LES PAPES
Siège avec les Bourbons (1). Un des actes les plus importants de son autorité souveraine fut l'abolition de l'ordre des Jésuites (2), décrétée par la bulle Dominus ac Redemptor [21 juill. 1773]; il créa cardinal le frère de Pombal, et confirma l'élévation de Pereira à l'évêché de Goïmbre. Une mesure conforme aux véritables exigences du temps et souvent réclamée par les princes, fut l'abolition de la lecture de la bulle de la Cène. Immédiatement après cette abolition, on lui rendit Avignon et Bénévent, et le Portugal accueillit de nouveau le nonce du pape. Néanmoins Clément fut obligé de supporter encore la manière arbitraire dont les gouvernements d'Espagne, de Naples et de Venise en usaient avec l'Église et ses biens. Il a été clairement démontré que le bruit de l'empoisonnement de Ganganelli est tout à fait dénué de fondement.
Pie VI (Angelo Braschi) [1774-1799], élu dans un temps aussi critique sous le rapport politique que sous le rapport religieux (3), et dont il reconnaissait toutes les difficultés, dit prophétiquement aux cardinaux : « Votre choix fait » mon malheur. » Pie VI inaugura les premiers temps de son pontificat, moins agités encore, par la magnifique création du musée Pio-Clémentin et le défrichement des marais Pontins. Mais bientôt, et à peine Marie-Thérèse fut elle morte [1780], Joseph II se mit au rang ou plutôt à la tête de ceux qui travaillaient à la déconsidération du Saint- Siège, et il ne fut plus question que de séculariser, d'abolir les ordres religieux, de s'emparer des biens ecclésiastiques, de remplir les sièges épiscopaux sans confirmation papale, d'isoler les églises nationales du centre de la catholicité, et le tout sous le pieux prétexte de continuer les
(1) La Vie du pape Clément XIV, par le marquis de Carraccioli. Paris, 1775. Lettres intéressantes du pape Clément XIV, trad. du latin et de l'italien par Carraccioli. Paris, 1776 et suiv., 3 vol., et Vie du pape Clément XIV. Berlin et Leipzig, 1774-75, 3 vol. Walch, Histoire du gouvernement du pape Clément XIV, P. I, p. 3-54 et 201-248. Theiner, Hist. du pontif. de Clément XIV ; id. Clemenlis XIV epp. et brevia. Paris, 1852, publ. d'abord à Rome.
(2) Cf. Leo, Manuel d'hist. univ., t. IV, p. 476-77.
(3) Conclave et choix du pape Pie VI. (VTalch, Histoire ecclésiastique moderne, P. V, p. 257 et suiv.) Bourgoing, Pie VI et son pontificat. Hist. de Pie VI. Vienne. 1799. Conf. aussi Suite des papeç, Wurtz., 1842, t. II, p. 234 et suiv.
DU XVIIIe SIÈCLE. 301
utiles et indispensables réformes ordonnées par le concile de Trente ! La plupart des gouvernements faisaient valoir contre l'Église et le pape des principes peu différents de ceux qu'on venait de proclamer en France, et dont les princes furent bientôt eux-mêmes les victimes. Joseph II décréta que les ordonnances du pape et des évêques seraient soumises au placet du souverain, resserra les conditions du serment épiscopal, abolit toutes les réserves, défendit d'accepter tout titre ou toute dignité de Rome sans son autorisation ; prohiba l'union des couvents de ses États avec ceux du même ordre à l'étranger, en réforma un grand nombre, interdit diverses processions, toutes les confréries, imposa de rigoureuses épreuves aux candidats du saint ministère. Les archevêques de Mayence, Trêve, Cologne et Salzbourg entreprirent de confirmer, au point de vue ecclésiastique, ces mesures impériales, au Congrès d'Ems[1786]. L'exemple de Joseph fut parfaitement imité par son frère, Leopold, duc de Toscane, qu'appuyaient dans toutes ses mesures l'évêque de Pistoie, Scipion Ricci, la république de Venise et le ministre de NaplesTanucci(l). L'Espagne était hautement mécontente de ce que le pape ne voulait pas canoniser l'évêque Palafox, ennemi acharné des Jésuites. Pour détourner les dangers qui menaçaient si sérieusement le Saint-Siège de la part de l'Autriche, Pie VI, plein de confiance en l'autorité apostolique et en sa dignité personnelle, résolut de se rendre à Vienne, et d'y obtenir le retrait des ordonnances si nuisibles à l'Église et à l'État. Son voyage fut un triomphe. A chaque pas il trouva des populations prosternées, demandant sa bénédiction. L'empereur seul et son vieux et arrogant ministre Kaunitz (tout imbu des idées françaises) firent sentir au pape combien sa venue leur était importune. L'empereur n'assista point à l'office pontifical; il défendit à qui que ce fût de parler au pape sans son autorisation expresse; et, pour que personne ne parvînt secrètement jusqu'au pape, on mura toutes les entrées de son palais, excepté une, qu'on entoura de gardes. Le pape voulait-il parler d'affaire à l'empereur, celui-ci lui répondait qu'il n'y comprenait rien, qu'il lui
(1) Ci'. Walch, Nouvelle hist. ecclésiast., P. V, p. 2-118.