CONTRE LES INDULGENCES
puisque, dans la soixante et onzième thèse, il disait: Qui- » conque parlera contre la vérité des indulgences ponti- » ficales qu'il soit maudit etanathème ! » et qu'ilprotestait en même temps ne vouloir rien avancer qui pût être interprété contre la sainte Écriture, la doctrine des Pères et des papes. Mais il s'élevait, et il en avait le droit, contre les exagérations, les excès, et demandait, sur la doctrine des indulgences, des solutions dogmatiques dont il avait en efl'et grand besoin, à en juger par la teneur en partie burlesque, en partie outrageante de ses thèses (i). Aussi fut-il d'abord hautement approuvé (2), entre autres par Bibra, évêque de Wurtzbourg, qui écrivit à l'électeur Frédéric pour recommander Luther à sa protection. Néanmoins, et dès lors, Luther s'écarta de son droit et de l'ordre, en n'attendant point la réponse de l'archevêque de Mayence, qu'il avait prié d'indiquer la marche à suivre, pour publier les indulgences d'une manière convenable et légitime.
L'indignation contre l'abus des indulgences était alors si générale, que les thèses de Luther furent accueillies avec une faveur unanime. En deux mois elles se répandirent dans presque toute l'Europe. Elles furent néanmoins réfutées par quatre-vingt-quinze antithèses attribuées à Tetzel, mais rédigées en réalité par Conrad Wimpina, professeur à Francfort-sur-1'Oder. La vie du pécheur, disaitil, doit être une vie de repentir et de pénitence ; l'homme pouvant, par la grâce, s'abstenir du péché, il faut qu'il fasse pénitence du péché commis : l'indulgence remet les peines ecclésiastiques qui châtient le péché de l'homme : il faut qu'il supporte celles qui le guérissent et lui méritent le ciel (3). Tetzel, à son tour, publia une réfutation des
(1) D'après ïa thèse 29, p. ex., on ne peut savoir si toutes les âmes désirent être délivrées du purgatoire. Dans la thèse 82, il est dit : Pourquoi le pape ne délivre-t-il point par charité toutes les âmes du purgatoire, puisqu'il en peut libérer beaucoup pour de l'argent?
(2) Surius ad an. 1517. dit nettement : « In ipsis hujus tragœdiae initiis, visusest Lutherius etiam plerisque viris gravibus et eruditis non pessimo zelo moveri, planeque nihil spectari aliud quam Ecclesise reformationem. » Cf. Erasm. Epp. lih. XVIII, p. 736.
(3) Cf. Liebermann, Instit. théolog. ; édit. V. t. V. p. i95 : « Id etiam observandum est, quod pœnitentiae injungantur non tantum in vin~