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340 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXXXVII.— De 1605
à votre auberge, lui dit-il, et ne vous couchez qu'après avoir entendu parler de moi. » À une heure du matin, un messager d'Olive, vint dire à John que le conseil des officiers avait cherché le Seigneur, et que le Seigneur voulait que le roi mourût.
Cromwell apposa son nom à l'ordre d'exécution, avec les bouffonneries qu'il avait coutume de mêler aux actions les plus sérieuses. En signant, il barbouilla d'encre le visage de Henri Martyn, qui signait après lui; le régicide Martyn rendit jeu pour jeu à son camarade de forfait. Un colonel entre au moment de la signature : Cromwell le presse de signer comme les autres. Sur son refus, il le fait empoigner par ses collègues, lui met de force la plume entre les doigts, et, lui conduisant la main, au milieu de grands éclats de rire, le contraint de tracer son nom. Cromwell joua auprès de Fairfax une autre comédie : celui-ci voulait, avec son régiment, tenter de délivrer le roi. Cromwell, secondé de son gendre, Ireton, s’efforça de persuader à Fairfax que le Seigneur avait rejeté Charles. Ils l’engagèrent à implorer le ciel pour en obtenir un oracle, cachant toutefois à leur honorable dupe qu'ils avaient déjà signé l'ordre de l'exécution. Le colonel Harrison , aussi simple que Fairfax, mais dans d’autres idées que lui, fut laissé par le gendre et le beau-père auprès de Fairfax ; il fit durer les prières jusqu’au moment où la nouvelle arriva que la tête du roi était tombée 1.
Après la mort de Charles Ier, la confusion se répandit dans les trois royaumes. Chacun avait un plan de république et de religion. Les millénaires, ou les hommes de la cinquième monarchie, demandaient la loi agraire et l'abolition de toute forme de gouvernement, afin d’attendre le prochain gouvernement du Christ ; il n'y avait, d’après eux, d’autre charte que l'Écriture. Les antinomiens prétendaient;que la loi morale était détruite, que chacun se devait conduire désormais par ses propres principes, et non plus d’après les anciennes notions de justice et d'humanité ; ils réclamaient la liberté de tout faire ; la fornication, l'ivrognerie, Le blasphème sont, disaient-ils, selon les voies du Seigneur, puisque c’est le Seigneur qui parle en nous. Ils n'étaient pas loin de devenir Turcs, et se plaisaient à la lecture du Coran nouvcllement tradnit. Les quakers (trembleurs), et surtout les quakeresses, passaient a ssi pour une secte mahométane. Des politiques, s'élevant contre toute espèce de culte, voulaient que le pouvoir ne
reconnût aucune religion particulière; d’autres prétendaient refondre les lois civiles et effacer complétement le passé. Dépouillés de leurs biens et de leurs honneurs, les épiscopaux gémissaient dans
1 Châteaubriand, les Quatre Stuarts.
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