‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 123 sur 332 · DÉCADENCE DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE LA RELIGION

sophie, et dont les œuvres étaient l'expression fidèle de l'esprit du siècle. L'Angleterre (1) fut proclamée la terre classique de ïa libre pensée; on embrassa avec enthousiasme les doctrines de ses philosophes, et d'abord l'empirisme de Locke [f 1704], qui se résout nécessairement en un pur matérialisme. Déjà, à une époque antérieure, Herbert, comte de Cherbury [f 1648], avait déclaré qu'on peut tout au plus établir la vraisemblance, mais qu'on ne peut démontrer la certitude de la divinité du Christianisme ; qu'il suffit, pour être sauvé, de croire en Dieu, de l'honorer par la vertu, de se repentir de ses fautes, de s'amender, et d'être convaincu de la rémunération des bonnes et des mauvaises actions qui nous est réservée dans une autre vie. L'Irlandais Toland éleva des doutes sur l'authenticité des livres bibliques [f 1722] se moqua d'abord du clergé, puis chercha à démontrer que le Christianisme n'a pas de mystères, et qu'il ne renferme rien qui dépasse la raison humaine. Le comte de Shafstesbury [f 1713], disciple de Locke, ne laissa échapper aucune occasion de se moquer de l'Écriture, des prophéties et des miracles. Antoine Collins, qui inventa le nom de libre penseur, fut plus dangereux. Thomas Woolston, [f 1733] déclara que toute l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament n'est qu'une allégorie soutenue. Le jurisconsulte Tindal [-J- 1 733], ennemi du clergé, attaqua plus vivement encore le Christianisme, nia la nécessité d'une révélation, en prétendant que la raison naturelle suffit. William Lyons [j 1713] proclama l'infaillibilité de la raison, et attaqua l'état ecclésiastique comme une pure invention humaine, une perpétuelle fourberie, par cela même que la révélation divine ne peut se concevoir et que tout miracle est indémontrable. Le célèbre David Hume [-j- 1776] nia à son tour, en vertu de son scepticisme absolu, la vérité du Christianisme, soutint que le polythéisme est la plus ancienne forme de religion, d'où est sorti plus tard le monothéisme, et que la religion la plus raisonnable, c'est le déisme pur (2).

(1) Torsehmid, Essais sur une bibliothèque des libres penseurs. Halle, 1765, 4 vol.

(2) G.-V. Lechler, Hist. du déisme en Angleterre. Stuttg., 1841.

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