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à 1650 de l’êre chr.]

de soldats qui d’une main tenaient une épée tranchante, et de l'autre un flambeau allumé. Cet emblème du massacre et de l'incendie figure assez bien la réalité : on voit encore des traces de celle-ci dans l'église de Saint-Nicolas-de-Port, dont l’une des tours, comme un tison demi-brûlé, porte encore les marques de l'incendie allumé par les Français ou par les Suédois, peut-être par les uns et les autres; car on ne sait point au juste à qui appartient cet honneur.

La ville de Toul fut la première qui éprouva les bontés de Vincent de Paul. Il en existe entre autres un certificat du mois de décembre 4639, et conçu en ces termes : « Jean Midot, docteur en théologie, grand archidiacre, chanoine et vicaire général de Toul, le siége épiscopal vacant, certifions et faisons foi que les prêtres de là mission résidant en cette ville continuent, depuis environ deux ans, avec beaucoup d’édification et de charité, d'y soulager, vêtir, nourrir et médicamenter les pauvres : premièrement les malades, desquels ils en ont retiré soixante dans leur maison, et une centaine qui sont logés dans les faubourgs ; secondement, quantité d’autres pauvres honteux, réduits à une grande nécessité et réfugiés en cette ville, auxquels ils font l’'aumône; et en troisième lieu, à plusieurs pauvres soldats retournant des armées du roi, blessés et malades, qui se retirent aussi en la maison desdits prêtres de la mission, et en l'hôpital de la Charité, où ils les font nourrir et traiter !, »

Les mêmes assistances furent rendues à la ville de Metz, qui était une des plus affligées, Le concours des pauvres qui l’assiégeaient au dedans et au dehors avait quelque chose de terrible. C'était comme une armée de malheureux de tout âge et de tout sexe, qui montait quelquefois jusqu'à quatre et cinq mille personnes. Tous les matins on en trouvait dix ou douze de morts, sans compter ceux qui, Surpris à l'écart, éteient souvent la proie des bêtes carnassières; car les loups, habitués à se nourrir de cadavres, attaquaient en plein jour les femmes et les enfants. Les bourgs et les villages en étaient infestés à toute heure: ils entraient même la nuit dans les villes par les brèches des murailles, et enlevaient tout ce qu'ils pouaient attraper. Telle était la situation de Metz : encore n'était-ce qu'une partie de ses disgrâces. L'honneur de ses vierges les plus

à pures était en danger. La faim était sur le point de porter plusieurs

tMmunautés à rompre leurs clôtures, dans un temps où les plus fortes murailles étaient un trop faible rempart contre la licence. Toutes les ressources étaient fermées. Le parlement s'était retiré à Toul dès 1638. L'évêque de Metz, sans être prêtre, était un bâtard

!'Abelly, 1, 2, ce. 19. = Collet, 1. 4.

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de Henri IV, qui consumait à Paris et à la cour les revenus de son évêché et de six abbayes, tandis que son peuple mourait de faim, Ca peuple abandonné trouva un pasteur et un père dans Vincent de Paul, comme on le voit par une lettre que lui écrivirent les magistrats de Metz au mois d'octobre 1640.

Les missionnaires envoyés à Verdun, et qui y séjournèrent au moins trois ans,mandèrent au saint homme, en 1641, que, pendant tout ce temps, ils avaient chaque jour donné du pain à cinq ou six cents pauvres, et pour le moins à quatre cents; qu'ils fournissaient tous les jours du potage et de la viande à cinquante ou soixante malades, et à quelques-uns de l’argent pour d’autres nécessités ; qu'ils assistaient environ trente pauvres honteux; qu’ils donnaient à toute heure du pain à quantité de gens de la campagne et d’autres passants qui venaient leur demander l’aumône; qu’enfin ils fournissaient des habits à ceux qui n’en avaient point. L’un de ces missionnaires man. dait un jour à Vincent que ce qui les avait grandement édifiés et consolés, étaient la patience admirable et la résignation incroyable qu'ils trouvaient aux malades et en ceux qui mouraient : « O monsieur! disait-il, que d’âmes vont en paradis par la pauvreté ! Depuis que je suisen Lorraine, j'ai assisté plus de mille pauvres à la mort, qui paraissaient tous y être parfaitement disposés : voilà bien des intercesseurs au ciel pour leurs bienfaiteurs. »

Les missionnaires à qui la ville de Nancy était échue en partage n’y étaient ni moins saintement ni moins continuellement occupés. Ils donnaient tous les jours du pain et du potage à quatre ou cinq cents pauvres, qui, quoique bien portants, ne pouvaient gagner de quoi vivre, parce qu’il n’y avait plus ni moissons ni moissonneurs, Ils les rassemblaient chaque jour pour leur faire des instructions touchantes; et la vue d’une multitude de morts et de mourants les rendit si efficaces, que plusieurs d’entre eux se confessaient et communiaient presque tous les mois. À l’égard des malades, ils en firent recevoir un bon nombre à l'hôpital Saint-Julien, auquel ils donnèrent du linge et de l'argent, parce qu’il n’était pas en état de fournir à la dépense. Ils prirent dans leur propre maison ceux qui ne pouvaient trouver de place à l'hôpital; ils les nourrirent avec soin, ils pansèrent leurs plaies et leurs ulcères. Comme il y avait commur nément trente, quarante et cinquante autres malades logés çà et là dans la ville, ils leur firent distribuer chaque jour du pain, du potage et de la viande. Ils assistaient deux sortes de pauvres honteux : les uns, au nombre d'environ cinquante, étaient d’une condition médiocre; les autres, au nombre de trente, étaient des gens de qualité,

partie ecclésiastiques, partie séculiers. On donnaitaux premiers une ls

11650 de

certaine l'argent t besoin. À de pauvi aient en donnèrer pauvres,

D'un & Vincent « sanées q fimine, q sent, au | k part de nous ont qu'il sem brsqu'un d'aumône notre esps ont provo punit, et 1 sentiment istrumer de leurs c distribuen être, après qu'il soit réduits au vous dédu slation, e Yous avon Les pre:

LXXX VIT. — De 1605

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œrtaine quantité de pain par semaine; on donnait aux autres de l'agent tous les mois, à proportion de leur naissance et de leur besoin. Ayant été avertis qu'il y svait dans la ville un grand nombre de pauvres mères dont les enfants, encore à la mamelle, se trouaient en danger de périr, ils en prirent un soin particulier; ils leur donnèrent non-seulement du pain et du potage comme aux autres pauvres, mais encore de l'argent et de la farine.

D'un autre côté, les magistrats de Lunéville écrivirent à saint Yincent de Paul, en l’année 1642 : « Monsieur, depuis plusieurs inées que cette pauvre ville est afiligée de peste, de guerre et de hmine, qui l'ont réduite au point de l'extrémité où elle est à pré- «nt, au lieu de consolation, nous n'avons reçu que des rigueurs de hpart de nos créanciers, et de la cruauté du côté des soldats, qui us ont enlevé par force le peu de pain que nous avions, en sorte qu'il semblait que le ciel n’avait plus que de la rigueur pour nous, hrsqu'un de vos enfants en Notre-Seigneur étant arrivé ici chargé daumônes, a grandement tempéré l'excès de nos maux et relevé tre espérance en la miséricorde du bon Dieu. Puisque nos péchés provoqué sa colère, nous baisons humblement la main qui les punit, et recevons aussi les effets de sa divine douceur avec des res- #timents de reconnaissance extraordinaires. Nous bénissons les istruments de son infinie clémence, tant ceux qui nous soulagent dleurs charités si opportunes que ceux qui nous les procurent et distribuent ; et vous particulièrement, monsieur, que nous croyons être, après Dieu, le principal auteur d'un si grand bien. De vous dire qu'il soit bien appliqué en ce pauvre lieu, où les principaux sont réduits au néant, c'est ce que le missionnaire que vous avez envoyé vus déduira avec non moins d'intérêt que nous; il a vu notre déltion, et vous verrez devant Dieu l'éternelle obligation que nous "ous avons de nous avoir secourus dans cet état 1, »

Les premiers prêtres de la mission qui allèrent à Pont-à-Mousson, 41 mois de mai 1640, mandèrent à Vincent qu'ils y avaient fait l'aumône à quatre ou cinq cents pauvres si défigurés, que jamais ls n'en avaient vu de plus dignes de compassion; que la plupart aient de la campagne, si exténués et si languissants, qu’ils mou- Aient même en mangeant; que les quatre curés de la ville leur ‘aient donné une liste des malades et des pauvres honteux les plus nérables; qu'ils avaient visité les malades, et en avaient trouvé Plusieurs agonisants ; qu'il y avait des religieuses fort nécessiteuses ; Rquen quelques bourgades, aux environs de la ville, les loups dévo-

FAbely, 1, 2, e. 10. - Collet, 1. 4.

108 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVII. — De go

raient les personnes : ce qui empêchait plusieurs d'y venir chercher du pain, particulièrement les enfants de dix à douze ans; et qu'un bon et charitable curé s'étant offert de leur porter quelques aumônes, ils lui avaient donné de l'argent pour les nourrir.

Enfin, au mois de décembre 1640, les magistrats de Pont-à-Mous. son écrivirent à saint Vincent de Paul une lettre pleine de recon. naissance de ces aumônes, et de raisons pressantes pour en obtenir la continuation. « L'appréhension, disent-ils, de nous voir en peu de temps privés des charités qu'il a plu à votre bonté de faire dé. partir à nos pauvres, fait que nous recourons à vous, monsieur, afn

de leur procurer, s'il vous plaît, avec autant de zèle que ci-devant, |

les mêmes secours, puisque la nécessité y est au même degré qu'elle a jamais été. Il y a deux ans que la récolte a manqué, les troupe ont fait manger nos blés en herbes, les garnisons continuelles ne nous ont laissé que des objets de compassion; ceux qui étaient a commodés sont réduits à la mendicité : ce sont des motifs aussi puis. sants que véritables pour animer la tendresse de votre cœur, déj plein d'amour et de pitié, à continuer ses bénignes influences sur cinq cents pauvres qui mourraient en peu d'heures, si par malheur cette douceur venait à leur défaillir. »

Vers ce temps-là, un des missionnaires étant allé en la ville de Saint-Mihiel , voici en quels termes il écrivit à Vincent : « J'ai commencé, en arrivant, à faire l’aumône : je trouve une si grande quantité de pauvres, que je ne saurais donner à vous; il y en a plus de trois cents dans une très-grande nécessité, et plus de trois cents autres dans l'extrémité. Monsieur, je vous le dis en vérité, il y ena plus de cent qui semblent des squelettes couverts de peau, et si af freux que, si Notre-Seigneur ne me fortifiait, je n’oserais les regarder. Ils ont la peau comme du marbre basané, et tellement retirée que les dents leur paraissent toutes sèches et découvertes, et les yeut et le visage tout refrognés; enfin c’est la chose la plus épouvantabk qui se puisse jamais voir : ils cherchent de certaines racines au champs, qu'ils font cuire, et les mangent. J'ai bien voulu recommatder ces grandes calamités aux prières de notre compagnie. Il y4 plusieurs demoiselles (filles nobles) qui périssent de faim, et entt elles il y en à de jeunes, et j’appréhende que le désespoir ne fasse tomber dans une plus grande misère que la temporelle. » Par une autre lettre du mois de mars de la même année 1640, mande à Vincent : « Il s’est trouvé à la dernière distribution de pa que nous avons faite onze cent trente-deux pauvres, sans les mr lades, qui sont en grand nombre, et que nous assistons de nouï: ture et de remèdes propres. Ils prient tous pour leurs bienfaiteur,

avec de te ne et quen ment ce se abjur les se ciens les mi afin « tions sistan vous ( blerai vres n la ville se peu qu'ils mais « sonnes occasi( veuve voyant sur des chose.

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41650 de l’êre chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 409

avec tant de sentiment de reconnaissance, que plusieurs en pleurent de tendresse, même des riches, qui sont touchés de ces choses. Je ne crois pas que ces personnes, pour qui l’on offre tant et de si fréquentes prières, puissent périr. Messieurs de la ville louent grandement ces charités, disant hautement que plusieurs fussent morts sans œ secours, et publiant l'obligation qu'ils vous ont. Un pauvre suisse abjura ces jours passés son hérésie de Luther, et, après avoir reçu les sacrements, mourut fort chrétiennement, »

Vincent ayant envoyé, dès la même année 1640, un des plus anciens et des principaux prêtres de sa compagnie, pour visiter tous les missionnnaires employés à faire les distributions en Lorraine, tant afin de reconnaître l'ordre et l'emploi des aumônes et des instructions que pour remarquer les villes qui auraient le plus besoin d’assistance, voici ce que ce visiteur lui manda de Saint-Mihiel : « Je vous dirai, monsieur, des choses admirables de cette ville, qui sembleraient incroyables si nous ne les avions vues. Outre tous les pauvres mendiants dont j'ai parlé, la plus grande partie des habitants de la ville, et surtout de la noblesse, endurent tant de faim, que cela ne se peut exprimer et imaginer ; et, ce qui est le plus déplorable, c'est qu'ils n’osent demander. I! y en a quelques-uns qui s'enhardissent, mais d’autres mourraient plutôt ; et j'ai moi-même parlé à des personnes de condition qui ne font incessamment que pleurer pour cette occasion. — Voici une autre chose bien plus étrange. Une femme veuve n'ayant plus rien ni pour elle ni pour ses trois enfants, et se voyant réduite à mourir de faim , lle écorcha une couleuvre et la mit sur des charbons pour la rôtir et la manger, ne pouvant avoir autre chose, Notre confrère qui réside ici, en ayant été averti, y accourut, et ayant vu cela, y mit remède. — I] ne meurt aucun cheval dans la ville, de quelque maladie que ce soit, qu'on ne ravisse incontinent pour le manger; et il n'y a que trois ou quatre jours qu'il se trouva une femme: à l’aumône publique qui avait de chair infecte plein son devantier, qu’elle donnait aux autres pauvres pour de petits morceaux de pain, — Une jeune demoiselle a été pendant plusieurs jours dans k délibération de vendre ce qu’elle avait de plus cher au monde Pour avoir un peu de pain, et en a même cherché plusieurs fois les occasions; Dieu soit loué et remercié de ce qu'elle ne les a pas trouvées, et qu’elle est à présent hors de danger ! — Un autre cas fort déplorable est que les prêtres, qui sont tous, Dieu merci, de vie exemplaire, souffrent la même nécessité et n’ont pas du pain à manger ; jusque-là, qu'un curé, qui est à une demi-lieue de la ville, s’est réduit à tirer la Charrue, étant attelé avec ses paroissiens à la place des chevaux. Cela n’est-il pas déplorable, monsieur, de voir un prêtre, et

410 HISTOIRE UNIVERSELLE Liv. LXXX VII. — De1cos

un curé, réduit en cet état? [l ne faut plus aller en Turquie pour voir les prêtres condamnés à labourer la terre, puisqu'ils s’y rédui. À sent eux-mêmes à nos portes, y étant contraints par la nécessité,

« Au reste, monsieur, Notre-Seigneur est si bon, qu’il semble avoir privilégié Saint-Mihiel de l'esprit de dévotion et de patience; car, parmi l'indigence extrême des biens temporels, ils sont si avides des

spirituels, qu’il se trouve au catéchisme jusqu’à de1x mille per. sonnes pour l'entendre ; c’est beaucoup pour une petite ville où la plupart des grandes maisons sont désertes. Les pauvres mêmes sont fort soigneux d'y assister et de se présenter aux sacrements ; tous gé. néralement font une estime nonpareille du missionnaire qui est ici, qui les instruit et les soulage ; et tel s’estime heureux de lui avor parlé une fois : aussi s’emploie-t-il avec grande charité et beaucoup de travail à ces frontières ; il s’est même laissé tellement accabler de confessions générales et du défaut de nourriture, qu’il en est tombé malade 1, »

Les pauvres de Bar-le-Duc, tant habitants que réfugiés, au nom. bre de huit cents ou environ, furent aussi toujours bien assistés pour le corps, et pour l’âme; ce qui soulagea beaucoup tout le pays, et particulièrement cette ville, où l'on voyait auparavant grand nombre de pauvres couchés sur le pavé, dans les carrefours, aux portes des églises et des bourgeois, raourant de faim, de froid, de maladie et de misère.

Des deux missionnaires qui assistaient les pauvres de Bar-le-Duc, |

l’un mourut dans le travail, l’autre fut grièvement malade. Le su. périeur des Jésuites, chez lesquels ils logeaient, en écrivit en ces termes à saint Vincent de Paul : « Vous avez appris la mort de monsieur de Montevit, que vous avez envoyé ici. Il a beaucoup souffat en sa maladie, qui a été longue, et je puis dire, sans mensonge, que je n'ai jamais vu une patience plus forte et plus résignée que ia sienne : nous ne lui avons jamais oui dire aucune parole qui fût une marque de la moindre impatience ; tous ses discours ressentaient une p'été qui n’était pas commune. Le médecin nous a dit fort souvent

qu'il n'avait jamais traité de malade plus obéissant et plus simple. 1 À

a communié fortsouvent dans sa maladie, outre les deux fois qu'ila communié en forme de viatique. Son délire de huit jours ne l'eme pêcha pas de recevoir en bon sens l’extrême-onction; il le quitta quand on lui donna ce sacrement, et le reprit incontinent après qu’on le lui eut donné. Enfin, il est mort comme je désire et comme je demande à Dieu de mourir. Les deux chapitres de Bar honorèrent

1 Abelly, 1. 2, c. 10, = Collet, 1, 4.

nir; il ne

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de la Lorra gent pour Le missic

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1 malade. Le sue en écrivit en ces s la mort de monbeaucoup souffert 1s mensonge, que s résignée que la parole qui fût une s ressentaient une a dit fort souvent

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» désire et comme le Bar honorèrent

11650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 411

Bon convoi, comme aussi les pères Augustins; mais ce qui honora kplus son enterrement, ce furent six à sept cents pauvres qui acwmpagnérent son corps, chacun un cierge à la main, et qui pleunient aussi fort que s’ils eussent été au convoi de leur père. Les puvres lui devaient bien cette reconnaissance : il avait pris cette mladie en guérissant leurs maux et en soulageant leur pauvreté ; létait toujours parmi eux, et ne respirait point d’autre air que leur punteur. Il entendait leurs confessions avec tant d’assiduité, et le matin et l’après-diner, que je n'ai jamais pu gagner sur lui qu’il prit ue seule fois le relâche d’une promenade. Nous l'avons fait enterrer uprès du confessionnal où il a pris sa maladie, et où il a fait le beau mueil des mérites dont il jouit maintenant dans le ciel. Deux jours ant qu'il mourût, son compagnon tomba malade d’une fièvre entinue, qui l’a teuu dans le danger de la mort l'espace de huit jours ; il se porte bien maintenant. Sa maladie a été l'effet d’un trop gand travail et d'une trop grande assiduité parmi les pauvres. La rlle de Noël, il fut vingt-quatre heures sans manger et sans dorair; il ne quitta le confessionnal que pour dire la messe. Vos mes— Aicurs sont souples et dociles en tout, hormis dans les avis qu’on ur donne de prendre un peu de repos. Ils croient que leurs corps Le sont pas de chair, ou que leur vie ne doit durer qu’un an. »

Ce qui augmentait les travaux et les dépenses des missionnaires à r-le-Duc, c’est que leurs confrères qui étaient à Nancy, à Toul et m d'autres lieux, leur adressaient fort souvent des troupes de paues pour les envoyer en France, à cause que cette ville est la porte ie la Lorraine, et ils leur fournissaient leur nourriture et quelque gent pour leur voyage.

Le missionnaire qui portait de l'argent de Paris en Lorraine repréfntait à Vincent, et Vincent aux dames de la Charité, que grand ombre de filles de condition et autres, qui n'avaient aucune induske, ni biens, ni parents qui pussent les aider à subsister, étaient

udement exposées à l’insolence des officiers des garnisons ; ce qui ll résoudre Vincent avec ces dames d’ordonner à ce missionnaire d'amener à Paris toutes les filles qui voudraient éviter le grand danfr où elles étaient. Le missionnaire l'ayant fait savoir dans les villes il allait, il s’en présenta un tres-grand nombre ; ayant choisi celles li étaient en plus grand péril, il en emmena, à diverses fois, cent Wixante, qu’il défraya pendant tout le chemin, sans compter un and nombre de petits garçons qui, étant arrivés à Paris, furent re- 18 à Saint-Lazare, et ensuite placés pour servir ; et les filles, me- BËS par ordre de Vincent chez la veuve Legras, qui les logea dans sa

Mison, où quantité de dames étant venues les voir, en donnèrent

cn

412 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXX VIT, — De 1g06

avis à toutes les familles de Paris, afin que celles où l'on aurait be. soin de filles de chambre ou de servantes s’adressassent à cette ver.

tueuse dame : par ce moyen, ces filles furent mises en d’honntty M

conditions et garanties des malheurs où elles étaient exposées par k nécessité.

Parmi les autres émigrants de Lorraine, hommes et femmes, qu s'en allaient en France gagner leur vie, la plupart s’en venaient par troupe à Paris, où ils étaient accueillis et assistés par Vincent, no. seulement corporellement, mais encore spirituellement; car, por les préparer à une bonne confession générale et À vivre chrétienne. ment, il les fit assembler au village de La Chapelle, à une demi-lieus de Paris, où il leur fit faire une mission en l’année 4 641, et en étmt venu d’autres troupes l’année suivante, on leur fit encore une sem blable mission; et les uns et les autres furent pourvus pour servir ou pour travailler de leurs métiers.

Entre ces gens qui furent ainsi mis à couvert, était le frère d'un chanoine de Verdun, qui lui manda qu’il avait quitté la résidence de son église, parce qu’elle ne lui apportait plus que du pain de dou leur; qu'il s'était mis à labourer la terre pour avoir de quoi vivre, mais qu’enfin le grand travail et le peu de nourriture l’avaient rendu si infirme, qu'il ne pouvait plus rien faire ni éviter la mort, sine recevait bientôt quelque assistance; et il conclut sa lettre en ces ter mes : « En vérité, je ne sais où trouver ce secours qu’auprès de Vous, mon frère, qui avez eu le bonheur d’être reçu et favorisé d'un de plus saints et des plus charitables personnages de notre siècle info tuné ; c’est donc par vous que j'espère ce bonheur de M. Vincent.» Son espérance ne fut pas vaine, car le charitable père des pauvre lui fit donner l'assistance nécessaire pour le tirer de cette extrème nécessité.

Parmi tou: ce peuple qui se réfugia à Paris, il se trouva un grand nombre de personnes nobles et d’autres de qualité considérable, même des familles entièrement ruinées, qui, n’étant pas accoutu mées à gagner leur vie, et encore moins à la demander, ne pouvaienl subsister aucunement. Vincent entreprit de les secourir, non di aumônes destinées pour la Lorraine, lesquelles il envoyait exact ment pour tant de milliers de pauvres qui y étaient restés, mais pi une autre invention que Dieu lui inspira, qui fut de réunir en & semblée de charité non plus seulement les dames, mais les messieurs et les nobles, dont le principal, comme nous avons vu, était le barot de Renty.

Un missionnaire ayant trouvé à Saint-Mihiel quatorze religieussis

bénédictines qui y étaient venues de Rambervillers pour s'y établi

! Collet,

(Liv. LXXX VII. — De 1605 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 413

es où l’on aurait li, n'y pouvaient subsister à cause de la disette extrême du pays, il essassent à cette va. M}s mena à Paris par l'avis de Vincent et des dames de la Charité, mises en d’honntts pour y être assistées ; et Dieu a permis qu'avec le temps elles ont aient exposées parus établies dans le faubourg Saint-Germain, où elles ont toujours, depuis ce temps-là, répandu la bonne odeur de leur sainte vie, et nmes et femmes, qu donné grande édification, non-seulement à ce faubourg, mais à toute art s’en venaient pr ville de Paris. Elles ont pris le nom de religieuses du Saint-Saés par Vincent, no-Mæment.

uellement; car, pou Les distributions de pain, de potage et de viande ayant cessé en t à vivre chrétienn-Lorraine l'an 1643, Vincent en rappela la plupart des missionnaires Île, à une demi-liere quil y avait envoyés, parce qu'il n’y restait plus que peu de manée 1641, et en étuMhdes, et que les pauvres gens ayant un peu de relâche du côté des "fit encore une semMyats, se mirent à travailler pour gagner leur vie. Les aumônes uFvus pour servir pourtant ne cessèrent pas pour cela, on les continua encore cinq ou sxans depuis, pour le soulagement des plus misérables, et Vincent ft en sorte qu’on les étendit dans presque toutes les villes de Lormine. Par ce moyen, on assista non-seulement un grand nombre de que du pain de do-puvres honteux, de bourgeois ruinés et de familles nobles qui, ne avoir de quoi viveSpouvant féire valoir leur bien » étaient dans un état déplorable, iture l’avaient rendiB mais on fit encore subsister toutes les communautés religieuses, tant viter la mort, s'il nftommes que de filles, auxquelles on distribua tous les ans des aut sa lettre en ces ta nines considérables, qui étaient réglées selon la nécessité des maisons. s qu’auprès de vous Le missionnaire chargé de transporter l'argent des aumônes en et favorisé d’un dsorraine en estima la somme totale à deux millions de son temps, de notre siècle info qui vaudrait cinq ou six millions de nos jours 1, eur de M. Vincent Outre cette somme si considérable, Vincent fit porter aux villes le père des pauvre ninées du pays environ quatorze mille aunes de draperies de plurer de cette extrémieurs sortes, en diverses fois, dont il faisait acheter la plus grande partie à Paris, pour revêtir tous les pauvres religieux et religieuses, Il se trouva un grand h pauvre noblesse, quantité d’autres personnes d’honnête condiqualité considérable tin et des familles entières qui n'avaient que des habits déchirés ; n'étant pas accouli-ÆSh reine même fut si touchée de compassion, qu’elle leur envoya nander, ne pouvait tutes ses tapisseries et lits de deuil, après la mort de Louis XIII ; >s secourir, non dSMh duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu, en fit de > il envoyait exaclt-Æ même.

ient restés, mais US Le missionnaire chargé de porter l’argent en Lorraine était frère fut de réunir en # M lithieu Renard, de Brienne, au diocèse de Troyes, et mort à Saints, mais les messieurs Lazare le cinq octobre 1669. IL fit plus de cent cinquante voyages, ons vu, était le bar en chacun desquels il était chargé de vingt-cinq ou trente mille lvres en or. Par une protection particulière de Dieu, jamais il ne fut

rt, était le frère d'un quitté la résidence de

quatorze religieusæs llers pour s'y biVRS 1 Collet, 1, 4, ac.

414 HISTOIRE UNIVERSELLE Liv. LXXX VIT. — De 1605 pur volé, quoiqu'il passât au travers des soldats qui couvraient tout le Hs la pays et de plusieurs voleurs qu'il rencontra souvent. Il arriva même triche, quelquefois que, s’étant mis avec des convois qui furent attaqués et d'érigin pris, il trouva toujours moyen de s'échapper. D autres fois, faisant l'art mi voyage avec quelques personnes particulières et s'étant ensuile lgat d’ séparé d'elles par un ordre secret de la Providence, les autres étaient tibit aussitôt volées, et lui ne faisait aucune mauvaise rencontre. Quel. démtiièr quefois aussi, passant par des bois remplis de voleurs ou de soldats son:lit d débandés, sitôt qu'il les entendait ou apercevait, il jetait dans quel. due fit que buisson ou dans la boue sa bourse, qu'il portait ordinairemen dust dans une besace déchirée, à la façon des gueux, et puis s’en allait this, droit à eux comme un homme qui ne les craignait pas; ils le A peir fouillaient quelquefois, et, ne lui trouvant rien, le laissaient aller M magne | sans l'ai faire de mal : lorsqu'ils s'étaient écartés, frère Mathieu re- même ju tournait sur ses pas pour reprendre sa bourse. Un soir, ayant r'en- Cette gu contré des voleurs, ils le menèrent dans un bois pour lui faire peur: Lite n'ayant rien trouvé sur lui de ce qu’ils cherchaient, ils lui deman- rente, dèrent s'il ne payerait pas bien cinquante pistoles de rançon ; à quoi hitun él frère Mathieu ayant répondu que, s’il avait cinquante vies, il ne wauter pourrait pas les racheter d’un gros de Lorraine, ils le laissèrent aller, db 10e Chargt un jour de trente-quatre mille livres, il se vit tout à coup iclinatio assailli par un homme bien monté, qui, le pistolet à la main, le il wait'et'd? marcher devant lui pour le fouiller à l'écart. Mathieu, qui l'observait Aiéses 4 de temps en temps, lui ayant vu tourner la tête, laissa tomber «a gaait, bourse. Cent pas plus loin, il se mit à faire au cavalier de grandes él c'était révérences, qui, fortement imprimées dans une terre de labour, suit px pussent lui servir à retrouver son trésor. Il le retrouva en el ni dé l'ind après avoir essuyé une visite rigoureuse sur le bord d’un précipite DE; à, pou Une autre fois, il découvrit des Croates en rase campagne : il n'ait ülénip 1 que le temps de décharger sa besace, de la couvrir de quelqu libre et ba herbes, laissant un petit bâton à trois ou quatre pas pour lui UE econdair de marque, et puis de passer au milieu des soldats :il revint sur là tôle, Sa fa place durant la nuit et retrouva son trésor à la pointe du jour. Le. b du qu'il fut de retour à Paris, la reine voulut le voir plusieurs fois. Elle date» d entendit avec un plaisir infini le récit des stratagèmes dont il CES Pa peu vait, et qu’il variait à propos, quand les premiers étaient usés. Pour bique, se lui, il fut bien persuadé et il répéta souvent qu’une protection Ù finit sa visible était un effet de la foi et des prières du saint homme qui l'a tessemer voyait 1, tomme so Par suite de la politique que nous avons vue, la France euth ! Cardinal

1 Abelly, 1, 2, c. 41, - Collet, 1. 4.

v. LXXX VII. — De160s

couvraient tout Je ent. Îl arriva même | furent attaqués ot autres fois, faisant

et s'étant ensuil 6, les autres étaient e rencontre, Quel.

leurs ou de soldats

il jetait dans quel rtait ordinairement , et puis s’en alhjt aignait pas; ils le le laissaient alle

, frère Mathieu re.

Un soir, ayant ren.

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ent, ils lui demande rançon ; à quoi iquante vies, il ne s le laissèrent aller, se vit tout à coup let à la main, le fi lieu, qui l'observai e, laissa tomber a cavalier de grandes e terre de labour, retrouva en ef, rd d’un précipice, campagne : il n'eut ouvrir de quelque pas pour lui seriir ats : il revint sur inte du jour. Lorplusieurs fois. Ell mes dont il se ser ; étaient usés, Pour u’une protection i nt homme qui l'et-

e, la France euth

à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 415

guerre avec l'Espagne et avec l'Allemagne catholique, jusqu'en 1648, sous la minorité de Louis XIV, la régence de sa mère, Anne d’Autriche, et le ministère du cardinal Jules Mazarin : celui-ci, Sicilien d'origine , né à Rome, versé dans la connaissance du droit, dans l'art militaire, dans la diplomatie, puis devenu ecclésiastique, vicelégat d'Avignon, nonce extraordinaire en France, où il gagna l'estime et la confiance de Richelieu et de Louis XIII, qui le firent nommer cardinal, et dont le premier le recommanda au second sur son lit de mort. Dans cette guerre de 1643 à 1648 se distinguèrent deux fameux capitaines, le duc d’Enghien, ensuite prince de Condé, et le vicomte de Turenne : les vieilles bandes espagnoles furent détruites.

À peine la France eut-elle, en 1648, terminé la guerre avec l'Allemagne par le traité de Westphalie, qu’elle eut la guerre avec ellemême jusqu’en 1660, par-dessus la guerre continuée avec l'Espagne. (ette guerre civile est ce qu’on appelle la Fronde, lutte entre le parlement de Paris et les princes d’une part; le ministre Mazarin, la *gente, le roi, de l’autre. Un des chefs, sinon le chef de la Fronde, fit un élève de saint Vincent de Paul, Jean-François-Paul de Gondi, cadjuteur, puis archevêque de Paris, et cardinal de Retz, entré dans le clergé par la destination de son père et non par sa propre iclination. Doué d’une capacité pour les affaires, d’un talent d'écrivan et d’orateur, d’un courage et d’une force de caractère, d’une finesse d'esprit et d'une souplesse qu'aucun homme en France n’égilit, il avait toutes les qualités du plus redoutable chef de parti, c'était en même temps toute son ambition de le devenir, Il ne voulait pour la France ni du despotisme qu'avait fondé Richelieu, ii de l'indépendance provinciale que voulaient recouvrer les grands, nidu pouvoir populaire qui renversait toute autorité ; il voulait les contenir les uns par les autres, et donner à sa patrie une constitution libre et balancée 1, Mais ce n’était cependant là pour lui qu'un but tcondaire : ce qu'il voulait, avant tout, c'était intriguer et jouer un tôle. Sa famille, arrivée en France avec Catherine de Médicis, possédait le duché de Retz et l’archevéché de Paris presque à titre héréditaire : c'est ce qui le fit entrer dans le clergé, avec des mœurs isez peu cléricales. Cependant il sauva toujours la décence publique, se disiingua par son talent pour la chaire, par ses aumônes, € finit sa vie par être un modèle de régularité, de piété, de désinéressement et de bienfaisance. Dans les troubles de la Fronde, tomme son caractère d'évêque ne lui permettait pas de se mettre

1 Cardinal de Retz, p. 266.

116 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVII.—De1@0s M ; 1650 de

trop en avant, ik eut pour bras droit le duc de Beaufort, petit-fils à Louis XI adultérin de Henri IV, proclamé roi de ja halle à cause de ses fa. D; renve çons populacières. En 1649, la régente sort de Paris avec le jeune À comwe roi : le prince de Condé tient pour eux ; mais son frère, le prince A 538, Ti de Conti, est nommé généralissime des troupes du parlement, avee D cromwe d'autres princes sous ses ordres : Turenne lui-même passe dans D 659, pa ce parti et y veut entraîner son armée, qui l'abandonne. Après épouse 1 une espèce d’accommodement, les princes de Condé, Conti et BW x Cond Longueville sont arrêtés et emprisonnés à Vincennes; leurs femmes @ Ces g poussent la noblesse à la #rerre civile : cn se bat en Guyenne : nou. MA atrême vel accommodement et : :.: . 4650. Mazarin quitte la cour et Ja M ps fronti France, après avoir mis let ; ‘iniers en liberté : le prince de Condé x royal à la tête de la noblesse, contre ‘e parlement, le duc d'Orléans et le RS pour avi coadjuteur. Majorité de Louis XIV, 1651. Condé et d’autres princes, D weasion déterminés par les femmes, commencent la guerre contre le roi, MR ds sold Condé songe à réveiller le parti protestant ; il offre à Cromwell d’em- M jeux où brasser la réforme, dans l'espoir d’obtenir le secours des Anglais. Cromwell dédaigne son apostasie : il savait par le témoignage unanime des protestants de France, qu'ils étaient très-satisfaits du gouvernement; que les édits en leur faveur étaient scrupuleusement observés, tandis qu’ils n’avaient aucune confiance dans Condé, dont l'impiété et l’immoralité les révoltent ?. Turenne pour le roi; Condé, ligué avec l'Espagne, déclaré par le roi criminel de lèse-majesté; Mazarin rentre en France avec une armée; Turenne sauve le roi, que Condé était sur le point d'enlever; Condé attaque et prend Saint- & Denis ; bataille du faubourg Saint-Antoine, entre Condé et Turenne; Mademoiselle, fille du duc d'Orléans, oncle du roi, fait tirer le

ire en si aient ler pour les | aient eu ks charit dérant le kurs du des chan mères éta vu sur le

quels la ti

canon de la Bastille sur les troupes royales; siége et prise de l'Hôtel Après de ville par le parti des princes; le coadjuteur, devenu cardinal de gent, € Retz, invite le roi à rentrer dans la capitale, Mazarin étant retourné tailles d à Sedan ; rentrée du roi, le vingt-un octobre 1652; tout pouvoir pol: de Paul, tique interdit au parlement; dissolution finale de la Fronde; Condé BR premit déclaré criminel de lèse-majesté ; le cardinal de Retz conduit à Vin- Bit désolé cennes. nissionna Mazarin retourne à Paris le 3 février 1653. Condé, demeuré ché Svonme d dela révolte, n’est plus qu’un émigré au service de l'Espagne, est BSuuchés le condamné à mort en 1654, par le parlement de Paris; guerres de Mourants, Flandre, Champagne et Picardie, entre Turenne et Condé, qui aspiral aux villes à mettre la couronne de Louis XIV sur sa propre tête ?. Louis XI fande qu entre au parlement avec ses bottes de chasse et un fouet à la main. Quiritét, |

4 Sismondi, Hist. des Français, t. 24, p. 406, — 2 Lemontey, ! Mémoire.

v. LXXX VIT, — De 1605

Beaufort, petit-fils à cause de ses fa.

Paris avec le jeune on frère, le prince du parlement, avec même passe dans abandonne. Après > Condé, Conti et

nes; leurs femmes à

en Guyenne : nouquitte la cour et la

le prince de Condé À

duc d'Orléans et le

et d’autres princes, À

erre contre le roi, e à Cromwell d’emcours des Anglais.

le témoignage unas-satisfaits du gouit scrupuleusement e dans Condé, dont pour le roi; Condé, el de lèse-majesté ne sauve le roi, que

que et prend Saint- à

Condé et Turenne; u roi, fait tirer le e et prise de l'Hôtel devenu cardinal de zarin étant retourné ? ; tout pouvoir polie la Fronde; Condé Retz conduit à Vin-

ondé, demeuré chef ce de l’Espagne, est e Paris; guerres de t Condé, quiaspirai re tête 2, Louis XIV un fouet à la main.

1onte Ye

11650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 417

Louis XIV et Mazarin font alliance avec Cromwell contre l'Espagne,

« renvoient Charles IL avec ses frères, 1655. Louis XIV envoie à

üomwell, 1657, une magnifique épée enrichie de diamants. En

18, Turenne prend la ville de Dunkerque; Louis XIV la remet à tomwell, qui meurt la même année, et Louis XIV en porte led. 1. 1659, paix des Pyrénées entre la France et l'Espagne; Louis XIV ipouse la princesse de Castille, Marie-Thérèse d'Autriche ; le prince de Condé rentre en grâce ; le cardinal Mazarin meurt en 14661.

Ces guerres de la Fronde et des princes causèrent une misère atrème parmi les soldats et parmi le peuple, particulièrement sur ls frontières de la Champagne et de la Picardie. En 1653, comme ls royalistes assiégeaient Sainte-Menehould, Louis XIV s’y rendit pur avoir l’honneur de prendre la ville. Voici ce que dit à cette wcasion son valet de chambre, témoin oculaire : « Outre la misère es soldats, celle du peuple était épouvantable ; et dans tous les leux où la cour passait, les pauvres paysans s’y jetaient, pensant \ een sûreté, parce que l’armée désolait la campagne. Î!s y amemient leurs bestiaux, qui mouraient de faim aussitôt, n’osant sortir pour les mener paitre. Quand leurs bestiaux étaient morts, ils moumient eux-mêmes incontinent après ; car ils n'avaient plus rien que ks charités de la cour, qui étaient fort médiocres, chacun se considérant le premier. Ils n'avaient de couvert contre les grandes chakurs du jour et les fraîcheurs de la nuit que le dessous des auvents, ds charrettes et des chariots qui étaient dans les rues. Quand les nères étaient mortes, les enfants mouraient bientôt après; et j'ai "sur le pont de Melun trois enfants sur leur mère morte, l’un desquels la tétait encore 1. »

Après les armées du roi et des princes, qui pillaient et sacca-

aient, en venait une autre, peu nombreuse, mais qui avait des en-

alles de miséricorde : c’étaient les missionnaires de saint Vincent de Paul, c'étaient les sœurs et les dames de la Charité. En 1650, sur k première nouvelle que les environs de la ville de Guise avaient ü désolés par les ennemis, Vincent fit partir aussitôt deux de ses isionnaires avec un cheval chargé de vivres, et une certaine “me d'argent. ils trouvent un si grand nombre de malheureux, touchés le long des haies et sur les grands chemins, languissants et Mourants, que leurs provisions sont bien vite épuisées. Ils courent ax villes pour en acheter d'autres : la désolation n’y est pas moins fande qu’à la campagne. Ils s’empressent d'en informer leur père. Aussitôt, par ses soins, les prédicateurs de la capitale exhortent les

lMémoires de La Porte.

Xxv. 27

418 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVII. —De1ços

fidèles à secourir les habitants infortunés de la Champagne et dela Picardie; un écrit répandu dans le, public expose leur misère : de nouveaux missionnaires partent sans cesse avec de nouveaux se. cours. Ils écrivent entre autres de Saint-Quentin :

« Quel moyen de subvenir à sept ou huit mille pauvres qui périssent de faim, à douze cents réfugiés, à trois cent cinquante malades qui ne se peuvent nourrir qu'avec des potages et de la viande; à trois cents familles honteuses tant de la ville que des champs, quil faut assister secrètement, pour tirer plusieurs filles du dernier naufrage, et éviter ce qui pensa arriver l’autre jour à un jeune homme, lequel, pressé de la nécessité, se voulut tuer avec un couteau, et aurait commis ce crime si l’on n’eût couru pour l'empêcher ; à cinquante prêtres qu'il faut nourrir préférablement à tous autres? L'on en trouva un de la ville, l’autre jour, mort dans son lit, et l'on a dé. couvert que c'était pour n'avoir osé demander sa vie. — La ouf. france des pauvres ne se peut exprimer. Si la cruauté des soldah leur a fait chercher les bois, la faim les en a fait sortir ; ils se sont réfugiés ici. Il y est venu près de quatre cents malades, et la vil, qui ne pouvait les assister, en a fait sortir la moitié, qui sont morts peu à peu, étendus sur les grands chemins; et ceux qui nous sont

demeurés sont en telle nudité, qu'ils n’osent se lever de dessus leur k

paille pourrie. pour nous venir trouver. — La famine est telle, que nous voyons les hommes mangeant la terre, broutant l’Lerbe, arrachant l'écorce des arbres, déchirant les méchants haïllons dont ik sont couverts, pour les avaler; mais ce que nous n'oserions dire, si nous ne l'avions vu, et qui fait horreur, ils se mangent les brastt lesmains, et meurent dans ce désespoir {, »

Tel était, et tel fut pendant près de dix ans, jusqu’à la paix de Pyrénées, l’état de deux grandes provinces et des quatre ou cinq diocèses qui y sont renfermés. Les endroits qui éprouvèrent le plus la charité de Vincent de Paul et des dames de son assemblé, sont les villes de Guise, de Laon, de Noyon, de Chauni, de la Fèr, de Riblemont, de Ham, Marles, Vervins, Rosai, Plomyon, Orsu, Aubenton, Montcornet, et autres de la Tiérache ; celles d'Arras, d'Amiens, de Péronne, de Saint-Quentin, du Catelet, et quelque cent trente villages des environs. Il y faut joindre Basoches, Brenne, Fisme, et près de trente villages de la même vallée. Pour ce qui &l de la Champagne, on y secourut particulièrement Reims, Réthel Château-Porcien, Neuchatel, Lude, Somme-Py, Saint-Étienne Vaudy, Saint-Souplet, Rocroy, Mézières, Charleville, Donchery, 54

1 Abeily, 1. 2, c. 32, = Collet, L. 5,

41650 de

dan, Va aux envi Le li Paul: « envoyée:

qu'il vo personne mité, et sances qf passée, c vres réfu aumônes dela car qui leur € nereste | paille po quoi subs écus de été deux ke tiens el core le pè pauvres r s'en acqui Outre 1:

l misère

mée franç

Dis quelq

v. LXXXVIL. — De160s

‘hampagne et de la se leur misère : de c de nouveaux £e.

pauvres qui périscinquante malades et de la viande; à des champs, qu'il les du dernier nau- \ un jeune homme, un couteau, et aul'empêcher ; à cin.

\ tous autres? L'on on lit, et l'on a dé.

sa vie. — La soufruauté des soldats t sortir ; ils se sont alades, et la ville, itié, qui sont morts ceux qui nous sont

ever de dessus leur à

amine est telle, que utant l’Lerbe, arrats haïllons dont ils n'oserions dire, si

Chauni, de la Fèr, , Plomyon, Orsr, he; celles d'Arras, Catelet, et quelqu > Basoches, Brent, lée. Pour ce qui a ent Reims, Rétuel -Py, Saint-Étienne ville, Donchery, 4

À Paul: « Les charités qui sont, par la

41650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 419

dan, Vaucoulertrs et un grand nombre de bourgs et villages qui sont aux environs d ; ces lieux et qui tous étaient dans la dernière misère.

Le lieutenant général de Saint-Quentin écrivait à, Vincent de grâce de Dieu et par vos soins, avoyées en cette province, et si justement distribuées par ceux quil vous a plu y commettre, ont donné la vie à des millions de personnes réduites par le malheur des guerres à la dernière extré. nité, et je suis obligé de vous témoigner les très-humbles reconnaissances que {ous ces peuples en ont, Nous avons vu, la semaine passée, durant le passage des troupes, jusqu’à quatorze cents paues réfugiés en cette ville, qui ont été nourris chaque jour de vos aumônes ; et il y en a encore dans la ville plus de mille, outre ceux dela campagne, qui ne peuvent avoir d’autre nourriture que celle qui leur est donnée par votre charité. La misère est si grande, qu'il mereste plus d'habitants dans les villages qui aient seulement de la paille pour se coucher, et les plus qualifiés du pays n'ont pas de quoi subsister ; il y en a même qui possèdent pour plus de vingt mille êcus de bien, et qui, à présent, n'ont pas un morceau de pain, et ont îlé deux jours sans manger. C’est ce qui m'oblige, dans le rang que

tiens et la connaissance que j'en ai, de vous supplier d’être en-

core le père de cette patrie, pour conserver la vie à tant et tant de pauvres moribonds et languissants que vos prêtres assistent, et qui ‘en acquittent très-dignement. »

Outre la Lorraine, la Champagne et la Picardie, la guerre amena h misère aux environs de Paris et dans Paris même. La miséricorde de Vincent de Paul sut encore suflire à cette nouvelle misère. Ses Îlles et ses dames de la Charité allaient partout, comme des anges onsolateurs, réparer les maux de la discorde civile. Plus d’une fois, à la suite d’une bataille, les champs restaient jonchés de cadavres,

quinfectaient l'air et servaient de pâture aux bêtes féroces. Vincent envoyait des missionnaires avec de l'argent, pour leur faire k sépulture. Plusieurs régiments d'Irlandais catholi de France, peuples de la Champagne et de la

enore venir à leur secours et corporellement et Spirituellement, & leur envoyant des missionnaires qui les prêchaient en leur langue,

donner

ques, au service se trouvèrent dans le même dénûment que les pauvres

Picardie : Vincent de Paul sut

Déjà précédemment, en 1636, à la demande de Louis XIIE, Vin-

tt de Paul avait envoyé de ses prêtres faire des missions dans l’armée française, Les Espagnols ayant fait irruption en Picardie et Ds quelques villes,

Dé de vingt mille hommes, ja plupart laquais ou apprentis. La Anaison de Saint-L

Paris eut peur d’être assiégé. On y leva une

azare servit de place d'armes, où l’on forma aux

420 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVIL. — De 1605

exercices militaires les soldats nouvellement enrôlés. Le hallier, les salles, les cours, l'ancien cloitre des religieux, tout était plein de gens de guerre. Ce saint jour de l’Assomption, dit Vincent dans une de ses lettres, n'est pas exempt de ces embarras tumultueux. Le * tambou ommence d'y battre, quoiqu'il ne soit encore que sept heures du matin ; de sorte que depuis huit jours il s'est dressé céans soixante-douze compagnies. Or, quoique les choses soient en cet état, toute notre compagnie ne laisse pas de faire sa retraite, trois ou quatre exceptés, qui sont sur le point de partir et de s'en aller au Join. Le roi demanda vingt prêtres pour faire la mission dans ses troupes ; Vincent n'en put envoyer que quinze, auxquels il donna ce règlement :

« Les prêtres de la mission qui sont à l'armée se rappelleront que Notre-Seigneur les a appelés à ce saint emploi 4° pour offrir leurs prières et sacrifices à Dieu pour l'heureux succès des bons desseins du roi et pour la conservation de son armée ; 2 pour aider les gens de guerre qui sont dans le péché à s’en retirer, et ceux qui sont en état de grâce à s'y conserver ; et enfin pour faire leur possible que ceux qui mourront sortent de ce monde en état de salut. — Ils auront pour cet effet une particulière dévotion au nom que Dieu prend dans l'Écriture, de Dieu des armées, et au sentiment qu'avait Notre-Seigneur quand il disait : Je ne suis pas venu pour envoyer la paix, mais le glaive, et pour nous donner la paix, qui est la fin dela guerre.

«Ils considéreront que, bien qu'ils ne puissent ôter tous les péchés de l'armée, Dieu leur fera peut-être la grâce d'en diminuer le nombre : c'est comme si l’on disait que Notre-Seigneur, qui devai encore être crucifié cent fois, ne le sera peut-être que quatre-vingt: dix, et que, sur mille âmes qui seraient perdues par leurs mauvaises dispositions, on en sauvera quelques-unes par la miséricorde de Dieu. » Le reste du règlement prescrit les moyens de parvenir à &

but. Dieu y répandit sa bénédiction : peu après, quatre mille soldai

avaient fait leur devoir au tribunal de la pénitence, avec grande el-’

fusion de larmes 1. Vincent de Paul rendit un service semblable à l'ordre de Malte et au commandeur de Sillery, homme de grande vertu, en leur aidant à ranimer le zèle des prêtres et des curés qu dépendaient de l'ordre.

Dans le même temps, Vincent de Faul continuait à diriger les +8

ligieuses de la Visitation à Paris et à Saint-Denis. François de Sas le connut dès 4619 : une tendre charité unit l’un à l’autre. Vincer!

1 Abelly, L 2, c. G.

41650 de l’

avoua qu françois conversai que Vinc qu'il n prudence duire les Jeanne-F général d de Paris quarante Ce qui 1619 le s cardinal de Piém put reste André-de fut si gra trouver p après l’a lières por prêcher « qu'il dev qu'il lui EXCUSES } pasteur e sion ? Mai avec un t mon styl cours. C1 cher l’élc chaire. V vous que viennent :

mes du tant def même qu pèce de :

saint évêc Le ma été concl äümônier

XXXVIL, — De 1605

, Le hallier, les ut était plein de incent dans une tumultueux. Le encore que sept ‘est dressé céans es soient en cet retraite, trois ou de s'en aller au mission dans ses quels il donna ce

rappelleront que pour offrir leurs des bons desseins Jur aider les gens ceux qui sont en leur possible que > salut. — Ils au- 1 nom que Dieu entiment qu'avait u pour envoyer la qui est la fin dela

, Ôter tous les pi- » d'en diminuer le igneur, qui devait que quatre-vingt ar leurs mauvaists la miséricorde de s de parvenir à & quatre mille soldat e, avec grande ét ervice semblable à homme de grande > et des curés qu

ait à diriger les ts

. François de Sal 1 à l'autre. Vince

sx

41650 de l'ère chr.,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 421

avoua que la douceur, la majesté, la modestie et tout l'extérieur de françois de Sales lui retraçaient une vive image du Fils de Dieu conversant parmi les hommes. François de Sales publiait à son tour que Vincent était un des plus saints prêtres qu'il eût jamais connus, etqu'il n’en savait aucun dans Paris qui eût plus “e religion, plus de prudence, plus de ces talents rares qui sont nécessaires pour conduire les âmes à une haute et solide piété. De concert avec sainte Jeanne-Françoise de Chantal, il le choisit pour premier supérieur général des Visitandines de la capitale : il fallut un ordre de l'évêque de Paris pour lui faire accepter cette charge, qu’il remplit pendant quarante ans.

Ce qui donna occasion aux deux saints de se connaître, c’est qu’en 1619 le saint évêque de Genève fut chargé d'accompagner à Paris le œardinal de Savoie, qui allait demander en mariage, pour le prince de Piémont, Christine de France, sœur de Louis XIII. Son zèle ne pit rester oisif dans cette grande ville : il prêcha le carême à Saint- André-des-Arcs. Tout le monde courut à ses sermons, et la foule y fut si grande, que les personnes les plus qualifiées avaient peine à y trouver place. Les hérétiques et les libertins rentraient en eux-mêmes après l'avoir entendu, et lui demandaient des conférences particulières pour achever d’éclaircir leurs doutes. Souvent il lui arriva de précher deux fois par jour. Un de ses amis lui ayant représenté qu'il devait ménager un peu plus sa santé, il répondit, en souriant, qu'il lui en coûtait moins de donner un sermon que de trouver des excuses pour s'en dispenser. «D'ailleurs, ajoutait-il, j'ai été établi pasteur et prédicateur : ne faut-il pas que chacun exerce sa profession? Mais je suis surpris que les Parisiens courent à mes sermons avec un tel empressement, d'autant plus qu’il n'y a ni noblesse dans mon style, ni élévation dans mes pensées, ni beauté dans mes discours. Croyez-vous donc, lui repartit son ami, qu'ils aillent chercher l’éloquence dans vos discours? Il leur suffit de vous voir en chaire. Votre cœur parle par votre visage et par vos yeux, ne fissiezvous que dire Votre Père. Les expressions les plus communes deviennent toutes de feu dans votre bouche, et vont allumer les flammes du divin amour; et voilà pourquoi chacune de vos paroles a tnt de poids et pénètre jusqu’au cœur. Vous avez déjà tont dit, même quand vous croyez n'avoir rien dit encore ; vous avez une espèce de rhétorique à part, dont les effets sont merveilleux. » — Le &int évêque se mit à sourire et changea de conversation.

Le mariage du prince de Piémont avec Christine de France ayant été conclu, la princesse choisit l'évêque de Genève pour son premier tümônier, Son dessein était de l’attacher spécialement à sa per-

422 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVIL. — De 160$

sonne, et de lui confier la direction da sa conscience; mais le saint refusa cette charge, alléguant pour raison qu’elle lui paraissait in. compatible avec la résidence dont il ne se croyait pas dispensé, quoi. qu'il eût un coadjuteur depuis l’année 1618, son frère Jean-François de Sales, évêque de Chalcédoine ; et, s’il se rendit à la fin aux instances réitérées de la princesse, ce ne fut qu'à deux conditions : l'une, qu'il résiderait dans son diocèse ; l’autre, que, quand il n'exercerait point sa charge, il ne recevrait point le revenu qui y était attaché, Christine, comme pour lui donner l'investiture de sa nouvelle dignité, lui fit présent d’un très-beau diamant qu'elle lui recommanda de garder pour l'amour d'elle. Madame, dit le saint, je vous le promets, tant que les pauvres n'en auront pas besoin. En ce cas-là, répondit la princesse, contentez-vous de l’engager, et je le dégagerai, Madame, répliqua l'évêque de Genève, je craindrais que cela n'arrivât trop souvent, et que je n’abusasse de votre bonté. La princesse l'ayant vu depuis à Turin sans le diamant, il lui fut aisé de deviner ce qu'il était devenu. Elle lui en donna un autre d'un plus grand prix encore, mais en lui recommandant bien de n’en pas faire comme du premier, Madame, dit le saint prélat, je ne vous en réponds pas; je suis peu propre à garder les choses précieuses. Comme la princesse parlait un jour de ee diamant, un gentilhomme lui dit qu'il était toujours engagé pour les pauvres, et qu'il était moins à l’évêque de Genève qu'à tous les gueux d'Annecy. Effectivement, notre sant avait une si grande tendresse pour les pauvres, qu'il ne pouvait rien leur refuser; il leur donnait jusqu’à des pièces d’argenterie de sa chapelle, et jusqu’à ses propres habits.

Cependant sa santé dépérissait tous les jours. Il vit bien lui-même que sa mort n’était pas éloignée : aussi ne manqua-t-il pas d'avertir ses amis qu'ils ne le reverraient plus, lorsqu'il partit pour Avignon en 4622. Le duc de Savoie lui avait mandé de le joindre dans cette ville, où il devait aller saluer Louis XIIE, qui venait de soumettre :es huguenots du Languedoc. Il s'interdit, par esprit de mortification, la vue de la pompe avec laquelle le roi fit son entrée dans Avignon, et passa en prières tout le temps que dura la cérémonie. Ayant été obligé de suivre la cour à Lyon, l’intendant de la province et plusieurs autres personnes de marque se disputèrent l'honneur de le loger; mais il trouva moyen de les refuser honnêtement, et logea

dans la chambre du jardinier de la Visitation, afin d'imiter, autant À

qu’il était en lui, la pauvreté de Jésus-Christ. Cet éloignement des distinctions, lequel avait l'humilité pour base, augmenta encore la

he te idée que l'on avait de son éminente sainteté. Le roi et la reine- £

mure lui donnèrent plusieurs fois des preuves publiques de leur es-

41650 de | lime, ainsi

Quoique hissa poir h veille et «s forces lt le metl apoplexie.

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