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tairement, les autres eurent quelque prieuré pour retraite, L'an 4623, pendant que le bienheureux Pierre Fourier commençait Ja réforme des chanoines réguliers en Lorraine, Alain de Solminiac commença celle de Chancelade en Guyenne, dont il rebâtit les lieux réguliers et y reçut des novices. Cette réforme s’étendit bientôt un grand nombre de monastères. En 1636, une lettre du cardinal de Richelieu inforina le vertueux abbé que Louis XI venait de le nom. mer à l'évêché de Lavaur : il refusa ; mais nouvelle lettre du Cardinal, qui le mandait à la cour. Les archevêques d'Arles et de Bordeaux l’assuraient que cette volonté était de Dieu. Ni leurs instances ni celles du cardinal ne purent vaincre son opposition. Arrivé à la cour, il se mit trois fois à genoux devant Louis XILL, le suppliant de nomme" quelque autre à sa place, qui remplirait mieux que lui cette charge, dont il était incapable. Une demande si extraordinaire jeta toute la cour dans l’admiration, le roi leva les mains au ciel et s’écria tout haut : Béni soit Dieu de ce que dans mon royaume il yaun abbé qui refuse des évêchés! Ravi de son humble générosité, il ne lui donna plus l’évêché de Lavaur, mais un autre plus considérable, celui de Cahors, l’un des plus grands du royaumes. Alaïn pensait s'enfuir comme saint Ambroise, mais l'intérêt de la réforme qu'il avait commencée le reiint : il sut d’ailleurs que le roi songeait à lui faire commander par le Pape d'accepter. Il se résigna donc, et dit au roi pour tout remerciment : Sire, vous ne m'avez pas donné un évêché, mais vous m'avez donné à un évêché.
ILemploya tout l'intervalle entre sa nomination et son sacre à étudier les devoirs de l’épiscopat, principalement dans le concile de Trente, consultant les plus vertueux prélats, entre autres le pieux cardinal de la Rochefoucault, que le Pape avait chargé de la réforme de tous les monastères de France. Sacré le vingt-sept septembre 4637, Alain de Solminiac régla sa famille épiscopale à l'instar d’une communauté religieuse. Pour régler de même son diocèse, il fit imprimer d’abord le concile provincial de Bourges, confirmé par le pape Sixte V, l’an 1585, lequel contient plusieurs règlements très-utiles concernant le rétablissement du culte divin, l'administration des st crements et la réformation tant du clergé que du peuple : il dressa ensuite des statuts synodaux. Pour former le clergé à l'observation de la règle, il fonda un séminaire qu'il confia aux prêtres de Vincent de Paul, nous avons vu avec quelle merveilleuse bénédiction. Aucun aspirant au sacerdoce ne fut dispensé de faire son temps de sémi naire. Pour régénérer en même temps son peuple, le bon pasteur fi faire des missions continuelies dans son diocèse : lui-même faisait continuellement la visite de toutes les paroisses. Afin de consolider
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le bien dans le clergé et le peuple, il partagea son diocèse en plusieurs congrégations ou conférences ecclésiastiques, avec un vicaire forain ou président : ces conférences se tenaient tous les mois, excepté au fort de l’hiver : il en indiquait lui-même le sujet, y assistait
} exactement dans ses visites et dans le voisinage de sa résidence.
Quand il n’y était pas lui-même, le président était obligé de lui dénoncer Ceux qui manquaient de <’y trouver : le prélat les faisait citer devant lui pour rendre raison de leur absence, et les suspendait pour un temps, s'ils n'avaient d’excuse légitime,
Son zèle pour la conversion des hérétiques n’était pas moins ardent. Au milieu d’un grand jubilé où les missions se succédaient sans
| relâche, il apprit que les ministres huguenots devaient se réunir en
synode dans la ville de Caussade, au nombre de quatre-vingt-dixhuit, L'évêque y arrive deux jours avant eux avec ses missionnaires, el commence aussitôt les exercices du jubilé, On prêchait un sermon de morale dans l’église catholique matin et soir ; à neuf heures de la matinée, trois missionnaires et un habile rontroversiste allaient écouier le prêche du ministre huguenot, prenaient note de tout ce qu'il avançait d'hérétique ; à une heure après diner, l’évêque, le clergé, la noblesse, la magistrature, le peuple, catholiques et calviistes, se rendaient sous la halle, où le controversiste, l'abbé des Iles, reprenait et réfutait, article par article, tout ce que le ministre avait dit de faux dans son prêche. On défia publiquement tout le Synode des huguenots : quoiqu’ils fussent près de cent, pas un n’osa accepter le combat. Plusieurs religionnaires se convertirent pendant
quelque temps
décembre 1639 : l’auteur de sa vie, qui a vécu dans son intimité, Bpporte un grand nombre de guérisons miraculeuses, opérées par k vertu de ses reliques ; le clergé de France a demandé plusieurs
j is au Saint-Siége que l’on informât sur les vertus de ce digne
pontife 1, Nous avons vu de quelle manière Vincent de Paul établit à Chà-
: üllon la première confrérie de charité, ou plus simplement la pre-
mière charité, comme on disait alors. En 1623, il en fonda une autre à Mâcon, Passant par cette ville, il y trouva une multitude incroya-
ble de pauvres. Avant de leur faire l'aumône, il les interrogea, sui- | Vant sa coutume, sur les mystères de la foi. Il reconnut qu'ils igno- | 'alent les premiers principes de la religion, qu'ils n’entendaient
* Chastenet, Vie d'Alain de Solminiac, — Picot, Essai sur l'infl., t. 1, p. 222,
églises que pour demander l'aumône, vivant, au reste, dans le plug grossier libertinage. Il en eut pitié, comme le charitable Samaritain, et s'arrêta pour porter remède à leur misère temporelle et spirituelle, L'entreprise n’était point aisée. Il fallait mettre l’ordre chez des gens qui ne l’aimaient pas, établir une exacte discipline parmi des hommes que leur multitude rendait insolents, et prendre des mesures si justes, qu'on écartât jusqu’à l'ombre d’une sédition. Aussi, quand ce projet eut été annoncé, le regarda-t-on comme une belle chimère, « Chacun se moquait de moi, dit Vincent lui-même dans une de ses lettres; on me montrait au doigt lorsque j'allais par 03 rues, et per. sonne ne crut que je pusse réussir. » Il réussit cependant, et cel dans l’espace de quinze jours à trois semaines. Avec l'agrément de l'évêque, des chanoines et des magistrats, il fit un règlement qui portait qu'on ferait un catalogue de tous les pauvres de la ville qui voudraient s’y arrêter; qu’à ceux-là on donnerait l’aumône les pre: miers jours du mois où ils seraient obligés de se confesser; que sion les trouvait mendier dans les églises ou par les maisons, ils seraient punis de quelques peines, avec défense de leur rien donner; que les passants seraient logés pour une nuit et renvoyés le lendemain avec deux sous, que les pauvres honteux seraient assistés en leurs mala dies et pourvus d'aliments et de remèdes convenables, comme dans les autres lieux où la charité était établie. Vincent établit ensuite, sous le nom de confrérie de saint Charles Borromée, deux associations : l’une d'hommes, pour les hommes; l’autre de femmes, pour les personnes de leur sexe. Dans cette double confrérie, chacun avait son emploi. Les uns avaient soin des malades, les autres de ceuxqui ne l’étaient pas; ceux-ci étaient chargés des pauvres de la vilk, ceux-là des étrangers.
Cet ordre commença sans qu’il y eût aucuns deniers communs; mais Vincent sut si bien ménager les grands et les petits, que chacun se porta volontairement à contribuer à une si bonne œuvre, les uns en argent, les autres en blés ou en d’autres denrées, selon leur pouvoir ; de sorte que près de trois cents pauvres étaient logés, nourris et entretenus fort raisonnablement. Vincent donna la première aumône et puis se retira; il se retira au plus tôt, et sans dire adieu, tt cela pour se dérober aux applaudissements des magistrats et de tout ce qu’il y avait de considérable dans le pays. Le plan de cette confié rie de Mâcon parut si beau à l'assemblée du clergé de France tenté à Pontoise en 1670, qu’elle exhorta tous les évêques du royaume à
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XXXVIL — De 60
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d'une manière chrétienne, d’une manière également profitable et pour l'âme et pour le corps1.
Les confréries de charité que Vincent de Paul eut occasion d’établir à Châtillon et à Mâcon lui donnèrent l'idée d'en établir de sem blables dans les petites villes et dans les villages, où les pauvres malades sont généralement le plus abandonnés. Il en établissait faclement à la suite des missions; mais il fallait les visiter de temps à autre, surtout celles de la campagne, pour leur donner les avis nécessaires et les dresser au service des malades. Comme il était en peine de ce qu’il ferait pour maintenir et perfectionner ces nouvelles confréries, Dieu lui envoya en aide une sainte veuve, Louise de Marilac, veuve du sieur Legras, secrétaire de la reine-mère, Marie de Médicis. Faible de santé, mais forte de courage, elle sentait un attrait pour le service des pauvres. Vincent, qu’elle prit pour son père spiri-
| tuel, lui proposa, l’an 1629, de faire la visite des confréries de cha-
rité, Elle s’y appliqua durant plusieurs années, dans les diocèses de Beauvais, de Paris, de Senlis, de Soissons, de Meaux, de Châlons en Champagne et de Chartres, avec des fruits et des bénédictions qui ne se peuvent concevoir. Elle faisait ordinairement quelque séjour dans
| chaque paroisse : elle relevait les confréries qui étaient déchues,
encourageait les femmes qui les composaient, leur apprenait à servir ls malades, leur distribuant du linge et des remèdes. En outre, aver l'agrément du curé, elle assemblait les jeunes filles dans quelque maison particulière, les catéchisait et les instruisait des devoirs de la ve chrétienne : s’il y avait une maîtresse d'école, elle lui enseignait charitablement à faire son office ; s’il n’y en avait pas, elle tâchait d'y en faire mettre quelqu’une qui y füt propre; et pour la mieux dres-
} ser, elle-même commençait à faire l’école et instruire les petites
Îles en sa présence 2.
Vincent de Paul ne pensait d'abord à établir ces confréries de cha-
| rité que dans les petites villes et dans les villages, où les pauvres ma-
hdes sont généralement le plus abandonnés, Leur utilité en fit bientétablir dans les villes les plus considérables, à Beauvais et à Paris même. Des dames d’un haut rang se firent honneur d’être les servants des pauvres. Mais ce qui rendit ces confréries plus brillantes con- Has peu à peu à les rendre moins utiles. Quelques-unes de ces me à cause de l'opposition de leurs maris ou pour d’autres mo-
$ se faisaient remplacer auprès des malades par leurs domestiques.
les-ci, bien souvent, n'avaient ni adresse ni affection pour se bien “quitter d’un semblable office. On sentit la nécessité d’avoir des ser-
Collet. 1, ?.Abelly, 1, 1, c. 16, — 2 Gollet., 1, 2, - Abelly, 1. 1, c. 29,
tr F+
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vantes assez chrétiennes et assez habiles pour servir les malades convenablement, C'était en 1630. Vincent se rappela que dans les mis. sions de villages on rencontrait quelquefois de bonnes filles qui n'avaient pas de disposition pour se marier ni le moyen d'être religieuses, et que dans le nombre il pourrait s'en trouver qui seraient bien aises de se donner pour l'amour de Dieu au service des pauvres malades. Il s'en trouva deux qui acceptèrent, puis quelques autres, On les plaça dans diverses paroisses de Paris; mais ces filles, venues de différents côtés, n'avaient entre elles aucune liaison : de plus, comme elles n’avaient pas été dressées à ce genre de service, elles ne donnaient pas toujours la satisfaction désirable. Vincent comprit bientôt qu'il fallait les former à deux choses : au service des maldes, et encore plus à l'exercice de l'oraison mentale et de la vie spi. rituelle, étant comme impossible de persévérer longtemps en cette pénible vocation et de vaincre la répugnance que la nature y ressent, si on n’a un grand fonds de vertu. Il en choisit donc trois ou quatre qu'il jugea les plus propres, et les mit entre les mains de la veuve Louise de Marillac, pour les rendre capables de correspondre aux desseins de la Providence divine sur elles. Cela se fit en 4633, seulement par manière d'essai. Dieu y donna bénédiction, le nombre des fille. s’augmenta, il s’en forma une petite communauté qui est devenue la nombreuse et bénite congrégation des filles ou sœurs de la Charité, servant les pauvres malades, instruisant les jeunes filles, dans l’ancien et le nouveau monde, notamment à Constantinopk, Smyrne, Alexandrie, où les Turcs et les Arabes, émerveillés de leur charité surhumaine, et les prenant pour des anges, leur demandent sérieusement comment elles sont descendues du ciel sur là terre.
Voici en quels termes Vincent lui-même caractérise leur sainte vocation : « Une fille de charité, dit-il, a besoin de plus de vertu que les religieuses les plus austères. Il n’y a point de religion de filles qui ait tant d'emplois qu'elles en ont. Car les filles de la charité ont presque tous les emplois des religieuses, ayant premièrement à travailler à. leur propre perfection, comme les religieuses Carmélites et autres semblables ; secondement, au soin des malades, comme les religieuses de l’Hôtel-Dieu de Paris et autres hospitalières; troisièmement, à l'instruction des pauvres filles, comme les Ursulines. »
Parmi les règles particulières qu’il donna aux sœurs qui serveil
les pauvres malades dans les paroisses, on lit entre autres : « Ells considéreront que, encore qu’elles ne soient pas dans une religion,