bernard, qui ne pensait qu’à rire, lui répondit qu’il ne voulait point avilir le sacerdoce, et qu’il aimait mieux rouler dans le monde sous le titre de pauvre gentilhomme que de pauvre prêtre. Toutefois, au départ de l’évêque, il l’accompagn jusqu’à Lyon. De retour, il s’attacha à M. de Bellegarde, gouverneur de Dijon et commandant de Bourgogne, qui le prit en grande affection et qui l'emmena bientôt à Paris et à la cour, en disant : Je veux qu'on parle de lui par toute la France. Le long du chemin, Bernard ne rêvait que plaisirs et comédies ; il avoua même depuis à son premier biographe, qu'il pensait à se plonger dans toutes sortes de vices, Dieu l'arrêta par cette considération : que ce n’était pas le moyen de s'élever à une haute fortune; que c’était se ruiner d'honneur et de réputation que de passer pour un débauché. Il fit donc son possible pour ne pas tomber dans ce défaut, préférant s’avancer dansk grand monde. Il y réussit. Ce fut bientôt à Paris comme en Bourgogne. Une fête n’y paraissait complète que quand Bernard en était, Ses compagnons de belle humeur en improvisaient quelquefois.

Un jour, ayant tout concerté à son insu, ils invitent à venir avec eux au couvent des Ursulines entendre un fameux prédicateur qui devait y donner un sermon l’après-dînée, Quand ils arrivent, le sermon était sonné, et l'église pleine de monde. Alors ses joyeux amis lui apprennent que ce fameux prédicateur était lui-même et qu'il n'y avait pas moyen de reculer. Bernard, toujours de bon accord, demanda une demi-heure de temps pour se recueillir dans une Chambre. On lui apporte une soutane, un surplis et un bonnet carré. Mais au moment qu'il s’apprête à sortir de ce lieu, son défunt père lui apparaît avec un visage plein de majesté, et lui dit : Prends bien

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