‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme]Chapitre 98 sur 121 · PATENT RER CS · texte numérisé non relu

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Liv. LXXXVII. — De 1605

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à 1650 de l'ère chr.| Dé L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 571

piété ni les autres vertus chrétiennes de Tilly : on le représente croyant à l'astrologie judiciaire, et n’ayant peut-être pas toujours la tête bien saine. I n'obéissait aux ordres de l’empereur que quand et comme cela lui plaisait : son obstination fait avorter le projet d'une marine nationale ; il ne se trouve pas sur les lieux pour empécher le roi de Suède de débarquer en Alemegne. Sa conduite excite de violents soupçons : l’empereur lui ôte le commandement de l'armée en 1630, le lui rend à la fin de 1631. Bientôt les soupçons se renouvellent, non sans motifs : Wallenstein surpassait en faste la plupart des souverains, son ambition égalait son faste : la France lui offrait son appui pour se faire roi de Bohême. En janvier 1634, il entreprend ouvertement de soulever son armée contre l’empereur, ne réussit pas, est tué par des capitaines demeurés fidèles.

D'un autre côté, pour exécuter son édit de restitution, enlever aux protestants les évêchés et les abbayes usurpés sur les catholiques, Ferdinand travaillait à réunir les plus considérables de ces bénéfices sur la tête de son fils Léopold-Guillaume. Ainsi, lan 1627, ce jeune prince, déjà évêque de Strasbourg et de Passau, grand maître de l'ordre Teutonique et abbé de Murbach, fut encore nommé évêque de Halberstadt et abbé de Hirsfeld. Son père lui destinait encore les archevêchés de Brême et de Magdeboursg ; il fut effectivement nommé pour le premier, mais fut prévenu pour le second par le fils de l'électeur de Saxe. Accumuler ainsi les archevêchés, évêchés et abbayes sur la tête d’un jeune prince , n’était pas le moyen de réformer les abus, mais de les ramener et de les augmenter, Car enfin, la cause profonde et première de tous les malheurs de l'Allemagne, y Compris la révolution religieuse et ses suites déplorables, qui durent encore, c’est le clergé d'Allemagne. Et ce qui est vrai de ce pays, l’est de tout autre. Si le clergé d'Allemagne avait été ce qu'il doit être, ses évêques des Charles Borromée, ses prêtres des Vincent de Paul; si les uns et les autres n'avaient pas oublié que les biens de l'Église sont le patrimoine des pauvres, la rançon des captifs, la ressource de toutes les bonnes œuvres, en particulier de la propagation de la foi, ces biens n'auraient pas tant provoqué les déclamations des hérésiarques ni la cupidité des princes. L'Allemagne, unie à l'Église de Dieu, fût demieurée une avec elle-même, au lieu de <2 diviser et se fractionner, et la moitié de sa population s’égarer dans l'hérésie pour des siècles. Puisse cette cause première et profonde des malheurs de l'Allemagne devenir de nos jours une cause de salut et de bénédiction !

Mais revenons à la seconde période de la guerre de trente ans. Après la destitution de Wallenstein, en 1630, le comte de Tilly, qui

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eût mieux aimé se retirer dans un cloître, fut chargé du commandement général de l’armée catholique. Le trois avril 1631, le roi de Suède emporte d'assaut et livre au pillage la ville de Francfort-surl'Oder. Tilly, qui avait fait investir Magdebourg dès le mois de décembre 1630, l'assiége dans les formes vers la fin de mars 1631 : bien des fois il écrivit de la manière la plus pressante aux habitants et aux magistrats de la ville, au commandant suédois, à l’administrateur intrus de l’archevêché, le margrave Christian-Guillaume de Brandebourg, de se soumettre à l'autorité de l'empereur et de prévenir les horreurs d’un assaut ; les assiégés, qui comptaient sur ie prochain secours du roi de Suède, répondirent toujours d’une manière évasive : le trompette que Tilly leur avait envoyé le dix-huit mai, ils ne le renvoyèrent que le vingt, dans la persuasion que les assiégeants ne tenteraient pas d'assaut dans l'intervalle. Ce fut précisément le dix-huit que le général bavaroïis Pappenheim proposa l'assaut dans le conseil de guerre : Tilly, qui souhaitait conserver la ville, n'y consentit qu’à regret. Le dix-neuf, pour rassurer les habitants, il fit retirer quelques canons des fossés, comme pour aller au-devant de l’armée suédoise. Le vingt, au lieu de donner le signal de l'attaque, il convoque un nouveau conseil de guerre, qui dure deux heures. L'attaque est résolue : Tilly différait encore , espérant que son trompette rapporterait une réponse qui épargnerait la ville, ou qu’à la vue du danger les assiégés hisseraient le drapeau de la soumission, Mais Pappenheim , craignant un nouveau contre-ordre, se met à la tête de ses régiments, monte à l’assaut et pénètre dans la ville avant que le reste de l’armée se soit ébranié. L'armée impériale n'était pas composée uniquement de catholiques : il s’y trouvait beaucoup de luthériens de Misnie et d'ailleurs ; un corps des assaillants était commandé par un prince luthérien, le duc Adolphe de Holstein : ils ne montrèrent pas moins de fureur que les Wallons et les Croates. Car les habitants se défendirent, tirèrent sur eux du milieu de leurs maisons ; on se battit dans les rues pendant deux heures; Pappenheim eut mille hommes tués ; la mêlée fut horrible, surtout lorsque le resie de l’armée eut pénétré dans la ville par les trois autres côtés : bientôt le feu éclata en plusieurs quartiers à la fois, la ville entière ne fut qu'un vaste incendie et puis un amas de ruines, Le feu n'épargna que la cathédrale, le monastère de Notre-Dame et cent trente-neuf cabanes de pêcheurs, sur le bord de l’Elbe : la cathédrale fut préservée par les soldats impériaux. Lorsque Tilly s’avança dans les rues jonchées de cadavres et parmi :es débris encore fumants , il fondit en larmes, assura la vie sauve au reste des habitants, leur fit donner à manger, et accabla de reproches la garnison

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Liv. LXXX VIT. — De 1605

argé du commandeavril 1631, le roi de Ile de Francfort-surg dès le mois de déla fin de mars 1631 :

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prisonnière, de ce qu'elle ne s'était pas mieux défendue. Car il avait un grand regret de la perte de Magdebourg, dont il comptait faire sa place de guerre sur l'Flbe, et dont, pour cette raison entre autres, il avait tant cherché à prévenir la ruine 1.

C'est ainsi que le protestant Menzel nous retrace la conduite du comte de Tilly dans cette circonstance mémorable , d'après les faits et les monuments certains de l'époque. Il prouve en particulier que les sentiments et les paroles atroces que lui prêtent les historiens modernes, à la suite de Schiller, sont démentis par les faits et les monuments, et que cette imputation n’a d'autre source qu'un recueil incertain d'anecdotes militaires, intitulé Le Soldat suédois, qui encore ajoute ces mots : Si cela est vrai, et que Schiller et autres ont copié, mais en surprenant l'addition dubitative 2. En général, le protestant Menzel observe que Schiller a écrit sa Guerre de trente ans plus en poëte qu’en historien ; qu'il présente les protestants du dix-septième siècle, non tels qu'ils étaient, mais tels qu'il lui plaît de les imaginer, et cela parce qu’il méconnaît complétement le caractère intime des doctrines qui étaient alors en opposition 3.

Le margrave Christian de Brandebourg, administrateur intrus de l'archevêché, avait été fait prisonnier de guerre à la prise de Magdebourg. Il fut conduit à Wolfenbuttel, puis par Ingolstadt et Vienne à Neustadt, où, un an après, il se réunit publiquement à l'Église catholique. [l exposa les motifs de cette démarche à tout le monde, dans un écrit latin intitulé Miroir brandebourgeois de la vérité. « Zélé luthérien et instruit à fond dans les dogmes de sa confession, ce n'était point par la persuasion d'autrui, mais uniquement par ses propres efforts à vouloir convaincre d'erreur les dogmes catholiques, qu'il était arrivé à se déclarer pour une religion que jusqu'alors il avait toujours tenue pour antichrétienne, Un petit livre du Jésuite Elias Schiller, intitulé Fondement de la vérité catholique, lui avait été donné en présent, avant qu'il sortit du quartier général; il l'avait lu pour passer le temps, et dans l'espoir d'y trouver matière contre les enseignements catholiques, au sujet desquels il eut souvent des discussions pendant sa captivité. Le seul argument de cet opuscule, que l'Église, à qui a été promise la perpétuelle assistance de Dieu et du Saint-Esprit, n’a jamais pu cesser d'être la véritable, lui avait fait naître de si g'andes difficultés, qu'il en tomba dans une profonde mélancolie. Alors il se souvint comment, durant le siége de Magdebourg, il avait prié Dieu de tout son cœur qu’il ne permit pas que le sang de tant de Chrétiens fût répandu, ni tant d’âmes précipitées

1 Menzel, t, 7, ©. 17, — 2 ]b'd., t. 7, p. 304, note, — 5 Jbid., t, 6, préface.

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dans la perdition temporelle et éternelle, et comment enfin il avait demandé la délivrance de cette ville, comme une marque que Dieu avait pour agréable la troupe orthodoxe des évangéliques. Peu après arriva une ruine semblable à la ruine de Troie et de Jérusalem. Il ne présumait en porter aucun jugement; mais la pensée lui vint d'elle-même que par là Dieu voulait lui faire entendre quelque chose. »

Dans cette disposition, étant à Ingolstadt, il devint accessible aux exhortations d’un Jésuite, le père Stallhouse, que lui présenta le jeune comte Tilly, gouverneur de la ville. Précédemment il avait une telle idée des Jésuites, qu’il eût mieux aimé avoir pour gompagnon le loup ou même le diable ; maintenant, après avoir vaincu la première répugnance, il en aima d'autant plus l’homme aux manières prévenantes, qui parlait sur divers sujets avec intelligence et modération. Le discours étant venu sur la religion, le père émit cette pensée : «Si l'Église catholique enseignait réellement ce que lui imputent les protestants, je serais le premier à l'abandonner. » Des évêques et de savants ecclésiastiques qui le virent ensuite à Vienne et à Neustadt achevèrent le changement de sa croyance. Quand il eut fait sa profession de foi, il reçut sa liberté comme prisonnier de guerre. Il demeura, toutefois, dans les pays héréditaires d'Autriche, dans un domaine qu'il acheta en Bohême , et où il mourut le premier janvier 1665 1.

L’électeur luthérien de Saxe et l'électeur calviniste de Brandebourg s'étant détachés du chef de l’empire pour se joindre au roi de Suède, il y eut, le dix-sept septembre 1631, une grande bataille près de Leipsick : Tilly et Pappenheim y furent défaits ; les Saxons pénètrent en Bohême, Gustave-Adolphe en Bavière ; le cinq avril 4632, Tilly est blessé grièvement d’un boulet de canon sur le Lech , et meurt le trente à Ingolstadt , âgé de soixante-treize ans , d’une vertu austère et plus que monastique, dit ie protestant Menzel. Il ae fut point marié, ne but jamais de vin, ne toucha jamais de femme, estimait si peu les titres et les dignités, qu’il empêcha lui-même l’expédition du diplôme de prince qu’on lui destinait, et qu'après de si bonnes occasions de s'enrichir, que d’autres surent si bien mettre à profit, il ne laissa qu’une fortune médiocre , qui approchait plus de la pauvreté que de la richesse ?,

Gustave-Adolphe, après sa victoire de Leipsick, aspirait au titre d'empereur : la plupart des princes protestants passèrent de son côté. A Augsbourg, il se fit prêter serment de fidélité par la ville : il faillit

1 Menzel,t. 7, c. 17. — ? ]bid., p. 3,7.

Liv. LXXX VII. — De 1605

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à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 575

être tué d’un boulet, au siége d'Ingolstadt, qu'il fut obligé de lever À Munich, il entendit l'oftice protestant au château, et, le jour de l'Ascension, assista à l'office catholique dans la grande église ; il s’entretint avec des Jésuites et des Capucins d’une manière si affable qu'il excita la jalousie des protestants. Wallenstein, rappelé au conte mandement de l’armée impériale, se réunit au duc de Bavière: Gustave-Adolphe attaque le camp de Wallenstein, mais est repoussé Le seize octobre 1639, bataille de Lutzen en Saxe, entre Gustave- Adolphe d’une part, Wallenstein et Pappenheim de l'autre Gustave est tué au commencement de la bataille, à l’âge de trente-huit ans. Pappenheim meurt de ses blessures. Frédéric V, ancien électeur pavolutions, meurt le vingt-neuf novembre, treize jours après Gustave, à l'âge de trentesix ans, après avoir mené une vie errante et fugitive depuis sa sortie périr à ses yeux dans un naufrage, à Harlem : sa femme Élisabeth lui survécut trente ans pendant lesquels elle vit son frère, le roi d'Angleterre, Charles Er, périr sur l’échafaud.

Après la mort de Gustave-Adolphe, le chancelier de Suède Oxenstirn, appuyé par la France ou Richelieu, fut l'âme de l'Allemagne protestante , le duc Bernard de Saxe-Weimar en fut le bras l'électeur de Saxe en fut quelque temps la tête. Les Saxons et les Suédois pénètrent en Silésie ; les premiers font éprouver une grande défaite aux impériaux à Lignitz, treize mai 1634 ; mais le quatre septembre, le roi Ferdinand de Hongrie, fils de l'empereur, défait encore plus complétement à Nordlingue les deux généraux de l’armée suédoise, Weimar et Horn. Ce dernier, avec trois généraux et sx mille hommes, est fait prisonnier 3 Weimar échappe avec peine a même sort. Plus de douze mille des vaincus jonchent de leurs ca-

à davres le champ de bataille; les débris de l’armée s’enfuient dans

une déroute complète, abandonnant quatre mille voitures et quatreingts pièces de canon, et ne se rallient qu'à Heilbronn et Francfort.

| L'électeur de Saxe incline à faire la paix avec l’empereur et à chasser

ls Suédois d'Allemagne : la paix se conclut définitivement avec l'empereur, à Prague, le trente mai 1635. Plusieurs princes proteslnts y accèdent. Ferdinand Il, après avoir fait élire roi des Romains, en 1636, son fils Ferdinand Ill, déjà roi de Bohême et de Hongrie, tombe malade et meurt le vingt-deux février 1637, en la tiquante-neuvième année de son âge. Il pruù ia sur son lit de mort que, dans toutes ses actions, il n'avait eu devant les yeux que la gloire de Dieu et le bien de l'Église, et qu’il voulait persévérer jusqu'à la fin dans ces dispositions; mais qu'il savait bien que Îa grâce

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de Dieu était nécessaire pour être sauvé, et que malheur à celui qui croirait n'en avoir pas besoin. D'après le tableau de ses vertus, tracé par son confesseur, c'était un des meilleurs hommes qui aient jamais été assis sur un trône : tendre et fidèle époux, bon père et maître indulgent, accessible au dernier de ses sujets, riche en compassion et en secours pour tous les malheureux ; infatigable, comme souverain, dans l’accomplissement de ses devoirs, humble et modeste dans la prospérité , constant dans l’adversité , et si peu attaché à son sens, qu'il avait pris pour règle, quand les membres de son conseil d'État étaient d’un autre sentiment que lui, de faire conclure d’après leurs voix. On trouva même écrit de sa main : Je hais dans le conseil les chiens muets ; ceux-là ne me plaisent point, qui se laissent aller à un avis par considération d'autres personnes : mais j'aime ceux qui exposent leur opinion franchement , ouvertement , cordialement, avec la modestie convenable. Son principe était que le but de la vraie prudence et de la vraie politique est uniquement de conserver la gloire de Dieu et de l’étendre ; qu'il faut viser avant tout à ce qu’on n'y porte aucun préjudice, et pourvoir au reste seulement après !, Il y a des politiques qui pensent différemment; c’est qu’il y a deux esprits et deux sagesses, comme nous avons vu : une sagesse d’en haut et une sagesse d’en bas. Voici la seconde.

Pour empêcher que la paix de Prague ne fût acceptée par toute l'Allemagne, le Suédois Oxenstirn et l'Allemand Bernard, duc de Weimar, concluent, l’an 1635, un traité avec la France ou Richelieu pour perpétuer la guerre. Bernard la continue en Lorraine, avec les ravages que nous avons vu cicatriser par Vincent de Paul : il comptait, avec l'appui de la France, s'emparer de la Lorraine et de l’Alsace, et s’en faire un État indépendant. Après quelques succès contre les impériaux, il meurt de la peste à Brisac, le dix-huit juillet 4639, et la France s'empare de ses conquêtes et de son armée.

Les calamités que nous avons déplorées en Lorraine s’étendirent plus ou moins à toute l'Allemagne. Toutes les nations de l’Europe semblaient s’y être donné rendez-vous pour y exercer plus de ravages. On espérait d’abord que le vainqueur de Nordlingue, Ferdinand HIT, chasserait promptement les étrangers de tout le pays : il resta dans l'inaction par suite de la goutte. Ses nombreux généraux ne se distinguèrent à peu près que par leurs défaites. Il nomma généralissime son frère Léopold, le même qui cumulait sur sa tête tant d’évêchés et d’abhayes, et qui, dans la réalité, était un excellent ecclésiastique, d’une piété, d'une chasteté, d’une modestie exemplaires.

1! Lamormain, De virtut, Ferdinandi II. - Menzel, t. 8, c. 2.

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Àv. LXXX VIT, — De 1605

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| de Saxe, etc., il y avait deux armées c

à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Comme général, il eut d’abord quelques succès, de la Bohême, mais fut battu en Saxe l'an 1642 tions d'évêque. Les avantages militaires furent généralement du côté des Suédois , sous les généraux Bannier, Torstenson , Wrangel et Koenigsmarck. Outre les armées allemandes d'Autriche, de Bavière, étrangères, celle des Suédois et celle des Français, quieut pour chef en dernier lieu Turenne. «Par À, dit Menzel, la guerre prit pour les Allemands un caractère aussi funeste que honteux. Car, pour comble d'opprobre, ces armées étrangères étaient composées en plus grande partie d'officiers et de soldats allemands; elles parcouraient l'empire dans toutes les direclions, rançonnant et maltraitant le peuple, sans autre but que de nourrir et d'occuper la troupe. Ce serait une peine infructueuse de vouloir suivre en détail ces expéditions dévastatrices ; elles ressemblaient aux expéditions par lesquelles, deux siècles auparavant, les Hussites avaient visité les provinces allemandes , avec la seule différence qu'on ne brûlait plus de prêtres, mais que l'on commettait tous ls crimes de la rapacité, de la débauche, de la cruauté et du meurtre sur les hommes, les femmes et les enfants sans défense. Ces crimes montèrent à tel point, que le général suédois Bannier avouait que ce ne serait pas une chose étonnante si, par la permission de Dieu, la terre s’entr’ouvrait pour engloutir de si abominables forfaits. La Poméranie, le Brandebourg, la Saxe, la Thuringe, plus tard et pour la seconde fois la Silésie, la Bohème et la Moravie, furent les Principaux théâtres de cette dévastation 1, »

Cependant, dès 1636, le pape Urbain VIII, pénétré de douleur à la tue de tant de calamités, surtout depuis que la guerre eut éclaté entre l'Autriche et la France, envoya le cardinal Ginetti à Ratisbonne,

chassa les ennemis » et reprit les fonc-

À (1 qualité de légat, pour procurer la paix. Grâce aux efforts du lé-

sat, on désigna la ville de Cologne pour les négociations. Mais quatre ans se passèrent en diflicultés préliminaires : au lieu de Cologne et de Lubeck , on se décida pour Osnabruck et Munster. En attendant ; ks maux de la guerre continuaient, s’accroissaient même. Dans les

‘ommencements de Gustave-Adolphe, les Suédois gardaient une

exacte discipline ; mais bientôt ils devinrent comme les autres, et pires encore. Voici le tableau que trace Menzel de l’état de l'Allemagne à cette époque.

«Pendant que des années se Consumaient dans les seules préliminaires des négociations, et qu’ensuite les négociations elles-mêmes Kculaient plutôt qu'elles n'avançaient, il régnait une telle famine

1 Menze], t. 8, C. 3, p. 33.

XXv,

578 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv.LXXXNIL. — De 1605

dans la Saxe , la Hesse, sur le Rhin et en Alsace, qu'on ne dédaignait pas la chair de la voirie, qu’on détachait les pendus de la potence, qu’on bouleversait les cimetières, que le frère mangeait le cadavre de sa sœur, la fille le cadavre de sa mère, que des parents égorgeaient leurs enfants, et que des bandes entières se réunissaient pour faire la chasse aux hommes comme à des bêtes fauves. Cette famine était la conséquence naturelle de la dévastation méthodique des pays, que pratiquaient les armées à leur passage, pour Ôter à leurs adversaires tout moyen d’y subsister. Main en main avec la famine arrivaient les maladies contagieuses, et les soldats euxmêmes y succombaient par milliers. Pires que cette calamité étaient les hurreurs que les pauvres gens avaient à souflrir lorsque les hordes d’une soldatesque indisciplinée et abrutie dans les expéditions de tant d'années entraient dans les villages ou dans des"villes sans défense. Là on rôtissaif des gens à des feux allumés ou dans des fours, on leur crevait les yeux, on leur faisait sauter la tête en la serrant avec une vis, on leur taillait des lanières sur le dos, on leur coupait le nez et les oreilles, les bras et les jambes, les mamelles aux mères qui allaitaient leurs enfants ; on leur fourrait de la résine et du souffre sous les ongles et dans les ouvertures du corps, puis on y mettait le fen ; on leur faisait couler dans le gosier du jus de fumier et de l'urine; on entaillait la plante des pieds, on y répandait du sel; on mutilait les hommes, on les attachait à la queue des chevaux, on les faisait servir de but au tir; on arrachait les enfants aux pères et mères, on les coupait en lambeaux, on les jetait contre la muraille, on les embrochait à des lances et on les faisait rôtir ; on déshonorait, puis bien souvent on mutilait et égorgeait les femmes et les filles sous les yeux de leurs maris et de leurs parents, sur les grands chemins et dans les églises où elles s'étaient réfugiées. L'an 1633, les troupes de Wallenstein ayant livré aux flammes une ville de Silésie, poussèrent devant eux les femmes nobles et bourgeoises comme un troupeau de bêtes, et plusieurs nuits de suite les forcèrent à dansér nuës avec leurs ofliciers. Des contrées entières, s'écrie un auteur contemporain, gisent là comme des cadavres privés de sang; les habitants sont immolés par la faim, la misère et des souffrances de toute espèce ; où se pressait autrefois une foule joyeuse, là se trouve une morne solitude ; à la place des brillantes moissons, l'œil ne découvre que de chétives mauvaises herbes. Toutes les grandes routes sont assiégées de brigands; le marchand, le voyageur n’osent plus s’avancer d’un lieu à un autre.

Et cette misère, cette désolation, cette ruine, c’est nous-mêmes À

qui les avons attirées sur nous ; ces fléaux de Dieu, nous les avons

ou 2e

AV,LXXXVIL — De 1605

ce , qu'on ne dédai- 5s pendus de la pofrère mangeait le re, que des parents ières se réunissaient bêtes fauves. Cette astation méthodique assage, pour Ôter à in en main avec la pt les soldats euxette calamité étaient souffrir lorsque les tie dans les expédies ou dans des*villes ‘ux allumés ou dans ait sauter la tête en iières sur le dos, on les jambes, les maon leur fourrait de s les ouvertures du couler dans le gosier plante des pieds, on on les attachait à la tautir; on arrachait en lambeaux, on les des lances et on les on mutilait et égorurs maris et de leurs lises où elles s'étaient tein ayant livré aux ant eux les femmes e bêtes, et plusiéurs c leurs ofliciers. Des rain, gisent là comme sont immolés par là spèce ; où se pressait ne solitude ; à la place de chétives mauvaises égées de brigands; le d’un lieu à un autre.

1e, c’est nous-mêmes À

Dieu, nous les avons

à 1650 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE

mérités par l'hypocrisie, qui feint de v dans le vrai, cherche à le tromper. C’est ainsi que le tranch ue se ourne contre nous,.et que pour nos vices et nos rie me a UNE les furies, les flammes, les vengeances imaginer et exnrimer de sa (op “ rs D ak a gt Ragi) — H moigne de l’incon RUN paye pour un indifférent ou ae fee ) un principe fondamental, qu'il faut servir à Comme esclave les Autrichiens ou les étrangers et Quiconque a la force en main, » méga Tel est le tableau que le protestant Menzel nous retrace de l'A lemagne d'après les auteurs contemporains. Nous ne n rs pas d’avoir rencontré dans l’histoire | Sn efroyable. Cependant, si le luthéranisme, si le calvinisme est vrai si 1 homme n'a plus de libre arbitre, si Dieu fait en nous le mal le bien; si, plus on pèche, plas on est saint pourvu qu’ nes son propre salut; si chacun n’a d'autre règl nn q reel l chact gle de sa conscience que soi-même, il n’y a rien à dire à ces hordes incendiaires et ant k phages, leurs actions sont des actions divines, elles se mont À mêmes les parfaits disciples de Luther et de Calvin pu Au milieu des sanglantes atrocités qu’une soldetes ue abruti exerçait sur l'Allemagne divisée, le protestant Menzel . k re atrocité plus grande encore dans les juges qui partout . ds laissait quelque relâche, livraient aux flammes avec à 1 ue juridiques, des milliers de personnes, hommes pes “ir comme sorciers et sorcières. Cette propension à bon Fi ir : avec le diable, qu'on ne remarque point dans les pays si cath in . de l'Espagne et de l'Italie, paraît avoir été, de temps ne très-commune en Allemagne. Charlemagne, dans son ca er pour la Saxe, défend, sous peine de mort, aux gens du : I saisir de prétendues sorcières et de les livrer au feu, La Tan avec Sa Croyance au pouvoir matériel du diable sur les hommes t sur la terre, fortifia dans l'esprit de ses sectateurs la PR a poursuivre les sorciers, et augmenta le nombre des Mines. ; les catholiques ne voulurent pas rester en arrière des ne dans cette guerre contre le diable. Depuis le pe di guerre de trente ans, le nombre des victimes monta plus haut e core, et les procédures furent dirigées contre les classes Dies de la société, Presque toutes les provinces d'Allemagne fournissent des documents d’après lesquels, pendant tout le dix-septième siècle,

ouloir l'honorer, mais qui ?

nons iumaine quelque chose de plus

1 Menzel, t, 8, c.f4, p. 51-54,

580 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII. — De 1605

des multitudes d'hommes et de femmes furent brûlés pour sortilége, souvent à si peu d'intervalle, qu'on en compte plusieurs centaines par année. Les accusations généralés, ainsi que les aveux extorqués par la torture, portaient que, dans des lieux, des forêts et des montagnes écartés, on avait célébré des fêtes nocturnes de débauche avec le diable et ses ministres. Ni état ni âge n’était épargné; dans plusieurs pays sévèrement catholiques, par exemple à Bamberg et à Wurtzbourg, des ecclésiastiques furent condamnés et exécutés, comme ayant pris part à ces fêtes : non-seulement des garçons et des filles d'un âge mûr, mais des enfants impubères, furent brûlés comme complices de leurs parents, sinon comme progéniture infernale issue d'un commerce avec des diables, ainsi qu’on fit plus tard, en d’autres lieux, à des enfants à la mamelle.

Une croyance et des poursuites si générales et si durables devaient avoir une cause réelle, fût-elle autre que celle qu'on croyait alors. Des savants ont cherché quelle put être naturellement cette cause : voici celle qui leur paraît la plus probable. Chez les anciens peuples de la Germanie, il y avait des fêtes populaires, semblables aux orgies nocturnes des Grecs et des Romains en l'honneur de Bacchus, dans lesquelles Horace nous dépeint Bacchus, à l'écart dans les montagnes, enseignant ses chants secrets aux nymphes et aux satyres, qui les exécutent par des danses 1 : ces fêtes s'étaient conservées dans plus d'une province d'Allemagne : une société fort étendue de scélérats, aidés de quelques femmes de perdition, y auront rattaché des dispositions et des mesures, pour attirer à ces orgies nocturnes de jeunes femmes et filles, et y abuser d'elles déguisés en diables. Il paraît aussi que les libertins attiraient leurs victimes à des rendez-vous particuliers dans des maisons, où, sous le masque d’un démon élégant et vêtu en cavalier, ils triomphaient aisément de leur vertu chancelante. Menzel souhaite que cette explication puisse s'appliquer à la plupart des cas; mais il pense que le plus grand nombre des aveux faits en justice n’est dû qu’à la violence et à la crainte de la torture.

Vers la fin du quinzième siècle, 4489, Ulric Molitor, docteur en droit pontifical à Padoue, adressa un livre à l’archiduc Sigismond de Tyrol, où il combattait la croyance au pouvoir du diable pour opérer les prétendus sortiléges. Mais les universités et les magistrats furent d’une opinion contraire, et continuèrent pendant un siècle et demi à torturer et à brûler. Le protestant Benoît Carpzow, mort en 1666, dont les décisions en droit ecclésiastique et pénal étaient

4 Od., 1. !, 1, 31, et 19, 1-4.

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v. LXXXVII. — De 1605

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si estimées, qu'on l’appelait le législateur de la Saxe, soutenait encore qu'on devait punir sévèrement non-seulement les sorciers, mais encore ceux qui nient la réalité des pactes avec le diable; et Jean-Henri Pott, célèbre professeur d'Iéna, y tit imprimer, l’an 1689, un écrit : Du commerce abominable des sorcières avec le diable. Au contraire, et c'est la remarque du protestant Menzel, ce furent des prêtres catholiques qui, pendant que tous les autres se taisaient, élevèrent la voix contre la déraison et l'inhumanité des procédures contre les sorciers et les sorcières : dans le seizième siècle, Cornélius Laos, à Mayence, mort en 1593; et dans le dixseptième, les Jésuites Adam Tanner, mort en 1639, et Frédéric Spée. Tanner, mal famé parmi les théologiens protestants, comme écrivain polémique, proposa dans une œuvre de théologie de. modérer les procédures ; ce qui irrita tellement les juges de sorcellerie, que, s'ils avaient pu s'emparer de sa personne, ils lui auraient fait éprouver à lui-même la torture et ses suites. Le second, né l'an 1595, dans le Palatinat, de la famille noble de Spée de Langenfeld, maintenant élevée au rang de comtes, dévoila, dans un ouvrage spécial, l'an 1631, la complète absurdité de la procédure, avec une telle évidence, qu’elle devait frapper l'œil le plus prévenu, pour peu qu'il voulüt voir. À l'âge de vingt ans, Spée était entré chez les Jésuites, et reçut à Wurtzbourg, où il se trouvait en 1627 et 1628, la commission de préparer à la mort environ deux cents personnes, ecclésiastiques, nobles, fonctionnaires, bourgeois, et même des enfants de l’un et de l’autre sexe, qui furent conduites au bûcher, Dans les entretiens avec ces malheureux, il acquit la conviction qu'ils étaient tous innocents, et que ce n'étaient que les tourment: de la question qui leur avaient extorqué un aveu contraire. Ils se confessaient d’abord sorciers et sorcières, crainte d'être remis à la torture; mais, quand ils eurent pris confiance, ils lui déclarèrent tout l'opposé, et protestèrent de leur innocence avec des larmes brûlantes. L'impossibilité de faire usage de ces communications sans exposer de nouveau ces pauvres gens aux douleurs de la torture, auxquelles ils échappaient par le bûcher, le remplit d'un tel chagrin, que, quoiqu'il fût encore jeune, ses cheveux devinrent tout blancs. L’exposé qu’il nous fait de la procédure, d’après sa propre expérience, nous présente l'état social d'alors sous une forme qui fait véritablement frémir, La stupidité superstitieuse du peuple, là criminelle conduite des juges, et l’insouciance avec laquelle les princes livraient la propriété, l'honneur et la vie de leurs sujets, au cupide arbitraire de leurs employés subalternes et à la cruauté des bourreaux, forment dans l’histoire de l'humanité un si sombre ta-

582 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII, — De 1606

bleau, qu'euprès de lui les duretés du despotisme turc et les horreurs de la révolution française perdent presque leur ombre ?.

Ce tableau de l'état social, que le protestant Menzel a tiré des archives provinciales de l'Allémagne, convient sans aucun doute à l'AIlemagne, d’où il est tiré; mais nous ne voyons pas qu'il puisse s'appliquér à la France, ni surtout à l'Espagne et à l'Italie; car, dans ces derniers pays surtout, nous n'avons vu rien de semblable : au contraire, tandis que l'Allemagne se déchirait, s'ensanglantait, se brûlait de ses propres mains, nous avons vu l'Italie et l'Espagne cultiver, au milieu des fêtes, les lettres, les sciences et les arts. Un problème à résoudre, serait de savoir si l’inquisition d'Espagne et d'Italie ne serait pas pour quelque chose dans cette différence. Toujours est-il que jamais leurs plus grands ennemis n'ont reproché aux inquisiteurs les procédures que suivaient les juges ordinaires d'Allemagne, avec l'approbation des universités allemandes, et sur lesquelles le Jésuite Frédéric de Spée s’est efforcé d’éveiller leur conscience, mais sans beaucoup d'espoir. Il disait dans sa préface : « J'ai dédié mon livre aux magistrats de Germanie ; mais à ceux qui ne le liront pas, non à ceux qui le liront. La raison, c'est que les magistrats qui ont assez de conscience pour penser devoir lire ce qué je dis ici des causes des sorcières, ont déjà ce pourquoi il fallait lire ce livre, savoir le soin et l'attention pour bien connaître ces causes ; ils n'ont donc pas besoin de le lire pour y prendre ce qu'ils ont déjà. Mais ceux qui sont d’une telle incurie, qu’ils ne liront ces choses ni ne s’en soucieront, ceux-là ont un extrême besoin de lire tout cela, afin d’y apprendre à être soigneux et attentifs. Que ceux-là donc lisent, qui ne liront pas ; et que ceux qui liront ne lisent pas même 2,» Cés paroles du Jésuite furent vérifiées par le fait. De tous les princes d’Allemagne, l'archevêque de Mayence profita seul de son écrit : ailleurs les mêmes procédures continuèrent encore un demi-siècle.

Cependant les efforts du chef de l'Église pour amener la paix ne restèrent pas sans fruit ; la paix se fit enfin, mais aux dépens de l'Église. Elle fut signée à Munster le vingt-quatre octobre 1615, et mise à exécution le vingt-six juin 1630, par le licenciement des armées. La grande difficulté fut de satisfaire l’appétit des princes Juthériens et calvinistes pour les biens de l'Église catholique. Le plus affamé était le nouvel électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, à qui les Suédois prenaient une partie de la Poméranie : pour le contenter, on lui jet: is « “vêchés de Magdebourg, Halberstadt et Camin ; on eut même . #6» vote d'y joindre l'évêché de Minden. Quand on pense

1 Menzel, {. 8, c. 5. — ? Ibid., p. 11, note.

, LXXX VII, — De 1606

> turcet les horur ombre !.

nzel a tiré des arucun doute à l'AIs qu’il puisse s'apalie; car, dans ces mblable : au conglantait, se brûlait spagne cultiver, au 8. Un problème à 1e et d'Italie ne sece. Toujours est-il roché aux inquisiaires d'Allemagne, t sur lesquelles le 1r conscience, mais : « J'ai dédié mon ui ne le liront pas, magistrats qui ont é je dis ici des caue ce livre, savoir le ; ils n’ont donc pas déjà. Mais ceux qui s ni ne s’en souciecela, afin d’y apdonc lisent, qui ne ême?. » Cés paroles s princes d’Allema- 1 écrit : ailleurs les -siècle.

r amener la paix ne aux dépens de V'Étobre 1618, et mise iement des & rires, s princes luthériens que. Le plus affamé ric-Guillaume, à qui » : pour le contenter, dt et Camin ; on eut len. Quand on pense

à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 583

qu'un moine apostat de la même famille avait déjà volé le duché ecclésiastique de Prusse, on ne trouvera pas dans l'histoire .une maison qui se soit enrichie plus adroitement par des vols d'églises que la maison de Brandebourg : aussi est-elle devenue le chef et le modèle de l'Allemagne protestante, La maison de Brunswick eut l'évêché d'Osnabruck, les abbayes de Wakenried ct de Groningne, avec un bien enlevé à l'évêché de Halberstadt. Le petit duc de Mecklembourg eut pour sa part les évêchés de Schwérin et de Ratzenbourg, avec quelques bailliages dérobés à l'ordre de Saint-Jean. Hesse-Cassel eut la riche abbaye de Hirsfeld, avec quelques autres domaines et. une pe somme d'argent. On dirait les soldats de Pilate, aux pieds

e la croix, se partageant i qu'ils vi Frorris@ 2pamt- 4 les vêtements de celui qu'ils PARNE de

M ais les princes luthériens et calvinistes d'Allemagne avaient volé bien autre chose depuis la pacification religieuse de Passau, 1555, et contre la teneur de cette pacification. C'est même parce que Ferdinand [avait parlé de restituer ces rapines de soixante-dix ans qu'ils appelèrent les Français et les Suédois à ravager l'Allemagne avec eux. Îl fallait donc apaiser leurs scrupules. En conséquence, on leur accorda, ou plutôt ils s’accordèrent à eux-mêmes une indulgence plénière pour tous leurs vols jusqu’en 1624, qui fut. déclarée année normale, après laquelle ils promirent de ne plus voler, comme ils avaient promis de ne plus voler après 1555. Le Pape protesta contre celte apothéose séculière du vol et du brigendage : on n’eut aucun égard à la protestation du Pape. Cependant il fit toujours bien de la faire ; car, supposé qu’un jour les populations allemandes, devenues révolutionnaires et communistes, en usent avec les riches et les princs comme leurs princes en ont usé avec l’Église, il y aura toujours sur la terre un homme qui, ayant protesté contre la première injusice, pourra légitimement protester contre la seconde, et rappeler à tous cette sentence : C’est la justice qui élève une nation, et le péché qui perd les peuples. Et cet homme, c'est le Pape.

Nous avons vu les populations diverses de l'Espagne, après avoir expulsé les Mahométans par une guerre de huit siècles, se réunir en un seul peuple, chercher la route maritime de l'Inde et de la Chine, trouver sur sGn chemin un nouveau monde, avec les empires du Mexique et du Pérou, et des iles sans nombre. Nous avons vu dans le même temps les populations diverses de l'Allemagne, unies jusqu’alors en un seul peuple, en un seul empire, se diviser à la voix d’un moine, aider leurs princes à briser l’unité nationale, et plus encore au religieuse, dans l’espoir d'augmenter les richesses matérielles, és libertés politiques et religieuses de chaque province. Après plus

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d’un siècle de révolutions et à la suite de trente ans de guerre civile, voici comme les diplomates de Munster et d'Osnabruck régièrent la part des bonne. populations allemandes. 4° Les bourgeois et les paysans avaient compté s'enrichir de la dépouille des églises et des monastères : ces biens sont réservés aux enfants des princes et des no bles, le fils du roturier n’a plus rien à y prétendre. 2 Les bonnes gens de luthériens comptaient, sous le nom de réfurme, voir des évéques, des prélats plus zélés, prêchant de parole et d’exemple : ils auront pour évêques et pour prélats des princes, des nobles, des ofliciers civils et militaires, qui, contents de percevoir les revenus, ne songeront pas même à étudier un mot de théologie. 3° Ces bons Allemands, habitués à leurs diètes provinciales et leurs assemblées communales, comptaient augmenter leurs libertés civiles et politiques : les unes et les autres seront confisquées au profit du prince. 4o Dans leur bonhomie, luthériens et calvinistes espéraient du moins conserver leur liberté pleine et entière de religion et de conscience : le traité de Westphalie décide, d’après l’usage, que le droit de réformation appartient exclusivement au prince, que c’est à lui seul à régler la créance de ses sujets, quand et comme il lui plaît, et que les sujets n'ont d'autre alternative que d’adopter la religion variable du prince ou de quitter ie pays. C'est à quoi se réduit la pait que le congrès de Westphalie a faite aux populations protestantes de l’Allemagne! : nous ne croyous pas que l’histoire puisse en offrir qu’on ait dupées d’une manière plus complète, ni qui soient si longtemps à s’en apercevoir.

Il fut statué généralement qu'on ne recevrait et ne tolérerait dans l'empire que les trois religions, le catholicisme, le luthéranisme et le calvinisine. Mais, quelque soin qu'on prit pour les faire vivre en bon voisinage, on sentait bien que c'était un état contre nature. On pe pouvait oublier ces paroles du Sauveur : « Qu'ils soient tous une même chose, comme vous, à Père, êtes en moi et moi en vous, afin qu’ils soient un en nous, et que le monde croie que vous m'avez envoyé ?, » De là, dans les actes mêmes de la pacification, ces clauses remarquables : « Jusçu’à ce que, par la grâce de Dieu, on se soit accordé sur les dissidences de religion *, Jusqu'à ce que les controverses de religion soient terminées par une composition amiable et universelle des partis #, Jusqu'à ce qu'on se soit autrement accordé sur la religion chrétienne$. Jusqu'à la conciliation chrctienne du dissentiment de religion $. Que si, ce qu’à Dieu ne plaise, on ne peut conve-

1 Menzel, t,8, c. 13. — ? Joan., 17, 21, — 3 Instrument. Osnab., art, 5, S 11, 48 25. —6S 31, — 6 8 48,

Liv. LXXXVIL. — De 1605

ans de guerre civile, nabruck régièrent la bourgeois et les payes églises et des moes princes et des no ndre. 2 Les bonnes éfurme, voir des évét d'exemple : ils audes nobles, des oflivoir les revenus, ne gie. 30 Ces bons Alet leurs assemblées tés civiles et politiau profit du prince.

espéraient du moins n et de conscience :

que le droit de réforc’est à lui seul à ré-

lui plaît, et que les religion variable du ‘duit la pait que le rotestantes de l’Alletisse en offrir qu’on oient si longtemps à

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nt. Osnub., art, 5, S 1,

ptit pas opprimé, mais où il dominait seul, y renoncèrent avec perte

à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 585

nir amiablement sur les dissidences religieuses, cette convention ne laissera pas d'être perpétuelle, et cette paix de durer toujours !, » Ces clauses et ces vœux, à quoi l’on ne fait point assez attention. représentent le traité de Westphalie comme n'étant qu'une pacification transitoire et préliminaire à une paix définitive, la paix et l’union des esprits et des cœurs dans la même foi, la même espérance et la même charité. C’est à cela que doivent travailler de part et d'autre tous les hommes de bien ?,

Quant à l'empire d'Allemagne, les princes allemands, dociles à la politique française, eurent soin d’en diminuer l'unité et la force. L'empereur ne fut plus guère que le chef nominal de l'empire : il n’en pouvait plus régler aucune des affaires sans l’assentiment des états réunis en diète, et à la diète même la majorité des suffrages ne faisait plus loi dans les affaires religieuses. De sorte que l'empire, dans son ensemble, paraissait un char magnifique, mais qui ne pouvait faire un pas, tandis que chaque orince, dans son domaine particulier, était maître absolu de la religion, de la conscience, des libertés politiques et civiles de ses sujets, et qu'il l’a été jusqu'à présent 3,

Quant aux dynasties catholiques d'Autriche et de Bavière, elles gardèrent leurs possessions et y maintinrent la restauration du catholicisme qu’elles y avaient procurée. Aussi depuis cette époque,

L les possessions des maisons d'Autriche et de Bavière ont-elles été na-

turellement paisibles, tandis que les principautés protestantes ressentent toujours un ferment de révolution et d’anarchie. Le duc de Baière fut confirmé dans sa dignité d’électeur et dans la possession du haut Palatinat. On créa un huitième électorat, dans le Bas-Palatinat, pour le fils de l’ex-électeur palatin Frédéric V.

L'Église de Dieu, en déplorant le sort des évêchés et des monastères de l'Allemagne septentrionale, livrés en proie et en récompense à l'hérésie, pouvait se consoler néanmoins de voir l’antique foi des saints Boniface, Kilien, Udalrie, Léopold, Étienne, Wenceslas, Jean Népomucène, finalement consolidée dans la Bavière, la Franconie, le Tyrol, la Styrie, la Carinthie, les deux Autriches, la Hongrie, la Silésie, la Moravie, la Bohême.

Une autre consolation pour les catholiques, ce fut la conversion d'un grand nombre de personnes distinguées du protestantisme, et «la, observe le protestant Menzel, dans des circonstances, qui, loin

| de faciliter leur retour, le rendaient plus difficile. Plusieurs savants

considérables dans des pays où le protestantisme non-seulement n'é-

lInstrument, Osnab., art, 5, S 14, — 2Menze!,t,8,c. 14. 5 Ibid., p, 247 et seqq.

586 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVIT, — De 1605

de leurs emplois et de leurs liaisons de famille, perte contre laquelle, parmi leurs nouveaux coreligionnaires, ils pouvaient à peine compter sur un dédommagement, bien loin de s'attendre à y gag: ”. Tel, ajoute le même historien, tel était incontestablement le cas du jurisconsulte Ulric Hunnius, fils du théologien, professeur de droit et vice-chancelier à l’université de Marbourg, qui, l'an 1625, quitta son poste pour aller à Phitippsbourg, sous la protection de l'électeur de Trèves et évêque de Spire, Philippe Christophe, se déclarer publiquement enfant soumis de l'Église catholique. Il justifia sa démarche par un écrit latin publié à Heidelberg, l'an 1631, ayant pour titre : Arguments tout à fait invincibles et indissolubles, qui ont convaincu et contraint Ulrie Hunnius à quitter La secte luthérienne et à professer la foi catholique. Dans une seconde édition, il ajouta une Démnon-

stration évidente que l'archihérésie de Luther a été compilée des héré- | sies: anciennes. Dans cette apologie, qui parut aussi en allemand, il |

proteste, » ar lout ce qu'il y a de plus sacré, qu'il a fait cette démarche, non :dars l'espoir d'aucune dignité, honneur ni richesse, mais uniqueinent pour le salut de son âme; et il en appela au témoignage de toute la Hesse, particulièrement de ceux qui l'avaient connu pendant son séjour de seize ans à Giessen et à Marbourg, de quels honneurs et dignités il jouissait comme luthérien, et combien peu on pouvait lui imputer d'avoir changé de religion par intérêt. Il mourut l'an 1636, conseiller de plusieurs princes catholiques. Barthold Nihus, théologien formé à l’université de Helmstadt, avait un emploi à Weimar, lorsqu'il sé rendit l'an 1622 à Cologne, y fit profession de la foi catholique, fut supérieur d’une maison d'éducation pour des jeunes gens nouvellement convertis du protestantisme, et devint évê-

que suffragant de Mayence. Ce qui fit sur lui une impression parti- |

culière, comme il s'en expliqua dans une lettre à Calixt, docteur de Helmstadt, fut cette considération : que la chrétienté a besoin d'un juge infaillible pour dirimer les controverses, attendu que la sainte

Écriture souffre plusieurs interprétations, et qu'elle ne parle que sui |

vant le sens qu’on lui prête !,

Des motifs un peu différents amenèrent la conversion du célèbre philologue Luc Holstein, en latin Holstenius : ce fut, suivant Menzel, une vive répugnance pour la grossièreté qui régnait parmi les littérateurs et les universités protestantes d'Allemagne. Né à Hambourg en 1596, et y ayant achevé ses études, il séjourna plusieurs années

en Hollande, en Angleterre, en France, fit un voyage en Italie et enf

Sicile, lia connaissance et amitié avec les savants les plus célèbres,

1 Menzel, t. 8, c. 17.

Cla

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(eur que ant C'es des vait [C4 la p de ( dési qu'il infin lière et d’ line \rag «ont lectu et di pres conf divir l'affe de ce Yatet Ce parti tholi Yait | puis & ch

[LAV.LXXXVIL — De 1605

perte contre laquelle, ient à peine compter re à y gag r. Tel, ment le cas du jurisrofesseur de droit et l'an 1625, quitta son ction de l'électeur de e, se déclarer publiljustifia sa démarche 31, ayant pour titre :

es, qui ont convaincu hérienne et à professer | ajouta une Démnonété compilée des héréaussi en allemand, il | qu’il.a fait cette déhonneur ni richesse, il en appela au témoiux qui l’avaient connu à Marbourg, de quels n, et combien peu on par intérêt. Il mourut iques. Barthold Nihus, t, avait un emploi à ne, y fit profession de d'éducation pour des intisme, et devint évêune impression partie à Calixt, docteur de rétienté a besoin d'un attendu que la sainte u’elle ne parle que sui- |

conversion du célèbre ce fut, suivant Menzel, régnait parmi les littéagne. Né à Hambourg urna plusieurs années voyage en Italie et en ants les plus célèbres,

à 1650 de l’êre cur.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 587

entre autres avec le Provençal Peiresc, surnommé le procureur général de la littérature, non-seulement à cause dé son immense érudition, mais surtout par son zèle ardent et généreux à procurer aux savants d'Europe les manuscrits, les livres, les médailles les plus rares, et à leur communiquer ses propres découvertes. Peirese naquit lan 4580, d’une mère longtemps stérile, qui promit à Dieu que, si elle avait un enfant, elle lui donnerait pour parrain le premier pauvre qu’on rencontrerait, Elle tint parole. Cet énfant, Nicolas- Claude Fabri de Peirese, conseiller au parlement d'Aix, et le protecleur ou l’ami de presque tous les savants et littérateurs de son époque, fut un prodige de pénétration et de science dès ses premières années : le pape Urbain VIH fit prononcer son éloge funèbre à Rome. Cest au milieu de ces communications studieuses avec les savants des divers pays que Holstein se rapprochait du catholicisme. Il écrivait à Peiresc :

« Depuis le moment où je commençai, fort jeune encore, à goûter k philosophie platonicienne dans les ouvrages de Maxime de Tyr, de Chalcidius et d'Hiéroclès, je sentis naître en mon âme un vif désir, d’abord d'approfondir, puis d’éclaircir et de propager, autant qu'il serait en moi, cette divine méthode de philosophie. L’utilité nfinie que je retirai bientôt de ces recherches me confirma singulèrement dans cette pensée. En effet, voyant que Bessarion, Steuchus d'autres philosophes confirmaient, par les écrits des Pères, la doctine de Platon, je m’enfonçai tout entier dans la lecture des outrages où ils ont traité, soit en grec, soit en latin, de cette théologie wntemplative et mystique par laquelle l'âme s’élève à Dieu. Cette kcture me conduisit à admirer ‘de toute mon âme la manière solide divine &ont les Pères philosophent ; et je me vis placé, à mon insu, presque dans le sein de l'Église catholique. Saint Augustin, dans ses tonfessions, fait de lui-même un semblable récit. Ces contemplations ivines élevèrent tellement mon âme à Ja connaissance de la vérité, laffermirent tellement, que désormais elle ne se traina plus autour de ces petites questions et de ces minutieuses difficultés dont les noateurs ont coutume d’embarrasser l'affaire de la foi 1. »

Ce fut vers l'an 1624 que Holsténius, venu en France, où it se lia Particulièrement avec le docte jésuite Sirmond, revint à l'Église caholique. Le cardinal Barberini, nonce en France, à qui Peiresc l'a- Yait recommandé, le fit son secrétaire intime et son bibliothécaire,

QU l'emmena à Rome, où le pape Urbain VIII le créa protonotaire

chanoine, et Innocent X administrateur de la bibliothèque vati-

E Biogr. univ, t, 20, Hols'éniur,

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