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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 351
JL. Nul sujet, nul peuple protestant ne peut, sans inconséquence, blâmer son souverain de quoi qu’il se permette. Dans les principes du protestantisme, le souverain, comme tout autre individu, est le juge suprême de son droit et de son devoir. Si donc le souverain se croit obligé d'employer la ruse ou la violence pour écraser ses sujets, non-seulement il le peut, mais il le doit. Bref, le peuple hérétique, comme le souverain hérétique, s’est renversé par un crime, et condamné par son propre jugement.
IV. Le protestantisme ne peut commander, sans se contredire, ni l'obéissance ni la résistance à personne. S'il commande l'obéissance envers l'individu souverain, il viole, contre ses propres principes, l'ndépendance mentale'de l'individu sujet; s’il commande la résistance, il viole, contre ses propres principes encore, l'indépendance mentale de l'individu souverain.
V. Le protestantisme anéantit, par le fait, toute obligation morale entre le souverain et le sujet, Il accorde au second une autorité égale àcelle du premier. Ces deux autorités, en conflit, se détruisent réciproquement. Il ne reste, pour différence, que le plus ou moins de ruse ou de force. — En résumé, pour le protestantisme, le droit du plus fort est non-seulement le meilleur, mais le seul,
Comme on voit, tout souverain protestant, tout peuple protéstant, den général tout souverain, tout peuple hérétique pose l'anarchie en principe, en dogme, en loi fondamentale. Les auteurs qui ont aancé que l'état naturel du genre humain est la guerre de tous contre tous, ont raisonné très-juste comme protestants, comme hérétiques. Loi, ordre, justice, société sont en effet pour le protestanlisme des choses contre nature : les tribunaux, une tyrannie monstueuse, Comme protestant, vous autorisez nécessairement tous les rimes ; et puis, comme Souverain, comme juge, vous les punissez du dernier supplice. Ainsi, en enfer, Satan et les siens, les premiers qui protestérent, autorisent par leur exemple et leurs maximes d'indépendance tous les crimes, y sollicitent les hommes nuit et jour, et puis les en punissent par des supplices éternels. Si donc le proteskntisme n’avait point rencontré d'obstacle, s’il avait pu librement produire toutes ses conséquences, la société humaine, au nom de la Bible, serait retombée dans le chaos, la terre ne serait plus qu’une légion de calamités et de ténèbres, couverte des ombres de la mort, où n'habiterait nul ordre, mais une éternelle horreur.
Exemples et échantillons de ce retour au chaos des idées, à la confusion des langues, sont généralement tous les écrivains protestants,
Brolamment François Bacon, fils de Nicolas Bacon, garde des sceaux
sous Élisabeth, et lui-même grand chancelier sous Jacques. Tout
352 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVII. — De1605
le monile convient que, pour le cœur et le caractère, François Bacon fut un des hommes les plus vils et les plus méprisables. Le comte d'Essex, son insigne bienfaiteur, étant impliqué dans un procès politique qui le conduisit à l’échafaud, non-seulement Bacon l’aban. donna dans sa disgrâce, mais encore plaida contre lui, sans qu'il y fût obligé d'aucune manière. Devenu par de tels moyens grand chancelier d'Angleterre, il sy montra juge corrompu et vénal, traf. quant de la justice, à tel point que, accusé devant la chambre des pairs, dont il était président, il se reconnut lui-même coupable sur presque tous les chefs, fut condamné à une amende énorme, et déclaré incapable d'occuper aucun emploi ou office public, de siéger au parlement, et d'approcher même du lieu où résiderait la cour. Mais si Racon fut un homme vi!, on a prétendu, dans un temps, que c’était un écrivain du premier ordre, un génie incomparable, Il est vrai, aucun fondateur des sciences ne l’a connu ou ne s'est appuyé de lui. Mais Voltaire, Diderot. d’Alembert le célébrèrent à l’envi, quoique ce dernier avoue que les ouvrages du philosophe anglais sont très-peu lus. De nos jours, Cabanis en a fait le panégyrique dans son cours de matérialisme intitulé : Rapport du physique et du morat de l'homme. « Bacon, dit-il, vint tout à coup, au milieu des ténèbres et des cris barbares de l’école, ouvrir de nouvelles routes à l'esprit humain. Hobbes fut conduit à la véritable origine de nos connaissances. Mais c'était Locke, successeur de Bacon, qui devait pour la première fois, etc. Helvétius a résumé la doctrine de Locke... Condillac l’a développée et étendue... Condillac autem genuit Lancelin. Vient ensuite Volney, habitué aux analyses profondes, etc. » Il n’y a rien de si précieux, observe le comte de Maistre, que cette généalogie. On y voit que Locke est successeur de Bacon; on y voit que Locke, à son tour, engendra Helvétius, et que tous ces ennemis réunis du genre humain, y compris Cabanis luimême, descendent de Bacon 1.
Les principaux ouvrages de ce dernier sont : 40 De la dignité et de l’accroissement des sciences ; 2° Nouvel instrument, ou indices vrais sur l'interprétation de la nature; 3° Forêt des Forêts, ou histoire naturelle; 4e Parascève (préparation) à l’histoire naturelle et expérimentale; 5e Histoire des vents; 6° Sermons fidèles, ou l’intérieur des choses; 7° Boutades, ou élans philosophiques, etc. Cs divers ouvrages, avec leurs titres plus ou moins bizarres, forment une espèce de jardin anglais, où il y a quelques fleurs innocents et beaucoup de vénéneuses. Voltaire, Diderot et d'Alembert en ont
1 Joseph de Maistre, Examen de la philosophie de Bacon, t. 2, c. 8, p. 336.
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