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gardes du roi et par la justice. La première émeute eut lieu le jeudi, la seconde le samedi. Le lendemain, dimanche de la Trinité, comme M. Olier faisait le prône dans sa paroisse, une vieille femme l'apostropha du milieu de la foule, et lui fit tout haut la leçon sur ce qu'il avait fait et sur ce qu'il devait faire. M. Olier, qui, malgré sa vivacité naturelle, avait montré un calme parfait au milieu de tout ce tumulte, laissa parler la vieille femme jusqu’au bout ; et ayant attendu qu’elk se fût assise, il se contenta de lui répondre tranquillement : £h bien, ma bonne amie, on y pensera. Puis il! reprit son discours, comme s'i n’eût point été interrompu.
Il apaisa de même, par son calme et sa générosité, les restes de là tempête. Enfin, le 6 septembre de la même année 1645, avec ses deux amis MM. de Poussé et Damien, il signa l'acte de fondation de la so ciété de Saint-Sulpice. En voici les dispositions principales : Les trois amis y déclarent que, reconnaissant les effets visibles des bénédiction qu’il a plu à la bonté divine de répandre sur le dessein qu’ils ont déj conçu de Pétablissement d’un séminaire, et voyant que, de touts
parts, des personnes signalées en doctrine et en vertu se joignent à eux pour concourir à une si bonne œuvre, ils ont jugé que, si cest È
minaire était érigé en corps de communauté avec toutes les approbations convenables, il augmenterait de jour en jour, et produirai les fruits que l'Église, les conciles, les ordonnances royales et les assemblées du clergé ont attendus de cette sorte d'établissement : qu'en conséquence, estimant ne devoir pas retarder davantage l'exécution de ce dessein, qui a pour objet la gloire de Dieu et l'honneur de sn Église, sous la direction et disposition de nos seigneurs les évêques, dans la juridiction desquels se feront de semblables établissements; après avoir invoqué l'assistance du Saint-Esprit, ils promettent de faire un corps de communauté pour vaquer à toutes les fonctions d’un séminaire, aux termes et selon l'esprit des canons : le tout sous les articles, statats et règlements qui seront convenus entre eux, & ceux qui s’uniront à eux pour composer tous ensemble le corps du séminaire. Cet acte fut approuvé par le roi Louis XIV, alors âgé de sept ans, et par l’abbé de Saint-Germain, qui avait la juridiction etclésiastique dans le faubourg. C’est ainsi que, contre toutes les appt: rences humaines, et au milieu des contradictions et des persécutions de tout genre, furent établis le séminaire et la compagnie de Saint Sulpice.
Depuis son entrée dans la cure de Saint-Sulpice, Olier avait form le dessein de construire un vaisseau proportionné à l'immense po” pulation du faubourg, et qui répondit mieux au bel ordre qu'il a] mis dans les cérémonies, ainsi qu’au nombre de ses ecclésiastiques
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Il ne pouvait s'empêcher surtout de déplorer l'indifférence des grands de sa paroisse, qui faisaient construire pour leurs personnes de magnifiques palais, tandis qu'ils laissaient le Fils de Dieu dans’un édifice
sans dignité et près de tomber en ruine. Lorsqu'il apprit la mort de.
Marie de Médicis, femme de Henri IV, qui avait employé des sommes énormes à bâtir le palais du Luxembourg, et négligé le soin dé la
: maison de Dieu, il se sentit porté à satisfaire pour elle en qualité de
pasteur. Enfin, après avoir assemblé plusieurs fois les fabriciens et
} les notables de sa paroisse, une fois même la paroisse entière, il { adopta un plan qui donnait à l'édifice projeté trois fois plus d’étenh due que n’en avait l’ancien. La première pierre en fut posée le & 20 février 1646. On jeta les fondements du chœur, on éleva les murs | de la chapelle de la sainte Vierge ; mais les troubles politiques, les
guerres civiles des princes et du parlement de Paris obligèrent de
: suspendre lestravaux. Ils ne furent repris qu’en 1718, trois ans après [la mort de Louis XIV, par les soins de M. Languet de Gergy,
à sixième successeur de M. Olier dans la cure de Saint-Sulpice, et la | consécration solennelle de la nouvelle église se fit en 1743.
Empêché de construire le temple matériel de sa paroisse, Olier s'appliqua d'autant plus à en perfectionner le temple spirituel, les
| âmes. Il réussit à autoriser la piété parmi les hommes du monde et
ls hommes de guerre. £’un d'eux lui aida beaucoup dans cette enreprise, quoiqu'il ne füt pas de sa paroisse, Ce fut le baron de Renti. Né d’une famille noble au diocèse de Bayeux, il était naturellement bouillant, prompt, altier, moqueur. Le livre de l'Imitation de Jésus-Christ, que son libraire le pressa de lire, le. détrompa de loutes les illusions du monde, Dès lors il fut un modèle d’édification
à la guerre et à la Cour, aussi bien que dans l’intérieur de sa famille.
Personne ne montrait plus de sagesse que lui dans les conseils de
} suerre, ni plus de résolution et de courage au milieu des périls.
Ayant été un jour provoqué en duel, il répondit que Dieu et le roi lui défendaient de repousser une injure par les armes, mais que si
à son adversaire l’attaquait à force ouverte, il le mettrait en état de
sen repentir. La chose arriva en effet de la sorte : le perfide agresseur fut blessé par M. de Renti, qui le fit porter dans sa tente, lui prodigua toutes sortes de soins, et lui rendit son épée. C'était un homme sans respect bumain, incapable du moindre déguisement ;
} et quoiqu'il fût toujours uni à Dieu, il était néäinmoins très-civil et
Plein de prévenance. Il fut l’un de ces fervents laïques que Dieu Suscitait a!ors pour rallumer le zèle altiédi du clergé. Voyant la vie lâche et inutile des ecclésiastiques, il en avait le cœur navré de douleur, et demandait araemment à Dieu des hommes apostoliques. Il
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était même comme le duecteur d’un grand nombre d’ecclésiastiques et de séculiers. 11 sut associer 1: marquis de rénelon, oncle du célàbre archevêque, à tous les genres de bonnes œuvres auxquelles il se livrait lui-même : les séminaires, les associations pieuses, tous les projets utiles à la religion et à l'humanité obtenaient son appui et son concours. Les catholiques anglais réfugiés en France, les captifs de Barbarie, les Missions du Levant, l'église du Canada trouvèrent en lui un protecteur actif et généreux. Ce fut surtout à Paris qu'il déploya tout l'héroïsme de sa charité envers les indigents, les ma lades, les étrangers pauvres et les ouvriers, dont il s’était fait le nourricier, l’ami et le frère. Quelques années après la mort du père de Condren son directeur, il se mit sous la conduite de M. Olier, et eut avec lui, dès ce moment, les rapports les plus intimes. Il l’aida particulièrement à l'abolition des duels parmi les militaires, et à gagner à cette bonne œuvre le marquis de Fénelon et le maréchal de Fabert 1,
Enfin les travaux de M. Olier pour la sanctification des diverses classes dont se composait sa paroisse, fructifièrent d’une manière si étonnante, qu’en peu d’années cette paroisse offrit comme une image de la société des premiers Chrétiens. Il fut aisé de remarquer ce changement par les confessions fréquentes, les restitutions nome breuses, la soumission aux lois de l'Église, l’'empressement d'assister aux offices divers, la faim insatiable d’entendre la parole de Dieu, la douleur et le repentir d’une multitude d'enfants prodigues, qui venaient, dans l’amertume de leur conscience, détester les déréglements de leur vie passée; et, pour tout dire en un mot, dans cette paroisse où la sainte table était autrefois déserte, l’ardeur de se nourrit de la divine eucharistie devint si universelle, que chaque année on comptait jusqu'à deux cent mille communions faites dans la seule église paroissiale, quoiqu'il y eût sur la paroisse environtrente églises de communautés ouvertes au public. Les âmes les plus simples savaient s’entretenir pieusement avec Dieu. Un prêtre de la curé, depuis évêque de Perpignan, rencontre une pauvre jardinière, qui paraphrasait ainsi l'oraison dominical, Notre Père qui êtes aux cieux: Que je suis heureuse, mon Dieu, d’avoir le bonheur de vous avoir pour père ! et que j'ai de joie de songer quele ciel doit être un jour ma demeure ! Faites-moi la grâce, 6 mon Dieu ! de ne point dégénérer de la qualité de votre enfant ; ne permettez pas que je fasse rien qui me prive d’un si grand bonheur. Que votre nom soit sanctifié: Mon Dieu, je ne suis qu’une pauvre ferame, et par conséquent hors d'état
1 Vie de M. de Renti, par le père Saint-Jure, Vie de M. Oier, partie 9, 1. 6.
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