‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 83 sur 121 · LACS ES · texte numérisé non relu

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428 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv LXXX VII, — De 1605

Vincent de Paul était avec les rois comme avec les bonnes re. gieuses. Lorsque Louis XIIT l’eut fait venir pour l’assister en sa der. nière maladie, Vincent lui dit en l’abordant ces paroles de l’Ecclé. siastique ! : Sire, fimenti Dominum benè erit in extremis (celui qui craint Dieu s’en trouvera bien dans les derniers moments). A quoi le roi répondit en achevant le verset : Et in die defunctionis suæ benedicetur (et il sera béni au jour de sa mort). Un autre jour, commek saint homme l’entretenait du bon usage des grâces de Dieu, le roi lui dit : O monsieur Vincent, si je retourneis en santé, les évêques seraient trois ans chez vous ; voulant dire : Je ne nommerais per. sonne à l’épiscopat qui n’ait passé trois ans avec vous. Les trois der niers jours, Vincent demeura presque toujours en sa présence, pour l'aider à mourir en Chrétien. Le médecin ayant déclaré qu’il n'avait plus que très-peu de temps à vivre, il joignit les mains, tourna les yeux vers le ciel, et dit : Hé bien ! mon Dieu, j'y consens, et de bon cœur. Quelques minutes après, il expira entre les bras de notre saint, C'était le quatorze mai 1643, jour auqueltrente-trois ans auparavantil était monté sur le trône.

Anne d'Autriche, veuve de Louis XIII, mère de Louis XIV et régente du royaume, établit un conseil de conscience pour ne disposer que d’après ses avis des bénéfices ecclésiastiques à la nomination du

roi. Ce conseil était composé de quatre personnes : le cardinal M

zarin, le chancelier Séguier, Charton, grand pénitencier de Paris, el Vincent de Paul ; ce dernier en fut établi le chef. Vincent fit ce qu put pour éviter cette charge, mais ne put y réussir. Le prince de Condé ayant voulu le faire asseoir auprès de lui : Votre altesse, lu dit-il, me fait trop d'honneur de vouloir bien me souffrir en sa pré sence ; ignore-t-elle donc que je suis le fils d’un pauvre villageois! Le prince répliqua : Moribus et vità nobilitatur homo (les mœurs ti la bonne vie sont la vraie noblesse de l’homme). Il ajouta que cent tait pas d'aujourd'hui que l’on connaissait son mérite. Cependail pour en juger mieux, il fit tomber la conversation sur quelque point de controverse. Vincent en par!a avec tant de netteté et de précision que le prince s'écria : Eh quoi! monsieur Vincent, vous dites, vois prêchez partout que vous êtes un ignorant, et cependant vous r'ésol vez en deux mots une des plus grandes difficultés qui nous soit proposées par les religionnaires ! Il lui demanda ensuite l’éclaireis sement de quelques “outes qui regardaient le droit canonique; 4 ayant été aussi conten, ue lui sur cette matière qu'il l'avait été su l’autre, il passa dans l'appartement de la reine, et la félicita du chok

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2 11650 de l’ère chr.]

quelle avait fait d’un homme si capable de l’aider en ce qui regardit les biens et les matières ecclésiastiques. | Entré dans le conseil, Vincent y proposa et fit adopter une série drésolutions pour servir de règle dans les nominations royales aux &échés et aux abbayes, en écarter les sujets indignes ou incapables, continuer la réforme des monastères commencée par le cardinal dla Rochefoucauld, commis à cet effet par Grégoire XV pour toute h France. Ces résolutions eussent pu régénérer la France entière ; mais le cardinal Mazarin se permit plus d’une fois d'y manquer, Aussi Fénelon écrivit-il plus tard à Clément XI : Si les autres con-

[xilers de la reine avaient été mieux d'accord avec Vincent, on eût

karté bien loin de l’épiscopat certains hommes qui ont depuis excité &grands troubles 1. Malgré cela, Fléchier, évêque de Nimes, écririt dans le même temps : C’est à Vincent de Paul que le clergé de Frnce doit sa splendeur et sa gloire 2. Ne pouvant tout faire, Vinœnt faisait ce qu'il pouvait, et le faisait avec une prudence et un œurage dont on n’a guère l'idée. Un jour, sans prendre l'avis du

Loonseil, Mazarin, ayant nommé à un évéché le fils d’un seigneur,

éwivit au saint homme d’aller donner au nouvel évêque les instruclons convenables. Vincent alla trouver le seigneur, lui représenta que son fils n'ayant pas les qualités nécessaires pour bien gouvermer un diocèse, sa nomination pourrait avoir des suites funestes. Le wigneur, qui avait de la piété, eut de rudes combats à soutenir avec hi-même. Il s’excusa finalement sur les besoins de sa famille et sur @que son fils aurait des ecclésiastiques capables de gouverner à sa pace, A peine le fils eut-il été sacré évêque, que Dieu le retira de œ monde 3,

Ilest impossible de dire ni même de savoir tous les services que Yincent rendit à l’épiscopat et aux monastères dans la position où la Providence l'avait placé. Ses conseils n’étaient pas les moindres de ses services.

Louis Abelly, celui-là même qui à écrit la vie du saint, le consilta un jour de la part de l'évêque de Bayonne, dont il était oflidal, sur la conduite à tenir envers certains religieux peu édifiants. Dans sa réponse, pleine d'humilité, Vincent est d'avis : Qu'en géné- Nil faudrait traiter avec les religieux déréglés comme Jésus-Christ afraité avec les pécheurs de son temps ; qu'un évêque et un prêtre, obligés comme tels d'être plus parfaits qu'un religieux considéré Pirement comme religieux, doivent pendant un temps considérable

: HAE du 20 avril 1706. — ? Lettre du 13 octobre 1705, — 3 Abelly, L. 2, c. 20. ullet, 1, 4,

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n’agir que par la voie du bon exemple, et se souvenir que le Fils de Dieu n'en suivit pas d'autre pendant trente ans; qu'il faut après ceh parler d'abord avec charité et douceur, ensuite avec force et fermeté, sans cependant user encore ni d'interdit, ni de suspense, ni d’er. communication, censures terribles que le Sauveur du monde n'em. ploya jamais. | « Je crois bien, monsieur, continue le saint homme, que ce que

je vous dis vous surprendra un peu ; mais que voulez-vous ? ce sen. B

timent est en moi l'effet de celui que j'ai touchant les vérités que Notre-Seigneur nous a enseignées de parole et d'exemple. J'ai tou. jours remarqué que ce qui se fait selon cette règle réussit parfaite. ment bien. C’est en la suivant que le bienheureux évêque de Genève, et à son exemple feu monsieur de Comminges, se sont sanctifiés el ont été la cause de la sanctification de tant de milliers d'âmes. Vous me direz, sans doute, qu’on méprisera un prélat qui agira de la sorte. Cela sera vrai pour un temps, et cela est même nécessaire, afin que nous honorions la vie du Fils de Dieu en tous ses états par nos per. sonnes, comme nous l’honorons par la condition de notre ministère, Mais il est vrai aussi qu'après avoir souffert quelque temps, et au. tant qu'il plaît à Notre-Seigneur, et avec Notre-Seigneur, il nous fit plus faire de bien en trois ans que nous ne ferions en trente, Certes, monsieur, je ne pense pas qu'on puisse réussir: autrement. On fen de beaux règlements, on usera de censures, on retranchera tous les pouvoirs; mais corrigera-t-on? Il n’y a guère d'apparence. Ce moyens n’étendront ni ne conserveront l'empire de Jésus-Christ dans les cœurs. Dieu a autrefois armé le ciel et la terre contre l’homme; est-ce par là qu'il l'a converti? Hé! n’a-t-il pas fallu enfin qu'ils soit abaissé et humilié devant lui, pour lui faire agréer son joug & sa conduite ? Ce qu'un Dieu n’a pas fait avec sa toute-puissance, comment un prélat le fera-t-il avec la sienne. Selon ces principes, je crois que monseigneur de Bayonne a raison de ne pas fulminer l'a communication contre ces religieux propriétaires, ni même d’empêcher sitôt ceux qu'il a examinés et approuvés une fois de prêcher les avents et les carêmes dans les paroisses de la campagne, où iln}

a point de station désignée... Que si quelqu'un abuse du ministère!

votre sage conduite y saura bien remédier 1, »

Tant de soins et de travaux firent enfin succomber Vincent de Paul en 4644. Il tomba malade à la mort : son ami intime, le père Saint Jure, Jésuite célèbre par ses ouvrages de piété, étant venu le voir, k trouva dans un violent délire. Toutefois, Vincent répondit à ses ex:

1 Collet, 1. 4,

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hortations par ces paroles de l'Écriture : Jn Spiritu humilitatis, et in mimo contrito suscipiamur à te, Domine. Daignez, Ô Seigneur, me mettre et me recevoir dans les sentiments d'une vraie humilité et d'un œur contrit. Les enfants du saint prêtre, accablés de tristesse, ne

11650 de l’ère chr.]

svaient quel parti prendre. Les uns s’abandonnaient aux larmes et

aux gémissements, les autres firent pour lui un vœu à Notre-Dame de Chartres. Un jeune missionnaire, Antoine Dufour, lui-même makde, apprenant que le saint vieillard était en danger de mort, pria Dieu d'accepter sa vie en échange. Dès lors Vincent commence à se mieux porter, et le jeune prêtre à baisser d'une manière si sensible, qu'il meurt peu après, Il était environ minuit quand il rendit les dermers soupirs, Au moment même, ceux qui veillaient dans la chamke du saint entendirent frapper trois Coups à sa porte; on court l'ouvrir, mais on ne trouve personne. Vincent, à qui on n'avait point acore appris la mort de Dufour, ordonne de commencer l'office des morts : On ne douta point qu'il n’en eût été instruit par une voie surnaturelle 1, «

À peine Vincent est-il rétabli, le pape Urbain VIII lui demande ds ouvriers apostoliques pour Babylone et les Indes orientales. Il « disposait à les envoyer, quand la mort du Pape suspendit cette atreprise. On a conservé des entretiens du saint homme avec ses premières sœurs de la Charité, où il leur annonce que Dieu les deslne à servir un jour les pauvres de l'Orient et de l'Inde. Aujourd’hui ous les voyons à Constantinople, à Smyrne et dans Alexandrie, et ks prêtres de la mission au Liban et à la Chine.

La congrégation romaine pour la propagation de la foi demande à Yincent de Paul des missionnaires pour l’île de Madagascar. Malgré ls troubles de la France, les tempêtes et les naufrages de l'Océan, ls dangers du pays, Vincent envoya successivement plusieurs colo: üies d'hommes apostoliques, qui moururent tous victimes de leur dévouement, Vincent ne se décourageait point, il répondait que l'Église universelle a été établie par la mort du Fils de Dieu, afferue par celle des apôtres, des souverains Pontifies et des évêques nartyrisés ; qu’elle s'était multipliée par la persécution, et que le

Doug des martyrs avait été la semence dés Chrétiens; que Dieu a

tutume d’éprouver les siens lorsqu'il a quelque grand dessein sur tx; qu'il accorde souvent à la persévérance des succès qu’il a re lsés aux premiers efforts 2,

Une autre charité occupait encore Vincent de Paul : les esclaves ‘uétiens d'Afrique ou de Barbarie, Il avait été du nombre, il ne

* Gollet, 1, 4, p. 405 et 406. — 2 Ibid., 1, 5.

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pouvait les oublier. Les religieux pour la rédemption des captifs y allaient bien de temps en temps en racheter quelques-uns ; mais il n’y avait pas de prêtres à demeure pour consoler et soutenir habi. tuellement les autres. Vincent entreprit cette œuvre de miséricorde, La difficulté était d'obtenir des gouvernements barbaresques la per. mission d'y avoir des prêtres. La Providence y pourvut. Il y avaità Tunis un consul français, qui l’était pour plusieurs pays chrétiens : il avait droit à un chapelain. Vincent lui envoya un zélé mission naire, Louis Guérin, puis un autre, Jean le Vacher : le premier mourut victime de la charité dans une peste; la second, après avoir travaillé pendant plus de trente-trois ans au salut des esclaves, et des Turcs mêmes de Tunis et d'Alger, eut enfin le bonheur d’être misà la bouche du canon et de répandre son sang pour la foi de Jésus. Christ. On a les vies de plus de vingt de leurs compagnons et succes. seurs, qui restent manuscrites dans les archives de Saint-Lazare, Quant à l’état général des esclaves chrétiens, ces deux premiers prêtres nous le font assez connaître. Louis Guérin écrivait à Vincent de Paul : « Nous attendons une grande quantité de malades au retour des galères. Si ces pauvres gens souffrent beaucoup dans leurs courses sur mer, ceux qui demeurent ici ne souffrent pas moins, On les fait travailler tous les jours à scier le marbre, exposés aux ardeurs du soleil, qui sont telles, que je ne puis mieux les comparer qu'à une fournaise ardente. C’est une chose étonnante que le travail etla chaleur excessive qu’ils endurent ; elle serait capable de faire mourir des chevaux, et néanmoins ces pauvres Chrétiens ne laissent pas de subsister, ne perdant que la peau qu’ils donnent en proie à ces ardeurs dévorantes. On leur voit tirer la langue comme à des chiens, à cause du chaud insupportable dans lequel il leur faut respirer, Hier, un pauvre esclave fort âgé, se trouvant accablé de mal et n'en pouvant presque plus, demanda la permission de se retirer; maisil n’eut d'autre réponse, sinon que, dût-il crever sur la pierre, il fallal qu’il travaillât. Je vous laisse à penser combien ces cruautés me tot: chent sensiblement le cœur et me donnent d’afliction. Cependant cès pauvres esclaves souffrent leurs maux avec une patience incroyable; ils bénissent Dieu parmi toutes les cruautés qu'on exerce sur el, et je puis dire avec vérité que nos Français l'emportent en bonté € en vertu sur toutes les autres nations. Nous en avons deux malades à l'extrémité, et qui, selon toutes les apparences, n’en peuvent revenir, auxquels nous avons administré tous les sacrements ; et la semaint passée il en mourut deux autres en parfaits Chrétiens, et dont où

peut dire que leur mort a été précieuse aux yeux du Seigneur. Li

compassion que j’ai pour ces pauvres affligés, qui travaillent à scie

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