‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 119 sur 332 · LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE

fussent d'autant plus dangereuses que la vertu, la considération, l'influence de Fénelon étaient plus grandes, et qu'il avait montré dans son écrit un esprit à faire peur, selon l'expression de Bossuet. Celui-ci entama, par conséquent, une polémique dans laquelle, en combattant le pseudomysticisme, il porta peut-être quelque atteinte à la vraie mystique. Fénelon soumit, avec le consentement du roi, la décision au Saint-Siège. Innocent XII institua une commission de douze théologiens, qui, après bien des délais, bien des difficultés et des incertitudes, condamnèrent en général le livre des Maximes des saints, et en particulier vingt-trois propositions comme scandaleuses, dangereuses, erronées et injurieuses. Le pape chercha à adoucir ce résultat, si pénible pour un prélat estimé et aimé de toute l'Église, en déclarant que « Fénelon n'avait péché que par trop d'amour pour Dieu. » Fénelon, qui reçut le jugement du Saint-Siège au moment où il montait en chaire, le lut aussitôt au peuple, et supplia en pleurant ses amis de ne plus défendre son livre, les fidèles de ne plus le lire ; il annonça à tous les diocèses de France sa soumission par une lettre pastorale, et les engagea à imiter son exemple. ( Cette magnanimité épargna à l'Église la douleur d'un nouveau schisme.

§ 367. — Littérature de l'Église gallicane.

Picot, Essai historique sur l'influence de la religion en France, etc. Lacretelle, Hist. de France au XVIIIe siècle.

Ce qu'il y a de plus brillant dans l'histoire de l'Église gallicane de cette époque, c'est sa littérature théologique. On vit alors les fruits salutaires qu'avaient préparés et produits la restauration de la vie monacale, l'esprit moral et religieux ressuscité par les grands hommes du siècle précédent, tels que François de Sales, Vincent de Paul, et l'excellente éducation que le clergé recevait dans les instituts de la congrégation de Saint-Maur, de l'Oratoire et à la Sorbonne. L'esprit d'investigation scientifique fut en outre excité par les nombreuses discussions qui s'élevèrent alors sur le droit ecclésiastique et par la lutte contre le

DE l'égltse gallicane. 317

protestantisme. Le règne de Louis XIV, si heureux et si brillant dans ses commencements, donna à la nation un élan vigoureux et une confiance qui doubla ses forces. Alors naquit le plus beau siècle de la littérature française, et la théologie y tint honorablement son rang. Cependant la philosophie du grand Descartes, loin d'être accueillie et utilisée comme elle méritait, pour fonder la théologie vraiment spéculative, parut d'abord suspecte au point de vue de la foi (1). Bossuet néanmoins en comprit la portée (2). Les travaux de l'illustre et profond Malebranche, de l'Oratoire [f 1703] (3), n'eurent pas plus que les recherches philosophiques deBossuet, deHuetet d'autres, une grande influence sur les travaux théologiques. L'apologie du Christianisme de l'évêque d'Avranches, Huet [f 1721], (4) appuyée sur des preuves purement historiques, les miracles et prophéties, et dirigée surtout contre l'assertion des juifs,

(1) Descartes dit : Quae nobis a Deo sunt revelala credenda sunt. Et quamvis fortasse lumen rationis (quam maxime clarum et evidens) aliud quid nobis suggerere rideatur, soli tarnen auctoritati divinae potius quam nostro judicio fides est adhibenda. Et plus loin : Quamvis non clare intelligimus, tamen non recusabimus illa credere, quae fortasse Deus de se ipso revelet, qualia sunt mysteria Trinitatis et Incarnationis, quae exeedunt naturales ingenii nostri vires. — Très-bien jugé par Per rone, Synopsis hist. theol. cum philosophia comparata, n° 61 (Compend. praslect. theol., vol. I). La controverse sur Descartes a souvent oublié que : Philosophia quaerit, theologia possidet veritatem !

(2) Cartesii Opp. Francf., 1692 sq., 2 vol. in-4. Huetii Censura philosophiœ Cartes. Paris., 1689, in-12; 4° édit. 1694. Cf. Muratori, De modérât, ingen. in relig. negot., lib. II, cap. 13. Erdmann, Exposit, et crit. de la philos, cartésienne. Riga, 1834. Hock, Descartes et ses adversaires. Vienne, 1835. Cf. Günther et Pabst, les Tètes de Janus. Vienne, 1834, p. 1-10, 223 et suiv., 227-47. Sengler, Introd. à la philosophie et à la théologie dogmatique. Heidelb , 1837, p. 9-31. Fr. Bonillier, Hist. et Critique de la révolution cartésienne. Paris, 1842 (ouvr. couronné par l'Institut). Bordas-Dumoulin, le Cartésianisme, 2 vol. in-ü. Paris, 1843 (ouvr. couronné par l'institut).

(3) De la recherche de la vérité, 1673 ; Traité de morale. Rotterd. 1684 ; Traité de la nature et de la grâce, 1682. Cf. Fënelon, Réfut. du syst, de Malebranche sur la nature et la grâce (Œuvres; nouv. édition, t. III, p. 1-160.

(4) Huetii, episc. Abrinc, Comment, de rebus ad eum perlin. Amst., 1718. Demonstratio evangelica (1679). Amst., 1680 ; Origeniana; Cens, philosophiœ Cartes. Conf. Tholuck, Œuvres diverses. Hamb., 1839, t. I, p. 247 et suiv.

ui. 18.

Page 1