‹ Histoire universelle de l'Église (volume 2)Chapitre 125 sur 332 · DECADENCE DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DECADENCE DE LA RELIGION

théisme; Damilaville, que Voltaire lui-même disait ne pas nier, mais haïr Dieu. Leur principale œuvre contre le Christianisme fut l'Encyclopédie, dirigée par d'Alembert et Diderot; elle contribua plus que toute autre chose à propager les opinions anti-religieuses : la mauvaise foi des rédacteurs y introduisit des textes altérés où les noms de Dieu, de Providence, étaient changés en celui de nature. Condillac [f 1780] (1), Helvétius, l'infâme Julien Offroy de la Mettrie, proclamèrent le matérialisme le plus positif. La nature prit, dans leurs ouvrages, la place de Dieu ; l'esprit ne fut qu'une transformation de la matière, et toute religion fut considérée comme une invention politique des prêtres, propre seulement à duper les niais. Le grand Buffern lui-même confondit trop souvent, dans son Histoire naturelle, Dieu et la nature. L'astronome Lalande ne parla pas même de Dieu. Tous, de concert avec Volney etDupuis, nièrent l'existence des personnages bibliques, et ne virent plus dans l'histoire évangélique qu'un rêve astronomique. Que si Rousseau [f 1778] parla parfois avec respect et éloquence du Christianisme, il n'en fut que plus hardi dans ses attaques contre les miracles de l'Évangile et contre toute la partie historique de la Bible, qui, selon lui, renferme trop de contradictions pour qu'un homme raisonnable puisse l'admettre. Tel est l'esprit qui anime la fameuse profession de foi du Vicaire savoyard et tout l'Emile (2). Mais il se montra plus hostile encore au Christianisme dans son Contrat social, qui accuse la religion chrétienne d'avoir brisé l'unité dans "Etat, détruit l'amour de la patrie, favorisé les tyrans et affaibli les vertus guerrières. Enfin, on vit se former la secte politique des économistes ou des physio~ crates, qui demandaient la liberté illimitée du commerce et de l'industrie, l'égalité absolue dans la répartition des charges de l'État, qui se prononçaient non-seulement contre le Christianisme, mais même contre la doctrine modérée de Rousseau. L'Église de France était si violemment ébranlée, qu'on pressentait une catastrophe prochaine.

{i) Ceci est exagéré quant à Condillac, quoiqu'il n'y ait pas loin du sensualisme au matérialisme. . (N. des T.)

(2) Starck-Buchfelner, 1. cit., p. 80 sq.

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