‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 62 sur 121 · XXVIL. = De · texte numérisé non relu

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Tel est en somme le règlement de la première confrérie, de la première société de dames de charité : institution qui, comme toutes celles de Vincent de Paul, s’est propagée avec le temps dans tous les pays chrétiens.

Quand il eut quitté la maison de Gondi pour aller à Châtillon, il en écrivit la nouvelle et les motifs au comte, qui était alcrs en Provence. Voici en quels termes ce seigneur en informa ga femme, par une lettre du mois de septembre 1617 : « Je suis au désespoir d'une lettre que m'a écrite monsieur Vincent, et que je vous envoie, pour voir s'il n'y aurait pas encore quelque remède au malheur que ce nous serait de le perdre. Je suis extrémement étonné de ce qu'il ne vous a rien dit de sa résolution, et que vous n'en ayez point eu d'avis. Je vous prie d'employer toute sorte de moyens pour faire que nous ne le perdions pas... Je crois qu’il n’y aura rien de plus puissant que monsieur de Bérulle. Dites-lui que, quand même monsieur Vincent n'aurait pas la méthode d'enseigner la jeunesse, il peut avoir un homme sous lui ; mais qu’en toutes façons je désire passionnément qu’il revienne en ma maison, où il vivra comine il voudra, et moi un jour en homme de bien, pourvu qu'il ne m’abandonne pas. »

On employa donc tous les moyens possibles pour faire revenir monsieur Vincent. Le père, la mère, les enfants, les amis lui écrivirent les lettres les plus pressantes ; on fit intervenir monsieur de Bérulle ; on fit partir pour Châtillon les hommes en qui Vincent avait le plus de confiance : enfin il promit de s’en rapporter aux Oratoriens de Lyon, qui prononcèrent pour le retour. Il rentra donc dans la maison de Gondi la veille de Noël 4617.

Comme il n'eut plus qu’une inspection générale sur l'éducation des fils de la famille , il eut toute la facilité possible de suivre son attrait pour le salut des peuples de la campagne. Assisté de plusieurs vertueux prêtres, tant séculiers que religieux, il fit un grand nombre de missions dans les diocèses de Paris , de Beauvais, de Soissons et de Sens, où la maison de Gondi avait des terres. Ces missions, auxquelles la comtesse de Joigni travaillait à sa manière, en visitant les malades, en consolant les aflligés, en terminant les procès, en répan-

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dant des aumônes , produisaient un bien immense et renouvelaient les paroisses. Plusieurs hérétiques s'y convertirent. L'un d’eux avait d’abord fait à Vincent de Paul cette difficulté : Vous prétendez, mon. sieur, que l'Église de Rome est conduite par l'Esprit de Dieu. Mais c’est ce que je ne puis croire, parce que, d’un côté, on voit les catho. liques de la campagne abandonnés à des pasteurs vicieux et ignorants, sans être instruits de leurs devoirs, sans que la plupart sachent seulement ce que c'est que la religion chrétienne; et que, de l’autre, on voit les villes pleines de prêtres et de moines qui ne font rien. Le serviteur fut très-touché de cette objection , et conçut en son esprit une nouvelle impression du grand besoin spirituel des peuples de la campagne, qu’il ne connaissait déjà que trop par sa propre expérience. Il répondit néanmoins à cet homme qu'il était mal informé de ce dont il parlait ; qu’il y avait en beaucoup de paroisses de bons curés et de bons vicaires ; qu'entre les ecclésiastiques et les religieux qui abondent dans les villes, il y en avait plusieurs qui allaient catéchiser et prêcher à la campagne ; que d’autres étaient appliqués à prier Dieu et à chanter ses louanges de jour et de nuit; que d’autres servaient utilement le public par les livres qu'ils composent, par la doctrine qu'ils enseignent et par les sacrements qu'ils adriinistrent ; et que, s’il y en avait quelques-uns d’inutiles et qui ne s’acquittassent pas comme ils devaient , c'étaient des hommes particuliers, sujets à faillir, et qui ne sont pas l'Église ; que lorsqu'on dit que l'Église catholique est conduite du Saint-Esprit, cela s'entend en général lorsqu'elle est assemblée dans les conciles, et encore en particulier quand les fidèles suivent les lumières de la foi et les règles de la justice chrétienne ; mais quant à ceux qui s’en éloignent, ils résistent au Saint-Esprit, et, bien qu'ils soient membres de l'Église», ils sont néanmoins de ceux qui vivent selon la chair, comme parle saint Paul, et qui mourront.

La réponse de Vincent de Paul était juste ; mais elle ne persuada pas l’hérétique. Les œuvres furent plus efficaces que les paroles. L'année suivante, lorsqu'on ne pensait plus à cet homme, il suivait assidûment tous les exercices des missions, examinait en détail le soin, la charité qu’on avait pour instruire les plus ignorants, les plus stupides, considérait les effets merveilleux que cela produisait dans le cœur des plus grands pécheurs ; il en fut tellement ému , qu'il vint trouver le saint prêtre et lu, dit : C'est maintenant que je vois que le Saint-Esprit conduit l’Église romaine, puisqu'on y prend soin de l'instruction et du salut fes pauvres villageois ; je suis prêt à y entrer quand il vous plaira.

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