SERVICE ÉMINENT QUE VINCENT DE PAUL REND A L'ÉGLISE PAR SON
ZÈLE ÉCLAIRÉ CONTRE L'HÉRÉSIE JANSÉNIENNE. COMMENCEMENTS ET CARACTÈRE DE CETTE HÉRÉSIE.
n 4651, la reine de & de sa congrégation aume. Vincent en- Jour supérieur son rivés en Pologne, à r le pauvre peuple ats, mais visité par | de la reine, Lames, les malades, et sans sépulture: i le. Il fut remplacé Charité. Vincent de e et de mère, d'auar la peste et la facôté par le schisme s. Avant de mourir, fidèle à la foi de ses
Dans une conférence qu’il fit aux siens sur les dangers du royaume de Pologne, attaqué tout ensemble par la guerre, la peste, la famine, le schisme et l’hérésie, les Russes et les Suédois, Vincent de Paul ur dit ces paroles mémorables : « Un auteur d'hérésie me disait un jour : Dieu est enfin lassé des péchés de toutes ces contrées, il est en wlère, et il veut résolument nous ôter la foi, de laquelle on s’est rendu indigne. Ne serait-ce pas, ajoutait-il, une témérité de s’Opposer aux desseins de Dieu, et de vouloir défendre l'Église, quand il arésolu de la perdre ? Pour moi, disait-il encore, je veux travailler à ce dessein de détruire. Hélas ! messieurs, peut-être disait-il vrai, quand il avançait que Dieu, pour nos péchés, veut nous ôter l'Églse. Mais cet auteur d’hérésie mentait en disant que c'était une témérité de s'opposer à Dieu en cela, et de s’employer pour conserver } son Église et la défendre ; Car Dieu le demande, et il le faut faire. fi:
Non, il n’y a pas de témérité de jeüner, de s’aflliger, de prier pour apaiser sa colère, et de combattre jusqu’à la fin pour soutenir et défndre l'Église en tous les lieux où elle se trouve. Que si jusqu’à présent, du moins à ce qui paraît, nos efforts semblent avoir été inutiles à cause de nos péchés, il ne fan nas désister pour cela, mais, en nous humiliant profondément, continuer nos jeûnes, nos communions et nos oraisons avec tous les bons serviteurs de Dieu qui prient incessamment pour le même sujet; et nous devons espérer qu'en- În Dieu, par sa grande miséricorde, se laissera fléchir et nous &xucera. Humilions-nous donc autant que nous pourrons en vue de 10$ péchés ; mais ayons confiance et grande confiance en Dieu, qui HE eut que nous continuions de plus en plus à le prier pour ce paure royaume de Pologne si désolé, et que nous reconnaissions que
but dépend de lui et de sa grâce 1, » Telles sont les paroles mémombles de Vincent de Paul.
! Collet, 1. 8, - Abelly, 1, 4, c. 10.
LE HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVIL. — De160s
Mais quel était cet auteur d'hérésie qui entreprit alors de travailler à la ruine de la religion et de l'Église? Vincent de Paul voyait à Paris un de ses compatriotes, Jean du Verger de Hauranne, né à Bayonne, et abbé de Saint-Cyran, au diocèse de Poitiers. On vantait sa vertu, son érudition et ses autres qualités. Vincent le fréquenta: une amitié particulière s'établit entre eux. Hauranne, voyant en lu un compatriote humble et modeste, commença de lui découvrir peu à peu l’ensemble de ses idées et de ses projets. Le serviteur de Dieu fut d’abord surpris d'entendre une doctrine et des maximes bien extraordinaires : plus il allait avant dans cette découverte, plus les sentiments de son compatriote lui paraissaient dangereux. Un jour, entre autres, étant tombés en discourant ensemble sur quelque point de la doctrine de: Calvin, il fut fort étonné de voir cet abbé prendre le parti et soutenir l’erreur de cet hérésiarque. Sur quoi lui ayant représenté que cette doctrine de Calvin était condamnée de l'Église, l'abbé lui répondit « que Calvin n'avait pas eu tant mauvaise cause, mais qu'il l'avait mal défendue ; » et il ajouta ces paroles latines: Bei sonsit, male locutus est.
Une autre fois, comme cet abbé s’échauffait à soutenir une doctrine qui avait été condamnée par le concile de Trente, Vincent, croyant que la charité l’obligeait de lui en faire quelque avertissement, lui dit : Monsieur, vous allez trop avant. Quoi ! voulez-vous que je croie plutôt à un docteur particulier comme vous, sujet à faillir, qu’à toute l’Église, et qui est la colonne de la vérité ? Elle m’enseigne une chose, et vous en soutenez une qui lui est contraire. O monsieur ! comment osez-vous préférer votre jugement aux mellleures têtes du monde, et à tant de saints prélats assemblés au concile de Trente, qui ont décidé ce point? — Ne me parlez pas de ce concile, repartit Hauranñne ; c'était un concile du Pape et des scholastiques, où il n’y avait que brigues et que cabales.
Le serviteur de Dieu étant allé un jour lui rendre visite, le trouva dans sa chambre lisant la Bible. Comme il demeura quelque temps sans rien lui dire, de peur d'interrompre sa lecture, Hauranne tournant les yeux vers lui : Voyez-vous, monsieur Vincent, dit-il, ce que je lis? C’est l’Écriture sainte. Et là-dessus il s'étendit beaucoup pour lui faire entendre que Dieu lui en donnait une intelligence parfaite et quantité de belles lumières pour son explication ; et ensuite il all jusqu’à dire que la sainte Écriture était plus lumineuse dans son es
prit qu’elle ne l'était en elle-même. Ce sont ses propres termes, que &
Vincent a rapportés plusieurs fois.
Une autre jour, après avoir célébré la messe en l'église de Notre Dane, Vincent de Paul étant allé visiter le même abbé, il le troufa
à 1650 de
renferm Vincent « Avou que Die après l’e Dieu m paitre q {out sui Dieu m nya pl qui avai glise n'e encore | monsieu particuli ditqu'il
À 1e préve l'abando
ranne lu pierre ; son épot d'est pot autre qu dont il ét son prof Haurann Mais vou:
Vincent 1 fidèles, u mêmes si palement haut alle:
rant : bie Vous mél souffre.
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Vincen leur côté avec plus
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41650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 445
rnfermé dans son cabinet : d'où étant sorti quelque temps après, Vincent lui dit en souriant, avec sa douceur et sa civilité ordinaires : «Avouez, monsieur, que vous venez d'écrire quelque chose de ce que Dieu vous a donné en votre oraison du matin. » A quoi l’abbé, après l'avoir convié de s'asseoir, répondit : « Je vous confesse que Dieu m'a donné et me donne de grandes lumières. Il m’a fait conoaître qu'il n’y a plus d'Église. » Et sur ce qu'il vit le saint homme tout surpris de ce discours, il reprit: « Non, il n’y a plus d'Église. Dieu m'a fait connaître qu'il y a plus de cinq ou six cents ans qu’il n'ya plus d'Église. Avant cela, l’Église était comme un grand fleuve qui avait ses eaux claires ; mais maintenant, ce qui nous semble l'Égise n'est plus que de la bourbe : le lit de cette belle rivière est encore le même, mais ce ne sont plus les mêmes eaux. — Quoi ! monsieur, lui dit Vincent, voulez-vous plutôt croire vos sentiments particuliers que la parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel a D dit qu'il édifierait son Église sur la pierre, et que les portes de l’enfer à ue prévaudraient point contre elle ? L'Église est son épouse, il ne | l'bandonnera jamais, et le Saint-Esprit l'assiste toujours. » — Hauranne lui répondit : « Il est vrai que Jésus a édifié son Église sur la pierre ; mais il y a temps d’édifier et temps de détruire. Elle était son épouse, mais c'est maintenant une adultère et une prostituée ; cest pourquoi il l’a répudiée, et il veut qu'on lui en substitue une autre qui lui sera fidèle. » Vincent lui représenta que les sentiments dont il était préoccupé étaient très-mauvais ; qu'il devait se défier de son propre esprit, et qu'il s’éloignait fort du respect dù à l'Église. ‘Et Hauranne, qui perdait aisément patience, reprit d'un ton aigre: PE Mais vous-même, monsieur, savez-vous bien ce que c’est que l’Église ? Vincent répondit avec le catéchisme, que l'Église est l'assemblée des fdèles, unis par la profession de la même foi, la participation des mêmes sacrements, sous la conduite des pasteurs légitimes, principilement de notre saint-père le Pape. « Vous n’y entendez que le haut allemand, repartit Hauranne tout en colère. Vous êtes un ignonant : bien loin de mériter d’être à la tête de votre congrégation, | vous mériteriez d'en être chassé ; et je suis fort surpris qu’on vous \ | | souffre. — J'en suis plus surpris que vous, monsieur, répondit le | qu sint homme ; et je sais bien que si on me rendait justice, on ne man- ji fl querait pas de me renvoyer 1. »
Vincent de Paul rompit dès lors avec l’orgueilleux novateur. De kur côté, le supérieur général de l'Oratoire, le père de Condren, avec plusieurs prêtres de sa congrégation, se plaignaient de plus en