QUIÉTISME
le suspendre, et de nommer Pierre de Kock provicaire. Mais la mission de Pierre de Kock, comme celle de ses successeurs, Dœmen, évêque d'Adrianople [dep. 1707] et de Bylevelt, fut complètement entravée par les intrigues des Jansénistes. Quesnel lui-même, qui s'était retiré à Amsterdam [1703], continuait à y écrire en faveur du jansénisme, ainsi que le firent, après sa mort [1719], Petitpied, Faulu et d'autres, toujours de connivence avec les Jansénistes de France. Le gouvernement hollandais, intéressé à l'opposition contre Rome, favorisait toutes ces menées, qui attirèrent en Hollande le diacre français Boullenois [1716] et Dominique Varlet, évêque de Babylone. Ce dernier acheva l'œuvre de désordre, en consacrant, quoique suspendu de ses fonctions, et malgré la protestation de Rome, Cornélius Steenoven, élu, par un prétendu chapitre d'Utrecht, archevêque de cette ville [1723]. Varlet renouvela plusieurs fois, après la mort de Steenoven, cette consécration sacrilège; enfin en 1742, l'archevêque Meindarts reconstitua les évêchés de Harlem et de Deventer, et empêcha par là l'extinction de cet épiscopat schismatique. En 1763, il tint un synode à Utrecht, dont il envoya les actes à Rome. Ce schisme s'est perpétué jusqu'à nos jours, malgré de nombreux essais de réunion, parce que l'Église d'Utrecht refuse opiniâtrement d'admettre la bulle Unigenitus: car, du reste, elle reconnaît la primauté de Rome, chacun de ses évêques nouveaux témoigne son respect et sa soumission eu pape, qui n'en tient compte, et, au contraire, excommunie d'ordinaire l'élu (1).
§ 366. — Qaiétisme, Molinos, Mmc Guyon.
Le jansénisme agitait encore les esprits, que déjà de nouveaux écarts, partis de la même source, réveillaient l'attention des théologiens. L'erreur provint cette fois, comme dans l'affaire du jansénisme, de l'absence d'un véritable esprit intérieur ; elle éclata* dès qu'elle rencontra
(1) Cf. Walch, Nouv. hist. relig., P. VI, p. 82; in-fol., p. 165-174. (Liste d'ouvrages concernant ces événements), p. 487-538. (Synode d'Utrecht) Revue trimestr. de Tubingue, année 1826. 3« livr., p. 178 et suiv.
MOLINOS, Mmc GUYON. 313
une opposition un peu vive à quelques opinions exclusives. Si les théologiens du moyen âge n'avaient trop souvent fait de la doctrine religieuse qu'un système abstrait de formules arides et de définitions stériles, et n'avaient traité la morale que comme une sèche casuistique, la réaction produisit dans le XVIIe siècle, ainsi qu'au moyen âge, un faux enthousiasme qui semblait devoir absorber toutes les fonctions de la raison. Michel Molinos fut un des principaux organes de cette réaction mystique. Il était né dans les environs de Saragosse, c'est-à-dire dans un pays où, à côté des miracles du véritable mysticisme d'une sainte Thérèse, d'un Jean delà Croix, d'un Louis de Grenade, éclataient, à Séville surtout, les extravagances ordinaires aux visionnaires. Molinos avait étudié à Coïmbre et à Pampelune ; depuis 1669 il vivait à Rome, et les personnes les plus pieuses et les plus considérées de la ville s'étaient mises sous sa direction. Il y composa un livre de dévotion mystique {Guida spirituale), qui fut tenu pendant plusieurs années en une singulière estime, et traduit de l'espagnol en italien et en français (1). Mais un examen plus approfondi du livre valut des persécutions à son auteur, jusqu'au moment où il fit pénitence et abjura ses erreurs [1687]. Il obtint l'absolution, mais fut retenu en prison dans un couvent de Dominicains et y mourut. Innocent XI avait condamné soixante-huit propositions du livre de Molinos, principalement sur les instances du Père la Chaise, confesseur de Louis XIV. Cette condamnation n'empêcha pas le nombre des partisans de Molinos d'augmenter. On leur donna le nom de quiétistes, et l'on appela leur erreur quiétisme, parce que Molinos avait soutenu que, pour que l'homme parvienne à la perfection, il faut que son âme repose, et reste sans mouvement, ni sentiment, ni activité, l'état le plus élevé de la vie spirituelle étant celui où l'homme se donne à Dieu sans conscience réfléchie de lui-même. Il faut, disait-il, que l'âme s'anéantisse, pour revenir à son principe et à son terme, et être changée, transfigurée, divinisée. On
(1) Guida spirituale. Roma, 1681, en espagnol depuis 1675, en latin 1687. en allemand 1699. Recueil de diverses pièces concernant le Quiétisme. Amst., 1688. Cf. Weissmann, Hist. ecclesiast., P. II, p. 541.