DU CHRISTIANISME
tho), par trois Jésuites, les Pères Blandinotti, Alex, de Rhodez [1627] et Ant. Marquez. Ils réussirent même à convertir trois bonzes qui devinrent à leur tour de fervents missionnaires. Peu à peu l'Église s'organisa. En 1670 on put réunir le synode de Diughieu. Cependant cette Église naissante devait passer par le feu de la persécution, qui s'alluma dès 1694 et priva les chrétiens de leurs pasteurs et de leurs temples (1). Plusieurs Jésuites y périrent par le supplice du glaive [1721 et 1734], pour avoir refusé de fouler aux pieds le crucifix. Vers la fin de cette période, le sort des chrétiens de Tonquin s'adoucit ; des indigènes, consacrés au service de l'autel, contribuèrent au succès de l'Évangile. Enfin, le dernier empereur, Dscha-Loang, ayant révoqué l'édit de persécution et permis aux chrétiens le libre exercice de leur culte, l'Église se raffermit.
Le salut par la croix fut également annoncé en Cochinchine (2) par les Jésuites, qu'on retrouve partout [depuis 1618], et parmi lesquels se distingua particulièrement le Père Borri. Le sort des chrétiens y offrit les mêmes vicissitudes que dans le Tonquin. Cependant la persécution y dure encore de nos jours.
Au Thibet (3), la prédication de l'Évangile parles Jésuites demeura d'abord sans succès. Les Capucins [depuis 1707], ayant à leur tête le Père Horace délia Penna, furent plus heureux, et virent à la suite de leurs prédications beaucoup d'indigènes abandonner leur religion nationale (le bouddhisme), avec d'autant plus de facilité que le culte Jamaïque et la hiérarchie thibétaine offraient extérieurement une analogie frappante avec la constitution de l'Église catholique (voyez t. Ier, § 25). Le dalaï-lama autorisa les Capucins à fonder un hospice à Lassa. Les persécutions qui éclatèrent depuis lors [1737 et 1742] ont, il est vrai,
(1) Hist. de l'établissement du Christianisme dans les Indes Orientales. Paris, 1803, 2 vol. Cf. le nouveau Messager du monde, par J. Stœcklein. Augsb., 1720, P. XIX. préface. Urb. Cerri, État présent de l'Église romaine dans toutes les parties du Monde. Amst.,
(2) J. Ko f fier, Historica Cochinchinœ descriptio, in epitome redacta ab Ans. Eccardo, ed. Chr. Murr. Norimb., 1703,
(3) Relazione del princiuio e stato présente délia miss, del Tibet. Roma, 1722. P. Giorqi, Alnliabetum Tibetan. Roma?, 1762.
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arrêté les progrès des missionnaires, mais sans détruire leurs établissements.
L'éloquent Jésuite portugais Ant. Vieyra devint le Las- Cases du Brésil, où il introduisit, avec l'Évangile [1655], les arts, l'industrie et la liberté. Après avoir été enlevé à ses enfants spirituels par la perfidie des Portugais, et conduit à Lisbonne, il parvint, dans sa vieillesse, à se faire 'ramener au Brésil, pour y jouir, à ses derniers moments, du fruit de ses travaux apostoliques. Il mourut à Bahia [1697], supérieur général des missions de Maranon (1).
Les premières semences du Christianisme furent répandues en Californie par les deux Jésuites Salvatierra [1697] et François Kuhn, ancien professeur de mathématiques à Ingolstadt. Il fallut toute leur fermeté et leur persévérance pour en déraciner la polygamie. Plus tard, et lors de la suppression des Jésuites, les Dominicains et les Franciscains leur succédèrent dans le soin de consolider parmi ces peuplades arriérées les bienfaits de l'Église catholique.
Enfin, les Jésuites français fondèrent une mission florissante au Canada [depuis 1611], et y assurèrent, avec le concours d'autres missionnaires, l'existence de l'Eglise catholique, malgré les difficultés du climat et la vive résistance des habitants. L'infatigable Jésuite Brébeuf fut mis à mort par les Iroquois, après d'effroyables tortures [1649], Louis XIV obtint pour Québec, chef-lieu du Canada, l'érection d'un évêché [1675] qu'administrèrent plusieurs excellents évêques jusqu'à l'époque où cette coloniefut cédée aux Anglais [1763]. L'Église catholique se maintint malgré cette concession et fit de nombreux prosélytes, notamment parmi les Iroquois, les Hurons et les Illinois.
En Afrique, ce fut sur la côte occidentale que le Christianisme fit les plus notables progrès : au Congo, à Angola, à Benguela, à Cacongo et à Loango, grâce surtout aux efforts des Capucins. L'un de ces derniers, Zuchelli Congo, convertit même, au commencement du XVIIIe siècle, le roi oc Segno. A Cacongo et à Loango, des prêtres français fondèrent de nouvelles missions [1766] ; mais ils ne purent résister à l'influence destructive du climat.
(1) Voir la notice en tête de ses sermons, 2 vol. in-12. Paris, Sarlit.