‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 60 sur 121 · JE À · texte numérisé non relu

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qu'est-ce que nous venons d'entendre? Il en est sans doute ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ah! si cet homme, qui passait pour homme de bien, était en état de damnation » que sera-ce des autres qui vivent plus mal? Ah! monsieur Vincent, que d’âmes se perdent! quel remède à cela? — C'était au mois de janvier 1647. Le vingtcinq du mois, fête de la conversion de saint Paul , elle pria Vincent de faire une prédication dans l'église de Folleville, pour exhorter les habitants à la confession générale et leur enseigner la manière de la bien faire. Dieu y donna une telle bénédiction, que toutes ces bonnes gens vinrent pour faire leur confession générale ; il fallut appeler au secours deux Jésuites d'Amiens, et tous les trois y pouvaient à peine suffire. Ils firent. ensuite des missions semblables, et avec le même succès, dans les autres villages qui appartenaient à la maison de Gondi. Telle fut la première mission de Vincent de Paul: elle fut comme la mère et la source des missions sans nombre que lui et ses enfants n’ont cessé et ne cessent de faire par tout le monde. Nous avons vu de quelle manière Vincent de Paul se comportait dans la maison de Gondi. Aussi le comte et la comtesse eurent-ils pour lui une estime et une confiance qui allaient toujours augmentant. Vincent n’en usait que pour.le salut de l’un et de l’autre. Le comte devait un jour se battre en duel Pour tirer vengeance d’un afront qu'il croyait avoir reçu d’un seigneur de la cour. Vincent l'en détourna de la manière suivante, Il célébra la sainte messe : le comte

| yassista et resta même à genoux dans la chapelle après que le monde

se fut retiré. Alors le saint prêtre alla se jeter à ses pieds et lui dit: Monsieur, permettez-moi, s’il vous plait, qu’en toute humilité je vous dise un mot : je sais de bonne part que vous avez dessein de vous aller battre en duel ; mais je vous dis de la part de mon Sauveur, que je vous ai montré maintenant, et que vous venez d’adorer, que, sivous ne quittez ce mauvais dessein, il exercera sa justice sur vous eksur votre postérité. Ayant parlé de la sorte, il se retira. Le comte fut profondément touché d’une remontrance faite avec tant de chatité, de prudence et de discrétion. Il laissa la vengeance à celui qui s'est réservé la vengeance.

Quant à la comtesse , elle avait pris le saint prêtre pour son père spirituel, et se conduisait en tout d’après ses avis. Elle eut à s’en féliciter sous tous les rapports, entre autres d’être guérie de ses inquiétudes et scrupules de conscience. Aussi sa reconnaissance pour le saint homme était-elle des plus vives, et craignait-elle beaucoup de le perdre. Elle le perdit à cause de cela même. Vincent eut peur de tant d'estime et de confiance qu’on lui témoignait, et quitta inopinément la maison de Gondi, qui le regardait comme son ange tuté-

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laire. Il avait pour maxime, qu'il vaudrait mieux être livré aux insultes et à la rage de l'enfer que de vivre sans croix et sans humi. liation ; et il regardait comme exposé'à un danger prochain de se perdre un homme à qui tout réussit, et qui n’a point de contradic. tion à essuyer. D'ailleurs ses élèves, les jeunes de Gondi, commenrçaient à croître, et il ne se croyait pas les talents nécessaires pour leur donner une éducation proportionnée à leur naissance et aux charges qui les attendaient. Enfin, Paris et la cour, où la famille ge trouvait une grande partie de l’année, étaient remplis de troubles et de factions par l'ambition des princes. Pour toutes:ces causes, et de l'avis de monsieur de Bérulle, Vincent de Paul quitta la maison de Gondi l'an 1617, sous prétexte d'un voyage, et se retira dans k Bresse, à Châtillon-les-Dombes. Nous verrons à quel point monsieur et madame de Gondi en furent affligés, et les peines qu'ils. se donné. rent pour le faire revenir auprès d’eux.

Châtillon était une paroisse comme abandonnée. Il y avait environ quarante ans qu'elle n'était possédée que par des bénéficiers de Lyon, qui n’y venaient que pour en retirer les revenus, et pour ne pas donner lieu à un dévolu. Ainsi, depuis près d’un demi-siècle, cette ville infortunée, composée de deux mille âmes, n'avait, à proprement parler, ni curé ni pasteur. Le chapitre de Lyon s'était adressé aux Pères de l’Oratoire pour avoir un homme capable de remédier à ce désordre. Monsieur de Bérulle en cherchait un, lorsque Vincent de Paul vint le consulter sur son projet de quitter la maison de Gondi: il lui proposa la paroisse de Châtillon, qui fut acceptée. Vincent y arriva pour le mois d'août 1617, avec un bon prêtre du pays, nommé Louis Girard. Comme la maison curiale était en ruine, ils se logèrent d'abord chez un calviniste, nommé Beynier, qui se convertit

avec le temps. Voici l’ordre que Vincent y établit. On s’y levait à |

cinq heures ; on y faisait ensuite une demi-heure d’oraison; l'office et la sainte messe se disaient à une heure marquée, et on ne s’en écartait point sans nécessité. Nos deux prêtres faisaient eux-mêmes leurs chambres; il n’y avait ni fille ni femme qui servissent dans la maison. Vincent ne le voulut pas souffrir; et la belle-sœur de son hôte, pour ne pas troubler un si bel ordre, eut la générosité de s’y conformer la première.

Le nouveau pasteur visitait régulièrement deux fois par jour une partie de son troupeau. Le reste du temps était donné à l’étude où au confessionne]. Le désir de se rendre également utile aux petits et aux grands lui fit faire une étude particulière de l'espèce de patois qui est en usage chez le petit peuple. Il l’apprit en peu de temps, et s'en servait quelquefois pour faire les catéchismes. Il fit célébrer

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l'office divin avec toute la décence possible. Il bannit les danses et les excès scandaleux qui déshonoraient les fêtes, surtout celle de l'Ascension de Notre-Seigneur. 11 y avait dans la paroisse six vieux prêtres habitués, qui étaient loin de donner le bon exemple. Vincent les engagea tous à vivre en communauté, sous une règle. Il mania les esprits et les cœurs avec tant de force, de ménagement et d’adresse, que tout lui réussit. Toute la ville fut surprise et édifiée d’un changement si prompt et si parfait; les plus sages jugèrent qu’un homme à qui la réforme d'un clergé comme le sien avait si peu coûté serait assez heureux pour gagner à Dieu sa paroisse tout entière.

Effectivement, quatre mois n'étaient pas écoulés, qu’on ne trouvait plus Châtillon dans Châtilion niême, tant tout y était changé. Les plus grands pécheurs se présentaient en foule au tribunal de la pénitence; et comme le saint ne renvoyait jamais personne, on était obligé assez souvent de l'aller retirer du confessionnal, où, tout occupé du besoin spirituel de ses frères, il oubliait les plus pressants besoins de la nature. Il y eut des conversions éclatantes : celle de deux dames nobles, ne respirant que le monde, qui devinrent des modèles de piété et de charité, et se dévouèrent au soulagement des pauvres dans un temps de famine et de peste. Le comte de Rougemont, un des plus redoutables duellistes de France, se convertit si bien, qu’il vendit sa terre de Rougemont pour fonder des monastères et secourir l'indigence; qu’il fit du château où il demeurait un hospice pour les religieux et les pauvres, et qu'il fut jusqu’à la fin de sa vie un modèle de pénitence et de mortification. Enfin, la conversion de Beynier et de plusieurs autres calvinistes considérables, dont quelques-uns embrassèrent même la vie religieuse,

Un jour de fête, Vincent était près de monter en chaire, lorsqu’une des deux dames converties l’arrêta un moment, et le pria de recom-

| mander à la charité de ses paroissiens une famille extrêmement

pauvre, dont la plupart des enfants et des domestiques étaient tombés malades dans une ferme éloignée d’une demi-lieue de Châtillon. Ille fit, et Dieu donna tant d’efficace à ses paroles, qu’un grand nombre de ses auditeurs s’en allèrent visiter ces pauvres gens : personne n'y alla les mains vides. Les uns leur portaient du pain, les autres du vin, de la viande et autres choses semblables. Vincent y alla lui-même après vêpres avec quelques habitants de Châtillon. Comme il ne savait que tant d’autres y eussent été avant lui, il fut fort surpris de rencontrer dans le chemin une multitude de personnes qui revenaient par troupes, et dont quelques-unes se reposaient sous

des arbres, parce que la chaleur était excessive, Il loua leur zèle,

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mais il ne le trouva point assez sage. Voilà, dit-il, une grande cha. rité, mais elle n’est pas bien réglée, Ces malades auront trop de pro. visions à la fois, cette abondance même en rendra une partie inutile. Celles qui ne seront pas consommées sur-le-champ se gâteront et seront perdues, et ces pauvres malheureux retomberont bientôt après dans leur première nécessité.

Cette première réflexion porta Vincent, qui avait un esprit d'ar. rangement et de système, à examiner par quel moyen on pourrait secourir avec ordre, non-seulement cette famille affligée, mais en. core tous ceux qui se trouveraient dans une nécessité semblable. I] en conféra avec plusieurs femmes de sa paroisse qui avaient du bien et de la piété. On convint assez aisément de la manière dont il faudrait s’y prendre. Après avoir fait prier Dieu, Vincent dressa un projet de règlement, pour le meitre à l'essai avant d'en demander l'approbation à l'autorité ecclésiastique. Car telle était sa marche dans ce qu’il entreprenait : consulter Dieu, consulter les personnes sages, consulter l’expérience avant de prendre une résolution défnitive. Voici les principaux points du règlement pour cette première confrérie de charité. \

I. Les personnes qui s’uniront ensemble pour soulager les pauvres malades se proposeront Jésus-Christ pour modèle. Elles se souviendront que ce divin Sauveur, qui est la charité même, n’a rien recommandé avec plus d'instance que la pratique des œuvres de mi. séricorde, et qu'il l’a proposée à tous les Chrétiens par ces paroles : Soyez miséricordieux, comme votre Père céleste est miséricordieur, Et par celles-ci encore : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé dès le commencement du monde; car

J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai été malade, et vw m'avez visité.

IL. On n’admettra à cet emploi de charité que des femmes et des filles dont la vertu et la sagesse sont reconnues. Les unes et les autres n’y seront reçues que du consentement des personnes dont elles dépendent. Elles n'auront d'autre nom que celui de servantes des pauvres, et elles se feront gloire de le porter. Pour prévenir la confusion qui naîtrait de la multitude, on n’en recevra qu’un certain nombre. Ce nombre fut fixé par Vincent à vingt-quatre pour la ville de Châtillon.

IL. Pour établir l'ordre et une juste subordination entre ces différentes personnes, elles éliront, sous les yeux du curé de la paroisse, une supérieure et deux assistantes. La supérieure veillera à l’observation du règlement. Elle s’emploiera, autant qu’il lui sera possible, à faire en sorte que les pauvres soient nourris et soulagés. Elle ñe

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