MANIFESTE DE LUTHER CONTRE LES INDULGENCES
thèses de Luther, dans laquelle il se montrait très-supérieur à son adversaire par sa science des dogmes et la clarté de son exposition (1). Le Dominicain Sylvestre Priérias (magister sacri palatiî), à Rome [1518] (2) et Hoogstraten , à Cologne, déjà connu par sa controverse contre Reuchlin (3), écrivirent aussi chacun un livre contre les propositions de Luther. Le style barbare de Priérias, et la méthode qu'ils suivirent tous deux dans leur polémique, augmenta la faveur et la popularité du moine augustin (4) ; car ils eurent le tort, dans leur zèle indiscret, de s'attaquer en même temps aux humanistes, qu'ils détestaient, et auxquels ils attribuaient tout le mal (5). Par contre Luther rencontra un adversaire plus dangereux dans le vicechancelier de l'université d'Ingolstadt, le docteur Jean Eck, savant d'une trempe vigoureuse, d'une vaste érudition, d'une éloquence adroite dont le premier écrit contre Luther (Obelisci), opposait passion à passion (6). Luther répondit en peu de temps à tous les écrits de ses adversaires (à Eck dans les Asterici) (7) par un torrent de
dictant peccati, sed etiam tanquam remédia ad coercendas cupiditates et curandam animi infirmitatem ex peccatis contractam. Sed ab hac medicinali pœnitentia non eximunt indulgentiœ.
(1) Thèses de Luther et contre-thèses de Tetzel (Œuvres allemandes de Luther, édition d'Iéna, t. I ; Œuvres latines, t. I, et dans Lœseher, loco cit. I, 367 sq.). Cf. la critique partiale de ces thèses dans Riffel, t. I, p. 32-34, notes.
(2) Dialogus in pruesumptuosas Lutheri conclusiones de potestate papse [1517], dans Lœseher, t. II, p. 13. R.ép. de Luther (Œuvres allemandes. Iéna, P. I, fol. 58-61 ; contre Hogstrat., ibid., fol. 61 sq.).
(3) Voyez t. II, § 286.
(4) Érasme, cité par Seckendorf, dit à ce sujet : « Nulla res magis conciliavit omnium favorem Luthero. »
(5) « Erasme, disaient-ils, a pondu l'œuf, Luther l'a couvé, et l'hérésie tout entière provient des savants grecs et des artistes en paroles. « Olim haereticus habebatur qui dissentiebat ab Evangeliis, ab articulis fidei, aut his quœ cum his parem obtinent auctoritatem ; nunc quidquid non placet, quidquid non intelligunt, haereticum est. Graecè scire haeresis est, expolite loqui haeresis est, quidquid ipsi non faciunt haeresis est. » Épp. lib. XII, p. 403.
(6) Peu auparavant, Luther le déclarait un «insignis vereque ingeniosae eruditionis et eruditi ingenii homo. » (De Wette, lettre de Luther, t. I, p. 59). Meuser, J. Eck. sa vie, ses écrits, ses actes (Gazette cathol., 3e ann., Colog. 1846).
(7) Les deux écrits sont dans Lœseher, t. II, p. 62 sq. et 333 sq.; t. III, p. 660; Lutheri Opp. latin., t. I. Jena.
paroles injurieuses et hautaines, auxquelles étaient mêlées des propositions qui s'écartaient singulièrement de la foi de l'Église (1). Déjà, dans une discussion soutenue au couvent des Augustins, à Heidelberg [août 1518.] Luther avait formellement professé (2) les principales propositions anticatholiques qu'il soutint plus tard, etil était parvenu à gagnera sa cause Bucer. A Wittemberg, le docteur André Bodenstein, qui s'appela plus tard Carlstadt, du lieu de sa naissance (3), se déclara pour lui. Ces divers écrits polémiques dirigèrent l'attention générale sur les principes de l'anthropologie chrétienne, qui, l'histoire le prouve, peuvent conduire aux plus graves erreurs, quand on ne les aborde et ne les discute pas avec le plus grand calme. § 300. — Négociations de Rome avec Luther. Dispute de Leipzig. Eck, Emser et Mélanchthon.
Léon X, instruit de ces mouvements de l'Allemagne, nomma, par intérim, au généralat vacant des Ermites augustins, le savant Vénitien Gabriel, promagister de l'ordre [1518]. Convaincu, sur le bruit qu'en avait répandu au loin Cochlœus (4), qu'il s'agissait de jalousie entre des ordres rivaux, que ce n'était qu'une dispute de moines, le pape voulait simplement que Gabriel ramenât Luther au silence, en lui rappelant, comme général de l'ordre, son vœu d'obéissance, et en demandant à l'électeur Frédéric le Sage de s'opposer de son côté aux menées de Luther. L'empereur Maximilien, plus pénétrant que le pape, avait appelé toute son attention sur les dangers de la lutte commencée et dit d'avance : « Sous peu, des opinions privées et des folies des hommes seront substituées aux vérités de la traft) Cf. Riffel, 1. cit., t. I, p. 42-47.
(2) Cf. Œuvres de Luther dans Walch, t. XVIII, p. 66 sq.
(3) Déjà avant les Asterici de Luther, Carlstadt publia trois cent soixante-dix Apologeticae conclusiones.
(4) Cf. La défense de Cochlœus par Lessing, dans une chose peu importante (Œuvres éditées par Lachmann. Berlin, 1838-40, t. IV, p. 87-101). Voyez aussi contre le récit de Bandello, la défense écrite par Ritter et Dittersdorf dans la Revue de théolog. cathol. de Breslau, 1835, Ie livrais., p. 26 sq.; 2" livr., p. 11 sq.
dition et aux principes du salut (1). » Luther commença la longue série de ses protestations hypocrites par un écrit où il se justifiait très-humblement et faisait connaître ses résolutions pacifiques." Léon X lui donna un délai de soixante jours pour comparaître à Rome. Cependant, sur la demande des électeurs, le pape consentit à ce que Luther, sans venir à Rome, entrât en conférence, à la diète d'Augsbourg, avec un des plus savants scolastiques du temps, le pacifique cardinal légat Cajetan [octobre 1518].
Luther ne voulut pas consentir à une rétractation absolue, parce qu'il prétendait n'avoir rien dit qui fût contraire à la sainte Écriture, aux décrets des papes et à la saine raison (2). Il quitta brusquement Augsbourg, et en appela du pape mal informé au pape mieux informé. Alors Léon X exposa la doctrine des indulgences dans une bulle [9 novembre 15! 8], afin que « personne ne pût prétexter ignorer la véritable doctrine de l'Église romaine sur les indulgences (3). En même temps il envoya son camérier, l'habile Charles de Miltitz, en Allemagne, pour gagner l'électeur Frédéric, calmer doucement et à l'amiable Luther, jusqu'au moment où les évêques allemands auraient vidé la querelle. Tetzel, vivement réprimandé par Miltitz, se retira, accablé de chagrin, dans un couvent où il mourut. Luther s'adressa de nouveau au pape [3 mars 1519] après la conférence d'Altenbourg [janvier 1519], où il avait fait en apparence
(1) Cf. Raynald. ad an. 1518, n° 90.
(2) Cf. Œuvres allem, de Luther. Iéna, P. I, fol. 107-36.
(3) Dans cette bulle il est dit: « Romanum Pontificem — potestate clavium quarum est aperire tollendo illius in Christi lidelibus impedimenta, culpam seil, et pœnam pro actualibus peccatisdebitam, culpam, quidem mediantesacramento pœnitentice, pœnam vero temporalem pro actualibus peccatis secundum divinam justitiam debitam mediante ecclesiastica indulgentia, posse pro rationabilibus causis concedere eisdem Christi fidelibus — sive in hac vita sint, sive in purgatorio, indulgentias ex superabundantia meritorum Jesu Christi et Sanctorum, ac tarn pro vi vis quam pro defunctis — thesaurum meritorum Jesu Christi et Sanctorum dispensare, per modum absolutionis indulgentiam ipsam conferre, vel per modum suffragii illam transferre eonsuevisse. Ac propterea omnes tarn vivos quam defunctos, qui voraciter omnes indulgentias hujusmodi cousecuti fuerint, a tanta temporali pœna secundum divinam justitiam pro peccatis suis actualibus débita liberari, quanta concessfe et acquisitœ indulgentia? œquivalet.