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434 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXNXVIT, — De 160$
de désespoir, d'autres reniaient la foi. A l'arrivée des missionnaires, grâces à leurs paroles de consolation, à leurs aumônes, à !a lu des sacrements, les choses peu à peu changent de face. Il se fume une nouvelle église d'Afrique. Chaque esclave dans les fers devient un confesseur de la foi ; il y eut même plus d’un martyr. L'appareil extérieur de la religion, son chant et ses cérémonies n’y manquent
pas. Vingt-cinq bagnes ou environ, qui sont à Alger, à Tunis et Biserte, deviennent, par la dévotion libre et les épargnes volontaire des pauvres captifs, autant de petits temples où les Chrétiens aflligé ont la consolation d’entendre la raesse et de participer aux divins mystères. Jésus-Christ y est nuit et jour avec ses membres souffrants, Le tabernacle où il repose n’est jamais sans une lampe allumée Quand on le porte à un malade dans les bagnes, on l'accompagne le flambeau ou le cierge à la main. Chaque année, le jour de la Fête. Dieu et pendant toute l'octave, il est exposé à la véneration publ que ; on le porte même en procession dans ces chapelles, et il ÿ est suivi par une foule de gens dont les liens et les haillons lui font souvent plus d'honneur que la pourpre et le diadème.
Quelle joie pour Vincent de Paul, déjà plus que septuagénaire, de voir tant de biens opérés par ses prêtres ! mais quel plaisir pour lui d'apprendre d'eux que le service divin se faisait à Tunis et à Alger avec autant de solennité que dans les paroisses de Paris! que les grand’s-messes et les divins offices y étaient célébrés tous les dimanches et les fêtes ! qu’il se faisait souvent de pieuses fondations dans ces chapelles, et que les confréries qui sont d’usage en Europe, soit our honorer la sainte Vierge, soit pour procurer des secours spirituels aux mourants ou aux morts, y étaient établies !
A ces pratiques usuelles de dévotion, qui nourrissent la piété d'un nombre de pieux esclaves, en succèdent quelquefois d’autres plus extraordinaires, dont Dieu se sert pour attirer à lui ceux à qui le voies communes ne suflisent pas. Les quarante heures et surtout le
jubilés font en Barbarie, comme ailleurs, des effets admirables. Ona]
vu dans ces jours de salut des hommes endurcis, qui avaient past des dix, des vingt et des trente années sans penser à leur conscience, rentrer en eux-inêmes, se juger dans toute la sévérité de l'Évangile, et devenir enfin des modèles de pénitence. On a même vu, ce quies plus surprenant encvre, des déserteurs de la foi, des renégats frarçais, espagnols, italiens, détester leur apostasie, la pleurer d'abord en secret, puis courir les risques de l'évasion, pour la pleurer enli berté dans le sein de leur patrie !.
1 Collet., 1.8, - Abelly, 1. 4
4 1650 de l”
Chose n sonnaire, de bâton s key, qui v d'un marc wnsul, nO korgé, loi desquels il hargnes p dose de ] dre à ce {lorsque nena SOÏx A ent de Pau x que po jen trois »
Parmi le milieu di août 164€ jaul : « Je ine, Un S6 on de sa cl son imp:
e bâton, à elui, Enfin voir pas ose chaîn souffrir pli lelité qu’il près : Mons ourir chré lee, ilse cc Où qu'il no ais été acc Len levant Nocent !...
EUX ans, Ji éspère qu’ larriva, j ‘me ville e
Mnleusemen
W jours d
(v. LXNXVIT, — De 1606 LE 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 135
Chose non moins merveilleuse! le consul de France à Alger, missomaire, mais non dans les ordres, fut jeté en prison, frappé à coups k bton sous la plante des pieds, et enfin condamné à mort par le ky, qui vouiait le contraindre à payer sur l'heure la banqueroute dun marchand de Marseille, se montant à douze mille livres, et le onsul, nommé Barreau, n'en avait que trois cents. Il allait donc être torgé, lorsqu'il fut racheté par les esclaves mêmes pour le service lesquels il avait quitté sa patrie, et qui sacrifièrent toutes leurs petites argnes pour faire la somme entière, Nous ne savons s'il y a quelque we de plus beau dans l'histoire humaine. Vincent de Paul fit dre à ces charitables captifs au delà de ce qu'ils avaient déboursé hrsque le consul Barreau revint en France l'an 1661, il yen ra una soixante-dix dont il avait aidé à briser les fers. Quant à Vin- » ut de Paul, il en racheta j usqu’à douze cents, et dépensa, tant pour a vénuration publ Ex que pour les autres, jusqu’à douze cent mille livres qui feraient hapelles, et il y et Sin trois millions de nos jours. aillons lui font sou- Parmi les martyrs que la nouvelle église d'Afrique envoya au ciel e. milieu des chaînes et des bagnes, on connaît les suivants. Au bols que septuagénaire, BR iott 1646, le premier missionnaire écrivait de Tunis à Vincent de is quel plaisir pout Bu : « Je crois être obligé de vous faire savoir que, le jour de Sainteit à Tunis et à Alger ue, un second Joseph fut sacrifié en cette ville pour la conservas de Paris! que Les Bon de sa chasteté, après avoir résisté plus d’un an aux sollicitations brés tous les dima Se: son impudique maîtresse, et avoir reçu plus de cinq cents coups ses fondations dans bâton, à cause des faux rapports que cette louve furieuse faisait ige en Europe, soi elui, Enfin il a remporté la victoire en mourant glorieusement pour r des secours Sp: roi pas voulu offenser son Dieu. Il fut trois jours attaché à une ies ! Pis ose chaîne, où je l’allais visiter, afin de le consoler et de l’exhorter rissent la piété d'un uuffiir plutôt tous les tourments du monde que de contrevenir à la sefois d’autres plu lellé qu'il devait à Dieu. Il se confessa et communia, et il me dit Jui ceux à qui les ès : Monsieur, qu’on me fasse inourir tant qu'on voudra, je veux eures et surtout 18 oui chrétien. Quand on le vint prendre pour le conduire au su ts admirables. One ke, il se confessa encore une fois ; et Dieu voulut pour sa re 4 , qui avaient pas ù qu'il nous fût permis de l’assister à Ja mort : ce qui n’avait jar à leur conscient, ur été accordé par ce peuple inhumain. La dernière parole qu’il érité de l'Évangile lea levant les mains au ciel fut celle-ci : O mon Dieu, je meurs nême vu, ce qui éd Bncent!... Ce saint jeune homme était Portugais, et âgé de vingt- , des renégats fran- Eux ans. J'invoque son secours : comme il nous aimait sur la terre la pleurer d'abord &père qu’il continuera À nous aimer dans le ciel. » ur la pleurer en l: El arriva, peu de temps après, quelque chose de semblable dans la fe ville et dans celle d'Alger. Deux jeunes esclaves, sollicités plus - leusement encore que celui dont nous venons de parler, finirent F Jours dans les tourments, pour n'avoir pas voulu se prêter à
des inissionnaires, umônes, à là wlu le face. Il se fume ins les fers devient martyr. L'appareil onies n’y manquent \ger, à Tunis et À pargnes volontaires es Chrétiens aflligés rticiper aux divins nembres souffrants, ne lampe allumée, on l'accompagne le le jour de la Fête.
436 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VIE — Det
une passion abominable, Le premier, qui était Français, fut empals à Tunis. li fit paraître tant d'intrépidité aux approches de ce cruel et honteux supplice, que, de ses bourreaux, les uns prirent la fuite, les autres en l'exécutant tremblaient comme une feuille; ce sont le termes du missionnaire, qui était présent. L'autre esclave, dont now gnorons la patrie, mourut à Alger. Il y avait longtemps qu'il re poussait les assauts de son infâme patron : un jour que celui-ci vorlait lui faire violence, il arriva, par accident, qu'il en fut blessé an visage. Le patron l’accusa d’avoir voulu le tuer, et le fit brûler vif Ce genre de mort si terrible n'effraya point l’héroïque esclave : digne
athlète de Jésus-Christ, il édifia jusqu'au dernier soupir. Il y avait à Tunis deux enfants d’une quinzaine d'années, l'un de France, l’autre d'Angleterre. Tous deux avaient été enlevés de leu
pays, et vendus comme esclaves à deux maîtres qui demeuraienf
assez près l’un de l’autre. Ils contractèrent ensemble une amitié di étroite, que deux frères ne s'aiment pas davantage. L'Anglais étai luthérien ; le Français, qui était bon catholique, lui donna des doute
sur sa religion. Le missionnaire acheva de le convaincre. Il abjura
ses erreurs, il se réunit à la sainte Église romaine. Son petit compa gnon sut si bien le confirmer dans la foi, que, quelques marchand anglais et hérétiques étant venus à Tunis pour racheter des esclaves de leur pays et de leur secte, et l'ayant voulu mettre de ce nombre il déclara hautement qu'il était catholique par la miséricorde de Dieu et qu’il aimait mieux demeurer toute sa vie esclave, en professant vraie religion, que de renoncer à un si grand bien pour recouvr sa siberté.
Ces deux tendres amis se voyaient le plus souvent qu'il leur éta possible. Leurs conversations ronlair it d'ordinaire sur le bonbeuf d’être fidèle à Dieu et à son Église, u’en faire une profession solen nelle, et de souffrir plutôt mille morts que d’y renoncer jamais. Providence les préparait au combat comme de généreux athlètes Leurs patrons se mirent en tête de leur faire renier Jésus-Christ. jeune Français fut un jour assommé de coups, et laissé pour mo sur la place; son compagnon, qui se dérobait souvent pour se co! soler ensemble, le trouva dans cet état. Il l'appelle par son nom, poil savoir s’il vivait encore. À la voix connue de son ami, le jeune Fran çais revient à lui-même et répond : Je suis chrétien pour la vie! ces mots, le petit Anglais se jette à ses pieds meurtris et sanglant et les baise avec tendresse. Aux Tures, qui s’étonnent, il dit : Jo nore les membres qui viennent de souffrir pour Jésus-Christ, ml sauveur et mon Dieu. Les Tures le chassèrent avec injures.
Quand le Français fut guéri de ses plaies, il alla visiter son a
41650 de | mais lo t même :
mçus, et celle vue, son ami, aime plus Anglais :
œ discou ets'avanc couteau, :
sils veule {ant de cc de suivre
plus ni d aectant « par une n Dans le:
tres marty Dieu et d
Meurtre de tonmande
AV LXXX VI — Detcos 1550 de l'ère chr.| DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 437
mais lo trouva dans l’état où peu auparavant il s'était trouvé luimême : couché sur une natte, à demi mort des coups qu'il avait mçus, et environné de Turcs qui se repaissent de ses douleurs. A «lle vue, le courage du jeune Français se ranime, il s'approche de sn ami, et lui demande, en présence des infidèles, qui des deux il me plus, Jésus-Christ ou Mahomet. Jésus-Christ ! s'écrie le petit Mglais: je suis Chrétien, et Chrétien je veux mourir. Désespéré de « discours, un Turc menace le Français de lui couper les oreilles, davance pour exécuter la menace. Le jeune Français lui enlève le œuleau, se coupe une oreille lui-même, puis demande à ces barbares sis veulent qu’il se coupe encore l’autre. Les barbares, vaincus par ut de constance, laissèrent à ces jeunes enfants une pleine liberté dsuivre les mouvements de leur conscience, et ne leur parlèrent pus ni de Mahomet ni de l’Alcoran. Dieu, qu'ils avaient confessé “eclant de courage, acheva de les purifier dès l’année suivante 1648, prune maladie contagieuse qui les enleva de la terre au ciel.
Dans les archives de Saint-Lazare, il y a les actes de plusieurs autes martyrs, qu'il serait à souhaiter qu’on publiât pour la gloire de Deu et de ses saints. Ce sont des pierres précieuses de la pauvre lise d'Afrique, ressuscitée par la grâce de Dieu au milieu des duines et des bagnes. Parmi les Captifs, il y avait souvent des prétes et des religieux ; quand les missionnaires de Vincent de Paul ne Pouvaient pas leur procurer une délivrance entière, ils tâchaient de kur obtenir au moins un adoucissement tel, qu'ils pussent servir de Msteurs à leurs compagnons d'infortune, La hiérarchie catholique, dont le chef siégeait à Rome, à la tête de l'univers chrétien, éten- ‘hit ainsi ses organes et ses bienfaits jusque dans les bagnes de Tunis d d'Alger,
La même hiérarchie commençait alors, dans les rues de Paris, par la main de Vincent de Paul, une œuvre semblable, qu’elle coninue de nos jours dans les rues de Péking et des autres villes de la Üine : arracher de tout jeunes captifs à la mort, à la mort tempo- "lle et éternelle, Nous avons vu le Pharaon de l'Égypte commander àson peuple de noyer dans le Nil tous les enfants mâles nouvellement nés parmi les Hébreux ; nous avons vu la législation de la Grèce 4 de Rome païenne, non-seulement permettre, mais ordonner au Père et à la mère de noyer, d'égorger, de tuer d’une manière quel- @nque, parmi leurs enfants nouveau-nés, tous les mâles et femelles Qi leur plairait, surtout quand ils ne leur paraissaient point assez “bustes; en un mot, nous avons vu la législation hvmaëne punir le D'tre de l'homme fait qui pouvait se défendre, mais permettre ou
“Mmander même le meurtre de l'innocence et de la faiblesse : au-
Français, fut empalé roches de ce cruel et s prirent la fuite, les feuille; ce sont le ‘e esclave, dont nous longtemps qu'il re ur que celui-ci vour'il en fut blessé an , et le fit brûler vif ique esclave : digne 7 soupir.
ne d'années, l’un de t été enlevés de leu es qui demeuraient
lui donna des doutes onvaincre. Îl abjurd e. Son petit compa quelques marchands acheter des esclaves lettre de ce nombre miséricorde de Dieu ave, en professant bien pour recouvres
uvent qu'il leur étai aire sur le bonheur
renoncer jamais.
8 généreux athlètes nier Jésus-Christ, L , et laissé pour mo
rétien pour la vie!
eurtris et sanglant onnent, il dit : J'ho r Jésus-Christ, mo vec injures, alla visiter son aïll
438 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXXXVII. — De1ço
jourd'hui encore, dans la Chine idolâtre, le père et la mère jettent leur petit enfant parmi les immondices de la rne, dans le bourbier voisin, ou dans l’auge des porcs. Il n’y a que la législation divine qui ait défendu ces meurtres humains, paternels et maternels de l'inno. cence et de la faiblesse sans défense. Nous avons entendu le Dieu fait homme, le Dieu fait enfant. Ses disciples lui demandaient : Maitre, qui croyez-vous qui sera le plus grand däns le royaume des cieux! Jésus prit un petit enfant, et, l'ayant embrassé, il le mit au milieu
d'eux et leur dit : En vérité, je vous le dis, si vous ne vous conver-ll
tissez, et ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez px dans le royaume des cieux. Quiconque donc s’humiliera soi-même comme ce petit enfant-ci, celui-là sera le plus grand dans le royaume des cieux. Et quiconque reçoit en mon nom un enfant de cette sorte c'est moi-même qu’il reçoit. Prenez donc garde à ne mépriser aucun de ces petits ; car, je vous le dis, leurs anges dans le ciel voient sans cesse la face de mon Père, qui est dans les cieux. Car le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu.
Avant Jésus-Christ, les enfants abandonnés par leurs père et mère étaient des enfants perdus; depuis Jésus-Christ, ce sont des enfants trouvés, trouvés à la porte de sa maison, à la porte des églises, à porte des Maisons-Dieu, des Hôtels-Dieu, où ils étaient abandonnés par le crime ou la misère, trouvés et adoptés par la charité,
Quelquefois, après que des personnes charitables avaient élevé ces pauvres orphelins, le père et la mère venaient les réclamer, et prive ainsi les parents adoptifs de leur récompense, ce qui tendait à fairs manquer la bonne œuvre. Pour y porter remède, nous avons vu k premier empereur chrétien déclarer, par une loi, que les enfants ex posés appartenaient, ou comme enfants propres ou comme esslaves à ceux qui les avaient nourrist. Nous avons vu le concile de Vaison un peu avant le milieu du cinquième siècle, renonveler la même ot donnance.
Dans les paroisses chrétiennes de la campagne, il n’y a point d'en
fant érouvé, parce qu'il n’y a point d'enfant abandonné ni perdu. IE
n’en est pas de même dans les grandes villes, surtout à la suite des
révolutions, qui corrompent la foi et les mœurs des peuples. Ainsi ik | Paris, à la suite de l'anarchie religieuse, intellectuelle et morale dé
Luther et de Calvin, les enfants exposés à la porte des églises ou dan les places publiques étaient en grand nombre. Des commissaires M enlevaient par ordre de la police. On les portait chez une veuve if
la rue Saint-Landri, qui, avec deux servantes, se chargeait du sol
1 Cod. theud, lex 1, de eæpnsit.
deleur ni et les ch:
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quelquefc avaient ét à ces baï Ce qui ét baptême avoué qu Un tel « Convia qu son, non | point que cents, abe spectacle Pressée de toute Qücquespour hon( sur ces pe une maisa en prit sc nourrir a leur donn A ces | gnaient de moyens q eût bien :
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iv. EXXX VIT. — Deiço
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il le mit au mileull us ne vous conver-Î
vous n’entrerez pas umiliera soi-même nd dans le royaume nfant de cette sorte
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ndonné ni perdu. l&
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les peuples. Ainsi, il tuelle et morale dé
» des églises ou dan es commissaires le : chez une veuve d&
e chargeait du soi
11650 de l’êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 439
deleur nourriture, Mais, comme ie nombre de’ces enfants était grand d les charités médiocres, cette veuve ne pouvait ni entretenir assez de nourrices pour les allaiter, ni élever ceux qui étaient sevrés. La pupart mouraient ainsi de langueur. Souvent même les servantes, ain de se délivrer de l’importunité de leurs cris, leur faisaient prendr, pour les endormir, un breuvage qui abrégeait leurs jouts. Ceux qui échappaient à ce danger étaient donnés à ceux qui les voulaient prendre, ou vendus à si bas prix, qu’il y en a eu pour lesquels on n’a pyé que vingt sous. Du reste, ceux qui s’en chargeaient ne le faisient pas par un motif de compassion : les uns leur faisaient téter des femmes gâtées, dont le lait leur communiquait la coutagion et la mort; d’autres les substituaient aux vrais enfants de famille, qui, quelquefois, étaient morts par leur faute. On a même su que plusieurs avaient été égorgés pour servir, soit à des opératiuns magiques, soit àces bains sanglants que la fureur de vivre a quelquefois inventés. Ce qui était plus déplorable, c’est que ceux qui n’avaient pas reçu le lptême mouraient sans le recevoir, la veuve de Saint-Landri ayant avoué qu’elle n’en avait jamais baptisé ni fait baptiser aucun.
Un tel désordre toucha sensiblement le cœur de Vincent de Paul. Il convia quelques dames de charité d’aller quelquefois dans cette mai- ‘on, non pas tant pour découvrir le mal que pour voir s’il n'y aurait point quelque moyen d’y porter remède. La vue de ces petits innoœnls, abandonnés à la mort par leurs propres mères, leur parut un spectacle plus lamentable que le massacre de Bethléhem par Hérode.
Pressées d’une immense compassion, mais ne pouvant se charger de toute la multitude, elles eurent la pensée d'en sauver au moins Qüques-uns. Elles se résolurent d’abord d'en nourrir douze; et, pour honorer la Providence divine, dont elles ignoraient les desseins sur ces petites créatures, elles les tirèrent au sort. En 1638, on loua une maison à la porte Saint-Victor, pour les loger ; et la veuve Legras en prit soin avec les filles de la Charité, On essaya d’abord de les nourrir avec du lait de chèvre ou de vache; mais, dans la suite, on leur donna des nourrices.
À ces premiers enfants adoptifs, les vertueuses dames en joignaient de temps en temps quelques autres, selon la dévotion et les Moyens qu'elles en avaient : toujours elles les tiraient au sort. On et bien voulu faire quelque chose de plus; on était fâché de n’en pouvoir élever qu'un si petit nombre. La différence qui se trouva bientôt entre ceux de la porte Saint-Victor et ceux qui restaient à la Me Saint-Landri, attendrissait en faveur des derniers; mais il n'était Pis possible de les adopter tous. Cependant on priait Dieu, et on se tnsultait ensemble. Enfin, au commencement de 1640, on tint une
nos om, 7
440 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVIL. — De 1605
assemblée générale. Vincent y représenta l'importance et la nécessité de cette bonne œuvre, le grand service qu'on y pouvait rendre Dieu. Les dames prirent la résolution généreuse et générale de se charger du soin de ces pauvres enfants. Toutefois, d’après l'avis de leur saint directeur, elles ne le firent que par manière d'essai, et sans s’y obliger. Il n’y avait encore d’assuré qu’un revenu de douze à quatorze cents livres par an. Vincent leur obtint du roi une rente de douze mille livres sur les cinq grosses fermes. Avec ce secours, l'éta. blissement se soutint pendant quelques années. Mais les besoins survenus en Lorraine, la crainte d’une révolution dans l’État, la Fronde, le nombre de ces enfants qui croissait tous les jours, et dont l'entretien allait au delà de quarante mille livres, toutes ces considérations amortirent enfin le courage des dames de la Charité. Elles dirent hautement qu’une si excessive dépense passait leurs forces, et qu'elles ne pouvaient plus la soutenir.
Ce fut pour prendre un dernier parti sur une affaire si importante, que Vincent indiqua, l'an 1648, une autre assemblée générale, Les dames de Marillac, de Traversai, de Miramion, et tous ces noms respectables que Dieu a écrits au livre de vie, s’y trouvèrent. Le saint y mit en délibération si on continuerait la bonne œuvre qu'on avait commencée. Il proposa les raisons pour et contre. D'un côté, l'on n'avait pris aucun engagement, l'assemblée était libre de statuer ce
qu'elle jugerait le plus convenable; de l’autre côté, il fit voir que,
par ses soins charitables, cette même assemblée avait jusqu'alors conservé la vie à un très-grand nombre d’enfants qui, sans ce se-
cours, l’auraient perdue pour le temps et peut-être pour l'éternité; | que ces innocentes créatures, en apprenant à parler, avaient appris à | connaître et à servir le Créateur ; que quelques-uns d’entre eux com- à
mençaient à travailler et à se mettre en état de n’être plus à chargeà personne, et que de si heureux commencements présageaient des suites encore plus heureuses. Enfin, élevant un peu la voix, il conclut avec ces paroles : « Or sus, mesdames, la compassion et la cha rité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants; vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon I nature les ont abandonnés : voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d'être leurs mères, pour devenir à présent leurs juges : leur vie et leur mort sont entre vos mains; je m'en vais
prendre les voix et les suffrages : il est temps de prononcer leur arré, 4
et de savoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront si vous conunvez d'en prendre un charitable soin ; et, al
contraire, ils mourront et périront infailliblement si vous les abar- =
donnez : l’expérience ne vous permet pas d’en douter. » P
Vincen assez CON:
chées, qu quelque | elles déli Pour loge roi le ch mena au | & chargè maisons. .
dans tous rique, Vir d'enfants,
Un enfa Vincent d fitla pau Sigismonc 1648; Jea 1073; Jea:
k trône, i ine épous duchesse « æs dames Casimir, j dispense d rois, la Po Cosaques, lean-Casir Cosaques | de Suède, grès, Jean logne la m lnais et L
L'an 1668
tontre lui diète de V ante : « 4 à Dieu qu bindront | Prieront le kgne sero:
Valoir les t
v. LXXX VII. — De 1605
rtance et la néces.
y pouvait rendre à et générale de çe s, d’après l'avis de ère d'essai, et sans evenu de douze à u roi une rente de c ce secours, l'éta.
ais les besoins surs l'État, la Fronde, rs, et dont l’entreces considérations arité. Elles dirent s forces, et qu’elles
aire si importante, | blée générale, Les tous ces noms resuvèrent. Le saint y œuvre qu'on avait e. D'un côté, l'on libre de statuer ce Ôté, il fit voir que, À e avait jusqu'alors ts qui, sans ce sere pour l'éternité; |
+r, avaient appris à {
1s d’entre eux com:
tre plus à charge à s présageaient des eu la voix, il conapassion et la char vos enfants; vous urs mères selon la
vous voulez aussi devenir à présent nains; je m’en vais ononcer leur arrêt, !
corde pour eux. ll itable soin ; et, al t si vous les abanuter. »
à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 441
Vincent, ayant prononcé ces paroles avec un ton de voix qui faisait asez connaître quel était son sentiment, ces dames en furent si toudées, que toutes unanimement conclurent qu'il fallait soutenir, à quelque prix que ce fût, cette entreprise de charité ; et, pour cela, dles délibérèrent entre elles sur les moyens de la faire subsister. Pour loger les enfants, quand ils étaient sevrés, elles obtinrent du nile château de Bicêtre; mais l'air y ayant paru trop vif, on les ranena au faubourg Saint-Lazare, où dix à douze sœurs de la Charité « chargèrent de leur éducation. On leur acheta dans la suite deux maisons. Avec le temps, cette œuvre de Vincent de Paul a été imitée dns tous les pays chrétiens. Chaque année, en Europe et en Amétique, Vincent de Paul est le père et le sauveur de plus d’un million d'enfants, qui lui doivent la vie et l'éducation.
Un enfant abandonné de l’Europe, auquel s'intéressa spécialement Vincent de Paul, mais que les voisins finiront par couper en trois, lt la pauvre Pologne. Ses rois furent, pendant le dix-septième siècle : Sgsmond III, de 1587 à 1632; son fils Uliuislas VII, de 1632 à 1648; Jean-Casimir V, de 1648 à 1668; Michel Coribut, de 1669 à 1513; Jean Sobieski, de 1674 à 1696. Quand Uladislas fut monté sur ktrône, il envoya demander à la reine de France, Anne d'A utriche, ie épouse de sa main. Elle Ini envoya Marie-Louise de Gonzague, duchesse de Mantoue, que Vincent de Paul vit plus d’une fois parmi ws dames de charité. Uladislas étant mort en 1648, son frère, Jeanlsimir, jésuite, puis cardinal, fut élu roi de Pologne, et, avec la üispense du Saint-Siége, épousa la veuve de son frère, Sous ces deux ts, la Pologne, peu unie au dedans, fut attaquée au dehors par les Cosaques, les Russes et les Suédois, suivis de la peste, L'an 1651, lan-Casimir, à la tête de cent mille hommes, bat trois cent mille Cosaques et Tartares en Volhynie. L'an 4655, Charles- Gustave, roi de Suède, entre à main armée en Pologne, et oblige, par ses profrès, Jean-Casimir à se retirer en Silésie. Retour de celui-ci en Pologne la même année. L’an 1 656, bataille de trois jours entre les Pobnais et les Suédois. L'an 1660, paix entre la Pologne et la Suède.
E L'n 1668, Jean - Casimir, voyant la noblesse polonaise soulevée
titre lui depuis plusieurs années, abdique le 16 septembre dans la üète de Varsovie, après avoir fait aux Polonais la prédiction sui- “le : « Je prévois les malheurs qui menacent notre patrie, et plût à Dieu que je fusse faux prophète! Le Moscovite et le Cosaque se bindront au peuple qui parle la même langue qu'eux, et s’appro- Peront le grand duché de Lithuanie. Les confins de la grande Po-
__ER p “ste Seront ouverts au Brandebourg, et la Prusse elle-même fera
loir les traités ou le droit des armes pour envahir notre territoire.
Fret
442 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVIL, — De 1605 M
Au milieu de ce démembrement de nos États, la maison d'Autriche ne laissera pas échapper l’occasion de porter ses vues sur Craco. vie, etc. » Après son abdication, Jean-Casimir vint en France, choisit sa retraite dans l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés : il en devint abbé, ainsi que de Saint-Martin de Nevers. Il ne voulut jamais souf. frire qu'on lui donnât le titre de mayesté, et mourut à Nevers, le 46 décembre 1672.
Au plus fort de la guerre avec les Cosaques, en 1651, la reine de à
Pologne demande à Vincent de Paul des prêtres de sa congrégation
et des sœurs de la Charité pour ce lointain royaume. Vincent en.|
voya quelques-uns de ses prêtres, leur donnant pour supérieur son
assistant, son ami intime, nommé Lambert. Arrivés en Pologne, à
leur première occupation fut de se dévouer pour le pauvre peuple de Varsovie, abandonné des nobles et des magistrats, maïs visité par la peste et la famine. Avec les aumônes du roi et de la reine, Lambert organisa un service régulier pour les pauvres, les malades, et même pour les morts, qui restaient auparavant sans sépulture: i mourut quelque temps après, victime de son zè!e. Il fut remplacé par d’autres missionnaires et par les sœurs de la Charité. Vincent de Paul avait pour la Pologne une tendresse de père et de mère, d'autant plus qu'il la voyait non-seulement ravagée par la peste et la mine, mais encore menacée dans sa religion, d’un côté par le schisme
des Moscovites, de l'autre par l’hérésie des Suédois. Avant de mourir, il eut la consolation d'apprendre que la Pologne, fidèle à la foi de ses pères, triomphait de tous ses ennemis 1.
1 Collet, 1. 5 et 8.
à 1650 de
SERVICE TÈLE 1 CARAC'
Dans de Polog le schisrr leur dit c jour: Di colère, e rendu in. poser au:
a résolu à ce dess quand il glise, Ma témérité son Églis Non, il n apaiser se fendre l'E sent, du r à cause « nous hur nions et n incessamt fn Dieu, exaucera.
20S péché veut que vre royau but dépe rables de
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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.