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bout de toutes choses. Et je ne les estime pas moins en ce que vous dites qu'ils sont grands observateurs de leur institut : c'est ce qui les maintiendra ; aussi n'ai-je voulu changer en rien leurs règles, ainsi les y veux maintenir... Pour :les ecclésiastiques qui se formalisent d'eux, c’est de tout temps que l'ignorance en a voulu à la science, et j'ai connu que quand j'ai parlé de les rétablir, deux sortes de personnes s'y opposaient particulièrement, ceux de la religion (prétendue réformée) et les ecclésiastiques mal vivants, et c'est ce qui me les a fait estimer davantage.
« Touchant l'opinion qu'ils ont du Pape, je sais qu'ils le respectent fort : aussi fais-je ; mais vous ne me dites pas qu'on a voulu censurer à Rome les livres de monsieur Bellarmin pour, ce qu’il ne voulait donner tant d’autorité au Saint-Père, comme font communément les autres. Vous ne dites pas aussi que ces jours passés les Jésuites ont soutenu que le Pape ne pouvait errer, mais que Clément pouvait faillir, En tous cas , je m’assure qu'ils ne disent vien davantage que les autres de l'autorité du Pape, et crois-je que quand l'on
voudrait faire le procès à leurs opinions, il le faudrait faire à celle de
l'Église catholique.
: « Touchant Barrière , tant s'en faut qu’un Jésuite l'ait confessé, comme vous dites, que je fus averti par un Jésuite de son entreprise, et un autre lui dit qu’il serait damné s’il osait l'entreprendre, Quant à Chastel, les tourments ne lui purent arracher aucune accusation À l'encontre de Varade ou autre Jésuite quelconque ; et si autrement était, pourquoi les auriez-vous épargnés ? car celui qui fut exécuté le fut pour un autre sujet, que l’on dit s'être trouvé dans ses écrits, Mais quand ainsi serait qu'un Jésuite aurait fait le coup, faut-il que tous les apôtres pâtissent pour Judas, ou que je réponde de tous les larcins et de toutes les fautes que feront à l'avenir ceux qui auront été mes soldats ? Dieu me voulut alors humilier et'sauver, et je lui en rends grâces. Jésus-Christ m’enseigne de pardonner les offenses , et je le fais pour son amour volontiers , voire même que tous les jours je prie Dieu pour mes ennemis. Tant s’en faut: que je veuille m’en ressouvenir, comme vous m'y conviez de faire peu chrétiennement, et ne vous en sais point de gré... Laissez-moi le maniement et la
conduite de cette compagnie ; j'en ai manié et gouverné de bien plus |
difliciles et malaisées à conduire : obéissez seulement à ma volonté 1, »
Le parlement enregistra l’édit le deux janvier 4606 ; l'année sui-
1 Voir le discours entier dans le protestant Schoell, Cours d'Histoire des États européens, t. 17, p. 205.
vant Cha:
de le à Pa ponc sach soit | toujc faire seule le fer ni év bitior hom vez e sister de gl puiss:
entre vos p instru devoi en vo «J qu'au offens ailleu lie, Il occasi vos ac si, po aurait de der que c’ fais pc dessus VOUS à rant, s mier d quelqu miracl sur do
v.LXXX VII, — De 1605
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rait faire à celle de
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lement à ma vo-
1606 ; l’année sui-
8 d'Histoire des États :
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 547
vante, la pyramide construite sur les débris de la maison de Jean Chastel fut abattue, et bientôt les Jésuites virent accroître le nombre de leurs collégés. En 1606, ils tinrent leur congrégation provinciale à Paris, et allèrent remercier Henri IV de sa protection, Il leur ré pondit : « Je vous ai aimés et chéris depuis que je vous ai connus, sachant bien que ceux qui vont à vous, soit pour leur instruction , soit pour leur conscience, en reçoivent de grands profits. Aussi ai-je toujours dit que ceux qui aiment et craignent bien Dieu ne peuvent faire que bien, et sont toujours les plus fidèles à leur prince. Gardez seulement bien vos règles, elles sont bonnes. Je vous ai protégés, je le ferai encore. Je trouve merveilleusement bon que le Pape ne fasse ni évêque ni cardinal d’entre vous, etle devez procurer, Car, si l'ambition y entrait , vous seriez incontinent perdus. Nous sommes tous hommes , et avons besoin de résister à nos tentations. Vous le pouvez expérimenter chacun en votre particulier; mais vous savez y résister, J'ai un grand royaume; et, comme les grands peuvent faire de grands maux ou de grands biens , parce qu’ils sont grands et puissants, aussi vous autres vous êtes grands en doctrine et piété entre les serviteurs de Dieu. Vous pouvez faire de grands biens par vos prédications, confessions , écrits, leçons , disputes, bons avis et instructions. Que si vous veniez à manquer et vous détraquer de votre devoir, vous pourriez faire beaucoup de mal pour la créance qu'on a en vous. ,
« J'ai été bien aise d'entendre que vous avisiez à donner ordre qu'aucun livre ne s’imprime par personne de vous autres qui puisse offenser. Vous faites bien. Ce qui serait bon en Italie n’est pas bon ailleurs, et ce qui serait bon en France serait trouvé mauvais en Italie. Il faut vivre avec les vivants, et vous devez plus fuir toutes les occasions, et les plus petites, parce qu'on veille plus sur vous et sur vos actions. Mais il vaut mieux qu’on vous porte envie que pitié ; et, si, pour les calomnies, on coupait toutes les langues médisantes, il \ aurait bien des muets, et on serait en peine de se faire servir, J'ai été de deux religions, et tout ce que je faisais étant huguenot, on disait que c'était pour eux; et maintenant que je suis catholique, ce que je fais pour la religion, on dit que c’est que je suis Jésuite. Je passe pardessus cela et m’arrête au bien » Parce qu'il est bien. Faites ainsi, vous autres... Ne vous souciez de ce que l'on peut dire, Au demeurant, si quelque particulier fault, je serai celui qui lui courrai le premier dessus , et ne m'en prendrai pas au corps... Si de trente mille, quelques-uns venaient à faillir, ce ne serait pas merveille. C’est un miracle qu'il ne s’en trouve davantage, vu qu’il s’est trouvé un Judas sür douze apôtres, Pour moi, je vous chérirai toujours comme la
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prunelle de mes yeux, Priez pour moi !,» — On dirait le bon sens même parlant par la bouche de Henri AV... ., 1) Le premier, Jésuite prédicateur du roi et son confesseur, futile père Coton, prédicateur célèbre, que Henri prit.en grande affeclion et confiance, Le roi continua toujours ses témoignages d'amitié aux Jésuites, I leur obtint du Grand-Turc la permission de prêcher l'É. vangile dans son empire; il les envoya dans le Béarn, et au Canada, qu'on venait de découvrir au nom de la France. Une de ses dernières actions fut de demander au Pape la canonisation de.saint Ignaceetde saint François Xavier, Sous Louis XIIT, les Jésuites furent toujours en progrès, maigré l'opposition de l'université de Paris, qui prétendait au monopole de l'éducation, et qui entratnait le parlement de Paris dans ses tracasseries. La, masse de la nation. pensait différemment, Les états généraux de 1614 supplièrent le roi d'évoquer à lui celle
affaire, et d'autoriser l'établissement des Jésuites par tout le royaume,
Le cardinal de Richelieu disait aux huguenots qui réclamaient labo: lition de la compagnie de Jésus en Europe : « La bonté divine est si grande, qu'elle convertit d'ordinaire en bien tout le mal qu'on veut procurer gux siens. Vous pensez nuire aux Jésuites, et vous leur ser. vez grandement; n'y ayant personne qui ne reconnaisse que ce leur est grande gloire d'être blamés d* la bouche même qui accus l'Église, qui calomnie les saints, fait injure à Jésus-Christ et rend Dieu coupable. Ce leur est véritablement chose avantageuse ; nousle voyons par expérience, en ce que, outre les considérations qui les doivent faire estimer de tout le monde, beaucoup les aiment, particulièrement, parce que vousles haïssez?, » re
Un élève des Jésuites commençait alors à remplir le monde sayant du bruit de sa renommée : c'est René Descartes, né en France et mort en Suède. Il naquit à La Haye, petite ville de la Touraine, le trente-un, mars 1596, d'une famille noble, originaire de Bretagne, | était d’une constitution très-faible, A l’âge de huit ans, son père, conseiller au parlement de Rennes, l'envoya au collége de La Flèche, que Henri IV, venait de dnner aux, Jésuites. Il s’y distingua de bonne heure par une extrême passion pour l'étude. IL s'y lia d’une tendre et inviolable amitié avec Marin Mersenne, qui, né l'an 1588, dans in bourg du Maine, embrassa l'ordre des Minimes en 4644, fut un savant du premier ordre, l’ami, le correspondant universel des savants de son époque, en même temps un parfait religieux, et mourut à Paris en. 1648, auteur d'un grand nombre d'ouvrages. Son ami, Reni
l'Créinean-loly, #, 3, p. 61.—* Richelieu, les principaux Points de la foi à
catholique défendus contre les qu: ‘“* ministres de Charenton, c, 9,
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LLAV, LXXX VIT, = De 1005 On dirait le bon sens
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à 1650 de l'êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 519
Descartes, eut terminé son cours de philosophie à l'Age de seize ans. Il résolut alors de procéder pat lui-même à l'examen et au jugement scientifique de toutes ses Connaissances. sr . Nous avons vu Aristote rédiger l'inventaire net.et précis de tout, que savait l'antiquité païenne, Nous avons vu quelques moines, du treizième siècle, saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure, Albert le Grand, Vincent de, Beauvais, Roger Bacon, résumer dans un style clair et net toutes les sciences contemporaines, y ajouter eux-mêmes beaucoup de découvertes, et ouvrir Ia voie pour en faire d’autres, Ls profltaient du résumé universel d'Aristoté;, mais, d'après l'esprit d'Aristote même, ils rectiflaient tout ce que la foi chrétienne et l'expErianes des siècles y avaient fait apercevoir d'inexact et d'incomplet, e genre humain apparaît comme un individu, collectif, un père de famille, qui, à certaines époques , fait l'inventaire de tout son avoir, la visite de toute sa maison, pour en constater l'ensemble et s'assurer si tout y est solide. Il serait, bien à souhaiter, de nos jours, que quelques religieux de Saint-Dominique, de Saint-François, de Saint- Ignace, de Saint-Benoît ou d’autres , fissent un inventaire semblable des sciences actuelles, Le monde même leur pardonnerait volontiers cette ambition, | ess ne Dans les commencements du dix-septième siècle, il paraît que cerlains professeurs de philosophie naturelle, au. lieu de faire comme Thomas, d'Aquin et Roger Bacon, de profiter des travaux d’Aristote pour aller plus loin, s'y attachaient superstitieusement, comme les Juifs à la lettre morte de la sainte Écriture. René Descartes, comme autrefois Roger Bacon, secoua cette superstitieuse servitude, et soumit à un sévère examen, non pas les premières notions, les premiers principes de la raison naturelle, mais les conclusions scientifiques qu'il en avait tirées jusqu'alors. Il consacra sa vie entière à ce travail. Ses parents voulurent le marier À une personne très-convenable. Descartes. qui ne la trouvait point laide, lui dit pour toute galanterie qu'il ne trouvait point de beautés comparables à celle de la vérité : ilne se maria point. Son génie le portait spécialement vers la géométrie, où il fit des découvertes importantes. Pour perfectionner ses idées, il-se mit à voyager, en prenant le parti des armes : il servit successivement comme vo'sataire dans les troupes de la Hollande et du duc de Bavière. Étant en quartier d’hiver dans ce dernier pays, l'an 1619, il s'occupait fort du genre de vie et d'étude qu'il devait suivre : il recourut à Dieu, et le pria de lui faire connaître sa volonté et de le conduire lui-même dans la recherche de la vérité. Il implora le secours de la sainte Vierge, et ft vœu de visiter l'église de Lorette en Italie, Son pèlerinage n’eut lieu qu’en 1624 : il avait alors
vingt-neuf ans. Dès les prémiers jours, il promit à Dieu que, dès qu'il serait arrivé à Venise, il poursuivrait à pied sa route, et que, gi ses forces ne lui permettaient pas de supporter cette fatigue; il y suppléerait en prenant au moins l'extérieur le plus dévot ét le plus humble. C'est Descartes lui-même qui nous apprend ces particularités, dans un ouvrage qui n’a point été imprimé encore 1. De Lorette il se rendit à Rome, autant pour y profiter de la grâce du jubilé de vingt-cinq ans, qui dévait s’ouvrir à la fin de la même année , que pour ÿ contempler en philosophe cette foule immense qui devait y aborder de toute l'Europe catholique; et par conséquent le dispenser de voyager davantage pour connaître les hommés.
Il revint en France l’an 1695, ét résolut définitivement de consacrer tout le cours de sa vie et toutes les forces de sûn âme à la recherche et à la défense de la vérité. Mais, craignant que, s’il restait en France, il n’y sérait point ni assez seul ni assez libre, il se retira au fond de la Hollande. Le lieu où il résida le plus longtemps fut Egmont ; il le préférait à tous les autres, parce que les catholiques y formaient le plus grand nombre des habitants, qu'ils étaient en possession d’une église, ‘et qu’ils éxerçaient leur religion prbliquement et avec une parfaite liberté. Le voisinage de quelques prêtres catholiques très-estimables et la facilité dé communiquer avec eux influèrent encore dans'le choix de cette résidence. En arrivant en Hollande, il s'était d’abord établi à Francker, parce qu'on y disait la messe avec sûreté. Fidèle aux principes et aux devoirs de l'Église catholique, il évitait avec soin toute communication avec les protestants dans leurs exercices religieux. Le père Mersenne lui ayant écrit que le bruit s’était répandu qu'il assistait aux sermons des Calvinistes, il voulut se justifier de cette imputation dans le moment même.
Un des ouvrages qui occupèrent d’abord Descartes fut le Zraité du Monde. Il était prêt à l'envoyer au père Mersenne, qui devait le faire imprimer à Paris ; mais au moment de l'envoi, il apprit que Galilée venait d'être condamné à Rome pour avoir soutenu que la terre tournait autour du soleil. Or, Descartes soutenait où supposait la même doctrine. Cette nouvelle l’arréta tout court. Non-seulement il suspendit l'envoi de son ouvrage au père Mersenne, mais il lui écrivit qu'il était presque résolu de le brûler, ou du moins de ne le laisser voir à personne. Sa lettre est du vingt novembre 1633; il ajoutait : « Le mouvement de la terre est tellement lié avec toutes les parties de mon traité, que je ne l’en saurais détacher sans rendre
1 Baillet, Vie de Descartes, - Émery, Vie religieuse de Déscartes, p. 172 et 173
HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VII, — De 1605
Liv. LXX XVI, — De 1605 )mit à Dieu que, dès 4 sa route, ét que, âi ette fatigue; il y suplus dévot ét le plus prend ces particulaencore !. De Lorette la grâce du jubilé de a même année, que mmense qui devait y iséquent le dispenser és.
ritivement de consade sûn âme à la renant que, s’il restait ssez libre, il se retira > plus longtemps fut > que les catholiques its, qu'ils étaient en ir religion prbliquede quelques prêtres nmuniquer avec eux nce. En arrivant en parce qu'on y disait aux devoirs de l'Éimunication avec les > père Mersenne lui issistait aux sermons imputation dans le
artes fut le 7raité du 1e, qui devait le faire il apprit que Galilée utenu que la terre nait où supposait la Jurt. Non-seulement ersenne, mais il lui 1 du moins de ne le t novembre 1633; il ment lié avec toutes létacher sans rendre
Descartes, p.172 et 173.
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.
le reste entièrement défectueux. Je ne voudrais pas ‘pour rien au monde qu’il sortit de nioi un discours où il'se trouvât le moindre mot qui fût désapprouvé par l'Église ; mais aussi j'aime mieux supprimer mon traité que de le faire pardiître estropié. » Deux mois après, il'écrivait au même : « Jene voudrais Pas pour rien au monde soutenir môn opinion contre l'autorité de l'Église, Je sais bien qu’on pourrait dire que tout ce qué les inquisiteuts ont décidé n’est pas incontinent article de foi pour cela, et qu'il faut, premièrement, que le concile y ait passé ; mais je ne suis pas si amoureux de mes pensées, que de vouloir me servir de telles exceptions pour les maintenir. » Enfin, au bout de dix ans, l’année 1644, rassuré par les éclaircissements qu'il avait obtenus de Rome, et par l'exemple de fout ce qui existait d’habiles philosophes et mathématiciens catholiques, qui avaient été moins intimidés que lui par le décret de l'inquisition, il publia son livre des Principes de Philosophie, quoiqu'il ÿ suppose ouvertement que la terre tourne autour du soleil. Mais ce livre même renferme un témoignage de sa docilité religieuse ; et il le termine par protester qu'il soumet toutes ses opinions au jugement de l'Église 1.
Descartes, en Hollande, n'était pas tellement occupé des sciences mathématiques, qu'il négligeât l'étude dé la religion. I lisait saint Thomas; c'était son théologien favori, et presque son unique théologien. Il le cite souvent avec complaisance, et sa Somme, ainsi que la Bible, l'accompagnait Partout. « Je ne suis pas aussi dépourvu de livres que vous pensez, écrivait-il au père Mersenne, et j'ai encore ici une Somme de saint Thomas et une Pible que j'ai apportée de France. »
Dans les biographies de Descartes, on dit qu'il eut une fille, suivant les uns d’un mariage secret, suivant les autreg d’une union illégitime." Quelques-uns prétendent que c’est un conte inventé à l'occasion d’un automate qu'il avait fait, avec beaucoup d'industrie, Pour prouver que les bêtes n'ont point d'âme, et que ce ne sont que des machines fort composées, qui se remuent à l’occasion des corps étrangers qui les frappent et leur communiquent une partie de leur mouvemént.
L'an 164, il fit imprimer ses six méditations sur l'existence de Dieu et sur l’immatérialité de l'âme. Lui-même nous assure qu'il ne le fit que pour la gloire de Dieu et la décharge de sa conscience. Il dit à la fin de la troisième méditation : (me semble très à propos de m’arrêter quelque temps à la contemplation de ce Dieu tout par-
! Émery, Vie religieuse de Descartes.
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.füit, de poser tout à loisir ses merveilleux attributs, de considérer, d'admirer et d’adorer l'incomparable beauté de cette immense lumière, au moins autant que la force.de mon esprit, qui en demeure -en quelque sorte ébloui, me le pourra permettre. » …— Il ajoute aus- .8itôt,: «Comme la foi nous apprend. que la, souveraine félicité de l'autre vie ne. consiste que dans cette contemplation de la majesté divine, ainsi expérimentons-nous,. dès à présent, qu'une semblable méditation, quoique. incomparablement moins parfaite, nous fait jouir du plus grand contentement nous soyons capables de ressentir en. cette vie, n.. 159 Li
Teile était. l'idée qu'il avait: conçue de la grandeur de Dieu, de sa puissance, de son indépendance, de, sa sagesse, qu'il voulait que le mot infini ne ft jamais appliqué qu'à lui: seul, qu'il ne fût employé, que pour lui seul, qu'on.ne,se permit pas même de dire que la matière. est. divisible à l'infui; et eufin, il ne parlait de l'infini qu'avec une; circonspection sans bornes. «Je n'ai jamais traité de l'infini, écrivait-it, que pour me. soumettre À lui, et non point pour déterminer ce qu'il est ou ce,qu’il n’est pas !. » — Dans le sentiment profond de la toute-puissance de Dieu, il ne voulait pas qu'on dit d'aucune chose qu’elle ft impossible à Dieu, qu'on dit que les essences sont, indépendantes de lu volonté de Dieu, qu'on se: permit de vouloir pénétrer dans les fins ultérieures de Dieu; enfin, s'il était possible de.porter jusqu'à un véritable excès la vénération de Dieu, et l'idée de sa puissance, Descartes serait coupable de cet excès; et s’il est tombé , dans quelque erreur en métaphysique, c’est son extrême respect pour Dieu qui l'y a poussé. Ces réflexions sont du
respectable abbé Émery, supérieur de Saint-Sulpice, dans sa Vie religieuse de Descartes.
L'an 1644, Descartes fit le voyage de Paris ; il n’y passa que quelques jours: Dans ce court espace de temps, il fut accablé d'aftaires, ainsi que de visites ; toutefois il vit fréquemmentles Théatins, nouvel-
lement. établis dans cette;capitale, il contracta une amitié particulière avec plusieurs de ces saints veligieux, et entendit. presque tous les jours la messe dans leur chapelle. Il était également lié, d'amitié avec les principaux membres de l'Oratoire : le supérieur, le cardinal de Bérulle, était son directeur spirituel à Paris : un Oratorien lui rendait le même service en Hollande. Enfin, aux traits précédents, qui prouvent la sincère piété de Descartes et sa fidélité à remplir tous les deve : de la religion chrétienne, ajoutons que, lorsqu'il apprenait que ses amis étaient malades, il sollicitait auprès de Dieu
1 Lettre 53,t, 2,
Av LXXX VII, — Da 1606
buts, de considérer, cette immense luit, qui en demeure » — Il ajoute ausuveraine félicité de lation de la majesté , qu'une semblable parfaite, nous fait ns capables de res-
deur de Dieu, de, sa qu'il voulait que le ul, qu'il ne fût emmême de dire que e parlait de l'infini l'ai jamais traité de » et non point pour — Dans le sentiment oulait pas qu'on dit on dit que les essenqu'on se: permit de eu; enfin, s'il était vénération de Dieu, pable de cet excès; physique, c’est son 38 réflexions sont du ulpice, dans sa Vie
n'y passa que quelt'accablé d'aftaires, es Théatins, nouvele amitié particulière dit. presque tous les ement lié. d'amitié supérieur, le cardiaris : un Oratorien n, aux traits précéet sa fidélité à remutons que, lorsqu'il itait auprès de Dieu
4 1650 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 523
le rétablissement de leur santé; et, s'ils mouraient, il priait pour le repos de leurs ânes. C'est. lui-même qui nous l'apprend dans Ja cinquante-unième lettre du second volume. , ppt fe
Descartes quitta bientôt Paris, qu'il ne devait plus revoir, et rentra dans sa chère solitude d'Egmont. Il y était souvent le conseil des personnes qui, dans la révolution religieuse de. Holiande, flottaient sur le parti qu'elles avaient à prendre, et.il réussissait ordinairement à les affermir dans la foi catholique, Un, honnête homme, qui ne le connaissait pas, vint un jour le trouver comme un personnage célèbre que l'on consultait volontiers sur ces matières. Descartes l'accueillit avec. bonté, et, sans le faire,entrer dans la discussion des dogmes, il se contenta de lui demander s'il croyait. l’église protestante, fort ancienne, s'il en connaissait les commeacements, g'il avait entendu parler de la conduite et. des motifs des premiers réformateurs, ,de leur. mission, de leur autorité et des moyens qu'ils avaient mis en œuvre pour accréditer la réformation. D'après, les réponses: et..les aveux du consultant, il lui fit tirer les conclusions qui aboutirent à faire cesser toutes ses perplexités, et à l’attacher inébranlablement à la foi de ses pères.
Ce fut, peut-être ce zèle, pour la foi catholique, non moins que ses nouveaux principes, de philosophie, qui indisposa contre Descartes les théologiens, protestants d'Utrecht et de Leyde, Leur chef était le. ministre calviniste Voët, recteur de l'université d'Utrecht : il fit soutenir des thèses, il répandit des libelles atroces, où Descartes était dénoncé, aux magistrats et au public comme un athée : Descaries allait être flétri juridiquement comme athée et matérialiste, lorsqu'il recourut à l'ambassadeur de France, qui fit arrêter la procédure, Persécuté par les Calvinistes de Hollande, Descartes se vit recherché par le chef d'un royaume luthérien. Christine, reine de Suède, lui fit proposer de prendre sa cour pour retraite. L'entremelteur fut l'ambassadeur de France à Stockholm , Pierre Chanut, qui était lui-même un très-savant homme. Descartes, finit par accepter. Il fut reçu de la reine avec la plus grande distinction; il sollicita et obtint d'être exempté de tout le cérémonial, et de ne paraitre à la cour que lorsqu'il y serait appelé ; mais en récompense, la reine voulut qu'il vint l’entretenir de sciences tous les jours, à ciuq heures du matin, dans sa bibliothèque,
Tant qu'il vécut à Stockholm, Descartes n'eut d'autre logement que la maison de l'ambassadeur français. C'était une famille trèspieuse : elle pria souvent Descartes de faire des -entretiens sur la religion, Il se rendait facilement à des prières si chrétiennes ; on ne se lassait point de l'entendre et de l'admirer. L'ambassadeur nous
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apprend que sa femme fut longtemps inconsolable de ce que son fils, qui était absent, n'avait pu l'entendre un jour où il parla sur la rédemption. Ce fils, Martial Chanut, devenu prêtre, traduisit en français plusieurs bons ouvrages, entre autres la Vie de sainte T'hérèse, par elle-même. Son: père, l'ambassadeur, avait établi daris sa maison et pour sa famille des exercices journaliers de piété, tels que la prière en commun, l’exanen de conscience, ete, Descartes y assistait religieusement et avec une grande exactitude, Il entendait la messe, non-seulement les jours de fête et les dimanches, mais encore tous les autres jours de la semaine, Il s'approchait régulièrement des sacrements de péhitence et d’eucharistie, et il les avait reçus le jour même où se déclora la maladie qui devait l'enlever de ce monde, savoir, le jour de la Purification 4650. Tel est le témoignage rendu par toute la maison de l’ambassadeur, et particulièrement par le père Viogué, religieux Augustin, docteur de Sorbonne, envoyé en Suède par le pape Innocent X, en qualité de missionnaire apostolique, et qui remplissait les fonctions d’aumônier dans la maison de l'ambassadeur français.
La maladie de Descartes fut d'abord très-violente et lui laissa peu de liberté d'esprit; mais, dans le transport même où le jetait l’ardeur de la fièvre, on le voyait occupé de saintes pensées; on lui entendait dire souvent : « Allons, mon âme, il y a longtemps que tu es captive; voici l’heure où tu dois sortir de prison : il faut souffrir la séparation de ton corps avec courage et avec joie. » Le huitième jour de la maladie, il eut assez de présence d'esprit pour comprendre le danger de son état. Je crois, disait-il à l’ambassadeur, que Dieu, le souverain arbitre de la vie et de la mort, a permis que mon esprit ait été si longtemps enveloppé de ténèbres pour arrêter mes raisonnements, qui n'auraient peut-être pas été assez conformes à la volonté qu'il a témoignée de disposer de ma vie. Il conclut que, puisque Dieu lui rendait l’usage libre de la raison, il lui permettait par conséquent de suivre ce qu’elle lui dictait, pourvu qu'il s'abstint de vouloir pénétrer trop curieusement dans ses décrets, et de se livrer à aucune inquiétude sur l'événement. Il se fit donc saigner de son propre mouvement, ce qu’il avait toujours refusé jusqu'alors. Quelques moments après, l'ambassadeur étant rentré dans sa chambre, Descartes fit tomber la conversation sur la mort ; et, persuadé de plus en plus de l'inutilité des remèdes, il demanda le directeur de sa conscience, et pria qu’on ne l'entretint plus que de la miséricorde de Dieu et du courage avec lequel il devait souffrir la séparation de son âme. Il attendrit et édifia, par les réflexions qu'il fit sur son état et sur celui de l’autre vie, toute la famille de l'ambassadeur, rassemblée autour
Av. LXXXVIL. — De 1605
ble de ce que son jour où il parla sur prêtre, traduisit en
Vie de sainte Thé.
avait établi danis sa s de piété, tels que >, Descartes y assisde. Il entendait la inches, mais encore t régulièrement des ; avait reçus le jour ever de ce monde,
témoignage rendu èrement par le père e, envoyé en Suède aire apostolique, et maison de l'ambas-
nte et lui laissa peu où le jetait l’ardeur es; on lui entendait s que tu es captive; uffrir la séparation ième jour de la manprendre le danger que Dieu, le souvemon esprit ait été mes raisonnements, à la volonté qu'il a e, puisque Dieu lui ait par conséquent stint de vouloir pé- se livrer à aucune le son propre mou- Quelques moments nbre, Descartes fit de plus en plus de e sa conscience, et orde de Dieu et du ion de son âme. Il on état et sur celui rassemblée autour
de son lit. La nuit suivante, il entretint encore l'ambassadeur de sentiments de religion, et lui marqua, en termes également généreux et touchants, la disposition où il était de mourir pour obéir à Dieu, et le sacrifice qu'il lui offrait de sa vie en expiation de ses fautes, Dans le soir du lendemain, on:vint avertir que le malade paraissait toucher à sa dernière heure : l'ambassadeur accourut avec sa famille, pour recueillir les dernières paroles de son ami; mais déjà il ne parlait plus,
Le confesseur, qu'il avait inutilement demandé jusqu'alors parce qu'il était. absent de Stockholm, arriva dans le moment, Il vit bien que le malade n'était point en état de faire sa confession de bouche; il fit donc souvenir l'assemblée qu'il avait rempli tousles devoirs d'un Chrétien fidèle, dans le premier jour de sa maladie et un mois auparavant. Croyant ensuite reconnaître, aux yeux du malade et au mouvement de sa tête, qu'il conservait la connaissance, il le pria de témoigner par quelque signe s’il l'entendait, encore, et s’il voulait recvoir de lui la dernière bénédiction. Aussitôt. le malade leva les yeux au ciel, d'une manière qui toucha tous les assistants. et qui annonçait une parfaite résignation à la volonté de Dieu. La bénédiction donnée, le prêtre commença les prières des agonisants ; elles n'éaient pas achevées, quand Descartes rendit tranquillement l'esprit à son Créateur, le 44 février 1650, à quatre heures du matin, âgé de cinquante-trois ans dix mois et onze jours. Telles furent sa vie et sa mort comme Chrétien catholique 1, .
La dernière lettre qu'il dicta sur le point de mourir fut à ses deux frères, conseillers au parlement de Bretagne, pour leur recommander sa nourrice, de laquelle il avait toujours eu soin pendant sa vie.
La reine Christine voulut faire placer le tombeau de Descartes parmi ceux des premières familles de Suède; mais l'ambassadeur français réclama pour son ami la sépulture de ses compatriotes, et son corps fut transporté à Paris l'an 1666, et déposé dans l'église de Sainte-Geneviève, On doit remarquer, pour l'honneur de la France, que les persécutions que Descartes éprouva lui ont toutes été suscitées par des étrangers : ajoutons que son nom fut célébré et honoré dans sa patrie, de son vivant même, Le cardinal Mazarin lui fit donner en 4647, avec les circonstances les plus honorables, une pension de trois mille livres, qui, malgré les troubles du royaume, lui fut exactement payée.
Comme géomètre et physicien, Descartes simplifia beaucoup l’algèbre, trouva l'application de l'algèbre à la géométrie, ce qui lui fa-
1 Bai!let et Émery.
526 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVII. — De 1605
cilita la solution de plusieurs prôblèmes jusqu’alôrs insolhbles, Il
donnala véritable théorie de l'arc:en-ciel, et suggéra à Pascal l'expérieñcé du Puy-dé-Dôme sut l'ascétision du merchve." Mais les' savants lüi reproéhént qüé, aû liet de suivré toüjours: dans:16s “sciences naturélles l'expérience et lé caleul, it y'substitue' trop'souvent des hypothèses et'des imaginations, qu “il donnait pour des’ propositions évidéhtes, et qui ont été entièrement abandonnéés , telles ‘que ses tourbillons pour expliquer le système du monde.
Mais par où Descartes fit et fait éncore le’ plus de bruit, c'est par sa philosophie, : sa Métaphysique, son'doute raisonné. On'croit généralement, et nous avons’ éru comme les autres, qué lés principes, la shéthôde, Te’ système pilééophique de Dedcartés reviennent à ceci : a il véut qu'a moins uné fois ddfis 84 vie éhacun révôque sérieusemént en question tout cé qu'il a cr jusque-1à; les premiers principes, même sa propré existence ; érisuité, pour sortir de ce doute universel, ‘il ne donne à chacun que sa propre raisoh, cette même raison qui doute d'elle-même aussi bieñ que dé tout le réste; en un mét, pour sortir du doute, il ne présente d’autré moyen que ce doute
même, c'est-à-dire qu'il n’én ‘présente aucun, »' C'est ‘ainsi que, dans lé vingtième livre de cette histoire, nous avions résumé. le système cartésien, d'après l'idée qu'on en'a généralement. Or, après avoir lu atfentivérnent les six méditations dé Descartes sur l’existéncé de Dieu'et l'immatérialité de l'âtne, mais surtout ses réponses aux objections que lui firent de doctesaiis, principalèmént le chanoine Gässendi, le Minime Mersennè et lé Jésuite qui prôfessait la philosophie à La Flèche, nous sommes convaincus que l’on à méconnu généralement la périséé'i rte véritable et définitive dé Descartes dans son système. IL'veut qu’une fois dans sa vie, non pas chaque individu, mais les esprits d'élite, révoquént momentanément en doute, non pas les prerniers principes dont'tout le monde convient, ni même les conclusions pratiqués que l'on en tire, ‘mais les jugements’ spéculatifs, les conclusions métaphysiques qu’on en a tirées soi-même ou reçues dé confiance.
‘Ainsi, dans sé$ Réponses au recueil des principales instances, faites par le chahbine Gassendi, Descartes s’exprime en ces termes : « Vos amis remarquênt trois objéttions: contre la première méditation, à savoir : 40 Que je demande une chose impossible, en voulant qu’on quitte toutes sortes de préjugés ; 2 qu’en pensant les quitter, on se revêt d’autres préjugés qui sont plus préjudiciables ; 3° et que la méthode de douter de tout, que j'ai proposée, ne peut servir à trouver aucune vérité.
« La première de ces objections est fondée sur ce que l'auteur de
v. LXXX VII. — De 1605
\oté insolhbles, 11 ra à Pascal l'expé- 6." Mais les savants ns:lès ‘sciences na- ‘souvent deë hypos' propositions évitellés que ses tour-
de bruit, c'est par hé. On croit généné lés principes, la ‘reviennent à ceci :
\ révôque sérieuseléé premiers prinsortir de ce doute raisoti, cette même out'le reste; en un moyen que ce doute »'C'est ainsi que, ons résumé. le syslement. Or; après iscartes sur l’exisurtout ses réponses âlémént le chanoine rôfessait la philoso- "on a méconnu géitive dé Descartes e, non pas chaque nomentanément en le monde convient, ire, ‘mais les jugequ’on en a tirées
alés instances, faites ces termes: « Vos emière méditation, e, en voulant qu'on it les quitter, on se es; 30 et qué la méeut servir à trouver
r ce que l’auteur de
ne laisse pas d’étre utile à préparer l'edprit poüt’en BE ctvest à cela que je l'ai employé 1, #0 Hp #07
à 1650 de l'ère cbr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 527
cerecueil n'a pas considéré que le mot de’ préjugé. ne #’ ‘poi à toutes les notions qui sontien nôtre ht cer Fr n qu'il est impossible de's6 défaire, mais séuterient à ‘toutes les opis nions'qu'ont laissées dans notre esprit'les jugéinénts que nous avons! portés auparavant; et parce que c’est une action de la volonté que de juger où de ne juger pas, dinsi que j'ai expliqié én son lieu, il:est évident qu'elle est'en notre pouvoir; /car enfin > pour s6 défaire de toùte sorte de préjugés, il'ine-faut autre clos que ‘se résoudre à:né ren assurer où’ nier dé tout dé/qu'on avait Hssuré ou nié auparavant sinon après l'avoir derechef'examinié, quofqu’ôû'ne laisse pas! pour cela. de retenir toutés les mêmes'notioris én°$a fémoite. J'ai dit néanmoins qu’il y avait dela difficulté à” chaësér éinst hors ‘de sa créance tout ce qu'on'y avait mis auparavant s'partié à cause qu'il est besoin d'avoir quelque/raisony de déutér”avänt que de s'y! déterz miner, et partie aussi à cause que, quelque réséhition: qu'on ait prise Pa .. ni ve on's’en oublie aisément par après, sion ne l'a ortement imprimée en sa Mémoire ai dési e y pensât ses soin, * ñ aa nee ape ie x > rh « La seconde objection n’est qu'une’ supposition Mariféstement husse. Car) encore qué j'aie dit qu’il fallait mêiné s'efforcér de nier les choses qu'on'avait trop assurées ‘auparavänt, j'ai très-expressément limité que cela iné'isé devait faite:qué pendant le temps qu’on portait sn" attention à chercher quelquechose dé plus cértain que lént ce qu'on pourrait ainsi nier pendafit lèquél témps il ést évident qu'on ne Saurait se revêtir d'aucun préjugé qui sbit préjudiciable. « La troisième aussi ne contient qu'une Cavillatiôn'; car, bien qu’il soit vrai que le douté'seul né’suftit pas Pôur'établit aucune vérité, il établir par après;
“Un péu plus loin; ‘au stijet de la Seconde méditation, Descartés dit
des übjéctions qu'on lui faisait :« La seconde objection que remar-
| qüent ici vos amis, c'est que pour savoir qu’on pense, il faut savoir
ce que c'est que penséé; ce que je ne sais print, disent-ils; à cause qué j'a tout nié. Mais jé fl'ai nié que les préjugés, et’'non point les notions, Comme celle-ci, qui'se connaissent sans aucuite affirmation ni négation 2, » FES NO Vas somtog Hitp 89 Moi |
Enfin, au commencemént de ses Réponses’ aux sixièmes objec-
| lions, faites par divers théologiens, philosophes et géomètres, il
: Les Méditations Métaphysiques de Réné Descartes. Paris, 1724, t, 9, in-12, Ë - OEuvres de Descartes, publiées par Victor Cousin. Paris, 1824, t. 2, 19°, p. 308-305. — ? Ibid., p. 258 et 259, édit. in-12. - P. 306, in-89, Cousin.
5à8 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv, LXXXVIL. — De1605 äit de même : « C'est une chose très-assurée, que personne ne peut
être certain s'il pense ou s'il existe, si premièrement il ne sait ce d
que c’est que la pensée et que l'existence. Non que pour cela il ait u
besoin d’une science réfléchie ou acquise par une démonstration ; et V
beaucoup moins de la science de cette science, par laquelle il con- d
se naisse qu'il sait, et derechet qu'il sait qu'il sait, et ainsi jusqu'à l'in- l if fini, étant impossible qu’on en puisse jamais avoir une téllé d'aucune n 4) chose que ce soit; mais il suffit qu’il'sache cela par: cette sorte de û NES connaissance intérieure qui précède toujours l'acquise, et qui est si ni ; naturelle à tous les hommes, en ce qui regarde la pensée et l’exis- M tence, que, bien que peut-être étant aveuglés par quelques préjugés h
et plus attentifs au son des ‘paroles qu'à leur véritable signification,
nous puissions feindre que nous ne l'avons point, il est néanmoins lu impossible qu'en effet nous ne l’ayons. Ainsi donc, lorsque quel- ch
qu'un aperçoit qu'il pense et que de là il suit éviderament qu'il existe, ce
encore qu'il ne,se soit peut-être jamais auparavant mis en peine de pr
savoir ce que c'est que la pensée et que l'existence, il ne se peut tio
faire néanmoins qu'il ne les connaisse assez l’une et l’autre pour être
en cela pleinement satisfait 1, je
Déjà précédemment Descartes avait dit dans ses Réponses aux D cel
secondes objections, recueillies de plusieurs théologiens et philo Pr
sophes, par le père Mersenne : a Là où j'ai dit que nous ne pouvons plu
rien savoir certainement, si nous ne connaissons premièrement que plu
Dieu existe, j'ai dit en termes: exprès que je ne parlais que de la que
science de ces conclusions dont la mémoire nous peut revenir en che
l'esprit , lorsque nous ne pensons plus aux raisons d’où nous les \
avons tirées. Car la connaissance des premiers principes ou axiomes la s
n’a pas accoutumé d’être appelée science par les dialecticiens. Mais phi
quand nous apercevons que nous sommes des choses qui pensent, recu
c'est une première notion qui n’est tirée d'aucun syllogisme, Et lors- de que quelqu'un dit : Je pense, donc je suis ou j'existe, il ne conclut loso
pas son existence de sa pensée, comme par la force de. quelque tion syllogisme ; mais comme on voit une chose connue de soi, il, la voit les |
par une simple inspection de l'esprit; ainsi qu'il paraît de ce que, qui s’il la déduisait d’un syllogisme, il aurait dû auparavant connaître mét: cette majeure : Tout ce qui pense, est ou existe; mais, au contraire, de b fl elle lui est ens: gnée de ce qu'il sent en lui-même qu'il ne se peut Æ l'ex pas faire qu’il pense s’il n'existe. Car c’est le propre de notre esprit de mes formerles propositions générales de la connaissance des particulières. (@ i Les Méditat, métaph. de Réné Descartes, p. 290 et 291, in-12. - P, 338 et 384, e
in-80, Cousin,
Liv, LXXXVIL. — De 1605
ue personne he peut ement il ne sait ce | que pour cela il aît e démonstration ; et par laquelle il conet ainsi jusqu'à l’inir une tellé d'aucune a par cette sorte de acquise, et qui est si la pensée et l'exisr quelques préjugés ritable signification, nt, il est néanmoins donc, lorsque quelerament qu'ilexiste, ant mis en peine de stence, il ne se peut > et l’autre pour être
ns ses Æéponses aux éologiens et philoue nous ne pouvons $ premièrement que > parlais que de la Jus peut revenir en isons d’où nous les rincipes ou axiomes s dialecticiens. Mais choses qui pensent, syllogisme. Et lorsexiste, il ne conclut a force de quelque que de soi, il. la voit ‘il paraît de ce que, iparavant connaitre mais, au contraire, me qu'il ne se peut re de notre esprit de ce des particulières.
.in-12. -P, 338 et 394,
douteuse ne doit pas être appelée du nom de science ; et puisque l'on suppose que celui-là est athée, il ne peut pas être certain de n'être point déçu dans les choses qui lui semblent très-évidentes, comme il a été montré ci-devant ; et encore que peut-être ce doute ne lui vienne point en la pensée, il lui peut néanmoins venir, s'il l'examine ou s’il lui est proposé par un autre ; et jamais il ne sera hors de danger de l'avoir, si premièrement il ne reconnait un Dieu 1, »
On reprochait à la philosophie de Descartes d’être nouvelle ; on lui reprochait surtout son arrogance de prétendre expliquer des choses que n'avait pu l’ancienne philosophie des Péripatéticiens. Sur cela, voici comme Descartes s’exprime dans sa lettre au père Dinet, provincial des Jésuites de France, à l’occasion des Septièmes objeclions, envoyées par le père Mersenne :
« À quoi je réponds qu’à la vérité je ne me vante de rien, et que je ne crois pas voir plus clair que les autres ; mais que peut-être cela m'a beaucoup servi, de ce que, ne me fiant pas trop à mon propre génie, j'ai suivi seulement les voies les plus simples et les plus faciles. Car il ne se faut pas beaucoup étonner si j'ai peut-être plus avancé en suivant les routes faciles et ouvertes à tout le monde que peut-être d'autres n’ont fait avec tout leur esprit, en suivant des chemins difficiles et impénétrables.…
« Mais bien davantage, je dis hardiment que l'on n’a jamais donné : la sclution d'aucune question, suivant les principes de la philosophie péripatéticienne, que je ne puisse démontrer être fausse ou non recevable. J'avertis seulement, pour ôter tout sujet de caption et de dispute, que, quanä je parle des principes particuliers à la philosophie péripatéticienne, j'en excepte ces questions dont les solutions sont tirées ou de la seule expérience qui est commune à tous ls hommes, ou de la considération des figures et des mouvements qui est propre aux mathématiciens, ou des notions communes de la métaphysique, notions communément reçues de toutes les personnes de bon sens, et que j’admets, aussi bien que tout ce qui dépend de l'expérience des figures et des mouvements, comme il paraît dans mes Méditations.
(Je dis de plus, ce qui peut-être pourra sembler paradoxe, qu’il N'y a rien en toute cette philosophie, en tant que péripatéticienne et
UT. 1, p. 89 et 90, in-12, - T. 1, p. 426-428, in-8o, Cousin. XX V. 34
530 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII, — De 1605
différente des autres, qui ne soit nouveau, et qu’au contraire, il n'y a rien dans la mienne qui ne soit ancien ; car, pour ce qui est des principes, je ne reçois que ceux qui jusques ici ont été connus et admis généralement de tous les philosophes, et qui, pour celà même, sont les plus anciens de tous. Et ce qu'ensuite j'en déduis paraît si münifestement (ainsi que je fais voir) être contenu et renfermé dans ces principes, qu'il paraît aussi en même temps qué cela est trèsancien, puisque c'est la nature même qui l'a gravé et imprimé dans nos esprits !, »
D'après ces divers passages, auxquels on pur en ajouter d’autres, il est certain que Descartes ne prétendait nullement révoquer en doute, ne fût-ce que momentanément, les premiers principes qu'il croyait même innés dans l'homme, ni non plus les conséquences pratiques et morales qui en découlent naturellement, mais uniquément les jugements ét conclusions métaphysiques qui constitüent la science proprement dite. En quoi il est d'accord avec Aristote, qui dit que la science n'est pas des premiers principes, mais des conclusions, et qui appelle prémiers principes les propositions qui obtiennent créance, qui persuadent par elles-mêmes et non par d'autres. Car dans les principes scientifiques, dit-il, il ne faut pas chercher le pourquoi; mais chacun des principes doit être cru, doit être de foi par lui-même, Il tire de là cette conséquence, que c’est une nécessité de croiré aux principes et aux prérmisses plus qu’à la conclusion. J'appelle principes démonstratifs, dit-il encore, les opinions communes par lesquelles tous les hommes démontrent, par exemple, ces principes : qu’il n’y a pas de milieu entre le oui et ie non ; qu'il est impossible qu'une chose soit tout à la fois et ne soit pas, et autres propositions semblables #, Ainsi donc, quant à la nature des premiers principe, À stote et Descartes ne se combattent pas. Si maintenant, comme is se doit, l'on restreint la signification du sens commun à l’ensemble de ces premiers principes de la raison naturelle et de leurs principales conséquences, les divers systèmes de philosophie sur la certitude scientifique pourront aisément se concilier et même se fondre en un.
Ce qui’a poussé Descartes à son doute raisonné, c’est son vif désir de prouver aux sceptiques, aux athées et aux matérialistes l'existence de Dieu et l’immatérialité de l'âme. Les sceptiques, les athées et les matérialistes mettaient sérieusement en doute ces premières vérités de la raison et de la morale. Pour les guérir, Des-
—?1 Top., 1. —
1 T. 2, p. 363-365, in-12. - T. 9, p. 26-29, in-80. Cousin, 3 Anälyt. post., 1. 1,0. 2, sub fine. — * Métaph., 1. 2, c. 2.
ST M let
= us
iv, LXXXVWII, — Le 1006
’au contraire, il n'y pour ce qui est des ont été connus et ui, pour celà même, l'en déduis paraît si 1 et renfermé dans s que cela est trèsvé et imprimé dans
Jourrait en ajouter ait nullement révoles premiers prini non plus les connaturellémént, mais ’hysiques qui con- | est d'accord avec premiers principes, rincipes les propopar elles-mêmes et ifiques, dit-il, il ne principes doit être cette conséquence, aux prémisses plus ratifs, dit-il encore, ommeés démontrent, lieu entre le oui et it à la fois et ne soit donc, quant à la rtes ne se combatestreint la significaers principes de la nces, les divers syspourront aisément
sonné, c'est son vif t aux matérialistes
Les sceptiques, les t en doute ces preur les guérir, Des-
sin, —?1 Top., 1. —
à 1050 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 531
cartes s'inocule en quelque sorte leur maladie. Il soumet au doute et à l'examen tous ses jigements ou conclusions scientifiques, Toujours il lui reste ce fait évident : Que quelqu'un me trompe où ne me trompe pas, toujours est-il que je doute, que je pense: done Je suis; et je suis une chose qui pense. Voilà donc, en toüt cas quelque chose de certain. Ce qui ne l'est pas moins, c’est que pes n'est pas moi qui me conserve l'existence d'un moment à l'autre pas plus que je ne me la suis donnée. Celui qui me l'a dénnée et me la conserve, c'ést done Dieu, cet être infiniment parfait, dont j'ai l'idée claire et nette comme de moi, et dont cette idéé iriplique l'existence même, Telle est, pour le fond, l'argumentation g'aduélle de Descartes dans ses six méditations métaphysiques. Évitant les longs circuits des raisonnements ordinaires, il espère atteindre en {rois pas cés grands renégats de la raison naturelle, les sceptiques les athées, les matérialistes, les saisir par léur douté même et’ leur montrer que, tant qu'ils ne reconnättront pas l’éxistence de Dieu toutes leurs sciences n'ont aucune certitude raisonnée. Mäîntenant, lors même que Descartes n'eût pas réussi dans $on entreprise ce serait toujours une gloire de l'avoir tentée. On voit aussi combien il avait raison de dire que cette argumentation avec les sceptiques les athées et les matérialistes, ne convenait pas à tout individu mais seulement à des esprits d'élite, dégagés des images corporelles et exercés à l'escrime du raisonnement. Les meilleurs esprits de sn temps, les Gassendi, les Mersenne, ne comprenaient pas toujours le sens et les limites précises ‘de son Système de philosophie, tant par la difficulté de la chose que parce que lui-même ne s'exprimait pas toujours avec assez de netteté et de précision. De là une longue suite de sept séries d’objections, les septièmes de la part du lésuite qui professait la philosophie au collége de La Flèche, C'est dans les réponses de Déscartes à ces objections que nous avons trouvé ces explications authentiques qui donnent à sa philosophie un sens tout autre qu'on ne croit communément, et qui lui concilièrent peu à peu les auteurs de ces objections, nommément le Jésuite, Ces objections sont les mêmes auxquelles les cartésiens ont donné lieu en oubliant les explications du maitre et en lui faisant dire ce qu'il Proteste ne dire pas. C’est dons une cause à revoir de part et d'autre ne fût-ce que pour prévenir les terribles inconvénients que Bossuet tn appréhendait pour l'Église.
Nous avons déjà vu combien le Caïtésien Malebranche, tout en parlant d'idées claires et distinctes, accumule d'idées vagues. inexactes et fausses sur la nature et la grâce. Bossuct eut peur. Il écrivit à un disciple de l’illustre Oratorien : « Pour ne rien vous
532 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXXXVIL. — bc1605
dissimuler, je vois non-seulement en ce point de la nature et de la grâce, mais encore en beaucoup d’autres articles très-importants de la religion, un grand combat se préparer contre l'Église, sous le nom de philosophie cartésienne. Je vois naître de son sein et de ses principes, à mon avis mal entendus, plus d’une hérésie ; et je prévois que les conséquences qu’on en tire contre les dogmes que nos pères ont tenus, la vont rendre odieuse, et feront perdre à l'Église tout le fruit qu’elle en pouvait espérer, pour établir dans Vesprit des philosophes la divinité et l’immortalité de l'âme. De ces mêmes principes mal entendus, un autre inconvénient terrible gagne sensiblement les esprits; car, sous prétexte qu'il ne faut admettre que ce qu'on entend clairement, ce qui, réduit en certaines bornes, est très-véritable, chacun se donne la liberté de dire : J'entends ceci, et je n’entends pas cela; et, sur ce seul fondement, on approuve et on rejette tout ce qu’on veut, sans songer qu'outre nos idées claires et distinctes, il y en a de confuses et de générales qui ne laissent pas que d'enfermer des vérités si essentielles, qu’on renverserait tout en les niant. Il s’introduit, sous ce prétexte, une liberté de juger qui fait que, sans égard à la tradition, on avance témérairement tout ce qu’on pense; et jamais cet excès n’a paru, à mon avis, davantage que dans le nouveau système (De la Nature et de la Grâce, par Malebranche), car jy trouve à la fois les inconvénients de toutes les sectes, et en particulier ceux du pélagianisme {, »
Ainsi Bossuet voyait un grand combat se préparer contre l'Église, sous le nom de philosophie cartésienne : il voyait naître de son sein et de ses principes, à son avis mal entendus, plus d'une hérésie; mais il ne dit pas comment, à son avis, il fallait entendre ces principes pour les entendre bien. D'après les explications de Descartes, nous croyons qu'il est possible de suppleer à ce que Bossuet ne dit pas. Comme sous avons vu, Descartes ne prétend nullement soumettre au doute et à l’examen les premiers principes de la raison naturelle, ni les conclusions principales et pratiques qui en découlent, mais uniquement les conclusions métaphysiques qui constituent la science proprement dite. Encore soumet-il ces conclusions au doute et à l'examen, non pas de tout esprit, mais seulement des esprits solides et exercés, qu'il reconnaît être en fort petit nombre. Enfin, il excepte formellement et à plusieurs reprises, même du doute et de l'examen des esprits les plus capables, toutes les vérités
Bossuet. Lettre du 21 mai 1687 à un disciple du père Malebranche, édit. Lebel, 1.97, p. 374 et 375.
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LS
LXXXVIL — De1605
a nature et de la s très-importants tre l'Église, sous de son sein et de ne hérésie ; et je e les dogmes que feront perdre à pour établir dans ité de l'âme. De onvénient terrible qu'il ne faut adduit en certaines rté de dire : J’enul fondement, on nger qu'outre nos de générales qui ssentielles, qu’on ce prétexte, une dition, on avance t excès n’a paru, ème (De la Nare à la fois les inr ceux du péla-
er contre l'Église, naître de son sein 1s d’une hérésie; entendre ces prinjons de Descartes, que Bossuet ne dit Id nullement souipes de la raison es qui en décousiques qui consti- -il ces conclusions , mais seulement en fort petit nom- 'eprises, même du , toutes les vérités
ebranche, édit. Lebel,
à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 533
surnaturelles, toutes les vérités de la foi chrétienne, attendu que de leur nature elles sont au-dessus des lumières naturelles de la raison, et que pour les saisir et les bien entendre il faut lalumière surnaturelle de la grâce et de la foi, qui se manifeste par l’enseignement de l'Église catholique. Ainsi, dans ses réponses aux secondes objections recueillies et envoyées par le père Mersenne, Descartes conclut entre autres :
«Et partant, ce que vous objectez touchant la foi que nous devons embrasser, n’a pas plus de force contre moi que contre tous ceux qui ont jamais cultivé la raison humaine, et, à vrai dire, elle n'en à aucune contre pas un. Car, encore qu'on dise que la foi à pour objet des choses obscures, néanmoins ce Pourquoi nous les croyons n'est pas obscur, mais il est plus clair qu’une lumière vaturelle. D'autant qu'il faut distinguer entre la matière ou la chose à laquelle nous donnons notre créance, et la raison formelle qui meut notre volonté: à la donner. Car c'est dans cotte seule raison formelle que nous voulons qu'il y ait de la clarté et de l’évidence. Et quant à la matière, personne n’a jamais nié qu’elle pût être obscure, voire l'obscurité même ; Car quand je juge que l'obscurité doit être ôtée de nos pensées pour leur pouvoir donner notre consentement, sans aucun danger de faillir, c'est l'obscurité même qui me sert de matière pour former un jugement clair et distinct.
« Outre cela, il faut remarquer que la clarté ou l'évidence, par laquellenotre volonté peut être excitée à croire, est de deux sortes : l’une qui part de la lumière naturelle, et l’autre qui vient de la grâce divine.
« Or, quoiqu'on dise ordinairement que la foi est des choses obscures, toutefois cela s'entend seulement de sa matière, non point de la raison formelle pour laquelle nous croyons. Car, au contraire, cette raison formelle consiste en une certaine lumière intérieure, de laquelle Dieu nous ayant surnaturellement éclairés, nous avons une confiance certaine que les choses qui nous sont proposées à croire ont été révélées par lui, et qu’il est entièrement impossible qu'il soit menteur et qu’il nous trompe; ce qui est plus assuré que toute autre lumière naturelle, et souvent même plus évident, à cause de la lumière de la grâce,
€... Et ceux aussi qui liront mes méditations n'auront pas sujet de croire que je n’aie point connu cette lumière surnaturelle, puisque, dans la quatrième, où j'ai soigneusement recherché la cause de l'erreur .ou fausseté, j'ai dit, en paroles expresses, qu'elle dis-
Pose l'intérieur de notre pensée à vouloir, e£ que néanmoins elle ne diminue point la liberté1. »
ET 1, 100-103, in-12, - T. 14, P. 436-438, in-80, Cousin.
534 HISTOIRE UNIVERSELLE |Liv. LXXXVIL. — De1605
A la suite de ces réponses, et par déférence pour le conseil du père Mersenne, Descartes dispose d’une façon géométrique les raisons qui prouvent l'existence de Dien,.et la distinction qui est entre l'esprit et le:corps de l’homme. Il pose d'abord des définitions des princinaux termes, : sept demandes à ses lecteurs, dix axiomes ou notions communes, enfin; quatre propositions ou preuves démonstratives. Dans ses demandes aux lecteurs, il leur demande, « en troisième lieu, qu’ils examinent diligemment les:propositions-qui n'ont pas besoin .de preuves, et ' dont chacun trouve les notionsien soimême, comme celles-ci : qu'une méme chose.ne peut pas être et n'être pas tout ensemble ; que le néant ne peut être la cause efficiente d'aucune chose; et. autres semblables; et qu’ainsi ils exercent cette clarté de l’entendement qui leur a été donnée par la nature, mais que les perceptions des sens.ont accoutumé de troubler et d’obscurcir ; qu'ils l'exercent, dis-je, toute pure et délivrée de leurs préjugés, car par ce moyen la vérité des axiomes suivants leur sera fort évidente. »
Enfin, dans ses réponses aux quatrièmes objections, qui sont du docteur Arnauld, il dit entre autres : « Je confesse donc ingénument avec:lui que les choses qui sont contenues dans la première méditation, et même dans les suivantes, ne sont pas propres à toutes sortes d’esprits; et-qu'elles ne s’ajustent pas à la capacité de tout le monde. Mais ce n’est pas d'aujourd'hui que j'ai fait cette déclaration ; je l'ai déjà faite, et la ferai encore autant de fois que l’occasion s’en pré- .sentera 2. »
Tels sont donc les vrais principes de Descartes, expliqués et rectifiés par lui-même. C’est donc les entendre bien mal, que de soumettre au douteet à l'examen non-seulement les conclusions éloignées et scientifiques, mais les premiers principes de la raison naturelle, mais leurs conclusions prochaines et morales, mais surtout les vérités de l'ordre surnaturel, les vérités de la foi divine, et de soumettre tout cela au doute et à l'examen de tous les esprits quelconques, principalement de: ceux: qui se .croiront d'autant plus capables qu'ils le seront moins, Or, comme nous le voyons par la lettre de Bossuet, c'est ainsi que les cartésiens entendaient généralement les principes de leur maître.
Ce qui a pu les induire à oublier ou à négliger les explications que ce maître leur avait données, ce sont les applaudissements intéressés
de:la secte jansénienne. Ces nouveaux hérétiques, comme tous leurs devanciers, préféraient leur évidence individuelle, vraie ou apparente, sincère ou feinte, à toute l’Église de Dieu. Nous verrons quel-