‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 11 sur 332 · DISPUTE DE LEIPZIG · texte numérisé non relu

DISPUTE DE LEIPZIG

de grandes concessions, et parla encore de ses dispositions pacifiques : « J'ai été trop loin, disait-il, contre l'Eglise ro- » maine, en attaquant si rudement d'inutiles bavards. Je ne » l'ai l'ait que pour épargner à notre mère, l'Eglise romaine, » la honte d'être souillée par une avarice qui lui estétran- » gère, et pour empêcher le peuple d'être entraîné dans » l'erreur par une fausse doctrine sur les indulgences. » Et en même temps il écrivait à son ami Spalatin, prédicateur et secrétaire intime de la cour électorale : « Je ne sais pas si le pape est l'anteehiïst lui-même ou son apôtre. »

Les adversaires de Luther, Eck surtout, voulaient, sans y avoir assez mûrement songé, avant que la conférence des évêques allemands eût encore pu arriver à aucun résultat, qu'on procédât a une discussion publique. Ils espéraient obtenir ainsi une plus éclatante victoire. La conférence eut lieu, en effet, à Leipzig, entre Luther, son partisan Carlstadt, et le docteur Eck, en présence du duc Georges de Saxe et d'un nombreux public [du 27 juin au 15 juillet 1519]. La primauté de l'Église romaine, l'état de l'homme déchu, la grâce et la liberté, la pénitence et les indulgences furent les principales thèses discutées. Eck, supérieur à ses adversaires par sa science, sa dialectique et la facilité de sa parole, remporta une victoire décisive et de bruyants applaudissements (1). Luther, dans la discussion, avait positivement soutenu que la foi sauve sans les œuvres ; embarrassé par les textes de Tépître de saint Jacques, il en avait contesté l'authenticité et avait nié la primauté du pape et l'autorité infaillible des conciles. On avait, à cette occasion, si souvent rappelé les opinions des Hussites, en tout conformes à celles de Luther, que le duc de Saxe avait levé la séance en s'écriant : « Là est le foyer de la

(1) Lutheri ep. ad Spalat. : «Interim tarnen ille placet, triumphnt et régnât: sed donec ediderimus nos nostra. Nam quia maie dtsputatum est, edam resolutiones denuo. — Lipsienses sanenos neque salutarunt neque visitarunt, ac veluti hostes invisissimos habuerunt ; illum comitabantur, adheerebant, convivabantur, invitabant, donique lutiica donaverunt et schamlotum addtderunt, cum ipso spaciatum equitaverunt; breviter, quidquid potuerunt in nostram injuriam tentaverunt. » Acta colloq. Lipsiae, dans Lœscher, t. III, p. 203 sq.; Walch, t. XV, p. 954 sq.; Seidemann, la Dispute de Leipzig, en 1519, d'après des sources nouvelles. Dresde, 1843.

peste (1). » Un nouvel adversaire, non moins dangereux qu'Eck, s'était élevé contre Luther dans la personne de Jérôme Emser, licencié en droit de Leipzig et secrétaire intime du duc Georges de Saxe, savant aussi versé dans les langues anciennes que dans celles de l'Orient, aussi caustique qu'érudit.

Malgré la défaite momentanée de Luther, cette conférence solennelle avait donné une plus grande publicité à son affaire. Il avait d'ailleurs, dans le chaud de la mêlée, gagné à sa cause le plus important de ses disciples, Philippe Mélanchton (Schivarzerde, terre noire) (2). C'était un neveu du fameux Reuchlin. Né à Bretten, dans le palatinat du Rhin [16 février 1497], Philippe avait fait d'excellentes études à Pforzheim et Heidelberg, et avait acquis la réputation d'un savant littérateur, en publiant une grammaire grecque [1513], des commentaires sur les auteurs classiques et la philosophie d'Aristote. Bienveillant de caractère, pur de mœurs, il était beaucoup plus calme et plus prudent que Luther, mais il n'avait ni sa verve ni sa vigueur. Sur la recommandation d'Érasme, on l'avait appelé à Wittenberg pour y enseigner la littérature grecque, et c'est là qu'il composa son Apologie de Luther (3). Celui-ci, encouragé par les éloges de son nouvel ami, excité par les Hussites de la Bohême, avec lesquels il était entré en correspondance (4), oublia bien vite sa fâcheuse défaite de Leipzig, et, ennuyé des lenteurs de Miltitz, il osa lui remettre, avec son traité « de la Liberté chrétienne, » un écrit adressé au pape [il octobre 1520], et rempli de grossières injures. «Plaise à Dieu que, dépouillant les honneurs

(1) Les procès-verbaux de cette dispute sont dans Lœscher, t. Iir, p. 203-558; Walch, Œuvres de Luther, t. XV, p. 998 sq„ et dans de Wette, Lettres de Luther, t. I. Cf. Riffel, t. I, p. 80-94.

{%) Mélanchton. Opp. Bas., 1541 sq., 5 vol. in-fol. rec; Peucer, Vit., 1562 sq., 4 vol. in-fol. et commencé dans le Corpus reformator., éd. Bretschneider, t. I-X; Mélanchton. Opp. Halœ, 1834-42, in-4; Camerarius, de Phil. Mel. ortu, totius vitœ curric.et morte narratio. Lipsiae 1566,ed.Augusti Vrat., 1817; Matthes, Vie de Phil. Mélanchton, d'après les sources. Altenbourg, 1841; Gallus, Mélanchton considéré comme théologien, et développement de sa doctrine Halle, 1840.

(3) Voyez ci-dessus, p. 13, note 1, le résumé de cette dispute.

(4) Cf. Lœscher, t. III, p. 699 sq., et Riffel, t. I, p. 88 sq.

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